Hello ! Je vous avais bien dit que je publierai samedi ! ;)
Je viens tous juste de voir que ma fiction a été ajoutée dans une communauté nommée "Les fanfictions Harry/Severus mentor", je ne savais même pas que ce genre de chose existait sur le site haha. Je vous conseille d''ailleurs d'y faire un tour parce qu'un bon nombre de fictions merveilleuses sur le sujets y sont répertoriées.
En tout cas n'oubliez pas de me dire ce que vous en avez pensé en laissant une review, même quelques mots suffisent. Laissez une trace de votre passage, de mon côté je suis toujours très heureuse de vous lire et je me fais toujours un plaisir de vous répondre.
Bonne lecture !
« En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève,
Le silence, l'espace affreux et captivant...
Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant
Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve. »
Charles Baudelaire – Le Gouffre
Chapitre 27 : Cauchemar
Ce n'était pas ce qu'il avait voulu.
« N'essayez pas de vous défiler, Potter. »
C'était sûrement inévitable, mais ce n'était pas ce qu'il avait voulu.
« Vous savez que votre cauchemar n'est pas qu'un simple rêve, n'est-ce pas ? »
Lui faire retrouver la mémoire avait bien sûr été l'objectif mais l'espion aurait souhaité... eh bien il aurait souhaité que cela se passe autrement. Aussi bien pour le garçon et pour lui-même.
Mais les choses ne se passeraient jamais comme il le voulait, n'est-ce pas ?
« Je ne veux pas en parler. »
Désormais assis auprès de lui, Severus ne savait plus quoi faire, ni quoi penser. Était-ce de sa faute ? Ses yeux arrivaient à se détacher de son corps tremblant, mais le reste ne suivait pas. Avait-il provoqué tout cela ? Les gémissements et les faibles sanglots de l'adolescent résonnaient dans sa tête à mesure qu'il les entendait, le faisant grimacer et crispant d'avantage ses membres, mais il se refusait de faire semblant de ne pas les entendre.
« Je crois que... tout commence à devenir flou. »
Pourquoi d'ailleurs, n'arrivait-il pas à passer outre ? Était-ce parce qu'il avait l'insoutenable impression de revoir la même scène ? Était-ce parce que malgré tout ce qu'il avait pu dire et penser, il se préoccupait tout de même du garçon, alors pourtant qu'une telle idée lui avait toujours semblé ridicule ?
C'était sûrement à cause de Lily, se dit-il. C'était toujours elle. Ne le comprendrait-il jamais ?...
Une chose était cependant sûre, il n'arrivait pas à rester de marbre.
« Et si... et si je n'ai pas envie de... me souvenir ? »
Devant les yeux fermement clos du Survivant, tandis que son souffle erratique se bloquait parfois dans sa poitrine et que son corps se tordait de douleur, l'espion se sentait impuissant, inutile.
Tout comme cette fameuse nuit, finalement.
« Vous n'êtes pas obligé d'être seul. »
Pourquoi les choses ne se déroulaient jamais comme il le souhaitait ? Était-il condamné à échouer encore et encore, jusqu'à ce qu'il n'atteigne finalement le point de non-retour ? Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à sauver, ni même à protéger ?
Non, ce n'était pas ce qu'il avait voulu. Et malgré ce que la majorité pouvait croire, l'espion ne tirait aucun plaisir à voir le garçon souffrir ainsi.
« Pour-pourquoi... moi ? »
En fait, parmi les multiples émotions qu'il ressentait devant cette scène entre la colère et l'amertume, l'impuissance et l'incertitude, il se surprenait à ressentir de la peine et de la pitié pour l'adolescent. C'était dans l'ordre naturel des choses s'il y réfléchissait bien, et ce qui arrivait ne pouvait être évité, mais il aurait voulu… que cela soit différent, voilà tout. Il avait même imaginé être aux côtés du Survivant lorsque le cauchemar recommencerait.
Étrange, n'est-ce pas ? Mais après tout ce qu'il avait subi, l'espion avait supposé qu'il pouvait au moins l'aider à traverser cette épreuve. Car après tout, la première fois, il n'avait rien pu faire pour l'aider.
Bien sûr, une autre réalité se cachait derrière ces pensées et l'espion en était bien conscient. S'il avait songé à aider le Survivant, c'était avant tout pour lui-même et pour se sentir mieux et moins coupable, peut-être. C'était pour effacer l'impuissance cruelle qu'il avait ressentie ainsi que la colère qui allait de pair avec elle.
Désormais cependant, Severus imaginait qu'il devrait vivre avec.
« Je suis désolé. »
Il espérait simplement que le garçon ne finirait pas brisé.
Ce matin encore, l'espion avait une nouvelle fois trouvé le Survivant se réveiller après un cauchemar.
Bien évidemment, celui-ci n'avait rien voulu dire au maître des potions et s'était contenté de garder le silence, tandis que Severus essayait de lui arracher quelques mots afin de savoir de quoi parlait son rêve.
Peine perdue cependant, le garçon était trop têtu. Mais ce n'était pas ce qui allait arrêter l'espion….
Désormais cependant, il ne lui restait plus qu'à trouver comment résoudre le problème qu'il avait à présent devant lui.
Dans la soirée précédente en effet – et tandis que le Survivant n'avait pas dit un mot, Severus avait longuement réfléchi au cas du garçon, non sans en conclure plusieurs choses. Les paroles de celui-ci avaient dans un premier temps beaucoup intrigué le maître de potions mais désormais, il estimait qu'il y voyait plus clair.
Avant toute chose, il était évident que le Survivant n'avait pas encore recouvré tous ses souvenirs, aussi bien de Poudlard que du manoir Jédusor. Le conditionnement que lui avait fait subir le Seigneur des Ténèbres visant Dumbledore n'en était que la première conséquence.
Pour ce qui était de Poudlard cependant et mis à part le cas du directeur, le garçon semblait s'en être plutôt bien tiré et devait à présent se souvenir d'un peu près tout. Ce n'était que suppositions – puisque Potter refusait désormais de lui parler, mais l'espion estimait que le plus important pour l'instant était ailleurs.
Le plus grave en effet, c'était que le garçon semblait confondre ses rêves avec la réalité.
Lorsque Potter lui avait affirmé que la première torture qu'il avait subie n'était qu'un cauchemar, le maître des potions avait été plutôt surpris. Ce n'était que lorsque le garçon était retourné dans sa chambre qu'il y avait réfléchi et il se demandait désormais si tout cela n'était pas le fruit d'une manipulation du Seigneur des Ténèbres.
Bien sûr, l'espion ne pouvait pour l'instant rien affirmer et il se pouvait même que le garçon ait choisi lui-même d'altérer la réalité avec ses cauchemars, du moins inconsciemment. Après un traumatisme en effet, il n'était pas rare que le sujet ne cherche à atténuer ce qu'il avait subi et ce tout simplement parce qu'il n'arrivait pas à faire face à la réalité.
Comment l'espion le savait ? Eh bien il avait quelques livres de psychomagie qui traînaient sur son étagère, gracieusement offert par Dumbledore lors de ses premières années de service.
Jusque-là, Severus n'en avait jamais trouvé d'utilité – à part peut-être pour combler les quelques trous dans sa bibliothèque, il avait même songé à les donner à Pomfresh – mais il devait avouer que ce genre d'ouvrage pouvait être utile. Aussi bien pour sa culture personnelle que pour le garçon.
Dans tous les cas cependant, le maître des potions devait faire comprendre à l'adolescent que ses cauchemars étaient bien réels et il se doutait que cela ne serait certainement pas une partie de plaisir.
Car bien évidemment, dans les deux ouvrages qu'il possédait, ceux-ci expliquaient parfaitement comment cerner l'état d'esprit d'un individu après différents événements traumatisants mais aucun n'expliquait comment résoudre les problèmes qui pouvaient survenir.
