Neapolis était dans leur dos, les ombres et les formes de la ville encore visibles clairement, et les chevaux n'avançaient pas assez vite. Nikolae avait hissé Waverly sur la vieille jument et enfourné tout de suite le cheval nerveux, laissant le canasson derrière là où elle l'avait accroché dans leur hâte de s'enfuir. Son épaule la lançait atrocement mais avait fini par cesser de saigner. Elle avait pris soin de ne plus placer de poids dessus, et reposait sur son autre bras, son épée accrochée à la va vite aux semblants de rênes de sa monture.
Waverly ne lui avait pas adressé un mot depuis qu'elles étaient partie du temple, pleurant encore silencieusement. Nikolae n'avait aucune idée de quoi lui dire.
Elle aurait du penser à la route qu'elle avait choisi de prendre et qui n'était peut-être pas celle qui menait à Amphipolis et au temple d'Hera où elle avait commis les crimes les plus atroces, mais sitôt qu'elle laissait son esprit dériver un instant, elle voyait la tache brune sur le ventre de Levki et ses yeux sans vie.
Quand la vision lui devint trop insupportable et qu'il lui apparut clair qu'elle ne pourrait pas continuer la route dans cet état d'esprit un instant de plus, elle tira violement sur les rênes et cessa net le galop de son cheval.
« Il suffit ! »
Ignorant les protestations de son cheval et le regard étonné de Waverly sur elle, Nikolae sauta à terre, et s'éloigna un instant du bord de la route pour respirer l'air frais du soir à pleins poumons. Ce n'est que quand elle voulut effacer les traces de pleurs qui teintaient ses joues qu'elle remarqua que ses mains étaient encore couvertes de sang – le sien, ou celui d'autres, elle l'ignorait – et elle se mit à les frotter frénétiquement contre ses habits pour le faire disparaître.
« Nikolae ? »
La voix de la brune était encore empreinte de larmes mais assez calme pour adoucir quelque peu la frénésie qui s'était emparée de Nikolae, et la rousse souffla un bon coup avant de se retourner.
« Nous devons faire un sacrifice à Hera ! » énonça-elle de la voix la plus claire qu'elle le pouvait
« Maintenant ? Mais nous sommes poursuivies ! Et tu es blessée, il y a plus urgent que des sacrifices ! »
« J'ai tué dans son temple, ce qui est peut-être la plus grande des offenses » soupira Nikolae « Nous devrons accomplir tous les rites pour épargner sa colère, tous ! Elle n'est pas connue pour pardonner facilement, nous pourrions mourir ce soir si elle le voulait »
Sa voix se mit à trembler malgré elle, et elle tourna la tête pour que Waverly ne puisse voir les larmes qui menaçaient de couler.
« Nikolae … »
« Un lapin, ou une biche … Il faudra que j'aille chasser »
« Nikolae. »
Waverly était descendue de cheval elle aussi, et s'était rapprochée doucement de la rousse, qui continuait à parler comme si elle était seule.
« Et la route je ne sais si c'est la bonne, et … et … »
La voix fatiguée de Nikolae se cassa en deux sur sa fin de phrase, et Waverly alla poser une main sur l'épaule qui n'était pas blessée dans l'espoir de la faire se retourner vers elle.
« Nikolae, ton épaule … »
« Excusez-moi ? »
Les deux femmes sursautèrent, et se retournèrent précipitamment vers l'étranger qui venait de parler. Waverly ne rata pas le regard paniqué que Nikolae jeta à l'épée accrochée aux rênes de son cheval, trop loin pour être à portée directe de main, et ses bras tachés de sang qu'elle cacha tout de suite dans son dos.
L'étranger qui avait parlé s'avérait être un jeune homme aux boucles cuivrées de la même teinte que la Lieutenant, pas plus jeune que Waverly et au sourire espiègle qui lui donnait un air étranger familier. Il n'avait pas de cheval, et avait du parcourir la route à pied, ce qui étonna quelque peu Nikolae qui se demandait bien comment elles n'avaient pas pu le voir avant.
« Excusez ma rudesse » sourit l'homme « Je ne suis qu'un humble voyageur, je ne vous veux aucun mal. »
« Et qu'est-ce que vous nous voulez alors ? » demanda Waverly, plus insolemment que ne l'aurait souhaité Nikolae
« Vous proposer mes services bien sûr. Il me semble que vous vous soyez égarées, laissez-moi vous remettre sur le bon chemin »
« Nous sommes pressées voyez-vous » reprit Waverly, qui apparemment ne désirait rien de plus que l'étranger s'en aille « Votre aide est grandement appréciée, mais elle sera peut-être plus souhaitée ailleurs. »
« J'en doute fort » sourit l'étranger
Waverly poussa un soupir et laissa tomber tout prétexte de sourire poli pour avancer d'un pas vers l'individu.
« Bon écoutez … »
« Waverly. » Nikolae avait posé la main sur son plexus solaire et l'empêchait maintenant de bouger, malgré la formidable douleur que devait lui imposer son épaule blessée.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
Nikolae ne répondit que d'un coup de menton, qui indiqua à la brune ce qu'elle avait remarqué. Le soleil envoyait encore quelque rayons assez puissants pour les aveugler si on le regardait de face, et pourtant, contrairement à elles, le jeune homme n'envoyait aucune ombre sur le seul.
Waverly comprit immédiatement. L'homme n'était pas humain.
Avant que la brune n'ait pu dire quoique ce soit, Nikolae s'était mise à genoux, inclinée presque la face contre terre, et quand elle redressa la tête pour voir que Waverly était encore debout, lui donna un coup de poing dans les mollets pour lui ordonner de faire de même.
