Bonsoir à tous ! Vous ne m'attendiez plus, me voilà, après une (encore) très longue absence. Ce n'est pas toujours facile de trouver l'inspiration, mais voilà enfin le nouveau chapitre qui je l'espère vous plaira. comme d'habitude n'hésitez pas à me faire part de vos impressions sur ce chapitre, j'avoue que ça me motive toujours à continuer (même si on ne dirait pas comme ça ... ahah).
Réponse aux reviews :
Nenya : Tu as bien raison de ne pas trop espérer, Malefoy ne se réjouira pas de la trahison de Hermione ... loin de là !
Drou : Enfin, on ne l'attendait plus cette liberté ahah
Kate : Merci pour ton soutien ! J'espère que ce chapitre te plaira.
Pour les autres, je réponds en privé, comme d'habitude !
Hermione sentit les larmes lui monter aux yeux. De hautes montagnes, noires et sombres se profilaient à l'horizon. Elle était bien loin de la prison qui avait été son chez elle pendant des mois entiers.
Elle chercha Fred du regard, face à elle, tenant le cerceau. Il ne pleurait pas, ne hurlait pas de joie comme les autres. Il était figé. Son regard était fixé sur George qui ne l'avait pas encore vu. Ou pas encore reconnu. Hermione était certaine de l'avoir vu le regarder juste avant de disparaitre.
Hermione comprit alors.
Elle avait cru voir un millier de fois Harry après sa mort.
Ce n'était jamais lui.
George avait dû voir un millier de fois Fred après sa mort.
Et ça n'avait jamais été lui.
George se jeta dans les bras de Neville dans un grand éclat de rire, heureux d'avoir réussi à s'échapper de la prison Malefoy. Il se tourna vers Hermione, un grand sourire fendant son visage. Il était heureux.
Il n'avait pas encore vu Fred. Ou il ne l'avait pas reconnu. Avec la tête presque rasée, ses cheveux n'avaient plus rien de roux. Il avait vieilli à cause de l'épuisement.
George approcha de Hermione, la serrant dans ses bras à son tour.
- Ron sera si heureux de savoir que tu es avec nous, souffla-t-il.
Hermione lui rendit son étreinte, pleurant sans retenue.
Personne n'avait besoin de savoir qu'elle ne pleurait pas de joie. Personne n'avait besoin de savoir qu'elle pleurait pour Drago Malefoy, ce monstre sans âme qui lui avait fait vivre un enfer pendant des mois. Personne ne devait savoir ce qui la liait au Général Malefoy, allié incontesté du Lord Noir.
- Ge… George ?
Tout le corps de George se contracta contre Hermione. Sa prise se resserra sur son épaule et Hermione s'extirpa de sa prise pour éviter d'étouffer. George avait le regard fixé sur elle, un air fou dans les pupilles.
Il n'y croyait pas.
- George, rappela Fred de sa voix rauque et fébrile.
Les yeux de George brillaient. Mais il ne bougeait pas. Il ne pouvait pas bouger. Il ne pouvait pas y croire. Il ne pouvait pas espérer sous peine de mourir de désillusion lorsqu'il se retournerait et ne verrait pas Fred.
Il ne pouvait pas affronter ça. Il n'y survivrait pas.
Il ferma les yeux, pressant les paupières avec force.
La main de Fred se posa sur son épaule.
- C'est impossible, souffla-t-il à lui-même.
Fred rit un peu, doucement.
Hermione ne l'avait pas vu rire depuis longtemps. Elle n'avait pas vu la vie dans ce regard depuis Poudlard.
- Je t'ai bien eu, pas vrai ? dit-il avec un demi-sourire.
Face à George, il s'abreuvait de ce visage si semblable au sien et pourtant si différent à présent.
George ouvrit les yeux.
C'était lui.
Ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et Hermione rit un peu entre ses larmes.
Voilà pourquoi elle avait quitté Drago. Parce que Fred méritait plus que n'importe qui de retrouver le bonheur, retrouver son frère jumeau.
