Hello!

Voici le chapitre tant attendu. Au passage, je ne peux que vous conseiller d'aller écouter Oh Wonder et leur formidable musique White Blood. C'est avec cette chanson que j'ai écrit ce chapitre et je trouve que ce duo (britannique en plus !) est incroyable.

Sans plus tarder, bonne lecture !


"I'm ready to fall, so tired of it all

Down deep in a hole, can't do it alone

I'm ready to climb this mountain inside

Impossible heights…''

...

''Je suis prêt à tomber, si fatigué de tout ça

Au plus profond d'un trou, je ne peux le faire tout seul

Je suis prêt à gravir cette montagne de l'intérieur

Impossibles hauteurs...''

...

Oh Wonder - White Blood


Chapitre 28 : White Blood


C'était un cri à glacer le sang.

Et le cœur de l'espion rata un battement.

Craignant une attaque ou pire peut-être, il avança silencieusement en direction du salon, baguette en main et prêt à l'utiliser contre un possible agresseur.

Son cerveau refusait de penser et son sang bouillonnait dans ses veines.

C'était impossible, aucun sorcier ne pouvait pénétrer dans ses appartements sans son autorisation...

Une fois arrivé dans le salon cependant, il ne vit personne.

« Homunium Revelio. » lança-t-il tout de même en promenant rapidement son regard sur la pièce sombre.

Mais à part lui et le garçon, il ne semblait y avoir personne.

« Le garçon… » pensa-t-il alors soudainement tandis qu'il entendait enfin les faibles halètements de celui-ci.

D'un pas rapide, l'espion se dirigea vers le canapé et contourna celui-ci pour arriver au chevet du Survivant, sa baguette toujours dans ses mains.

Puis, il le vit.

Toujours couché sur la banquette grise, son corps était crispé, presque contorsionné. Ses doigts aux jointures blanches étaient fermement accrochés à son haut de pyjama rayé, griffant par la même occasion son torse, et chaque mouvement qu'il faisait paraissait douloureux.

« Un cauchemar ? » pensa alors l'espion en s'approchant d'avantage et en observant le visage blême du garçon.

Ses paupières étaient parfois secouées de soubresauts et sur son front d'une blancheur alarmante, parsemé de deux ou trois mèches folles, quelques gouttes de sueurs perlaient.

En confirmant sa pensée cependant, l'espion fut quelque peu soulagé. Pendant quelques secondes, il avait cru que quelqu'un ou quelque chose s'était faufilé dans ses appartements et l'avait attaqué. Heureusement, ce n'était pas le cas et le Survivant semblait juste avoir un cauchemar.

Juste un cauchemar… ?

Lentement, le maître des potions s'abaissa alors au niveau du garçon et plaça sa main sur son front pour finalement constater qu'il était plus chaud qu'à l'accoutumé. Il avait de la fièvre et n'avait donc pas menti à l'espion lorsqu'il avait dit ne pas se sentir très bien. D'un coup de baguette, il fit alors apparaître un gant de toilette humide et le plaça sur son front.

Soudain, faisant aussitôt se figer le sorcier tandis qu'il retirait sa main, un autre cri glaçant sortit de la bouche du garçon. Son dos s'arqua, son visage se crispa dans une expression de douleur et ses ongles griffèrent à nouveau le haut de son torse tandis que l'espion terminait lentement son geste, perplexe devant ce qu'il voyait.

Très bien. En plus d'avoir de la fièvre, le garçon faisait un cauchemar plutôt violent. Mais le maître des potions ayant déjà assisté à plusieurs situations similaires, il n'y avait pas de quoi s'alarmer. Et d'ailleurs, l'espion était parfaitement calme. Les deux hurlements que l'adolescent avait poussés étaient impressionnants, mais ce n'était encore une fois qu'un cauchemar, rien de vraiment très grave.

En regardant le Survivant gémir misérablement devant lui cependant, l'espion ne parvint à se convaincre jusqu'au bout.

