Alors voici le dernier chapitre en date, assez conséquent également ! N'hésite pas à me dire ce que vous en pensez, ça me fait toujours très plaisir ! C'est un chapitre avec un peu plus de rebondissements, j'espère que ça vous plaira !

En attendant bonne lecture ! Je n'ai malheureusement pas le temps de répondre aux reviews, je le ferai dans le prochain chapitre !

Hermione Granger fut brusquement tirée du sommeil par un Drago Malefoy déjà à moitié habillé. Hermione grimaça mais ne protesta pas, s'extirpant du lit tout en s'habillant, une technique qu'elle avait appris à développer lors de sa longue fuite après la mort de Harry.

Assise au bord du lit, elle regarda à l'extérieur pensivement. Il y avait une épaisse couche de neige qui annonçait à Hermione que c'était bientôt Noël. Pourtant, il n'y avait rien de l'ambiance joyeuse des fêtes. Cela faisait maintenant deux ans qu'elle n'avait pas vraiment participé aux fêtes, qu'elle ne s'était pas sentie à Noël. Elle s'était bien risquée dans quelques villes moldues en cette période, bercée par les chants de Noël, illuminés par les décorations lumineuses des rues mais il y avait toujours cette peur au ventre qui l'empêchait de vivre sereinement, qui la faisait se retourner trop souvent pour vérifier qu'elle n'était pas suivie, qui la forçait à raser les murs et rester dans les coins sombres.

Elle vivait avec la peur permanente de tomber sur des rafleurs à cette époque-là. Ils étaient partout, affluaient même dans le monde moldu. Hermione ne savait pas comment ils s'y prenaient mais ils avaient un véritable don pour repérer les fuyards.

- C'est Noël aujourd'hui, Granger, dit Malefoy en nouant sa cravate avant d'enfiler un pull noir d'encre.

- Ah d'accord.

Elle ne savait pas trop pourquoi Malefoy lui disait cela. Parfois, il balançait une petite phrase anodine et Hermione ne savait pas trop ce qu'elle devait y comprendre.

- Je ne serai pas là ce soir. Je passe la nuit au manoir Malefoy, alors tu devras dormir dans ta cellule.

Hermione hocha de la tête. Elle n'était pas particulièrement enchantée à cette idée mais cela faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas dormi dans sa couchette qu'elle en avait presque oublié l'horreur. Enfin pas oublié, mais ses souvenirs étaient diminués, elle le savait. Demain, elle se rappellerait parfaitement pourquoi elle détestait cette fichue couchette.

- Tu aimais Noël fut un temps, dit Malefoy.

Face au miroir, il mettait de l'ordre dans ses cheveux.

Hermione avait fini par s'habituer à leur routine matinale, mais il lui avait fallu un long moment avant qu'elle ne trouve plus cela si bizarre que cela de le voir se préparer devant elle comme si de rien n'était alors qu'elle faisait de même.

- J'adorais ça. On ne voyait pas beaucoup nos parents à l'époque de Poudlard, et les vacances de Noël annonçaient nos retrouvailles, dit-elle avec un sourire nostalgique. Et puis, qui peut ne pas aimer les décorations de Noël, les cadeaux, la nourriture ?

Malefoy ricana. Oui, évidemment Malefoy était du genre à ne pas aimer toutes ces choses si agréables.

- L'ambiance n'est pas la même ici, mais vous avez le droit à un repas de Noël digne de ce nom cette année, dit-il avec un demi-sourire.

Hermione se demanda s'il se moquait d'elle, incapable de savoir si ce sourire annonçait un piège ou une véritable surprise de Noël. Incertaine, elle ne chercha pas à savoir. Elle n'avait franchement pas l'envie de se lancer dans une dispute avec Drago dès le matin.

Il y avait quelque chose de bizarre chez lui ce jour-là. Hermione ne posa pas de questions, mieux valait attendre le soir venu quand il était comme ça. Un sourire n'était pas toujours bon signe tout comme un froncement de sourcils n'était pas toujours de mauvaise augure avec Drago Malefoy. Elle avait fini par l'apprendre à ses dépens.

Elle passa la nuit dans sa cellule et se rappela ce qu'était le véritable froid, celui qui vous prenait jusqu'aux os, jusqu'à ce que chaque respiration soit difficile, comme si l'air gelait dans vos poumons. C'était un froid atroce qui vous empêchait de vous endormir sereinement et qui vous réveillait 20 fois dans la nuit tant il était prenant.

Il n'y avait plus de Malefoy pour l'accueillir dans son lit, et cette prison devint plus froide que jamais sans sa présence. Elle se demanda comment elle avait fini par comprendre que Malefoy apportait un peu de chaleur à sa vie. Quand est-ce qu'elle était arrivée à accepter que sa présence lui plaisait, que leur conversation n'était pas une simple obligation ni même un mauvais moment à passer.

Elle fut incapable de le savoir et s'endormit en se disant que finalement, ça n'avait pas grande importance.


Hermione frappa contre le panneau de bois qui la séparait de la chambre de Drago Malefoy. Elle était moins fatiguée que d'habitude, les gardiens leur avaient annoncé qu'ils avaient leur après-midi de libre. Les plus anciens, dont Fred faisait à présent partie, leur avaient expliqué que chaque année, le jour de Noël, leur après-midi était libérée. Voilà leur maigre cadeau ainsi qu'un repas plus consistant qu'à l'habitude.

