Bonsoir à tous ! Alors d'abord j'ai été très contente d'avoir autant de reviews pour le chapitre précédent, c'est Noël avant l'heure, ahah. Je vous remercie tous pour cet élan de communication et sachez que je réponds à toutes les reviews. Il sembleraient que certains ne voient pas mes réponses qui sont normalement dans votre messagerie FF, mais sur l'application il pourrait y avoir des messages qui passent à la trappe. J'ai répondu à toutes les reviews jusque-là, et pour les guests je réponds en haut du chapitre.
Pour les guests :
Puerta : Leur relation est plus que tordue, et je pense qu'elle le sera toujours un peu. Une relation saine est plutôt difficile à avoir dans un tel environnement !
Sarah MAES : Malefoy devient une petite guimauve petit à petit ... ahah. Ceci dit, un acte de bonté ne changera pas ce qu'il est, et il n'est pas prêt d'être le parfait gentleman !
Drou : Merci beaucoup, j'espère que la suite te plaira !
Bestanonymous : alors là, je suis plus que flattée, merci ! J'espère que la suite sera à la hauteur pour toi.
Guest : Merci pour ta review !
Voici le nouveau chapitre, comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions, ce chapitre est un peu plus long. Je pense pouvoir garder un bon rythme, étant enfermée chez moi à rien faire, je ne peux plus me trouver d'excuses ... Bonne lecture !
Hermione avait passé une nuit tourmentée de cauchemars. Elle n'avait cessé de se réveiller, couverte de sueur, le souffle court et les yeux grands ouverts, écarquillés d'horreur. Elle avait senti Malefoy se tendre à côté d'elle, mais il n'avait rien dit. Il était resté muet et immobile, le poing serré sous la couverture.
Et Hermione avait préféré cela. Elle n'avait pas envie d'entendre qui que ce soit lui dire que ça n'avait été qu'un rêve. Elle n'avait pas envie d'entendre les paroles si inconvenantes et désagréables du Général qui ne manquerait sans doute pas de lui rappeler qu'elle n'était qu'une sang de bourbe et qu'elle n'avait eu que ce qu'elle méritait, qu'elle ne devrait pas s'étonner d'avoir subi un tel traitement de la part de ses « congénères », ces fichus sangs de bourbe qui n'étaient que des monstres sans âme, usurpateurs qui prétendaient savoir user de la magie alors qu'ils n'étaient que des violeurs.
Alors quand elle se réveilla et qu'elle fut incapable de se rendormir, elle ne bougea pas d'un iota, écoutant la respiration lente et reposée à côté d'elle.
Elle ne le voyait pas dans la pénombre.
Il aurait presque pu avoir l'air humain, respirant silencieusement. On aurait jamais cru qu'il passait son temps à torturer des nés-moldus, à décider qui mourait ou vivrait à la prochaine sélection.
Hermione massa doucement son épaule douloureuse. La nuit ne l'avait pas aidé. Son épaule était raide et affreusement douloureuse. Elle était quasi certaine qu'elle était déboitée. Ou cassée si c'était possible, elle n'en était pas certaine.
La douleur l'empêchait de se rendormir malgré la fatigue. Son épaule la lancinait jusque dans la nuque.
Cependant, la nuit lui avait fait du bien. Son esprit était plus calme et bien qu'elle soit encore terrifiée et traumatisée. A présent, elle avait réussi à remettre ses idées au clair. Une question subsistait : Pourquoi Malefoy l'avait-elle sauvé de cette attaque ?
Il n'avait cessé de lui faire comprendre qu'elle n'était rien ni personne, qu'il n'attendait qu'une chose : qu'il lui arrive ce genre d'horreur. Alors pourquoi l'avait-il aidé ? Et par-dessus tout : pourquoi était-elle dans son lit ?
Hermione fronça les sourcils. Réfléchir lui faisait du bien, la forçant à ne pas penser à la nuit affreuse qu'elle avait passé.
Elle se rappelait les avertissements de Fred. La nuit des torches était dangereuse, comment avait-elle pu se réjouir de participer à de telles festivités ?
Le réveil sur la table de chevet de Malefoy hurla soudainement, faisant sursauter Hermione qui sauta du lit avant même que Malefoy n'ouvre les yeux.
