Bonjour à tous !
Oui, ça faisait longtemps haha. Moi et les délais, je crois que vous l'aurez remarqué, ça ne fait pas vraiment bon ménage...
Pour parler de ce chapitre, son but principal est d'abord de resituer un peu le contexte et amène de nouveaux éléments pour la suite, d'où le titre que je n'ai pas du tout trouvé vite fait bien fait lol... Sinon, pas de POV Harry ni de POV Snape, ils arriveront plus tard.
J'espère en tout cas après cette longue absence que vous êtes toujours au rendez-vous et j'attends avec impatience vos retours sur ce nouveau chapitre.
Sur ce bonne lecture et on se retrouve en bas !
Chapitre 29 : Une Nouvelle Page
D'un pas pressé, la sorcière traversa la cour jonchée de feuilles mortes et pénétra de nouveau à l'intérieur du château.
À cause de certains élèves de Gryffondors et Serdaigle – et comme son ami rouquin ne l'avait pas du tout aidé à rétablir l'ordre mais s'était plutôt esclaffé lorsqu'une deuxième année avait lancé un sortilège de Tarantallegra sur une autre – elle était en retard à son cours de Runes. En tant que préfète et bonne élève, c'était pour elle inadmissible.
Alors, tout en serrant son dictionnaire contre sa poitrine, la jeune fille accéléra d'avantage le pas. Le point positif lorsqu'elle était ainsi occupée, c'est qu'elle n'avait pas le temps de penser à ce dont il ne fallait pas penser, ou du moins pas à outrance. Avec Ron, la jeune sorcière avait décidé qu'il était inutile de s'inquiéter et de ne parler qu'à propos de Harry mais qu'il fallait simplement laisser les choses venir, ce qu'ils arrivaient plutôt bien à respecter.
Enfin presque…
Tout en manquant de glisser sur les pierres humides du couloir, Hermione préféra réfléchir à ce qu'elle devait faire pour la semaine. Il y avait d'abord l'essai d'une centaine de mots en Potions, certainement faisable en moins d'une heure. Il y avait aussi les devoirs en Histoire de la Magie ainsi que les exercices en Métamorphose, qui nécessiteraient sans doute plus de temps. Peut-être pourrait-elle les faire ce soir… si elle avait de la chance.
Et il restait bien sûr la dissertation en DCFM, qui ne l'inspirait pour rien au monde. Ombrage leur avait demandé d'écrire jusqu'à trois parchemins à propos de leur connaissances sur les vampires – sujet étudié en deuxième année, et de préparer un exposé à présenter devant la classe si jamais elle désignait quelqu'un. Comme si leur emploi du temps n'était pas déjà assez chargé…
Honnêtement, la sorcière n'avait aucune envie de le faire. Ne rien apprendre en cours et s'ennuyer était une chose, mais s'il fallait en plus participer à cette mascarade, c'en était trop. D'ailleurs, elle n'était pas la seule à partager cet avis.
Ces derniers temps en effet, tandis que les quelques rancœurs encore présentes entre certains élèves s'apaisaient peu à peu et que les journaux cessaient de montrer le village de Godric's Hollow en ruine pour s'intéresser plutôt à Halloween qui approchait à grand pas, le sujet de conversation le plus commun était les cours de DCFM, accompagné bien sûr du crapaud qui leur enseignait… rien du tout, en fait.
Avec quelques élèves donc, majoritairement de Gryffondor et de Serdaigle, une idée nouvelle avait germé dans les esprits. Les temps changeaient et s'assombrissaient doucement mais Ombrage ne leur apprenait absolument pas à se défendre si l'occasion devait se présenter un jour. Néanmoins, avec toutes les ressources existantes à Poudlard, il n'y avait pas forcément besoin d'un professeur pour apprendre quelques sortilèges…
Car oui, pourquoi pas après tout ? Très vite, Hermione avait compris qu'Ombrage – malgré avoir insisté plusieurs fois sur le fait que ses cours ne les préparaient pas à ce qui pouvait les attendre dehors, ce à quoi elle avait répondu en disant que rien justement, ne les attendait – ne leur apprendrait jamais rien de bien utile.
Alors oui, pourquoi pas ? La bibliothèque de Poudlard renfermait après tout une quantité de livres qui pouvaient leur être utile, la jeune sorcière en avait d'ailleurs jusque-là trouvé un très bon nombre. Tous étaient plus ou moins destinés aux sixièmes et septièmes années, mais prendre un peu d'avance n'était pas interdit.
La seule chose qui leur manquait à présent était un endroit où s'entraîner, et si possible sans être vu ni dérangé. Certains avaient proposé la forêt interdite, ce qui était selon d'autres une pure folie. Quelques-uns envisageaient de s'entraîner lors des sorties à Pré-Au-Lard, ce qui était cependant inutile étant donné le peu de fois où ils s'y rendaient dans l'année.
Non, ce qu'il fallait, c'était un lieu isolé mais accessible sans trop de problème, proche du château en cas de problème mais non plus trop visible, grand et ouvert afin que chacun puisse pratiquer la magie sans qu'il n'y ait d'accident mais tout de même fermé afin que personne ne les trouve.
En somme, la sorcière pouvait encore y réfléchir longtemps.
Soudain, alors qu'elle descendait quelques escaliers et allait enfin arrivée devant la salle de Runes, des voix au loin attirèrent son attention.
Quelque peu essoufflée de sa course, la sorcière s'arrêta deux ou trois secondes devant le couloir de sa classe puis tendit l'oreille, croyant avoir reconnu l'un des propriétaires des voix.
« T'en es sûr ? » entendit-elle distinctement avant de se tourner vers la source du bruit, à quelques pas d'où elle se tenait.
« Pas si fort. » réprimanda quelqu'un.
