Bonjour à tous, voici le nouveau chapitre qui je l'espère vous plaira. N'hésitez pas à me faire part de vos impressions à travers les reviews, ça fait toujours plaisir ! Merci pour tous vos commentaires, d'ailleurs !
En réponse aux reviews :
Jenny : Alors ce serait un peu trop simple s'ils pouvaient transplaner ! Même si je ne l'ai pas encore dit dans l'histoire, je pars du principe qu'il y a un sortilège pour empêcher les prisonniers de transplaner. Merci beaucoup pour ta review.
ELHerisson : Effectivement, ça va peut-être un peu vite, toutefois je pense que c'est plus de l'indécision de la part de Malefoy. Il change d'avis toutes les deux minutes par rapport à Hermione. Un jour, il a envie de la tuer, l'autre de la garder en vie. A mes yeux, il est vraiment hésitant par rapport à elle, mais il ne s'en rend pas compte. En tout cas, pas encore. Il y a de grandes chances pour que dans les chapitres suivants, il se montre très dur avec elle, puis beaucoup plus sympathique, ce qui perturbera sans doute beaucoup Hermione (sans vouloir te spoiler).
Bonne lecture à vous !
Voilà deux semaines que Hermione avait rejoint la prison Malefoy. Si Fred lui avait assuré que la douleur s'atténuerait avec le temps, elle n'avait pas encore pu lui donner raison. Tout son corps la faisait souffrir. Chaque muscle hurlait de douleur à chaque mouvement et la faim commençait à l'amaigrir. Deux fois, elle n'était pas arrivée à temps pour avoir un peu de gruau. Le peu qu'ils mangeaient à chaque repas ne lui permettait pas de sauter un repas et elle essayait encore de calmer le grognement de son ventre, affamée.
Elle avait l'impression qu'elle allait se briser en mille morceaux. Hermione faisait des efforts pour garder le dos droit, maintenir les regards douteux qui se posaient sur elle. La prison était peuplée d'hommes en quasi-totalité. Il n'y avait que quatre femmes dont Hermione, et elles n'avaient pas la même carrure qu'elle. Larges d'épaules, les bras solides, elles étaient taillées pour survivre dans ces environnements difficiles. Hermione, elle, avait droit à des regards vicieux et pervers qui lui donnaient froid dans le dos à chaque fois qu'elle en sentait un sur elle. Elle s'arrangeait pour ne jamais être seule, souvent accompagnée par Fred qui se montrait d'un grand soutien. Malgré sa propre fatigue extrême, il était toujours là pour épauler Hermione.
Chaque jour, Hermione se forçait à se rendre aux douches. L'eau était gelée, mais en cet été chaud, le froid lui faisait du bien. Elle s'y rendait le soir, peu de temps avant le couvre-feu pour éviter d'y croiser quiconque. De toute façon, peu d'entre eux y mettaient les pieds. Elle avait réussi à dégoter une brosse à dents qui lui avait couté un morceau de pain auprès d'un détenu qui travaillait aux fournitures et c'était un confort non-négligeable. Elle avait survécu quelques jours sans et cela avait été une véritable horreur.
Elle n'avait pas beaucoup croisé Malefoy non plus. Elle ne savait pas trop si c'était parce qu'elle s'endormait plus tôt ou parce qu'il passait plus tard. Ou les deux. Hermione avait suivi les conseils de Malefoy et Fred, elle ne s'était pas faite remarquée depuis le malheureux évènement du couvre-feu.
Mais bien sûr, Hermione Granger allait se faire remarquer, faire un faux-pas. C'était évident. Elle ne pouvait pas maintenir un comportement exemplaire pour l'éternité, ni éviter d'attirer l'attention pendant des mois. Il suffirait d'un rien pour que Malefoy se rappelle son existence. Il ne suffirait que d'une mauvaise journée pour celui-ci, pour qu'il se décide à passer ses nerfs sur elle.
Il n'attendait que ça, elle en était certaine. Elle le sentait chaque fois qu'elle l'apercevait. Le regard gris du Serpentard s'accrochait à elle, attendant qu'elle trébuche. Et toute cette attention qu'il lui accordait interrogeait chaque personne dans cette prison. Que ce soit les gardes ou les détenus. Elle entendait les murmures sur son passage.