Malefoy grimaça, allumant la lumière d'un coup de baguette. Il soupira lourdement avant d'ouvrir les yeux. Il avait passé une nuit d'enfer au côté de Granger qui n'avait pas cessé de remuer et de gémir dans la nuit. Hermione attrapa le tas de vêtements déchirés qui était toujours par terre.
- Tu ne vas pas remettre ça, dit Malefoy, la voix rauque.
Il attrapa un pantalon qui trainait par là et le tendit à Hermione. Elle le prit sans grande conviction et l'enfila dans la salle de bain. Il était trop grand et menaçait de tomber sur ses hanches. Malefoy passa une ceinture dans les anneaux du pantalon et la boucla sèchement.
Le pantalon était bien plus chaud que son jeans 100 fois rapiécé.
- Garde le t-shirt et mets ça.
Il lui tendit la chemise chiffonnée qui trainait sur son bureau.
- Il va commencer à faire froid. Mieux vaut plusieurs couches de vêtements.
Hermione n'allait pas le contredire. Elle passa la chemise sur ses épaules et ignora le pincement au cœur. Cette chemise … elle était tâchée de sang, et le nom de Malefoy était imprimée sur la poitrine de la chemise. Elle ne fit pas le moindre commentaire.
Elle pouvait sentir la colère de Malefoy, il était à fleur de peau comme chaque fois qu'elle le voyait.
Elle n'aimait pas l'idée de porter un vêtement au nom de Malefoy, elle détestait le message que cela faisait passer. Et ce sang … c'était le sang de ses agresseurs. C'était la chemise qu'il portait la veille. Elle retroussa les manches, croisant le regard de Malefoy qui la fixait avec provocation. Il attendait qu'elle ose protester.
Mais Hermione ne dit rien. Elle retroussa le bas de son pantalon et enfila ses chaussures sans un mot.
Elle n'avait pas la force de protester, pas la force de batailler avec Malefoy qui avait bien plus d'énergie qu'elle. Elle avait une chemise toute neuve bien plus chaude que l'ancienne, un t-shirt qui l'aiderait à conserver la chaleur qui ne demandait qu'à s'échapper de son corps.
Alors elle boutonna sa chemise sans un mot, lissant ses cheveux d'une main fébrile. Elle grimaça, alors que son épaule lui faisait atrocement souffrir. Elle ne savait même pas comment elle allait pouvoir travailler.
- Qu'est-ce que tu as ? lui demanda Malefoy avec un froncement de sourcils.
- J'ai mal à l'épaule. Je crois qu'ils me l'ont déboité.
Pour toute réponse, Malefoy tira sur son col, observant l'épaule à l'angle bizarre, un peu gonflée et bleutée. Il dégaina sa baguette et Hermione eut un mouvement de baguette. D'un regard noir, il calma ses ardeurs et d'un sortilège informulée, l'épaule se remboita dans un craquement sonore qui manqua de faire tourner de l'œil Hermione. Aussitôt, la douleur se dissipa et Hermione soupira.
- Merci.
Malefoy, pour toute réponse, s'enferma dans la salle de bain, ne manquant pas de prendre sa baguette avec lui. Il ne voulait sans doute pas prendre le risque qu'elle s'empare de son instrument et cherche à s'enfuir. Il ne manquait pas de prudence.
Hermione s'autorisa à respirer normalement lorsqu'elle entendit le jet d'eau de l'autre côté de la porte. Elle approcha de la fenêtre et jeta un coup d'œil à travers l'unique fenêtre qui n'était pas barrée de barreaux dans la prison Malefoy. Il n'y avait pas une seule habitation en vue, rien d'autres que des champs à perte de vue.
- Qu'est-ce que tu regardes comme ça ? gronda Malefoy qui venait de sortir de la salle de bain, habillé et prêt à se mettre au travail. Si tu penses pouvoir t'échapper, sache que tu n'as aucune chance.
- Ce n'est pas à ça que je pensais, dit-elle sans même soulever la pointe de colère du Général Malefoy.
- Alors éloigne-toi de cette putain de fenêtre.
Hermione le fit. Il n'était que 6h14 du matin et elle était déjà épuisée, éreintée et Malefoy utilisait le peu d'énergie qu'elle avait récupéré dans la nuit.
- Allez dépêche-toi. Il faut que tu rejoignes le réfectoire avant l'ouverture des cellules.
