Voici le prochain chapitre, j'espère qu'il vous plaira, il y a de l'eau dans le gaz pour nos deux tourtereaux, je vous laisse le découvrir !

Artnrock : Un peu plus long, oui, je t'assure, ahah ! Les choses avancent peu à peu oui, mais avec un inapte sentimental comme Malefoy, ça risque d'être encore compliqué !

Drou : Merci à toi !

Puerta : Je n'en dévoilerai pas trop sur Harry, mais tu n'as sans doute pas tort ... ahah

Jenny : Merci pour ton retour, effectivement, Malefoy a vraiment des grosses difficultés de communication, mais comme tu le dis, il est loin d'avoir eu une enfance saine, à voir si notre Gryffondor peut un peu arranger les choses !

Bonne lecture à vous pour ce chapitre, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions !

Malefoy n'avait pas menti. Trois jours plus tard, un convoi entra en gare, finissant de convaincre les plus sceptiques qu'une nouvelle sélection allait avoir lieu avant la fin de l'année. Les plus anciens – c'est-à-dire ceux qui étaient là depuis un an et demi, deux ans pour les plus costauds – n'en revenaient pas. Ils n'avaient jamais entendu parler d'une sélection avant janvier, habituellement on gardait un maximum de détenus car beaucoup d'entre eux mouraient pendant l'hiver.

- Peut-être qu'il n'y aura pas beaucoup de sélectionnés cette fois, hésita Hermione. Après tout, il y a des couloirs entiers de cellules qui ne sont pas utilisés, ils peuvent garder beaucoup d'entre nous et avoir encore plus de main d'œuvre que d'habitude.

- Ça m'étonnerait, dit Fred. Ce n'est pas comme si nous faisions un travail utile…

Hermione ne répondit rien. Il avait raison. Tout ce qui les tuait à la tâche était facilement réalisable avec une baguette magique.

- Ils ont dû dénicher un camp de résistants, ajouta Léonard.

Léonard était un homme en fin de trentaine bâti comme une armoire à glace. Hermione n'avait pas de mal à comprendre comment il avait survécu jusque-là. Il avait les joues creuses mais elle ne savait par quel miracle, il avait réussi à conserver son épaisseur d'entant.

- Ou ils ont assoupli les conditions pour avoir la chance d'intégrer la prison Malefoy, dit sombrement Hermione.

La sirène annonça la fin de la discussion et Hermione rejoignit ses archives. Le travail commençait à manquer et elle peinait à trouver quelque chose à faire. Elle n'avait pas la moindre envie d'être réaffectée, surtout pas à l'extérieur. Alors, elle continuait de ranger ses dossiers avec le plus de lenteur possible.

Elle repensa à la menace de Malefoy et elle se demanda s'il oserait sélectionner Barnabé. Elle espérait secrètement qu'il ait oublié l'idée mais elle ne se faisait pas d'illusion. Malefoy avait très bonne mémoire.

A la fin de la journée, ils découvrirent les nouveaux venus et Hermione les regarda comme une bête curieuse. Il ne se passait jamais grand-chose d'autre que la mort dans cette prison, alors voir de nouveaux visages, des nouveaux venus, était ce qu'il y avait de plus excitant dans leur vie.

Fred était encore assis avec Léonard, discutant en observant les nouveaux.

- J'ai entendu dire que ce ne sont pas des capturés, apparemment, ils ont évacué l'une des prisons du pays.

Hermione se pencha brusquement pour regarder Léonard. Une prison pour nés-moldus ?

- Une prison comme la nôtre ? Pourquoi ?

Léonard se pencha par-dessus Fred, baissant encore d'un ton.

- Je ne sais pas vraiment, mais il semblerait qu'il y ait eu une attaque…

Il se tut, et Hermione comprit son soudain repli.