Ou peut-être devait-il se procurer le deuxième tome de ''Théories et fondements de la psychologie magique et Moldue'' ?
À cette pensée et tandis qu'il brassait une potion de sommeil-sans-rêve, l'espion ne put retenir un bref soupir agacé.
Il trouverait bien comment résoudre son problème, ce n'était qu'une question de temps. Encore fallait-il qu'il lui en reste suffisamment.
Car il ne lui restait qu'une quinzaine de jours avant qu'il ne reprenne son poste de maître des potions. Une quinzaine de jours pour remettre la mémoire du Survivant à l'endroit, autant pour l'aider à encaisser la dure réalité ; il avait été torturé par des Mangemorts et le Seigneur des Ténèbres en personne, avait certainement échappé de justesse à la folie ou à la mort, et avait vraisemblablement tué un homme, même si Severus – alors qu'il admettait enfin que cela soit possible – se doutait que le Survivant ne l'ait fait en pleine conscience de son acte.
En somme, c'était quasiment infaisable.
Le maître des potions se demandait d'ailleurs comment la suite allait se dérouler. Etant donné qu'il reprendrait bientôt le travail, il ne pouvait s'occuper du garçon en même temps… le laisser une heure ou deux était une chose, mais le laisser seul toute une matinée ou toute une après-midi en était une autre.
Severus n'avait pas vraiment envie de retrouver ses appartements sens dessus dessous, merci bien.
Alors il ne pouvait s'empêcher de se demander quelle serait la suite. Dumbledore allait-il trouver quelqu'un d'autre pour s'occuper du garçon maintenant qu'il allait un peu mieux – du moins mieux qu'il y avait une douzaine de jours – ou bien allait-il le faire immédiatement reprendre les cours ?
Le maître des potions était cependant catégorique pour la deuxième option : c'était impossible. D'ici dix jours il était possible que le Survivant ait enfin récupéré toute sa mémoire mais il était certain qu'il n'irait pas bien, ni même mieux. L'espion se doutait cependant que le directeur rejoignait son avis.
Qui alors, allait-il trouver pour s'occuper du garçon ? Peut-être Lupin ou les Weasley ? Quelqu'un qu'il ne connaissait pas et qui serait – peut-être enfin – qualifié ? C'était sans doute la meilleure option, Severus n'avait d'ailleurs rien à en redire.
Même s'il pressentait que les choses ne se passeraient certainement pas ainsi.
« Harry a l'air de vous faire confiance. » lui avait dit le vieux sorcier lors d'une de leurs discussions à propos du garçon. « Et je n'ai personne d'autre que vous. »
Sur le premier point, l'espion pouvait admettre que le directeur n'avait pas tort. Même si en ce moment cependant, le garçon semblait plutôt enclin à le détester plus qu'autre chose. Pour ce qui était du reste néanmoins, le maître des potions savait que le directeur trouverait quelqu'un d'autre, s'il le souhaitait vraiment. Le fait de lui avoir confié Potter n'était ni plus ni moins qu'une affaire de simplicité ; Severus avait été là au bon moment, au bon endroit, et avait rempli les bonnes conditions.
S'il en avait d'abord voulu au directeur, l'espion comprenait désormais la décision du vieux sorcier. Cependant, s'il lui demandait de s'occuper encore du garçon en ayant repris ou non son poste de professeur, il refuserait, tout simplement.
Car après avoir fait recouvrer la mémoire au Survivant, il se doutait que celui-ci n'aurait plus aucune confiance en lui et le détesterait à nouveau, ou du moins encore plus que maintenant. Le mieux était sans doute de le confier à quelqu'un d'autre tandis qu'il mettrait la faute sur l'espion pour tout ce qu'il avait subi.
Ce n'était pas grave, le maître des potions n'en avait en réalité rien à faire. Il était d'ailleurs plus facile de se reconstruire si l'on rejetait la faute sur quelqu'un d'autre. La haine était après tout un sentiment puissant qui pouvait tout aussi bien aider que nuire.
À bien y réfléchir en fait, c'était peut-être l'idée du directeur depuis le début… ou peut-être était-il un peu trop paranoïaque.
Après avoir donné un coup de baguette afin de ranger brièvement son matériel, le maître des potions lança un bref Tempus puis décida d'arrêter pour aujourd'hui. Il avait encore quelques potions calmantes et deux ou trois philtres de force à faire mais il aurait bien le temps le lendemain.
D'un pas silencieux et rapide, il remonta donc les quelques marches qui séparaient le laboratoire avec le salon puis alla ranger ses capes avant de passer à table. La conservation et la fabrication nécessitant souvent de basses températures, il ne faisait pas plus de 14 ou 15 degrés dans son laboratoire…
Puis, une fois cela fait, il retourna dans le salon et lança un coup d'œil à la porte fermée de la chambre du Survivant.
« Réfléchissez Potter. » lui avait dit l'espion deux heures auparavant environ et tandis que le concerné se réveillait de son cauchemar. « Ce n'était pas un hasard lorsque je vous ai demandé hier si votre cauchemar était réel ou non. » avait-il continué tandis que l'agaçant gamin devant lui faisait mine de ne pas l'écouter. « Ni même si vous étiez sûr que cette nuit au bosquet s'est déroulée comme vous le disiez. »
Depuis, le maître des potions n'avait pas reparlé avec lui mais il imaginait que le garçon réfléchissait. Ou du moins il espérait.
Car après sa première tentative de Legilimens sur lui – et même si elle avait finalement fonctionné, l'espion préférait éviter d'utiliser à nouveau l'Occlumancie, merci bien.
Et d'une manière générale, il n'était jamais très agréable de se retrouver dans l'esprit de quelqu'un d'autre, encore moins dans celui de Harry Potter…
Quelques minutes plus tard donc et tandis que l'espion était désormais à table avec le concerné, il essaya de le faire parler de ses cauchemars ou de lui parler tout court. Mais c'était à peine si le garçon répondait. Severus de nature quelque peu impatient abandonna donc au bout de la quatrième tentative infructueuse, et tandis qu'il s'agaçait devant le garçon qui ne semblait encore une fois n'avoir aucune envie de manger.
Par Merlin, il avait à peine vidé la moitié de son assiette.
Ayant pris une potion nutritive peu après son réveil – et étant déjà passablement agacé, l'espion ne dit cependant rien et laissa le Survivant quitter la table lorsque celui-ci lui demanda d'un air morose s'il pouvait retourner dans sa chambre.
Une fois cela fait, le maître des potions retint un bref soupir. Il avait l'impression d'être revenu en arrière. Le garçon ne lui disait rien, des cernes prononcés se dessinaient sous ses yeux et il semblait déterminé à ne pas manger.
Peut-être était-ce vraiment pour l'agacer, se dit l'espion. Une chose était sûre en tout cas, cela fonctionnait plutôt bien.
Puis, l'après-midi passa.
L'espion laissa l'adolescent seul environ une heure, le temps qu'il aille donner ses potions à Pomfresh et régler quelques petits problèmes chez ses Serpents, puis il revint aux alentours de sept heures, lorsque les élèves ainsi que les enseignants se rassemblaient dans la Grande Salle pour le dîner.
Le garçon quant à lui resta enfermé dans sa chambre sans se montrer une seule fois – il n'alla même pas se laver, Merlin c'était pour cela que l'espion détestait les enfants – et le maître des potions ne l'entendit pas de l'après-midi.
Il s'isolait, encore. L'espion aurait aimé croire que c'était pour réfléchir mais il pensait plutôt que c'était pour éviter la réalité.
