Le jeune faon qu'elle avait atteint de sa lance s'agitait inutilement quand Lexa s'agenouilla devant lui, et tira sa dague pour achever ses souffrances.
« Merci de nous offrir ta viande pour que nous puissions nous nourrir. Merci de ton sacrifice » murmura-elle
Le faon ne se débattait plus à présent, et ne réagit pas quand Lexa enleva sa pique d'un mouvement sec. Déjà son couteau travaillait dans les entrailles de l'animal pour en enlever les abats, et retrancher des morceaux de choix qu'elle offrirait en sacrifice à Artemis.
Elle avait appris toutes ces coutumes de chasse d'Emma elle-même, qui participait régulièrement aux chasses et l'y avait souvent emmenée dans sa jeunesse. Toutes les chasseuses chargées de rapporter à manger à Themyscira accomplissaient scrupuleusement ces rites depuis des siècles, et Lexa avait toujours pris soin d'y prêter la plus grande attention.
Quelque pas derrière, Clarke la regardait faire, complètement fascinée. Son service militaire était loin derrière elle, et n'ayant jamais réellement apprécié chasser, elle n'avait pas pris part à ce genre de rituels depuis si longtemps qu'elle en avait presque oublié les détails.
« Clarke ? »
Lexa leva une main vers elle pour l'inviter à se joindre à elle pour la prière à Artemis, et Clarke accepta sa main pour s'agenouiller à ses côtés.
« Artemis, déesse de la chasse, protectrice des hommes et des animaux que tu chéris entre tous, accepte ce modeste présent » entama Lexa « Bénis cet animal qui nous permet de nous sustenter et - »
Avant qu'elle n'ait pu finir, Clarke s'était levé d'un coup, et partit en courant vers le buisson le plus proche pour aller y vider le contenu pourtant vide de son estomac.
« Clarke ! » s'affola tout de suite Lexa
Clarke fit un geste vague de la main comme pour lui dire de ne pas s'inquiéter, mais Lexa avait déjà abandonné son sacrifice pour la soutenir et lui écarter les cheveux de la figure, et attendit que les bruits abominables se calment pour lui passer une main réconfortante dans le dos.
« Ce n'est rien, c'est parcequ'on a pas mangé ce matin » dit Clarke, encore un peu blanche « Ça doit être les entrailles, le sang … Tu penserai que j'aurai l'habitude avec mon métier pourtant »
Lexa paraissait encore inquiète et voulait que Clarke se repose un instant, mais celle-ci insista pour finir le sacrifice et l'offrande à Artemis, et la princesse s'accomplit sans plus protester.
Clarke ne fut pas malade une deuxième fois. Elle reprit rapidement des couleurs après avoir mangé les meilleurs parts du faon que lui avait réservé Lexa, et ne cessa d'assurer à celle-ci que son mal n'était que passager, et qu'elle allait déjà beaucoup mieux. Lexa n'en était pas très convaincue, et lui ordonna de rester de côté alors qu'elle faisait disparaitre les traces de leur camp de fortune de demi-journée, et préparait les chevaux.
« Où en est Nikolae tu penses ? » lui demanda Clarke
Elle s'était assise à côté des restes du feu, et regardait Lexa curer les pieds de sa jument.
« Cela fait presque quinze jours que nous sommes parties » dit la brune « J'espère bien qu'elle est arrivée à Amphipolis, et qu'elle en déjà repartie. »
« Et qu'elle a trouvé la Ceinture » La phrase avait plus l'intonation d'une question qu'une affirmation, et Lexa lui demanda de s'expliquer d'un regard. « Si elle ramène la Ceinture, nous gagnerons la guerre n'est-ce pas ? Enfin, nous deux, nous aurions fait tout ce voyage pour rien mais au moins … »
« Au moins nous avons vu des beaux paysages » sourit Lexa en reposant le pied du cheval au sol « Mais oui, tu as raison. L'essentiel est de gagner cette guerre, même si nous n'y participons pas. »
« Mais toi tu voudrais y être. »
Lexa haussa les épaules.
« Quelle commandante serai-je si je ne me languissais pas de participer à la bataille qui délivrera mon peuple ? »
« Tu y participes en étant ici, maintenant, tu sais »
Lexa parut réfléchir un instant, et finit par sourire à la blonde, qui le lui rendit bien.
« Les chevaux sont prêts, nous pouvons y aller. »
Une fois sur leur montures et relancées dans un trot régulier, Clarke demanda à Lexa par-dessus le bruit des chevaux quand est-ce qu'elles arriveraient sur les terres de ses amis.
« Nous sommes presque arrivées » lui confirma Lexa « Quand nous serons sur leurs terres cependant, nous devrons nous méfier »
« Pourquoi ? »
« Parceque nous entrerons alors dans le monde des hommes. »
Clarke poussa un sifflement moqueur, mais quand elle tourna la tête vers Lexaen espérant ricaner quelque peu avec elle, le visage de son amie n'était que sérieux. Lexa était redevenue la taciturne en un clin d'œil, et Clarke n'avait aucune idée pourquoi.
« Les hommes ne sont pas comme nous Clarke. »
« Sans blague ! »
Lexa fronça des sourcils, et Clarke se renfrogna aussitôt, comprenant que l'heure n'était pas à la plaisanterie.
« Je ne vois pas de raison pour cette tête-là » commenta la blonde « Je suis contente d'aller voir le monde des hommes, moi ! »
« Tu ne le connais pas » rétorqua Lexa
Clarke offrit à Lexa une moue sous-entendue et lui répliqua d'un clin d'œil.
« Je pense que je les connais particulièrement en détail, et mieux que toi »
« Ce n'est pas ce que je voulais dire » gronda Lexa, qui avait soudainement tourné la tête droit devant elle pour que Clarke ne remarque pas le rouge qu'elle pouvait sentir lui monter jusqu'aux oreilles « Les expéditions ne font pas partie du vrai monde Clarke, et toi tu ne connais que cela d'eux ! Moi je connais l'aspect que tu n'as jamais vu – la guerre, la violence, la misère ! C'est vers cela que nous allons, c'est de cela que nous devons nous méfier ! »
« Les hommes ne peuvent pas être tous mauvais » dit Clarke « Ils ont bâti des sociétés entières, des villes superbes et découvrent des inventions jour après jour pour améliorer la vie de tous. Je ne peux croire qu'ils soient tous déplorables ! »
Lexa en convint de mauvais gré.
« Ils ne sont pas tous exécrables, tu as raison, mais cela ne signifie pas qu'ils sont bienveillants, et encore moins bons ! Ils sont capables du pire comme du meilleur, tous. »
Le ton était monté rapidement, et Clarke n'était pas bien sûre de comprendre pourquoi.
« Tu ne peux pas faire de généralités sur tous les hommes ! Ceux que j'ai connus étaient attentionnés, et généreux, et ne m'ont jamais fait le moindre mal ! »
Lexa grimaça de dégout. Ses yeux étaient toujours résolument fixés sur la route devant elle, et elle refusait de les tourner vers la blonde.
« Parcequ'ils voulaient quelque chose de toi, Clarke. »
Clarke poussa un grognement exaspéré. « Si tu penses ça des hommes, pourquoi on va maintenant dans une tribu humaine ! Que tu considères comme tes amis, d'autant plus »
« Parceque peut-être que nous même, les Amazones, nous ne sommes que des humains dans le fond nous aussi » dit mystérieusement Lexa « Et c'est notre nature de nous associer à eux. »
Clarke ne comprenait plus. Lexa n'avait jamais exprimé de tels sentiments mixtes par rapport aux hommes.