« Aie ! »
Waverly allait protester contre un tel traitement quand elle croisa le regard noir de la rousse, et ploya le genou à son tour sans trop maugréer.
Tout ce cirque avait l'air d'amuser grandement le voyageur, qui les regardait en souriant toutes les deux, et finit par jeter son dévolu sur Nikolae.
« Mon seigneur et mon dieu … » implora aussitôt celle-ci
« Relève toi, fille de Regina » dit le voyageur « La place d'une princesse n'est pas au sol »
Il y eut comme un bruit étouffé du côté de Waverly que Nikolae préféra ignorer, se relevant difficilement sur ses membres endoloris.
« Tu ne doutes pas de mon identité, n'est-ce pas ? »
« Tu es Hermès, messager des dieux » annonça Nikolae d'une voix forte « Et une fois de plus tu me viens en aide quand j'en ai le plus besoin ! »
« Il faut croire que j'ai une certain affection pour toi, fille de Regina » lui sourit le dieu « Et que les situations toujours plus complexes dans lesquelles tu te trouves m'amusent grandement »
Ce fut au tour de Nikolae de sourire tant bien que mal.
« C'est un don familial, il me semble. »
Le dieu éclata du même rire que si elle venait de lui raconter la meilleure des plaisanteries. Derrière elle et toujours à genoux sur le sol, Waverly regardait cette scène surréaliste en se demandant bien si elle était réelle.
« Ô Dieu, je … »
« Tu n'as rien à craindre d'Hera. » l'interrompit Hermès « Je suis envoyé par la reine des déesses elle-même pour t'annoncer qu'elle te pardonne son affront »
« Vraiment ? » ne put s'empêcher de demander Waverly depuis le sol
Hermès leva un sourcil amusé vers elle, alors que Nikolae fermait les yeux d'irritation.
« Elle a d'autres soucis en ce moment que ce simple incident. Penser à elle lors de vos prochaines offrandes ne fera pas de mal, mais en effet, il s'avère que Deophobius, l'homme dont tu as décimé la garde aujourd'hui, n'était pas du plus bienveillant quant à ses esclaves. Porter atteinte à la physionomie ou à l'intégrité d'une servante d'Hera est un crime dont il ne pensait sans doute jamais se voir puni, et tu as accompli cette délicatesse pour elle. » Hermès se pencha à l'oreille de Nikolae pour lui murmurer d'un air confidentiel la suite. « De plus, il semble qu'elle apprécie ton choix de partenaire … moins de concurrence surement »
Nikolae ne répondit que d'un bruit étranglé, le rouge cramoisi lui montant tout de suite aux joues, et Hermès se détourna d'elle pour lui pointer le chemin vers lequel elles se dirigeaient.
« Tu es sur la bonne direction, n'en doutes pas. En de haut de cette colline, tu devras suivre le chemin qui s'enfonce dans la forêt, et tu retomberas sur tes pas. Amphipolis n'est pas loin, et ils cesseront bien vite de vous poursuivre. Ne crains pas, et poursuis ta route. »
Quand Nikolae voulut lui poser une autre question sur le chemin à suivre, le voyageur avait disparu.
« Tu as vu ça ? »
L'enthousiasme de Nikolae n'était pas du tout partagé. Quand elle se retourna vers Waverly, Nikolae fut surprise de la voir encore au sol, les yeux résolument fixés sur elle.
« Princesse ? »
La voix de Waverly avait légèrement craqué, ne masquant ni sa surprise, ni sa déception. Nikolae voulut ouvrir la bouche pour parler, mais se rétracta aussitôt.
Rien de ce qu'elle ne pourrait dire n'excuserait d'avoir caché à Waverly qui elle était réellement, et expliquer pourquoi elle avait menti. Dans un espoir désespéré de la distraire, elle se remit à retourna vers les chevaux pour les ramener sur la route.
« Waverly, il faut qu'on continue à marcher, ils sont après nous … »
« Princesse. » répéta Waverly
La brune n'avait pas avancé d'un pas, et Nikolae fut bien obligée de retourner sur ses pas d'un air penaud.
« Waverly, je peux expliquer … »
« Pourquoi il t'a appelé comme ça ? Pourquoi Princesse ? » Nikolae voulut faire un pas vers elle, lui attraper le bras ou le poignet, mais la petite brune recula d'un pas. « C'est ce que tu es, pas vrai ? C'est pour ça, les bijoux en or, ta manière de parler, ta vision du monde ? »
Nikolae hocha honteusement de la tête, sans oser s'approcher plus. Elle ne s'était jamais sentie aussi mal de toute sa vie, et devait se forcer à maintenir son regard dans celui de la petite brune au lieu de baisser les yeux vers le sol dans une solution de facilité.
« Tu es de sang royal. »
Ce n'était plus une question mais une affirmation. Waverly avait compris.
Les yeux de la brune envoyaient des éclairs à travers la couche de larmes qu'elle retenait avec peine, et Nikolae sentit un drôle de frisson lui parcourir le dos.
« Tu m'as menti ? » « Non ! Non … pas vraiment »
« Pas vraiment ? Mentir par omission est quand même mentir ! » hurla Waverly
Nikolae ne savait plus quoi dire. Elle n'avait jamais voulu blesser sa compagne de voyage en lui cachant la vérité sur son identité, et si elle était honnête avec elle-même, elle n'aurait jamais imaginé rester avec elle si longtemps. Elle aurait du lui faucher compagnie depuis longtemps pour accomplir sa mission seule, comme elle l'avait prévu depuis le début, mais voilà Waverly avait réussi à s'enraciner si bien dans sa mission qu'elle n'imaginait plus aller à Amphipolis sans elle.