Désormais assis dans son fauteuil et lisant distraitement la Gazette du Sorcier, Severus poussa un bref soupir.
Une discussion s'imposait, donc.
Non sans être tenté de lâcher un énième soupir – l'espion n'en avait jamais lâché autant qu'en ce moment, il se leva de son fauteuil, posa son journal sur la petite table basse en bois puis appela un elfe de maison afin de lui demander de ramener à manger pour le garçon et lui-même.
Ceux-ci étant d'ailleurs à chaque fois ravis de leur amener des restes du dîner dans la Grande Salle, l'espion avait souvent dû calmer leur enthousiasme lorsqu'ils apportaient parfois des énormes plats de viandes et poissons en tout genre, ainsi que de déserts bien gras et sucrés. La consigne était pourtant claire : des plats simples suffisaient, aussi bien pour lui que pour le Survivant. Mais lorsqu'il était question de nourriture et de s'occuper des résidents du château en général, les elfes en faisaient toujours trop… c'était bien pour cela que l'espion n'en avait jamais voulu chez lui.
Quelques secondes plus tard, deux assiettes fumantes de spaghettis à la sauce tomates apparurent sur la table et l'espion appela le Survivant.
Celui-ci après un laps de temps que le maître des potions jugea un peu trop long à son goût sortit finalement de sa chambre, vêtu de son pyjama gris et trop grand pour lui, les pieds traînants et l'expression toujours aussi morose. En somme, il aurait certainement préféré se retrouver devant un Magyar à pointes plutôt que de venir manger et de se retrouver face à son professeur, celui-ci l'avait bien compris.
Dans un premier temps donc, et tandis que l'adolescent mangeait lentement ses pâtes lorsqu'il ne s'amusait pas à les entortiller autour de sa fourchette d'un air songeur et que l'espion l'observait en mangeant lui aussi, pas un mot ne fut échangé.
Le garçon de par ses coups d'œil méfiants semblait redouter que l'espion ne dise quelque chose, celui-ci n'était cependant pas pressé et attendait que l'adolescent ait au moins fini son assiette, ainsi que son fromage frai en dessert.
Comme le maître des potions s'y attendait cependant, son dessert ne fut jamais entamé et il se contenta de garder le silence tandis qu'il plongeait distraitement sa cuillère dans son petit pot.
Le désintérêt du garçon pour la nourriture, un autre problème que l'espion devait régler en moins de dix jours…
Puis, décidant qu'il fallait bien commencer par quelque chose, l'espion prit finalement la parole.
« Vous avez arrêté de vous exercer à l'Occlumancie. » dit-il sur un ton neutre tandis que le garçon relevait la tête pour aussitôt détourner le regard d'un air coupable.
« Non. » osa cependant répondre celui-ci.
Le maître des potions haussa un sourcil, presque amusé de la réponse du Survivant.
« Lorsque vous mentez, essayez au moins d'être convaincant... » lui conseilla-t-il d'une voix légèrement sarcastique, faisant quelque peu rougir le concerné.
Maintenant que l'espion y regardait de plus près d'ailleurs, le teint déjà pâle de l'adolescent s'était d'avantage accentué. Avec les cernes qu'il avait sous les yeux, c'était d'ailleurs plutôt frappant. Se privait-il de sommeil afin de ne pas cauchemarder ?... le maître des potions n'en serait pas surpris.
Puis, le garçon aux paroles du sorcier grommela des mots indistincts d'un air contrarié et demanda, non sans lancer un regard assassin à l'espion lorsque celui-ci lui demanda de répéter d'un air dédaigneux :
« Je peux retourner dans ma chambre ? »
« Professeur ou monsieur, Potter. Ce n'est pas parce que vous vivez sous mon toit que vous êtes exempt de respect. » répondit l'espion, d'abord agacé de ne pas avoir eu de réponse et de devoir ensuite supporter le ton agressif du garçon.
S'il commençait ainsi, Severus allait vite perdre patience.
« Puis-je retourner dans ma chambre, monsieur ? » s'enquit alors le Survivant non sans ajouter une pointe de sarcasme dans sa voix.
« Non, vous ne pouvez pas. » déclara l'espion en soutenant le regard de l'adolescent qui devenait particulièrement agaçant. « J'ai plusieurs choses à vous dire, Potter. » ajouta-t-il ensuite d'un ton plus tempéré, afin de calmer le jeune sorcier et par la même occasion de lui faire garder son sang-froid.
Merlin, c'était toujours impressionnant de voir comment le gamin pouvait lui faire perdre patience en aussi peu de temps.
« Si c'est pour me dire que je vous énerve parce que je ne mange pas et parce que je ne suis qu'un sale gamin arrogant, vous pouvez garder votre salive, vous savez. » répondit l'adolescent, toujours aussi irrité.
Ses paroles dégoulinantes d'insolence firent aussitôt tiquer le maître des potions, non sans raviver sa colère.
« Cessez tout de suite ce petit jeu avec moi, Potter. » siffla-t-il d'une voix menaçante.
« Sinon quoi ? » osa répliquer l'insupportable gamin, un air de défi peint sur son visage.
Pensant rapidement à ce que l'espion pourrait bien lui faire faire en guise de punition, non sans énumérer quelques insultes à son égard, il s'interrompit cependant lorsqu'il remarqua une légère trace de satisfaction dans l'expression du Survivant.
Le maître des potions ne tarda pas à trouver un motif à celle-ci et sa colère disparut aussitôt, il en fut même presque impressionné par le garçon.
Il tenter de le provoquer afin de l'empêcher d'aborder un sujet épineux, c'était intelligent.
« Vos talents de manipulateur sont indéniables, Mr. Potter. » dit-il tranquillement, son calme retrouvé. « Presque dignes d'un Serpentard. » ajouta-t-il sarcastiquement et faisant rougir le Survivant, honteux d'avoir été démasqué.
Dommage pour lui cependant, ce genre de talents ne marchait pas sur l'espion. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, pensa-t-il même en fixant l'adolescent d'un air dédaigneux.
Puis, soudain et sans même sa permission, Potter sortit de table et marcha en direction de sa chambre.
« Potter. » siffla aussitôt l'espion en se levant à son tour, sidéré devant l'attitude du Survivant. « Revenez ici, je n'en ai pas fini avec vous. »
« Moi si. Laissez-moi tranquille ! » répondit aussitôt l'horripilant gamin tandis qu'il passait à côté d'une des quatre bibliothèques du salon, juste à côté de la porte de sa chambre, et se retournait pour lancer un regard rempli de colère à l'espion.
Il perdit cependant vite de son entrain lorsque le sorcier attrapa brutalement son épaule et le plaqua contre l'étagère, le faisant haleter de surprise, sûrement aussi de douleur.
« Espèce de petit… » cracha le maître des potions, furieux.
Mais il ne finit pas sa phrase et se força à reprendre son calme. C'était uniquement de la provocation afin de détourner le sujet, il n'allait tout de même pas se faire avoir par un gamin de quinze ans par Merlin...
L'expression remplie de colère, il ferma brièvement les yeux puis darda finalement son regard menaçant sur l'insupportable Harry Potter.
Celui-ci à sa plus grande surprise et au lieu de soutenir la colère de son professeur de son air arrogant avait cependant le visage crispé et serrait les poings, comme s'il anticipait un possible coup, comme s'il pensait que le sorcier qui lui faisait face était capable de lui faire mal.
Eh bien oui il en était capable, mais le conformisme l'en empêchait.
Devant l'attitude soudainement craintive du garçon cependant, toute sa colère retomba, le maître des potions lâcha l'épaule de celui-ci et il recula, une expression de pitié sur le visage.
« Je ne vais pas vous frapper, si c'est ce dont vous craignez. » lâcha-t-il d'un ton répugné, presque méprisant pour l'adolescent.