« Tu as fait de ta vie ta mission personnelle de leur venir en aide et leur prêter assistance, et maintenant tu m'annonces que tu les détestes ? »
« Je ne les déteste pas » corrigea Lexa « J'aurai du mal, ils nous ressemblent plus que tu ne le penses. Je les vois tel qu'ils sont. »
« Si je comprends bien, les hommes sont mauvais mais nous sommes comme eux ? »
« C'est cela. Ni meilleures, ni plus mauvaises qu'eux »
« Nous sommes des Amazones, nous sommes des immortelles, chargées de mission par les dieux, et nous sommes comme eux ? » s'emporta Clarke
« Les maux de Pandore sont sur nous aussi. Ne me dis pas que tu n'as jamais ressenti de la colère, ou de la jalousie » Lexa regarda Clarke d'une étrange manière que celle-ci ne pouvait pas déchiffrer. « Moi en tout cas, j'en suis la victime régulière »
Clarke secoua la tête. « Si tu ne les détestes pas, alors tu les aimes ? »
Lexa sourit doucement, la dernière chose à quoi Clarke s'attendait. Il y avait une drôle de mélancolie sur son visage, qui lui allait étonnamment bien, et même si son sourire était empreint d'une certaine tristesse, elle était toujours aussi belle.
« J'ai succombé aux charmes des humains moi aussi. Et tu verras, je ne suis pas la seule. »
Clarke avait d'un seul coup mille questions à poser, mais comme si elle l'avait senti venir, Lexa venait d'accélérer la cadence d'une simple tape sur l'encolure de son cheval, et la blonde avait maintenant toutes les peines du monde à la suivre.
« Lexa ! »
Lexa avança encore à toute vitesse pendant un long moment, sans s'arrêter et sans répondre aux appels de Clarke, n'arrêtant sa course folle que quand les chevaux sortirent de l'orée du bois pour arriver devant un vaste champ de blé qui s'étalait si loin que l'horizon n'était que fait de reflets dorés. Elles étaient loin du terrain, encore protégées par les arbres dont les branchages et les ombres suffisaient à les dissimuler, mais elles pouvaient apercevoir dans les champ des hommes attelés à la tâche qui si ils avaient levés la tête les auraient peut-être aperçues.
« Les voilà les premières terres des hommes » commenta Lexa
Elle jeta un regard de travers vers Clarke, qui regardait les hommes travailler dans le champ avec un air émerveillé, comme si elle n'avait jamais vu les amazones préposées au labour faire de même dans les champs de Themyscira, et choisit de ne pas commenter.
« Nous sommes arrivées alors ? » demanda Clarke
« Pas encore. Les territoires de Trikru s'étendent au-delà de ces champs, il nous faut les contourner pour y accéder. Nous n'y serons sûrement pas avant la tombée de la nuit. »
« Les contourner ? Alors qu'on pourrait les traverser tout simplement ? »
Clarke allait diriger son cheval vers le champ quand la main de Lexa s'abattit d'un coup sur sa bride, lui faisant aussitôt lâcher prise.
« Non ! Nous n'entrons pas en terre des hommes ! »
« Mais si c'est plus rapide ? » demanda Clarke
« Ils sont en conflit avec Trikru depuis toujours, et ne nous ne sommes entrés dans une trêve relative avec eux que l'an dernier seulement. Les Trikru n'entrent pas ici et nous, deux femmes en armure et à cheval, encore moins. »
« D'accord … » soupira Clarke à regret
Elle jeta aux hommes qui travaillaient encore sans les avoir remarquées un dernier regard, et se hâta de retrouver Lexa, qui pour une raison inconnue avançait maintenant à petit trot, sa folle échappée apparemment terminée.
« Lexa ! Quand tu parles de nous, tu dis toi aussi ? »
« C'est souvent ce qui est sous-entendu par 'nous' » sourit la princesse d'un petit air goguenard « Moi et les autres »
« Tu as participé à ce conflit ? »
« J'ai participé à beaucoup de conflits avec eux. Encore plus que la grande armée de la reine, c'est grâce à eux que j'ai appris la réalité de la guerre. »
« Ils se battent mieux que les Amazones ? »
« Non, mais eux ils peuvent mourir à vingt ans, et pas à trois cent comme nous. Ils ont bien plus à perdre. »
« Tu vas me raconter ? »
Devant la mine d'enfant réjouie de Clarke, Lexa rit franchement.
« La bataille la plus dangereuse ? »
Clarke fit mine de bailler. « Tant qu'à faire … ça me tiendra peut-être debout, je suis en train de m'endormir »
Lexa tendit le bras pour pousser l'épaule de Clarke, qui éclata de rire sans riposter, et secoua la tête pour reprendre son sérieux.
« C'était il y a longtemps, dans les terres du Nord … »
« Elles sont loin les terres du Nord ? » interrompit Clarke
Lexa leva un œil mais ne releva pas. Clarke interrompait toujours ses histoires toutes les trente secondes, c'était plus fort qu'elle.
« C'est plus loin que Thrace et la Mésie inférieure, et plus au Nord que n'importe quelle ville que tu connaisses. Il faut remonter par des fleuves qui glacent pendant les périodes froides et dépasser les quelques tribus barbares qui peuplent toutes ces régions hostiles. Des jours et des nuits à cheval, et l'air de plus en plus froid à chaque réveil »
« Et c'est beau ? »
Lexa sourit. « C'est superbe. Il y a des grandes vallées et d'encore plus grandes montagnes, et lacs glacés où tu peux galoper à toute vitesse dessus sans craindre que la glace ne se rompe sous ton poids, et des vallées recouvertes de neige à en couper le souffle »
« La neige ! T'as vu de la neige ? » s'écria Clarke
« Et oui » rit Lexa « J'ai vu de la neige, j'ai marché dedans, je suis tombée dedans … »
« Je veux tout savoir ! Comment c'est quand tu marches dessus, quand tu la touches, quand tu la manges ! »
Clarke avait énormément de questions à poser sur la neige, et s'acharna à obtenir des réponses très détaillées de Lexa pendant longtemps, enchainant ensuite avec la glace, les fourrures à porter, et le givre qui, elle en était sûre, devait former une nouvelle chevelure blanche à son amie.
Le temps passait vite entre les récits de Lexa et le questions de Clarke, et quand la Commandante déclara venu le moment de laisser reposer les chevaux, et de se nourrir, Clarke était presque en train de bouder comme une enfant.
« Raconte moi encore ! »
« Pas maintenant » rit Lexa « Il faut du bois pour le feu, et allez nourrir les cheveux, et trouver de quoi diner ce soir ! »
« D'accord … »
Clarke traina les pieds jusqu'aux chevaux pour attraper leurs longes, et les entraina vers le petit cours d'eau que lui avait montré Lexa quand elles étaient descendues de cheval.
« Je t'emmènerai un jour, si tu le veux. » soupira Lexa à la forme de Clarke qui disparaissait sans pouvoir l'entende
Quand Clarke revint un peu plus tard, Lexa avait réussi à leur trouver quelques baies en guise de repas, et était déjà en train de travailler à son feu.
« On peut manger peut-être avant » remarqua Clarke, qui venait de s'asseoir à côté de sa princesse et la regardait s'activer sans exprimer l'envie de lever le moindre petit doigt pour l'aider « On va encore sentir la fumée toute la nuit ! »
« Tu pourras laver ta tunique demain » Lexa roula des yeux « On a besoin du feu maintenant, ces bois sont dangereux. »
Clarke se redressa d'un coup.
« Ah bon ? Il y a des bêtes ? Des loups ? Tu vas pas recommencer tes espèces de blagues, Lexa ! »
Lexa n'avait pas l'air de plaisanter cette fois-ci, et elle attendit de réussir à produire une belle étincelle et démarrer son feu pour répondre.