« Potter ? » tenta-t-il alors afin de le réveiller, comme il l'avait toujours fait jusque-là.

Seules les plaintes du garçon lui répondirent.

« Potter, réveillez-vous. » essaya-t-il à nouveau, accompagnant cette fois ses paroles en secouant doucement le garçon.

« N-non… ! » cria-t-il alors soudainement tout en repoussant avec frénésie les mains de l'espion.

Celui-ci tint bon, avec difficulté cependant et continua à appeler le Survivant.

Jusqu'à ce qu'il n'hurle à nouveau et fasse définitivement reculer l'espion tandis que son dos s'arquait à nouveau.

Tout compte fait, ce n'était pas normal. Ou du moins, c'était nouveau. Jamais un cauchemar du garçon n'avait été aussi violent, même au manoir. Le réveil était toujours difficile, mais jamais le rêve n'avait atteint une telle intensité... et les cris qu'ils poussaient n'étaient certainement pas des cris de frayeur, comme le sorcier en entendait d'habitude.

« NON ! » continua le garçon en se tordant sur le canapé, manquant même de tomber. « Stop… ! »

C'était des cris de douleurs...

« Potter ! » revint alors à l'attaque l'espion en le secouant à nouveau, cette fois plus fermement et tandis que son cerveau bouillonnait.

Était-ce dû au Seigneur des Ténèbres, était-ce lui qui provoquait cela ? Était-il dans son esprit en ce moment-même ? Devait-il intervenir lui-même dans l'esprit du garçon comme il l'avait fait quelques jours plus tôt, alors pourtant qu'une telle idée ne l'enchantait pas le moins du monde ?

Malgré ses efforts cependant, le garçon ne se réveilla pas. Pire encore, la crise qui le traversait sembla s'empirer.

Ou bien devait-il aller chercher de l'aide, sachant cependant que Dumbledore n'était pas à Poudlard et qu'il faudrait un petit moment avant de faire venir Pomfresh ?...

Se débattant toujours comme un diable, un autre cri glaçant sortit de sa gorge et ses ongles vinrent griffer son menton, puis son cou, laissant de vives marques rouges sur leurs passages. Le gant de toilette sur son front était depuis longtemps par terre, seuls ses cheveux collés par la sueur subsistaient.

« Sa cicatrice… » pensa alors l'espion en dégageant péniblement celle-ci, tandis que le garçon se débattait toujours sous le sorcier. Sa cicatrice réagissait toujours à la présence du Seigneur des Ténèbres même si personne ne semblait savoir pourquoi. Peut-être pouvait-elle témoigner de la présence du serpent dans son esprit…

Cependant et tandis qu'il constatait finalement son état, le maître des potions recula à nouveau, indécis – et la main griffée.

Sa cicatrice ne semblait pas enflée, ni même rouge. Elle était complètement normale.

« S'il… vous p-plaît… » supplia alors le garçon tandis qu'il délirait toujours, ses bras levés devant lui afin de se protéger contre un agresseur invisible.

Que lui arrivait-il donc par Merlin ? Était-ce simplement un cauchemar plus violent que les autres, était-ce une forme de terreur nocturne ? En tant que maître des potions, le sorcier avait bien quelques notions de soins à la personne et s'était renseigné lui-même afin de pouvoir se soigner simplement à l'aide de sortilèges – sa profession d'agent double nécessitant souvent ce genre de capacité – mais il n'avait jamais été formé pour savoir comment traiter ce qu'il avait sous les yeux...

D'un œil critique, l'espion détailla à nouveau le Survivant. Sa respiration était sifflante, son rythme cardiaque était élevé et tout son corps semblait souffrir. Peut-être la fièvre le faisait-il délirer ? Peut-être n'était finalement pas si grave même si aux premiers abords l'espion aurait penché pour le contraire ?

« Je ne désobéirai p-plus… »

Ses mots firent aussitôt sortir l'espion de ses pensées. Et bien malgré lui, il se figea.