Tout le monde savait que Hermione Granger avait été capturée. Personne n'ignorait qu'elle et Malefoy étaient ennemis depuis toujours. Autant dire qu'elle faisait les choux gras parmi les détenus. On ne parlait que d'eux et les paris avaient été lancés à propos de son espérance de vie.
L'humanité de chaque individu disparaissait dans des conditions aussi affreuses. Parier sur la vie d'un camarade ne posait de souci à personne. Hermione se refusait à y prêter attention. Elle avait bien d'autres soucis à gérer.
Alors Hermione avait essayé. Vraiment essayé. Parce que malgré tout son courage de Gryffondor, elle n'avait pas envie de mourir, pas envie de subir les atrocités que Malefoy lui avait promis de lui faire vivre si elle osait se faire remarquer.
Pourtant, toutes ces remontrances qu'elle s'infligeait à elle-même depuis son arrivée se dissipèrent au moment où elle aperçut Fred, prostré sur lui-même. Son corps était secoué de spasmes musculaires et sa mâchoire était serrée. Il n'aurait même pas pu crier entre ses dents, bien trop crispé. Un gardien avait sa baguette pointée sur lui, et Hermione avait vu suffisamment de doloris pour en reconnaitre un lorsqu'elle en voyait une victime.
Avant même de se rendre compte de ce qu'elle faisait, elle lâcha sa brouette.
- Eh, ne le touche pas ! hurla-t-elle en se jetant sur le garde qui accusa le coup avec un cri étouffé.
Hermione n'était pas bien lourde, il la repoussa sans difficulté.
- Sale vermine, ne pose pas tes sales pattes sur moi ! cria-t-il.
La baguette quitta Fred pour se braquer sur elle. Il ne fallut qu'une seconde pour qu'elle soit foudroyée par un éclair de douleur. Le garde ricanait.
Hermione commençait à voir de petites étoiles blanches apparaitre devant ses yeux et ses extrémités fourmillaient quand le garde leva finalement sa baguette. Le corps entier de Hermione n'était que douleur. L'homme se pencha sur elle et la jaugea de son regard dégouté.
- Tu as de la chance. Le Général veut te garder en vie pour l'instant. Tu vas aller lui rendre une petite visite, cracha-t-il.
- Quoi ? Non ! Ce n'est pas nécessaire. Je jure de ne pas …
Mais le garde n'en avait rien à faire. Il l'avait déjà hissé sur ses pieds et la trainait en direction de la prison. Hermione planta les talons dans le sol mais elle était dans un tel état d'épuisement qu'elle n'avait pas la force nécessaire pour résister. Le garde n'écoutait pas les supplications de Hermione.
Elle ne voulait pas. Elle ne pouvait pas l'affronter. Elle le sentait au plus profond d'elle-même, il allait lui faire du mal. Fred lui avait dit ce qu'on faisait subir à ceux qui avaient le droit à une visite privée dans le cabinet du Général. Hermione avait dû mal à croire aux horreurs qu'on lui avait répété, mais la peur était plus forte. Elle n'avait pas la moindre envie de se confronter à cette pièce qui la terrifiait.
- Entre là-dedans, aboya-t-il en la poussant à l'intérieur d'une pièce.
Hermione n'eut pas le temps de s'échapper. La porte de métal claqua derrière elle. Un néon froid grisaillait au plafond du petit hall dans lequel elle avait été jetée. Il n'y avait rien d'autre que trois portes fermées.
Hermione s'efforça de reprendre son calme, respirant à rythme régulier. Le néon sifflait au plafond. Ce son désagréable n'était dissimulé que par des cris de temps en temps qui émanaient de derrière les portes. Hermione osa essayer de les ouvrir mais aucune d'elle ne s'écarta devant elle.
Alors elle se recroquevilla dans un coin, relevant les genoux contre sa poitrine, attendant que son bourreau arrive. Elle ne pouvait pas fuir et plus le temps passait, plus son courage s'amenuisait.
Elle n'avait pas envie de mourir. Par-dessus tout, elle n'avait pas envie de souffrir. Elle n'avait pas envie d'être l'une de ses victimes qui hurlaient derrière ces portes. Hermione plongea le visage entre ses genoux. Il fallait qu'elle réfléchisse. Qu'elle trouve quelque chose pour que Malefoy ne la tue pas à petit feu.
