Sur la plage de Themyscira, des dizaines d'Amazones s'étaient portées volontaires pour ramasser les corps étendus sur le sable, avec grand soin pour les femmes et quelque peu de négligence pour les hommes.

Regina avait ordonné qu'on entasse les corps des soldats ennemis en une pile au bout de la plage pour qu'ils y soient récupérés plus tard par leurs comparses, ignorant les cris de protestations de sa fille aînée qu'ils seraient brulés et qu'ils ne le méritaient pas.

Ne pas brûler les corps et offrir de sépultures à ces hommes c'était les priver de vies éternelles, et même si Regina avait prévenu le roi Cyrus que c'était le sort exact qui les attendait, ce serait une offense trop grande pour être pardonnée des dieux.

D'autres dressaient déjà les bûchers funéraires au centre de la ville, les prêtresses préparaient les offrandes et dans le pôle médical bondé de monde, Abigail et ses soigneuses enchainaient les soins aux blessés. Dans son palais, Regina avait convoqué un conseil de guerre d'urgence et réclamait maintenant l'ordre au milieu du concert de cris et de plaintes qui avait part dans la salle du trône.

« Il faut écraser ces minables ! » hurlait une Alex furieuse

« La générale a raison ! Ma reine il faut mettre le feu à leur flotte, et saigner chacun d'entre eux jusqu'au dernier ! » s'écria Orana à sa suite

« Et comment ? Ils ont des centaines et des centaines de bateaux, on n'a jamais vu une telle armée depuis la guerre de Troie ! » lui répliqua Catalina

« Silence ! » Le ton de Regina était tel que tout le monde se tut au même moment. « Nos sœurs sont mortes sur cette plage aujourd'hui ! Des filles de Themyscira, mortes sur leurs propres terres pour défendre les terres sacrées ! Est-ce le moment pour se prêter à de viles disputes alors que nous ne devrions penser qu'à une seule chose – les venger ? »

La plupart des amazones présentes eurent la décence d'afficher un visage embarrassé, mais Lexa ne se laissa pas intimider, et fit un pas en avant vers le trône de sa mère, ses yeux toujours furieux.

« Les dieux s'ennuient ils là-haut sur l'Olympe ? Leur faut-il une nouvelle guerre pour assoiffer leur désir de voir le sang couler ? »

« Alexandria ! » reprocha Emma depuis sa place

« Avec tous mes respects Capitaine, la Commandante dit vrai » appuya Orana « Depuis la guerre de Troie, les dieux n'ont pris part à aucun conflit humain. Nous n'avons jamais déshonoré Poséidon, mais le voilà qui veut retirer nos terres pour les donner à son petit-fils ! »

« Nous serons fixées sur ce que veulent les Dieux prochainement ! J'ai envoyé notre oracle interroger Iris, messagère des dieux, demander là-haut sur l'Olympe pourquoi la guerre vient frapper à notre porte, et pourquoi Zeus qui nous a privé si longtemps de combats le permet. » trancha Regina « En attendant la réponse des dieux, nous devons opter de la meilleure décision à prendre quant à ces envahisseurs ! »

Cassiopée, lieutenante de l'infanterie, demanda à prendre la parole, et Regina l'invita à s'avancer d'un pas pour être écoutée de toutes.

« Ma reine il faut agir vite ! Si ils parviennent à entrer l'enceinte de la ville, ils brûleront tous nos champs et nous mourrons de faim ! »

« Ils ne rentreront pas dans l'enceinte de Themyscira » s'exclama Maggie « Ces remparts sont imprenables ! »

« C'est ce qu'on disait de ceux de Troie » lui répondit Cassiopée

« Certes, mais ceux de Troie ne nous avaient pas comme sentinelles pour les garder ! »

« Tu te trompes Capitaine ! » se fit une joie de lui dire Alex « Ces remparts qui sont les nôtres ont déjà cédé par le passé. Rappelle-toi le roi Nicomède, ma reine ! »

« Je m'en rappelle parfaitement. » dit Regina, dont le visage était placide mais dont les yeux semblaient vouloir rappeler à sa fille que pendant l'invasion à qui elle faisait allusion, elle était en train d'accoucher d'elle. « Je ne crains cependant pas une entrée de leurs troupes dans Themyscira. Nous sommes prêtes à les accueillir, et grâce à la forêt dont ils ignorent toujours l'existence, nous avons de quoi de nous sustenter. Nous n'aurons aucun mal à tenir un siège si c'est ce qu'ils nous imposent. Mais ce n'est pas ce que nous désirons, n'est-ce pas ? Nous vengerons nos mortes, mes sœurs. Nous les vengerons si nous devons nous battre contre eux jusqu'à notre dernier souffle, si nous devons être les dernières de notre race ! »

Il y eut une vague d'hochement de tête d'approbation dans la salle, et certaines tapèrent même du poing contre leur poitrine pour en marquer le serment solennel, dont Megaloppe, qui se tenait debout à côté d'Alex mais semblait pourtant complètement ailleurs.

« Mais comment ? » demanda Catalina « Si ils n'étaient que des hommes, nous les expédierions dans l'autre monde facilement, mais si ils sont aidés des fils de Poséidon, il nous faudra une intervention divine. »

« Personne ne pourrait battre les cyclopes » soupira Orana

« Seul un dieu pourrait y arriver ! » rajouta tout bas Cassiopée

« Un dieu ou un héros » dit Lexa

« Un héros ne vaut rien face à une Amazone ! » rugit Alex « Je propose qu'on sorte sur cette damnée plage maintenant et qu'on en finisse avec ces hommes de malheur ! »

Son cri du cœur fut accueilli en triomphe, les commandantes sortant déjà leurs épées pour suivre la générale et d'autres prêtes à courir dehors vers la flotte pour y mettre le feu.

« Vous n'en ferez rien ! »

La voix d'une femme s'éleva dans l'assemblée, couvrant même celle de la reine qui s'apprêtait à ramener le calme, et toutes se tournèrent vers l'entrée de la salle du trône pour y voir entrer l'oracle. Le silence retomba aussitôt.

L'oracle était une vieille femme, sûrement la plus vieille amazone de tout Themyscira, dont personne ne connaissait le réel nom mais que tous craignaient, d'autant par le pouvoir de ses prédilections que par le mystère qui planait autour d'elle.

« Les dieux ont parlé. » dit l'oracle, s'avançant à pas tranquilles au centre de la pièce « Et ils ne sont pas en notre faveur. »

Un nouveau brouhaha monta dans la pièce, si fort que Regina dut se lever de son trône pour se faire voir et entendre.

« Il suffit ! Oracle, parle ! »

« Les dieux ne sont pas de notre côté. » dit l'oracle

« Comment est-ce possible ? » demanda Regina « Nous n'avons rien fait pour les déshonorer pourtant ! »

« Le roi Cyrus est le protégé de Poséidon, qui lui a promis de lui donner Themyscira. Nous ne pouvons rien contre un dieu si puissant. »

« Nous sommes protégées par Athena ! » Alex tapa du poing contre une colonne

« Athena et Poséidon ? » reprit l'oracle « Ce sont les dieux ennemis ! La protection de la déesse ne fera qu'attirer la colère de Poséidon sur nous. »

Alex parut hésiter mais Nikolae fit un pas en avant.

« Et des alliés ! Nous avons des alliés, partout en Grèce, que nous nous sommes faits depuis des décennies ! Dont toi commandante renforce les liens de l'amitié à chaque voyage ! » rajouta elle en hochant la tête vers Lexa

« Ils n'auront pas le droit d'intervenir » dit la prêtresse « Les dieux les en empêcheront. Cette guerre ne concernera qu'Anatolie et Themyscira, aucune autre contrée. Zeus en a été formel. »

Cette fois, Nikolae n'avait plus d'idée et ce fut la dernière et la plus jeune des trois princesses qui tenta sa chance face à l'oracle.

« Ares est notre ancêtre et notre Dieu protecteur, il devrait nous protéger ! »

« Non » répéta l'oracle « Ares ne nous aidera pas »

« C'est faux ! Ares était avec nous sur ce champ de bataille ! » ragea Alex

« Pour vous encourager à vous battre oui ! Pas pour vous protéger. »

« Et pourquoi ne nous protégerait-il pas ? » demanda Emma « Il l'a toujours fait. »

L'oracle offrit un sourire compatissant à la blonde.

« Parceque Capitaine, ta femme la reine et tes filles ont une dette envers lui. »

Emma eut un mouvement de recul, ses jambes allant frapper le siège derrière elle et la faisant presque tomber à la renverse dessus.

Les autres amazones dans la pièce eurent toutes la même réaction de chaque et d'incompréhension, les trois princesses en premier.

« De quoi parle-elle ? » demanda Alex d'une voix blanche

Devant le silence de Regina, qui semblait avec une conversation silencieuse avec sa femme sans prêter la moindre attention aux autres, la princesse oublia toute norme et tapa à nouveau sur la colonne dans un geste furieux.

« Mère ! »

Regina se leva, visiblement en colère d'avoir été rappelée à l'ordre de la sorte en public et d'autant plus par sa fille, et leva un bras vers l'oracle pour l'inviter à la rejoindre. Une fois aux côtés de la reine, la vieille femme prit le soin de dévisager son public avec une fierté non dissimulée d'être sur le devant la scène, et prit son temps avant de déclamer d'un air mystérieux.

« Trois ont failli, trois sauveront. »

« Qu'est-ce que cela signifie ? » rugit Orana quand l'oracle se tut, visiblement peu décidée à dévoiler ce qu'elle savait « Parle ! »

« Oui parle ! » s'avança Catalina d'un ton impatient « Ne nous laisse pas languir ainsi ! »

« Laissez la parler ! » tonna Regina

« Regina … » commença Emma d'un ton suppliant

La reine se tourna vers la blonde, et s'autorisant un geste affectueux rarissime en public, tendit une main en avant pour enlacer ses doigts avec ceux de sa femme.

« Nous savions que le jour viendrait » soupira-elle si doucement qu'il était évident que les paroles étaient destinées à Emma, et Emma seulement « Il est temps que la vérité soit connue de toutes. »

La reine attendit qu'Emma donne son accord d'un faible hochement de tête pour s'adresser à la prêtresse, toute faiblesse et sentimentalité déjà indétectables dans sa voix.