Malefoy venait d'entrer dans le réfectoire, toisant la foule d'un œil froid. Evidemment, il avait besoin de faire son petit numéro pour impressionner les nouveaux. Il ne manqua pas de lancer quelques doloris sur des détenus qui ne se tenaient pas assez convenablement selon lui, mais cela n'eut qu'un moindre effet sur les nouveaux qui se tassaient devant les grandes tables du réfectoire.

C'est vrai qu'ils étaient plutôt maigrichons, moins que les prisonniers qui séjournaient ici, et l'air en meilleure santé. Mais ils avaient le même air brisé, prostrés sur eux-mêmes.

Malefoy n'avait pas besoin de les intimider, ils étaient déjà complètement cassés.

- Ils n'ont vraiment pas l'air en forme, dit Barnabé en soulignant l'évidence.

- On ne doit pas avoir l'air en bien meilleure santé, fit remarquer Hermione.

Une ambiance étrange régnait ce soir-là dans les couloirs gris de la prison, il se murmurait que les nouveaux venus n'étaient pas comme les autres, et Barnabé promit à Hermione de se renseigner à ce propos. Barnabé n'aurait aucune difficulté à soutirer quelques informations à ceux qui seraient affectés au transport.

Hermione ressentait une pointe de frustration, isolée dans les archives, jamais au contact de quiconque si ce n'est les gardes qui ne manquaient jamais une occasion de lui rappeler qu'ils lui étaient en tout point supérieur. Malefoy ne l'invita pas ce soir-là et elle rejoignit sa cellule avec un peu de déception. Il faisait particulièrement froid et elle allait sans doute passer une nuit affreuse.

Et Barnabé remplit son rôle à la perfection. Le lendemain midi, il arriva avec un air si fier que Hermione était certaine qu'il avait une tonne d'informations à lui donner.

Elle ne fut pas déçue.

- Tu ne vas pas en croire tes oreilles, dit-il en ayant du mal à contenir son engouement.

- Alors ?

Même Fred tendait l'oreille.

- Leur prison a été attaquée par un groupe qui fait sans doute partie de l'Ordre du Phénix. Ils ont réussi à pénétrer la prison et ça a été un véritable carnage, d'après le nouveau…Les mangemorts ont débarqué assez rapidement mais ils avaient réussi à mettre à feu et à sang toute la prison. C'est pour ça qu'ils les ont transférés. Beaucoup de gardiens sont morts dans l'attaque et ils ne sont plus aussi certains de leurs défenses.

- L'Ordre du Phénix ? s'étonna Fred. On n'a pas entendu parler d'eux depuis des années.

Hermione hocha de la tête. Fred n'avait pas tort, l'Ordre du Phénix avait été réduit à quasiment rien en quelques mois après la disparition de Harry. La plupart avait été tué, l'autre partie avait été faite prisonnière, et les quelques-uns qui avaient réchappé à ce triste destin avaient fui.

- Ils les ont sans doute envoyés ici à cause du Général. Personne n'osera s'attaquer à cette prison, pas alors qu'il a le soutien le plus complet de vous-savez-qui, dit pensivement Hermione.

- Vous imaginez si c'est vrai ? Peut-être qu'on serait libre avant l'année prochaine, avait soufflé Barnabé.

Fred eut un mouvement de recul, s'éloignant de Barnabé comme s'il ne voulait plus qu'on puisse l'associer à lui.

- Ne dis pas des choses comme ça, Barnabé. Tu vas nous faire tuer, souffla Hermione dont le cœur tambourinait lourdement dans sa poitrine alors que Malefoy venait d'entrer dans le réfectoire.

Il avait l'ouï fine, elle le savait. Sa relation avec lui était déjà suffisamment compliquée, suffisamment tendue. Elle n'avait pas besoin que Barnabé vienne rajouter un cheveu dans la soupe.