« Je n'ai pas… » tenta aussitôt de répliquer le concerné, soutenant d'un premier temps le regard du Mangemort puis baissant aussitôt les yeux tandis que ses joues se coloraient de honte. « Je n'ai pas peur de vous. » dit-il finalement d'un ton qui sonnait horriblement faux, tandis qu'il amenait sa main à son épaule malmenée puis la laissait finalement tomber.
Évidemment, c'était son épaule gauche. L'espion avait certainement réussi à lui faire mal certes, mais il lui semblait que le garçon était aussi à blâmer. Merlin, il ne pouvait le supporter.
« Cessez de mentir, Potter. » lui siffla le maître des potions sur un ton toujours aussi méprisant. « Votre peur se lit sur votre visage. » ajouta-t-il tandis que le concerné serrait les poings, le visage désormais rempli d'amertume.
Devant les paroles criantes de vérité cependant, le dit Potter préféra garder le silence et se contenter de fixer un point invisible devant lui, humilié par le sorcier qui lui faisait face.
« Maintenant venez-ici. » lui ordonna l'espion en lui faisant signe d'aller s'asseoir sur le canapé et tandis qu'il se dirigeait lui aussi vers celui-ci.
Par miracle, l'adolescent consentit à obéir en silence, le visage déformé par la colère, puis s'assit docilement alors que le maître des potions se tenait debout devant lui.
Il en avait presque oublié le sujet qu'il devait aborder. Il se fit donc une note pour plus tard : à l'avenir, garder impérativement son calme devant les provocations du garçon et ne pas perdre de vue le problème initial.
Sa patience ayant déjà été beaucoup trop sollicitée, l'espion cette fois-ci ne perdit pas son temps et alla directement à l'essentiel, ses yeux froids fixant dédaigneusement l'adolescent qui lui faisait face.
« Avez-vous réfléchi à ce que je vous ai dit aux sujets de vos cauchemars ? » attaqua-t-il aussitôt tandis que le Survivant se crispait ostensiblement à ses mots.
Quelques secondes de silence s'écoulèrent dans une atmosphère acariâtre tandis que seul le bruit de la pluie sur le lac se faisait entendre et que Potter gardait le silence.
Sachant cependant parfaitement qu'il n'échapperait pas au sorcier, il consentit finalement à répondre, non sans utiliser à nouveau une voix agressive, sûrement pour camoufler son ton légèrement fuyant.
« Non. » lâcha-t-il en regardant tout sauf le Mangemort.
« Peut-être serait-il temps d'y réfléchir. » lui suggéra alors son interlocuteur d'un ton menaçant, toujours aussi froid.
Une fois encore, l'adolescent ne répondit rien et se contenta de serrer les poings. Derrière sa colère cependant, Severus discernait sans peine son envie d'échapper au plus vite à cette conversation.
Il avait donc réfléchi bien malgré lui évidemment et refusait de voir la vérité en face. Malheureusement pour lui, l'espion n'hésiterait pas une seconde à la lui montrer à nouveau.
« Laissez-moi tranquille. » lâcha-t-il ensuite, les dents serrées et le regard rempli de haine à nouveau dirigé sur l'espion.
Comme seule réponse, celui-ci se contenta de hausser un sourcil dans une expression condescendante bien à lui. Maintenant qu'il ne dirigeait plus le jeu, le gamin semblait dramatiquement à court de réplique, c'en était presque désolant.
« D'abord vous vous permettez de me juger, ensuite vous me prenez de haut puis vous m'insultez sans aucune raison. Vous croyez que je vais me laisser faire ? » continua-t-il d'une voix remplie d'animosité, Severus soutenant tranquillement son regard, imperturbable.
Encore un changement de sujet, donc.
« Pour la énième fois Potter, changez de ton. » ne put s'empêcher de répliquer le maître des potions en conservant tout de même son calme placide.
« Sinon quoi ? » sauta aussitôt sur l'occasion le Survivant, non sans ajouter de la provocation dans sa voix, ce qui eut bien sûr le don d'agacer le sorcier. « Ce n'est pas comme si vous pouviez m'envoyer en retenue, ni même me retirer des points. Après tout, je ne suis pas censé être là. »
« Écoutez-moi bien, Potter. » cracha alors le Mangemort en s'avançant brusquement vers le garçon, qui recula dans le canapé avant d'être saisi par le col et relevé avec force. « Je vous déconseille de continuer à me parler ainsi, sinon il se pourrait bien que je vous fasse définitivement passer l'envie de me défier à nouveau de la sorte. Ma baguette n'est jamais bien loin. » siffla-t-il à voix basse tandis que le visage du Survivant se crispait aussitôt.
Allait-il mette à exécution ses paroles ? Si le gamin continuait délibérément de le provoquer, il se pouvait bien qu'il franchisse ses propres limites. Mais le but ici étant ici de lui faire passer l'envie de lui manquer de ainsi de respect, ce n'était pour l'instant que de simples menaces. Menaces qui, à en juger par le teint soudain plus pâle de l'adolescent, semblaient parfaitement jouer leurs rôles. Libre à lui d'imaginer ce que le Mangemort pouvait lui faire s'il continuait ainsi.
« Avez-vous réfléchi oui ou non à ce que je vous ai dit à propos de vos cauchemars ? » demanda-t-il ensuite une seconde fois, étant un peu près certain que le garçon n'aurait plus la même facilité à fuir ses paroles.
« Je… » tenta-t-il aussitôt, bien trop vite au goût de l'espion.
« N'essayez pas de vous défiler à nouveau, Potter. » le coupa-t-il froidement tandis qu'il renforçait sa poigne sur le col de l'adolescent. « Vous savez que votre cauchemar n'est pas qu'un simple rêve, n'est-ce pas ? » continua-t-il tandis que le garçon haletait soudain. « Il est réel, Potter. Mettez-vous cela dans le crâne. »
Pendant quelques secondes, ils se fixèrent en silence, le regard perdu du Survivant affrontant les yeux froids du Mangemort. Pouvait-il vraiment comprendre ce que les mots du sorcier impliquaient ? Allait-il enfin admettre la vérité ? Derrière l'air furieux qu'il tentait de se donner, Severus pouvait discerner sans peine une nouvelle émotion monter lentement en lui. Et il savait qu'elle ne venait pas de ses paroles.
« L-lâchez-moi ! » s'exclama ensuite le Survivant en se débattant soudain, comme s'il retrouvait ses esprits.
L'espion devant son air paniqué obtempéra alors et retrouva un peu de son calme, conscient d'être allé trop loin.
« Je sais que c'est dur. » dit-il tandis que l'adolescent s'éloignait aussitôt de lui, comme s'il craignait une seconde salve. « Mais vous devez l'accepter. » acheva-t-il d'un ton catégorique.
« Non... » bafouilla-t-il aussitôt tandis qu'il secouait négativement la tête, comme s'il essayait de se convaincre lui-même. « Ce... n'est pas... ce n'est pas réel ! » s'écria-t-il ensuite, le visage déformé par l'incertitude.
Devant le silence du sorcier cependant et tandis qu'il attendait que celui-ci ne dise quelque chose, sa respiration se faisant soudain plus rapide, ses doutes ne se dissipèrent pas et semblèrent même s'accentuer davantage.
Alors il choisit de prendre la fuite.
« Potter, revenez-ici. » lui ordonna alors l'espion tandis qu'il contournait le canapé pour rejoindre l'adolescent devant la porte de sa chambre.
Afin de l'arrêter, Severus attrapa ensuite son bras – le droit cette fois-ci, il avait fait assez de dégâts pour la journée – mais le lâcha aussitôt devant la soudaine réaction de l'adolescent.