« Ce n'est pas une blague, Clarke. »
« De quoi, pour les loups ? Je n'en ai jamais vu en vrai, tu crois qu'ils peuvent venir nous attaquer dans notre sommeil ? »
« Tu n'en verras pas aujourd'hui, il n'y a pas de loups » sourit Lexa « Mais des panthères, oui. »
« Des panthères ? Dans cette région ? »
« C'est la volonté des Dieux. Artemis en a épargné une lors d'une partie de chasse, en Abyssinie je crois, et l'a mise dans ce bois »
« Comment tu le sais ? »
« Pour l'histoire, c'est une légende connue de la région. Et pour la véracité des faits, il y a des traces de l'animal un partout dans les bois, il suffit de chercher »
« Alors on va chercher ! »
Clarke s'était aussitôt redressée sur ses pieds, et s'était emparé d'une main de Lexa pour l'entrainer à sa suite.
« Maintenant ? Mais j'ai faim ! »
« Tu mangeras après ! Je serai bien plus tranquille de savoir qu'il n'y a pas de panthère dans ces bois »
« Mais puisque je te dis qu'il y en a une … »
« Tais toi et cherche »
Lexa n'insista pas, sachant mieux que quiconque à quel point Clarke était bornée quand elle avait une idée en tête, et regarda avec peu d'enthousiasme au sol une trace de la panthère.
« Tu trouves ? » lui demanda Clarke
« Clarke, je te dis qu'il n'y a rien et - oh regarde ! »
« Quoi ? Où ça ? »
Clarke arriva en courant dans une course très comique qui confirmait qu'elle n'était absolument pas une soldate, une des épées de Lexa à la main, aussitôt enlevée par celle-ci avant qu'elle ne lui crève un œil.
« Regarde sur l'arbre ! »
« Je ne vois pas de griffure de panthère »
« Pas ça, là »
Lexa avait la main sous une gravure dans l'écorce qui n'avait rien de naturel, et Clarke se pencha pour l'observer de plus près. C'était un étrange symbole composé de ce qui semblait être trois cercles, qu'elle n'avait jamais vu auparavant.
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« C'est le signe de Trikru » sourit Lexa « Demain, nous serons arrivées. »
Neapolis était une grande ville, grouillante de monde, d'enfants qui courraient dans les rues et de bœufs trainant derrière eux des charrettes.
Les rues n'étaient pas aussi propres que Themyscira, et les gens pressés n'hésitaient pas à se bousculer entre eux pour avancer, mais c'est un retour à la civilisation tout de même, un qui faisait le plus grand bien à Nikolae, même si elle avait dissimuler sa longue épée sous les plis de sa cape. Sitôt entrée dans la ville, elle avait pris Waverly à part pour décréter qu'il leur faudrait acheter à manger et boire, trouver l'argent pour le faire, et se rendre dans le temple le plus proche pour consacrer leur voyage à un dieu ou une déesse.
« Prier ? »
« Cela fait des jours que je ne me suis pas rendue au temple d'Ares, ou consacré une biche à Artemis. La protection des Dieux nous est essentielle pourtant »
« Si tu le dis … » dit Waverly, pas vraiment convaincue « On a qu'à demander à quelqu'un le temple le plus proche, et t'iras faire deux-trois prières le temps que je nous trouve à manger ! »
« Non mais ce n'est pas comme ça que – Waverly ! »
Waverly était déjà partie dans les rues de Neapolis à la recherche de son informateur, et Nikolae réajusta les sacs à son épaule en grondant avant de se lancer à sa poursuite.
« Waverly ! »
La petite brune devant elle avait sûrement l'intention de la perdre dans les rues à en croire le pas rapide qu'elle avait pris, et la lieutenant dut doubler d'allure pour ne pas la perdre de vue.
C'est au croisement d'une ruelle alors qu'elle était en train de pester tout bas contre la petite brune, que Nikolae, qui tentait de rajuster encore le sac qui glissait de son épaule avec chaque pas, rentra de plein fouet dans un obstacle et alla elle-même trébucher quelques pas plus loin. Elle allait se mettre à protester quand elle aperçut en se retournant vers lui que l'obstacle en question n'était qu'une petite fille, et Nikolae relâcha tout de suite son sac au sol pour se précipiter vers elle, et poser une main sur son épaule.
« Oh par Hermès ! Oh je suis désolée ! »
La fille se releva rapidement, dégageant au passage la main de la rousse de son épaule, et sans lui prêter un regard, se jeta à quatre pattes au sol pour se mettre à le fouiller rapidement. Nikolae aperçut vite le panier en osier à ses pieds, et la mer de figues et de pommes qui s'étalaient maintenant autour d'eux, et comprit qu'elle venait d'envoyer au sol la potentielle source de revenus de l'enfant.
« Je vais t'aider, attend ! »
La fillette, qui ne devait pas avoir plus de douze ans, leva une paire d'yeux terrifiés vers elle. Elle avait déjà rattrapé une bonne partie des fruits qui roulaient au loin pour les replacer dans son panier en osier, mais n'osait plus faire un mouvement face à Nikolae, comme pétrifiée sur place.
« Qu'est-ce que t'as fait ? »
La voix les fit sursauter toutes les deux. Waverly les regardait toutes les deux, les bras croisés négligemment, et Nikolae poussa un soupir.
« Si tu n'étais pas partie aussi vite dans la foule, peut-être que je t'aurai rattrapée sans créer de problèmes » répliqua elle
Waverly poussa un soupir désolé, et s'agenouilla au sol à son tour pour rassembler les fruits qui jonchaient le pavé.
« Tiens » sourit Nikolae vers la petite fille en lui tendant une pomme qu'elle avait ramassée.
La petite eut un mouvement de recul, mais voyant que Nikolae la regardait avec un petit sourire amical, approcha une main tremblante pour vite attraper la pomme.
« Ça va tu ne t'es pas fait mal ? »
La petite fille leva de grands yeux étonnés vers elle, comme si personne ne lui avait jamais posé la question auparavant, et s'agrippa un peu plus à son panier en osier. Des grands cheveux bouclés tombaient sur son visage, découvrant à peine ses yeux, et la simple tunique sans aucun bijou ou ceinture pour la nouer l'identifiait clairement comme une esclave. Les quelques pommes et figues que contenaient son panier ne lui appartenaient pas, les perdre signifiant sûrement une punition quand elle rentrerait chez son maitre.
« Et voilà la fin ! » sourit Waverly, les mains pleines de pommes et de quelques figues « Tu me laisses les mettre dans ton panier ? »
La fillette hésita, mais finit par lui tendre son panier en osier pour la laisser y déposer tous les fruits. Elle tremblait encore de tous ses membres, comme si elle avait peur que l'une des deux ne la punisse d'avoir renversé le panier. Nikolae voulut avancer une main vers elle, pour la rassurer comme elle le pouvait qu'elles ne lui voulaient aucun mal, mais Waverly fut plus rapide.
« Il faut excuser mon amie, elle est un peu maladroite » dit la brune en souriant de toutes ses dents
La rousse allait se retourner pour froncer des sourcils vers elle, mais Waverly lui fit des gros yeux, lui demandant silencieusement de jouer le jeu, et Nikolae se retourna vers l'enfant pour hocher des épaules.
« Parfois je trébuche sur mes propres sandales » dit-elle dans une petite moue triste dans l'espoir de décrisper un peu le visage craintif de l'enfant
« Parfois elle trébuche alors qu'elle est pieds nus » rajouta Waverly
L'enfant se décrispa légèrement, et esquissa un léger sourire. C'était la première fois que son beau visage montrait autre chose que de la peur, et Waverly lança un regard encourageant à Nikolae.
« Et heureusement je ne sais pas que trébucher. Je sais faire ça aussi »
Nikolae attrapa trois figues dans le panier en osier, attendit un moment pour s'assurer que la fillette ne prenne pas peur, et se mit à jongler habillement avec.
« Wow ! » rit Waverly « Quel talent ! »
Nikolae aperçut du coin de l'œil que la petite fille était captivée par ses jongleries, et tenta le tout pour le tout.
« Et ce n'est pas fini ! »
Nikolae lança une figue plus haut que les autres, les deux autres toujours suspendues dans les airs, et attendit qu'elle retombe pour la frapper avec son nez, et la rattraper dans sa paume. La petite fille éclata d'un rire clair, à peine recouvert par celui de Waverly, et Nikolae sourit fièrement.