La sirène retentit, annonçant le début de la seconde demi-journée de travail. Hermione fut bien heureuse de pouvoir s'éloigner de Barnabé qui avait un air de fou halluciné à présent que l'espoir s'emparait de son corps. Elle aurait aimé lui dire qu'il ne devait pas trop espérer car il restait d'être déçu, mais il avait l'air si heureux …il finirait par s'en rendre compte tout seul.

Elle n'avait pas besoin de briser ses espoirs et ses rêves.

Mais c'est le cœur serré qu'elle travailla cet après-midi-là. Si elle s'efforçait de ne pas trop y croire à l'instar de Barnabé, au fond, elle ne pouvait pas s'empêcher d'avoir une once d'espoir. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se dire « et si… ? ».

Elle vivait un enfer dans cet endroit, un enfer terrible auquel elle savait qu'elle n'échapperait jamais. Mais après tout, une prison avait été attaquée. Pourquoi ça ne serait pas le tour de celle-ci ? Son intelligence lui disait sèchement : « réfléchis, Hermione, il n'y aucune chance qu'on s'attaque au premier bastion de tu-sais-qui, ne te fais pas plus stupide que tu ne l'es. ».

Foutu cerveau, toujours là pour lui rappeler la triste réalité qu'était la sienne.

C'est quelque peu perdue dans ses propres émotions qu'elle accepta de passer du temps avec Barnabé ce soir-là. Bien trop obnubilée par ses propres sensations, ses émotions et ses tiraillements, elle ne remarqua pas l'air bizarre de son ami.

Le réfectoire commençait à se vider, Hermione mangeait lentement sa bouille qui peinait à atteindre son estomac, gluante et farineuse à la fois.

- Ça va, Barnabé ? demanda-t-elle finalement en le voyant les bras croisés, fixant Malefoy qui discutait avec deux de ses gardes.

Il était plongé dans ses pensées. Son éternel sourire avait disparu pour laisser place à un air vague.

- Oui. Oui, ça va, dit-il sans grande conviction.

- Où est passée ta bonne humeur de cet après-midi ? demanda-t-elle avec un sourire peu convaincant.

Il haussa des épaules.

- Tu crois qu'on aura une vie normale un jour, Hermione ?

Elle se dandina un peu, mal à l'aise. Elle n'avait pas envie qu'on la surprenne à dire quelque chose qui pourrait l'envoyer tout droit dans le cabinet de Malefoy.

- Je crois qu'il ne faut pas simplement vivre d'espoir. Vivre dans un hypothétique futur n'a aucune utilité. Vis ta vie maintenant. Profites-en.

Hermione se trouva une sagesse qu'elle ne se connaissait pas. Il ne lui restait plus qu'à appliquer ses propres préceptes.

- Tu as sans doute raison, dit-il en fronçant les sourcils.

Et alors se passa l'impensable aux yeux de Hermione. La cuiller plantée dans son bol, elle vit Barnabé s'approcher. Si près et encore plus près. Avant même qu'elle ne réalise ce qui se passait, elle sentit les lèvres rouges et brûlantes de Barnabé sur les siennes.

Elle n'eut pas le temps de réagir. Barnabé fut propulsé à plusieurs mètres et le dos de Hermione heurta lourdement le mur 3 mètres derrière elle. Son crâne accusa le coup et Hermione bascula sur le côté, sonnée.

Elle cligna des yeux, ayant une drôle de sensation dans la tête. Elle sentit presque aussitôt du sang couler de son nez et quelque chose se répandre dans sa nuque. Elle n'avait pas besoin de tâtonner dans ses cheveux pour deviner que c'était son sang. La douleur pulsait si violemment dans sa tête que sa vision s'estompait par intermittence.

Elle entendit un cri à côté d'elle mais elle ne réussit pas à se redresser. Elle vit un éclair de lumière qui heurta une chose par terre. Barnabé.

Hermione réussit à se basculer sur le dos. Le plafond tournait.

- Toi, gronda une voix menaçante au-dessus d'elle.