« Ne me… TOUCHEZ PAS ! » cria-t-il en se retournant brusquement, une panique nouvelle se faisait voir sur son visage effrayé.
« Potter… » tenta alors le Mangemort en s'approchant doucement de lui, tandis que l'adolescent reculait pour finalement se retrouver dos à la porte fermée de sa chambre. « Calmez-vous. » lui dit-il, soudainement désolé d'avoir contribuer à provoquer tout ceci.
Que lui était-il arrivé bon sang ? L'objectif n'avait pourtant pas été de traumatiser encore une fois le garçon…
« Je vais vous donner une potion calmante, vous allez la boire et vous vous sentirez mieux. » lui expliqua-t-il lentement, tandis qu'il remarquait les mains tremblantes du Survivant.
Croyant que celui-ci avait compris ce qu'il venait de lui dire, il fit un pas de plus afin de lui donner la fiole qu'il venait tout juste de sortir de sa poche – il ne sortait désormais quasiment jamais sans en avoir une sur lui, mais s'arrêta aussitôt lorsque le garçon leva un bras protecteur devant lui.
« N-n'approchez-pas ! » s'exclama-t-il tandis que son regard épouvanté croisait celui du sorcier. « Ce n'est pas… » balbutia-t-il ensuite. « C'est… c'est juste… un cauche-mar… » continua-t-il entre deux hoquets, tandis que le sorcier devant lui essayait toujours de le raisonner, en vain cependant.
Puis, lorsqu'il croisa le regard désolé de l'espion, ses yeux terrifiés se figèrent.
Et il sembla enfin comprendre.
Alors, soudainement et brusquement, ses genoux le lâchèrent et il manqua de peu de s'écrouler au sol, l'espion réussissant de justesse à le rattraper avant qu'il ne s'effondre sur le parquet froid du salon.
« Potter, concentrez-vous sur ma voix. » lui dit ensuite le sorcier tandis qu'il essayait avec peine de le faire asseoir contre la porte blanche de sa chambre.
« V-vous… vous avi-ez dit… » bafouilla l'adolescent alors que sa respiration de plus en plus rapide l'empêchait de former une simple phrase. « Ce… ce… n'était pas… » continua-t-il en haletant plus fort et en empoignant faiblement le bras du sorcier, qui tentait de le redresser.
« Potter, vous hyperventilez. Respirez lentement, écoutez-moi. »
« Ré-réel… » acheva-t-il finalement d'une voix rauque et chevrotante, le regard terrifié plongé dans les orbes noirs du Mangemort qui peinait à se faire entendre.
Aux paroles du Survivant cependant, la pression qu'il exerçait en serrant son épaule afin de le maintenir contre la porte se crispa et faute de ne pas pouvoir lui faire boire une potion dans son état, il continua de lui parler.
« Respirez lentement par le nez, Potter. Vous m'entendez ? »
Mais alors qu'il poussait soudain un gémissement étranglé, l'espion conclut que ce n'était pas le cas et releva sans trop de douceur la tête du Survivant pour finalement plaquer sa main contre sa bouche, tandis que l'autre soutenait le corps du garçon contre la surface dure et plate de la porte.
« Potter, écoutez-moi. » lui ordonna calmement l'espion en soutenant le regard paniqué de l'adolescent, qui agrippait toujours désespérément son bras. « Bloquez votre respiration cinq secondes puis relâchez-la. Respirez lentement, concentrez-vous sur ma voix. » répéta-t-il encore et encore alors que les ongles du garçon griffaient sa peau sous le tissu et qu'il fermait brusquement les yeux dans un faible gémissement étouffée par la main de l'espion.
Il essayait de se débattre et le sorcier savait qu'il ne l'entendait pas. Ce n'était pas comme la dernière fois au manoir, il venait certainement de perdre la maigre confiance que le garçon lui avait accordée durant ces derniers jours et l'avait en prime effrayé en proférant des menaces. Mais il était pourtant impératif qu'il l'écoute et se calme...
Alors l'espion persévéra. Il n'y avait rien d'autre à faire.
« Potter… Harry, écoutez-moi. » essaya-t-il en relâchant quelque peu sa poigne afin de lui montrer qu'il était là pour l'aider. « Bloquez votre respiration et relâchez-la. Il faut simplement vous concentrer un peu. » dit-il en essayant de capter l'attention du Survivant, qui avait rouvert les yeux et le fixait de son regard affolé. « Vous l'avez déjà fait Potter, vous vous en souvenez ? Vous hyperventilez, il faut simplement que vous contrôliez votre respiration. Bloquez-là cinq secondes, relâchez-là. Faites-le jusqu'à ce que vous vous sentiez mieux. » répéta-t-il encore et encore, tandis que le garçon semblait enfin l'écouter et renforçait d'avantage sa grippe autour du bras de l'espion.
Finalement, la persévérance couplée du calme placide de l'espion paya et le Survivant lui obéit.
Durant les longues minutes à effectuer le même exercice d'ailleurs, les yeux de l'adolescent restèrent profondément ancrés dans le regard du sorcier. Celui-ci y vit de la peur, l'émotion la plus marquante dans les orbes émeraude du garçon, de la confusion, de la lassitude, mais aussi de la douleur.
« Pourquoi moi ? » semblait-il dire à travers ses yeux humides. Qu'avait-il fait pour mériter cela ?
L'espion ne pouvait cependant lui apporter de réponse.
Alors, environ une dizaine de minutes plus tard et alors que le garçon s'était finalement calmé et endormi avec une potion de sommeil-sans-rêve, Severus désormais assis sur son fauteuil se massa distraitement les tempes tandis qu'il fermait brièvement les yeux.
Il avait dépassé les limites, il le savait bien. Mais le garçon l'avait mis hors de lui ; il avait eu pendant quelques secondes l'écœurante vision du gamin qu'il avait toujours détesté, si semblable à son père, l'homme qu'il avait haï du plus profond de son être jusqu'à sa mort. Alors il s'était emporté, il ne pouvait le nier. D'ailleurs, il était toujours étonné de la façon dont le garçon parvenait à lui faire perdre son attitude d'habitude froide et imperturbable avec tout le monde, et ce en si peu de temps.
Severus supposait que Potter n'était pas tout le monde, à son plus grand dam.
En agissant ainsi cependant, l'espion avait certainement perdu la maigre confiance que le Survivant lui accordait jusque-là. Devant le gamin si semblable à son père, il l'avait menacé, l'avait même malmené plusieurs fois. En temps normal ce n'était certainement pas cela qui pouvait l'arrêter mais l'espion avait bien remarqué à quel point son attitude l'avait effrayé.
Severus ressentait un peu de pitié pour lui, il devait l'admettre. Avec tout ce qu'il avait subi c'était normal qu'il ne réagisse plus de la même façon et le maître des potions aurait dû adapter sa conduite bien avant que le mal ne soit fait.
Mais il ne pouvait pas retourner en arrière.
Alors tant pis, il endosserait encore le rôle du méchant. Ce n'était pas grave, il avait l'habitude et cela lui convenait bien. Peu importe les moyens employés, Dumbledore voulait après tout que le garçon se rétablisse rapidement.
Eh bien, il ne lui manquait plus qu'à résoudre l'épisode du bosquet, à présent.
Le lendemain donc, l'espion laissa l'adolescent se reposer.
La potion de sommeil-sans-rêve semblait avoir bien fonctionné et lorsque le sorcier entra sans un bruit dans sa chambre, celui-ci dormait toujours à poings fermés, le visage quelque peu crispé cependant.
Étant donné qu'il avait des choses à faire, Severus laissa donc le Survivant seul et se promit de rentrer une heure plus tard. Après tout, il ne pouvait prédire la réaction de celui-ci à son réveil et préférait être là lorsqu'il émergerait de son sommeil, juste au cas où.