Hermione le suivit sans protester, courant presque pour maintenir sa démarche trop rapide. La sirène annonça le début de la journée et l'ouverture des cellules. Il s'arrêta à l'angle du couloir qui jouxtait les quartiers des détenus et ceux des officiers.
- Vas-y, dit-il en regardant d'un mauvais œil tous les détenus qui couraient pour rejoindre le petit-déjeuner.
Hermione avança d'un pas mais hésita. Elle se retourna, jaugeant du regard le Général Drago Malefoy qui la détaillait sans la moindre émotion.
- Merci beaucoup. Sans toi, je …
- C'est bon, la coupa-t-elle en regardant ailleurs.
Il tourna les talons et Hermione le regarda s'éloigner. Malefoy avait vraiment quelque chose d'étrange. Elle ne comprenait pas son comportement. Il la cherchait chaque instant, espérant tomber sur une occasion de l'approcher pour lui faire regretter sa présence dans cette foutue prison et dès qu'ils étaient face l'un à l'autre …c'est comme s'il la fuyait brusquement.
Vraiment très étrange.
Hermione prit une grande inspiration, essayant de trouver son courage sans trop y arriver. Elle baissa les yeux une nouvelle fois sur sa chemise. Elle avait l'impression que les caractères d'imprimerie « MALEFOY » clignotaient sur sa poitrine. Le blanc éclatant de la chemise, seulement entaché par quelques gouttelettes de sang, ne ferait qu'attirer les regards. Au moment où elle entrerait dans le réfectoire, tout un chacun jaserait. Et ce nom … ne laisserait que peu d'hypothèses à envisager.
Le regard bas, elle entra, attrapant un bol de gruau à moitié rempli et chercha la tête rousse de Fred. Elle traversa le réfectoire à grands pas et s'assit, essayant de se cacher au mieux.
- Tu es là, souffla Fred. Qu'est-ce qui est arrivé à ton visage, Hermione ?
Elle en avait presque oublié les marques dans son cou et sur son visage.
- Longue histoire.
- Si tu savais comme j'ai eu peur en ne te voyant pas revenir cette nuit …, et les rumeurs … il y a des rumeurs qui courent. Miles dit avoir entendu des cris cette nuit. Il dit avoir vu des choses … a ton sujet, Hermione.
Hermione se raidit. Des rumeurs ?
Elle se rappelait parfaitement bien ce qu'avaient insinué ses agresseurs. Ce qu'ils avaient suggéré à propos de ses rapports avec Malefoy. C'étaient les rumeurs et les on-dit qui l'avaient mené à cette situation malsaine. C'était parce qu'on s'était permis de lui attribuer des actes infames qu'elle avait frôlé … Elle préférait ne pas y penser.
- Et qu'est-ce qu'elles racontent ces rumeurs ? demanda froidement Hermione qui se découvrit un détachement dont elle ne se croyait pas capable.
- Que le … Général Malefoy a réduit en miettes Alphonse et Gregor. Parce qu'Il n'a pas apprécié le comportement qu'ils avaient avec toi, dit-il si bas que Hermione devait tendre l'oreille pour comprendre ce qu'il disait dans le brouhaha du réfectoire.
- Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit, Fred.
- Pourtant, ni Alphonse ni Gregor ne sont de retour ce matin. Toi, si. Avec une chemise au nom du Général et du sang sur le col, sans parler des marques de coups.
Hermione le fusilla du regard et Fred se rapprocha d'elle, jetant des coups d'œil inquiets tout autour d'eux.
- Ne te méprends pas, Hermione dit-il plus doucement. Moi je sais très bien qui tu es mais ici … on est des chiens en cage, ils attendent tous la moindre occasion pour sauter au cou de celui qui devient le chien galeux du groupe. Tu es Hermione Granger, Gryffondor et meilleure amie de feu Harry Potter.
Il s'arrêta une seconde et Hermione ignora le pincement au cœur qu'elle ressentit en entendant le nom de son ami. Disparu. Pas mort, elle l'espérait.
- Mais tu sais quelle image cela renvoie, toi arborant une chemise avec le sang de tes frères…Admets qu'ils peuvent se poser des questions.