Elle vit une tête surplombée d'un halo blanc puis elle fut soulevée de terre. Puis le trou noir.


Lorsqu'elle se réveilla, il lui fallut un bout de temps pour s'en rendre compte. Son crâne la faisait affreusement souffrir, tout tournait autour d'elle dès qu'elle osait faire le moindre mouvement. Il lui fallut plusieurs minutes pour reconnaitre l'endroit dans lequel elle se trouvait.

Le cabinet de Malefoy.

Douloureusement, elle se redressa sur la table de métal sur laquelle elle était allongée. L'horrible lumière blanche et blafarde lui brûlait les yeux. Elle cligna des yeux pour essayer d'éclaircir sa vision mais tout restait trouble. Elle balança les pieds dans le vide et s'écroula en avant.

Elle avait tellement mal à la tête. Elle passa une main à l'arrière de son crâne. Du sang avait séché, créant des mèches de cheveux compactes qui dégoutèrent passablement Hermione. Les mains un peu tremblantes, elle réussit à se redresser contre le mur.

C'est ce moment-là que choisit quelqu'un pour pousser la porte métallique du cabinet. Hermione redressa la tête et reconnut la chevelure blonde de Malefoy. Mais la vision toujours trouble, elle ne parvenait pas à distinguer clairement son visage.

- Ma … Malefoy ? Que … s'est-il passé ?

Le souffle court, l'esprit peu clair et le cerveau en compote, elle n'arrivait pas à mettre de l'ordre dans ses idées. Elle passa une main fébrile sur sa chemise et c'est là qu'elle remarqua que plusieurs boutons avaient sauté, dévoilant son débardeur.

- Pourquoi je suis là ?

- Tu te fous de moi, sang de bourbe ? cracha-t-il en se rapprochant, menaçant.

Avant que Hermione ait pu défendre sa cause, Malefoy l'attrapa par le col, la plaquant brutalement contre le mur. Sa tête heurta une nouvelle fois le mur et elle gémit de douleur.

- Tu avais juré, pourriture. Tu m'avais dit qu'il n'y avait absolument rien entre vous.

Hermione ouvrit la bouche et la referma.

Elle se souvenait à présent. Elle se rappelait Barnabé qui s'était penchée sur elle. Qui l'avait embrassé. Puis la douleur, les bruits de coups, un cri de son ami. Effrayée, elle leva les yeux vers Malefoy, fou de colère.

Sa vision était un peu moins troublée malgré le nouveau coup reçu à la tête. Elle était si près de lui, elle ne pouvait pas manquer le tourbillon de colère qui jouait dans ses yeux gris.

- Comment as-tu pu alors que je t'ai accueilli dans mon lit, cracha-t-il avec une grimace de dégout. Comment tu as pu l'embrasser ?

Hermione rougit furieusement, posant une main qui se voulait apaisante sur la poigne de Malefoy qui serait toujours son col. Il n'exerçait pas la moindre pression sur sa gorge mais elle savait qu'elle risquait sa vie chaque seconde, elle ne l'avait jamais vu dans une telle rage.

Il retira brutalement sa main, comme si son simple contact le brûlait.

- Je ne l'ai pas embrassé, dit finalement Hermione. C'est lui qui a…

- Arrête de mentir ! cria-t-il.

Hermione, choquée, se tut. Jamais elle ne l'avait entendu lever la voix. Il passa une main fébrile dans ses cheveux, se détournant d'elle une seconde avant de la jauger à nouveau.

- Est-ce que ce n'était pas assez clair ? J'aurais dû écouter les rumeurs, tu n'as pas pu t'empêcher de jouer la pute. Qu'est-ce que j'aurais dû attendre de plus d'une sang de bourbe comme toi ? dit-il avec un rire froid.

Il tournait en rond, l'air fou. Il se parlait à lui-même et Hermione sentit son cœur se serrer. Elle n'était pas ce qu'il disait. Il l'accusait injustement.