La porte s'ouvrit brusquement. Hermione n'osait pas relever la tête. C'est comme si tous ses muscles s'étaient flétris. Elle entendit un long soupir et un claquement de langue désapprobateur. Il se rapprocha. Elle entendit ses chaussures de cuir craquer lorsqu'il s'accroupit face à elle. Hermione avait les doigts crispés sur ses genoux.
Il était tout proche. Menaçant.
- Regarde-moi.
Hermione ferma les yeux une seconde. Il fallait qu'elle se contrôle.
Elle dut faire tous les efforts du monde pour réussir ce qu'il lui demandait. Lentement, elle releva la tête. Il était plus proche qu'il ne l'aurait cru. Elle pouvait discerner toutes les nuances dans son regard bleu-gris. Elle n'avait jamais remarqué qu'il avait de si beaux yeux à l'époque de Poudlard. Comment avait-elle pu rater ça ? Elle ne l'avait jamais vu de si près. Ça devait être cela.
- Granger, Granger …, souffla-t-il. Je te pensais plus intelligente. T'opposer à un garde pour aider un traitre à son sang. Tu pouvais difficilement faire pire, tu sais ? C'est une infraction très grave. C'est passible des chambres.
Instantanément, Hermione sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle devait faire appel à toutes ses forces pour ne pas les relâcher. Elle ne pouvait pas pleurer face à lui, à cause de ses menaces. Elle se l'était interdit depuis ce jour où elle avait été traitée de sang de bourbe pour la première fois. Par lui.
- Je ne veux pas mourir, Malefoy, dit-elle un sanglot dans la voix.
Quelque chose passa dans le regard de Malefoy. Elle n'aurait su dire quoi.
- Je voulais juste aider mon ami. Mais … Mais, je n'aurais pas dû. J'essaie encore de me faire aux règles de la prison et …
- Arrête de te justifier, sang de bourbe, dit-il durement. Tu me mens. Effrontément. Et je déteste ça.
Il leva la main et Hermione eut un mouvement de recul. Malefoy ne supportait pas qu'elle évite son contact. Il était celui qui était dégouté par elle. Elle n'avait pas le droit de refuser son toucher.
- Toute entorse au règlement nécessite une punition. Tu le sais, Granger, n'est-ce pas ?
Il se redressa brusquement, tirant Hermione avec lui derrière l'une des autres portes. Elle n'eut pas le temps d'analyser cette nouvelle pièce. Malefoy la souleva et la contraignit à s'allonger sur une table de métal froid. Elle se sentait dans une morgue. Avant même qu'elle ne comprenne ce qui se passait, ses poignet et genou droits étaient entravés. Elle avait beau se débattre, elle ne pouvait plus s'échapper, bloquée sur cette table de métal froid.
- Non, non, non, s'il te plait, Malefoy, qu'est-ce que tu fais ?
Celui-ci qui fouillait dans une armoire métallique se retourna, furibond, une grosse tenaille à la main.
- Ce n'est pas Malefoy pour toi, sang de bourbe. Tu as oublié les règles ?
Hermione aurait aimé s'excuser, appliquer toutes les règles qu'il lui avait édicté mais sa respiration était trop difficile. Elle avait beau inspirer, c'est comme si ses poumons ne voulaient pas se remplir. Malefoy attrapa sa main droite et ses longs doigts délicats la forcèrent à s'immobiliser.
Sa peau était froide. Aussi froide que son cœur. La pince s'ouvrit et entoura son petit doigt, menaçante. Hermione leva le regard, incapable de regarder ce spectacle une seconde de plus.
Elle croisa son regard. Bleu-gris. Froid, guettant avec une curiosité morbide la réaction de Hermione.
Cette fois, elle n'avait pas pu retenir ses larmes qui déferlaient. Son cœur battait si vite qu'elle était au bord de la crise cardiaque. Elle allait mourir avant même de sentir son petit doigt quitter le reste de son corps. La pression augmenta un peu sur son doigt et Hermione retint le geste de Malefoy de sa main gauche, s'accrochant au bras de celui-ci avec désespoir.
Malefoy ne répondit rien, la jaugeant silencieusement. Les cheveux courts de Granger l'avait rajeuni, lui donnant un air de garçon manqué de 15 ou 16 ans. En ignorant les cernes et ses joues qui commençaient à se creuser, elle ressemblerait à la fille de Gryffondor de 5ème année.