- Et pourquoi serais-je en faute, moi, Fred ? dit-elle en haussant un peu le ton. Personne ne s'est dit que c'étaient plutôt les deux autres qui ont agi de façon répréhensible ? Non, personne ?!
Le silence s'était fait autour d'eux. Hermione se savait écoutée. Elle détestait passée pour celle qu'elle n'était pas là. Et qu'on puisse accorder le statut de victime à ses agresseurs … ça la révulsait. Cette idée lui était insupportable. Elle pouvait encore sentir leurs sales pattes sur son corps, entendre leur voix rauques dans ses oreilles, voir leur sourire malsain se dessiner sur leurs lèvres à l'idée de ce qu'ils allaient lui faire subir.
Elle passa une main fébrile sur son front, essayant de reprendre son calme.
Cette putain de chemise … Comme si avoir le sang de ces gens-là sur ses vêtements l'aidait. Elle avait envie de vomir. Elle baissa la tête, incapable de soutenir les regards en coin qu'on lui jetait.
- Fais simplement attention à toi. Arboré cette chemise risque de te porter préjudice. Ne lui fais pas confiance, dit-il encore plus bas en parlant de Malefoy. Tu crois qu'il t'a aidé, mais ce n'est jamais en ta faveur quand il s'intéresse à toi. Crois-moi.
- Il m'a sauvé la vie cette nuit, Fred.
Fred la détailla avec minutie.
- Et il t'a donné une chemise couverte de sang en sachant pertinemment ce que ça allait insinuer. Tu crois qu'il t'a aidé en éloignant ses hommes, il t'a simplement créé une ribambelle d'ennemis.
Hermione planta son regard brun fatigué dans celui de Fred.
- Gregor et Alphonse, tu sais ce qu'ils ont fait cette nuit ? Ils m'ont agressé. Ils ont essayé de me … ils m'ont arraché mes vêtements. Et pendant que vous tous vous dormiez, lui est intervenu. Il ne l'a pas fait pour m'aider moi. Il l'a fait parce que personne n'aime les violeurs, Fred.
Un nouveau silence s'était créé autour d'eux, plus imposant que le premier. On la fusilla du regard, lui jetant des regards mauvais qui cherchaient à la faire taire, mais Hermione ne voulait pas. Elle ne voulait pas qu'on pardonne ces porcs qui avaient essayé de lui faire du mal. Ils ne méritaient pas la paix.
Elle se força à prendre une respiration calme, essayant d'éloigner les larmes qui menaçaient dangereusement de lui monter aux yeux.
- Les traces de coup, ce n'est pas le Général. Ce sont vos petits copains, siffla-t-elle en se levant. Ce sont des violeurs. Ils méritent ce qui leur arrive.
- Tu te rends compte de ce que tu dis ? s'exclama un homme en se levant brusquement, rouge de colère en entendant les propos de Hermione. Ces hommes étaient mes amis et par ta faute, ils doivent être torturés s'ils n'ont pas eu la chance de mourir rapidement. Ils agonisent pour toi, une petite trainée qui s'attire les faveurs du Général et qui ne survit ici que grâce à ça.
Hermione sentit son cœur exploser dans sa poitrine. La colère, la douleur, la peine et la tristesse se mélangeaient toutes à la fois. Elle ne savait pas quelle émotion prédominait, ce qui la faisait se sentir le plus mal. Mais cet homme face à elle, qui s'était levé pour lui dire à quel point elle n'était rien, qu'elle était responsable du sort de ces deux hommes, qui risquait probablement une punition bien sévère pour avoir osé la politique de l'établissement, lui montrait à quel point on ne lui vouait aucun respect, elle la fille fragile qui survivait sans qu'on sache trop comment dans la prison Malefoy.
- Ils étaient des violeurs, dit-elle dans un souffle, incapable de sortir le moindre son.
Elle haïssait cet homme. Cet homme qui refusait de voir qu'elle était la victime, qu'elle était celle qu'on avait essayé d'abuser et qu'on ne pouvait pas lui reprocher d'avoir simplement survécu à leur agression.
- Regarde-toi dans un miroir, dit-il avec dégout. Regarde-toi et tu verras le sang de mes amis sur ta toute nouvelle chemise. Tu verras que tu es un monstre au même titre qu'eux.