- Je n'ai même pas compris ce qui se passait, Drago, je …

- Je t'interdis de m'appeler comme ça, gronda-t-il. Tu n'as plus ce droit.

Cela blessa Hermione plus que les coups. Il la regardait avec un tel dégout, une telle haine. Elle avait la sensation de ne plus avoir la moindre emprise sur lui, comme si ses paroles n'allaient pas avoir un quelconque impact sur lui. Elle n'était plus assez humaine à ses yeux, elle n'était plus qu'un démon, la sang de bourbe qu'il détestait depuis toujours, qui n'était que mensonges et sournoiseries.

- Pourquoi, Granger ?

Sa voix eut une drôle de vibration quand il prononça son nom.

- Tu es comme tous tes sauvages de congénères. Tu mens comme tu respires, tu manipules. Comment ai-je pu oublier tout ça…

- Arrête ! l'interrompit Hermione en se rapprochant tant bien que mal malgré le sol qui tanguait. Je ne l'ai pas embrassé, je n'ai jamais ressenti le moindre sentiment autre que l'amitié pour Barnabé. Je ne me doutais pas que …

- Ne prononce pas son nom devant moi, gronda-t-il. Ne me fais pas cet affront.

Hermione frissonna. Il se rapprocha, dardant son regard froid dans le sien.

- Je ne te crois pas, sang de bourbe, cracha-t-il.

Il regarda le nom sur sa chemise. Le sien et il sembla plus dégouté que jamais.

- Est-ce qu'il aurait fallu que je te mette mes initiales sur le front aussi pour qu'il comprenne le message ? Est-ce qu'il est trop stupide pour comprendre que personne n'avait le droit de te toucher, de t'approcher ? Et toi, je croyais que tu avais un peu de jugeotte, pourquoi aimer cet abruti ?

Elle savait que cela était une menace et elle recula d'un pas. Elle n'avait pas la moindre envie d'avoir un nouveau tatouage. Encore moins sur le front.

- Je ne l'aime pas, se défendit-elle en reculant d'un nouveau pas.

Il la retint par le poignet et tira brusquement sur son bras.

- Si c'est comme ça, souffla-t-il.

Il dégaina sa baguette et Hermione prit peur.

- Qu'est-ce que tu fais ? dit-elle, la voix tremblante alors qu'elle sentait son regard pénétrant sur elle.

Il ne répondit pas, mais bientôt, elle fut incapable de décrocher son regard de ses yeux gris. Il n'y avait plus qu'eux, obnubilant, menaçant et terrifiant. Elle sentit quelque chose s'insinuer dans son esprit et elle comprit.

Il entrait dans sa tête.

Non…Ne fais pas ça.

Mais il continuait de pousser sur ses maigres résistances. Elle avait l'impression de mettre toute son énergie à le repousser mais il n'avait aucune difficulté à passer au travers.

C'était douloureux, affreusement douloureux alors qu'elle essayait de protéger sa conscience, ses souvenirs, toutes ces choses heureuses qu'il n'avait pas le droit de voir, de toucher.

- Malefoy, arrête.

Il pouvait sentir les doigts de la Gryffondor crispés sur ses poignets, qui tentaient de l'empêcher dans sa tête. Mais elle n'était pas capable de le repousser, pas sans entrainement ni baguette. Alors il s'insinuait dans sa tête, il défilait parmi les souvenirs en vrac, certains avec ses parents, d'autres avec ses amis. Il y en avait même où il pouvait se reconnaitre, plus jeune. Ce n'était pas de bons souvenirs.

- Tu n'as pas le droit, bredouillait-elle.

Il se revit un instant à travers les yeux de la Gryffondor plusieurs années auparavant, sous la lumière chaude qui traversait les vitres de la bibliothèque de Poudlard. Penché sur son parchemin, il lisait alors qu'elle l'observait. Il avait levé la tête et Drago croisa son propre regard. Elle, elle avait détourné le sien.