Nikolae était lieutenant certes, mais avant tout était une princesse, la deuxième prétendante directe au trône de son pays. Elle n'avait jamais eu à justifier ses actes. Et maintenant qu'elle expérimentait la situation, elle ne l'appréciait guère.
« Waverly … » Waverly détourna la tête, et retira son bras quand elle essaya de le lui prendre « C'était pour te protéger ! »
« Pour me protéger ou pour te protéger toi ? » cracha la brune « Depuis le début, tu as eu cent, tu as eu mille occasions de me le dire ! Et tu n'as rien dit ? »
« Mais je … »
« Tu as entendu ce qu'ils ont fait à ma famille, ce qu'ils font à tous les gens pauvres et sans défense, et toi tu es une princesse ! »
« Pour ma défense, je suis ne suis pas l'héritière directe du trône, c'est ma grande sœur qui l'est » bredouilla Nikolae
« Oh c'est beaucoup mieux ! » répondit Waverly d'un ton plein de cynisme qu'elle n'avait jamais employé avant pour lui parler
Nikolae ne savait plus quoi dire. Elle décida d'approcher des chevaux, dont son cheval nerveux qui hennit aussitôt comme pour approuver Waverly, et les attrapa tous les deux par la bride.
« Il faut qu'on parte. Rester ici c'est mourir tu comprends ? » Waverly resta muette, et Nikolae ne retenta pas d'approcher d'elle. « Je vais aller à Amphipolis quoi qu'il se passe. Si tu décides de m'accompagner quand même … je te dirai tout, je répondrai à toutes tes questions, tout ce que tu voudras savoir. »
« Tout ? »
« Tout. »
Waverly sembla réfléchir un instant.
« Je t'ai promis qu'on irait à Amphipolis, je tiendrai ma promesse. » Nikolae ne cacha pas son sourire ravi et fut vite rappelée sévèrement à l'ordre. « Mais rien ne me force à te parler ! »
« D'accord … » soupira Nikolae « Allons-y alors »
Elle se dirigea vers son cheval pour le monter, puis interrompit son geste quand elle remarqua que Waverly ne l'imitait pas.
« Waverly, il faut vraiment partir maintenant »
« Je sais ! » rouspéta Waverly, l'air encore plus furieux si c'était possible « Je … n'arrive pas à monter toute seule » reconnut-elle entre ses dents
Nikolae cacha un sourire moqueur. Ce n'est absolument pas le moment de rire, mais le fait qu'elle soit trop petite pour monter sur le dos de sa jument toute seule ne faisait rien pour laisser croire à Nikolae qu'elle était réellement fâchée.
La rousse croisa ses doigts pour faire la courte échelle à Waverly, qui une fois sur son cheval ne l'attendit pas pour aussitôt se remettre en route, laissant Nikolae au bord du chemin la regarder s'éloigner à vive allure.
« Par Zeus, que ça va être dur … » grommela Nikolae
Une fois remontée sur son propre cheval, elle n'eut aucun mal à rattraper la vieille jument de Waverly, qui refusait toujours de croiser son regard et gardait un visage résolument fermé.
« Tu ne vas rien me dire jusqu'à Amphipolis ? »
Waverly détourna la tête pour l'ignorer, et Nikolae soupira fortement.
« D'accord. Je suis désolée de t'avoir menti, mais je n'ai pas eu le choix »
« Il fallait y penser avant, princesse ! » pesta Waverly
« Ne m'appelle pas comme ça … » soupira Nikolae
« Et pourquoi pas ? C'est ton titre, non ? »
Voyant qu'elle n'aurait rien de plus à tirer de la brune, Nikolae se raisonna elle aussi au silence. Les deux cavalières s'enfoncèrent dans la lueur tombante du soir et quittèrent la route qui menait à Neapolis sans échanger le moindre mot.
Les hommes n'avaient pas bougé de la journée entière. Toutes les amazones sur les remparts étaient au garde-à-vous, guettant le moindre mouvement suspect sur la plage ou dans la brume de la forêt, mais rien n'était venu troubler la paisibilité apparente des lieux. La reine avait alors ordonné une vigilance redoublée à la tombée de la nuit, craignant qu'ils ne profitent de l'obscurité pour planifier l'invasion de la ville, et elle avait vu juste.
A peine l'obscurité retombée sur la plaine, des formes silencieuses étaient apparues, à peine distinguables dans le brouillard, et aussitôt les trompettes s'étaient mise à sonner pour appeler l'armée à venir défendre l'entrée de la forêt.
En attendant que la nouvelle circule et que n'arrive la cavalerie pour tenir le siège, les amazones en place avaient décoché des pluies de flèches depuis les remparts sur les assaillants, dont aucun des hommes de l'autre côté du rempart semblait n'avoir souffert ; ce qui avait confirmé une chose - ce n'était pas des hommes.
A la lueur des torches et malgré le voile noir qui dominait la pénombre étaient apparus une dizaine de créatures difformes gigantesques, avançant à pas lourds vers la mince porte qui gardait l'entrée de la ville. Ils avaient une apparence humaine en sorte, si ce n'était leur taille supérieure à deux hommes l'un sur les épaules de l'autre, et leur indifférence manifeste aux lances et flèches qu'ils recevaient certifiaient leur peau aussi impénétrable que du fer.
Poséidon avait envoyé ses fils, des monstres conçus avec des quelconques créatures maritimes des alentours, qui contrairement aux hommes n'avaient aucun mal à avancer à travers la brume protectrice d'Ares et se dirigeaient maintenant vers le passage dans les remparts connus des amazones seules, et du garde Anatolien qui avait du le leur renseigner.
Si ils réussissaient à creuser une brèche par laquelle s'engouffrer, ils pourraient envahir Themyscira et laisser la voie libre à l'armée du roi Cyrus de faire de même.