Hermione n'eut aucun souvenir de ce qui se passa ensuite. Hermione avait lu des choses à ce sujet dans des livres de psychologie lorsqu'elle était encore à Poudlard. Les traumatismes pouvaient parfois pousser le cerveau à l'oubli.
Alors Hermione se réveilla sans le moindre souvenir de comment elle était arrivée dans cette minuscule chambre.
Elle passa la porte et descendit au rée de chaussée. Il y avait foule. Des membres de l'Ordre étaient occupé à distribuer des vêtements et des vivres à chacun. Neville hurlait des ordres et Seamus s'assuraient que tout le monde face preuve de discipline.
Dean Thomas s'approcha de Hermione.
Réunion de l'ordre au troisième étage, salle de 211 dans 30 minutes, lui dit-il d'un air grave.
- Où sommes-nous ? interrogea Hermione.
Tu le sais bien, dans un vieil hôpital moldu à Leakweak. C'est mon père qui m'a parlé de cet endroit. On a passé les trois derniers mois à le rendre complètement invisible aux moldus et introuvable pour les sorciers. Je suis le gardien du secret, dit-il avec un sourire fier bien que l'air inquiet de voir que Hermione ne se souvenait de rien.
- Ah oui, c'est vrai, mentit-elle. Leakweak, répéta-t-elle.
C'était bien loin de là où Drago Malefoy se trouvait.
Avait-il trouvé la lettre qu'elle lui avait laissé ? Est-ce qu'il l'avait lu ou simplement jeté au feu ?
Hermione fut arrachée à ses sombres pensées par une étreinte de George qui venait d'apparaitre.
- Merci, Hermione. Merci mille fois, murmura-t-il.
Elle ne l'avait jamais vu si fébrile, si ému.
Fred le méritait.
- Tu n'imagines pas ce que c'est que de vivre sans ton jumeau. L'horreur que c'est, chaque jour. Il me manquait dès le réveil. Une atroce torture.
Hermione sourit un peu.
Elle se demanda si c'était la même émotion qu'elle avait ressentie ce matin en se levant. Celle d'un manque, d'une culpabilité monstre qui la rongeait jusqu'à l'os.
Elle s'efforça de ne pas y penser, mais il était partout dans ses pensées. Elle pouvait presque entendre sa voix pleine de reproches, voir son regard accusateur et plein de haine.
Elle pouvait presque sentir la rancœur qu'il avait contre elle.
Jamais il ne lui pardonnerait.
Elle s'arrêta devant la salle 211. Elle entra. Une grande table avait été dressée et il y avait déjà tous les membres importants de l'Ordre. Les membres encore en vie.
Ils étaient tous jeunes. Ils avaient fréquenté Poudlard ensemble. Plus de Dumbledore, McGonagall, Shacklebolt.
Il n'y avait que Neville, Dean, Seamus, George, Maxwell.
- On t'attendait, dit gravement Neville.
Hermione s'installa sans un mot sur l'une des chaises libres.
- Il n'y a pas Fred ?
- Je veux qu'il se remette, dit George.
Hermione hocha de la tête. On ne se préoccupait visiblement pas autant de son sort.
- Bon, nous pouvons commencer, dit Seamus.
Neville opina de la tête, rassemblant les parchemins devant lui.
- L'opération a été un succès. Nous allons pouvoir redoubler d'énergie pour renverser les mangemorts. En entrant dans la prison Malefoy, on a frappé fort. Les rumeurs ne tarderont pas à courir à propos de la fuite des détenus, et peut-être que nous pourrons accueillir d'autres individus qui sont prêts à combattre le Lord.
- Neville, je crois que tu ne te rends pas compte de ce que ces gens ont subi. Tous ne seront pas aptes à se battre. Certains sont terrifiés à la moindre porte claquée. Il va falloir évaluer qui est assez solide pour vraiment agir pour l'Ordre. Sinon, on risque de provoquer une véritable boucherie à chaque opération.
- Je le sais, Hermione. On va d'abord s'assurer qu'ils soient prêts. D'après nos comptes, nous sommes 113. Il y en aurait bien une petite vingtaine apte au service, dit-il en gribouillant quelque chose sur ses notes.
- Et après ? demanda Hermione. Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on peut faire contre vous-savez-qui ?