Malefoy recula la pince et releva la manche trop grande de la chemise de Hermione. Son pouce passa délicatement sur le tatouage qui avait bien cicatrisé. Hermione frissonna. Son contact la terrifiait. Hermione serra le poing, espérant qu'il oublie la possibilité de lui couper quelques doigts.
Il était tellement silencieux. Le pleurnichard de Poudlard avait disparu. C'est en sixième année que Hermione avait remarqué ce changement chez Malefoy. Il avait arrêté de se vanter à tout va, arrêter de se moquer dès qu'il ouvrait la bouche. Parce qu'il ne l'ouvrait presque plus. Et ce mutisme obstiné et sombre n'avait fait qu'empirer depuis cette époque visiblement.
Il attrapa sa main droite et la força à déplier les doigts, observant les boursoufflures sur les paumes de ses mains. Elles étaient brûlantes et tremblantes de douleur depuis des jours. Hermione n'avait pas réussi à calmer la douleur.
- Ne me mens plus jamais, Granger. Ou je le saurais.
Le contact s'arrêta brusquement. Hermione avait réussi à reprendre sa respiration, calmée par l'étrange comportement de Malefoy.
- D'accord … promis …, dit-elle à mi-voix.
- Tu as intérêt. Parce que la prochaine fois…, c'est tous les doigts que je te couperai.
Hermione hocha silencieusement de la tête et Malefoy retira les entraves à son poignet et à sa cheville.
- Ne pleure pas, Granger.
Elle essuya les larmes sur ses joues et sauta de la table. Quel genre de malade pouvait bien attacher quelqu'un sur une table pour lui couper un doigt ? Hermione jeta un œil à l'armoire qui contenait toute une collection de pinces et couteaux en tout genre. Il y avait même une scie. Elle ne préférait pas penser à ce qu'il faisait subir avec ce genre d'instruments.
Malefoy la força à détourner le regard, attrapant son menton pour qu'elle le regarde. Il n'avait pas envie qu'elle regarde ces choses-là. Parce qu'elle serait incapable de retenir ses questions, et il savait le dégout qu'il éveillerait chez elle si elle savait à quel point son âme était noire.
- Quel dommage que tu sois une sang de bourbe.
Il avait parlé si bas que Hermione n'était pas certaine de l'avoir entendu. Pourquoi pensait-il ça ? Il l'avait toujours détesté, il ne s'était pas fait prier pour lui faire sentir qu'elle était une moins que rien.
Il recula brusquement, redressant son manteau sur ses épaules, comme reprenant ses esprits. Il passa une main dans ses cheveux blonds presque blanc et regarda l'horloge au-dessus de la porte.
- Dépêche-toi de rejoindre le réfectoire si tu veux manger quelque chose.
Hermione soupira lourdement.
- Merci, monsieur. Plus de mensonge, répéta Hermione pour elle-même.
Il la retint avant qu'elle passe la porte et Hermione frissonna en sentant sa main sur son épaule. Elle l'interrogea du regard et une once de dégout passa dans le regard du blond.
- Ne dis à personne ce qui s'est passé ici, siffla-t-il. Et baisse les yeux, sang de bourbe. Si j'apprends que des rumeurs courent parmi vous à propos d'aujourd'hui… Crois-moi, tu le regretteras.
Hermione déglutit difficilement. Il y avait un tel dégout dans le regard de Malefoy, une telle froideur, qu'elle ne se voyait pas remettre sa menace en question.
Il la poussa à l'extérieur et Hermione détala à toute vitesse. Quand elle arriva au réfectoire, il y avait déjà une longue queue qui se profilait. Elle essuya ses yeux rougis et attendit qu'on remplisse son bol de bouillis. Une main se posa sur son épaule et Hermione sursauta.
- Hermione ? Tu es là ? souffla Fred, les yeux ronds.
- Belle observation, Fred, ironisa Hermione.
- Mais tu as été dans le cabinet de Malefoy, souffla-t-il.
- Comment tu le sais ?
- Quand quelqu'un y va, crois-moi, toute la prison est au courant. Comment tu as fait pour en ressortir vivante ?
- Arrête, Fred, tu exagères, dit-elle en baissant d'un ton alors qu'elle récupérait son repas et s'installait dans un coin reculé du réfectoire.