Les Amazones n'étaient pas assez nombreuses pour repousser une invasion. Ce serait la fin de Themyscira.
Dès qu'elle avait entendu sonner les trompettes et les cors d'alerte, Emma était sortie en courant des jardins royaux où elle était venue aux nouvelles des récoltes pour se précipiter dans le palais. En chemin, elle avait été ralentie par Chrysí, qui l'avait appelé pour lui donner des nouvelles du rempart donnant vue sur la mer, et après avoir entendu ce que la jeune garde avait à dire, Emma était repartie de plus belle vers le palais.
Il était difficile de se frayer un chemin à travers les troupes d'Amazones qui courraient vers leurs régiments respectifs à l'extrême opposé de sa destination et les plus âgées ou les mères qui entrainaient leurs enfants à l'abris, mais toutes s'écartaient en la reconnaissant, et elle parvint enfin à entrer dans le palais vidé de ses gardes.
« Altesse ! Tu n'es pas dehors ? » s'étonna une vieille servante du palais, bien incapable de se battre avec les autres guerrières depuis longtemps
« Où est la reine ? » lui demanda Emma
« Elle était en conseil avec les Générales quand le cor a sonné, Altesse. Elles doivent y être toutes encore »
Emma la remercia, et repartit en courant. Elle n'aurait pas beaucoup de temps, et il était déjà miraculeux que Regina ne soit pas déjà au front.
La salle de conseil était dans la même aile du palais que la salle du trône, et quand Emma y entra, toute essoufflée et suante dans son armure, tous les regards des plus hautes générales de Themyscira y compris sa fille aînée se posèrent sur elle avec étonnement.
« Emma ? »
Regina, la seule tête nue, venait juste de se faire accrocher sa grande cape blanche dans le dos, ce qu'elle ne pouvait pas faire elle-même, et avec l'aide de Megaloppe et de Danae finissait d'enfiler les manchettes dorées qui couvraient ses poignets. Elle était la reine et la meneuse de la grande armée – on devait la voir de loin, ce qui signifiait que son armure entière brillait comme un soleil doré, éblouissant même dans la pièce sans lumière naturelle.
Emma et elle étaient les seules à porter une cape blanche, signe pur de la royauté à Themyscira, et si Regina brillait d'or, les plumes du casque et les habits de la blonde l'entouraient d'un halo blanc, renforçant le surnom de Cavalière Blanche que lui avait donné son armée.
« Regina ! »
Emma franchit les quelques pas qui la séparaient de sa femme, et s'arrêta tout proche d'elle sans pour autant la toucher. Elles avaient beau être mariées plusieurs centaines d'années, Regina restait la reine, et devait toujours montrer un visage strict en public. Pas d'effusion public, pas d'embrassade, pas de familiarité. La reine restait digne en toute occasion, même avant une bataille qui pourrait bien l'arracher à tout jamais à sa famille.
« Les hommes trafiquent quelque chose sur le plage ! » lança Emma entre deux respirations sifflantes « Ils n'attaquent pas, mais ils sont là, en masse, et ils semblent en train de monter quelque chose »
« Quoi donc ? » demanda Orana
« Je ne sais pas » souffla Emma « Ca pourrait être n'importe quoi … mais surtout une diversion. Pour entrer par la porte principale alors que nous tentons de protéger l'accès caché »
« Je viens d'envoyer Catalina et Cassiopée vers la forêt ! » rugit Regina « Toute notre armée s'y est précipitée, il n'y a personne vers les rivages ! »
« J'irai, ma reine ! » s'avança Orana « Je ferai parvenir le mot à Cassiopée qu'elle emmène l'infanterie à moi si les hommes se montrent menaçants, et j'amènerai les recrues. Les autres resteront à l'entrée de la forêt »
« Je sais comment nous débarrasser des hommes, mais je devrai être discrète, il faudra que tu t'occupes de mes troupes aussi. Megaloppe, tu seras avec moi. » dit Alex
Orana et Megaloppe confirmèrent, et Regina mit une main sur l'épaule de sa Générale.
« Il faut éviter à tout prix qu'ils rentrent dans l'enceinte des terres sacrées, Orana. A tout prix »
« Je donnerai ma vie si il le faut pour l'en empêcher, ma reine ! »
Regina hocha de la tête, et la relâcha. « Retrouvez vos bataillons et assemblez devant les remparts ! Je vous y retrouverai. Que les Dieux nous soient cléments ! »
« Que les dieux nous soient cléments ! » répétèrent le groupe, avant de saluer leur reine et sa femme, et sortirent toutes de la pièce, Alex en dernier.
Au moment de saluer sa mère, Alex lui tint le regard plus longtemps que nécessaire et Regina s'autorisa à craquer un sourire.
« Sois prudente, ma fille »
« Toi aussi, Mère » lui répondit Alex dans le même sourire
Elle voulut saluer Emma, mais celle-ci ne lui en laissa pas l'occasion, et laissa tomber toute forme de protocole pour serrer sa fille contre elle.
« Ma … » protesta Alex « Je te verrai tout à l'heure »
Emma relâcha sa fille et ne put s'empêcher de rajuster son grand casque à longs crins noirs, ce qui tira tout de suite un grognement à Alex.
« Allez, va » l'envoya Emma en soupirant « Et tu as intérêt à rester en vie ! »
« Sinon tu iras me tirer des Champs-Elysées toi-même pour m'y réexpédier tout de suite, je sais » rit Alex
Elle se pencha pour embrasser Emma sur la joue, fit un dernier salut et disparut vite, laissant le couple royal seul.