- Le combattre, Hermione ! dit rageusement George. Continuer de neutraliser des rafleurs, libérer d'autres prisons ! Recruter des membres jusqu'à ce qu'on soit plus nombreux.
- Mais sans Harry…, objecta Hermione.
Elle ne termina pas sa phrase, abattue. Il lui semblait qu'elle n'arrivait pas à voir la moindre lumière au bout du tunnel. Après des mois à espérer une action de l'Ordre, à s'imaginer des plans invraisemblables de libération et de la mort de Voldemort, il lui semblait qu'elle n'arrivait plus à espérer.
Elle aperçut alors le coup d'œil de Neville qu'il jeta à George.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle alors.
George détourna le regard et Neville remua sur sa chaise.
- Dites-le-moi.
Elle s'était redressée.
- Ce n'est pas vraiment … il n'y a pas vraiment quelque chose à savoir, dit lentement Neville. Mais …
Il se leva et alla fouiller dans une malle dans un coin de la pièce. Hermione ne l'avait même pas remarqué. Il en sortit une petite boite qu'il fit glisser à Hermione sur la table. Elle ouvrit la boite, un peu perplexe. Il y avait une pierre à l'intérieur, minuscule. Elle se pencha et la reconnut alors : la pierre de résurrection.
- Où est-ce que vous avez trouvé ça ? souffla-t-elle.
- C'est Ron. Avant qu'il ait fui le pays, dit George, l'air sombre. Tu sais, il était vraiment désespéré après la mort de Harry. Vraiment beaucoup. Il devenait à moitié fou, il cherchait désespérément à prouver que Harry n'était pas mort, qu'il y avait encore un espoir. Il est parti chercher cette pierre, la pierre de résurrection comme il l'appelait.
Il s'arrêta une seconde, tapant des doigts sur la table.
- Il est revenu des mois plus tard avec ce caillou. Il avait un regard de timbré, on aurait dit Dumbledore. Et puis j'ai compris pourquoi il cherchait cette pierre. Elle montre les morts.
- Elle lui a montré Harry, dit doucement Hermione.
Ron et Harry avaient toujours été comme des frères. Elle savait comme il était attaché à lui. Elle connaissait la peine qu'il avait ressenti parce qu'elle avait vécu la même douleur. Et elle connaissait Ron. Elle savait comme il avait toujours eu du mal à gérer ses émotions, ses sentiments. Ça ne l'étonnait pas qu'il ait tenté de faire revivre Harry avec cette pierre.
- Justement non, dit gravement George. Il n'a pas vu Harry. Il a vu Dumbledore, Remus, Tonks, Lavande, mais pas Harry. Ni Fred d'ailleurs. Et c'est pour ça que je lui ai dit que c'était bête. Que ce n'était pas parce qu'elle ne montrait pas Harry qu'il n'était pas mort. La preuve, il n'y avait pas Fred.
- Sauf que Fred n'est pas mort, ajouta Dean. C'est la raison pour laquelle il n'est pas apparu. Et si Harry n'est pas apparu …
- C'est peut-être parce qu'il est en vie, finit Neville.
Un silence de plomb tomba sur la table. Hermione regardait chacun de leur visage tour à tour.
- Vous ne pouvez pas être sérieux, dit-elle avec un faux rire.
- Et pourquoi pas, Hermione ? dit George en se levant d'un bond. Ça a du sens. La pierre fait apparaitre ceux que l'on veut voir ! Alors pourquoi Harry n'est pas apparu ? Il n'y avait personne d'autre que Ron voulait voir !
Hermione regarda à nouveau la pierre.
- C'est impossible, souffla-t-elle, le cœur battant. Impossible.
- Prends la pierre, Hermione. Et pense à Harry.
Lentement, elle attrapa la minuscule pierre, la serrant dans ses paumes de main. Les yeux fermés, elle se concentrait le plus possible sur le visage de Harry. Elle revoyait ses cheveux en bataille, ses lunettes rondes, son regard vert.
Elle rouvrit les yeux.
Il n'y avait pas Harry devant elle.
Il y avait Sirius et Remus.