C'était triste et ridiculement inutile mais tout le monde était heureux de pouvoir se reposer un peu plus que d'habitude. Hermione n'échappait pas à la règle. Elle avait passé le plus clair de son temps avec Fred dont elle ne se séparait plus depuis sa « fausse mort ». Hermione ne pouvait pas s'empêcher que Fred était increvable. Il avait échappé à la mort à Poudlard alors que tout le monde l'avait cru mort pendant deux ans, puis il avait frôlé de peu une mort atroce dans la prison Malefoy.

La porte s'ouvrit brusquement et Hermione manqua de tomber à la renverse.

Tenant la porte du pied, bouclant sa montre avec difficulté au poignet, les cheveux encore humides, Drago Malefoy se tenait devant elle. Mais il ne ressemblait pas au Drago qu'elle côtoyait depuis des mois. Non, celui-ci avait abandonné son uniforme habituel, le troquant contre un costume bleu foncé. Sa chemise blanche tranchait avec ce spectacle sombre et ses chaussures d'un noir brillant n'avaient plus rien à voir avec les rangers habituels.

Ce fut comme une vision du passé, une vision où aucun d'eux n'était enchevêtré dans un mélimélo de choix compliqués et inextricables, quand tous deux se sentaient forts et puissants, imbattables.

La bouche à moitié ouverte, elle resta là, le poing levé prête à toquer éternellement contre la porte qui s'était ouverte.

- Rentre, lui dit-il en parvenant enfin à boucler sa montre.

Elle obéit sans protester, incapable de décrocher son regard de cet être si lumineux et si sombre. Il n'avait jamais perdu de sa superbe, il ne s'y était jamais autorisé.

- Mais … Tu … Pourquoi, tu – enfin …

- Eh ben ! Granger qui bégaie, je n'ai jamais vu ça en une demi-vie, dit-il avec un ricanement sournois. Est-ce que tu aurais perdu ton intelligence, Granger ?

Elle fronça les sourcils, rougissant furieusement. S'il y avait bien quelque chose qu'elle n'aimait pas, c'était qu'on remette en question ses capacités intellectuelles et Drago le savait très bien.

- Pas du tout, dit-elle sèchement, le menton haut. C'est à cause du froid. J'ai la gorge enrouée.

Il leva les yeux au ciel, un sourire moqueur accroché aux lèvres. Son regard passa à un gris-orage, mais il n'avait rien de ce gris orage inquiétant qu'il avait parfois.

- Pas à moi, Granger. Pas à moi.

Elle détourna le regard mal à l'aise, ayant la brusque impression qu'il était dans sa tête sans même utiliser la légilimancie. Comme s'il savait qu'elle le trouvait à tomber.

Elle eut envie de se gifler.

- Je te subjugue, Granger ?

- Certainement pas, répondit-elle bien trop rapidement.

Il ricana mais eut la pitié de ne pas surenchérir. Hermione était certaine qu'elle aurait continué de s'enfoncer dans le ridicule.

- Pourquoi tu es habillé comme ça ? Tu vas quelque part ?

- ON va quelque part, appuya-t-il.

Hermione fronça les sourcils, perplexe. Elle n'était pas certaine de comprendre là où il voulait en venir.

- On va sortir ce soir.

- Quoi ?

- On va sortir, dit-il, un peu irrité. Je t'emmène quelque part ce soir.

- Mais … Je n'ai pas le droit de sortir, Malefoy, dit-elle faiblement.

Elle avait l'impression que le sol se rapprochait et s'éloignait aussitôt, soudain prise de vertiges, elle n'en croyait pas ses oreilles. Elle devait forcément mal comprendre quelque chose. Il ne voulait quand même pas dire … sortir de la prison ?

- Les gens comme moi n'ont pas le droit de sortir, dit-elle à demi-voix.

- C'est moi qui décide de tout ici. Si j'ai envie que tu sortes, Granger, tu sors. Personne n'a à le savoir.

- Mais tu n'as pas peur que je m'enfuis ?

- Je devrais ?

C'était déjà un exploit qu'il ne lui fasse pas regretter d'avoir simplement envisagé cette hypothèse. Son ton s'était un peu durci et il jaugeait Hermione d'un air sombre.

- Non ! Non, mais ce serait légitime de ta part d'avoir peur que je m'en aille. Je crois.

Il se rapprocha un peu et Hermione se força à ne pas reculer. Qu'elle s'éloigne de lui, c'était ce qui le mettait souvent plus en colère qu'il ne l'est déjà. Il le lui avait dit : « Ne me fuis jamais. Il n'y a rien qui me mettra plus en colère ». Elle frissonna.

- Ne t'inquiète pas, Granger, j'ai mon plan pour éviter ce genre de possibilité.

Il avait un sourire bizarre mais Hermione n'arrive pas à savoir ce qu'elle devait comprendre.

Elle passa une main dans ses cheveux qui avaient encore un peu poussés, ils arrivaient plus bas que son menton maintenant et elle avait moins l'air d'un garçon. Elle se rappela alors sa tenue.

- Mais je ne peux pas sortir comme ça, dit-il, une boule dans la gorge.