Ce n'était pas qu'il avait peur que le garçon ne mette ses appartements sens dessus dessous, mais le Gryffondor avait de nombreuses fois prouvé qu'il était plutôt imprévisible… par conséquent donc, mieux valait être prudent.
Puis, une fois qu'il eût donné ses potions à l'infirmière, le sorcier redescendit dans les cachots et alla s'occuper de la paperasse dans son bureau, tandis que quelques-uns de ses élèves venaient parfois toquer à sa porte.
Avec les nombreux problèmes survenus au début de l'année, l'espion avait reçu de nombreuses lettres de parents, mécontents que leur progéniture n'ait été ridiculisée, amochée, voire blessée parfois.
Mais par Merlin, ce n'était pas de sa faute si l'école semblait être entrée en guerre alors qu'il n'était même pas là pour le voir…
Sa seule consolation, tandis qu'il répondait froidement aux courriers qu'il ne prenait parfois même pas la peine de lire, était que Minerva avait les mêmes problèmes que lui. Dumbledore n'étant pas là, c'était aux directeurs de maisons de s'occuper provisoirement de répondre aux parents, bien malgré eux cependant.
Une chose néanmoins différenciait Minerva et lui-même : il n'était pas aussi courtois qu'elle dans ses lettres.
Puis, voyant que l'heure qu'il s'était accordée se finirait bientôt, l'espion emporta le reste de paperasse qu'il lui restait et retourna dans ses appartements tout en laissant un mot sur la porte de son bureau : il serait présent le lendemain matin à la même heure pour les élèves qui souhaitaient le voir.
Une fois à destination, il posa négligemment son fardeau sur le petit meuble près de l'entrée, enleva et accrocha ses capes au petit porte manteau puis vaqua à ses occupations jusqu'à ce que le garçon ne se réveille enfin aux alentours de midi.
Alors qu'il s'occupait de nettoyer la cheminée de sa baguette – ils étaient bientôt en octobre et le froid ne tarderait pas à envahir les donjons, la porte du Survivant s'ouvrit doucement et celui-ci sortit sans un mot de sa chambre, en pyjama, pieds-nus.
Du coin de l'œil, l'espion détailla son teint pâle, ses lèvres sèches ainsi que son regard morne puis, sans un mot, continua de dépoussiérer la cheminée tandis que le garçon se rendait à la salle de bain.
Le maître des potions s'était attendu au retour du mutisme et il ne fut pas déçu. À l'heure de manger d'ailleurs, pas un mot ne fut prononcé.
L'espion regardait le garçon remuer vaguement ses pommes de terre et ses légumes, les yeux dans le vague tandis qu'il lisait le journal, puis le suivit du regard lorsqu'il quitta la table sans un mot après avoir à peine manger la moitié de son assiette. Mais ayant décidé de le laisser tranquille, le sorcier le laissa faire et après avoir appelé un elfe de maison pour débarrasser, se pencha à nouveau sur la montagne de lettres qu'il avait ramené.
Après l'épisode de la soirée précédente après tout, il lui devait bien cela.
L'après-midi passa donc lentement.
Le Survivant resta cloîtré dans sa chambre, l'espion ne l'entendit d'ailleurs pas tandis qu'il maudissant ses Serpents d'avoir créé autant de problèmes en son absence. Merlin il lui tardait que Dumbledore ne revienne enfin pour s'occuper lui-même de toute cette paperasse inutile. Heureusement, il serait là dans trois jours…
Puis, à l'image de l'après-midi, la soirée s'acheva elle aussi dans le silence. La seule innovation fut à l'heure du repas, lorsque le garçon sortit finalement de sa chambre pour venir manger non sans traîner des pieds, un air toujours aussi morne sur le visage.
« À quoi pensez-vous ? » s'enquit le maître des potions tandis qu'il observait le Survivant jouer distraitement avec son riz.
Il fallut quelques secondes à l'adolescent pour comprendre que le sorcier lui parlait et lorsqu'il releva enfin la tête pour plonger son regard fatigué, il répondit simplement :
« Je n'ai pas envie de parler. »
Cela, Severus aurait pu s'en douter...
Ayant cependant réussi à décrocher quelques mots au garçon, il continua.
« Si vous ne souhaitez pas parler de la soirée précédente, je ne vous y oblige pas. » lui signala-t-il.
Après tout, il n'y avait plus rien à en redire. L'espion avait voulu faire comprendre à l'adolescent que son cauchemar était réel, c'était chose faite à présent. Il n'y avait rien à ajouter.
À ses mots d'ailleurs, Potter parut quelque peu soulagé. Il avait donc bien craint que le sorcier ne l'oblige à en parler.
Même si le maître des potions était curieux de savoir ce que pensait le Survivant maintenant qu'il avait accepté le fait d'avoir subi la torture du Seigneur des Ténèbres, il valait mieux lui laisser le temps de digérer cette information.
« Je crois que... » dit alors doucement le garçon, tandis que son regard passait de son assiette au sorcier qui lui faisait face. « Tout commence à devenir flou. » compléta-t-il en décidant finalement de fixer son assiette.
L'espion ne sut que répondre.
Une partie de lui était étonnée que le Survivant ne veuille encore lui parler après la soirée précédente, l'autre voulait savoir ce que l'adolescent pensait de tout cela.
Désormais assis en face de lui, l'adolescent semblait avoir perdu tous ses repères. Des cernes assombrissaient toujours son regard fatigué, ses joues n'avaient plus aucune couleur et il ne semblait même plus être capable de ressentir autre chose que de la lassitude.
En fait, le sorcier avait l'impression d'avoir fait dix pas en arrière.
Alors qu'il aurait cru que Potter lui en voudrait pour ce qu'il avait fait et le détesterait à nouveau, il n'en était rien. Pourtant, l'espion aurait préféré la colère… elle était beaucoup plus facile à gérer que l'état actuel du garçon.
« Et… ce n'est pas fini, n'est-ce pas ? » souffla-t-il d'une petite voix en relevant la tête et en plongeant son regard émeraude dans celui du maître des potions, qui garda le silence.
Il avait donc fini par comprendre lui-même que la soirée précédente n'était pas la dernière étape.
C'était logique, après tout.
L'espion avait plusieurs fois sous-entendu que ses souvenirs du bosquet étaient incomplets, peut-être même faux. Et cela facilitait les choses, dans un sens. Au moins, le sorcier n'avait plus à réfléchir afin de trouver un moyen de lui faire comprendre.
Comme seule réponse alors, il secoua négativement la tête, même s'il savait que la question du Survivant était plutôt une affirmation.
Non, ce n'était pas fini.
Après quelques secondes de silence, l'adolescent demanda ensuite s'il pouvait quitter la table, et le maître des potions l'y autorisa d'un simple geste.
Puis il alla à nouveau se terrer dans sa chambre, le regard de l'espion posé sur lui.
Plus tard, alors que Severus était désormais en train de finir de répondre à une dernière lettre, le Survivant sortit ensuite de sa chambre pour demander une potion de sommeil-sans-rêve. Mais lui en ayant déjà donné une pour la nuit précédente, le maître des potions ne put lui en fournir une autre. Ils en étaient à une tous les trois jours et il ne fallait pas augmenter à nouveau.
Ce n'était donc pas que l'espion ne voulait pas, il craignait simplement que le garçon n'en devienne plus tard dépendant.
Devant le refus du sorcier, le Survivant parut pendant quelques secondes angoissé, sembla vouloir dire quelque chose mais se tut finalement et après être allé se brosser les dents, retourna dans sa chambre et alla se coucher, suivi plus tard par l'espion.
Puis, le dernier jour de septembre se leva.