Emma fondit aussitôt dans les bras de la brune, et Regina la serra contre elle avec ferveur. Ce n'était pas le premier au revoir de ce genre qu'elles avaient vécu, loin de là, mais ce combat-ci lui faisait peur. Certaines de ses Amazones n'en reviendraient pas en vie, elle le savait, et Regina redoutait qu'elle-même fasse partie des guerrières qui tomberaient.
« Emma … »
« Je vais chercher Kyknos aux écuries et je te rejoindrai tout de suite » dit Emma avant que sa femme ne puisse dire quoique ce soit qu'elle risquerait de regretter
« Tu me verras de loin » sourit Regina
Son armure dorée servait à guider ses guerrières et montrer sa participation active au combat pour leur redonner du courage mais en faisait une cible de choix pour ses ennemis, elles en étaient toutes les deux conscientes.
« Tu sais bien que j'ai toujours mon regard sur toi de toute façon » rétorqua Emma
Le grand casque de la reine était au sol, et Emma le ramassa pour en brosser les plumes blanches. Elle aida ensuite la brune à l'enfiler, et en resserra avec soin la lanière, laissant courir ses doigts le long du menton de la brune plus longtemps que nécessaire. Regina était prête à partir, mais ne bougea pas d'un pouce, prolongeant un instant qu'elle n'avait pourtant pas le droit de prendre.
« Quand je mourrais, ne tarde pas trop à venir me retrouver » dit doucement Emma « Que je n'ai pas à rester loin de toi trop longtemps »
« Tu ne mourras pas ! » protesta la reine « Je ne supporterai pas qu'il t'arrive quoique ce soit ! »
Emma sourit malgré les larmes qui lui montaient aux yeux et passa ses bras autour du cou de sa femme pour l'embrasser avec passion.
« Adieu mon amour »
Regina embrassa sa femme en retour, la serra contre elle une dernière fois, et comme elle l'avait fait tant de fois par le passé, refusa de lui dire l'adieu qu'Emma attendait.
« A tout à l'heure, mon Emma. »
Puis sans attendre, elle tourna les talons et sortit de la pièce son épée à la main pour mener ses troupes au combat.
Alex avait réuni un groupe de ses meilleures amazones autour d'elles, celles en qui elle avait le plus confiance et avec qui elle avait combattu bien souvent, et se tenait au centre du cercle.
Les cris rageux de la bataille à quelques pas seulement ne semblaient pas la perturber, et elle brandissait à la main tout en parlant une longue lance de bois, qui dans quelques instants serait planté dans le ventre d'un Anatolien. Elle n'avait pas enlevé son casque à plumes, et sa longue cape noire soulevait des nuages de poussière à chacun de ses mouvements, ce qui ne semblait pas la déranger.
« Nous ne serons pas en tête de l'armée aujourd'hui car notre but n'est pas de tuer le plus de soldats Anatoliens. Notre but est de les affaiblir, et de mettre fin à ce qu'ils préparent » leur dit-elle « Et pour ça deux solutions – tuer le prince et les généraux, ou les piéger. Tuer le prince, nous savons que ce sera impossible avant le retour de mes sœurs, donc il faut les surprendre. »
« Par derrière ? » devina Megaloppe
« Tout à fait. Nous allons sortir dehors par la muraille du temple d'Aphrodite et les encercler par l'arrière.»
« Et descendre avec une corde le long du rempart ? »
« Exactement. Ils s'attendent à ce que nous passions par un passage secret ou la porte principale, certainement pas en escaladant nos propres remparts. On ne voit pas le temple d'Aphrodite depuis la plage, si ils ont envoyé des éclaireurs, nous nous débarrasserons d'eux par là. Objections ? »
Il n'y en avait aucune, et Alex hocha de la tête.
« Allons y alors. Qu'Athena veille sur nous et nous protège. Pour Themyscira ! »
« Pour Themyscira ! » reprirent ses soldates
Megaloppe ouvrit la marche du petit groupe vers le temple d'Aphrodite, un des rares groupe de guerrières à ne pas se précipiter vers la forêt et sa porte, et Alex en fermait la marche. Elles étaient presque arrivées au temple d'Aphrodite quand à travers les rues vides, une ombre apparut au coin d'un croisement et les interpella.
« Générale ! »
Alex reconnut tout de suite Maggie, et fit signe à Megaloppe de continuer son chemin pour aller rejoindre la petite brune. La capitaine de la garde lui parut un peu pale et dans un effet d'optique certain, un peu plus petite que d'habitude, mais en bien meilleure forme que la dernière fois qu'elle l'avait vue.
Alex eut honte un court instant de penser qu'elle n'était pas revenue à l'infirmerie depuis la nuit où elle l'y avait déposée. Un souvenir fugace d'avoir supplié une Maggie sanglante et inanimée d'ouvrir les yeux lui vint en mémoire, et elle le chassa immédiatement de son esprit.
Maggie était vêtue de sa tunique bleue de garde, sans casque ni de genouillères ou protection autre que son simple plastron, mais elle portait son épée à la main et la soif de guerre dans les yeux.
« Laisse-moi venir avec vous ! »
Les yeux d'Alex tombèrent sur le cou qui avait porté les traces d'étranglement, et qu'elle voyait encore distinctement malgré leur disparition sur la peau.
« Je ne sais pas … »
Maggie tapa son plastron du poing.
« Tout va bien regarde, je suis debout, je suis prête ! Je peux me battre, je te le jure ! Laisse moi te joindre, laisse moi la chance de défendre mon pays ! »
Alex hésita une seconde puis hocha de la tête.
« Nous allons passer par le temple d'Aphrodite pour cerner les hommes par l'arrière » expliqua-elle vite alors qu'elle se précipitait à la suite de son groupe, Maggie sur les talons.