« Oracle. Raconte-leur. »

L'oracle inclina son dos devant la reine et se mit à raconter.


Il y a bien longtemps de ceci étaient trois sœurs, les trois filles d'Arès et de la première reine des Amazones, Otrera.

Leurs noms étaient Hippolyta, Antiope et Penthesilea. Chacune avait reçu de leur père une ceinture d'or, gravés d'enluminures sublimes et incrustées des pierres les plus précieuses, pour rappeler à tous leur statuts de demi-déesse, et chacune la portait avec fierté.

Sous le règne d'Otrera puis de sa fille aînée Hippolyta, et malgré leur indéniable appartenance au monde de la violence et de la guerre, les Amazones étaient pacifiques.

Les premières Amazones étaient un groupe de femmes rassemblées par Ares sur la terre qu'il avait donné à sa compagne - des femmes qui avaient souffert sous le joug de la société et qui souhaitaient plus que tout vivre libres des hommes et de leurs lois. Oretra, qui avait reçu du dieu de la guerre lui-même une éducation militaire poussée, avait fait d'elles l'armée la plus redoutable qui soit, bien que celle-ci soit appelée à ne jamais quitter les terres sacrées de Themyscira.

Les Amazones vivaient en parfaite harmonie, loin de la violence des hommes et parfaitement heureuses sans eux.

Ce ne devait pas durer.

Ce furent les hommes, toujours porteurs de malheur dans leurs vies, qui leur rappelèrent l'existence de la violence hors des murs des terres sacrées.

Hippolyta était reine depuis quelques années seulement quand la nouvelle parvint des remparts - un bateau, un bateau rempli d'étrangers tout proche de leurs côtes.

C'était la première invasion que Themyscira devait connaitre.

Ces hommes qui avançaient vers eux cependant n'avaient aucune intention mauvaise. Le capitaine du bateau était Jason et ses marins, les argonautes, en plein milieu de leur recherche de la toison d'or. Leur détour par Themyscira n'avait aucun autre but à assouvir que de la pure curiosité. Bien qu'aucun homme n'y ait jamais mis les pieds, les légendes courraient sur ce lieu plein de mystère, et Jason avait entendu parler des sauvages adoratrices d'Ares qui y vivaient. Ce fut quand les oiseaux si particuliers du dieu Ares - les Ornithes Areioi, ces animaux au plumage de fléchettes, furent aperçus au-dessus des voiles de son bateau qu'il sut qu'ils étaient dans la bonne direction.

Depuis le rivage, Hippolyta regardait le bateau avancer avec un drôle de mélange d'appréhension et d'excitation dans le ventre. Autrefois petite fille émerveillée par le spectacle que donnaient son père et sa mère combattant en duel, elle avait grandi pour devenir la sage dirigeante d'une armée sauvage, maintenant prête à affronter ce nouvel obstacle à la façon d'une reine. Elle avait fait sortir ses guerrières sitôt le bateau aperçu, et avaient sommé à ses archères de se préparer à tirer.

Son armée était beaucoup moins grande que celle de nos temps, mais tout aussi impressionnante et alors que le bateau accosta sur le sol, les lances tapées au sol firent monter dans les airs un bruit sourd, en tout point semblable à un cri de guerre.

« Préparez-vous mais ne perdez pas une seule flèche en attendant de savoir le but de cette intrusion. Si ces étrangers sont des ennemis, vous le saurez, attendez mon signal ! »

Prudemment, les hommes approchaient sur le sable, visiblement craintif de ces femmes tout en armure qui les attendaient de pied ferme, leurs épées et leurs lances pointés sur eux. Les légendes étaient réelles.

A la tête de ses hommes, Jason s'inclina devant celle qu'il avait reconnu comme la reine, aussitôt imité par ses hommes. Hippolyta s'avança vers Jason, et prévint d'une voix forte tous les hommes qu'ils se trouvaient sur des terres sacrées.

« Nous ne le savions pas » s'excusa tout de suite Jason, le dos toujours subtilement incliné « Nous cherchions un refuge. Nous ne vous voulons aucun mal, excusez-nous de ce manque de discernement. »

« Et pour quelle raison vous retrouvez-vous ici ? Seuls les égarés ou les fous se rendraient aussi loin de leurs terres et Themyscira est isolée pour une raison ! Les hommes sages en savent la conséquence. »

Jason sourit, et sans quitter le sable de la plage, se mit à raconter à la reine sa quête. Sans vouloir se l'admettre, il était troublé par la beauté de la reine, et quelque peu avide d'en apprendre plus sur ce peuple si mystérieux.

Hippolyta sourit tout le long de son histoire, le danger que représentait ces étrangers maintenant oublié, et appris à leur chef qu'elle connaissait en effet la légende de la toison d'or.

« Je suppose que toi et ce groupe de butor que tu appelles une armée pense pouvoir la dérober ? »

« Euh … oui. »

La reine rit d'un rire franc.

« Peut-être que j'ai sous-estimé ton courage. Quel est ton nom ? »

« Jason. Et voici mes amis et compagnons, les Argonautes. »

« Et Hercule » s'exclama un homme massif, grand comme un cheval et fort comme trois hommes

La reine hocha la tête avec respect devant Hercule, demi-dieu tout comme elle, dont la légende n'avait pas encore traversé les mers jusqu'à elles, mais dont un seul coup d'œil suffisait pour réaliser le héros qu'il deviendrait un jour.

« Je suis la reine Hippolyta, et ceci est la terre des invaincues de mon peuple, les amazones. »

Hippolyta fit un signe à ses guerrières de baisser leurs armes. La reine devait s'admettre tout aussi curieuse que son interlocuteur était d'elle. Elle qui n'avait jamais quitté les terres sacrées où elle était née n'avait jamais connu d'hommes, et Jason était le premier à qui elle s'adressait.

Ceux-ci n'avaient pas l'air cruels comme on lui avait raconté, et son esprit de reine se disait qu'ils pourraient faire de bons alliés. Elle pourrait en avoir besoin un jour.

C'est pour cette raison qu'elle décida de préparer un festin en leur honneur, et les invita à entrer dans Themyscira. Hippolyta était une jeune reine, et la responsabilité de diriger et protéger ses sœurs était beaucoup, sûrement plus que ce qu'elle avait imaginé.

Lors du festin organisé avec les hommes, elle se laissa rapidement impressionner par la force d'Hercule, et la simplicité de celui-ci. Ils discutèrent longtemps, devenant rapidement des amis aussi proches que si ils se connaissaient depuis plusieurs années. Elle lui proposa sans hésiter Themyscira comme un lieu de repos, en demandant seulement qu'il se rappelle de son offre et lui rende la pareille si elle ou une de ses amazones en aurait un jour besoin.

Hercule ne cacha pas son étonnement. La reine avait vécu toute sa vie sans les hommes, et voilà qu'elle lui offrait sa confiance, et un refuge. Il la remercia vivement, très reconnaissant, mais lui rappela avec regret qu'ils devaient partir le lendemain.

Hippolyta s'excusa de ne pouvoir plus les aider, mais leur donna sa parole qu'ils seraient toujours les bienvenus chez elle, et aussi longtemps qu'elle serait reine, les portes de Themyscira lui seraient ouvertes.

Le lendemain, les Argonautes repartirent. Cette première ouverture vers le monde des hommes fut grandement bénéfique aux Amazones.

Hippolyta ayant vu de premier abord qu'ils pouvaient être nobles et remplis de bonne intention décida les années qui suivirent de s'ouvrir au monde pour faire des alliances avec ceux qui en étaient dignes, et avait commencé à organiser des expéditions vers la terre ferme, certaines pour le commerce, d'autres pour les conquêtes. Si beaucoup de petits villages accueillirent avec joie les Amazones, les grandes villes se voyaient beaucoup moins contentes de voir arriver des femmes guerrières, qui amenaient avec leurs idées libératrices.

Beaucoup jugeaient leur exemple dangereux pour leur femmes et ne leur offrir en guise d'accueil qu'un trop plein d'inhospitalité. Les amazones le leur rendirent bien. Elles ravagèrent les terres qui les refusaient dans de nombreuses batailles sanglantes, enchainant les victoires, répandant le nom des Amazones de Themyscira dans toutes les villes de Grèce.

Les femmes des terres conquises avaient le choix de rester avec les hommes ou d'être libres à Themyscira, faisant grandir la population de la ville encore et encore. Themyscira était prospère, et les Amazones, bienheureuses.

Le destin de toutes basculèrent avec le retour d'Hercule.

Le demi-dieu était poursuivi par la jalousie d'Hera, reine des cieux, et quand son bateau apparut dans les eaux troubles de Themyscira, il était en plein milieu des douze travaux qui lui avaient été imposés. La neuvième de ses missions, qu'il avait du accepter à contre-cœur, consistait à ramener la ceinture d'or d'Hippolyta à la fille d' Eurystée, qui s'était fait convaincre par la légende urbaine que celui qui la porterait le don d'Ares serait rendu aussi fort qu'Hippolyta elle-même.

Comme lors de son premier voyage, Hercule était accompagné – d'un grand groupe de guerriers et de son ami Thésée, et il fut accueilli sur l'île des Amazones par les mêmes oiseaux aux plumages de têtes de flèches que la première fois. Les terres sacrées n'avaient pas changé, mais depuis le pont de son bateau, il pouvait apercevoir beaucoup plus d'amazones maintenant, des centaines et des centaines regroupées en une seule unité, et sur la grève, une vague de chevaux brillant au soleil qui courraient vers eux.

Hippolyta n'était plus en tête, mais une amazone aussi fière et aussi belle, Antiope, sa deuxième sœur, et le héros se courba devant elle sitôt sauté au sol.

« Je suis Hercules, fils de Zeus, nous ne voulons pas de bataille. Je viens parler à la reine Hippolyta. »

« Le demi-dieu dont je me rappelle se tenait droit et fier, qui es-tu toi ? » lança Antiope depuis son cheval

Ses guerrières derrière elles avaient leurs armes pointés sur eux, et à part le demi-dieu, pas un homme n'osait bouger le moindre muscle. Hercules n'était plus si fier et fort qu'il l'avait été, et ne ressemblait plus qu'à l'ombre de lui-même.