Incapable de rester plus longtemps, dans ce réfectoire trop bondé, trop accusateur, elle quitta le réfectoire sans un regard en arrière. Peut-être par bravoure, mais plus certainement pour ne pas montrer à quel point elle avait mal, à quel point elle était au bord des larmes. Cette nuit, elle avait compris une chose : elle vit avec des animaux qui n'ont plus rien à perdre. On leur a tout retiré, leur vie, leur fierté et leur humanité. Elle devait se montrer forte, camouflée ses faiblesses pour éviter qu'on la prenne à défaut encore une fois. Plus jamais elle ne serait une fragile victime.
Elle ne se retourna pas non plus lorsque trois gardes braquèrent leur baguette sur l'homme debout pour l'assommer d'un sortilège doloris. Elle ne se retourna pas non plus lorsque l'homme lévita en couinant pour rejoindre le cabinet personnel du Général.
Elle rejoignit son poste, attrapa la brouette qui était la moins abimée, protégeant ses mains de quelques lambeaux de tissus qu'elle avait réussi à obtenir pour éviter les écorchures. Elle dut faire bien des efforts pour ignorer la douleur de ses côtes. Son épaule ne lui faisait plus mal, mais elle avait reçu un violent coup dans la cage thoracique et chaque effort était ressenti comme une masse sur sa poitrine.
La journée était longue. Très longue.
Hermione ne levait jamais les yeux de sa brouette, évitant les regards appuyés. Elle pouvait les voir ragoter sans le moindre état d'âme, sans même essayer de s'en cacher. Elle sentait leur regard brûlant sur elle. Elle était inratable dans cette chemise trop blanche, trop propre, souillé par le sang de « ses frères ».
Elle essayait de ne pas y penser, mais c'est comme si elle pouvait sentir l'odeur sanglante et pourrie qui restait sur son col. Parfois quand elle baissait les yeux, elle pouvait voir une ombre rouge tout près du nom « MALEFOY » et elle relevait aussitôt la tête, incapable de faire face à une chose pareille. Elle pouvait voir l'horreur dans les yeux qu'elle croisait, elle pouvait voir la peur.
Ç'avait été plus flagrant encore lors du déjeuner. On l'avait évité comme la peste. Il n'y avait personne qui l'approchait à moins d'un mètre si ce n'est Fred. Et pourtant, dans ce réfectoire trop petit pour contenir tout le monde, tous étaient entassés les uns sur les autres, les épaules se touchant entre elle. C'était bien la première fois qu'elle n'avait pas eu le moindre voisin de table.
Même Fred semblait un peu angoissé, jetant des coups d'œil terrifiés à la porte, comme si Malefoy allait débarquer d'un instant à l'autre pour tous les réduire en miettes.
- Fred, tu ne m'écoutes pas !
- Hein ? Oh, désolé, je …
Il ne finit pas sa phrase, et Hermione surprit son regard sur le nom de sa chemise. Qui aurait cru qu'un simple morceau de tissu pourrait faire un tel effet ? Pas Hermione.
- Arrête de me regarder comme ça, Fred …
- Facile à dire, marmonna-t-il. C'est que … je n'ai pas envie que Malefoy me prenne en grippe simplement parce que je suis ton ami, tu comprends. Je ne te lâcherai pas ! dit-il précipitamment, mais je me demande simplement si ça ne fait pas de moi une proie facile.
- Ce n'est qu'une chemise, il n'y a aucune proie.
- Ce n'est pas ce que dit le sang sur ta chemise.
Hermione baissa les yeux sur le tissu ensanglanté. Comme si ça ne la dégoutait pas assez, on ne manquerait pas de lui rappeler chaque jour ce qu'était cette tâche rouge. Elle le verrait dans chaque regard.
Le cœur au bord des élèves, Hermione passa un diner tout aussi exécrable que le déjeuner. C'est à peine si elle pouvait avaler son repas inconsistant. Et l'homme de ce matin … que lui était-il arrivé ? Hermione ne voulait pas qu'il soit tué. Après tout, ils étaient ses amis, il était en colère, il avait parlé sur le coup de l'émotion. Il ne méritait pas de mourir.
Et tous ces regards …
Hermione quitta le réfectoire seulement quelques minutes après l'avoir rejoint. Elle ne passa même pas par sa cellule, elle traversa à grands pas les couloirs tous semblables de la prison. Les douches étaient désertes, il était sans doute encore trop tôt pour que quiconque n'y vienne.