Dans les appartements, il faisait frai et le maître des potions en se levant dut se couvrir un peu plus que les autres matins. Au dehors, on entendait le vent glisser sur le lac silencieux et l'herbe qui entourait le château, faisant courir les nuages gris qui cachaient le soleil et couvrant les quelques oiseaux qui chantaient encore.
L'automne était là.
Puis, le sorcier après s'être douché déjeuna rapidement, alla surveiller quelques potions qui murissaient dans son laboratoire et remonta finalement une heure plus tard après avoir mis en bouteille celles qui étaient prêtes et préparé de nouvelles.
Aux alentours de dix heures, il alla ensuite réveiller le Survivant, lui expliqua pendant qu'il sortait lentement de sa léthargie qu'il pouvait appeler un elfe de maison s'il y avait le moindre problème et qu'un petit déjeuner l'attendait sur la table, puis le laissa seul afin d'aller dans son bureau – qui au passage n'était pas très loin de ses appartements.
Il reçut là-bas quelques-uns de ses Serpents qui venaient se plaindre de la hiérarchie dans la Maison et dans les dortoirs, tous des élèves de première année. L'un trouva anormal qu'un petit groupe de cinquième année ne soit à l'origine de toutes les punitions qu'il avait subies, une autre arriva en pleurant avant d'expliquer que Pansy Parkinson lui avait joué une mauvaise blague parce qu'elle avait osé critiquer Draco Malfoy.
Ce à quoi le professeur de potion répondit par un regard dédaigneux.
Il ne pouvait rien à faire, c'était d'ailleurs même mieux ainsi. Avec Malfoy régissant les plus jeunes depuis l'année dernière, l'ordre régnait dans les dortoirs et tout fonctionnait mieux de cette façon. Les plus vieux devant le statut de Sang-Pur du Serpentard n'osaient s'en mêler et les plus jeunes intimidés se pliaient aux règles. Seuls les quelques autres Sang-Pur ne pouvaient être contrôlés par Malfoy et son groupe, mais ceux-ci, d'abord peu nombreux, restaient plutôt tranquilles.
L'espion après avoir à nouveau expliqué les règles aux premières années les renvoya donc sans plus de cérémonie, non sans leur faire comprendre de ne plus venir le déranger pour ce genre de chose.
Si ceux-ci pensaient avoir un directeur de maison juste et compréhensif, ils allaient vite comprendre que ce n'était pas le cas.
Puis, après avoir signé quelques autorisations pour que les nouveaux troisièmes années puissent se rendre à Pré-au-Lard, le maître des potions retourna finalement dans ses appartements.
Le garçon comme à son habitude était dans sa chambre, et il n'en sortit que lorsque l'espion l'appela pour venir manger.
L'ayant parfois entendu gémir tandis qu'il déjeunait, celui-ci savait que l'adolescent n'avait pas eu un sommeil paisible. Et à en juger par ses cernes encore plus prononcés que la journée précédente, Severus supposait qu'il n'avait pas beaucoup dormi non plus.
Devant son mutisme alors, tandis qu'ils étaient tous deux à table et que le garçon semblait trier ses légumes de ses pâtes pour finalement tout mélanger à nouveau, le sorcier lui demanda s'il voulait lui parler de quelque chose ou s'il avait des questions.
Dans un premier temps, l'intéressé ne répondit pas et arrêta simplement de jouer avec ses carottes. Puis, après quelques secondes et d'une petite voix, il demanda finalement :
« Quand il m'a touché là… » commença-t-il en montrant vaguement son front, tandis que ses doigts s'entortillaient autour de sa fourchette. « C'était… un rêve ? » hésita-t-il.
Le sorcier mit un petit temps afin de comprendre ce dont il était question puis, se souvenant finalement de la fois où il lui avait raconté l'épisode du bosquet, il hocha la tête.
« Certainement, oui. » répondit-il en soutenant le regard du garçon. « Cela n'est jamais arrivé, du moins pas à ma connaissance. » ajouta-t-il tandis que le Survivant reportait finalement son attention sur son assiette, air incertain sur le visage.
Puis, un nouveau silence s'installa.
Si l'espion savait ce qui se tramait dans l'esprit de l'adolescent, il aurait pu lui en dire plus et comprendre davantage comment le serpent avait manipulé le garçon… car étrangement, le souvenir du bosquet n'avait pas le même schéma que le précédent : alors que celui du manoir avait été assimilé pour lui comme étant un cauchemar, l'autre semblait avoir été altéré, peut-être effacé. Le premier phénomène pouvait tout à fait avoir été provoqué par l'inconscient du Survivant, tandis que le deuxième semblait plutôt avoir été trafiqué par une personne extérieure.
Severus n'avait bien sûr aucun doute sur la personne en question, mais il se demandait simplement pourquoi le mage noir avait fait cela. En quoi faire oublier à Potter la nuit du bosquet pouvait lui profiter ? Qu'avait-il tenté de faire, quel but avait-il essayé d'atteindre ?
Encore un autre élément flou à ajouter sur sa liste.
« Et vous… » dit ensuite le garçon, faisant sortir l'espion de ses pensées. « Vous savez ce qui m'est arrivé ? » demanda-t-il doucement tandis que son regard passait de temps à autre du sorcier à son assiette.
Avant de répondre, le maître des potions détailla sans un mot le Survivant, passa brièvement en revue les souvenirs qu'il avait de cette nuit-là puis constata l'assiette à peine entamée de l'adolescent.
« Oui. » répondit-il finalement d'un ton neutre. « Mangez. » ajouta-t-il ensuite tandis que l'adolescent s'exécutait après quelques secondes de confusion.
Après trois ou quatre bouchées cependant, il arrêta à nouveau de manger et demanda :
« Vous voulez que je me souvienne, c'est ça ? »
Dans ses paroles et malgré que le garçon ait tenté de ne pas laisser transparaître ses émotions, l'espion parvint à discerner de la colère, un peu de dépit mais aussi de la peur. Ce n'était pas étonnant bien sûr, et le maître des potions était presque soulagé de voir que l'adolescent ressentait encore tout cela.
Alors, il acquiesça sans un mot.
« Pourquoi ?... » lâcha Potter, tout à coup troublé.
Le maître des potions aurait préféré qu'il ne le demande pas. Car que pouvait-il bien lui dire ? Cela aurait-il du sens s'il lui disait qu'il n'était jamais bon de fuir la réalité ? S'il lui expliquait que ce trou dans sa mémoire ressortirait forcément un jour et le ferait d'avantage souffrir qu'à présent, où s'il lui expliquait que le Seigneur des Ténèbres pouvait se servir de cette faiblesse pour le faire sombrer à nouveau et que cela devait d'ailleurs être dans ses plans, ou pire encore ?
L'espion en doutait.
« Il le faut. » répondit-alors simplement tandis que le visage du garçon se décomposait lentement devant lui.
« Mais… » bredouilla-t-il en secouant doucement la tête et en abandonnant sa fourchette, qui retomba dans un bruit sourd sur la table.
Son regard perdu détailla quelques secondes le sorcier, essayant peut-être de déchiffrer son expression impénétrable, puis il souffla, les yeux remplis de peur :
« Et si… et si je n'ai pas envie de… me souvenir ? »
À ces mots cependant, le maître des potions n'avait rien à lui répondre.
Son silence parut d'ailleurs effrayer d'avantage le garçon qui, sans même demander la permission, quitta la table et alla aussitôt se réfugier dans sa chambre. Mais l'espion ne dit rien et le laissa faire.
Il avait peut-être le droit à un peu de répit.
Tout comme la journée précédente alors, l'après-midi passa lentement. Severus ne vit et n'entendit pas le garçon une seule fois, sauf quand il alla lui donner une potion nutritive après être remonté de son laboratoire.