« Hippolyta nous avait accueilli il y a quelques années dans un acte de générosité que je n'ai pas oublié et espère repayer. J'ai une dernière faveur a lui demander, s'il-te plait, laisse-moi la rencontrer. »

Antiope hocha son accord.

« Toi et toi seul pourra rentrer. Tu es un ami de ma sœur mais ces créatures barbues nous sont étrangers, et resteront ici. Nous resterons avec eux jusqu'à ton retour. »

Les flèches et lances des guerrières étaient toujours sur Thésée et ses hommes, quand Hercule, entouré d'une escorte d'une dizaine de guerrières, entra dans Themyscira et fut amené au palais. L'escorte le laissa à l'entrée de la grande salle où la reine prenait audience, et Hercule rentra prudemment, ne sachant pas vraiment à quoi s'attendre.

Hippolyta se tenait tout aussi droite et fière que lors de leur première rencontre, encore plus noble maintenant qu'elle l'était avant, sa ceinture d'or qui retenait sa épée autour de la taille. Hercule ne put s'empêcher de regarder la ceinture avant le visage de la reine, et s'inclina à ses pieds avant qu'elle ne lui ordonne de se relever dans un demi-sourire.

« Je ne croyais pas te revoir un jour. Bienvenue à Themyscira, mon vieil ami. »

Face au sourire honnête de la reine, Hercule se sentit d'un coup plus léger, comme soulevé d'un poids immense qui pesait sur sa poitrine. Il avait cependant du mal à croiser son regard, et elle comprit vite que quelque chose n'allait pas.

Le héros semblait effrayé par quelque chose, et quand Hippolyta l'encouragea à se confier en elle, il lui raconta tout. Le cœur de la reine, qui était une amie fidèle et généreuse, se cassa pour son ami.

« Comment puis-je t'aider ? J'ai des légions entières de guerrières qui pourraient détruire ce roi qui t'oppresse ! »

« Je ne peux pas te demander de gagner mes batailles pour moi, je dois accomplir mes travaux moi-même. » soupira Hercule

« Alors comment puis-je t'aider ? »

« Ta ceinture. Eurystée veut que je la lui ramène. »

« A cause de la légende qui plane sur elle, n'est-ce pas ? » devina Hippolyta « Ma force est la mienne sais-tu, la ceinture de mon père n'y est pour rien. »

Avant que le demi-dieu n'ait pu insister, Hippolyta s'était levée et avait dégrafé sa ceinture pour la lui tendre.

« Vraiment ? »

« J'espère qu'elle t'apportera la liberté Hercule. »

Hercule, touché, la remercia profondément. Mais alors qu'ils parlaient encore et loin d'eux de s'en douter, le chaos régnait dehors.

Hera, voyant une opportunité de se venger d'Hercules qu'elle haïssait tant, avait pris la forme d'une amazone pour souffler au sein de l'armée d'Hippolyta qu'Hercule était venu assassiner leur reine pour sa ceinture.

Tout de suite, elles se mirent à sonner l'alarme de l'assaut et courir vers le palais. Hippolyta entendit les trompettes et se dépêcha de sortir de la salle d'audience, sans se rendre compte qu'Hercule derrière elle était devenu sombre. Il avait cru, non sans raison, que c'était elle qui venait de déclencher les trompettes, et voulait profiter de la distraction qu'elle lui offrait pour tuer ses amis.

Il se jeta sur elle et alors qu'elle commençait à expliquer le malentendu, son épée tirée et la reine, sans défense. Les amazones qui étaient entrées dans la salle du trône en toute hâte virent Hercule menacer leur reine, la ceinture dans ses mains, et tous leurs doutes furent confirmés. L'attaque était lancée, les amazones ne seraient pas repues tant qu'elles aurait sa tête.

Hercule était le fils de Zeus et le demi-dieu le plus célèbre d'entre tous pour une raison, et se battit comme un héros, la peau du lion de Némée sur son dos et la ceinture d'Ares dans les bras décuplant ses forces déjà exceptionnelles. Hippolyta comprit vite qu'aucune de ses guerrières ne pourrait l'atteindre, et les encouragea toutes à partir pour rester seule avec lui dans l'espoir qu'elle parviendrait à raisonner son ami.

« Sortez ! »

Mais avant qu'elle ne puisse calmer Hercules, l'épée du héros l'avait transpercée de part en part. Hippolyta regarda l'épée dans son estomac alors qu'Hercule cessait tout mouvement, paralysé sur place.

Les yeux plein de souffrance, la reine regarda une dernière fois son ami, gardant leurs yeux l'un dans l'autre, et elle tomba sur ses genoux. Hercule l'allongea contre ses cotés alors que la réalité lui tombait dessus aussi violemment que l'aurait fait la foudre de son père, mais il ne pouvait plus rien pour elle.

Qu'avait-il fait ? Il la prit dans ses bras alors qu'elle cherchait sa respiration, et se mit à pleurer amèrement sur son corps. Il avait pris sa vie, et n'aurait plus jamais la chance de lui rendre tout ce qu'il lui devait.

« Je savais qu'un homme me conduirait à ma perte » souffla la reine « Mais je n'aurai jamais cru que tu serais celui-là. »

La tragédie des hommes avait frappé une première fois. Alors qu'Hercule demandait pardon, elle lui sourit et tourna la tête pour fermer les yeux.

La deuxième reine des amazones était morte.

Hercule resta un moment sur le corps sans vie de son amie avant de se relever, la ceinture d'Ares dans la main, et de s'enfuir loin de Themyscira.

Deux yeux d'une jeune guerrière fixèrent le bateau sur lequel l'assassin de sa sœur s'enfuyait, son cœur déchiré et son destin, à tout jamais changé par les hommes. Elle fit une promesse aux dieux, encouragée par la taille immense de sa perte, que les amazones envahiraient la Grèce, que des villes tomberaient et que les hommes maudiraient le jour où ils avaient tué leur reine. Les amazones ne seraient pas satisfaites tant que leur dette de sang ne serait payée au centuple.

Cette guerrière était Penthesilea, la troisième sœur.

Mais Hippolyta n'était pas la seule à avoir failli ce jour-là.

Pendant qu'Hercule s'entretenait avec sa sœur, Antiope, elle, avait sympathisé avec Thésée sur la plage. Antiope avait ordonné à ses guerrières de relâcher leur garde, et s'était laissé approcher par le héros, s'entendant immédiatement avec lui comme sa sœur l'avait fait des années auparavant avec Hercule.

Son expérience des hommes étant limitée à ceux qu'elle avait combattu sur le champ de bataille, elle avait été surprise par la nature plaisante de Thésée, sa voix douce, la gentillesse qu'il avait montré envers son cheval et sa conversation agréable. Elle l'avait suivi sans bien hésiter sur son bateau quand il l'y invita pour discuter à part, laissant ses amazones sur la grève, quand le son des trompettes se fit entendre dans toute l'île. Antiope sauta tout de suite sur ses pieds, reconnaissant les trompettes comme celles de guerre.

« Nous sommes attaquées ! »

« C'est impossible ! Nous sommes les seuls hommes ici ! »

Thésée couru sur le pont pour voir sur le sol des dizaines d'amazones se précipiter à cheval vers eux, et au milieu d'elles, une petite figure à pied qui courrait aussi vite qu'elle le pouvait, qu'il reconnut comme Hercule, courant a peine plus vite que les chevaux, la ceinture d'or brillant dans les mains.

« Par Zeus qu'avons-nous fait … »

Antiope voulut l'en empêcher mais Thésée lança aussitôt l'ordre de se mettre en fuite, alors qu'un torrent de flèches retombait sur ses hommes, et que toute la cavalerie arrivait à pleine vitesse sur eux.

Hercule sauta vite sur le pont, et aussitôt, Thésée ordonna qu'on se mette en route. Les bateaux des Amazones étaient amarrés bien trop loin des leurs, et le temps qu'elles en déroulent les voiles, ils seraient loin.

« Non ! » criait Antiope « Laisse-moi parler à mon peuple ! »

« Nous devons partir ! » tonna Thésée « Je suis désolée Antiope mais elles tueront chacun de mes hommes ! »

Thésée avait enroulé ses bras puissants autour d'elle pour éviter qu'elle ne se jette par-dessus bord comme elle tentait vainement de faire, et résista à tous ses coups et cris de rage de la relâcher. Parcequ'elle lui avait fait confiance, elle avait été arrachée aux terres sacrées de Themyscira.

Le bateau s'éloignait maintenant de l'île et Antiope, l'héritière légitime du trône, luttait encore son ravisseur sans savoir que dans son palais, sa sœur était morte.

Thésée ne la relâcha que quand ils furent assez loin pour qu'elle ne puisse regagner l'île à la nage, et elle resta des heures sur le pont, à regarder la seule maison qu'elle avait connu s'éloigner de ses yeux, sans parvenir à oublier qu'elle laissait derrière son peuple et ses sœurs.

Elle appela le plus fort possible « Penthesilea ! » des heures durant, sans que jamais ne parvienne un cri un retour.

Sa petite sœur n'était qu'une adolescente, qui avait grandi sous la bienveillance d'Hippolyta et protégée par Antiope, et qui devait maintenant assurer le trône à elle seule. Elles l'adoraient, et elle les adorait en retour. Elle venait de les perdre toutes les deux.

Le monde s'était arrêté pour Penthesilea. La mémoire de ce jour devrait brûler sa mémoire et la garder éveillée de nombreuses nuits jusqu'à la fin de ses jours.

Elle était une des cavalières, qui avait appelé Antiope jusqu'au bout et vidé son carquois sur les bateaux qui enlevaient sa sœur. Elle avait entendu chacun des cris de sa sœur qui se débattait comme une tigresse dans les bras de Thésée, et avait désespérément nagé vers le bateau, incapable de le rattraper. Bientôt elle ne pouvait plus l'entendre, et elle était revenue s'écrouler de désespoir sur le sol des terres sacrées, regardant le bateau s'éloigner jusqu'à ce qu'elle ne voit plus rien à l'horizon.

Le soir-même, Penthesilea dirigea l'enterrement d'Hippolyta et mit elle-même le feu à son bûcher. Toutes les amazones, en deuil, s'étaient réunis pour pleurer pour leur reine. La torche était passée de main en main jusqu'à ce que la nouvelle reine l'attrape, et Penthesilea s'était penchée vers le corps sans vie de sa sœur aînée pour lui adresser ses derniers mots.