Ayant malheureusement l'habitude de côtoyer les propriétaires respectifs des deux voix en classe, la sorcière ne mit pas longtemps à mettre un nom sur chacune d'elles. C'était Goyle et Crabbe, deux Serpentards que la sorcière n'affectionnait pas le moins du monde.
Curieuse mais surtout habituée désormais à ce que certains Serpentards complotent afin de jouer des mauvais tours à qui ils le voulaient bien, Hermione s'avança doucement vers la source des voix et s'arrêta finalement au croisement de deux couloirs, oubliant presque qu'elle était définitivement en retard à son cours de Runes.
« Mais oui je… » chuchota ensuite une autre voix. « … c'est lui qui l'a tué. »
À ces mots, la sorcière fronça les sourcils. Elle n'avait pas tout saisi mais la discussion qui se jouait non loin d'elle ne lui disait rien qui vaille. Elle n'avait pas non plus reconnu le propriétaire de cette troisième voix, mais quelque chose lui disait qu'il n'était pas en cinquième année.
« N'est-ce pas Goyle ? » continua-t-elle tandis que la sorcière se rapprochait de la scène et se collait silencieusement au mur, son dictionnaire toujours collé contre sa poitrine.
« Il me l'a dit mais il n'est pas sûr… » répondit le concerné d'une petite voix.
« Qui te l'a dit ? Malfoy ? » cracha une quatrième personne, que Hermione reconnut après quelques instants de réflexion.
Le quatrième élève n'était tout autre que Nott, Sang-Pur de cinquième année, plutôt discret mais aussi très arrogant dans son genre, tout comme Malfoy. En parlant de celui-ci d'ailleurs et vu comment Nott venait de cracher son nom, le prince des Serpentards ne semblait pas être très apprécié par ses camarades…
« Comment il le sait d'abord ? » continua le Sang-Pur, d'un ton toujours aussi mordant.
« Son père lui a certainement dit. » répondit calmement la voix inconnue.
Que venait donc faire Lucius Malfoy dans la discussion ?... et par Merlin, de quoi parlait-il ? La jeune sorcière ne comprenait pas tout mais son intuition lui disait que quelque chose d'important était en train de se jouer, et ce juste à quelques mètres d'elle. La question était simplement de savoir de qui et de quoi ils parlaient. L'un des quatre avait parlé de tuer et même si la sorcière se répugnait à penser ainsi, elle se demandait si la conversation n'était pas celle de futurs Mangemorts.
Ou bien était-ce simplement des menaces quelque peu exagérées ?...
« Il paiera pour ce qu'il a fait. » énonça alors Nott après quelques secondes de silence.
D'après le ton beaucoup trop sérieux et rempli de menace de l'adolescent cependant, Hermione savait que l'enjeu était plus important que de simples menaces.
« Mais personne ne sait où il est. » répliqua l'élève inconnu.
« Il finira bien par réapparaître. » cracha aussitôt le Sang-Pur.
À ces mots, la sorcière manqua de haleter de surprise. Personne ne savait où il était mais il allait revenir tôt ou tard… ils ne parlaient tout de même pas de…
« Non, pas de précipitation. » se raisonna-t-elle en se réprimandant intérieurement. C'était simplement sa paranoïa excessive qui lui jouait des tours. Il pouvait s'agir de n'importe qui.
« Sache en tout cas que tu as mon soutien si jamais tu tentes quoi que ce soit contre lui. » déclara l'élève inconnu.
Puis la conversation sembla se finir ici et la sorcière recula prudemment et silencieusement afin de se rendre une bonne fois pour toute à son cours de Runes. Cependant, à peine se retournait-elle qu'elle buta sur une armure et que son dictionnaire, sous la surprise, lui échappa des mains et s'écrasa sur la pierre dans un bruit sourd.
« Qui est là ? » entendit-elle alors aussitôt tandis qu'elle se précipitait pour ramasser son livre et s'enfuir.
Heureusement, elle arriva à temps dans le bon couloir et imagina que personne ne l'avait vu. Puis, poussant un bref soupir er remettant en place sa crinière indisciplinée, elle frappa finalement à la porte du professeur Babbling et alla aussitôt s'asseoir non sans s'excuser platement pour son retard, réfléchissant encore à ce qu'elle venait d'entendre.
Ainsi, durant tout le cours, la jeune sorcière ne parvint pas vraiment à se concentrer. La conversation des supposés quatre Serpentards ne cessait de lui revenir en mémoire et plus elle y réfléchissait, plus elle n'y trouvait aucun sens. Il était apparemment question de quelqu'un qui avait tué quelqu'un d'autre, et de Nott qui souhaitait apparemment se venger. Mais de qui était-il question ? Qui était mort, qui avait tué ? Pourquoi Nott souhaitait-il s'en prendre au tueur ? Et surtout, que venait faire Malfoy dans l'histoire ?...
Il fallait à tout prix qu'elle en parle avec Ron. Ce n'était peut-être pas grand-chose, du moins rien qui ne la concerne de près ou de loin, mais il était tout de même question de meurtre. Et avec des Serpentards, mieux valait peut-être s'attendre au pire…
À l'heure du dîner donc, seul moment où elle pouvait véritablement parler à son ami, Hermione courut pratiquement dans tout le château afin de rejoindre au plus vite la Grande Salle. Elle espérait que le rouquin ne tarderait pas à arriver lui aussi, bien qu'elle ne se faisait pas de soucis quant à la rapidité de Ron lorsqu'il fallait se rendre dans la Grande Salle pour manger.
Sa course folle cependant prit soudainement fin lorsqu'au détour d'un couloir, elle manqua de percuter quelqu'un et s'arrêta juste à temps, quelque peu désorientée et légèrement surprise en se retrouvant devant un mur de capes noires.