« Allez, je vais te les rendre avant qu'il ne me prenne l'envie de les manger » sourit-elle en replaçant les trois figues dans son panier « Tu es sûre que ça va ? Tu n'as pas mal quelque part ? »
La petite fille nia de la tête. Nikolae regarda par-dessus son épaule vers Waverly, et passa un marché silencieux avec elle. Aucune d'entre elles ne voulaient laisser la petite fille seule, et Nikolae n'était clairement pas la seule à trouver inquiétant son silence.
« Est-ce que tu voudrais bien nous aider avec quelque chose ? » demanda Nikolae, prenant soin de ne pas se pencher trop près vers elle
La petite fille hocha vigoureusement de la tête, un fantôme de sourire au coin de ses lèvres.
« Nous sommes un peu perdues dans cette ville »
« Elle n'est pas douée non plus pour les directions » rajouta Waverly dans son dos
Nikolae poussa un petit grognement mais la fillette gloussa à nouveau, et la rousse ne put s'empêcher d'échanger un regard complice avec la petite brune.
« Nous cherchons un temple. » reprit-elle « Celui d'Athena, ou d'Artemis sera le mieux … Hera à la rigueur »
La fille sourit tout grand en attendant le nom de la reine des Déesses, et hocha vigoureusement de la tête.
« Hera ? Tu sais où se trouve son temple ? » comprit tout de suite Waverly
La fillette plaça une main contre sa tunique, et l'agrippa pour la lui montrer.
« Quoi, ta tunique ? Tu as fait une tache dessus ? » demanda Nikolae, qui n'y comprenait plus rien
« Mais non, c'est une tenue de servante » la corrigea Waverly « De servante qui pourrait tout à fait être … Tu travailles au temple d'Hera ? »
Devant le grand sourire de la fillette, Waverly comprit qu'elle avait fait mouche.
« C'est parfait, c'est celui qu'on cherchait ! »
« Oui j'aurai préféré celui d'Athena, mais Hera ira très bien » sourit Nikolae
« Oh Hera, Athena … quelle différence ? »
Nikolae écarquilla tout grand ses yeux, complètement horrifiée de ce qu'elle venait d'entendre. Elle qui avait grandi dans l'éducation religieuse la plus stricte avait toujours glorifié et honoré tous les dieux de l'Olympe, et que sa compagne de route puisse blasphémer de la sorte l'outrait au plus haut point.
« Mais … mais tu es une mécréante de la pire espèce ! » balbutia elle devant l'air goguenard de Waverly
Elle n'eut pas le temps de lui signifier qu'Hera et Athena n'étaient pas tout à fait les mêmes déesses, ni même qu'elle venait sûrement de les insulter toutes les deux, car son regard venait de se fixer sur quelque chose de bien plus préoccupant.
L'enfant devant elle, oubliant soudain sa timidité et ses craintes, avait penché la tête en arrière un peu dans son rire, et la mèche qui couvrait son œil droit s'était écartée pour laisser apparaître une couleur bleutée autour celui-ci.
Le rire de Nikolae mourut dans sa gorge. Elle avait eu assez d'yeux au beurre noir dans sa vie pour en reconnaitre un de loin, et voir la couleur pourpre autour de l'œil de la fillette lui fit bouillir le sang dans ses veines.
« Qui t'a fait ça ? »
Waverly avait aussi cessé de rire en voyant le visage découvert de la petite fille, et avait tout de suite compris. Nikolae s'était relevée, furieuse, et la fille baissa la tête immédiatement. Elle avait repris une attitude d'esclave soumise, et ne répondit rien
« Qui ? » insista Nikolae
Waverly lui tapa immédiatement le bras, et lui fit des gros yeux. Brusquer l'enfant ne mènerait à rien si ce n'est l'effrayer d'autant plus.
« Nikolae et moi, on ne te veut aucun mal » tenta plus doucement la brune « On veut juste t'aider »
La petite fille resta résolument muette, mais Waverly n'avait pas dit son dernier mot.
« Moi non plus, je n'avais pas confiance dans les adultes, mais un jour, où je ne devais pas être plus âgée que toi, j'en ai rencontré un seul qui n'était pas comme les autres, un seul qui ne mentait pas et ne m'a jamais fait de mal. Si tu nous dis qui t'a fait ça, nous pourrons t'aider comme lui l'a fait, je te promets »
La jeune fille sembla hésiter, peser le pour et le contre dans le regard de Waverly, et l'expression furieuse de la rousse.
« Qui t'a fait ça ? » répéta Waverly
« Mon maitre … » finit-elle par chuchoter
« Amène nous à lui. »
La fillette ne protesta pas. Nikolae avait l'air trop en colère pour être contestée, les deux autres le comprirent bien, et l'enfant ne dit rien pas quand la rousse attrapa le panier de figues et de pommes sous son bras.
Bientôt, la fillette marchait quelque pas devant elles, les guidant à travers les rues jusqu'au temple d'Hera, et Nikolae profita qu'elle soit hors de portée d'écoute pour chuchoter à l'oreille de Waverly.
« Tu me n'as jamais parlé de cet homme ! »
« Parcequ'il n'existe pas. Je n'ai jamais rencontré un adulte qui m'ait aidé, mais elle n'avait pas besoin de le savoir »
Le cœur de Nikolae se resserra mais elle ne dit rien. Bientôt, la fille s'arrêta devant l'entrée d'un temple gigantesque, dont les colonnes blanches étaient surmontées de superbes statues de paons en marbre.
« Le temple d'Hera » dit-elle doucement
Nikolae et Waverly s'échangèrent un regard, et son épée bien accrochée à sa ceinture, la rousse prit les devant pour rentrer dans l'enceinte sacrée. Il n'y avait pas grand monde – une vieille femme seule qui partit aussitôt qu'elle les vu rentrer – et toutes les trois s'avancèrent d'un pas prudent, les deux étrangères regardant tout autour d'elle la beauté du temple et ses richesses.
« Enfin ! »
Une voix grave déchira la paisibilité du lieu, faisant sursauter Waverly, et trembler la fillette derrière elle. Par instinct, Nikolae avait tout de suite porté sa main libre à son épée, et bien qu'elle ne la sortit pas, laissa sa main près de l'arme quand elle vit foncer droit vers elles un petit homme, qui venait d'apparaitre derrière un grand rideau rouge qui semblait cacher l'entrée d'une pièce dérobée.
Sa tunique faite de riches tissus et ses nombreux bijoux en or, qui claquaient sur sa peau en étranges petits bruits à chacun de ses pas, indiquait clairement qu'il appartenait à la plus haute des castes – sans doute un grand prêtre, ce qui faisait de lui le maitre des esclaves du temple. Il marcha droit entre Waverly et Nikolae, ne leur adressant pas un seul regard comme si il n'avait pas fait attention à leur présence, et se jeta sur la fillette pour lui attraper l'épaule, et la secouer violemment.
« Te voilà faignante ! Où sont mes fruits ? Si il en manque un seul, gare à toi ! »
Nikolae vit rouge. Avant que Waverly n'ait pu la retenir, elle s'était élancée vers l'homme, lâchant le panier qui relâcha tous ses fruits au sol et lui avait fait lâcher sa prise d'une vigoureuse poussée sur son torse.
« Relâches la immédiatement ! Comment oses-tu, dans le temple même d'Hera ? »
Une fois libre, la jeune fille fila se cacher derrière les jambes de Waverly, qui l'accueillit les bras ouverts et prit soin de la cacher du regard de l'homme qui heureusement ne lui prêtait plus attention. Le prêtre dévisageait Nikolae de haut en bas, visiblement peu habitué à ce qu'on lui parle de la sorte, et leva un sourcil méprisant quand il comprit qu'elle ne baisserait pas le regard.