Fred s'assit en face d'elle et engloutit une grosse cuiller de son gruau.
- Jamais personne n'est ressorti vivant de cette pièce, expliqua-t-il. Jamais, insista-t-il. Il les torture à mort. Généralement en leur coupant deux ou trois extrémités.
Fred avait perdu tout son humour dans cette prison. Adieu les blagues, bonjour le macabre. Fred n'avait qu'une préoccupation : survivre.
- Alors pourquoi je suis encore en vie ? soupira Hermione qui désespérait de lui sortir cette affreuse idée de la tête.
- Excellente question.
Hermione ne répondit rien. A vrai dire, elle était pensive. Fred semblait sérieux lorsqu'il lui disait que personne ne sortait vivant du « cabinet » de Malefoy. Alors pourquoi s'en était-elle sortie sans même un doigt en moins ?
Elle se risqua à jeter un coup d'œil à Malefoy qui venait d'entrer dans le réfectoire. Les bras croisés dans le dos, il arpentait le réfectoire sans un mot, fusillant du regard quiconque osant poser ses yeux sur lui. Il lui jeta un dernier regard d'avertissement. Elle détourna le regard.
Drago Malefoy détestait tous ces êtres ni moldus ni sorciers dont il avait la charge. Chaque fois qu'il croisait leur regard pathétique, il n'avait qu'une envie : les réduire à néant. C'est sans doute pour cela que le Lord lui avait confié la charge de cette prison. Il avait suffisamment confiance en lui pour être certain que le fils Malefoy aurait les épaules assez larges et une volonté indéfectible pour faire de la vie des sangs de bourbe un enfer.
Et il n'avait pas eu tort.
Hermione évita les regards de Malefoy. Elle n'avait pas envie qu'il change subitement d'avis et qu'il décide de l'humilier au beau milieu du réfectoire. Elle n'était pas certaine que Malefoy soit aussi mauvais que Fred le disait mais elle ne se faisait pas non plus d'illusion. Il était loin d'être un allié dans sa situation.
Et la vie continua.
Les jours suivants, Hermione ne put que remarquer que Malefoy semblait être partout où elle se rendait. Alors qu'elle ne l'avait pas aperçu pendant des jours depuis le début de son séjour dans la prison Malefoy, à présent, elle l'apercevait chaque fois qu'elle tournait la tête. Et Hermione n'était pas la seule à l'avoir remarqué. Elle avait vu tous les regards curieux qui se posaient sur elle, les murmures sur son passage. Elle avait connu la même situation à Poudlard, elle l'ami de Harry Potter, le survivant. Cette fois, c'était pour une toute autre raison mais Hermione n'y avait pas prêté attention. Et il valait mieux pour elle. Lui, il faisait comme s'il ne la voyait pas. Elle n'avait pas croisé son regard depuis sa visite dans son « cabinet ». Il la rendait perplexe. Elle ne le comprenait pas ou plus. Si tant est qu'elle l'avait cerné un jour. Il était si différent du garçon qu'elle avait fréquenté à Poudlard. Quand s'était-il assombri ? Quand est-ce qu'il avait perdu son arrogance et son air de peste pour devenir l'un des plus grands tortionnaires de son temps ?
Quand est-ce qu'il avait succombé aux plaisirs de la cigarette ?
Hermione l'avait aperçu à travers les grillages qui encadraient le territoire de la prison, une cigarette aux lèvres, plusieurs fois par jour. Il semblait toujours plongé dans ses pensées, et fumait à toute allure. S'il y en a bien un qu'elle n'aurait jamais imaginé fumer, c'était bien Drago Malefoy.
Elle s'était efforcée de se comporter le mieux possible, anxieuse à l'idée que Malefoy puisse la surveiller. Mais bientôt l'angoisse s'apaisa. Malefoy ne semblait vraiment pas s'intéresser à sa petite personne.
La brouette usée qui lui servait d'outil de travail avait fini de lui esquinter les mains. Elle s'en réveillait de douleur la nuit. Des boursoufflures inquiétantes et rougeâtres cloquaient sur les paumes de ses mains. La douleur était assez désagréable et Hermione avait fini par se rendre à l'infirmerie. Si on pouvait appeler ça une infirmerie. Elle avait dû traverser une pièce pleine craquée de lits sur lesquels reposaient des détenus en bien bon état qu'elle. Elle n'était même pas certaine qu'ils étaient tous en vie. Hermione avait détourné le regard et s'était pincé le nez pour oublier l'odeur de putréfaction et de mort latente.