Avec ses vêtements crasseux et ses boots hideuses, elle n'avait pas vraiment envie de sortir.

- Tu ne vas pas te promener en sac poubelle à côté de moi, Granger, dit-il avec un air hautain et Hermione le fusilla du regard. Je t'ai trouvé des vêtements, ils sont dans la salle de bain. Dépêche-toi, je t'attends. On a une réservation au restaurant alors ne nous mets pas en retard.

Au restaurant. Hermione hallucinait tout bonnement.

Bêtement et un peu gauche, elle se cogna contre une commode avant d'entrer dans la salle de bain. Elle tourna le loquet et se laissa glisser contre la porte avec un long soupir. Les mains dans ses cheveux, les yeux écarquillés, elle n'arrivait pas à se sortir Drago de la tête. Son image était imprimée dans son esprit, elle le voyait aussi bien que s'il était face à elle.

- Dépêche, Granger ! entendit-elle de l'autre côté de la porte.

Elle se leva et attrapa les vêtements qui attendaient près du lavabo. C'était une robe aussi rouge qu'une rose et Hermione rougit.

Hermione sauta dans la douche, se lava aussi vite que possible, c'est-à-dire en deux minutes (elle avait appris à aller vite dans cette prison où l'eau chaude n'existait pas) et en sortit rapidement, se sécha pour finalement jeter un nouveau coup d'œil aux vêtements qui l'attendaient patiemment. La robe rouge.

Elle n'était pas du genre à mettre des vêtements aussi osés, aussi … remarquables. Il y avait une paire de collants noirs qu'elle enfila maladroitement. Elle enfila la robe et regarda son reflet dans le miroir. Le rouge et le noir tranchaient l'un avec l'autre et sa peau pâle finissait de faire étinceler le rouge de la robe. Elle mit un peu d'ordre dans ses cheveux qui bouclaient assez docilement tant qu'elle avait les cheveux mouillés.

Son reflet lui fit un effet bizarre. Elle ne s'était pas vue comme ça depuis … depuis très longtemps. Depuis Poudlard au moins. Après il y avait eu la guerre, et il n'y avait rien de plus confortable qu'un pantalon confortable et rarement élégant et un sweat pour courir quand on était pris en embuscade par des rafleurs.

Et dire que c'était Drago qui lui avait choisi ces vêtements. Ça lui faisait un effet bizarre, de se dire qu'il avait fait l'effort de dégoter des vêtements pour elle, qu'il avait réfléchi à ce qui lui irait. Elle rougit dangereusement, repensant au Serpentard qui l'attendait de l'autre côté de la porte.

Il l'emmenait au restaurant. Pourquoi ? Pourquoi voulait-il faire ça pour elle ?

Réfléchis, imbécile, tu n'es pourtant pas si stupide d'habitude ! pensa-t-elle.

Le visage de Drago lui revint à l'esprit, et c'est presque si elle pouvait voir ce regard gris si envoutant dans le miroir. Elle frissonna. Pourtant elle n'avait pas froid.

- Réveille-toi, Hermione, c'est la fouine ! Un foutu Serpentard !

Elle grimaça, se sentant prise au piège par elle-même alors qu'elle était renvoyée quelques années en arrière, se morigénant de la même façon au mot près. Elle se sentit bête de le qualifier de fouine à nouveau. C'était ridiculement stupide maintenant, ridiculement niais dans ce monde en guerre. Ridiculement scolaire.

Elle enfila la paire de derby qui était étonnamment à sa taille et elle rejeta la question qui la taraudait au fond de son esprit.

Elle se sentait bizarrement ridicule dans cet accoutrement, alors qu'elle portait cette tenue affreuse depuis des mois. C'était devenue la norme, et se voir apprêtée de cette façon lui donnait l'étrange impression d'être un chien de cirque.

Elle osa un nouveau regard dans le miroir, s'obligeant à s'observer. A accepter qu'elle était cette fille-là, qu'elle n'était pas la petite chose malheureuse et fragile qui flottait dans sa tenue de prisonnière. Elle était Hermione Granger.

Elle se sourit dans le miroir mais ça ressemblait plus à une grimace.

Avec un profond soupir, elle passa la porte. Malefoy était là, l'attendant dans un fauteuil, jouant avec sa baguette. Elle tomba bruyamment par terre. Elle se sentit mal à l'aise quand ses yeux bleu-gris la jaugèrent de haut en bas.

- J'avais oublié à quoi tu ressemblais avant, dit-il dans un souffle.

Hermione frissonna. Pourquoi disait-il ça ? Pourquoi était-il si perméable aujourd'hui ?

Il se leva, enfilant son manteau et tendit une veste à Hermione.

- Mets ça. Il fait froid.

Hermione attrapa le vêtement d'une voix tremblante et s'exécuta. Il attrapa son poignet délicatement et y chercha la croix toujours invisible. Hermione ne releva pas bien qu'elle n'aimait pas sa façon de s'assurer de sa « loyauté ». Il regrettait ce qu'il lui avait fait subir, elle le savait, mais ça ne l'empêchait pas d'utiliser sa marque. La main de Malefoy glissa dans la sienne et elle fut un peu surprise.

Il n'avait jamais marqué la moindre marque d'attention lorsque la lumière était allumée, quand il n'y avait pas de couverture pour cacher son acte. Etrange. De plus en plus étrange.