« J'aurai voulu être à tes côtés quand tu es tombée. Tu méritais tellement qu'être assassinée par des voleurs. » Elle embrassa son front et alluma le feu. « Dors bien ma sœur. Je te vengerai. »

Alors qu'elle regardait le feu consumer le corps de sa sœur, et son deuil devint de la rage, pure, déterminée et inarrêtable. Elle se tourna vers son peuple et s'exclama d'une voix forte.

« Mes sœurs ! Pendant des années nous sommes restées dans l'ombre des hommes alors qu'ils pillaient les terres avec un poing de fer et marchaient sur le cou de leurs femmes ! Nous avons entendu parler de leur cruauté, et aujourd'hui elle est venu jusqu'à nos portes. Ils ont enlevé notre princesse et tué notre reine. Ce soir, j'exige que nous nous vengions ! Comme votre nouvelle reine, je ne resterai pas impassible. Dans un an, nous marcherons sur Athènes, la ville de Thésée ! »

« Un an ? » La générale Molpadia s'avança vers Penthesilea, clairement mécontente. « Chaque jour qui passe, Antiope est soumise à la cruauté des hommes ! C'est elle, notre reine légitime, qui est en train souffrir, il faut les affronter maintenant ! »

« Je comprends, mais en l'absence de ma sœur, je suis votre reine. Je ne lancerai pas mes guerrières vers une bataille qu'elles ne sont pas prêtes à gagner. »

« Nous sommes des guerrières ! » reprit Molpadia « La guerre coule dans nos veines ! Une seule de mes soldates vaut dix des hommes de Thésée. »

« Thésée s'attend à nous voir arriver, et pour chacune de tes soldates, il y aura trente hommes à affronter ! Un an suffira à Thésée de baisser ses défenses, et nous marcherons sur Athènes à l'aube, comme les spectres de la mort. Nous détruirons les portes, nous libérerons Antiope et nous massacrerons chaque homme qui tentera de nous en empêcher ! »

Toutes s'accordèrent au plan, et firent le serment qu'elles vengeraient leur reine, et ramèneraient leur princesse à Themyscira.

Pendant une année entière, les Amazones se préparent avec acharnement. Avec la mort d'Hippolyta, les amitiés avec les hommes avait été oubliées, et leurs seuls rapports avec eux n'était plus qu'une série de guerres, toutes en préparation de l'invasion d'Athènes.

Penthesilea était devenue puissante et forte, mais amère, dévorée par son désir de revanche.

Et à l'autre bout de la mer, alors que sa petite sœur préparait sa vengeance, Antiope elle se préparait à donner la vie.

Avec les mois qui passaient et sans aucun espoir de rentrer chez elle, elle était tombée amoureuse de son ravisseur, d'Athènes et de ses gens, et elle attendait un enfant de lui. Thésée était le roi de sa ville, et il lui fallait une reine comme tous les rois. Quand il lui avait demandé, lui assurant qu'il l'aimait en retour et qu'il ferait tout pour la rendre heureuse, Antiope, la reine légitime des amazones, avait accepté de devenir la reine d'Athènes.

Un garçon naquit quelques mois après leur mariage, un garçon qu'elle avait appelé Hippolytus pour sa sœur et qu'elle n'aurait jamais pu avoir à Themyscira elle le savait bien. Garder son fils signifiait plonger une ancre dans le monde des hommes, et ne jamais retourner à ses sœurs.

L'amazone en elle était morte désormais. Et Penthesilea l'ignorait complètement.

Un an jour pour jour après la terrible arrivée d'Hercule et de Thésée, Penthesilea n'avait pas oublié sa promesse. L'armée de ses amazones était prête, et avait embarqué sur leurs bateaux puis suivit les routes de petit chemin jusqu'à la ville de Thésée. Juste avant le lever du soleil, elles étaient arrivées sur les abords d'Athènes, et s'étaient cachées dans les vallées.

Quand vint le moment de l'attaque, Penthesilea, vêtue d'or et du blanc qui marquait la royauté, réunit ses soldates autour d'elle.

« Mes sœurs ! Voilà où se cache l'homme qui nous a tout pris ! Un an que nous attendons ce moment, notre tour est venu de dévaster Athènes comme ils l'ont fait à Themyscira ! Nous vengerons Hippolyta et nous libérerons Antiope ! »

Penthesilea leva une paume pour taire les guerrières, qui s'étaient mise à taper leurs boucliers de leurs épées.

« Quand le soleil sera levé, la ville de marbre sera rouge du sang de ses hommes et la tête de Thésée sur une pique ! »

Le cri de guerre de leur reine aussitôt reprit par toutes, les amazones se précipitèrent comme une vague sur Athènes, le bruit de tous les sabots de chevaux faisant écho dans la vallée jusqu'à la ville. Les athéniens les entendirent avant de les voir, un tonnerre se rapprochant d'eux à chaque seconde, et Thésée appela immédiatement le rassemblement de son armée, prêt à défendre leur ville.

Le brouillard était à l'entrée de la ville, cachant la vision de la vallée, et alors que le bruit si terrible était tout proche, il s'arrêta d'un coup. Plus rien ne se faisait entendre et les soldats grecs peu sûrs d'où envoyer leurs flèches, n'osaient bouger. Sans prévenir, un archer tomba soudain au sol, puis un deuxième, et encore et encore, jusqu'à ce qu'une véritable pluie de flèches tombent sur eux, et que les cris sanglants de milliers de femmes se fassent entendre et leur tombent soudainement dessus.

Comme l'avait prévu Penthesilea, les athéniens n'étaient pas prêts à une telle attaque, et avaient le plus grand mal à organiser leurs soldats face à son armée précise, et minutieusement préparée.

Une heure plus tard, la moitié de la vile était décimée, et la reine avait atteint les portes du palais. La légion qu'elle avait attendu, gardant jour et nuit la prisonnière qui y résidait depuis un an, n'était pas là, et quand Penthesilea ouvrit les portes de la chambre nuptiale, sûre que sa sœur devait s'y trouver, elle fut étonnée du manque de garde royale.

Le palais était vide, comme si personne ne se souciait de surveiller la prisonnière. Accompagnée de sa fidèle générale, la reine chercha partout, fouillant la moindre pièce et le moindre recoin à la rechercher de sa sœur, son épée prête à frapper quiconque se dresserait sur sa route, mais le seul bruit qu'elles entendaient était l'écho de leurs pas sur le marbre, jusqu'à ce qu'un vagissement se fasse entendre.

Quand elle avait entendu les rugissements de la bataille dans la ville, Antiope s'était cachée dans une pièce secrète. Pour la première fois de sa vie, elle avait ressenti de la peur, de la peur pour son bébé. Comment aurait-elle pu expliquer à sa sœur qu'elle avait porté l'enfant de l'envahisseur, qu'elle l'avait épousé et qu'elle n'avait pas tué son fils ?

Antiope s'était réfugiée avec son fils derrière l'immense paravent qui cachait l'entrée de la pièce secrète attenante à la chambre qu'elle partageait avec son mari, et l'avait couché dans son berceau, le suppliant tout bas de ne faire aucun bruit.

« Thésée ! Montre toi ! » appelait Penthesilea à quelques pas d'elle à peine « Lâche ! Tu me dois une dette de sang ! »

Dans sa rage, la reine avait cassé une statue de Thésée qui trônait fièrement dans la pièce, et effrayé par le bruit, le bébé se mit à pleurer plus fort. Cette fois-ci, Molpadia et Penthesilea l'avait entendu. Elles suivirent les pleurs et trouvèrent facilement l'entrée de la chambre secrète, en arrachant au loin le paravent pour dévoiler qui se cachait là.

« Antiope ? »

Penthesilea s'arrêta net. Antiope était habillée d'une riche tenue, des bijoux en or sur ses poignets et à son cou, et un voile de fine draperie dans les cheveux. Loin était ses bracelets de cuir et sa cuirasse de générale, elle portait réellement l'habit d'une reine. Penthesilea ne savait comment réagir.

« Penthesilea, ma sœur … tu ne sais combien de fois j'ai prié Ares notre père de pouvoir te revoir. » sourit doucement Antiope

Penthesilea fit un pas vers sa sœur, souhaitant plus que tout la prendre dans ses bras et l'emmener loin de ce maudit palais mais restant pourtant figée sur place. Il y avait quelque chose d'étrange dans la démarche de sa sœur aînée, la jeune reine pouvait le voir.

« Que s'est-il passé Antiope ? Je jure par les dieux si Thésée t'a enfermée ici et t'a forcé à … »

« Je ne suis la prisonnière de personne ! » s'exclama Antiope

« Que dis-tu ? Antiope dis la vérité ! » s'exclama pour la première fois Molpadia derrière les sœurs

« J'ai choisi d'être là où je suis aujourd'hui, personne ne m'a esclavagé et forcée. »

« Non ! » hurla Penthesilea « Ce n'est pas ton choix Antiope, tu n'appartiens pas à Athènes mais à Themyscira ! Avec ton peuple, avec moi ! »

« Tu ne comprends pas … je suis Athénienne, je suis leur reine. »

Penthesilea fit un pas en arrière, horrifiée des propos de sa sœur. Si sa raison avait compris depuis longtemps, son cœur n'avait voulu reconnaitre la vérité jusqu'à ce que les mots soient prononcés par sa sœur.

« Tu es une esclave ici et une reine chez nous ! Ton peuple a besoin de toi ! J'ai besoin de toi ! Rentre à la maison ! »

« Je ne peux pas Penthesilea. J'ai .. j'ai un fils. »

Antiope fit un pas prudent en arrière, laissant apercevoir derrière elle le bébé dans son berceau. Cette découverte eut l'effet d'un coup de poing dans le ventre de sa sœur.

« C'est un garçon ! » cracha Molpadia dans son dos

« Laisse le Antiope, il sera élevé par les hommes et je ne le toucherai pas. » promit Penthesilea « Mais oublie le ! »

« Je ne viendrai pas. » soupira Antiope

« Tu vas choisir d'abandonner ton peuple pour élever le fils de Thésée ? » ragea sa petite sœur

« Oui. »

« Tu sais ce que ça veut dire. »

Antiope avait toujours le port d'une reine quand elle hocha la tête.