Le sorcier qui l'avait reçu s'était contenté de lui donner un morceau de compresse ridiculement petit avant de la renvoyer avec les autres.
Alors Hermione s'était contentée de fabriquer un pansement à l'aide de ses chaussettes après s'être assurée de les avoir bien nettoyées. Elle se faisait peu à peu à la vie en détention. Mais le manque de sommeil et surtout la faim pesaient sur son moral. Son ventre s'était creusé, et sa peau avait adopté un teint terne qui n'allait à personne.
Mais Hermione tenait bon et se rendait aux douches aussi souvent que possible pour se laver et décrasser le vieux tissu qui lui servait d'habits. Mais l'eau ne suffisait pas à nettoyer sa chemise blanche incrustée par la saleté. Elle essayait au moins.
Et c'était une réussite. Malefoy ne pouvait pas la rater. Elle était celle avec la chemise la plus propre et au visage relativement nettoyé. Il ne lui avait pas retiré sa dignité. Elle qui avait promis de ne pas le laisser la réduire à rien avait raison pour le moment. Malefoy avait été énervé de la voir batailler tant et si bien pour rester propre. Il avait fait couper l'eau des douches et Granger n'y était pas retournée pendant plusieurs jours, mais Malefoy n'avait pas tenu.
Si elle voulait se laver, qu'elle se lave. Elle mourait bientôt d'une pneumonie de toute façon. Il y avait peu de chance qu'elle passe l'hiver et ce serait bien plus satisfaisant de la voir agoniser plutôt que de la tuer maintenant. La voir lutter pour mieux plonger serait une victoire.
Il avait ignoré la minuscule voix qui lui murmurait tout autre chose. Hermione Granger l'avait toujours fasciné. Même lorsqu'il était enfant. A présent, il n'avait d'yeux que pour elle. Elle avait toujours su retomber sur ses pattes, gardé la tête haute. Elle l'avait humilié si souvent qu'il avait fini par se prendre au jeu. La faire craquer, la faire pleurer, la faire sortir de ses gonds, était l'un de ses jeux favoris depuis tout petit. Et là, il s'était à nouveau pris au jeu. Il avait envie de voir comment elle allait s'y prendre pour gagner la partie dans ce monde qui n'était plus le sien. Dans cette prison qui n'avait qu'une seule vocation : la tuer.
Cela faisait un mois qu'elle avait rejoint la prison. Elle avait perdu du poids, elle était aussi fatiguée que les autres mais elle avait toujours son air farouche. Elle n'avait pas encore les yeux vitreux et apeurés de tous les autres détenus. Ça prenait toujours un peu plus de temps pour les courageux de Gryffondor, mais ils finissaient tous par craquer. Son tour viendrait.
Elle s'était confectionné un pansement avec une paire de chaussette qu'elle avait dû chiper par-là, mais Malefoy n'avait rien dit.
- Général, un des sangs de bourbe des tranchés vient de crever. J'envoie qui à la place ? demanda Goyle.
Il n'avait pas eu le choix. Il avait dû emporter ses deux débiles avec lui. Il s'en serait bien passé. Malefoy jeta un coup d'œil par la fenêtre, observant la tranchée non loin du grillage. Un garde jetait un doloris à un détenu qui ne travaillait pas assez vite tandis qu'un deuxième faisait léviter le corps sans vie du détenu mort.
- Envoie Granger.
- Granger ? On devrait plutôt envoyer un catégorie 12 si on veut que la tranchée avance plus vite. Elle est …
- Ne discute pas, siffla Malefoy.
Goyle croisa son regard et sa voix s'éteignit. Avec un air apeuré, il quitta le bureau du Général.
Au moins, il n'aurait pas besoin de sortir de son bureau pour surveiller Granger. Ça éviterait les rumeurs indélicates des gardiens. L'arrivée de Granger avait complètement chamboulé la prison avant même qu'elle n'arrive. Elle ne s'en doutait sans doute pas, mais Malefoy avait jubilé en apprenant la nouvelle. Et tous les regards de ses gardiens s'étaient tournés vers lui, attendant une réaction. Il n'en avait rien montré évidemment, mais Malefoy avait attendu son arrivée avec impatience. Il s'était enfermé dans un quotidien morose et ennuyeux. Granger avait apporté l'étincelle dont il avait besoin pour se rappeler ce qu'était la vie. Pour se rappeler ce que c'était en dehors cette prison qui puait la mort et la putréfaction.