« Désolée. » dit-elle aussitôt avant même de relever la tête et d'identifier son interlocuteur.
« Miss Granger. » grinça aussitôt une voix traînante et familière, qui fit aussitôt rougir de honte la sorcière. « Êtes-vous à ce point affamée ? » continua-t-elle, sarcastique, tandis que ladite Miss Granger relevait enfin la tête.
« Professeur Snape, je… » tenta-t-elle de se justifier aussitôt. « Excusez-moi. » dit-elle finalement, le regard noir et tranquille du sorcier la fixant avec son habituel air dédaigneux.
Car c'était bien lui, le maître des potions se contenta d'un simple haussement de sourcil quelque peu condescendant et s'apprêta à repartir sans un mot de plus lorsque la sorcière lança, sans même réfléchir :
« Comment va-t-il ? »
Ce n'est qu'un court instant plus tard qu'elle réalisa ce qu'elle venait de dire et finit même par le regretter lorsque Snape plissa les yeux, d'un air soudainement beaucoup plus froid.
Qu'avaient-ils convenu avec Ron ? De ne plus constamment penser à leur ami et de laisser les choses venir ? Mais il fallait tout de même bien qu'elle prenne des nouvelles de Harry, cela faisait tellement longtemps qu'elle n'en avait pas eu…
Comme seule réponse alors, qui n'arriva qu'après un petit moment de silence, le maître des potions se contenta de dire :
« Le directeur vous attend demain dans son bureau, à midi. »
Puis il tourna les talons et laissa l'adolescente seule, au beau milieu d'un couloir rempli d'élèves qui n'avaient sans doute pas entendu la conversation mais regardaient la scène se rompre avec curiosité, sans doute aussi avec crainte en croisant le chemin du professeur à l'humeur détestable.
Quelques secondes s'écoulèrent alors avant que la sorcière ne réagisse alors et remette distraitement une mèche de cheveux derrière son oreille avant de finalement de remettre en marche, cette-fois à une allure beaucoup moins rapide.
Enfin, Dumbledore les convoquait à nouveau, certainement pour leur donner des nouvelles de Harry. Cette nouvelle en temps normal aurait réjoui la sorcière mais curieusement, l'information lui parut presque sans importance lorsqu'elle se repassa la réaction du Mangemort à sa question.
D'abord juste un silence, d'apparence insignifiant, puis un changement de sujet, ou alors un contournement de la question. Bien sûr, c'était Snape et il ne fallait pas trop réfléchir quant à son amabilité certaine. Cependant, si la sorcière avait été paranoïaque, elle aurait sûrement conclu que le maître des potions avait consciemment évité la question et directement changé de sujet afin de ne pas avoir à y répondre. Pourquoi d'ailleurs, alors qu'il avait – non sans un certain agacement apparemment – toujours plus ou moins répondu aux questions de Ron et de son amie quant à Harry ?
Sentant aussitôt l'inquiétude lui monter en elle, la sorcière secoua faiblement la tête et descendit enfin les escaliers de marbres tout en se réprimandant intérieurement. Cela ne servait à rien de réfléchir autant et sur ce de si petits détails, Snape était simplement plus détestable que d'habitude, voilà tout.
Malheureusement, rien ne parvint à la convaincre vraiment et quelques secondes plus tard, elle pénétra enfin dans la Grande Salle, une nouvelle angoisse au ventre.
Toujours pensive, elle ne remarqua pas le regard de certains Serpentard sur elle et après avoir repéré les cheveux roux de son ami, alla directement s'asseoir près de lui.
« Et c'est comme ça qu'il a fini en compote. » lança Seamus alors qu'une conversation entre lui et le rouquin se tenait.
« Génial ! » s'exclama-t-il tandis que la sorcière saluait Ginny d'un geste de la tête, qui était assise à peine plus loin qu'eux. « Hermione, il faut que je te raconte ça. » dit ensuite Ron en se tournant vers son amie.
Son entrain naturel s'effaça cependant lorsqu'il remarqua la mine sombre de la préfète, et il préféra demander :
« Quelque chose ne va pas ? »
« Dumbledore nous demande de venir dans son bureau demain, à midi. » se contenta-t-elle de dire avant de se servir un peu de patates et de commencer lentement à manger.
« Et… c'est mal ? » tenta Ron, indécis face à l'attitude de la sorcière.
« Non, bien sûr que non ! » s'empressa-t-elle de répondre, réalisant enfin son comportement. « Non, c'est juste que… »
N'ayant de toute façon pas faim, elle posa sa fourchette et préféra fixer son ami plutôt que son assiette.
« Il faut que je te parle. » dit-elle finalement à voix basse, non sans remarquer le regard curieux de Ginny, qui faisait mine de s'intéresser aux dires d'une quatrième année. « Plus tard. » ajouta-t-elle.
Ce n'était pas qu'elle considérait Ginny comme une potentielle gêneuse mais lorsqu'il était question de Harry, seul Ron comptait.
Comme seule réponse alors, le rouquin hocha la tête puis changea de sujet.
« Tu ne manges pas ? » s'enquit-il en lançant un coup d'œil à l'assiette à peine entamée de son amie.
« Je n'ai pas très faim ce soir. » avoua-t-elle tranquillement en haussant les épaules, ne souhaitant pas inquiéter le rouquin.
Peine perdue cependant. À ses mots, le rouquin fronça les sourcils, faisant rouler des yeux la préfète.
« Je vais bien Ron, merci de t'inquiéter pour moi. » dit-elle d'un ton amusé, faisant aussitôt réagir le concerné.
« Je ne… m'inquiète pas pour toi. » se contenta-t-il de grommeler maladroitement avant de se remettre à manger, les joues légèrement rouges et arrachant au passage un sourire à la sorcière.