Qu'est-ce qu'il faisait ?

Il s'arrêta brusquement, ressortant de cette tête trop remplie de chaleur et de bons sentiments.

Il reprit son souffle en même temps que la Gryffondor qui avait les larmes aux yeux et il se sentit mal. Comme s'il avait le mal de mer. Il était honteux. Si honteux, qu'il avait envie d'oublier cet instant et de ne plus pouvoir s'en rappeler, que personne ne puisse lui parler de ce moment.

Mais la colère grondait si fort au creux de son ventre. Sa conscience lui soufflait qu'il n'avait croisé aucun souvenir étrange avec ce Barnabé, rien de compromettant.

Il attrapa plus durement le poignet de Granger et le tourna vers le ciel, laissant la colère écraser son malaise.

Il dessina une croix sur son poignet qui disparut au bout de quelques secondes avec sa baguette. Il murmura quelques mots que Hermione ne comprit pas alors qu'il parlait trop bas et elle sentit une vive douleur jusqu'à l'épaule. Elle tira brusquement sur son bras, essayant d'échapper à cette sensation, mais celle-ci disparut rapidement. Méfiante, elle leva les yeux vers Malefoy qui avait un air satisfait.

- Oh crois-moi, Granger, tu ne pourras plus jamais me mentir à ce sujet, dit-il avec un ricanement froid.

Il tira à nouveau son poignet et sembla désarçonné. Il perdit son sourire suffisant et jeta un regard méfiant à la Gryffondor. Elle n'aurait pas pu contourner le maléfice, il en était certain, encore moins sans baguette. Elle n'aurait pas pu fausser ses souvenirs et encore moins la marque. C'était impossible.

- Si tu oses ressentir le moindre sentiment amoureux pour quiconque ici, Granger, je le saurais. Si je vois une croix apparaitre sur ce poignet… je ne donne pas chère de ta peau. C'est clair ?

Hermione commença à comprendre ce qu'il avait fait. Il lui avait jeté un sortilège. Les yeux écarquillés, elle cherchait une once de plaisanterie sur le visage du Serpentard mais il n'y avait rien d'autre que son air fier et suffisant, malsain.

C'était un sortilège de magie noire, elle le savait.

- Comment as-tu pu me faire ça ? protesta-t-elle. Je t'ai dit que je ne l'aimais pas et tu es tout simplement incapable de me croire ! Et ça … ça, c'est inhumain. Tu n'as pas le droit d'entrer dans ma tête, Malefoy. Tu n'as pas le droit, dit-elle avec un sanglot dans la voix. Et ça …

Sa voix se brisa.

Malefoy attrapa son visage par le menton, la fusillant du regard.

- J'ai tous les droits sur toi, pourriture. Absolument tous les droits, y compris d'être dans ta tête et je ne vais pas me gêner.

Il ne la lâchait pas du regard et Hermione pouvait voir à quel point il avait perdu pied, à quel point il ne pouvait pas supporter la perte de contrôle. Il avait besoin de savoir ce qui se passait dans sa tête, il devait maitriser chacun de ses mouvements, chacune de ses pensées.

Il était malade. Il avait un esprit malade, rongé par la noirceur, rongé par cette marque noire qu'il avait sur le bras.

Il quitta la pièce sans un mot de plus et y abandonna Hermione qui se laissa glisser contre le mur. Le corps endolori, la tête au bord de l'explosion et les émotions à fleur de peau, elle laissa les larmes déborder de ses yeux.

Pourquoi sa vie était-elle si compliquée depuis toujours ?