- Une dernière chose, Granger. Une fois dehors, tu ne devras pas me lâcher la main. Histoire d'être sûr que tu ne vas pas t'échapper. Autrement, je pourrais croire que tu essaies de fuir.

Il avait un sourire moqueur et Hermione le fusilla du regard :

- Bien sûr, toujours des fourberies, ça ne devrait pas m'étonner de toi, dit-elle avec un reniflement suffisant qui fit ricaner Malefoy.

Il sortit une flasque de la poche intérieure de son manteau et l'entraina vers la cheminée. Il lâcha sa main pour déboulonner le bouchon et y versa de la poudre. Aussitôt, les flammes rugirent et passèrent au vert dans la cheminée. De la poudre de cheminette. Et dire que Hermione n'y avait même pas pensé, elle aurait peut-être pu s'échapper de cette façon, dénicher de la poudre de cheminette dans la chambre pendant que Drago dormait … Mais elle était certaine qu'il était suffisamment intelligent pour ne pas en laisser trainer.

Autoritaire, il attrapa sa main et la serra plus que de raison.

- Allons-y.

Ils entrèrent dans les flammes et il tonna :

- Londres, Oxford Street.

Le feu rugit de plus belle et ils disparurent dans les flammes.

Hermione fut violemment projeté hors de la cheminée. Elle heurta le sol et se redressa en vitesse, essuyant une quinte de toux qui lui brûlait les poumons. Elle n'avait jamais été très douée avec la poudre de cheminette. Malefoy, lui, sortait élégamment de la cheminée et elle se sentit d'autant plus ridicule. Elle se redressa, époussetant rapidement sa robe, rouge de honte.

- C'est comme ça que je sais que tu viens de chez les moldus, se moqua-t-il.

Hermione lui fit une grimace digne d'un enfant de 8 ans, coite.

Il ne t'a pas traité de sang de bourbe. Etrange. De plus en plus étrange, pensa-t-elle.

Il pointa sa baguette sur elle et un récurvite eut raison de la poussière qui s'était installée sur ses vêtements.

Hermione prit enfin le temps de détailler l'endroit où elle se trouvait. C'était visiblement une bibliothèque plongée dans la pénombre, seulement éclairée par les lumières extérieures et Hermione sentit son corps se réchauffer. Ça avait tout l'air d'être une bibliothèque moldue, les livres ne semblaient pas dater d'il y a quatre siècles, étaient bien moins épais et les meubles moins vieillots, mais Hermione aimait cette ambiance qu'elle n'avait plus la chance de connaitre. Elle aimait l'odeur des livres, le calme plat qui régnait dans les rayons.

Sans réfléchir, elle s'approcha d'une étagère, caressant du bout des doigts les livres qui y étaient rangés. Elle remarqua à peine le mouvement rapide de Malefoy qui s'était rapproché comme si elle avait tenté de fuir.

- Je ne vais pas m'enfuir, Drago, dit-il si doucement qu'elle pensa que seule les livres auraient pu l'entendre.

- Tu me pardonneras de ne pas te croire, dit-il sombrement. N'importe qui de saint d'esprit essaierait de s'échapper ce soir.

- Alors pourquoi me faire sortir de la prison ?

Elle avait détaché son regard des livres pour sonder Drago qui l'observait avec une étincelle dans le regard.

- Tu n'es pas contente d'être là ? dit-il froidement. Parce qu'on peut toujours rentrer si tu le veux.

- Ce n'est pas ce que je dis. Tu n'aurais pas pu me faire plus beau cadeau.

Elle sourit tristement, éloignant sa main des livres.

Au fond c'était un beau cadeau mais il était empoisonné. Le manque de liberté serait d'autant plus cruel demain mais elle s'efforça de ne pas y penser.

- Les livres, ça me manque, dit-elle finalement en voulant percer la bulle de tension qui commençait déjà à naitre entre eux.

- Je n'en doute pas. Tu n'as plus la bibliothèque quatre étages en-dessous de toi comme à Poudlard, dit-il en l'attrapant impérieusement par la main.

Hermione frissonna. Elle ne savait pas si elle était mal à l'aise ou ravie et cela l'effrayait.

- La bibliothèque de Poudlard me manque aussi.

- A moi aussi. Allez, on y va. On n'a rien à faire dans cette bibliothèque.

Il n'avait pas tort. Il était déjà 20h00, la bibliothèque était fermée depuis longtemps. Elle suivit Malefoy, disant silencieusement au revoir à cet endroit qu'elle aimait déjà. D'un sortilège, il ouvrit la porte et la referma sans que le système d'alarme ne se mette en route.

Là dehors, c'était incroyable. Hermione savait que c'était Noël mais elle ne se rappelait pas de ce que cela impliquait. On n'était le 26 décembre et les boutiques avaient rouvertes, exposant toujours leurs belles vitrines de Noël toutes mieux décorées les unes que les autres. Les illuminations multicolores baignaient la rue commerçante dans un halo lumineux flashy. La neige couvrait les toits et avait été retiré sur les trottoirs pour laisser aux passants le loisir de lécher les vitrines qui n'attendaient que d'être dévalisées.