Il le trouva endormi sur son lit, son carnet ouvert sur une page blanche gisant à côté de lui et son oreiller par terre. Même s'il dormait, son visage blême était toujours crispé, ses doigts étaient même parfois traversés de quelques tremblements.
Afin de lui faire boire la potion, l'espion le réveilla doucement en l'appelant, ce qui n'empêcha au Survivant de se réveiller en sursaut en haletant de surprise. Il sembla pendant quelques secondes totalement désorienté, puis reprit finalement pied sur terre en détaillant le sorcier qui lui faisait face.
Sans un mot, il but ensuite la fiole que celui-ci lui tendait et ce fut sa seule interaction de l'après-midi.
Le soir donc, après que le maître des potions l'eut – quelque peu – forcé à manger la moitié de son assiette et son petit pot de flan à la vanille, Severus lui demanda d'aller s'asseoir sur le canapé afin qu'ils discutent.
« Potter, ce n'était pas une question. » le réprimanda-t-il lorsque celui-ci refusa d'un air fuyant, souhaitant à tout prix y échapper.
« Vous disiez… que je n'étais pas obligé de parler si je ne voulais pas… » tenta l'adolescent avant de finalement s'exécuter bien malgré lui devant le regard significatif du maître des potions.
« Vous n'êtes pas obligé d'être seul. » dit ensuite celui-ci lorsque le garçon fut finalement assis. « Pour vous souvenir. » précisa-t-il après un coup d'œil incertain de l'intéressé.
L'espion ne savait s'il ne recouvrait pas petit à petit sa mémoire lorsqu'il se terrait pendant plusieurs heures dans sa chambre, il n'aurait cependant pas été surpris s'il regardait combien le Survivant paraissait d'avantage perdu comparé à ce midi. Même s'il était plutôt étonnant que ses souvenirs pourtant trafiqués par le mage noir ne reviennent aussi facilement.
Peut-être lui avoir fait comprendre que son premier cauchemar était réel avait été l'élément déclencheur, peut-être était-ce aussi à cause de la distance qui séparait désormais le serpent du garçon. Comme toujours, l'espion ne pouvait rien affirmer.
« Il vous suffit de venir me voir lorsque vous avez un doute. » acheva-t-il finalement.
Et puis, après la catastrophe qu'avait été la première fois, Severus supposait qu'il fallait trouver un autre moyen de lui faire retrouver la mémoire – plutôt que la force – et si possible à son rythme.
Aux paroles du sorcier alors, le Survivant parut soulagé.
S'il n'y avait que cela, le maître des potions pouvait bien le faire après tout.
« Mais… est-ce qu'on pourrait heu… » hésita l'adolescent en jouant avec ses doigts. « Attendre… demain ? » bredouilla-t-il en lançant de temps à autre des coups d'œil à l'espion. « C'est juste que… » tenta-t-il de justifier en voyant l'expression de celui-ci. « Je ne me sens pas très bien. »
Dans un premier temps, Severus fut tenté de refuser en croyant que l'adolescent tentait de se jouer de lui puis, en détaillant finalement celui-ci, pensa que ce n'était peut-être pas faux, après tout. Son teint était blafard, il n'avait presque rien mangé et semblait en effet plutôt patraque.
« Demain. » répondit-il alors d'un ton catégorique, tandis que le Survivant hochait doucement la tête.
Puis, le garçon se leva et entreprit de retourner dans sa chambre, bien vite arrêté par l'espion cependant.
« Restez donc là Potter, que je puisse avoir un œil sur vous. » dit-il de sa voix traînante en montrant d'un geste le canapé. « Vous avez le droit de m'emprunter un livre, après mon autorisation bien sûr. Mais ne restez pas enfermé dans votre chambre. »
De par l'expression du garçon, Severus n'aurait su dire s'il considérait cela comme une punition ou bien comme de la gentillesse. Il espérait cependant que c'était la première option, il ne voulait pas non plus que Harry Potter ne le trouve sympathique.
Sans un mot, le concerné s'exécuta donc et alla fouiller dans sa bibliothèque sous le regard méfiant de l'espion. Il trouva cependant ce qu'il voulait en moins de temps qu'il n'aurait dû et après avoir montré son livre au sorcier – Les aventures de Newt Scamender – alla s'installer sur le canapé, le dos contre l'accoudoir et les pieds sur la banquette.
Le maître des potions ne savait pourquoi, mais il aurait parié que le Survivant fouillait déjà dans ses bibliothèques en son absence.
« Le sale petit fouineur… » pensa-t-il en lui envoyant un regard assassin, même si l'adolescent lui tournait techniquement le dos.
Il dû cependant recevoir les ondes négatives de l'espion car au même moment, il frissonna un peu.
Puis, l'espion alla lui aussi se trouver un livre et s'y plongea, satisfait.
La soirée passa donc ainsi, tranquillement et dans un silence confortable. Maintenant qu'il y pensait, le maître des potions n'avait jamais vu le garçon avec un livre autre que ses manuels d'écoles et se demandait pourquoi avoir choisi ce livre en particulier s'il ne s'adonnait jamais à la lecture.
Pour sa part, Severus trouvait celui-ci plutôt enfantin et vaguement ennuyeux, mais il supposait que c'était au niveau au niveau d'un adolescent de quinze ans après tout. Même moins d'ailleurs, s'il y réfléchissait bien…
Ainsi, une heure passa, puis une autre.
Le maître des potions lançait de temps en temps quelques coups d'œil au garçon qui restait silencieux et changeait parfois de position, et au bout d'une heure encore il remarqua finalement que celui-ci s'était endormi, le livre ouvert encore à côté de lui et désormais tourné sur le côté.
Non sans pousser un bref soupir, Severus lança ensuite un Tempus, constata l'heure et décida finalement qu'il était l'heure d'aller se coucher.
Sans un bruit, il rangea les livres de sa baguette tandis qu'il se levait de son fauteuil puis jeta un coup d'œil à l'adolescent avant d'aller à la salle de bain, tout en espérant que le bruit le réveillerait et qu'il irait de lui-même dans sa chambre.
L'espion n'était pas sa nounou, par Merlin…
Une fois dans la salle de bain, il constata qu'une chaussette de l'horripilant Potter traînait à même le sol, l'envoya d'un coup de baguette agacé dans le panier prévu à cet effet afin que les elfes de maisons récupèrent le linge sale puis enfila sa tenue de nuit comme si de rien n'était avant de s'arrêter finalement, surpris.
Depuis quand était-ce devenu normal pour lui de ramasser les sous-vêtements sales du garçon ?...
Par Merlin, il lui tardait que tout rentre dans l'ordre.
Puis, après s'être passé un peu d'eau sur le visage, l'espion alla ensuite ranger ses vêtements dans sa chambre – non sans s'arrêter au milieu du petit couloir sombre pour entendre peut-être un bruit en provenance du salon, pour finalement lâcher un bref soupir en n'entendant rien d'autre que le silence de ses appartements.
Une fois dans sa chambre, il alluma d'un coup de baguette la petite lampe près de son grand lit, puis pendit sa veste et rangea le reste tandis qu'il songeait au lendemain. Il espérait que le garçon retrouverait vite ses souvenirs, même s'il appréhendait quelque peu la suite.
Allait-il devoir s'occuper de lui alors qu'il reprendrait son poste de professeur de potion ? Dumbledore allait-il le confier à quelqu'un d'autre ? L'espion était encore indécis, mais il doutait d'accepter la première option si le vieux sorcier lui proposait.
Puis, une fois qu'il eut rangé un peu, Severus sortit de sa chambre et passa une dernière fois à la salle de bain, toujours plongé dans ses pensées.
Jusqu'à qu'un cri glaçant ne le fit brusquement revenir à la réalité.
À suivre...