« Qui es-tu pour me donner des ordres dans mon temple ? Je traiterai mes esclave comme il me plait ! »
Nikolae tremblait visiblement de rage, et du se contenir pour continuer à lui parler sans l'étrangler.
« Ce n'est pas ton temple, ignare, c'est celui de notre mère à tous, Hera reine du ciel ! »
L'autre lui jeta un ricanement méprisant au visage.
« Rentre chez toi, femme ! Va te faire éduquer par ton mari, qui ne doit pas avoir assez d'autorité sur toi pour te laisser t'adresser ainsi à un de tes supérieurs ! Et toi, viens ici avant que je m'énerve ! »
La dernière partie était adressée à la fille derrière Waverly, qui resserra son étreinte autour d'elle en protection.
Le poing de Nikolae alla s'écraser contre la tempe du prêtre, qui s'écroula au sol sur son gros ventre dans un glapissement strident. Une seconde après, elle était sur lui, lui tordant son bras douloureusement pour qu'il ne puisse pas tenter de se relever.
« Je n'ai ni mari, ni maitre » gronda entre ses dents Nikolae « Je n'appartiens à personne, ni de corps ni d'esprit, sauf aux Dieux au-dessus de nous dont j'obéis aux lois que tu violes sous mes yeux ! Il est interdit de tirer du sang humain dans le temple d'un dieu alors je n'en ferai rien, mais sache que c'est cette loi seule qui te protège, et non ta soi-disant supériorité ! »
Nikolae relâcha sa pression sur le bras de l'homme qui hurlait toujours et se releva pour se tourner vers les deux autres occupantes du temple.
« Tout va bien ? »
« Attention ! » lui hurla Waverly
Nikolae eut juste le temps d'éviter le coup qu'avait lancé l'homme en se relevant, mais bloqua facilement le deuxième et l'envoya à nouveau au sol. Derrière eux, la jeune esclave regardait la scène avec des yeux émerveillés, ce qui n'était pas du tout le cas de Waverly qui elle semblait terrifiée pour son amie.
« Gardes ! A moi ! » s'époumona l'homme
Aucun garde n'arriva cependant, et le prêtre se recroquevilla le plus possible sur lui-même dans l'espoir pathétique de se protéger de la colère de la rousse contre lui.
« Quelle lâcheté tu dois avoir pour devoir appeler à l'aide sans même tenter de combattre » soupira Nikolae « La même que tu possèdes pour frapper une enfant »
La rousse s'éloigna de lui pour retrouver Waverly et la fillette, et donna au passage un coup de pied rageur dans le panier en osier au sol.
« Partons. »
« Mais Nikolae, Hera … »
« Je ferai une prière dans un autre temple ou ailleurs, peu importe. Nous n'avons plus rien à faire ici. »
Waverly hocha de la tête, et encouragea la petite fille, qui visiblement hésitait beaucoup, à la suivre près de l'entrée du temple.
« Tu ne sais pas à qui tu t'adresses ! » hurla l'homme en se relevant, se dépêtrant comme il le pouvait dans le mélange de sa tunique et ses bijoux
« Non, et tu ne me fais pas si peur que ça » répondit Nikolae par-dessus son épaule
« Elle restera toujours mon esclave ! » hurla le prêtre « Je la récupèrerai et je lui ferai regretter chacun de tes mots ! »
A ces mots, elle se retourna et le dévisagea de toute sa hauteur.
Nikolae avait la réputation d'être l'Amazone la plus gentille de tout Themyscira, Abigail et autres guérisseuses comprises. Elle n'avait ni l'autorité naturelle de sa mère Regina, ni le charisme d'Alex qui faisait suer de peur tout le monde sans qu'elle n'ait à ouvrir la bouche, ni le regard perçant de Lexa qui pouvait taire d'un seul coup des centaines de guerrières.
Mais quand Nikolae était poussée à bout, même le sol tremblait. Et le grand prêtre en face d'elle ne fit pas exception, quand elle s'avança vers lui d'un pas lent, calculé.
« Lève encore une seule fois la main sur cette jeune fille, ou sur quiconque des esclaves de ce temple, et je te la couperai. Est-ce que tu comprends ? »
L'autre terrifié hocha vite de la tête, et Nikolae le laissa angoisser un quelque petit moment avant de tourner les talons et de rejoindre Waverly et la fillette.
« Je me vengerai » eurent-elles le temps d'entendre avant de sortir du temple
« C'est ça ! »
Une fois sorties dehors et assez loin pour être en sécurité, Nikolae se pencha vers la fille, qui n'avait pas arrêté de se cacher derrière Waverly, et lui sourit doucement. La voir d'un seul coup toute douce et gentille rassura la petite fille quelque peu, assez pour qu'elle ne pointe le bout de son nez derrière Waverly.
« N'aies pas peur » dit-elle « Tout va bien maintenant, il ne te fera plus de mal »
Il lui vint à l'esprit alors que la fille hochait de la tête dans la jupe de la brune qu'elles ne connaissaient même pas son nom.
« Je m'appelle Nikolae et voici … un nom impronoçable. Vav ? Way ? »
« Waverly » dit la brune d'un ton amusé
« Voilà Waverly. Et toi, comment tu t'appelles ? »
« Levki » dit la fillette d'une petite voix
« C'est joli Levki » sourit Waverly « Ca veut dire Blanche, c'est ça ? »
« C'est plus prononçable que Way- quelque chose » grogna Nikolae
Une deuxième fois, la petite fille devant elles se mit à rire, avant de s'interrompre vite en jetant un regard terrifié vers la rue qui par laquelle elles étaient parties du temple, craignant sans doute que le prêtre ne revienne la chercher.
Son regard n'avait pas échappé à Nikolae, qui s'agenouilla pour se mettre au niveau de l'enfant.
« Levki, est-ce que tu as un endroit où tu seras en sécurité où nous pouvons t'emmener ? »
La petite nia de la tête.
« Tu ne connais personne qui pourrait s'occuper de toi ? Quelque part où personne ne s'en prendrait à toi ? »
Devant le nouveau refus, Waverly attrapa le bras de la rousse.
« Nikolae, je peux te parler ? Seule à seule ? »
Nikolae accepta, demandant à la fillette de les attendre là, et la suivie à quelques pas.
« Prenons là avec nous. » lui dit Waverly de but en blanc
Nikolae ouvrit de grands yeux.
« Déjà il n'y a pas de nous, et puis tu n'y penses pas ! »
« Et pourquoi ? Tu ne veux pas la laisser seule ici avec ce monstre ! »
« C'est une esclave du temple, elle appartient à Hera ! Ca me fait aussi mal de toi de la laisser ici, mais nous ne pouvons pas l'enlever ! »
« Et si tu la laisses, tu ne vaudrais pas mieux que lui ! Et tu t'en voudras toute ta vie ! »
Nikolae hésitait. Elle n'avait pas besoin de s'obtenir les foudres de la déesse, surtout une aussi puissante qu'Hera, alors qu'elle était en plein milieu d'une mission aussi capitale que la sienne. Elle avait déjà perdu du temps avec la perte de son cheval et l'addition inopinée de la fille à son voyage, et que ferait-elle donc d'un enfant ?
Les grands yeux bruns de Waverly face à elle l'empêchaient de réfléchir correctement, et elle préféra tourner la tête pour chercher la solution à ses problèmes ailleurs.
Juste devant elle, l'enfant s'était assise au sol pour jouer avec un pan déchiré de sa tunique, un geste si banal qu'elle n'avait sans doute pas eut l'occasion de faire souvent dans sa jeune vie, et Nikolae n'eut pas besoin de la regarder bien longtemps pour réaliser que sa décision était déjà prise.
« D'accord … nous trouverons un moyen »
Waverly poussa un cri de joie qui interpella plusieurs passants à côté d'elle, et voulut se jeter au cou de la rousse, qui fit un pas en arrière pour l'éviter.