Depuis cette année, depuis la disparition de Harry en fait, Hermione avait remarqué que le rouquin agissait différemment avec elle. Il était devenu plus protecteur, plus attentionné, moins indifférent à elle peut-être. De son côté, elle imaginait qu'elle avait une attirance pour lui depuis la quatrième année mais n'aurait jamais imaginé que la chose devienne réciproque, ou du moins pas aussi rapidement.
Était-ce néanmoins de l'amour ? Hermione n'en était pas certaine. Depuis l'année précédente, beaucoup de choses étaient arrivés et elle ne saurait dire si son ami l'attirait comme il l'avait attiré un an plus tôt. Pourquoi d'ailleurs, alors qu'il s'était conduit comme un parfait imbécile avec elle lors du bal ?
Car le Ron qu'elle avait à présent devant les yeux n'était plus exactement le même. Et d'un côté, celui lui plaisait bien.
Se sentant elle aussi rougir, la sorcière chassa bien vite ses pensées et glissa au rouquin avant de quitter la table :
« Rejoins-moi dans la salle commune une fois que tu auras fini. »
Ce à quoi le concerné répondit par un bref hochement de tête, la bouche pleine de pain et de patates.
En quittant la Grande Salle cette fois, la sorcière ne manqua pas de lancer un coup d'œil à la table des Serpentards, où elle vit entre autres Malfoy discuter avec Pansy Parkinson et Goyle, un peu à l'écart, le regard vide et l'air abattu.
Ayant déjà remarqué l'attitude du garçon, Hermione se demanda furtivement ce qui lui était arrivé pour qu'il devienne ainsi, pensa à Godric's Hollow et à la date qui coïncidait sans doute à ce changement chez le Serpent puis s'obligea aussitôt à penser à autre chose, soudainement mal à l'aise.
Elle imaginait qu'il devait avoir ses raisons.
Rapidement, la sorcière chassa alors cette pensée de son esprit et quitta enfin le brouhaha de la Grande Salle, désormais presque remplie d'adolescents affamés. Pour sa part et si elle avait peut-être eu tort de s'en aller en aillant si peu mangé, il lui restait toujours quelques gâteaux secs et autres provisions dans sa chambre.
Souhaitant se rendre à la tour des Gryffondor, la préfète après être sortie de la Grande Salle se dirigea vers les escaliers tournants et entreprit de monter jusqu'au septième étage, si du moins le château n'en faisait pas qu'à sa tête.
En chemin, elle se mit d'ailleurs à réfléchir ce qu'elle pourrait bien dire à Ron. Devait-elle lui parler de ses inquiétudes dues à la rencontre avec Snape, même en sachant que cela n'arrangerait rien à la situation et ne ferait que causer d'autres soucis à son ami ?
« Tu es parano, Hermione. » lui avait-il souvent dis lorsque la sorcière lui partageait ses craintes.
Depuis quelques jours, la sorcière était peut-être encline à le croire.
« Dumbledore va bientôt nous donner de ses nouvelles et tu verras que tout va bien. » lui avait-il répété afin de la rassurer, même si la sorcière suspectait qu'il disait aussi cela afin de se rassurer lui-même.
Car après tout, les deux adolescents avaient vraiment de quoi être inquiets. La période durant laquelle Harry était introuvable avait été dure, celle où ils avaient enfin su où il se trouvait davantage. Désormais cependant, alors que leur ami avait tout de même passé trente jours en compagnie du plus grand mage noir de leur temps et que Snape, le professeur le plus détestable de Poudlard – peut-être à égalité avec Ombrage – avait été désigné pour s'occuper de lui, une autre forme d'inquiétude était née.
Moins angoissante certes, car il savait désormais où leur ami se trouvait. Mais d'une certaine façon aussi pénible à supporter.
Savoir que leur ami était à Poudlard par exemple et qu'ils ne pouvaient pas aller le voir était difficile. Apprendre que sa guérison reposait entièrement sur Snape l'était plus encore. Certes, Dumbledore avait confiance en lui et malgré son attitude infecte et ses jugements très souvent injustes – surtout pour les Gryffondors, le sorcier était tout de même compétent dans son domaine et n'avait aucun problème pour se faire respecter.
Cependant, pour une raison qui était encore assez floue, le maître des potions avait toujours détesté Harry. Et bien sûr, la chose était vite devenue réciproque. Aussi bien d'un côté que de l'autre, aucun terrain d'entente ne semblait exister.
Ainsi, pourquoi avoir confié la garde de leur ami à Severus Snape ? Celui-ci serait-il capable de remettre sur pied leur ami qui malgré son apparence plutôt normale lors de leur dernière rencontre semblait plus perdu que jamais ?...
Hermione savait bien sûr que Harry était fort, beaucoup plus d'ailleurs que n'importe quel garçon de son âge. Mais après tous les événements qu'il avait traversé, d'abord la mort de Cédric puis son enlèvement et sa détention dans la gueule même du mage noir et sans parler de tous ceux dont la sorcière ignorait l'existence, redeviendrait-il un jour comme avant ? Se relèverait-il afin de laisser derrière lui tout ce qu'il avait traversé ?...
La chose la plus frustrante, sûrement, était que la sorcière ne pouvait lui apporter son aide. Dumbledore y veillant, personne n'était apparemment autorisé à rendre visite au Survivant, pas même son parrain. Bien sûr, elle ne prétendait pas savoir ce qui était arrivé à son ami et ne voulait d'ailleurs si possible pas le savoir. Mais elle voulait lui montrer qu'elle était là, avec Ron, présente dans n'importe quelle situation. Car c'était tout ce qu'il pouvait faire, après tout.
Poussant un bref soupir, la sorcière qui arrivait enfin devant les escaliers tournants s'obligea une énième fois à chasser ses pensées obscures et à se concentrer sur autre chose.