Ce n'était pas qu'un simple cauchemar.

C'était ses souvenirs qui revenaient.

Sans même qu'il ne s'en aperçoive, ses poings se serrèrent et son visage perdit de sa neutralité habituelle.

« Non… » entendit-il à peine tandis que la scène se rejouait lentement devant ses yeux. « NON ! »

Soudain, un autre cri strident se fit entendre, faisant aussitôt revenir l'espion.

« Potter ! » l'appela-t-il en s'abaissant une nouvelle fois à son niveau, tentant vainement de le réveiller. « Potter, vous êtes à Poudlard, réveillez-vous ! »

Par Merlin... pourquoi cela arrivait-il maintenant ? Était-ce lui qui avait déclenché tout cela ? Ses paroles avaient certainement fait réfléchir l'adolescent et celui-ci avait semblé plutôt pensif quant à ses paroles mais l'espion n'aurait jamais imaginé que ses souvenirs reviendraient de cette façon...

« S'il vous… plaît… » gémit lamentablement le garçon tout en se débattant toujours, la respiration désormais sifflante et le visage rempli de douleur.

Que pouvait-il faire afin de l'aider, alors même qu'il ne parvenait pas à le réveiller ? Devait-il persévérer en prenant le risque de mettre le garçon en état de choc, devait-il finalement aller demander de l'aide ?...

Ce n'était pas ce qu'il avait voulu, par Merlin. Ce n'était vraiment pas ce qu'il avait voulu. Lui faire retrouver la mémoire avait bien sûr été l'objectif mais pas maintenant, et pas de cette façon...

« Potter ? » tenta-il une nouvelle fois tandis que celui-ci se tordait toujours misérablement sur le canapé, haletant comme jamais et le corps tendu à l'extrême.

Prudemment, l'espion remit le gant de toilette humide sur son front brûlant et recula à nouveau, troublé.

Ce n'était tout de même pas de sa faute, n'est-ce pas ? Il lui avait certes suggéré d'y réfléchir mais jamais il n'aurait pensé que ses simples mots engendreraient cela…

Ou peut-être… était-ce à cause de la fièvre ? Peut-être s'était-il trompé ? Il était tout à fait possible qu'il prononce ces mêmes mots dans un cauchemar, après tout…

Mais ces pensées sonnaient terriblement fausses. Les mots du garçon, ses gestes brusques et son corps tendu à l'extrême, ses gémissements et ses misérables plaintes ne pouvaient être confondues avec un bête cauchemar ou délire provoqué par la fièvre.

C'était juste une excuse, se dit-il soudain, pour ne pas sentir l'impuissance le tirailler à nouveau.

Un autre cri, cette fois rauque, se fit à nouveau entendre.

Et tandis qu'il regardait désormais le Survivant se tordre ainsi et gémir de la sorte, c'était bien un profond sentiment d'impuissance qu'il ressentait.

Ce n'était pas ce qu'il avait voulu. Les choses n'auraient pas dû se passer ainsi. Il avait réussi à trouver une méthode, par Merlin… il aurait simplement suffit que le garçon attende le lendemain et ils auraient pu parler afin de faire resurgir ensemble ces souvenirs, par Salazar ! Pourquoi les choses ne se passaient jamais comme il le voulait ? N'arriverait-il donc jamais à effacer ce terrible sentiment d'impuissance et de culpabilité, celui-là même qu'il avait ressenti en regardant le garçon se faire torturer sous ses yeux, alors même qu'il suppliait et sanglotait pour que tout s'arrête ?

Tandis qu'il reculait pour finalement buter contre la table basse, les jointures blanches et le visage crispé, il se sentait désarmé, inutile.

Incapable d'aider le garçon et de remplir son rôle. Cruellement tiraillé par l'amertume.

Ce n'était pas ce qu'il avait voulu. Ni pour lui-même, ni pour le garçon.