« Ne me force pas à le faire, ma sœur … »

« Je ne partirai pas. »

« Alors tu ne me laisse pas le choix ! »

La phrase ne venait pas de la reine, mais de sa générale. Penthesilea se tourna vers la générale Molpadia, mais avant qu'elle n'ait pu l'en empêcher, la lance dans sa main était partie.

« Non ! »

La générale avait tué sa reine légitime. Antiope s'écroula sans un cri, et Penthesilea couru attraper sa sœur avant qu'elle ne touche le sol. Elle eut beau essayer tant bien que mal d'empêcher le sang de couler de la plaie de sa sœur, elle ne put rien faire pour elle.

Antiope mourut sans un mot dans les bras de sa sœur.

Penthesilea regarda la vraie reine, sa dernière sœur, et poussa un énorme cri de rage, ses larmes se mélangeant au sang de sa sœur. Elle avait hérité de son père un caractère impulsif et violent, et aveuglée par la douleur immense de la mort d'Antiope, se releva sans réfléchir pour ramasser la lance au sol et la tourner vers Molpadia.

« Qu'as-tu fait ! »

« Elle nous a trahi ! Elle a moqué nos règles de vie ! Elle ne - »

Molpadia n'eut le temps de finir sa phrase qu'elle avait reçu la pique qui avait ôté la vie d'Antiope dans le cœur.

Penthesilea la regarda retomber au sol à côté d'Antiope. Elle resta un moment dans le sang de sa sœur, muette, étouffée par la colère et la tristesse.

Dehors, la bataille entre hommes et amazones était devenu un véritable bain de sang. Thésée avait réussi à reprendre le contrôle, son armée cinq fois plus grande que celle des amazones parvenaient enfin à les encercler entièrement, et elles s'étaient retrouvées dos aux remparts de la ville, incapables de repousser les milliers de soldats qui les assaillaient.

Quand Penthesilea apparut enfin hors du palais pour sonner la retraite et mener ses troupes hors de la ville, des centaines de ses guerrières étaient mortes. Elles n'avaient réussi ni à conquérir Athènes, ni à récupérer Antiope, et toute la bataille n'avait été qu'une énorme défaite.

La tragédie des hommes avait frappé une deuxième fois.

Penthesilea, la dernière des trois filles d'Ares, ne serait jamais la même. Elle pouvait voir la mort de sa sœur à chaque fois qu'elle fermait les paupières, et entendre les pleurs de l'enfant d'Antiope qu'elle avait laissé à Athènes dans le bruit du vent. Ses deux sœurs qu'elle avait tant chéri et admirées étaient mortes.

Elle voulait mourir elle-même. La loi divine cependant interdit à tous les guerriers – humains comme amazones - de se retirer la vie, et ce depuis toujours.

Sa seule solution pour une mort honorable était de dédier sa vie à Ares son père lors d'une bataille sanglante, et de mourir d'une mort glorieuse sous des coups ennemis. Penthesilea attendit le bon moment pour mourir pendant longtemps. En attendant la délivrance, elle mena ses troupes dans de nombreuses villes de Grèce, les prenant les unes après les autres et laissant brûler derrière elle leurs ruines, ne laissant jamais oublier à ses guerrières que l'un d'entre eux les avait battues.

Voyant la population de Themyscira vieillir, elle fut la première à avoir l'idée de se rendre une fois par an dans les contrées voisines des terres sacrées pour aller terroriser quelque peu les hommes des régions avoisinantes et se servir d'eux pour procréer, instaurant la loi sacrée que tout enfant mâle né de ces unions serait mis à mort immédiatement.

Elle-même eut le temps de donner monde à une fille, Menalippe, et d'ainsi perpétuer la ligne royale d'Oretra et d'Ares, avant d'enfin recevoir sa chance de soulagement lors de la guerre de Troie.

Ayant eu vent de la guerre qui ayant déjà fait des milliers de victimes sans avoir l'air de vouloir s'arrêter, elle donna son accord de se battre aux côtés des Troyens, à la seule condition de se battre avec uniquement des volontaires et non son armée. Penthesilea ne voulait pas gagner la guerre. Elle voulait juste rejoindre ses sœurs dans l'après monde.

Douze de ses meilleures guerrières la prièrent de la prendre avec, de mourir aux côtés de leur reine avec honneur, et les treize amazones partirent toutes de Themyscira avec la même certitude qu'elles n'y remettraient jamais les pieds, Menalippe montée sur le trône sitôt le bateau de sa mère disparu.

Penthesilea mourut sur le sable de Troie par l'épée d'Achilles, sa bravoure au combat telle qu'Ares promit que ses descendantes et toutes les futures Amazones à naître sur le sol sacré de Themyscira ne mourraient que par l'épée ou le sang, leur garantissant l'immortalité.

La tragédie des hommes avait fait sa troisième victime.


Le silence était retombé dans la salle.

Beaucoup connaissaient l'histoire par bribes, mais c'était la première fois qu'elles l'entendaient en entier, et qu'elles comprenaient aussi clairement pourquoi. L'oracle prit à nouveau la parole.

« Voilà la réalité de Themyscira et de ses reines. Les trois sœurs qui ont fondé notre société ont failli à leurs vœux de protéger les amazones des homes et de leur folie destructrice. Toutes ont fait confiance aux hommes et toutes en sont mortes. Et depuis toujours, leurs descendantes entendent cette histoire en entier, et jurent par le Styx qu'elles protégeront Themyscira des hommes »

Toutes se tournèrent vers leur reine, qui ne regardait aucune d'entre elle mais uniquement sa femme, et attendirent impatiemment qu'elle se retourne vers elles pour confirmer les dires de l'oracle.

Regina n'hocha de la tête qu'une seule fois. L'oracle poursuivit son discours dans un sourire malin, visiblement ravie d'enfin dévoiler à son public ce que seul elle et les reines ne savaient.

« Cette guerre à nos portes aujourd'hui, mes sœurs, remonte en vérité de très loin, du moment même où Hippolyta a ouvert ses portes aux hommes. Et la prophétie que notre reine Regina a reçu le jour de son couronnement s'avère vraie. »

« Quelle prophétie ? » demanda Alex

« Aujourd'hui il vous faut réparer les erreurs de vos ancêtres ! » l'ignora l'oracle « Les amazones ont offensé les dieux par le passé, Ares notre père le premier en trahissant la confiance qu'il avait placé en elles, et c'est à vous de réparer leurs erreurs ! »

« Quelle prophétie ? » cria Alex

La vieille femme se tut, et bien que toutes dans la pièce la damnaient intérieurement pour avoir interrompu une oracle, Alex ne bougea pas d'un pouce, laissant l'oracle s'approcher d'elle.

« Trois ont failli, trois sauveront. » dit-elle

« Qu'est-ce que … » commença Orana derrière elle

« Trois ont failli, trois sauveront. » répéta plus fortement l'oracle

Ses yeux étaient toujours sur Alex, mais ses deux mains se levèrent lentement dans les airs, et toutes purent voir qu'elle désignait très clairement Nikolae et Alexandria.

Il y eut un grand moment de silence, donnant l'impression qu'à nouveau, le temps s'était arrêté dans la grande salle d'audience du palais. Derrière l'oracle, Emma s'était pris la tête entre les mains, et Regina avait fait un pas vers elle pour poser une main réconfortante et discrète dans son dos.

« Mais … » dit Nikolae, le souffle court et les pensées comme interrompues

« Tu parles de trois sœurs » dit Alexandria « Trois sœurs qui ont failli, c'est Antiope, et Penthesilea et Hippolyta. Et trois sœurs qui sauveront … »

« C'est nous. » conclut Alex

« C'est du grand délire ! » rugit Cassiopée

« C'est une prédiction divine » dit l'oracle « Et c'est en train de se produire. Ares vous a choisi vous trois, filles de Regina, et vous avez une dette envers lui. »

« Et pourquoi ? » Emma s'était levée de son siège, ignorant le regard suppliant de la reine sur elle, pour aller presque coller son poing sous le menton de l'oracle « Pourquoi mes filles ? Pourquoi maintenant ? »

« C'est la volonté des dieux, et les hommes n'y peuvent rien. Les Amazones non plus. »

Emma baissa son poing, le laissant retomber le long de son côté. Assommer l'oracle – en plus d'être une offense condamnable - n'aurait pas à servi à grand-chose, elle le savait. Ses yeux n'arrêtèrent pas de foudroyer la veille prophétesse du regard pour autant.

« Il doit en être ainsi, tu le sais Capitaine. » lui dit l'oracle plus doucement « On n'échappe pas à son destin. »

« Je ne laisserai pas mes Princesses mourir pour moi ! » lança bravement Catalina « J'irai moi-même tuer ces hommes un par un si il le faut ! »

« Moi aussi ! » approuva Maggie

Alex tenta de l'en empêcher mais la capitaine de la garde avait tiré son épée, et s'en servait pour montrer de sa lame la pince en or qui barrait son épaule et retenait en place son uniforme bleu, en plus de marquer son grade de capitaine.

« Nous avons toutes juré fidélité à Themyscira et au trône en recevant nos armes et nos grades. Nous serions toutes maudites avant de laisser une goutte de sang royal tomber au sol pour nous ! »

Sa réplique fut accueillie de grands hourras dans l'assemblée, que la voix paisible de l'oracle parvint cependant à rapidement réduire au silence.

« Il n'est pas question de sacrifice, ou de mise à mort des princesses. Ares ne demande pas de sang mais une dette. »

« Ce qui signifie quoi exactement ? » demanda Nikolae d'une voix blanche

« Vous ne gagnerez pas cette guerre tant que la dette ne sera pas payée, Ares en a convaincu les autres dieux. »

« Et alors ? » s'enflamma Orana « Nous n'avons plus le soutien de Zeus et les hommes n'ont plus peur de nous, et alors ? C'est justement le moment pour nous de montrer ce que nous valons réellement ! »

« Ce serait envoyer des troupes entières à la mort ! » protesta Catalina « Non, il nous faut faire appel au roi Polydore, ou à Léotychidas, ou à n'importe quel de nos alliés ! »

« Aucun d'entre eux ne nous aidera » dit l'oracle

« A quoi bon faire des alliés de tous ces hommes et venir risquer nos vies à les aider si on ne peut faire appel à eux ? » lui grogna dessus Catalina

« Assez ! » Regina avait marché jusqu'à l'oracle pour se placer devant elle, défiant quiconque d'à nouveau s'adresser de la sorte à la vieille femme « Nous serions de bien piètres amazones si nous avions besoin d'eux pour nous défendre ! Nous nous passerons des hommes comme nous l'avons toujours fait et nous défendrons nos terres nous-mêmes. L'erreur d'Hippolyta et de ses sœurs ne condamnera pas mon peuple ! »

Une fois assurée que personne n'ait d'objection, pas même ses trois filles qui la regardaient sans vouloir intervenir, la reine fit signe à l'oracle de parler à nouveau.