Chose qu'elle ne parvint malheureusement jamais à faire.
« Granger. » entendit-elle soudain dans son dos, la faisant presque sursauter.
Surprise, la sorcière se retourna et tomba nez à nez avec trois élèves, dont deux Serpentards. Nott, Crabbe et un Serdaigle qui semblait être en sixième ou septième année.
Sans précipitation, ils réduisirent le peu d'espace qui les séparaient de la préfète tandis que celle-ci se raidissait soudain mais s'obligeait à rester la plus neutre possible. Par Merlin, ils ne l'avaient tout de même pas vu n'est-ce pas ?...
« Je peux vous aider ? » dit-elle alors poliment, plus pour s'empêcher de sortir une autre bêtise qu'elle pourrait vite regretter.
À une telle heure, tout le monde était réuni dans la Grande Salle et s'il se passait quelque chose, personne ne serait témoin ou ne viendrait l'aider. Il n'y avait peut-être rien à craindre après tout, mais la sorcière préférait être prudente.
« Où étais-tu à quatre heure cette après-midi ? » s'enquit le Serdaigle une fois que les trois garçons furent à quelques pas d'elle.
Hermione manqua de se trahir en serrant les poings d'un geste machinal.
« Je ne vois pas en quoi ça vous regarde… » dit-elle le plus naturellement possible, s'imaginant réellement ne pas savoir dont il était question.
« Ne fais pas ta pimbêche, je t'ai reconnu toute à l'heure. » lança aussitôt Crabbe, faisant tiquer la concernée sous l'insulte. « Avec des cheveux pareils on ne peut pas se tromper. » ajouta-t-il d'un ton gras, arrachant un rire moqueur de Nott.
« Tu serais gentil de ne pas m'insulter sans explication. » répliqua alors la sorcière d'un ton froid, sentant presque avec soulagement la colère remplacer l'anxiété qu'elle ressentait. « Et pour la deuxième fois, je ne vois pas en quoi ça vous regarde. »
L'insulte avait également fait mouche et elle décida d'en profiter pour tourner les talons, faisant mine d'être vexée. Malheureusement, les trois garçons ne l'entendirent pas de cette oreille-là.
Alors qu'elle allait finalement arriver devant les escaliers tournants, une main puissante s'abattit sur son épaule et elle dégaina aussitôt sa baguette, le cœur battant.
« Ne me touche pas. » ordonna-t-elle à Crabbe sur un ton agressif.
Encore une fois, personne ne viendrait l'aider si la discussion venait à mal tourner. La préfète ne cherchait pas les problèmes et préférait les résoudre pacifiquement si possible, mais le souvenir des quelques résultats de bagarres plus ou moins sérieuses entre élèves de différentes maisons l'encouragea à prendre ses précautions dès le début.
« Je n'ai rien à voir avec votre histoire, laissez-moi tranquille. » ajouta-t-elle d'un ton menaçant, sa baguette toujours pointée en direction des trois garçons.
Pouvaient-ils s'en prendre à elle simplement parce qu'elle avait entendu leur discussion toute à l'heure ? Il lui semblait qu'il était sûrement impossible de les convaincre complètement de son innocence. Allait-il y avoir des représailles simplement sur ce constat ?...
« Relaxe, on veut juste te parler. » lança alors le Serdaigle en levant ses mains devant lui, dans un geste pacifique. « On ne cherche pas les problèmes. »
Rapidement, la sorcière détailla son visage carré, ses yeux sombres et ses cheveux bruns puis se dit qu'elle l'avait peut-être déjà croisé dans les couloirs, à l'occasion. Pour ce qui était de mettre un nom sur son visage cependant, la chose devrait attendre.
Aux paroles du Serdaigle néanmoins, la sorcière ne se détendit pas mais consentit à baisser sa baguette, sans la ranger non plus. Crabbe comme à son habitude n'avait pas vraiment l'air très enclin à parler calmement mais ses deux camardes quant à eux, semblaient plutôt pacifistes. Peut-être devait-elle jouer le jeu et ainsi s'en sortir plus rapidement.
« Je vous écoute. » dit-elle alors en croisant les bras, baguette toujours en main.
« Nous aurais-tu entendu toute à l'heure, par le plus grand des hasards, lorsque tu es passée dans le couloir du quatrième étage ? » demanda alors Nott d'une voix faussement polie.
La sorcière passa vaguement le regard sur chacun des trois adolescents puis répondit de la voix la plus honnête possible :
« Non, je ne savais même pas que c'était vous. J'ai effectivement entendu des voix mais je n'y ai pas fait attention puisque j'étais en retard pour aller à mon cours de Runes. »
Dans un mensonge, toujours ajouter un peu de vérité.
« Tu mens, j'en suis sûr ! » contra aussitôt Crabbe, faisant grimacer la sorcière.
« Qu'est-ce qui se passe ici ? » s'ajouta soudainement une voix, faisant se retourner les trois garçons et soupirer la sorcière.
Ron – car c'était lui, avait sa baguette levée en direction des adolescents et s'avançait rapidement en direction de la scène, croyant sûrement que son amie était dans un mauvais pas.
Ce qui était effectivement le cas.
« On ne t'a pas sonné Weasmoche. » cracha Crabbe en sortant lui aussi sa baguette, bien vite suivi par Nott et son autre camarade, tandis que Hermione se retenait de soupirer d'agacement.
Ron faisant désormais lui aussi parti de la scène, il était presque impossible que tout se finisse sans dommages collatéraux.
« Nous sommes simplement en train de parler à ton amie, ça ne te regarde pas. » ajouta Nott d'une voix plus tempérée, néanmoins quelque peu menaçante du fait qu'il pointait justement sa baguette en sa direction.