Elles les retrouvèrent dans le temple, déjà en haut de l'échelle posée sur l'étage supérieur, en train de dérouler la longue corde qui s'y trouvait toujours à ce but précis et qui n'avait pas servi depuis si longtemps qu'un nuage de poussière s'en dégagea quand elles tirèrent dessus.
« La dernière fois qu'elle a servi, c'était avant nos naissances » commenta Megaloppe en toussant à travers la poussière « Tu es sûre qu'elle pourra supporter notre poids, Alexandra ? »
« Il n'y a qu'un seul moyen de le vérifier. »
Alex passa la corde dans le crochet fixé au pilier le plus proche, l'encercla de quelques tours de corde et tira dessus de toute ses forces pour en vérifier la solidité. Une fois satisfaite, elle la passa par l'ouverture rectangulaire du temple qui faisait guise de fenêtre, et aidée de Megaloppe, la fit dérouler le long du pan du rempart.
Le temple d'Aphrodite avait été construit avec les remparts, encastré dans la fortification, et permettant ainsi aux amazones les plus aguerries de descendre de l'autre côté de la paroi par une gymnastique tout aussi aérienne que dangereuse.
Grimper jusqu'à la fenêtre du temple à mains nues ou à l'aide d'une corde relevait par contre de l'impossible, ce qui faisait du temple une nouvelle sortie vers l'extérieur que les hommes ne pourraient exploiter.
« Je passerai en premier » dit Alex
Avant que Megaloppe ou Maggie n'aient pu protester que leurs vies étaient bien moins précieuses à risquer que la sienne, elle avait déjà glissé une jambe à travers la petite ouverture, et avait contorsionné la moitié de son corps à l'extérieur.
« Philana, tu nous assures la descente, et tu nous rejoins en dernier. Prévoyez de la distance entre vous, pas plus que trois en même temps sur la corde. »
Elle croisa le regard de sa troupe, leur sourit, et dans un geste inhabituel pour une générale leur rajouta un clin d'œil.
« On se retrouve en bas. »
Ses deux jambes basculèrent dans le vide, et ses cuisses allèrent s'entourer à la corde, lui assurant une stabilité assez relative pour ne pas se balancer dans tous les sens. Après un hochement de tête vers les autres amazones, Alex entama sa descente vers le sol.
« Ca fait beaucoup trop de temps qu'on s'enfonce dans cette forêt sauvage » grogna Clarke « On arrive bientôt ? »
« Pourquoi, tu ne peux plus marcher ? » se moqua Lexa
Clarke roula des yeux, ignorant le clin d'œil que Lexa à son cheval, comme si il pouvait le comprendre.
« Ca ne répond pas à ma question ! »
« Oui, on arrive bientôt. »
« C'est vrai ? »
« Non. »
Clarke poussa un grognement, et alors que Lexa riait, tira sur les rênes pour couper le petit trot de son cheval.
« Puisque c'est comme ça, je bouge plus Lex ! »
Lexa mit quelques foulées à se rendre compte que la blonde ne suivait plus, et retourna sa jument sur ses pas pour aller se camper devant elle, tout sourire.
« Je t'avais prévenu que c'était un long voyage »
« Mais on est même plus sur la route ! Comment tu sais qu'on est sur la bonne voie ? »
Lexa inclina la tête sur le côté.
« Je t'ai montré les signes sur les troncs ! »
« Bon d'accord, mais tu m'as pas dit que leur territoire était grand ? On pourrait être encore à plusieurs jours de route ! »
« Je le sais, je te dis, je connais ces bois comme le fond de mon casque »
« Ah bon ? » Clarke paraissait soudainement intriguée « Comme le fond de ton casque ? »
« J'ai habité ici, je te le rappelle » répondit Lexa « Allez viens, je te promets qu'on arrive bientôt, et que tu vas adorer là où on va »
Lexa se remit en route au petit trot, laissant un peu d'écart avec Clarke, qui ronchonnait toujours derrière et mettait un peu plus de temps à se relancer.
« Lexa ! »
« Non, je suis partie ! » l'ignora Lexa
« Lexa, il y a quelque chose ! »
« Si tu veux me parler, il va falloir me rattraper »
« Mais non, c'est pas ça … Attends ! »
Lexa était loin, trop pour entendre le drôle de bruit qui avait interpellé Clarke, mais assez pour l'entendre hurler à la mort comme si on l'étranglait.
« Clarke ? »
Lexa se retourna vite, mais Clarke n'était plus là. Son cheval était seul sur la route, sans cavalière et à se demander ce qu'il venait de lui arriver, et Lexa sentit son sang de glacer dans ses veines.
« Clarke ! »
Lexa sauta vite à terre, abandonnant les chevaux au passage et ayant attrapé, en désespoir de cause, sa dague qu'elle avait toujours à la taille, la brandit pour se jeter dans les fourrés.
« Lâche moi ! Lexa ! » lui parvint la voix de Clarke
« Clarke ! »
L'agresseur de Clarke qui l'avait arraché à son cheval n'avait pas eu le temps de partir bien loin, et Lexa n'eut quelque pas à faire pour retrouver un mélange des deux, une Clarke hurlante à la mort se débattant tellement qu'il était presque impossible de voir autre chose de son ravisseur qu'une paire de bras autour de sa taille.
Lexa allait sauter dans la mêlée pour défendre la blonde quand le duo roula sur le côté dans une tentative de la blonde d'attraper une liane pendante, et qu'elle aperçut le visage de son agresseur.
Tout mouvement cessa soudain d'un côté comme de l'autre, et alors que Clarke se trémoussait inutilement dans l'étreinte en étau des bras puissants autour d'elle, Lexa sourit étrangement et baissa son poignard.