C'était l'une des plus grosses rues commerçantes de Londres, les parents de Hermione l'avaient déjà emmenée plusieurs fois pour les fêtes afin de faire leurs emplettes de Noël. Hermione pensait ne jamais revoir cet endroit.

Malgré cette période de fêtes, il y avait beaucoup de monde dans les rues, qui collaient leur nez au vitrine à la recherche d'un nouveau cadeau à acheter maintenant que les promos étaient lancées.

- C'est magnifique.

- Je savais que ça te plairait.

Hermione le regarda. Il n'y avait aucune moquerie, aucun sourire narquois sur son visage. Lui aussi détaillait la rue.

- Je pensais que tu n'allais pas trop dans le monde moldu, dit-elle finalement en se rappelant que cette rue n'avait rien de sorcière.

- Je n'y vais pas. Mais on ne peut pas aller là où on risquerait de te reconnaitre.

Hermione ne dit rien. C'était comme un contrat tacite entre eux. Ils savaient tous les deux qu'ils n'avaient pas le droit d'être là, encore moins ensemble. Mais c'est comme s'ils étaient leur monde à eux deux, comme s'il n'y avait rien d'autre qui pouvait les empêcher de vivre, comme s'il n'y avait qu'entre eux qu'ils pouvaient se montrer véritablement.

Et ce qui rassurait chacun d'eux, c'était de savoir que l'autre n'avait aucun intérêt à en parler car il risquait sa vie. Si Malefoy parlait, il serait renié par le Lord et sans doute tué, si elle, parlait, elle partagerait sans doute le même destin funeste.

Hermione pressa la main de Malefoy dans la sienne et il lui rendit son étreinte. Elle lui sourit et il la regarda comme s'il ne l'avait jamais vu sourire.

Ils longèrent la rue commerçante, Hermione s'émerveillant devant toutes ces choses qu'elle n'avait pas vu depuis une éternité. Malefoy était silencieux, dévisageant tous ceux qui les effleuraient et Hermione ne savait pas si c'était parce qu'il avait peur de croiser quiconque pourrait les reconnaitre ou si c'était parce qu'il haïssait tous ces moldus. Elle ne posa pas la question. Tous deux savaient très bien qu'ils n'étaient pas du même monde, qu'ils se détestaient pour ce qu'ils étaient, tout comme ils … s'appréciaient pour cela.

Un peu mal à l'aise au début, Hermione entreprit d'apprendre à Malefoy la fonction des objets moldus vendus dans les vitrines. Celui-ci écoutait sans un mot, mais il ne la rembarra pas et Hermione apprécia cela. Elle savait qu'il n'en avait rien à faire des bricoles moldues, qu'il détestait tout ce qui se rapportait à eux, mais il ne lui fit pas savoir. Il écoutait attentivement.

Les vitrines étaient remplies d'objets high-tech incompressibles pour Drago, et Hermione ne manquait pas de conversation. Elle lui expliqua ce qu'était une PlayStation, un ordinateur portable, et un téléphone, ainsi que le téléphone portable, à quoi servait une télévision et un magnétoscope, ainsi que l'utilisation de l'électricité.

- Tu ne t'arrêtes jamais de parler, hein, Granger, soupira-t-il finalement.

Hermione haussa des épaules, un sourire jouant sur les lèvres. Elle avait froid, le nez rouge et les oreilles en feu, mais elle ne voulait pas rentrer. Elle ne voulait pas quitter cette rue si chaleureuse, si loin des murs ternes de la prison, si loin de l'odeur de brûlé bizarre et des gardiens trop violents.

Là devant la vitrine d'un magasin pour enfants, ils observaient un jouet lumineux en silence, chacun plongé dans ses pensées.

- Une petite photo, messieurs-dame, seulement quatre livres !

Hermione sursauta presque en entendant l'homme qui s'était approché d'eux, braquant un polaroid sur eux. Il avait un fort accent italien et un sourire édenté. Il faisait presque peur à voir. Malefoy le regarda de haut en bas avec sa suffisance naturelle et Hermione lui mit un coup de coude dans les côtes.

- Non, ça ira, monsieur, nous ne sommes pas intéressés, dit gentiment Hermione avec que Malefoy n'ouvre la bouche pour l'insulter.

- Oh des beaux amoureux comme vous, ça mérite bien une photo, non ? insista le monsieur en roulant les R.

- N…

- Allez-y.

Hermione crut à une hallucination. Elle imaginait mal Malefoy accepter d'être pris en photo par un vieux moldu et encore moins avec elle. Les yeux ronds, elle le regarda alors qu'il se positionnait correctement à côté d'elle. Tenant toujours sa main, il la lâcha pour passer une main dans son dos et elle frissonna une nouvelle fois.

Il fallait qu'elle arrête. Qu'elle arrête de réagir ainsi à chaque contact de Drago, c'était malsain.

Le photographe recula de quelques pas, souriant et leva l'appareil. Un peu maladroitement, Hermione passa une main dans le dos de Drago et fit un sourire des plus naturels possibles. Là sous un lampadaire, le nez rouge et les joues fraiches, habillés de rouge et de noir, le flash s'activa bruyamment. Aussitôt une photo sortit de son appareil et l'italien la secoua généreusement pour faire apparaitre l'image.

- Et voilà pour vous, messieurs-dame, dit-il avec nouveau sourire tout en tendant une main pour récupérer ses 4 livres.