« Je n'ai pas dit combien de temps ! Je ne peux pas aller jusqu'à Amphipolis avec elle, on trouvera quelqu'un sur la route pour la prendre. »
« Comment ça - »
« Et je ne veux rien savoir ! Si tu ne veux pas accepter mes termes, soit, je trouverai la route pour Amphipolis seule. »
Waverly tenta bien de nouveaux ses yeux suppliants, rien n'y faisait.
Nikolae ne la regardait même plus, trop occupée à surveiller que rien n'arrivait à l'enfant qui jouait sagement sur le sol.
« Elle ne pourra jamais nous suivre à pied, il nous faut des chevaux ou une quelconque monture le temps de trouver ce qu'on fera d'elle »
« Oh, tu vas voler des chevaux ? »
« Je ne vole pas. »
« Et comment tu comptes en acheter ? » demanda Waverly « Tout notre argent est parti avec les voleurs de grand chemin … »
Nikolae loucha vers ses avant-bras où brillait ses bracelets en or et sa bague de princesse.
« Je trouverai une monnaie d'échange. »
Waverly hocha de la tête, trop contente que la rousse ne résiste pas à son projet plus que ça.
« Alors allons-y maintenant ! A la recherche d'une écurie ! »
« Non, attend ! »
Ce fut au tour de Nikolae d'attraper Waverly par les épaules pour cette fois-ci l'empêcher de retourner vers Levki, qui heureusement n'avait pas l'air de s'être rendu compte du bruit soudain.
« Tu ne peux pas venir avec moi. »
Waverly roula des yeux d'un air exaspéré, et enleva les mains de Nikolae de ses épaules.
« Je pensais qu'il était établi que je viendrai jusqu'à Amphipolis avec toi, encore plus après ce qu'il s'est passé tout à l'heure, mais si il faut qu'on ait encore cette conversation … »
« Non, je veux dire tu ne peux pas venir avec moi acheter des montures, et elle non plus » se corrigea Nikolae « Trois femmes ne peuvent pas aller acheter un cheval, déjà une va s'avérer compliqué … »
« Alors nous t'attendrons ici. »
« Non plus. »
« Comment ça non plus ? » Waverly croisa les bras et pinça les lèvres en signe de mécontentement. « Ca commence à faire beaucoup de non, Nikolae, même pour toi ! »
« Il faut demander pardon à Hera ! »
La brune regarda la rousse comme si elle était folle.
« Tu veux que j'aille m'excuser auprès d'une statue ? »
« Je veux que tu arrêtes d'insulter les dieux, en premier lieu, parceque ça va finir par nous porter préjudice » grogna Nikolae « Et oui, il faut que l'on s'excuse de lui avoir pris une de ses servantes ! Il nous faut froisser absolument un Dieu si nous voulons arriver à Amphipolis en un seul morceau, si ce n'est y arriver tout court, et il faut que j'y aille ! »
Waverly la dévisagea étrangement, et alors que Nikolae se demandait juste si elle n'avait pas dit un mot de trop, opina du chef.
« Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? »
« Va trouver de quoi faire un sacrifice. »
Tout le sang quitta les joues de Waverly, qui blanchit si bien que Nikolae crut qu'elle allait perdre connaissance dans ses bras.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« J'ai vu qu'un seul sacrifice dans ma vie, à Zeus et c'était un sacrifice de taureau … tu veux que j'égorge un taureau ? »
« Je ne t'en demande pas tant » sourit Nikolae « Une colombe, ou un vin que tu répands par terre, ce sera déjà bien … Quand nous serons parties d'ici j'irai chasser du beau gibier pour éloigner son courroux »
« D'accord » souffla la brune, rassurée « Où est-ce que je dois le faire ? »
« Devant le temple. »
« Mais sans toi … »
« Il ne t'arrivera rien, l'autre est bien trop effrayé pour agir. Lâche juste la colombe devant, ou verse un peu de vin au sol et va-t'en vite. Attends-moi ensuite avec elle ici même, et nous partirons le plus vite possible. »
Waverly n'avait pas l'air rassurée, mais comprenant que la demande avait l'air d'être importante aux yeux de la rousse, accepta silencieusement.
« Levki ! »
La petite fille arriva presque en courant, tout sourire et glissa aussitôt sa main dans celle de la brune, et Nikolae reprit un air grave.
« Levki, tu restes avec Way-Wa, enfin mon amie jusqu'à ce que je revienne, d'accord ? » La petite fille hocha de la tête et Waverly passa une main dans ses cheveux en souriant. « Et après on partira toutes les trois »
La jeune esclave ouvrit grand les yeux, et tourna la tête vers Nikolae. Ses cheveux laissaient à nouveau apparaitre la teinture bleutée autour de son œil, encourageant encore plus la lieutenant dans sa décision.
« Vraiment ? »
« Vraiment » sourit Nikolae « Je viendrai te chercher ce soir, je te le promets. »
Alex était prête.
Elle avait recouvert son visage et ses bras de suie, et enfilé une tunique noire, la rendant indiscernable dans l'obscurité de la nuit. Elle s'était aussi débarrassée de son armure et de son casque à plume, choisissant de laisser derrière elle son bouclier et sa fidèle épée pour ne se munir que d'une dague et d'un court poignard qu'elle avait fixés à sa ceinture. Elle aurait besoin d'effectuer des mouvements souples, et ne pouvait pas se permettre d'être alourdie par ses armes, ou sa cuirasse.
Maggie et Megaloppe l'attendaient toutes les deux à la sortie de la petite tente au pied des remparts de la cité où Alex s'était changée, qui servait de lieu de repos de fortune aux amazones qui montaient la garde la nuit.
« Générale » l'accueillit Megaloppe « Nous sommes prêtes »
Maggie hocha la tête en guise de salutation, et les deux Amazones frappèrent du poing leur poitrine en même temps. Elles portaient elles aussi des vêtements noirs, et Megaloppe avait recouvert ses cheveux blonds d'un pan de tunique noire pour éviter qu'ils ne trahissent sa présence dans le camp ennemi.
« Bien » dit Alex « Cette mission n'a pour but que le repérage de leur camp, et rien d'autre. Pas d'effusion de sang, pas de victimes inutiles, même si l'envie d'en égorger l'un ou l'autre sera grande »
Ses deux guerrières hochèrent de la tête consciencieusement, et Alex poursuivit du même ton.
« Si l'une de nous est repérée, il faudra la laisser sur place et partir, même si c'est moi, est-ce bien clair ? »
Megaloppe et Maggie hochèrent vigoureusement de la tête, et faillirent bien la convaincre qu'elles l'abandonneraient réellement derrière si il le fallait. Ni l'une ni l'autre ne laisseraient jamais leur princesse prisonnière d'un camp ennemi, Alex en était parfaitement consciente.
« Bien, allons-y »
Alex se dirigea d'un ton déterminé vers la grande porte d'entrée de la palissade. Quelque part dans les hauteurs de son palais, elle savait que Regina avait les yeux rivés sur elle. Elle ne donnerait pas à sa mère la satisfaction de lui dire qu'elle l'avait bien prévenue si le plan échouait.
Megaloppe et Maggie lui emboitèrent le pas, et elles arrivèrent vite au pied des remparts. Ceux-ci, qui avaient été construits il y a des millénaires, bien avant la naissance même de Regina, ne comportait qu'une seule entrée principale, encadrée par deux portes si massives et si lourdes qu'il fallait au moins la force de trois femmes pour les ouvrir.
Du moins c'est ce que croyait le vieux roi Cyrus, parceque l'architecte qui avait dessiné les plans avait tout prévu dans le moindre détail, et avait du deviner qu'un jour, une fille de Reine aurait besoin de sortir de Themyscira discrètement pour se rendre de nuit dans le camp ennemi. Il y avait une sortie secrète dans la palissade, constitué de quelques planches de bois qui basculaient vers l'extérieur quand on activait un mécanisme compliqué de poulies cachées dans l'épaisseur du mur de bois et qu'on ne pouvait ouvrir que depuis l'intérieur de la ville.