« Toujours pas capable de m'affronter en face hein ? Une attaque dans le dos, ce n'est pas vraiment digne de toi. »
Clarke fronça des sourcils sans comprendre pourquoi Lexa s'exprimait dans le dialecte de Themyscira et non le grec qu'elle maitrisait pourtant à la perfection, et sentit son agresseur relâcher la pression de son avant-bras sur son cou.
« Et toi toujours sur le point de te battre avec tout le monde ? Tu vas finir par te faire mal un de ces jours » lança la voix sans la moindre trace d'accent étranger
Avant que Clarke n'ait pu demander ce qu'il se passait au juste, la main l'avait libéré, et Lexa avait fait un pas en avant pour tomber dans les bras de son agresseur en riant.
« Sacrée Lexa » entendit-elle
Clarke regardait la scène, complètement éberluée.
Quand Lexa se sépara enfin du bandit, il s'avéra que l'assaillant était une assaillante, une femme brune aux cheveux noirs coiffés en des tresses compliquées, pas plus grande qu'elle et dont le visage peinturluré de noir lui était étrangement familier.
« Clarke je te présente Octavia » sourit Lexa
« Octavia ? » répéta Clarke « Ton ancienne aide de camp ? »
« Celle-là même » sourit l'autre, qui avança un bras pour aller agripper celui de Clarke et la saluer à la manière des Amazones « Cela me fait plaisir de te revoir, Clarke »
« Mais … ça doit faire … »
« Dix ans » complétèrent Lexa et Octavia au même moment
Les deux brunes s'échangèrent un regard, et repartirent à nouveau dans ce rire qu'ont les gens qui partagent une histoire commune. C'est là que Clarke remarqua sur le visage d'Octavia et sous la peinture les petites rides aux coins de ses yeux, le front creusé et les traits tirés. Elle ne l'avait pas reconnue tout de suite car si son visage à elle était resté le même, celui d'Octavia avait pris dix ans.
« Tu … »
« J'ai vieilli, oui. C'est le contrepoids de perdre son immortalité »
Clarke jeta un regard à Lexa dans l'espoir d'obtenir une explication. La princesse avait un bras autour des épaules d'Octavia, et ne cachait pas son amusement. Elle avait l'air singulièrement à l'aise avec son ancienne aide de camp, et la proximité évidente n'était pas sans déranger quelque peu Clarke, sans qu'elle ne comprenne réellement pourquoi.
Clarke ne connaissait pas spécialement bien Octavia. Les deux femmes ne fréquentaient pas vraiment les mêmes endroits de Themyscira, même si Octavia s'était retrouvée plus d'une fois à l'infirmerie dans sa vie, et elles n'étaient jamais parties en campagne ensemble. Elle ne l'avait connu qu'à travers Lexa. Clarke s'était toujours bien entendu avec elle cependant, et avait réellement été affectée à l'annonce de sa disparition.
« Je ne comprends pas » dit-elle « Je croyais … »
« Que j'étais morte ? C'est ce que Alexandria a dit ? » ricana Octavia « Je suis bien en chair et en os, et non une créature remontée des enfers »
Si Clarke était perdue, Lexa hochait la tête à chaque mot de la brune, visiblement au courant de toute son histoire. Le fait qu'elle ait pu lui cacher un secret de cette importance ne plaisait pas à Clarke, mais ce n'était pas le sujet sur le moment.
« Je ne suis pas morte, je suis partie de Themyscira » expliqua l'ancienne amazone
« Volontairement. » rajouta Clarke, et Octavia confirma.
« Pour la seule raison qui vaille » sourit-elle, ignorant la moue dégoutée de Lexa à côté d'elle « Pour rejoindre l'homme que j'aime. »
« C'est interdit » remarqua Clarke par automatisme « Quitter Themyscira pour un homme ? Et la reine t'a donné son accord pour ? »
« Elle n'a pas été consultée. » trancha Lexa
Clarke voulut poser une question, mais Octavia poursuivit aussitôt, sans relever le ton froid de la princesse.
« C'est Lexa qui m'a sauvé la vie. J'aurai été considérée comme traîtresse à la nation des Amazones autrement, et tu connais la punition pour une trahison de la sorte » Clarke sentit sa gorge se resserrer. La punition pour haute trahison à Themyscira était la mort. « Sitôt que Lexa m'a donné sa bénédiction royale et que je suis partie, je n'étais plus une amazone. »
« Et tu as perdu ton immortalité. »
« Oui. Les premières rides sont apparues peu après, et puis les blessures … disons que j'ai plus de cicatrices maintenant » sourit Octavia « Mais ça valait le coup »
« J'espère bien » lui dit Lexa, dans un énième sourire « Et maintenant que nous savons que tu n'es ni morte, ni dangereuse, si tu nous expliquais pourquoi tu as voulu enlever Clarke ? »
« J'ai pas voulu l'enlever, je voulais la neutraliser, et pour ma défense, je savais pas que c'était elle ! Excuse moi d'ailleurs, Clarke » Clarke lui assura que ce n'était rien, et Octavia n'hésita à répondre d'un clin d'œil. « Tu m'as bien esquinté le dos aussi »
« J'apprécie moyennement qu'on m'enlève » rétorqua Clarke
« Mon nouveau poste est à la frontière. » soupira Octavia « Les conflits avec les hommes sont pires que jamais, et nous ne laissons entrer personne sur nos terres … La semaine dernière, Linkon en a attrapé deux qui essayaient de rentrer dans le village en cachette »
« Ah, il est là lui ? » bondit tout de suite Lexa « Oui, un tout peu plus loin, au deuxième poste. Tu veux le voir, j'imagine ? »
« Bien sûr » rétorqua Lexa, son sourire d'un seul coup évaporé et son air de Commandante austère réinstauré « Allons récupérer les chevaux, et lui rendre une petite visite »
« Linkon ? » demanda Clarke à Octavia alors qu'elles retournaient sur le chemin où elles avaient laissé les chevaux
« Mon homme » confirma Octavia d'un air fier
Lexa venait d'attraper la bride des chevaux, qui n'avaient pas l'air très inquiets de la disparition de leurs cavalières, et fit signe à Octavia d'ouvrir la marche en direction de l'endroit où son mari était en planque.