D'une main fébrile et tremblante, elle déboutonna sa chemise. Elle étouffait dans ce vêtement trop grand et pourtant trop étroit pour elle. Elle s'extirpa de la chemise et inspira profondément, fermant les yeux. Elle devait se calmer.
Cette chemise, c'était du pain bénie. Elle était bien plus chaude que son ancien vêtement, et cela l'aiderait sans doute à passer l'hiver. Tout ce qu'elle avait à faire, c'était retiré le sang et tout le monde oublierait qu'elle avait pu être taché.
Elle ouvrit le robinet d'eau froide et plongea le tissu sous l'eau. Elle prit un morceau de savon et frotta vigoureusement, avant de frotter en essayant de ne pas abimer le tissu.
Mais les tâches restaient et pourtant, l'eau se teintait d'un rouge pâle presque invisible. Sa gorge se serra. C'était leur sang. Le tissu commençait à rechigner mais Hermione ne voulait pas arrêter. Elle ne voulait pas de sang sur sa chemise. Elle ne voulait plus jamais repenser à eux. Plus jamais. Et ne plus faire face aux regards accusateurs de ses camarades.
Elle ne pouvait pas le supporter.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Hermione se figea, penchée sur le lavabo, sa chemise détrempée entre les mains. Le ton plein d'animosité de Malefoy ne faisait pas douter une seconde à Hermione qu'il savait très bien ce qu'elle faisait. Et ça ne lui plaisait pas.
Hermione n'avait pas envie de se retourner. Elle n'avait pas envie qu'il voie son visage tuméfié et terrifié alors qu'elle essayait désespérément de retirer une pauvre tache de sang de sa chemise. S'il y avait bien quelqu'un qu'elle ne voulait pas voir ce soir, c'était lui.
Hermione reprit son labeur. Quitte à ce que Malefoy se mette en colère contre elle, autant qu'elle réussisse ce qu'elle entreprenait.
- J'essaie d'enlever le sang…
- Elle ne te plait pas, ma chemise ? persiffla-t-il. Tout le monde n'a pas le droit d'en avoir une, encore moins les sangs de bourbe.
- Ils ont peur de moi, batailla Hermione la voix faible sans relever l'insulte du Général. Ils ne me regardent plus comme avant. A cause du sang. Et …
Elle s'arrêta, avant de dire quelque chose qui ne mettrait que plus encore en colère Malefoy.
- Et quoi ? rugit-il.
Cette fois, sa voix n'avait pas raisonné depuis plusieurs mètres mais juste derrière elle. Hermione sursauta brutalement, se retournant, incapable de tourner le dos à la menace grandissante derrière elle.
- Dis-le, gronda-t-il. C'est à cause de mon nom ? Il te dégoute à ce point, sang de bourbe ?
- Je n'ai pas dit ça, se défendit Hermione, serrant dans son poing la chemise qui se détrempait dans le lavabo.
- S'il n'y a que ça, je peux la reprendre.
Brusquement, il attrapa le tissu qui trainait dans le lavabo et le tira à lui. Hermione laissa s'échapper ce vêtement qu'elle n'avait pu porter qu'une journée. A fleur de peau depuis la veille, elle pouvait sentir son cœur flancher encore une fois, les larmes menaçant de déborder de ses yeux. Elle était si fatiguée, si triste et si mal dans sa peau. Elle ne savait même plus pourquoi elle pleurait.
- Tu veux que je te renvoie là-bas dans cette tenue ? Je suis sûre que tu te ferais de nouveaux copains du même genre que ceux de cette nuit. A moins que tu préfères que je t'envoie avec eux ? Pour que vous puissiez faire plus ample connaissance ?
Hermione qui essayait de récupérer sa chemise, le bras tendu, eut un mouvement de recul. Pourquoi était-il si cruel après l'avoir aidé ? Pourquoi remuer le couteau dans la plaie alors que c'était encore frais dans l'esprit de Hermione ?
Elle recula d'un pas, là, vêtue de ce t-shirt noir trop grand qui ne portait pas le nom de Malefoy mais qui la rendrait tout aussi visible dans la masse de nés-moldus de la prison. Elle passa une main tremblante sur son visage alors que Malefoy roulait en boule la chemise gorgée d'eau.