Les guerrières de garde cette nuit-là, deux amazones sœur jumelles du nom de Aglaia et Agalia, se mirent aussitôt au garde-à-vous en apercevant leur capitaine de garde.
« Repos » leur ordonna Maggie « On vous a informé du mot de passe ? »
Aglaia et Agalia hochèrent toutes les deux de la tête, le dos droit, et Alex fit de même.
« Si le mot de passe est faux, même si c'est l'une de nous trois que vous voyez, n'ouvrez pas. Sous aucun prétexte ! » lança la générale
Les jumelles ayant confirmé d'un nouveau mouvement de tête muet, Alex se tourna vers Megaloppe et Maggie.
« Si il y en a une qui ne veut pas y aller, c'est le moment »
Aucune des deux ne bougea d'un centimètre, et Alex fit signe qu'on ouvre la palissade. La porte secrète coulissa sur ses gonds, et Alex avança d'un pas prudent dehors. Elle n'était pas sortie de l'enceinte de Themyscira depuis la dernière bataille, et s'arrêta un instant pour respirer l'air frais. La vision de Maggie derrière elle la remit tout de suite dans sa concentration initiale, et elle fit signe aux autres de refermer la porte derrière elles.
Le campement des hommes n'était qu'à quelques centaines de mètres, et il fallait traverser dans l'obscurité la grande plage où avait eu lieu la bataille, sans prendre garde aux corps qui jonchaient le sol et qui n'avaient pas encore été récupérés pour les brûler. Alex se demanda quel genre d'homme était le roi Cyrus pour ne pas offrir de dignes funérailles à des hommes morts pour lui.
Si l'une seule des Amazones qu'elle avait connu était restée sur cette plage, Alex aurait escaladé les remparts à mains nues pour aller récupérer sa dépouille et lui offrir une sépulture.
Maggie et Megaloppe la suivaient dans la nuit, et Alex leur fit signe de s'agenouiller derrière elle. Les Anatoliens avait aménagé une grande clôture de poteaux de bois taillés en pieux autour de leur campement, dont l'entrée était surplombée de deux guérites de gardes surélevées en hauteur.
Deux grandes torches accompagnaient ces guérites, et éclairaient loin devant elles, aidant les gardes à repérer quiconque s'aventurerait vers le camp. Il fallait être prudentes. Alex s'allongea sur le sol, et se mit à ramper, aussi imitée par ses deux guerrières. Ce n'était pas la position la plus digne pour une Générale, mais si l'un des soldats qui montaient la garde les repéraient, elles n'auraient qu'à s'immobiliser complètement pour jouer aux mortes.
Tout aussi dangereux et mortels qu'ils étaient au combat, les Anatoliens n'étaient pas les meilleurs stratèges, puisqu'ils n'avaient pas jugé nécessaire de mettre plus que deux gardes pour surveiller leur campement. Leur suffisance et la conviction qu'ils étaient de loin supérieurs à elles les perdrait. Alex atteignit facilement la barrière de bois, et se plaqua contre, attendant un instant pour faire signe aux autres de l'imiter.
Les deux Anatoliens de garde cette nuit-là préféraient discuter entre eux que de faire correctement leur travail, se contentant de jeter de temps à autre un coup d'œil discret par-dessus leurs épaules en guise de surveillance. Alex n'eut aucun mal à passer sous la première guérite pour aller rejoindre la seconde, et fit signe à Megaloppe de faire les mêmes mouvements qu'elle pendant que Maggie restait tapie dans l'ombre.
Les deux amazones se mirent à escalader sans un bruit les rondins de bois de la palissade, jusqu'à pouvoir poser le pied sur le rebord de la petite cabane de garde. Alex fit alors un signe vers le sol, où Maggie apparut aussitôt dans la lumière, et glissa deux doigts dans sa bouche pour pousser un sifflement strident.
Alertés par le bruit, les deux gardes se penchèrent tous les deux vers l'extérieur, prêts à interpeller l'intrus, et Megaloppe et Alex en profitèrent pour glisser chacune un bras autour du cou de son garde respectif, et de l'étouffer jusqu'à ce qu'il perde connaissance.
Alex aurait facilement pu tuer le sien, qui n'était qu'un gamin chétif tremblant sur ses jambes, mais se contenta une fois l'autre évanoui de sauter dans sa guérite pour l'allonger au sol, et se débarrasser de ses armes en les jetant par-dessus bord.
Megaloppe avait plus de mal avec son garde, qui se débattait comme un beau diable et finissait par risquer d'alerter les autres de leur présence, et s'en débarrassa enfin en le faisant basculer vers le sol, où il alla s'écraser sans un bruit. Maggie alla aussitôt vérifier l'état de l'homme, et jeta son glaive au loin avant d'escalader à son tour la palissade et d'atteindre la guérite. Megaloppe et elle attendirent toutes les deux qu'Alex leur fasse signe que la voie était libre pour descendre dans le campement ennemi par la petite échelle de côté, et rejoindre leur générale.
« Il est mort ? » chuchota Alex une fois redescendue au sol du bon côté du campement
« Je pense pas » lui répondit Maggie « La chute ne lui a pas fait de bien, mais était largement insuffisante pour le tuer »
Alex poussa un soupir soulagé. Outrager les dieux en assassinant lâchement un pauvre garde nuit au milieu de sa ronde, sans même lui offrir l'occasion de défendre vraiment sa peau en plus, n'était pas une bonne idée, surtout quand elle avait juré auparavant qu'aucune effusion de sang inutile ne serait versé.
L'inquiétude pour le garde passé, les trois amazones regardèrent autour d'elles. Elles avaient réussi facilement l'infiltration, vraiment trop facilement, et Alex se doutait qu'une telle occasion ne se reproduirait plus.
Dès le lendemain, le prince Démétrios ferait ce que son vieux croûton de père aurait du faire dès le début, et renforcerait ses gardes de nuit pour qu'aucune Amazone ne puisse à nouveau pénétrer dans le camp. En attendant, personne ne les avait repérées, et elles avancèrent silencieusement entre les tentes sans croiser âme qui vive, presque à en croire que le camp entier était plongé dans le sommeil.
Elles passaient entre des tentes, certaines très grandes et carrées qui devaient contenir plusieurs dizaines d'hommes, et d'autres rondes bien plus petites, sans doute celles d'hommes aux grades plus élevées, mais ne croisèrent pas un homme en train de veiller, ou de se relayer pour alimenter les quelques feux de bois qui éclairaient les baraques.
Alex ne pouvait pas croire que tous les soldats Anatoliens étaient réellement endormis, ou qu'elles avaient l'incroyable chance d'être passées entre les rondes de nuit du camp, non, elle était même sûre que sa mère y était pour quelque chose – c'était bien son style. Emma avait du offrir un sacrifice à un dieu pour qu'il les protège, ou qu'il plonge leurs adversaires dans un sommeil profond, elle n'y voyait pas d'autres explications.
« Alex ! » souffla Megaloppe « Regarde ! »
La tente du prince était visible de loin, dressée en plein milieu du camp d'une toile rouge écarlate qui détonait avec les tentes blanches des simples soldats. Elle se différenciait de la tente du roi par la simple différence qu'un seul garde semblait roupiller sur sa lance devant, et non toute une cohorte en protection de leur souverain.
Elles avancèrent prudemment à travers le campement endormi, et admirèrent d'un peu plus près la grande tente circulaire. Un fier drapeau doré paradait en sa pointe, signifiant bien à quiconque n'avait pas deviné qui était son occupant, et le simple garde posté devant l'entrée n'était pas plus réveillé que ça. Alex l'envoya définitivement dormir d'un coup de poing dans le menton, et souleva un pan de la tente pour y entrer sur la pointe des pieds, Megaloppe et Maggie jetant un dernier coup d'œil aux alentours pour assurer leur discrétion.