Tout avait commencé avec cette fichue lettre, puis elle était devenue amie avec Harry Potter. C'était de loin la chose la plus dangereuse qu'elle avait faite car dès ses 11 ans, elle avait risqué sa vie année après année en plus d'être une sorcière. A présent, elle avait l'incroyable chance de vivre à l'époque de la guerre qui menaçait d'éradiquer tous les gens comme elle. Elle allait finir sa vie dans cet endroit pourri qui puait la mort où elle n'était qu'une moins que rien. Elle avait eu le malheur de croiser le chemin de Drago Malefoy qui semblait déterminé à faire du reste de sa vie un enfer avant de rejoindre le véritable royaume des enfers, celui que rejoignaient les sorciers et sorcières selon les chrétiens.

Elle pleurait toute la pression qu'elle accumulait depuis qu'elle était gosse, toute la tristesse qu'elle ressentait, toute la honte qui la rongeait, celle de ne pas avoir réussi à défaire le plus grand mage noir de tous les temps, de ne pas avoir réussi à protéger son ami qui était mort si jeune. Elle pleurait le destin de Harry Potter et son destin à elle. Le destin de Drago Malefoy entrainé là-dedans lui aussi, aussi jeune qu'elle. Elle pleurait ce monde malade qui avait perverti tout le monde. Lui, elle, Harry, Ron et tous les autres.

Et ce pauvre Barnabé …lui, il n'avait rien demandé. Il avait simplement voulu vivre, il avait eu le malheur d'aimer Hermione Granger la maudite. A présent, elle ne savait même pas s'il était encore en vie.

Elle ne savait pas combien de temps elle était restée là, mais elle avait fini par s'endormir sous la lumière blafarde du cabinet de Drago Malefoy. Elle s'était endormie sans trop savoir si elle se réveillerait un jour, se demandant si ce n'était pas la douleur dans son crâne qui lui disait de s'endormir pour ne jamais se réveiller.

Mais elle avait ouvert les yeux. Elle n'était plus dans le cabinet de Malefoy mais dans l'infirmerie de fortune de la prison. Des dizaines de lits étaient alignés accueillant des patients qui étaient très certainement tous mourant si Hermione faisait confiance à son avis médical de non professionnel de la santé.

Elle se redressa douloureusement dans le lit en fer qui grinça lourdement sous son poids. Elle tâtonna sa tête qui la faisait toujours souffrir. Un bandage entourait son crâne, couvrant son front. Elle regarda son poignet. Il n'y avait plus aucune trace de la croix qui avait dessiné Malefoy. Mais elle pouvait la sentir, juste-là, pulsant sous sa peau.

Deux infirmiers soulevaient à l'aide de leur baguette le corps inanimé de l'un de ses camarades. Il était mort.

Le corps disparut derrière une porte et il ne tarda pas à être remplacé par un autre malade.

Affalée dans ce lit inconfortable, elle ne pouvait pas s'empêcher de penser à ce qui s'était passé dans le cabinet. Elle avait encore mal à la tête et elle n'avait pas le sentiment que cela venait du coup qu'elle avait reçu à la tête. Non, c'était l'intrusion dans son esprit qui lui faisait ce mal.

Elle pressa ses paumes contre ses paupières. Elle avait envie d'oublier ce sentiment de trahison, ce sentiment d'avoir été sondée si profondément. Qu'avait-elle vu ?

Tout s'était passé si vite. Elle avait vu ses souvenirs défiler, des plus honteux aux plus heureux. Elle avait vu son enfance passer à toute vitesse, ses années Poudlard si chaleureuses et douces malgré les horreurs que Malefoy avait pu lui faire.

Elle se rappelait du dernier souvenir. Un de la bibliothèque, quand Malefoy était face à elle.

Puis il était reparti. Elle s'était endormie et maintenant elle était dans cet endroit qui sentait la mort.

Et Barnabé ? Elle ne l'avait pas vu dans un des lits de l'infirmerie.

Et Fred ? Il devait s'inquiéter.

Elle se rendormit à nouveau, plongeant dans un sommeil peuplé de cauchemars.