« Que veut Ares, Oracle ? »

« La ceinture. Ares ne nous offrira pas son aide tant que la ceinture d'or de la reine Hippolyta ne sera pas revenue en son temple, ma Reine. »

« Toute cette guerre pour une ceinture ? » feula Orana

« Cette ceinture a bien plus d'importance qu'une futile possession matérielle, Générale. Elle représente la confiance qu'Ares a en notre peuple, et sa protection. La guerre, quant à elle, est purement humaine. »

« Si la guerre n'a rien à voir avec cette prophétie, alors pourquoi souhaite-il la récupérer maintenant ? » demanda Emma

« La volonté du dieu n'est connue que de lui seul. Je ne peux expliquer ses raisons pour demander le remboursement de sa dette maintenant, mais je peux t'assurer, Capitaine, qu'il a été planifié par le destin. Et si il y a bien une chose dont nous sommes sûres, c'est qu'on échappe pas au destin »

A quelque pas d'elle, Alex poussa un soufflement irrité si fort que toutes l'entendirent, et la reine ne manqua pas de la réprimander d'un regard sévère. La princesse héritière n'avait jamais cru au destin, ou à quoi que ce soit qu'on essayait de lui imposer, ce qui ne lui donnait tout de même pas le droit de discréditer l'oracle en public.

« Si j'ai bien compris, Ares veut qu'on récupère la ceinture d'Hippolyta, et ne soutiendra pas notre victoire tant qu'elle ne sera pas revenue à Themyscira, c'est ça ? » demanda Nikolae

« Pas n'importe qui, Lieutenant. Ce doit être toi, ou l'une de ses sœurs. » dit l'oracle « La ceinture doit retourner aux descendantes de la fille de Penthesilea. Elle a passé trop de temps en terre de hommes, elle doit revenir à Themyscira. »

« Où est cette ceinture maintenant ? » demanda Catalina

« C'est à la fille d'Eurystée, Admete, que Hercule l'a remise » dit l'oracle

« Admete est morte il y a bien longtemps, comment peut-on savoir où est la ceinture aujourd'hui ? Cette histoire est vieille de plusieurs siècles, elle pourrait être n'importe où ! » ragea Alex

« C'est là où tu te trompes Générale, parcequ'elle ne peut être qu'à deux endroits. » reprit l'oracle « Admete est partie sur l'ile de Samos, où elle en a épousé le roi. Elle a eu deux filles, qui ont toutes les deux quitté l'île pour faire de riches mariages – l'une au roi de Larissa, l'autre beaucoup moins loin, à un prince d'Amphipolis. Admete a du donner la ceinture en héritage à l'une de deux, et c'est dans l'une de ces deux villes qu'il faut chercher. »

« Et qui nous dit que l'une de ses filles ne l'a pas donné à n'importe qui ? C'est peut-être toute la Grèce et l'Anatolie qu'il nous faut chercher ! »

« Parcequ'un présent d'un dieu se garde en famille. Admete l'a donné a une des filles – je ne sais pas laquelle, je dois l'admettre – et celles-ci l'ont forcément transmis à leurs enfants, génération après génération. »

« Mais l'une de ses descendantes pourrait avoir changé de ville ou avoir donné la ceinture à quelqu'un ou - »

« Aie confiance, Générale ! Amphipolis ou Larissa, l'une de ces deux villes qui détient la ceinture d'Hippolyta. »

Alex avait visiblement encore beaucoup de choses à rajouter, mais se retint. L'oracle savait sûrement quelque chose que les autres simples Amazones ne savaient pas, et il fallait lui faire confiance.

« Larissa … c'est à des jours, si ce n'est des semaines entières de cheval » remarqua Orana

« Si il faut aller jusqu'à Larissa, j'irai. » dit Lexa avant qu'Alex n'ait pu ouvrir la bouche « J'irai chercher la ceinture et la ramener chez nous ! »

« Hors de question que - » commença Alex, un regard furieux sur sœur

« Mère ! » l'interrompit Lexa « Il faut que ce soit moi. Je connais la Thessalie et ses routes dangereuses par cœur, je connais des peuplades alliées dans la région de Larissa et je suis la plus apte à mener cette mission le plus rapidement et efficacement possible ! »

Regina regarda sa fille un instant avec de grands yeux sans répondre. Avoir été appelée mère en public, par Alexandria de surcroit, ce que sa plus jeune fille n'avait pas fait depuis son enfance, l'avait quelque peu décontenancée et il fallut le cri d'Alex pour lui remettre les idées en place.

« C'est de la folie ! »

« Il faudra que tu évites les côtes, Commandante, les embouchures d'océan et tous les cours d'eau où Poséidon peut avoir accès. » dit l'oracle sans se soucier de la princesse héritière « Il ne te laissera pas repartir si il te trouve sur ta route. »

« Je n'ai pas peur de Poséidon. » dit bravement Lexa

« Tu devrais. Il est revanchard et colérique, et il protégera ses enfants jusqu'au bout. » « Je déjouerai ses pièges, alors, chacun d'entre eux »

« Tu te feras tuer Lexa ! » hurla Alex

« Nous nous ferons tuer tout aussi bien si je ne pars pas ! » répliqua Lexa « Tu as attendu la prophétie, les dieux veulent que ce soit une de nous trois, et je suis le meilleur choix »

« C'est la meilleure solution, tu as raison » dit Orana à Lexa

« C'est toi qui voyage le plus d'entre nous, Commandante » rajouta Maggie « Nous te faisons confiance. »

« Evidemment, tu dirais ça toi ! » lui cracha Alex dessus avec venin « Mais ma sœur ne partira pas dans cette folie, et vous toutes qui l'envoyez à la mort sans aucun scrupule, vous n'êtes que des lâches ! »

« Générale. » La voix calme mais acide de Regina coupa le discours d'Alex en deux, et mit fin à toute discussion. « Alexandria. »

L'emploi du prénom était aussi rare qu'inattendu, et était déjà un message en soit que la principale concernée comprenait très bien.

« Es-tu sûre de toi ? »

Lexa fit un pas en avant, et hocha de la tête solennellement.

« Oui, ma reine. »

« Alors tu iras à Larissa, récupérer la ceinture d'Hippolyta. »

Lexa frappa du poing sur son plastron en guise d'acceptation de sa mission, mais derrière elle, sa sœur aînée écumait encire.

« Non ! Envoie moi à sa place Mère ! » exigea Alex

« Tu n'es jamais allée à Larissa, et tu n'as pas remis les pieds dans le monde des hommes depuis bien trop longtemps. Tu sais tout aussi bien que ce doit être moi » « Je refuse que - »

« Générale, tu outrepasses tes droits à contredire un ordre royal. » signala Regina, l'écho de sa voix résonnait contre les murs de la salle d'audience avec tant de force qu'Alex fut obligée de baisser la tête en subordination « La Commandante Alexandria ira à Larissa. »

« Et j'irai à Amphipolis ! » lança fortement Nikolae « La route est moins longue, et je l'ai déjà parcourue il y a quelques années. Si la ceinture est là-bas, je la trouverai ! »

Alors que les autres générales et commandantes semblèrent approuver la proposition de la fille cadette de la reine, Alex, elle, semblait voir se dérouler sous ses yeux son pire cauchemar.

« Je partirai avec toi Nikolae ! »

« Non. » Alex leva des yeux stupéfaits vers la reine, qui ne se laissa pas impressionner « Tu resteras ici, vous resterez toutes ici. Commandante, tu iras à Larissa, et toi Lieutenant, à Amphipolis. Vous partirez dès ce soir. Sur vos épaules reposent le futur de tout notre peuple. »

« Je ne peux les laisser partir seules ! » protesta Alex

« La place d'une générale est avec ses troupes, Alexandra ! »

« Et la place d'une sœur est avec les siennes ! »

« Il suffit ! Ma décision est prise. »

Les yeux de la reine envoyaient des éclairs de feu en décision de sa fille, qui comprit immédiatement qu'il serait futile de protester plus longtemps.

« Quelqu'un ici s'y oppose-il ? »

Regina leva la tête vers le reste de l'assemblée, et bien que toutes regardaient vers Alex, qui serrait visiblement des mâchoires mais ne leva pas ses yeux du sol, elle attendit d'avoir l'accord silencieux de chacune et plus important, de celui des quatre membres de sa famille pour pouvoir annoncer « Qu'il en soit ainsi ! »


Sur la plage, bien éloignés des remparts qui fermaient Themyscira, les soldats du roi Cyrus étaient à l'œuvre. Les corps de leurs congénères n'avaient pas encore été brûlés qu'ils étaient déjà en train de construire des campements et des palissades entourés de tranchées, annonçant clairement leur intention de faire le siège de la ville aussi longtemps que nécessaire pour que les Amazones capitulent. Les habitantes de Themyscira, bien que consciente de ce qu'il se tramait de l'autre côté de la rive, ne s'en souciaient peu.

La nouvelle avait maintenant fait le tour de la ville que les deux princesses les plus jeunes partiraient dans les plus brefs délais à la recherche d'une ceinture que beaucoup ne prenaient que pour une légende, et qui devrait ramener la protection du dieu de la guerre sur elles.

Beaucoup d'entre elles s'étaient amassées devant l'ouverture secrète qui menait à la forêt, attendant le moment où elles pourraient dire un dernier adieu à leurs princesses, ignorant comme elles le pouvaient le fait qu'à l'autre bout de la ville, les bûchers funéraires étaient prêts à être enflammés, pour afficher un visage fier et brave.