« Moi je crois bien que si. » répliqua le rouquin en allant lentement rejoindre Hermione, sans quitter des yeux ses possibles agresseurs.
Dans un silence tendu, quelques secondes s'écoulèrent alors. Personne ne semblait disposer à lancer le premier sortilège, aucun des adolescents ne semblait d'ailleurs avoir vraiment envie de mettre ses menaces à exécution, heureusement pour tous.
Alors, tandis que le Serdaigle abaissait tranquillement sa baguette et que Crabbe faisait de même, Nott lança, juste avant de tourner les talons :
« On n'en a pas fini avec toi, Granger. »
Puis il rangea sa baguette et fit demi-tour, aussitôt suivi par ses acolytes qui ne manquèrent pas d'accorder un dernier regard aux Gryffondors.
Quelques secondes plus tard, ils avaient disparu. C'était d'ailleurs un miracle que tout ce soit fini sans incartade.
« Qu'est-ce que c'était ça ? Pourquoi ils t'ont suivi ? » s'enquit ensuite Ron en fixant son amie d'un air soupçonneux.
« Ils m'ont suivi ? » releva simplement la sorcière en se remettant en marche vers la tour des Gryffondor, suivie par le rouquin.
« Je les ai vu partir juste après toi de la Grande Salle. » expliqua-t-il.
« Et tu t'es tout de suite dit qu'ils en avaient après moi ? » demanda Hermione d'un air presque amusée, la tension redescendant doucement de son corps.
« Avec tous les problèmes qu'ils ont causés, mieux vaut être prudent non ? » avança simplement l'adolescent tandis qu'ils montaient les marches pour l'instant immobiles. « Et puis ils avaient l'air de comploter quelque chose. » grommela-t-il d'un air mauvais.
Ce à quoi la sorcière ne répondit pas. C'était presque triste d'ailleurs, de se méfier ainsi de ses camarades à cause de quelques problèmes causés par certains. Le climat de tensions qui habitait Poudlard s'était certes estompé mais ne disparaîtrait sans doute jamais vraiment.
« Maintenant tu vas me dire ce qu'ils te voulaient ? » s'enquit-il d'un ton impatient alors qu'ils arrivaient finalement au septième étage.
« C'est à propos de cette après-midi. » répondit Hermione. « J'ai surpris une de leur conversation et je me suis fait repérée. »
« Faribole. » prononça Ron une fois arrivés devant le portrait de la Grosse Dame, qui s'ouvrit aussitôt. « C'est de ça dont tu voulais me parler toute à l'heure ? » demanda-t-il ensuite une fois la porte refermée sur eux.
Comme seule réponse, Hermione hocha la tête. Ce n'était pas tout, mais il y avait de cela.
« Eh bien je t'écoute. » dit simplement Ron en s'asseyant sur un fauteuil rouge, bien vite suivie par la préfète.
Alors elle lui raconta tout.
Dehors, il faisait déjà sombre lorsque la pluie s'abattit enfin sur la ville.
Les pavés, encore foulés par de nombreux passants luisaient sous la lumière des lampadaires, les parapluies sortaient chacun leur tour des sacs et des cartables ; c'était l'heure où la plupart des gens sortaient du travail et rentrait chez eux. Sous les parapluies également, certains serraient leurs foulards contre eux, d'autres fermaient avec peine le col de leurs manteaux afin de contrer le froid qui s'installait doucement sur la ville.
Bien vite, les rues devinrent beaucoup plus animées, les restaurants s'ouvrirent, les discussions autour d'une bière commencèrent. Les allées principales ainsi que leurs pubs et cafés furent bientôt envahis, et un joyeux brouhaha se joignit au son presque agréable de la pluie tandis que débutaient les célèbres Happy Hours.
Néanmoins, l'action principale de la soirée ne se déroulerait sans doute pas dans ces rues bien trop fréquentées.
Quelque peu décentré du centre-ville, à environ deux ou trois kilomètres de là, une usine de voitures ouvrait ses portes et laissait enfin sortir ses ouvriers, la plupart fatigués de leur journée et souhaitant vivement rentrer chez eux, l'autre part ayant une furieuse envie de profiter elle aussi des Happy Hour de fin de journée. Comme un troupeau de moutons, le joyeux escadron se dirigea alors au bar le plus proche puis se sépara lorsque celui-ci fit plein à craquer, et ainsi de suite.
Au contraire des pubs du centre-ville, ceux-ci aux allures quelques peu douteuses n'étaient pas vraiment peuplés d'honnêtes gens qui désiraient simplement boire une bière ou deux et discuter avec quelques collègues et amis. Ici, l'alcool coulait à flot et aucune limite ne semblait avoir été imposée. Chômeurs, ouvriers et pauvres gens se côtoyaient chaque soir dans la même atmosphère, d'abord morne et austère puis beaucoup plus festive et animée dès lors qu'un client se jetait sur un autre sans trop de motif apparent.
Au Queenie d'ailleurs, l'ambiance battait déjà de son plein. La salle, sombre et exiguë, était remplie à craquée et un brouhaha immense semblait s'élever de l'endroit. Les serveuses, la plupart en tenue légères, naviguaient et slalomaient entre les tables avec leurs plateaux, essuyant avec le sourire quelques commentaires salaces à propos de leurs courbes et les clients, composés presque uniquement d'hommes d'âge mur, buvaient et riaient à outrance tandis que la nuit s'installait enfin.
Puis, au beau milieu d'une discussion, un mot parti de travers et la première bagarre de la soirée commença.
« Ouais vas-y ! » se mirent à crier certains hommes devant la scène, encourageant les deux fouteurs de trouble tandis que certains applaudissaient en riant.