- Il n'est pas là, souffla Hermione.
- Peut-être parce qu'il ne peut pas être là, dit doucement Remus avec un sourire.
Hermione lâcha brusquement la pierre, et les deux fantômes disparurent.
- Harry est vivant, Hermione, dit gravement Neville. Et c'est notre plus grande chance.
Hermione était restée un très long moment, enfermée dans sa chambre, réfléchissant encore et encore. Elle ne pensait plus à Drago. Non, elle pensait à Harry.
Harry.
Vivant ?
C'était impossible. Ça faisait maintenant trois ans. Comment aurait-il pu survivre sans se montrer ? Le Harry qu'elle connaissait … il n'aurait jamais laissé le monde souffrir. Lui et son complexe du héros … il serait réapparu, aurait essayé de combattre Voldemort.
Alors où était-il ?
Il était forcément mort.
Mais pourquoi n'apparaissait-il pas avec la pierre de résurrection ?
Ça m'énerve, soupira Hermione en se redressant.
Elle n'en pouvait plus. Elle ne cessait de réfléchir, encore et encore, avec toujours la même issue.
Harry était vivant et était dans l'incapacité de se montrer.
Était-il retenu prisonnier ? Ou trop blessé pour réapparaitre ?
Ou bien comme Voldemort, à l'époque, sous la forme d'un esprit faiblard incapable de vivre seul ?
On frappa à sa porte. Dean entra, les mains enfoncées dans les poches.
- Tu viens ? C'est notre tour de prendre la filature de McNair.
Hermione hocha de la tête.
Drago Malefoy se retourna avec précaution. La douleur qui le tiraillait était atroce. Sa mère l'avait fait porter jusqu'au manoir et cela faisait une semaine qu'il était en convalescence dans l'immense chambre qu'était la sienne.
Il tendit le bras, ignorant la plainte douloureuse de ses muscles pour attraper le parchemin plié en trois dans le tiroir de sa table de chevet.
Il était toujours soigneusement plié. Il ne l'avait pas lu, ni ouvert.
La simple vue de cette délicate écriture qui avait harmonieusement écrit « A Drago », le mettait dans une rage proche de la folie.
Il avait envie de hurler, de la déchirer et de la brûler, mais il en était incapable.
Car cette délicate écriture lui rappelait aussi le sourire de Hermione Granger, ses yeux noisette chaleureux qui étaient les seuls capables de réchauffer son cœur froid et douloureux. Du bout de l'index, il caressa l'encre, pensif.
La poignée tourna et Drago glissa la lettre sous les couvertures, la dissimulant au regard de sa mère qui venait d'entrer.
- Comment te sens-tu, mon chéri ? souffla-t-elle en s'asseyant sur le bord du lit.
Ses cheveux blonds étaient toujours parfaitement coiffés et sa tenue parfaitement étudiée. Elle caressa les cheveux blonds de son fils avec un air inquiet.
- J'ai mal, dit-il d'une voix sifflante. Partout.
- Je suis désolée, mon chéri.
- Ce n'est pas votre faute, mère.
Elle eut un sourire douloureux.
- Moi et ton père t'avons mené dans ce monde, nous t'avons hissé jusque-là.
- Pour la gloire des sangs purs.
Elle le regarda un bon moment et déposa deux fioles sur sa table de chevet.
- Pour la douleur, dit-elle. L'elfe t'apportera ton repas de ce soir.
- Merci, mère.
Il goba ses potions sans rechigner et plongea dans un sommeil réparateur sans rêve. Il ne se réveilla que lorsqu'il entendit un hibou frapper contre le carreau. Difficilement, il s'extirpa des couvertures. C'était comme s'il avait perdu toute force et énergie. Il dut se tenir au mur pour rejoindre la fenêtre. Il attrapa la lette et le hibou repartit sans un regard.
Drago connaissait cette écriture. Celle d'Astoria.
Cher Drago,
J'ai appris l'incident qui a eu lieu à la prison. Je suis désolée d'apprendre que tu as dû faire les frais de la colère du Seigneur des Ténèbres et te souhaite un prompt rétablissement. Je t'envoie cette missive pour t'informer des dernières rumeurs qui courent parmi les adeptes.