Maggie, bien que personne ne le lui ait demandé, avait posté ses gardes tout autour des écuries pour laisser les princesses sceller leurs chevaux et se préparer au départ dans une paix relative, elle-même allant se poster avec la foule loin des écuries pour éviter une nouvelle crise de colère de la Générale.

Si la foule entière au bord de la palissade commençait à s'échauffer quelque peu, que ce soit à cause du départ et imminent sacrifice des princesses, l'ambiance aux alentours des écuries était paisible et calme, comme ignorant de ce qui allait suivre.

La famille royale était, dans une occasion qui se faisait trop rare, réunie au grand complet, et les gardes du corps d'habitude si présentes avaient été écartées des loges pour leur laisser un peu d'intimité.

Lexa avait sorti son cheval de sa loge, et le brossait soigneusement. Elle l'avait scellé et chargé de tout ce dont ils auraient besoin pour leur long voyage, et s'était même excusé tout bas de le faire repartir à l'aventure sitôt après être rentré, mais il s'était contenté de piaffer d'un air qu'elle avait pris pour de la satisfaction et une certaine excitation à partir qu'elle ne pouvait que partager avec lui.

Si la Commandante préparait son cheval avec minutie et sérénité, sa sœur ainée faisait les cent pas devant elle en grommelant à qui voulait l'entendre que c'était une mauvaise idée. Lexa connaissait bien le côté surprotecteur de sa sœur pour en avoir subi les répercussions maintes fois par le passé, mais n'avait jamais vu Alex dans un tel état d'angoisse, et devait reconnaitre que le propre tourment de sa sœur commençait à l'atteindre quelque peu.

« Et les mers, évite les mers ! Tu as attendu ce que cette vieille folle d'oracle a dit, il ne ratera pas une seule occasion de te détruire ! »

« Nous ne passerons pas par les côtés, nous prendrons la longue route pour joindre Argos, je te l'ai déjà dit »

« On ne sait jamais ! Evite les rivières aussi ! »

« Alex, tu ne t'es jamais inquiétée autant lorsque je partais en mission »

« Tu n'as jamais affronté Poséidon ! »

« Toi non plus et pourtant il sera là dans les hommes que tu affronteras sur la plage. »

Alex n'avait pas de réponse à cela, et allait qu'elle ruminait une énième recommandation fraternelle, Lexa avait lâché la bride de son cheval pour lui faire face, et attraper ses mains dans les siennes.

« Il faut que tu arrêtes de t'inquiéter. Tu vas devoir diriger l'armée contre tous ces hommes qui nous ont déjà causé tant de pertes, tu ne pourras pas le faire correctement si ton esprit est préoccupé par nous »

Alex fronça des sourcils.

« Mon esprit sera toujours préoccupé par vous deux. »

« Alex, je suis commandante de l'armée ! » protesta Lexa

« Et ma petite sœur, mon bébé de petite sœur ! » rajouta Alex « Tu as intérêt à revenir en un seul morceau sinon j'irai te chercher aux Champs-Elysées pour te corriger moi-même »

« Les Moires ne couperont pas mon fil de vie avant longtemps » sourit Lexa

« J'espère bien que non ! » lança une autre voix, avant que son propriétaire n'aille placer un bras rassurant autour des épaules trop tendues de la générale « Lexa, aucune mission, divine ou non, ne vaut ta vie. Nous n'avons pas besoin de la protection d'Ares pour gagner cette guerre, mais nous avons besoin de toi, vivante et en un seul morceau, tâches de t'en rappeler ! »

Emma avait son sourire en coin familier, mais il était fatigué et empreint d'une tristesse qu'elle ne parviendrait pas à dissimuler malgré ses plus grands efforts.

« Ma, si tu le penses, comment tu peux autoriser une chose pareille ? »

« Ça me déplait tout autant qu'à toi, mais on échappe pas à son destin. »

Alex souffla fort son désaccord, ce qui la faisait beaucoup ressembler au cheval que Lexa était maintenant en train de caresser sur l'encolure, mais aucune des trois n'avaient le cœur à en rire.

« Je refuse de croire que les dieux demandent le sang de mes sœurs pour sauver nos terres ! »

« Ce n'est pas ce qu'a dit la prophétie Alex ! » souffla Lexa

« C'est ce que j'ai entendu ! » rétorqua Alex

« Alexandra tes sœurs sont des hautes gradées militaires, et des princesses de sang de Themyscira. Tu ne peux pas les protéger éternellement » la raisonna Emma

« Elle a raison, Mère a besoin de toi ici Alex. »

La voix venait de Nikolae un peu plus loin, qui avait visiblement fini de discuter avec Regina à l'écart pour venir rejoindre ses sœurs et sa blonde de mère. Alex jeta un regard furieux à Nikolae, dont elle aurait bien eu besoin du soutien mais dont elle n'obtint qu'un sourire en coin.

« Et de toi non, peut-être ? »

« Oh je pense que vous vous débrouillerez très bien sans Lexa et moi. C'est toi la générale, c'est toi qui diriges cette armée, pas nous »

« Et qui va surveiller les recrues ? »

Lexa fronça des sourcils.

« Tu vas utiliser ça comme excuse ? »

« C'est tout aussi dangereux de rester ici » rajouta Nikolae « Il faut tenir les défenses, tu le sais, et il y a personne mieux que toi pour le faire. »

Alex regarda longuement les trois femmes qui l'encerclaient, et finit par baisser la tête, défaite. Elle n'arriverait pas à les convaincre de rester, et elle-même avait sa propre destinée à affronter.

« Où en sommes-nous ? »

Regina était apparue aux côtés de sa femme, et si la reine jeta un coup d'œil vers celle-ci, la blonde évita soigneusement son regard.

Alex ne se demanda pas pourquoi. Les yeux d'Emma semblaient emplis de larmes menaçant de couler à tout instant, et elle-même n'était pas loin de pleurer.

« Nous sommes prêtes Mère » répondit Nikolae

« Et votre route ? »

« Nous partirons ensemble, puis nous nous séparerons près de Maronée. » dit Lexa « Ce n'est qu'à cinq jours de cheval. Dix si il arrive quelque chose au cheval » rajouta-elle avec un regard en coin pour Nikolae

« Et pourquoi il arriverait quelque chose au cheval ? » demanda la rousse

Lexa lui répondit d'un simple regard sous-entendu, qui vexa la rousse au plus haut point.

« Je suis tout aussi bonne cavalière que toi ! »

« Sûrement meilleure même, mais sur un char » dit Lexa « Ici, tu vas parcourir des jours sur Deimos, c'est une autre affaire »

« Deimos ? » demanda Nikolae « Mais je ne prends pas Deimos ! Je prends Nephtys »

« Non Nikolae, Clea a scellé Deimos pour toi. » dit Regina « Tu pars dans le monde des hommes, ma fille, et chez eux les femmes ne montent pas à cheval. Tu ne prendras pas le risque d'y amener Nephtys, et de plus Deimos est un excellent endurant. »

« Mais Lexa prend son cheval elle ! »

« Alexandria est bien plus habituée au monde des homes que toi. Tu prendras Deimos, et ma décision est finale Nikolae. » dit Regina de sa voix de reine, qu'elle utilisait rarement en famille, et dans si c'était le cas, presque exclusivement avec Lexa

Nikolae, visiblement peu habituée à ce que la reine s'oppose à elle, avala visiblement sa langue sous le choc mais ne protesta pas.

« Si tout est prêt … » Regina fit un pas en avant, et posa une main sur l'épaule de ses deux filles. « Quoiqu'il arrive là-bas, n'oubliez pas que vous le faîtes pour Themyscira. Nous sommes fières de vous »

« Et nous vous aimons toutes les deux » rajouta Emma en faisant un pas en avant « Et nous compterons les jours jusqu'à votre retour »

Nikolae tourna la tête vers sa petite sœur pour lui sourire.

« Je serai rentrée bien avant toi, et rapidement. Si c'est moi qui trouve la ceinture, j'espère que tout ceci sera fini à ton retour »

« Je le souhaite, ma sœur » sourit Lexa

« Promettez nous d'être prudentes, toutes les deux » demanda Emma

« Je te le promets Ma » dit Nikolae

« Moi aussi. Et je promets de - »

« Lexa ! »

Interrompue par une voix qui lui semblait familière, Lexa tourna la tête pour voir Clarke, qui avait réussi sans trop qu'elle sache comment à négocier son entrée dans les écuries, se précipiter vers elles en courant, Abigail sur les talons.

Regina enleva sa main de l'épaule de Lexa pour lui permettre de s'écarter de sa famille, et la brune reçut sa meilleure amie dans les bras avec tant de force qu'elle faillit les cogner toutes les deux contre son cheval.

Clarke avait visiblement oublié tout protocole – n'ayant salué aucune des princesses et n'ayant montré aucun signe de respect entre Regina ou Emma – mais aucune d'entre elles ne lui fit remarquer, les soubresauts de la blonde contre l'épaule de Lexa trop déchirants pour être interrompus d'une quelconque manière.

« Tu pars ! Tu pars et je dois l'apprendre de Kyra ! »

« Je suis désolée » murmura Lexa contre l'épaule de Clarke « J'avais prévu de te dire au revoir au dernier moment, je voulais que ce soit le moins douloureux possible »

« Qu'est-ce que ça change si tu pars ? »

Elle avait raison, bien sûr. La douleur de se séparer de Clarke n'avait jamais été apaisée par un au revoir tardif, et encore moins quand elle partait aussi dans une mission aussi risquée que celle dans laquelle elle se lançait.

« Tu ne peux pas repartir ! »

« Tu sais bien que si. C'est ma destinée Clarke, tu dois avoir entendu la vérité maintenant qu'elle est sortie au grand jour »

Clarke hocha de la tête d'un air peu convaincu et Lexa se retint de poser une main contre sa joue pour y effacer les larmes qui menaçaient d'y dévaler.

« Je reviendrai » sourit bravement Lexa « Je reviens toujours. Et si la ceinture est là-bas, je la ramènerai chez nous et nous gagnerons cette guerre »

« Alors laisse-moi venir avec toi ! »

« Quoi ? » demanda Lexa

« Oui, quoi ? » répéta Alex derrière elle « Enfin, je veux dire, comment ? » se corrigea-elle vite en croisant le regard de sa mère

« Tu vas partir loin, et ton retour est essentiel pour Themyscira non ? » demanda Clarke, les yeux soudain brillant d'une nouvelle idée

« C'est vrai » acquiesça Lexa sans réellement comprendre

« Si je viens avec toi, tu auras à tes côtés la présence d'une guérisseuse, qui pourra soigner n'importe laquelle de tes blessures si tu devais en avoir, et te guider jusqu'au bon retour de la ceinture dans nos terres »

Si Lexa semblait réfléchir sérieusement à la proposition de la blonde, la mère de celle-ci derrière elle en paraissait horrifiée.