Une ou deux minutes plus tard cependant, après l'intervention musclée du barman et propriétaire de l'endroit, les deux bagarreurs furent littéralement jetés dehors et la soirée se poursuivit comme si rien ne s'était passée.
« Tu ne plaisantais pas en disant que c'était animé. » commenta une femme ridée aux cheveux gris et à la mine plus qu'agacée.
« De l'alcool et de l'action, il n'y a que ça de vrai. » répondit son interlocuteur d'un ton enjoué.
« Tâchons de ne pas oublier la raison de notre présence ici. » suggéra simplement un deuxième homme, plus ou moins silencieux et discret jusque-là.
Assis tout au fond de la salle et dans une pénombre plus ou moins prononcée, le petit groupe de trois personne semblait au premier regard tout à fait banal. Il y avait d'abord une vieille femme habillée d'un long manteau marron qui camouflait pratiquement tout son corps, un homme plus jeune avec une cicatrice et des cernes sur le visage et enfin son compère, qui le fixait parfois de son seul œil valide et semblait lui reprocher de ne pas savoir s'amuser.
« Pourquoi sommes-nous là, déjà ? » s'enquit la femme en regardant vaguement sa pinte à peine entamée, au gout infect selon elle.
« Je te l'ai déjà dit gamine. » dit tranquillement l'homme au cache-œil. « Nous sommes là parce que des contacts m'ont dit avoir aperçu des Mangemorts ici. »
« Es-tu au moins sûr de tes sources ? » insista la femme d'un air toujours aussi agacé.
« Non. Mais puisque Dumbledore nous a demandé de ne négliger aucune piste, il faudra faire avec. » répondit son interlocuteur en buvant ensuite une gorgée de sa pinte, sous l'œil écœuré de ses deux amis.
Tout en lâchant un bref soupir, la femme posa brusquement ses coudes sur la petite table ronde à laquelle ils étaient assis et posa son menton sur ses doigts entrelacés.
« J'aurais préféré aller avec Emmeline. » marmonna-t-elle d'une voix ennuyée. « Pas toi Remus ? »
Le concerné à l'entente de son nom haussa simplement les épaules et n'ajouta rien de plus.
Emmeline Vance, accompagné de Kingsley Shacklebolt et sur ordre de Dumbledore avaient été chargé d'aller enquêter en Ecosse. Là-bas, des sorciers vivant dans un petit village affirmaient avoir vu un petit groupe de Mangemort faire plusieurs allers retours dans la forêt non loin de leur maison, ce qui les avait bien sûr tout de suite alarmés. Sans plus attendre, les deux membres de l'Ordre étaient alors tout de suite partis enquêter sur les lieux, à la recherche peut-être de traces de mages noirs.
« Eh bien moi je préfère être ici à boire une bonne bière plutôt que de courir après les sbires de Vous-Savez-Qui. » déclara l'homme à la jambe de bois après une nouvelle gorgée de bière. « Et puis je vous rappelle que vous n'êtes pas vraiment en état de vous battre, surtout toi gamine. Tu as certes eu la permission de sortir de l'hôpital mais sache que je t'ai à l'œil. » ajouta-t-il en lui lançant un regard significatif.
Sur ce point, le loup-garou hocha la tête, tout à fait d'accord avec ce qui venait de se dire.
« Toi aussi tu as été blessé Remus. » commenta simplement la femme tout en passant une main dans ses cheveux gris, qui s'assombrirent un peu.
« Ce n'était qu'une égratignure. » dit-il sur un ton léger tout en désignant vaguement son bras. « Un peu de Poussos et le tour était joué. » compléta-t-il en prenant ensuite une petite gorgée de bière, ce qu'il regretta immédiatement d'après sa grimace.
Quelques tables plus loin, une autre altercation sembla éclater, cette fois entre un vieil homme et un ouvrier de l'usine de voitures. Après plusieurs tentatives des serveuses et du barman en personne de calmer le jeu, aucun terrain d'entente ne sembla être trouvé et tout comme les précédents fauteurs de troubles, les deux hommes furent jetés sous la pluie et disparurent sans demander leur reste.
Entre temps, de nouveaux clients s'étaient glissés dans la salle et commandaient déjà leur bière en faisant les yeux doux aux serveuses, tandis que d'autres préféraient rester au bar.
Puis la femme – qui n'était autre que Nymphadora Tonks – lâcha un soupir. Cela faisait plus de deux heures depuis qu'ils étaient là et rien de bien significatif n'était arrivé. Le but de Dumbledore était de trouver et mettre hors d'état de nuire les sbires de Voldemort, certes. Mais l'Auror trouvait la situation quelque peu ridicule pour la grande tâche qui leur avait été confié.
Si cela continuait, les trois sorciers ne partiraient sans doute qu'à la fermeture.
L'Ordre ayant de nouvelles recrues, il était désormais plus facile de s'organiser afin de mettre un terme au possible manigances de Mangemorts. Dans tout le pays, plusieurs groupes avaient été dispersé selon quelques témoignages ou simplement sur la base de rumeurs, et jusqu'ici trois sbires de Voldemort avaient déjà été arrêté, dont un avec la Marque, apposée récemment sur son bras.
Même si le mage noir semblait avoir disparu de la circulation donc, celui-ci était toujours bel et bien activité. Et tout comme l'Ordre d'ailleurs, il semblait recruter de nouveaux adeptes.
Soudain, un coup de coude de Maugrey la tira de ses pensées. D'un bref coup d'œil derrière elle, il l'invita à regarder de nouveaux arrivants, dissimulés par leurs épaisses capuches sombres et leurs longs manteaux.
Bien que leur accoutrement, étant donné qu'il pleuvait à flot, ne voulait pas dire grand-chose.