A la grande surprise de Hermione, Drago sortit de l'argent moldu de sa poche et lâcha un billet généreux au photographe qui n'en revenait pas. Il ne protesta pas, remerciant généreusement son donateur alors qu'il venait de lui donner pas moins de 50 livres pour un polaroid qui n'en valait pas plus de deux.

- Tu lui as donné beaucoup d'argent pour pas grand-chose, fit remarquer Hermione quand le photographe fut parti.

- Tu crois vraiment que j'ai des problèmes d'argent, Granger ? se moqua-t-il en levant la photo à hauteur de ses yeux.

Hermione tendit le cou pour observer la photo. Elle n'était pas si horrible que cela.

Hermione se prit à rêver. Cette photo leur donnait l'impression de vivre dans un monde normal, un monde où elle n'était pas une pestiférée et lui n'était pas son bourreau. Un monde où ils pouvaient vivre en paix sans risquer leur vie simplement pour une histoire de sang. Ils auraient pu être un joli couple là-dessus.

Hermione se gratta nerveusement le poignet.

Elle fréquentait bien trop Malefoy ces derniers temps, il était bien trop gentil, bien trop clément, bien trop tactile et Hermione savait que cela signifiait quelque chose. Il y avait quelque chose qui changeait chez Malefoy. Et pire, il y avait quelque chose qui changeait chez elle.

Il glissa la photo dans sa poche.

- On ferait mieux d'aller au restaurant maintenant.

Hermione hocha de la tête, un peu fébrile. Ils marchèrent quelques minutes avant d'arriver devant un restaurant qui avait l'air bien trop luxueux pour Hermione.

Malefoy l'entraina à l'intérieur et elle le suivit timidement. Il n'avait toujours pas lâché sa main. En voyant l'air inquiet du serveur lorsque Drago lui demanda sa table, Hermione se rendit compte que Drago dégageait toujours la même froideur. Elle avait fini par ne plus la remarquer, identifiant différent niveau de chaleur chez lui qui ne montait jamais plus haut que -18°C.

Ils furent conduits à une table à l'écart des autres, dans une alcôve. Le restaurant était très joli, Hermione n'aurait pas pu dire le contraire. Elle commanda un plat de lasagnes et Malefoy commanda quelque chose dont elle ne connaissait même pas le nom. Ça devait sans doute être très raffiné et excessivement cher.

Elle n'avait pas tort, Drago reçut un plat ridiculement sophistiqué, avec un morceau de viande en sauces et quelques légumes tout autour alors qu'elle reçut une assiette de lasagnes monstrueuses. Hermione essayait de manger le plus délicatement possible face à un Drago capable de manger sans avoir la moindre tâche. Elle, n'avait pas besoin de se voir dans un miroir pour savoir qu'elle devait avoir de la sauce tomate tout autour de la bouche.

- Très raffiné, Granger, dit-il avec petit rire moqueur.

Elle leva les yeux au ciel, tamponnant dignement sa bouche.

- Moi au moins, je n'ai pas trois brocolis qui se battent dans mon assiette, Drago, dit-elle avec un air suffisant digne d'un Malefoy.

Il rit. Il rit vraiment, pas un de ces bruits moqueurs et froids et Hermione en fut soufflée. Elle ne l'avait jamais vu lâcher prise, si on pouvait appeler lâcher prise le simple fait de rire.

Ils finirent leur repas et Hermione se sentait triste. Elle savait que l'heure de rentrer approchait. Elle allait retrouver cette prison qui était à présent sa maison. La gorge un peu serrée, elle ne s'en plaignit pas à Drago. Il lui faisait déjà une faveur exceptionnelle en lui autorisant une sortie et elle n'osait imaginer ce qu'il risquait si on l'apprenait.

Il paya l'addition et Hermione n'y prêta même pas attention. Ils sortirent et Drago l'entraina dans la rue à présent déserte. Il devait être tard, les illuminations ne paraissaient plus si chaleureuses maintenant qu'il n'y avait plus personne.

Main dans la main, ils marchaient en silence. Drago se retourna plusieurs fois en fronçant les sourcils et Hermione fit de même.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle en ne voyant rien de particulier derrière elle.

- Rien.

Mais Hermione ne le croyait pas, il avait l'air tendu. Ils étaient juste devant la bibliothèque par laquelle il était arrivé quand il se figea. Hermione fronça les sourcils alors qu'il regardait devant lui, l'air de réfléchir. Il dégaina sa baguette et lâcha sa main.

Il la regarda un long moment avant de lui dire :

- Attends-moi là, Granger. Je reviens. Je vais vérifier que tout est normal.

Et il laissa Hermione là, entrant dans la bibliothèque, baguette tendue. Hermione resta pantelante, incapable de faire le moindre mouvement, les pieds vissés dans le sol. Elle fixait l'horizon qui s'étendait devant elle. La liberté. Elle pourrait fuir, là maintenant.

Elle pouvait partir et ne plus jamais le revoir, ne plus jamais revoir cette foutue prison. Elle tourna la tête, cherchant ce qui avait pu inquiéter Malefoy derrière eux mais il n'y avait rien.