Et sans même qu'il ne puisse expliquer pourquoi, il ne parvenait pas à faire le vide dans ses émotions. Cette scène, cette terrible scène qu'il avait vécu péniblement une première fois puis sans vraiment le vouloir la deuxième fois, celle-la même qu'il ne parvenait pas à faire disparaître complètement de son esprit et qui l'avait hanté toutes les nuits suivantes revenait brusquement à lui à mesure qu'il regardait le Survivant.

Devant le corps secoué de soubresauts de celui-ci d'ailleurs, l'espion ne se reconnaissait plus. Lui, qui dans toute situation pouvait rester imperturbable et jouer la carte de la neutralité était incapable de rester de marbre.

En fait, il se surprenait à ressentir de la peine et de la pitié pour le Survivant. Pour le fils de James Potter, son ennemi de toujours, gamin arrogant et aussi détestable que son père. Et cela, ce n'était pas normal.

Garçon qui en avait peut-être trop vu et vécu pour son âge. Depuis quand ressentait-il de l'empathie pour quelqu'un ?...

Fils de Lily.

Bien sûr. C'était à cause d'elle s'il n'arrivait pas à rester de marbre. Il ne se considérait pas non plus inhumain et savait que n'importe quel enfant dans la même situation aurait réussi à lui arracher un aveu quant à la pitié qu'il ressentait.

Mais la peine et la tristesse, elles, comment pouvaient-ils les justifier ?...

C'était à cause de Lily, se dit-il en détournant le regard du Survivant. C'était à cause de lui et de ses erreurs, de son engagement à aider le garçon jusque-là non respecté. L'espion ne voyait pas d'autre explication.

Il ne pouvait y en avoir d'autre.

Quelques minutes plus tard alors, tandis que les cris du Survivant avaient cessé et que seuls de faibles gémissements rauques s'échappaient désormais de ses lèvres entrouvertes, Severus se demanda combien de temps encore cela durerait. Dans le bosquet et durant cette nuit-là, il lui semblait que celui-ci avait duré des heures.

Des heures à regarder le corps du garçon se contorsionner sous les sortilèges, d'autres à essayer de paraître le moins affecté possible tandis que les yeux émeraude du Survivant perdaient peu à peu de leur éclat naturel et que ses plaintes se faisaient plus faibles. Des minutes entières à prétendre de ne pas être perturbé par la scène qui se jouait devant lui. Heureusement d'ailleurs qu'il était habitué à conserver une certaine impassibilité et ce même dans des moments de crise.

Tout comme cette nuit, l'espion était condamné à attendre la fin de sa torture, uniquement provoqué par la perte de conscience du garçon et par l'ennui du terrible mage noir à jouer avec un corps qui ne criait plus.

Cette nuit-là d'ailleurs, le maître des potions s'était demandé si le Survivant parviendrait à se relever. Au manoir et après avoir subi plusieurs Doloris du Seigneur des Ténèbres, Seveurs avait craint que le garçon ne s'en tire avec des séquelles, aussi bien physiques que mentales ; il avait déjà subi le sortilège une fois ou deux en faisant face au mage noir durant le Tournoi des Trois Sorciers certes, mais ce n'était qu'un gamin...

Malgré tout cependant et en quelques jours à peine, il s'était relevé et avait semblé ne pas être traumatisé plus que cela. Comment cela pouvait-il être possible d'ailleurs ? Severus n'en avait pas la moindre idée. Il avait remarqué que le garçon semblait être plutôt résistant à la douleur et fort psychologiquement parlant, mais il était tout de même question de se faire torturer par le Seigneur des Ténèbres en personne, qui prenait plaisir à infliger la douleur... alors l'espion devait avouer qu'il avait été surpris – et quelque peu impressionné par Potter, même s'il ne voulait pas l'admettre.