« Certains ont déjà vu nos visages, il n'y a que toi qui passe inaperçu. » lui signala l'Auror avant de s'enfoncer un peu plus dans sa chaise tandis que son visage disparaissait dans la pénombre du coin sombre où ils étaient assis, Remus l'imitant également.
« Vous auriez tout aussi bien pu prendre du Polynectar. » signala simplement Tonks avant de faire mine de lacer sa chaussure afin de lancer un nouveau coup d'œil aux deux hommes, qui étaient de toute façon trop occupés à discuter avec le barman pour les voir.
« Non merci, j'ai déjà donné avec ça. » grommela Maugrey. « Leurs visages te dit quelque chose ? » s'enquit-il ensuite à l'intention de la Métamorphomage.
Celle-ci ne répondit pas tout de suite. L'un avait enlevé sa capuche et discutait avec le barman. Il avait les cheveux brun, un air un peu trapu et semblait avoir passé la quarantaine. L'autre, plus petit, avait toujours sa capuche et inspectait vaguement la salle du regard, apparemment indifférent à ce que son ami pouvait bien raconter à son interlocuteur.
« Le premier ne me dit rien. » répondit alors Tonks.
Durant la bataille de Godric's Hollow, qui s'était ensuite achevée au manoir Jédusor, quelques Mangemorts imprudents avaient enlevé leur masque. Amycus Carrow ainsi que sa sœur avaient donc pu être identifié, ainsi qu'Avery, fidèle serviteur de Voldemort. Pour tous les autres cependant, l'Ordre avait quelques noms, quelques portraits réalisés par des témoins et c'était tout.
« Si je tenais le salopiaud qui m'a presque arraché ma jambe de bois, il ne ferait pas long feu. » commenta Maugrey.
« Gibbon, je crois ? » s'enquit poliment Remus.
« Il ne paye rien pour attendre celui-là. » se contenta de répondre l'Auror d'un air mauvais.
Tout en lançant un autre coup d'œil à l'homme pour l'instant toujours couvert, Tonks fit un bref sourire. Son mentor était impitoyable lorsqu'il s'agissait de venger sa précieuse jambe.
« Que fait l'autre ? » demanda ensuite le loup garou, qui n'était pas assez bien placé pour voir la scène dans son ensemble.
« Il observe, c'est tout. » répondit la sorcière. « Il regarde à l'extrémité de la salle, on dirait qu'il cherche quelqu'un. » commenta-t-elle sur le ton de la conversation, tandis qu'elle faisait mine de s'étirer.
« Espérons que ce n'est pas nous. » commenta Maugrey sur le ton de la plaisanterie. « Bien qu'un peu d'exercice ne me ferait pas de mal. »
« Il regarde au centre maintenant, son ami discute toujours avec le barman. » reprit Tonks, qui ne prit même pas la peine de relever les paroles de son mentor. « Il nous regarde. » dit-elle ensuite en se retournant tout naturellement et en reprenant sa position initiale.
« La luminosité est trop faible, aucun humain ne peut distinguer un visage dans une telle pénombre. » déclara simplement Remus, juste pour la forme.
« Alors espérons que ce n'est pas un loup garou. » ne pût s'empêcher de commenter Maugrey, ce qui fit rouler des yeux la Métamorphomage.
C'était fou, se dit-elle, comme le sorcier pouvait être sérieux lors d'une mission… bien qu'il pouvait se permettre d'être détendu, étant donné que rien ne se passait. Et ce depuis bientôt deux heures et demies.
Puis, après avoir attendu quelques instants et sur le conseil de Maugrey, la sorcière se retourna à nouveau et darda son regard sur les deux hommes aux longs manteaux noirs.
Soudain, Tonks se figea. L'autre avait enfin enlevé sa capuche et était désormais un peu près identifiable.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » s'enquit aussitôt Remus, ayant immédiatement remarqué l'attitude nouvelle de la sorcière.
« Je ne suis pas sûre, mais… »
Rapidement, elle détailla les cheveux clairs de l'homme et le traits de celui-ci, sans trop de détails cependant à cause de la distance qui les séparaient.
« Il faudrait qu'il regarde à nouveau vers nous. » dit-elle plus pour elle-même, souhaitant voir son visage de face.
« Tu penses l'avoir déjà vu ? » demanda Maugrey d'une voix plus sérieuse.
« Peut-être, son visage ne m'est pas inconnu. » répondit vaguement la sorcière tout en faisant cette fois mine de se recoiffer, son regard en coin fixant toujours l'homme à présent découvert.
Il fallut attendre plusieurs minutes avant que celui-ci ne promène à nouveau son regard sur les trois sorciers.
« C'est lui. » dit alors soudainement la sorcière en reprenant une position normale. « L'homme que Dumbledore souhaite capturer. »
Aussitôt, Remus et Fol'œil se lancèrent un regard entendu.
Le même que le petit groupe chargé du sauvetage de Harry Potter avait croisé, celui-là même qui semblait à l'origine du désastre qu'avait été la mission au manoir Jédusor. Celui qui, selon Dumbledore et même Snape, avait déjà causé bien trop de problème et devait vite être appréhendé.
« Vous comptez le livrer au Ministère ? » avait demandé Fol'œil, plus pour la forme qu'autre chose.
« Eh bien, il serait intéressant d'abord de s'entretenir avec lui, je crois. » avait simplement répondu le directeur d'un air pensif.
« Donc on laisse tomber le Ministère ? » avait continué l'Auror, peu surpris que le vieux sorcier ne souhaite changer de méthode.
« J'en ai bien peur. »
« Vablatsky. » commenta alors le loup garou.
« J'en ai bien peur. » répondit simplement Maugrey, les paroles de Dumbledore lui revenant en mémoire.
Puis, comme un seul homme, les trois sorciers sortirent leurs baguettes.
La chasse allait enfin commencer.
À suivre...