- S'il te plait, Malefoy…, dit-elle à mi-voix, les yeux clos, épuisée.
- S'il me plait ? Eh bien ça ne me plait pas, et à toi non plus. Je ne voudrais pas te faire mauvaise réputation avec ce nom si disgracieux sur ta chemise, cracha-t-il.
Son regard gris était plus orageux que jamais et Hermione se demanda comment la situation avait pu dégénérer si rapidement, simplement parce qu'elle avait essayé de retirer quelques tâches de sang sur cette foutue chemise. Pourquoi était-il si susceptible ?
- Je ne veux simplement pas qu'ils me détestent.
- Putain de Gryffondor, cracha-t-il en se rapprochant. Il faut toujours qu'ils soient aimés de tous, si ce n'est des Serpentard, n'est-ce pas ? Tu apprendras, Granger, qu'être détesté, c'est le lot des gens exceptionnels.
Cette phrase, elle résonnait comme un mantra que Malefoy devait se répéter depuis toujours. Elle le détailla du regard, se demandant si son père ne lui avait pas répété cela depuis le plus jeune âge. Est-ce que c'est ce qu'on disait aux enfants de mangemort pour qu'ils acceptent toute la haine qu'on devait leur vouer ? Est-ce que c'est ce qu'on dit à son gosse qui a été envoyé à Serpentard et qui par conséquent sera rejeté de tous ?
Elle se le demandait.
Et Malefoy, si dur, si impénétrable semblait avoir intégré ce principe, le portant comme une armure indestructible, le protégeant de toute la haine qu'on pouvait lui vouer.
- Et arrête de me regarder comme ça, dit-il brutalement en lâchant la chemise sur le sol crasseux des douches.
Hermione regarda la chemise tombée avec un pincement au cœur. Elle n'aurait plus rien de blanc.
- Est-ce que tu te rends compte que mon nom sur la chemise suffira à te protéger de toute éventuelle agression, Granger ? gronda-t-il. Que les rumeurs sur ce qui s'est passé hier soir suffira à tous éloigner leur regard pervers de ta personne ?
- Mais à quel prix ? Je n'ai pas envie de voir la peur dans le regard chaque fois que je leur adresse la parole. Je n'ai pas envie qu'ils s'éloignent de moi ou se taisent brusquement quand j'entre dans une pièce parce qu'ils ont peur de moi et de ton ombre dans mon dos.
Malefoy passa une main dans ses cheveux si ordonnés. Il retira son manteau, le déposant avec un air dégouté sur un porte-manteau qui n'était pas trop sale.
- Ici, je suis plus seule que jamais. J'ai besoin d'eux. Pour me rappeler ce que c'est que d'être humain.
- Ils n'ont rien d'humain, dit-il froidement du tac au tac. Rien du tout.
Hermione ne répondit pas. Il avait une telle haine des nés-moldus. C'était sans doute le résultat d'un matraquage constant depuis sa tendre enfance.
Malefoy retira son pull, décoiffant ses cheveux plus encore et Hermione fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il faisait ? Il déboutonna sa chemise rapidement et la jeta à Hermione sans la moindre gentillesse, avant d'enfiler son pull et de remettre son manteau. Il jaugeait Hermione avec froideur, alors qu'elle tenait la chemise dans sa main sans trop savoir ce qu'elle était censée en faire.
- Mets-la au lieu de rester là comme une imbécile, grogna-t-il. Et jette l'autre. Tu aurais dû frotter plus fort, tu aurais peut-être réussi à la déchirer, dit-il, sarcastique.
Hermione avait frotté si fort que le tissu s'était affiné et boulochait d'une façon très peu esthétique. Elle enfila la chemise, encore chaude et cela lui fit une impression bizarre. Elle avait toujours détesté Malefoy et porter un de ses vêtements … elle ne savait pas trop si cela la dégoutait ou si c'était simplement très inhabituel et malaisant pour elle. Elle pouvait sentir son odeur sur le col et elle se retint de justesse de grimacer.
Il n'en faudrait pas plus pour faire changer d'avis à Malefoy et lui reprendre l'intégralité de ses vêtements.
Hermione entendit des voix au loin, un peu inquiète, elle jeta un œil à la porte, n'ayant pas la moindre envie de croiser qui que ce soit dans les douches avec Malefoy.