« Si il est bien caché, on le trouvera pas non ? » demanda Clarke
« Ne t'inquiète pas, je le trouve toujours » dit Octavia « Et puis il sortira de sa tanière dès qu'il verra Lexa »
Clarke se tourna vers Lexa dans l'espoir d'une réaction. Lexa resta de marbre, ce qui commençait à inquiéter quelque peu la blonde.
« Tu ne m'as toujours pas dit ce que vous faites toutes les deux ici » remarqua Octavia
« Je t'expliquerai tout à l'heure, j'aurai besoin de vous tous » lui dit Lexa « Beaucoup de choses ont changé depuis ma dernière visite ? »
« Oh tu serais étonnée … Tiens, à propos de ça j'ai quelque chose, enfin plusieurs choses à te dire »
« Tu as enfin réussi à battre Indra en duel ? »
« Non pas ça, plutôt une annonce »
« Un mariage ? » devina Clarke
« Déjà fait, ça » sourit Octavia « La suite logique »
Lexa freina tout net.
« Tu es enceinte ? »
Octavia ne s'arrêta pas d'avancer à travers la forêt, mais se retourna vers son ancienne Commandante pour lui sourire.
« Non. Enfin, plus maintenant. »
« Comment ça ? » enchaîna tout de suite Lexa « Plus maintenant ? »
« Oui, plus maintenant. Linkon ? Linkon ! »
Un grand homme au crâne rasé de près et aux mêmes peintures noires sous les yeux qu'Octavia sortit la tête derrière un arbre. Si le visage d'Octavia s'alluma aussitôt, celui de Lexa s'assombrit d'un coup, et elle confia les brides des chevaux à Clarke pour aller se fourrer sous le nez du grand homme.
« Voilà donc celui pour qui tu es partie. »
Lexa le foudroyait d'un regard qui se voulait sérieux mais Clarke la connaissait assez bien pour voir ses yeux pétiller de malice. Si Linkon était impressionné par le regard de la princesse sur lui, il ne le montrait pas le moins du monde. Il resta le dos droit face à Lexa, ses bras repliés contre sa poitrine, leurs regards imbriqué l'un dans l'autre.
« Ils se connaissent pas ? » chuchota Clarke tout bas
« Oh si ils se connaissent très bien » sourit Octavia qui regardaient leur petit manège avec amusement « Ils font ça à chaque fois. »
Clarke était de plus en plus déconcertée par cette nouvelle Lexa qu'elle découvrait, surtout quand Linkon, craquant le premier dans ce petit jeu improvisé, tendit le bras en avant et que Lexa l'attrapa pour le lui serrer. Une fois les présentations faites entre Linkon et Clarke, Octavia glissa quelque chose à l'oreille du grand brun, qui hocha de la tête, et leur proposa de rejoindre le camp.
« Tu ne viens pas avec nous ? » demanda Clarke à l'homme stoïque, qui d'ici là n'avait pas dit grand mot
« Linkon doit rester en garde, surtout je vous raccompagne au village » soupira Octavia
« Tu ne me crois pas capable de retrouver le chemin toute seule ? » demanda Lexa
« Je te crois capable de tout » rétorqua Octavia « Je préfère venir avec vous, on ne sait jamais ce que vous pouvez rencontrer, ou qui »
La brune embrassa le grand brun en guise d'au revoir, et repartit dans la forêt, deux amazones et deux chevaux à sa suite.
« Il a l'air gentil mais il ne parle pas beaucoup, ton homme » remarqua Clarke après un temps de marche dans le silence
« Linkon est un taiseux » dit Lexa
« Tu es drôlement bien placée pour parler toi » ricana Octavia
Lexa se rembrunit mais ne contesta pas. Quelque pas derrière elle, Clarke sourit devant l'impertinence d'Octavia. Elle n'avait jamais vu Lexa se faire parler de la sorte, à part par elle ou l'une de ses sœurs. Elle supposait qu'une telle réflexion ne serait pas passée avec une autre, mais Octavia avait été son aide de camp pendant plusieurs décennies, et n'était pas n'importe qui.
Lexa et Octavia continuèrent à s'échanger des banalités tout le long du chemin, n'abordant ni l'une ni l'autre de sujets primordiaux, et Lexa en était à plaindre sa vieille amie de la perte de son cheval quand celle-ci dévoila derrière une cascade de feuilles tombantes la fin du petit chemin qu'elles suivaient à travers la forêt.
Lexa encouragea Clarke à passer devant elle d'un coup de tête enjoué, et Octavia passa une main sur son épaule.
« Et voilà notre ville. » sourit Octavia
Le village était un grand assemblages de cases et cahutes ne ressemblant en rien aux rues précises et organisées de Themyscira, parsemé ici et là d'enclos où reposaient des bêtes et de grands feux d'où s'échappaient de noires fumées.
Dans les rues grouillante de monde et de vie, elle pouvait voir des enfants courant les uns après les autres, et des femmes qui discutaient joyeusement. Le tout dégageait une ambiance de sympathie bienveillante, et il lui tardait d'en découvrir plus. Octavia lui tapa sur l'épaule, et s'engagea dans le chemin.
« Bienvenue à Arkadia, Clarke ! »