Nous avons eu bien des différends, pour autant je ne souhaite pas ta mort. Alors méfie-toi de ceux qui t'entourent car beaucoup disent que le Lord serait prêt à te remplacer par quelqu'un d'autre. Quelqu'un de plus efficace.
Les gens parlent, Drago. Et ils parlent de la sang de bourbe.
Affectueusement,
Astoria.
Drago jeta la lettre au feu, la gorge nouée.
Granger le tuerait. Pas de sa propre main, mais c'était tout comme.
Il la haïssait de toute son âme. Il n'avait qu'une envie, la retrouver pour lui faire autant de mal qu'il en avait subi. Il voulait lui jeter autant de doloris qu'il en avait reçu, lui jeter les affreux maléfices qu'il avait subi et qui lui donnaient toujours l'impression que ses muscles brûlaient, que sa peau se consumait, que son cerveau allait éclater sa boite crânienne.
Et par-dessus tout, il voulait lui jeter ce sortilège qui lui arrachait le cœur, le poignardait à chaque instant, à chaque respiration, qui l'empêchait de dormir de douleur. Il voulait qu'elle sache à quel point ça lui faisait mal.
Il aurait fallu qu'il connaisse la formule de ce sortilège.
Elle ne figurait dans aucun manuel de magie noire.
- Tu es sûre de ce que tu dis ? insista Fred.
Il était assis au bout du lit de Hermione tandis qu'elle regardait par la vieille fenêtre fêlée de la chambre qu'elle occupait depuis bientôt deux semaines.
- Certaine. Je tiens ces informations de ton frère et Neville.
- Harry ne peut pas être vivant.
Hermione avait fini par parler de secret d'Etat à Fred, sans en parler à George. Elle était certaine que Fred aurait aimé être au courant. George couvait bien trop Fred qui ne demandait qu'à rejoindre activement la résistance.
- Plus j'y pense, plus j'y crois, dit sérieusement Hermione. La question est, pourquoi ne réapparait-il pas ?
- Sans doute parce qu'il ne le peut pas, s'il est en vie en tout cas.
- Je me dis la même chose.
Fred tourna la page de sa gazette du sorcier, lisant distraitement un article sur un nouveau décret adopté concernant les condamnations des individus refusant de se recenser auprès du ministère de la Magie.
Je crois que Malefoy a décidé de sortir de la pénombre.
Pourquoi tu dis ça ? répondit aussitôt Hermione, décrochant son regard du paysage.
Il lui tendit le journal qu'il tenait à la main.
Hermione l'attrapa. En page 7, un article prenait toute la page, avec un gros plan de la prison, le Général Malefoy postant devant l'entrée. Il avait un air rigide. Il ne semblait pas blessé.
Hermione éloigna un peu le journal de son visage, se rendant compte de son air hystérique.
Drago ne bougeait pas, se contentant de cligner des yeux.
DRAGO MALEFOY, A LA RECHERCHE DES EVADES DE LA PRISON DE SANGS DE BOURBE LA PLUS PEUPLEE D'ANGLETERRE.
Drago Malefoy, disparu des radars depuis maintenant deux semaines, a réintégré son poste ce matin même et a accepté de nous donner une interview exclusive. Dans son bureau, un amas de dossiers monstrueux témoignant de la charge monstrueuse de travail que représente la tenue d'un tel établissement.
« Nous avons appris que vous avez été blessé lors de l'attaque de la prison par une association de criminels venus libérer les sangs de bourbe emprisonnés, comment vous sentez vous ? »
Hermione claqua de la langue. Aucun garde et encore moins Malefoy n'avait été blessé lors de l'attaque ! Il mentait. Il n'était même pas dans la prison à ce moment.