- Ne t'inquiète pas, Granger, personne ne mettra un pied ici tant que j'y suis. On m'évite comme la peste figure-toi, dit-il avec un sourire froid.
Hermione ne répondit rien, elle ne savait pas trop si elle devait en être soulagée ou terrifiée. Elle boutonna ses boutons sans un mot, lissant son col de chemise d'une main distraite.
- Merci encore, Malefoy. Pour la nuit dernière.
Malefoy perdit son regard quelque part sur le miroir à côté de Hermione. Elle aurait pu croire qu'il était mal à l'aise si elle ne le connaissait pas. Il ne répondit rien. Et pourtant, il adorait avoir le dernier mot. Il roula des épaules, ajustant son manteau.
- Et … ce n'est pas que j'ai honte du nom, Malefoy, c'est simplement que je ne veux pas qu'ils me détestent. C'est tout.
Quelque chose passa dans le regard de métal de Malefoy mais disparut presque aussitôt avant que Hermione ne puisse l'analyser. Il était si impénétrable, indescriptible. Il n'était capable d'exprimer qu'une seule émotion : la colère. C'était la seule qui osait rester suffisamment longtemps dans ce regard orageux, qui imprégnait le ton de sa voix et enlaidissait ses paroles.
C'était comme si la colère avait noyé tout autre sentiment, engloutissant tout ce qui l'entourait, ne laissant pas la moindre place à une émotion plus paisible, plus douce. Jamais il ne connaissait la paix. Il n'y avait que le chaos.
Il tourna les talons, sans un mot pour Hermione. Elle le regarda disparaitre, perplexe.
Il avait quelque chose d'étrange avec Malefoy. Quelque chose de … Hermione n'aurait pu le nier, il lui vouait une attention toute particulière, mais elle avait pensé que cela découlait de leur lien si spécial à Poudlard, lui le Serpentard, ennemi juré du trio d'or. Pourtant, il y avait quelque chose d'autre.
Hermione était persuadée qu'elle était celle qu'il détestait le plus parmi le trio. Il n'aimait pas Ron, mais il le prenait pour un imbécile, il détestait Harry parce qu'il l'avait rejeté mais celui-ci tombait toujours dans les provocations de Malefoy, mais par-dessus tout, il avait haï Hermione, cette née-moldue qui était si douée en magie, qui avait les meilleures notes, meilleures que les siennes. Cette née-moldue qui ne correspondait pas à l'idée de la sang de bourbe qu'il s'était faite.
Il avait été cruel avec elle plus qu'avec n'importe qui d'autre, il avait cherché à chaque fois qu'il la croisait à lui faire du mal.
Alors elle avait simplement pensé qu'il cherchait à faire de même ici, parce que sa proie préférée était de retour, et cette fois sur son terrain de jeu, un terrain déloyal ou Hermione n'avait pas la moindre chance de combattre à force égale malgré son intelligence.
Elle attrapa la chemise détrempée sur le sol et la jeta dans une corbeille sans un mot, rejoignant sa cellule sans prêter attention aux regards, bien trop plongé dans ses pensées, réfléchissant et se remémorant les souvenirs de Poudlard.
Elle se glissa sous ses deux couvertures, se serrant du côté gauche de sa couchette, la partie la plus protégée du vent qui entrait par la fenêtre sans vitre.
Elle se rappelait du Malefoy de sixième année, qui avait l'air si mal dans sa peau à l'époque, qui avait tenté de tuer Dumbledore mais qui avait flanché. Cette année-là, c'est celle où il ne lui avait pas accordé sa méchanceté habituelle, sans doute trop occupée à chercher des plans pour tuer Dumbledore et faire entrer les mangemorts à Poudlard. Quelques fois, il s'était même installé à la même table qu'elle à la bibliothèque sans lui adresser la moindre parole déplacée.
Elle s'en rappelait car c'était quelque chose d'exceptionnel. Loin de l'ordinaire, loin de leur relation conflictuelle qui avait perduré pendant 6 ans.
Le Malefoy de sixième année ne ressemblait pas au Malefoy plus jeune qu'elle avait connu, et ce Général Malefoy ne ressemblait pas non plus à ceux qu'elle avait connu avant d'arriver dans cette prison de malheur. Malefoy avait changé. Pas en bien. Mais il avait changé.