Pourquoi la laisser là ? Pourquoi ? Il l'avait dit lui-même, ce serait fou de ne pas essayer de fuir dans sa situation, alors pourquoi ne courait-elle pas ? Est-ce que c'était un piège ? Est-ce qu'il voulait la voir fuir pour mieux la détruire en la rattrapant ?

Elle regarda à l'intérieur de la bibliothèque mais elle n'y voyait rien.

Une main se posa sur son épaule et elle fut tirée dans la ruelle adjacente.

- Lâchez-moi ! protesta-t-elle.

Elle se retourna et manqua de défaillir. Là, il y avait George Weasley et Neville Londubat. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Neville l'attrapa et la serra dans ses bras avec désespoir.

- On ne pensait jamais te revoir, souffla-t-il.

- Mais … qu'est-ce que vous faites là ?

- On n'a pas beaucoup de temps, on est venu te libérer.

- Me … mais comment saviez-vous que j'étais en vie ? Et puis je croyais que vous étiez morts ou partis !

- On a reformé l'ordre du phénix avec quelques partisans. La lutte doit continuer, Harry n'aurait pas voulu qu'on abandonne, dit durement Neville.

George à côté de lui, regardait dans la rue pour vérifier qu'il n'y avait personne pour les voir. Il avait l'air aussi fatigué que deux ans auparavant.

- Mais comment avez-vous su que j'étais là ? Et …

- On n'a pas le temps, insista Neville. On doit partir maintenant avant qu'il ne revienne.

Malefoy, il parlait de Malefoy. Hermione regarda George. Elle ne pouvait pas abandonner Fred là-bas. Devait-elle dire à George qu'il était toujours vivant ?

- Je ne peux pas partir.

- Pourquoi ? pressa George. C'est ton unique chance de t'en sortir et on a besoin de toi pour s'organiser. On a déjà réussi à faire tomber une prison de nés-moldus, mais sans toi …

Hermione ne pouvait pas abandonner Fred. Elle ne pouvait pas. Il lui en voudrait, il ne lui pardonnerait pas sa trahison. Elle ne pouvait pas fuir sans se retourner, sans un au revoir. Elle ne pouvait pas alors qu'elle était devenue si proche de lui. Elle en était tout simplement incapable.

A cet instant précis, elle comprit.

Elle comprit que ce n'était pas Fred le problème. Ce n'était pas Fred qu'elle ne voulait pas trahir, qu'elle ne voulait pas quitter.

Quelque chose péta dans la bibliothèque.

- On doit y aller, Hermione, la pressa Neville. Viens avec nous, je t'en prie.

Il y avait un bruit assourdissant qui émanait du bâtiment à côté d'eux, mais Hermione ne paniquait pas. Pas encore.

- Il va te détruire, dit sombrement George. Viens !

Une vitre se brisa et Neville attrapa George par le bras.

- On n'a plus le temps, souffla-t-il.

- Je suis désolée, je ne peux pas.

Hermione lui sourit. Et ils disparurent.

Hermione était encore dans la ruelle à l'odeur de poubelles quand Drago déboula dans la ruelle.

- Tu es là, dit-il à bout de souffle.

Hermione n'arrivait pas à déterminer s'il était en colère ou simplement soulagé. Baguette en main, il regardait tout autour de lui à la recherche d'un ennemi potentiel.

- Que s'est-il passé ? s'étonna faussement Hermione qui se doutait bien que Neville et George avaient dû déployer quelques pièges dans la librairie pour le maintenir si longtemps à l'intérieur.

- Rien de grave, dit-il vaguement.

Il se rapprocha et attrapa impérieusement sa main. Hermione lui rendit son étreinte avec un demi-sourire ne prêtant même pas attention à la violence de son geste, bien trop perturbé par ce qui venait de se passer. Elle avait le cœur au bord des lèvres. Elle n'avait pas eu d'aventure si palpitante depuis des années. L'idée de pouvoir s'échapper lui donnait des ailes et en même temps …

Elle osa un regard vers Malefoy qui reprenait toujours son souffle, les cheveux en bataille.

- Tu aurais pu partir. Pourquoi tu ne l'as pas fait, Granger ? dit-il un peu sèchement, comme s'il lui en voulait presque.

Elle ne répondit rien un long moment, serrant sa main dans la sienne et quand elle parla, elle crut qu'elle allait vomir son cœur par terre.

- Parce que je n'en avais pas envie, Drago.

Et les choses lui semblaient plus réelles encore maintenant qu'elle était dans cette ruelle, main dans la main avec son ennemi de toujours, son bourreau. C'était comme si cette bulle protectrice qu'elle avait érigé autour d'elle, dissimulant les sentiments qu'elle ressentait pour lui, avait éclaté aux quelques mots qui venaient de passer la barrière de ses lèvres.

Tout était bien trop réel.

Elle n'avait pas quitté son Enfer pour rester avec lui.

Qu'avait-elle fait ?

Il la jaugea un long moment. Au moins une minute avant de finalement l'attraper dans ses bras. Hermione crut un moment que c'était pour l'étreindre au point de l'étouffer mais il la serrait simplement dans ses bras, une main perdue dans ses cheveux, le menton sur son crâne. Elle resta un instant les bras ballants avant de refermer ses bras autour de son bourreau.