Il se leva et s'appuya contre l'encadrement de la fenêtre qui donnait sur le parking. Il n'y avait aucune voiture devant sa fenêtre. Personne n'avait le droit d'occuper cette place. Il aimait observer les sangs de bourbe qu'on pouvait voir de l'autre côté de la grille haute de plusieurs mètres et surplombée de barbelés.
Un des gardes, Collins, poussa Granger pour qu'elle accélère le pas. Il remua les lèvres, lui désignant la pelle que le sang de bourbe mort avait laissé par terre. Granger la ramassa et s'aligna avec les autres. Elle planta la pelle dans la terre dure et sèche en ce mois de septembre beaucoup trop chaud.
Malefoy ne put retenir un sourire en la voyant s'acharner pour planter la bèche dans la terre.
Elle avait perdu l'air suffisant et supérieur qu'elle avait adopté pendant toutes ces années à Poudlard lorsqu'elle apercevait Malefoy. A présent, c'était elle l'être dégoutant. Elle n'avait plus le droit de le jauger avec répulsion. Il détourna le regard et retourna à sa paperasse. Le Lord attendait son rapport. Il était temps qu'il lui envoie.
Et si Hermione pensait avoir souffert quand elle avait pour mission le transport des légumineuses jusqu'aux cuisines, elle s'était trompée. Tout son corps protestait de douleur. Sa nuque était raide et brûlante, brûlée par le soleil tapant toute la journée.
Elle resta longtemps sous la douche ce soir-là. Elle en avait besoin pour apaiser son corps brûlant et douloureux. Ses muscles étaient crispés et elle avait la sensation d'être une gigantesque crampe. Elle se réveilla plusieurs fois pendant la nuit à cause de ses mollets endoloris et le lendemain elle était plus épuisée que jamais.
Et elle devait assumer une nouvelle journée à creuser une tranchée. Tout ça pour installer une nouvelle clôture, réduisant les chances déjà minimes de s'échapper. Sans baguette, aucun d'eux n'avait le moindre espoir de quitter cette prison. Le seul moyen d'en partir était de mourir. Et Hermione ne se sentait pas prête à passer cette étape.
- Dépêche-toi, sang de bourbe ! lui cria un garde en lui donnant un coup de pied.
Hermione encaissa le coup et redoubla d'effort. Le résultat n'était pas glorieux. Elle pouvait entendre les rires gras des gardiens chargés de surveiller la dizaine de détenus. Ses camarades ne pipaient pas mot, profitant de la soudaine attention tournée vers Hermione Granger pour se faire oublier.
- Pas de déjeuner pour toi, sang de bourbe. La prochaine fois tu travailleras plus vite. Tu continues pour rattraper les autres.
Hermione n'avait même pas la force de protester. Elle regarda du coin de l'œil ses camarades s'éloigner pour rejoindre le réfectoire. Elle essuya la sueur de son front et écarta les mèches de ses cheveux qui lui tombaient devant les yeux. Ils avaient un peu repoussé depuis son arrivée.
- Porter, allez prendre la relève au réfectoire et envoyez Jones. Je surveille la sang de bourbe en attendant.
Hermione se tendit. Malefoy.
Porter se dépêcha d'obéir et il ne resta bientôt plus que Hermione et Malefoy. Elle ne releva pas les yeux. Elle n'avait pas envie de faire face à son regard triomphant. Il s'appuya contre le grillage et porta une cigarette à ses lèvres. Hermione plissa du nez, incommodée par l'odeur. Le tabac l'avait toujours dégoutée.
Elle risqua un coup d'œil à l'ancien Serpentard qui lisait une lettre avec un air attentif.
- Baisse les yeux, Granger, dit-il de but en blanc en lui jetant à peine un coup d'œil. Tu ferais mieux de travailler plus vite que ça si tu ne veux pas être expédiée aux chambres à la prochaine sélection.
Hermione frissonna.