Alors, cette fois encore, Severus se demandait si avec tout cela, Harry Potter ne finirait pas brisé. L'intention du Seigneur des Ténèbres avait sans doute été d'atteindre cet objectif, après tout. Pourquoi cependant ? Que lui aurait apporté le fait de briser le garçon ? L'espion avait sa petite idée. Sûrement afin d'en faire une parfaite petite poupée obéissante. Un pion dépourvu de raison. Un pantin fait d'un garçon détruit, remodelé, âgé seulement d'une quinzaine d'années.

En pensant ainsi d'ailleurs, tandis qu'un sentiment de colère le traversait, le maître des potions fut surpris. Peut-être pendant ces treize années de paix avait-il perdu de sa légendaire insensibilité, finalement.

De retour au moment présent cependant et faisant désormais les cent pas devant l'adolescent toujours hanté par ses souvenirs, il ne savait plus quoi faire.

Sa fièvre était toujours aussi haute, son tee-shirt était d'ailleurs trempé de sueur. À mesure que les minutes passaient néanmoins, bien trop longues du point de vue de l'espion, ses gémissements se faisaient plus faibles, ses gestes moins brusques.

Plusieurs fois, l'espion l'avait empêché de se griffer à nouveau et avait humidifié à nouveau le gant de toilette sur son front. Ce n'était pas grand-chose et il doutait que cela ait une grande répercussion sur la situation présente, mais c'était tout ce qu'il pouvait faire de toute façon. Parfois également, des paroles incompréhensibles sortaient de sa bouche, de temps en temps des excuses pour ce qu'il avait fait, souvent des supplications pour que sa torture ne s'arrête enfin.

Qu'y avait-il ensuite, après cela ? Il semblait à Severus que c'était au tour du frère Carrow.

Toujours cruellement impuissant, l'espion marchait de long en large devant le garçon. Ses yeux ne le regardaient plus mais il écoutait chaque gémissement, chaque plainte et chaque halètement. À quoi bon faire semblant. Ce n'était pas comme s'il pouvait faire mine de ne pas les entendre.

Puis d'autres minutes passèrent, le sorcier avait arrêté de faire les cent pas et se tenaient désormais près de la cheminée, un air sombre sur le visage. Le garçon ne poussait plus que de faibles plaintes rauques.

Ensuite, ce devait être à Jugson. Ou bien à la sœur Carrow, le maître des potions ne savait plus vraiment.

La respiration du garçon se bloquait parfois dans sa poitrine et ses mains tremblantes n'arrivaient plus à agripper son haut de pyjama. La fièvre quant à elle n'était toujours pas tombée, son front semblait même plus chaud qu'avant.

Puis ce fut le tour de Macnair.

Le corps éreinté du Survivant ne fut bientôt plus secoué que par des tremblements, et des sanglots s'échappèrent de sa gorge abusée d'avoir trop crié. Son expression crispée s'était également faite moins marquée ; c'était bientôt l'heure de sa délivrance. L'espion quant à lui était désormais assis au bout du canapé et se massait les tempes, son regard vaguement posé sur les couleurs ternes du tapis.

Enfin, ce fut à Avery.

Ses faibles plaintes s'éteignirent, sa voix se brisa et il ramena doucement ses genoux vers lui, les yeux de l'espion suivant son mouvement. Une bonne heure devait être passée.

Puis ce fut finalement le silence.

L'espion poussa un bref soupir tout en observant le corps légèrement tremblant du garçon, fatigué lui aussi, incertain de ce qu'il devait à présent faire.

Il n'était pas sûr que réveiller l'adolescent soit une bonne idée mais ne voulait pas non plus que celui-ci ne cauchemarde encore. Bien qu'il doutait que le garçon en soit encore capable, cependant.

Voulant à nouveau vérifier sa fièvre, l'espion avança alors sa main vers son front. Il le réveillerait sans doute plus tard afin de lui donner des médicaments et deux ou trois potions, dont une sommeil-sans-rêve. C'était sans doute la meilleure chose à faire.

En voyant le visage de l'adolescent frémir cependant, il suspendit son geste et scruta attentivement ses paupières fermées.

Avait-il encore assez de force pour se relever ?...