« Effectivement, je me remets lentement de mes blessures, mais je vous avoue être heureux d'être de retour au travail. Je prends ma tâche très au sérieux et je suis particulièrement motivé à retrouver les évadés. »
« Il semblerait que l'une des évadés est Hermione Granger, une figure éminente de l'organisation criminelle du nom de l'Ordre du Phénix, comment vivez-vous cela ? »
« Hermione Granger était effectivement une figure très proche de l'Ordre du Phénix, de Dumbledore et de tous les fous dans ce genre. Elle est ma priorité numéro 1. C'est pourquoi je promets une prime de 1000 galions à quiconque pourrait me fournir des informations à son sujet ou sa localisation. »
« Que réservez-vous aux évadés qui seront retrouvés ? »
« Une mort lente et douloureuse. Et pour Hermione Granger, bien pire encore ».
Hermione, le cœur au bord des lèvres garda le regard fixé sur son nom en dernière ligne.
- Il me hait, Fred.
- Bien sûr qu'il te hait, Hermione, dit-il doucement. Ça ne pourrait pas être autrement … tu as détruit sa réputation. Et ses blessures … je te laisse deviner pourquoi il les a et par qui elles lui ont été infligées.
Hermione s'affala dans son lit.
- Tu regrettes ? De l'avoir trahi.
Fred la regardait mais Hermione ne réservait son regard qu'au plafond d'un blanc douteux.
- Il le fallait, répondit simplement Hermione.
Fred se leva paresseusement pour rejoindre sa propre chambre.
- Tu as un trop grand cœur, Hermione.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce qu'il n'y a que toi pour aimer un type sans cœur.
Il referma la porte derrière et lui et Hermione soupira lourdement, pressant ses paumes de main contre ses paupières.
- Il a un cœur. Un cœur brisé. Par moi.
Elle s'endormit d'un sommeil agité. Gangrené par la culpabilité. Un sommeil où raisonnait la voix de Drago Malefoy qui disait « Et pour Hermione Granger, bien pire encore ».
Hermione, dissimulée derrière un journal et des sortilèges de modification d'apparence, observait discrètement McNair qui buvait son verre au comptoir d'un des pubs mal famés de l'allée des Embrumes.
Dean Thomas qui avaient à présent les cheveux longs et attachés, et le teint bien plus basané qu'à l'habitude derrière une épaisse barbe qui lui donnait vingt ans de plus, buvait son café avec le même air faussement décontracté.
- Depuis le temps, je commence à croire que ça ne sert à rien de suivre, ce gars-là, soupira Dean.
McNair ne semblait pas assez important pour avoir des informations importantes qui pourraient servir à l'Ordre mais Neville continuait d'insister pour qu'on le garde sous surveillance. Membre du ministère, il avait beaucoup de contacts.
- Moi aussi, soupira Hermione.
Dean tourna la page de son journal.
- Dis, tu voyais souvent Malefoy là-bas ? demanda-t-il à mi-voix.
- Pourquoi tu me poses cette question ? renchérit-elle avec hostilité.
Dean remua un peu sur sa chaise.
Hermione avait dû s'habituer aux rumeurs qui couraient déjà. Il n'avait pas fallu longtemps avant que les anciens détenus colportent les rumeurs qui circulaient déjà à son sujet en prison.
- L'article, dit-il un peu mal à l'aise. Il semble très rancunier.
- Il l'est.
Dean n'osa pas insister pendant un bon moment, lisant l'article avec attention. Il n'avait pas l'air de prêter attention à McNair qui discutait avec une femme au dos courbé.
- Il a changé depuis Poudlard ?
Hermione retint un claquement de langue irrité.
La dernière chose dont elle avait envie, c'était de parler de Drago. De le rappeler à son esprit. Elle avait déjà tant de mal à se le sortir de la peau.
Avait-il changé ?
En tout point. Elle en avait l'impression.
Il n'avait plus rien du gosse exécrable, et chouineur. Il n'avait gardé que les côtés inquiétants de son caractère et avait remplacé ses manières d'enfant par celle d'un adulte effrayant et colérique.
Il n'avait plus l'air lâche. Il donnait l'impression que plus rien ne l'atteignait suffisamment pour lui faire peur. Il avait déjà vendu son âme au diable et était capable du pire. Il n'avait plus de pitié. Seulement la rage et la colère qui le consumaient, qui le poussait à faire le pire.