- Une … nouvelle sélection ? s'horrifia-t-elle.
- Evidemment. Tu ne pensais quand même pas être en sécurité. A chaque nouvelle cargaison de sangs de bourbe, on sélectionne les plus faibles d'entre vous. Je ne te fais pas un dessin, dit-il avec un sourire froid.
Ce sourire lui rappela l'affreuse fouine de Poudlard. Elle avait envie de lui cracher à la figure. Elle se retint, se concentrant sur sa bèche.
- Au moins, je n'aurais plus à vivre dans cet enfer, siffla-t-elle.
- Fais attention à ce que tu dis, sang de bourbe. Tu n'es pas à l'abri de retourner dans mon cabinet.
Hermione ne répondit rien, se retenant de toutes ses forces de ne pas lui répondre qu'elle ne risquait pas grand-chose s'il se montrait aussi clément que la dernière fois. Elle n'était pas encore totalement folle et il n'en faudrait pas plus pour faire perdre la raison au Serpentard.
- Et réponds-moi quand je te parle, gronde-t-il.
Hermione se redressa et plongea son regard dans les yeux gris de Malefoy. Il s'était rapproché, à un pas d'elle, il bouillonnait de colère. Elle lui avait toujours fait cet effet. Elle et Harry, ils étaient les meilleurs pour le mettre hors de lui. Tout comme il était le meilleur pour les mettre hors d'eux.
Le cœur de Hermione s'étreignit douloureusement. Poudlard et Harry lui manquaient.
- Baisse les yeux, sang de bourbe.
Il appuya sur sa tête, la forçant à regarder le sol terreux. Elle ne résista même pas. Elle n'en avait plus la force. Elle sentit ses yeux se remplir de larmes. Si Harry avait été là, ils auraient sans doute pesté ensemble contre Malefoy, se seraient moquer de son air geignard.
Mais Malefoy n'avait plus d'air geignard, Harry était probablement mort et pourrissait quelque part où personne ne l'avait trouvé, et Hermione n'avait pas la force de pester.
- Est-ce que je peux t… vous demander quelque chose ? Monsieur.
Malefoy avait retrouvé sa place contre le grillage, une deuxième cigarette aux lèvres.
- Parle.
- Est-ce que … Est-ce que vous savez si Harry est mort, monsieur ?
Hermione n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait. Le visage de Malefoy se déforma de colère, il dégaina sa baguette et une seconde plus tard Hermione se tortillait de douleur, subissant un doloris des plus corsés.
Malefoy se pencha sur elle, attrapa sa cigarette entre ses doigts et l'approcha de la joue de la Gryffondor. Si Hermione avait pu s'enterrer, elle l'aurait fait.
- Ne parle plus jamais de lui, sang de bourbe, cracha-t-il. Tu sais très bien ce qui est arrivé à Potter. Ce n'est qu'un minable. Comment tu as pu croire qu'il avait la moindre chance contre le Lord ? Lui, du haut de ses 17 ans avec ses grosses binocles ridicules.
Hermione ne pouvait le lâcher du regard, plongée dans ce regard bleu-gris tourmenté, instable.
Pourquoi tant de colère en ce garçon qui avait tout eu dans sa vie alors que Harry, qui avait sans doute plus subi que n'importe qui, était si bon, si stable ? Cet esprit malade, d'où venait-il ?
- Son cadavre doit pourrir quelque part dans la forêt interdite. Ne prononce plus jamais son nom.
Il écarta la cigarette et Hermione se permit de respirer.
- Pauvre malade, murmura-t-elle lorsqu'il fut suffisamment éloigné pour ne pas l'entendre.
Elle jeta un coup d'œil autour d'elle. De colère, Malefoy était parti et aucun gardien ne la surveillait. Elle jaugea la vaste étendue de champs tout autour de la prison et la hauteur du grillage qui la séparait de la liberté. Elle se risqua à approcher. Peut-être qu'elle pourrait grimper ? Elle effleura le grillage et une violente décharge la traversa. Elle jura en massant ses doigts endoloris.
Elle n'avait aucune chance de s'échapper. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence. Même le grillage était ensorcelé, détectant sans doute les nés-moldus pour les repousser chaque fois que l'un d'eux osait toucher le grillage.
Elle soupira lourdement.
Elle devait se faire à sa nouvelle vie de rêve.