Sa question obtint rapidement une réponse lorsque ses yeux émeraude se dévoilèrent, profondément fatigués, vidés de tout éclat.

« Potter ? » s'enquit alors doucement le maître des potions, captant l'attention du garçon toujours allongé.

Il cligna des yeux, amena sa main tremblante pour vaguement toucher ses lunettes et faire tomber le gant de toilette sur son front puis entreprit de se relever, aussitôt aidé par l'espion qui croyait à peine ce qu'il voyait. Comment pouvait-il encore avoir la force de se relever ?... À son contact d'ailleurs, il ne se déroba pas, se laissa faire en silence et s'assit finalement contre l'accoudoir du canapé, tête basse, toujours soutenu par le maître des potions.

Un tel manque de réaction inquiéta d'ailleurs celui-ci et tandis qu'il faisait apparaître deux ou trois potions depuis son laboratoire, il tenta de lui parler, non sans appréhender la suite.

« Vous êtes à Poudlard, en sécurité. Regardez autour de vous, tout va bien. » dit-il calmement.

Aucune réaction.

« Potter ?... » prononça-t-il alors d'une voix inquiète, qu'il ne reconnut pas.

Le Seigneur des Ténèbres avait-il gagné ? Harry Potter était-il finalement brisé ?...

Non sans toujours scruter la moindre réaction, Severus fit alors voler les fioles qu'il tenait vers la table basse et amorça un nouveau geste en direction du garçon, qui ne bougea pas d'avantage.

Tout comme la première tentative de Legilimens, une légère anxiété monta doucement en lui. Ce ne pouvait pas être possible, le Survivant n'était tout de même pas brisé... s'il avait tenu bon plusieurs fois face au terrible mage noir, il pouvait tout à fait se relever une fois de plus, n'est-ce pas ?

Souhaitant voir son visage, le sorcier toujours assis en face de lui releva doucement le menton, redoutant que ses craintes ne deviennent réalité.

Mais le visage sur lequel il tomba, et à son plus grand soulagement, ne fut pas inexpressif. Cependant, devant ce témoignage et bien malgré lui, l'espion grimaça et un sentiment d'il ne savait trop quoi lui pinça le cœur.

Une expression de douleur témoignant des dernières minutes était figée sur le visage du garçon, son teint quant à lui était blafard, bien que coloré encore par ses joues légèrement rouges, et ses yeux… ses yeux étaient brillants de larmes.

Cette ultime vision d'ailleurs, plus que n'importe quelle image du bosquet et du corps éreinté de l'adolescent, provoqua un vif sentiment de malaise chez l'espion. Et devant ce témoignage vivant et torturé de la seule femme qu'il n'ait jamais aimé, il luttait pour soutenir ces yeux. Pendant un bref instant d'ailleurs, et tandis que des larmes silencieuses roulaient silencieusement sur les joues du garçon, il fut même tenté de détourner le regard.

Mais étrangement, il n'y parvint pas.

Tout ce qu'il voyait devant lui, c'était un adolescent fatigué par ce qu'il avait subi, éreinté par la vie. Un enfant d'à peine quinze ans qui semblait porter tout le fardeau du monde sur ses frêles épaules. Harry Potter en somme, qui venait finalement de craquer alors que l'espion avait été chargé de le remettre en forme.

« Potter ? » l'appela ensuite Severus tandis qu'il refoulait ce sentiment croissant d'aigreur.

Par Merlin, il ne se reconnaissait plus.

« Pour… » murmura-t-il alors faiblement le garçon, faisant s'avancer le sorcier qui ne parvint pas à tout saisir. « Pourquoi… moi ? » acheva-t-il dans un souffle tandis que ses yeux brouillés de larmes se plongeaient dans le regard du maître des potions.

À ces mots d'ailleurs, celui-ci grimaça davantage.

La vision du regard torturé du garçon était presque insupportable. Sûrement parce qu'il lui rappelait douloureusement sa Lily.