Ce bourreau qu'elle avait refusé de quitter quelques minutes plus tôt, ce bourreau qu'elle devrait détester et qui pourtant faisait chavirer son cœur quand il la serrait dans ses bras. Elle ferma les yeux, essayant de ne pas penser au millier de raisons qu'elle avait de le haïr de toutes ses forces, de rejeter son étreinte et de le quitter sans un regard en arrière.

Mais son cœur lui rappelait toutes ces nuits passées ensemble, ces fois où il avait attrapé sa main dans l'obscurité et ne l'avait plus lâché. Son cœur lui rappelait quand il avait sauvé Fred de la mort à sa demande malgré la rancœur qu'il avait contre elle, quand il l'avait nourri, quand il l'avait sorti de certains mauvais pas.

Elle le serra plus fort encore sans trop savoir si c'était de peur ou d'autre chose.

- Tu es complètement folle, Granger, murmura-t-il.

Oh oui. Folle de toi. Elle ferma les yeux plus fort encore.

Dans quoi s'était-elle encore embarquée ?

Avait-elle vraiment eu besoin que ses amis viennent lui proposer de la sauver de cette prison de malheur pour se rendre compte qu'elle ne voulait pas le quitter lui ? Elle n'arrivait pas à croire cela possible.

C'est pour Fred que tu restes. Pas pour Malefoy.

Mais pouvait-elle vraiment se faire berner par elle-même avec une telle excuse alors qu'elle serrait désespérément Drago Malefoy dans ses bras ?

Drago s'écarta un peu d'elle, attrapant son visage entre ses mains, la regardant profondément.

Là dans cette ruelle qui sentait la poubelle, à peine éclairée par un lampadaire trop lointain, Hermione ne parvenait pas à s'échapper de ce regard bleu-gris.

- Tu sais ce que ça veut dire tout ça, Granger ?

Elle ne dit rien, ne bougea pas, incapable de penser correctement.

- Est-ce que tu comprends ce que tout ça signifie ? Pourquoi je t'emmène ici ? dit-il doucement.

Mais qui était cet homme ? Où était le Drago Malefoy incapable de dire ce qu'il pensait, encore moins ce qu'il ressentait ? Qui était ce garçon qui lui parlait si doucement, avec une telle chaleur dans la voix ? Qui lui suggérait quelque chose qu'elle n'avait même pas osé imaginer ?

- Tout ce qui compte, c'est que tu le saches. Ne l'oublie pas. Rappelle-toi de ce soir, peu importe ce qui se passe.

Il se pencha sur elle et ses lèvres froides comme l'hiver se posèrent doucement sur son front. Hermione était électrisée par ce soudain contact. Drago l'embrassa sur la tempe, puis la joue.

- N'oublie jamais, Granger. Jamais.

Et ses lèvres glissèrent doucement jusqu'à sa bouche et il l'embrassa délicatement. Hermione sentit à peine ses lèvres s'écraser sur les siennes. Quand elle se rendit compte de ce qui venait de se passer, Drago avait déjà reculé, ses mains n'encadraient plus son visage. Il avait pris sa main, la serrant doucement dans la sienne sans la regarder.

Et Hermione avait le cœur au bord de l'explosion alors que le soudain contact sur sa bouche la brûlait. Il l'entraina dans la bibliothèque qui dégageait une vague odeur de brûlé. Elle ne résista pas lorsqu'ils entrèrent dans la cheminée, ses pensées étaient ailleurs. Son esprit était vide. Elle ne pouvait pas détacher son regard de devant elle.

Hermione se déshabilla sans y penser, enfilant son pyjama, toujours brûlée par ce contact sur sa bouche. Drago n'avait pas fait le moindre commentaire et s'était déjà glissé dans le lit.

Les paumes fixées sur le rebord du lavabo, elle ne pouvait détacher son regard de son reflet. Elle avait l'impression de voir une étrangère dans ce miroir. Comme si elle, Hermione Granger, valeureuse Gryffondor, n'existait plus depuis qu'elle avait osé mettre un nom sur son sentiment à propos de Drago Malefoy.

Distraitement, elle gratta son poignet qui la démangeait et remarqua soudainement l'étrange ombre qui y apparaissait : une croix. Elle leva son poignet si rapidement au niveau de ses yeux que son coude craqua. Elle n'était pas encore très visible, ça pouvait passer pour une marque de bronzage … attrapée en pleine hiver.

- Oh non, souffla-t-elle.

Il ne fallait absolument pas que qui que ce soit la voit. Et surtout pas Drago.

Seul Merlin savait quelle réaction il pouvait bien avoir en se rendant compte que son sortilège venait d'être activé.

- Oh non, répéta-t-elle dans un soupir.

Elle éteignit la lumière et rejoignit le lit. La lumière était déjà éteinte. Aucune chance que Malefoy ne voit la marque.

Les yeux clos, elle attrapa la main de Drago sous la couverture, se trouvant un courage insoupçonné. Drago ne la rejeta pas et elle profita de cet instant.

Elle profita de cette soirée où elle avait pu être une fille normale, en paix, loin de cet enfer. Loin de ses soucis, loin de la colère de Drago Malefoy qui ne tarderait pas à la rattraper pour une raison quelconque.

Oui. Ce soir, elle avait le droit à un semblant de bonheur. Elle refoula ses peurs et ses regrets tout au fond de son esprit, et s'endormit.