« Clarke tu n'y penses pas ! Il y aura mille dangers et monstres à affronter sur la route d'Alexandria ! »

« J'ai une formation de guerrière comme toutes les amazones Mère » rétorqua Clarke « Je suis tout à fait capable de reconnaitre les risques encourus, et de choisir de les affronter ! »

« Clarke. » intervint Emma « Ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Alexandria et Nikolae ne partent pas en voyage de plaisance, pour accomplir une prophétie qui étaient sur leurs têtes bien avant leur naissances, bien avant même nos naissances à nous. »

« Je le réalise parfaitement, Capitaine. Je ne veux que le succès de cette mission et la victoire de mon peuple sur ces étrangers, et je ne ferai qu'aider ma Princesse à accomplir ce pourquoi elle est née, je le jure ! »

Emma échangea un regard avec Regina, et ce qu'elle lu dans les yeux de sa femme du convaincre la reine de quelque chose, puisqu'elle fit un pas en avant vers sa fille pour poser une main sur son épaule.

« Alexandria, qu'en penses-tu ? »

Lexa jeta un regard à Clarke, qui attendait sa réponse avec impatience, puis à ses sœurs, qui contenaient comme elles le pouvaient des sourires amusés et des clins d'œil entendus, pour reporter ses yeux sur sa mère la reine.

« J'imagine qu'il serait utile d'être accompagnée de Clarke, qui connait bien mieux que moi toutes les herbes nocives ou bénéfiques de ce que la terre des hommes a à offrir, et qui ne peut que m'être d'une grande utilité dans ma quête. »

« Et moi tout le monde se fiche que je sois accompagnée d'une guérisseuse ou non … » murmura Nikolae tout bas, et Alex lui planta son coude dans les côtes pour qu'elle se taise

« Non ! Ma reine, toi qui es mon amie depuis toujours, interdit à mon enfant cette folie ! » supplia Abigail

Regina lui offrit un regard peiné, et nia de la tête.

« Je suis désolée Abigail, mais je ne vois aucune objection aux désirs de ta fille. Si Clarke désire accompagner Alexandria, je ne m'y opposerai pas. »

« Lexa, dis oui ! » supplia Clarke

L'offense d'avoir utilisé son surnom devant la reine et non l'appellation correcte passa complètement au-dessus de la tête de la plus jeune princesse tant que le regard de sa meilleure amie lui semblait désespérée.

« On va avoir besoin de toi ici … »

« Et toi tu auras besoin de moi là-bas ! » s'exclama Clarke « Ne me dis pas le contraire, je ne te croirai pas ! »

« Clarke ! Clarke, pense à - »

« Mère ma décision est prise ! » l'interrompit Clarke « J'accompagnerai ma Princesse, si celle-ci désire toujours de ma présence à ses côtés. »

Lexa ne fut pas longue à confirmer d'un hochement de tête, et Clarke poussa un petit cri ravi avant de filer à l'autre côté des écuries.

« Je vais faire sceller mon cheval ! »

Abigail regarda sa fille partir à grands pas, retenant difficilement un sanglot dans la gorge. Lexa évitait soigneusement de croiser son regard, tout comme la reine, mais Emma n'hésita pas à faire un pas vers sa vieille amie, et à passer un bras rassurant autour de ses épaules.

« Elles prendront soin l'une de l'autre, Abigail. Et Lexa ne laissera rien arriver à Clarke. »

La dernière phrase était directement adressée à sa plus jeune fille, qui prit les mots plus à cœur que ce que sa mère aurait pu imaginer.

« Alexandria » demanda la reine « Quel est ton dessein quant à votre route ? »

« Il faudra quinze jours pour l'aller, et quinze autre pour le retour. Nous serons revenues dans un mois environ » dit Lexa « Pour toi Nikolae, je pense qu'une dizaine de jours suffiront, si tu trouves rapidement la ceinture là-bas où la confirmation qu'elle n'y est pas. »

« Un mois ! » Alex fit un pas en avant, et attrapa les épaules de sa petite sœur avec force « Promets moi que tu seras rentrée dans un mois. »

La raison aurait du pousser Lexa à ne pas faire une promesse qu'elle ne pourrait peut-être pas tenir, mais les yeux de fous de sa sœur ne pouvaient être contrariés.

« Je te promets. »

« Et toi ! »

Alex lâcha Lexa pour se ruer sur Nikolae, et l'attraper de la même manière.

« Promets moi aussi »

« Si je ne suis pas rentrée dans les quinze jours, c'est qu'il me sera arrivé quelque chose » dit sérieusement Nikolae

La réponse n'avait pas l'air de satisfaire pleinement Alex, mais celle-ci n'insista pas.

Clea venait d'annoncer à la reine que le cheval de Clarke était scellé, agrément des sacs de voyage de la blonde et prêt à partir, ce qui pouvait presque laisser croire que la blonde avait prévu son coup bien avant de venir rejoindre la famille royale.

« Bien, dans ce cas-là, nous pouvons y aller. » dit Lexa

Regina et Emma embrassèrent leurs filles et les serrèrent dans leurs bras longtemps – la reine s'accordant dans son havre de paix privé un moment d'intimité précieux – et entrainèrent Abigail loin de Clarke pour laisser Alex faire de même, signalant aux princesses et à la guérisseuse qu'elles se retrouveraient toutes devant le portail de la ville.

Quand Alex eut embrassé ses sœurs et Clarke, et ses sœurs encore, et après qu'elles aient toutes les trois juré de se retrouver, Lexa annonça à contre-cœur qu'il était plus que temps de monter les chevaux, et de partir.

« Nikolae, tu n'oublies pas quelque chose ? »

« Oh tu voulais que je t'embrasse aussi, petite sœur ? » sourit Nikolae, les bras soudain tendus vers Lexa « Allez viens là, tu vas me manquer aussi »

« Non » répondit Lexa, impassible, ignorant les grandes embrassades sonores que distribuait maintenant sa sœur sur le sommet de son crâne « Je parlais de ton arc »

« Mon arc ? »

« Celui que tu as accroché à ta selle. Tu ne peux pas le prendre »

« Quoi ? »

« Les femmes ne sont pas archères dans le monde des hommes, tu te ferais remarquer beaucoup trop vite »

« Hors de question que je parte sans mon arc ! » protesta Nikolae

« Elle se fera remarquer de toute façon » remarqua Alex

Nikolae avait visiblement beaucoup de choses à répondre, mais n'en fit rien, laissant la gravité de la situation l'emporter sur son envie de taquiner sa sœur.

A grands regrets, elle tendit son arc à sa grande sœur et enfourna la selle de son cheval pour s'y poser avec le plus de grâce qu'elle le pouvait. Depuis le sol, Alex ne savait pas bien qui regarder le plus entre ses deux sœurs, essayant de graver le souvenir de leurs visages le plus longtemps possible, et Nikolae finit par lui rappeler qu'il lui fallait traverser toute la ville pour se retrouver aux remparts, et que si elle ne partait pas maintenant, elle ne pourrait leur dire ses adieux à la frontière de Themyscira.

« Elle a l'air soucieuse. Plus que je ne l'ai jamais vue auparavant. » remarqua la rousse une fois Alex partie vers les remparts au pas de course

« Et toi tu as l'air inconfortable. »

« C'est la première fois que je monte sur une selle. Comment les hommes font-ils pour tenir dessus ? C'est infecte »

« La selle est faite pour ton confort » soupira Lexa

« Tu en auras besoin pour ce long voyage » remarqua Clarke

Il y eut un moment de silence, où seuls les chevaux ne respectaient pas l'étrange contemplation dans laquelle les trois futures voyageuses étaient tombées, jusqu'à ce Lexa déclara d'un ton solennel qu'il était l'heure. Les trois cavalières lancèrent leurs chevaux au petit trot dans la ville, Nikolae et Alexandria en tête et Clarke derrière, et traversèrent les terres sacrées.

Les troupeaux entiers d'amazones qu'elles croisèrent s'inclinaient sur leur passage ou leur criaient mille paroles de chance et d'adieu, et Nikolae prit soin de faire hennir son cheval devant toutes les petites filles dans la foule qui les montraient du doigt. Arrivées devant l'ouverture secrète des remparts qui menait à la forêt, la dernière défense à franchir avant de rejoindre le monde des hommes, les cavalières stoppèrent leurs montres, et inclinèrent la tête devant la reine.

Le temps des adieux secrets maintenus révolus, Regina rappela quelle mission attendaient les deux princesses, avant de leur souhaite bonne chance sur leur route. Nikolae hocha humblement de la tête, mais Lexa regarda sa mère dans le blanc des yeux.

« Je n'ai jamais compté sur ma chance, ou le hasard. Ma vie est uniquement dictée par les trois Moires du destin. »

Regina sourit face à la remarque impertinente, et se retint de faire descendre sa plus jeune fille de son cheval pour la serrer dans ses bras une dernière fois. A côté d'elle, Emma bouillait derrière son masque sérieux et impassible, elle le savait, et Alexandra n'en menait pas plus large.

« Qu'Athena et Arès notre ancêtre veillent sur toi, Alexandria de Themyscira, ainsi que sur vous, Nikolae et Clarke. »

C'était un adieu dans une bénédiction aussi claire qu'elle pouvait l'être, et sur un mouvement de poignet de Regina, la bascule coulissa pour s'ouvrir sur la forêt qui entourait les abords des terres sacrées.

Les trois cavalières s'y engouffrèrent sans se retourner, le regard de la reine et de nombreuses habitantes de Themyscira sur elles. Lexa, Clarke et Nikolae s'éloignèrent de la terre des Amazones si vites qu'elles disparurent dans le nuage de fumée qui embrumait les bois sans même réaliser que derrière elle, la fumée des bûchers funéraires s'élevait déjà dans les cieux, et bientôt, elles avaient disparu.