Il n'y avait plus que des mots durs, des paroles crues et blessantes qui s'échappaient de sa bouche.
Mais il y avait aussi autre chose. Il y avait ce regard gris agité qui électrisait quiconque le croisait. Il y avait ce ton sarcastique, cet humour piquant. Il y avait cette main qui se glissait jusqu'à la sienne au milieu de la nuit, lorsqu'il pensait qu'elle dormait. Il y avait ces nuits qu'ils partageaient silencieusement.
Et celles qu'ils partageaient moins silencieusement, murmurant des mots qu'ils ne prononceraient jamais le jour levé.
- Oui. Il a changé.
Dean la regarda silencieusement alors que Hermione évitait son regard comme elle évitait celui de Fred à l'époque.
McNair parlait d'une vente de cuillers ensorcelées. Hermione se demanda vraiment ce qu'elle faisait là. Elle se sentait acculée, épuisée.
Elle n'avait qu'une envie, se retrouver dans sa minuscule chambre, seule au monde, penser à la vie, à son cœur douloureux. Elle voulait seulement se concentrer sur son cœur meurtri, poignardé à chaque seconde, à la mélancolie qui envahissait tout son esprit dès qu'elle se retrouvait seule.
Hermione connaissait ce sentiment, celui de toujours vouloir être seule, celui de s'enfoncer dans sa peine et sa douleur. Elle l'avait connu après la mort de Harry. Elle avait connu ce sentiment d'être seule au monde et de vouloir le rester.
Elle avait peiné à s'en sortir.
Elle n'avait jamais compris ce que cela était jusqu'à le vivre elle-même. Ce sentiment de complaisance dans la solitude et la douleur. Elle avait fini par s'en sortir. Péniblement. A force d'espoir, d'envie de vivre, d'être libre.
- Tu sais que …
Dean s'interrompit, tendant l'oreille. Hermione fit de même.
- Je ne comprends pas pourquoi le Lord a décidé de le remettre en poste, dit la femme avec un air aigre.
- Je ne sais pas non plus, avoua McNair avec un ton dégouté. Mais il est sous surveillance. La rumeur dit que sa tante, Bellatrix l'a à l'œil, elle le seconde. Je crois qu'elle dirige la prison à présent, mais officiellement, Malefoy est toujours à la tête de la prison.
- Pourquoi ? Il ne le mérite pas. Après sa trahison … il y a quelques années, le Lord n'aurait pas hésité une seconde. Il serait mort.
- Tu critiques notre maitre ?
Le ton de McNair était tendu et la femme se calma un peu, se rendant compte de l'insubordination dont elle venait de faire preuve.
- Non, dit-elle, apeurée. Je me demande simplement ce qui justifie une telle clémence. Le maitre doit avoir un plan. Comme toujours.
McNair ne répondit rien.
- Je l'ai vu au Rat Pendu, l'autre soir. Il était tout seul. Il buvait comme un trou.
Hermione se tendit, se penchant un peu plus sur sa tasse de thé.
- Il replonge dans ses vieux travers, marmonna McNair. Il est bien le fils de son père.
- Ça faisait bien longtemps qu'on ne l'y avait plus vu.
- A croire que quelque chose le retenait là-bas.
Hermione rougit lourdement.
Elle sursauta violemment lorsque le coude de Dean lui rentra dans les côtes. Il murmura :
- La relève est là.
Deux femmes venaient d'entrer, lui replète, l'autre rachitique. Dean et Hermione se levèrent et quittèrent le pub de façon décontractée. Dean attrapa son bras et ils transplanèrent dans l'une des nombreuses ruelles sombres de l'allée des Embrumes.
D'un coup de baguette, ils retrouvèrent leur apparence. Hermione grimaça. Elle n'aimait pas sa nouvelle baguette, bien moins agréable et docile que la sienne.
- Tu te charges du rapport ? demanda Dean avec espoir.
Hermione leva les yeux au ciel avec un sourire.
- Bien sûr. Je te l'envoie pour relecture dans la soirée.
Il leva un pouce avec un clin d'œil et disparut dans les escaliers.