L'intérieur de la tente était plongé dans le noir, mais les rayons de la lune qui étaient passés à travers l'ouverture de la tente suffisaient pour en éclairer l'intérieur.
Le prince dormait à poings fermés sur un lit militaire, un bras pendant hors du lit, et le bas de son corps dénudé à peine recouvert d'un drap immaculé. Ce qui était plus étonnant, c'était la présence à ses côtés d'une autre forme, qu'Alex reconnut en se rapprochant comme l'aide de camp de sa majesté. Les deux hommes étaient lovés ensemble dans une étreinte si serrée qu'il était difficile de les différencier l'un de l'autre, et après inspection, il s'avérait que l'aide de camp n'était pas plus vêtu que son maitre.
« Tiens donc ! » commenta Megaloppe « Voilà pourquoi il n'était pas plus emballé que ça à l'idée de t'épouser, Générale »
Alex répondit d'un grognement et inspecta l'intérieur de la tente d'un coup d'œil. Le mobilier était le plus simple possible, signe que le prince ne devait pas passer beaucoup de temps dans sa tente, lui qui aimait tout ce qui était luxueux. A part l'armure posée négligemment sur un siège et les tuniques éparpillées au sol, il n'y avait rien d'intéressant à voler pour signifier qu'elles étaient passées.
« Dire que ce petit fumier a tué Dione » murmura Megaloppe, accroupie devant le lit « Je pourrai le saigner à blanc dans son sommeil »
« Et ça ne la ramènerait pas » lui murmura Maggie en posant une main sur son épaule « Qu'est-ce qu'on fait Générale ? »
Alex s'accroupit à leurs côté et passa une main dans son dos pour en sortir sa dague. Elle la planta de toute sa lame dans le sol au pied du lit, et arracha un bout de tissu à sa tunique noire pour en entourer le manche.
Quand il se lèverait, le prince reconnaitrait immédiatement la dague et le tissu qui était accroché, et comprendrait tout de suite qu'il avait sous-estimé ses adversaires. Alex était entrée dans sa tente, et aurait pu le tuer aussi facilement que ça, avec la dague même qui était dans le sol.
« Partons » dit Alex
Sans jeter le moindre regard derrière elle, la générale quitta la tente du prince avec Megaloppe et Maggie pour prendre le chemin inverse vers la sortie du camp.
Elles étaient presque arrivées aux guérites des gardes quand au détour d'une allée bordée de tentes blanches, alors que le campement était plus silencieux que jamais, elles tombèrent nez à nez avec une chouette posée en hauteur, qui les fit toutes trois sursauter d'un hululement sonore.
« Athena veille sur nous » sourit Megaloppe
« Ou au contraire, elle nous prévient d'un danger imminent » se méfia Alex « Hâtons-nous »
Les trois ombres avancèrent à pas rapide jusqu'aux guérites, et décidèrent sans se dire un mot de passer par la même, celle qui contenait encore le jeune garde qu'Alex avait assommé. Alex fut la première à grimper dans la guérite, puis à sauter de l'autre côté de la palissade d'un mouvement souple.
Megaloppe la rejoint facilement, et Maggie s'apprêtait à faire de même, une jambe déjà dans le vide, quand elle disparut soudain dans la nuit, tirée en arrière par une force mystérieuse.
Il fallut quelque pas à Megaloppe et Alex pour se rendre compte que Maggie ne les suivait pas.
« Où est Maggie ? » s'affola Alex « Elle ne te suivait pas ? »
« Je pensais que si ! »
Elles retournèrent vite sur leur pas pour se rendre compte que le jeune garde s'était réveillé quelque part entre le passage d'Alex et Megaloppe, et alors que Maggie passait par-dessus bord, s'était jetée sur elle pour l'étrangler de son bras.
Elles ne pouvaient qu'observer leur lutte silencieuse dans le noir, distinguant à peine qui était qui dans l'obscurité aveuglante, et quand Maggie poussa un cri de douleur clairement distinguable, Alex se précipita vers la tour de garde pour l'escalader à mains nues. Elle n'était pas encore arrivée tout en haut quand une ombre passa par-dessus bord juste à côté d'elle, et s'écrasa en bas dans un drôle de bruit. Alors que Megaloppe se précipitait vers le corps pour le retourner, Alex grimpa les dernières planches et sauta dans la guérite.
« Maggie ! Maggie où es-tu ? »
« Alex » soupira Maggie d'une voix étranglée
Elle était recroquevillée dans un coin de la cabane, et ne parlait plus qu'à travers un filet de voix visiblement douloureux. Alex ne réalisa même pas que c'était sans doute la première fois qu'elle l'appelait par son prénom tant elle était inquiète.
Elle alla tout de suite se pencher vers Maggie pour essayer de la relever, et celle-ci poussa une longue plainte douloureuse dès que les bras d'Alex entourèrent son ventre.
« Tu as mal ? » s'inquiéta tout de suite la princesse
« Il m'a … attrapé par le cou, je l'ai … je l'ai pas entendu venir » souffla Maggie « Un couteau … »
Alex baissa la tête vers ses mains. Le reflet de la lune et la lueur des torches suffisaient à éclairer assez la guérite pour qu'elle aperçoive la tache rougeâtre qui grandissait sur le côté de Maggie et commençait à se répandre sur ses doigts.
« Ca va aller » promit-elle « On va te ramener et Abigail va s'occuper de tout ça, d'accord ? Ce n'est rien, presque rien »
Maggie devait bien voir qu'Alex ne croyait pas un mot de ce qu'elle disait, mais hocha faiblement de la tête quand même. Alex parvint à la hisser sur ses pieds, et se pencha vers l'ouverture extérieure.
« Il est neutralisé ? »
« Oui je m'en suis occupé » lui répondit Megaloppe
« Aide moi alors ! »
Alex souleva Maggie de tout son corps pour la poser sur le bord de cabine, et tant bien que mal, Megaloppe réceptionna une Maggie chancelante sur ses pieds. Alex sauta au sol à côté, et se dépêcha d'aider la Générale à la redresser, un bras de la capitaine autour de ses épaules.
« Et lui, on en fait quoi ? On le laisse là ? » demanda Megaloppe
« Il s'est déjà réveillé une fois … si ils le trouvent dehors, ils vont sonner l'alerte ! »
« Il y en plusieurs assommés de l'autre côté » lui rappela Megaloppe
« Je sais, mais lui est au froid et dehors … bon tant pis on l'embarque avec nous ! » décida vite Alex
Megaloppe esquissa le geste de se baisser vers Maggie pour la porter, mais Alex l'en empêcha d'un geste de bras.
« Non laisse-moi la prendre … traine l'autre. »
Megaloppe jeta un drôle de regard à Alex, qui marmonna qu'elle était plus grande qu'elle et plus costaude pour porter un homme, et attrapa le soldat par les pieds pour le trainer comme elle pouvait vers les remparts.
Alex attrapa Maggie une main sous les cuisses et l'autre sous l'épaule, prenant bien garde à ne pas presser son côté ensanglanté, et les deux Générales se hâtèrent de traverser la plage pour revenir aux remparts de Themyscira.
« Mot de passe ! » lança Aglaia
« La belle Hélène aime le beau Pâris » lui répondit Alex « Ouvre nous vite ! Et fais venir un cheval ! »
Le passage caché dans les portes s'ouvrit, et Alex rentra vite, suivie de Megaloppe et du soldat toujours inconscient.
« Mettez moi ce fumier sous chaînes lourdes, je m'en occuperai plus tard » cracha -elle en montrant le soldat de la tête « Et le cheval ? »
« A cette heure-ci ? » répondit Agalia « Ils sont tous aux écuries, Générale ! »
« J'irai à pied alors » grogna Alex « Que l'on prévienne la reine ! »
Alex repartit tout de suite vers l'infirmerie, Maggie toujours dans les bras, et disparut dans la nuit noire sur les routes de Themyscira.