« Je suis désolé. » dit-il alors simplement.

Que pouvait-il de dire de plus ?

Comme seule réponse alors, une ultime larme s'échappa des yeux du garçon.

Puis, ceux-ci se refermèrent et son corps bascula lentement en avant, aussitôt rattrapé par l'espion qui crut que l'adolescent sombrait dans l'inconscience. Lorsqu'il essaya de l'éloigner cependant et que des mains empoignèrent faiblement le tissu noir de la chemise qu'il portait, il sut que celui-ci était toujours conscient et se crispa à ce geste inattendu.

Logé contre son torse, les sanglots du garçon reprirent ensuite et le maître des potions resta les mains suspendues en l'air, interdit, voire même déconcerté.

Il devait avouer qu'il ne comprenait plus vraiment ce qu'il se passait. Même s'il aurait voulu que les choses se déroulent autrement, il était en partie responsable de ce qui venait de se passer ; c'était lui qui avait déclenché cela en poussant à bout le Survivant et le négligeant et perdant par la même occasion le peu de confiance qu'il avait placé en lui.

Alors pourquoi diable celui-ci le serrait-il dans ses bras ?...

« Je… » bafouilla justement le garçon en resserrant désespérément sa poigne. « ne peux… plus… » souffla-t-il entre deux hoquets, ses larmes humidifiant petit à petit la chemise de l'espion, toujours déconcerté.

Il avait bien compris que l'adolescent était à bout de souffle et cherchait une présence afin de ne pas perdre définitivement l'esprit, mais il ne savait que faire face à une telle détresse. Consoler un enfant n'était définitivement pas de son ressort, et encore moins Harry Potter...

Non sans une certaine maladresse, le maître des potions se trouvant idiot d'avoir les bras ainsi suspendus en l'air plaça alors ses mains dans le dos du Survivant, tapotant légèrement au début tandis que les sanglots du garçon s'accentuaient davantage.

Comment en étaient-ils arrivés là ?...

Tout contre lui, il sentait le corps presque maigre et tremblant du garçon, ses mains se cramponner à lui comme s'il était soudainement devenu une bouée de sauvetage, ses larmes humidifier son torse.

Par Merlin, comment en était-il arrivé là ?

Une telle proximité et un tel geste en général avait tendance à mettre l'espion mal à l'aise. En fait, ce genre de chose ne lui était pas arrivé depuis très longtemps et il ne savait comment réagir. Au fond de lui, il avait peut-être envie de consoler le garçon car après tout, il admettait ressentir de la pitié et peut-être de la tristesse pour lui. Un enfant de quinze ans, aussi insupportable soit-il, n'avait pas à subir tout cela ; et en tant qu'enfant négligé et parfois maltraité Severus ne pouvait penser autrement.

Mais désormais, le garçon entre ses bras, il n'était pas sûr de savoir exactement quoi faire. Peut-être... peut-être devait-il se comporter comme les parents de Lily, seul modèle parental affectueux qu'il ait connu dans sa vie. Lorsqu'il en avait parfois eu besoin, les Evans avaient toujours été là pour lui. Et même s'il n'était pas friand de contact corporel en tout genre, il devait admettre que dans son enfance, une étreinte de temps en temps avait souvent réussi à faire plus que n'importe quel discours. Alors, peut-être devait-il simplement ne rien dire et attendre ?...

Puisqu'il était incapable de sortir un seul mot de réconfort, c'était sûrement la meilleure chose à faire. Et peut-être... peut-être pouvait-il simplement aider le garçon par sa présence, tout comme sa mère l'avait jadis fait avec lui. Étrange n'est-ce pas ? Severus Snape souhaitant apporter de plein gré son aide à Harry Potter. Sans obligation ni contrainte, sur le fond d'un engagement qu'il avait à peine respecté jusque-là.

C'était peut-être la seule façon, alors il supposait qu'il pouvait faire un effort.

Pourquoi pas, après tout.


À suivre...