Elle déroula un parchemin, une fois installée au petit bureau qu'elle avait installé dans sa chambre et entama son rapport de son écriture soignée et harmonieuse. C'était ce qu'elle préférait depuis sa libération. Elle avait l'impression d'avoir retrouvé son esprit et son caractère intellectuelle lorsqu'elle réfléchissait à la rédaction de son rapport qui était toujours concis et clair, bien construit.
Elle avait écrit une trentaine de centimètres pour les quelques informations qu'elle avait récolté. Elle avait hésité à mentionner le passage sur Malefoy. Finalement, elle n'avait rien écrit.
Elle avait la sensation que si elle écrivait quelque chose à son sujet, on commencerait à lui poser des questions, qu'on la trouverait un peu trop intéressée par lui. Elle était terrifiée à l'idée que Neville lui dise « pourquoi mentionner Malefoy ? Ce n'était pas une information importante ».
Alors elle n'avait rien écrit.
Elle roula le parchemin et le posa sur un coin de son bureau.
Il était installé juste devant la fenêtre. Comme dans la chambre de Malefoy. Mais la vue n'était pas la même.
Il replonge dans ses vieux travers.
Hermione se demandait ce que ça pouvait bien signifier. Avait-il un penchant pour l'alcool depuis longtemps ? Hermione ne se souvenait pas l'avoir vu boire très souvent. C'était arrivé bien sûr, mais ça n'avait rien d'inquiétant.
Elle se renfonça dans son siège.
Elle ne le connaissait pas si bien que cela. A vrai dire, elle ne le connaissait pas. Elle s'en rendait compte à présent.
Elle ne connaissait rien de sa vie autre que ce qu'il avait pu lui montrer à Poudlard. Il ne parlait jamais de lui, oralisait très peu ce qu'il ressentait.
Il était un véritable étranger pour elle.
Quelle était sa date d'anniversaire ? Sa couleur préférée ? Que faisait-il en guise de loisir ? Avait-il une matière préférée autre que les potions à Poudlard ?
Hermione sentit son cœur s'étreindre.
Elle avait la sensation d'avoir un souvenir, trop gros, trop imposant de Malefoy, qu'il emplissait tout son esprit constamment. A présent, elle se rendait compte qu'il n'y avait qu'une image. Vide de sens et d'existence. Il n'y avait que ce profil froid et impassible de Malefoy, qui l'observait sans un mot. Il n'y avait que ce ton trainant et cassant.
Elle s'était attachée à une vision, un être qu'elle avait construit autour d'une image.
Elle se sentit plus triste que jamais, vidée.
Pourquoi est-ce que tu me hantes ?
Elle déposa le rapport à Dean et rejoignit la cantine improvisée. Elle mangea en silence en compagnie de Fred et George. George s'occupait de la conversation tandis que Fred observait Hermione avec pitié. Hermione n'eut pas le cœur à affronter son regard.
Ce soir-là, elle se sentit comme dans sa dernière demeure, assise à même le sol, avec un bol de gruau entre les mains, le cœur lourd et meurtri par Drago Malefoy sous le regard compatissant de Fred qui lui conseillait tacitement de ne pas s'approcher trop près du soleil, que Malefoy lui ferait du mal, quoiqu'il arrive, un jour ou l'autre.
Et il avait raison.
Hermione était à jamais enfermé dans cette prison qu'était Malefoy. Elle était conditionnée, complètement absorbée par lui. Au point qu'elle ne pouvait se réjouir de sa liberté.
Parce qu'il y avait ce regard gris, froid et terne qui était imprimé dans son esprit. Parce qu'il y avait cette vois sarcastique qui raisonnait dans sa tête chaque fois qu'elle faisait quelque chose. Parce que ces nuits étaient peuplées de Drago Malefoy, accusateur, meurtrier, suppliant, bon, mauvais, gentil, méchant, vivant, mort. Tour à tour, ils hantaient sa nuit.
Elle l'avait dans la peau.
Et elle le haïssait pour ça. Parce qu'il était tout ce qui appelait à sa destruction, parce qu'il ne souhaitait qu'une chose : l'éradication des gens comme elle. Elle le haïssait de l'avoir fait l'aimer.
