Chapitre 4
-Docteur ! Docteur ! Regardez !
Le Seigneur du temps roula des yeux avec affection en voyant sa compagne se redresser sur la planche de surf. L'eau argentée rayonnait sous les reflets des deux soleils roses, les vaguelettes se mouvant paresseusement sous l'effet du vent.
Le sourire de Rose était éblouissant, ses yeux brillant de cet enthousiasme propre à la jeunesse alors qu'elle dirigeait maladroitement sa planche sur l'eau. Ses cheveux humides tombaient en bouclettes sur ses épaules nues, faisant briller sa peau dorée.
Les cœurs du Docteur manquèrent un battement lorsqu'elle tourna la tête vers lui, son estomac faisant un salto arrière en même temps que son regard croisait le sien.
Rose Tyler, sa lumière éternelle.
-Rosie ! Attention !
La voix de Jack venait de s'élever derrière elle, suivie d'un squiiiiiiiiiik aigu lorsque la blonde percuta la petite vague lui faisant face. L'instant d'après, un sploutch énorme se fit entendre, suivi d'un flot de jurons des deux hommes, le Docteur sautant immédiatement sur ses pieds en même temps qu'il scannait inquiet l'eau.
Pendant quelques secondes, le temps sembla se suspendre, le son des vagues disparaissant face à leur angoisse croissante. Et puis des mèches blondes trempées firent leur apparition, suivies d'un visage rose et d'un maillot de bain rouge deux pièces. La vie reprit soudainement court autour d'eux alors que Rose recrachait l'eau avalée, son rire cristallin faisant disparaître toute peur. Jack sourit, et s'allongea sur sa propre planche pour aller chercher celle perdue de son amie, qui rejeta sa tête en arrière, repoussant sa toison trempée.
-Cela t'apprendra à te disperser! s'exclama-t-il, s'attirant un regard outré qui se transforma en expression canaille.
Hu.
Un grognement lui échappa la seconde suivante, lorsqu'un plouf lui indiqua que Rose avait plongé.
Le jeune homme jeta un regard inquiet autour de lui, cherchant en vain un signe de l'arrivée de la plus jeune.
Le Docteur ferma les yeux quand un cri strident purement masculin explosa dans la petite baie.
Des singes.
-Tu vas payer !
-Dans tes rêves !
-Aow, aussi, quoique dans mes rêves tu...
Clac.
-Aieuuuuuuuuh !
Un sourire grivois étira les lèvres de Rose devant l'expression boudeuse de Jack. Celui-ci frotta son bras, sous le regard blasé du Docteur qui appuya sur un bouton, avant de tirer un levier. Ses compagnons lâchèrent un petit cri lorsque le Tardis s'envola brusquement, les forçant à attraper la barrière.
-Docteur !
Ce dernier leur adressa un immense sourire. Ses amis roulèrent des yeux, avant de se diriger vers l'escalier pour se changer. Le Seigneur du temps roula des yeux en entendant un piaillement typiquement féminin s'élever quelques secondes après que le duo ait disparu au coin du tournant.
-JACK HARKNESS !
Le capitaine était fourré jusqu'au nez dans les ennuis.
La colère de Rose Tyler venait de s'abattre sur lui.
Le Docteur sentit un sourire étirer ses lèvres à cette pensée ; non pas la version folle qu'il offrait souvent à ses compagnons, mais un sourire plus simple empli de tendresse.
Ses deux humains.
Ce duo de fous qui avait décidé de rester à ses côtés même en sachant à quel point son âme était enlaidie.
Peut-être, un jour, arriverait-il à être digne de leur confiance.
En attendant, il avait un vaisseau à recharger.
-Le recharger ? Vous voulez dire, comme aller à la pompe à essence ?
Le Seigneur du temps esquissa un sourire.
-C'est une comparaison large, mais oui, c'est l'idée, Rose.
-La pompe à essence ?
Jack avait froncé les sourcils, ne comprenant clairement pas la référence. La jeune femme cligna des yeux. Voilà une chose à laquelle elle ne s'attendait pas.
-Tu ne sais pas ce que c'est ?
-Il vient du 51ème siècle, Rose, lui rappela le Docteur. À son époque, les vaisseaux utilisent d'autres formes d'énergie.
-Oh, murmura-t-elle.
Bien évidemment. Et maintenant elle se sentait stupide. Le capitaine fusilla le Docteur du regard : bien joué, Doc, pouvait-on y lire. Celui-ci perdit son sourire, et tenta de rattraper sa gaffe.
-Mais la comparaison est excellente, insista-t-il, lui souriant gentiment et faisant naître un second sourire sur le visage de la cadette. À l'exception que le Tardis ne se nourrit pas d'essence, évidemment.
-Elle a vraiment besoin.. Jack semblait surpris. Je pensais, vous savez, comme c'est un être vivant, je ne pensais pas qu'elle avait besoin de carburant, juste qu'elle..
-.. se nourrissait d'elle-même ? compléta le Docteur. Jack hocha la tête. En grande partie, oui, mais de temps en temps, elle a besoin d'un complément.
-Quel type de carburant? demanda Rose, ses yeux brillant à la perspective d'en apprendre davantage sur ce vaisseau qu'elle avait appris à aimer.
-Du temps, évidemment, répliqua le Docteur comme si ce n'était que pure logique.
Jack roula des yeux.
-Évidemment, ironisa-t-il. Comment aurait-on pu ne pas y penser? Non, vraiment? s'exclama-t-il, surexcité. Comment cela marche ? Elle a besoin d'une source puissante ? Il lui faut beaucoup de temps ? Est-ce qu'elle l'avale brut et le transforme ?
-Est-ce qu'elle laisse des déchets ? Cela ne salit pas l'espace? interrogea Rose, les sourcils froncés.
-C'est l'avantage de mon bracelet, affirma Jack avec un air orgueilleux en levant son bras, sachant parfaitement la réaction qu'il s'attirerait du Docteur avec sa remarque, il a une batterie tellement puissante que les recharges sont très rares, aucune pollution à craindre !
-Ne comparez pas mon vaisseau avec votre jouet, capitaine, renifla le plus âgé, en adoptant sa meilleure version d'un air hautain.
-Au moins il est pratique ! Une bourrasque froide vint le frapper au visage. Rho, mais ne sois pas jalouse, je t'aime aussi !
-Tu l'as vexée !
-Mais je t'adoooore! renifla Jack, ses yeux devenant deux énormes boules bleues malheureuses alors qu'il levait les yeux vers le plafond. Il n'y en a pas deux comme toi! S'il te plaît ! Allez ?
Un air chaud s'éleva, provoquant un sourire ravi du capitaine qui entreprit de caresser gentiment la console. Rose grogna, roulant des yeux.
-Oh non, pitié, ça devient beaucoup trop privé, là..
-Aaaah mais il faut la consoler !
Un reniflement attira leur attention : le Docteur les fixait, son expression mixant entre complètement blasée et amusée.
-Bon alors, Docteur, s'exclama Rose en claquant des mains, dites-nous tout !
Celui-ci ne put contenir un léger rire devant l'enthousiasme purement enfantin de ses compagnons : tous deux le fixaient avec impatience, leur désir de connaissance émanant littéralement de chacun de leurs pores.
Deux enfants trouble-fêtes, mais toujours avides de savoir, et aux questions plus que pertinentes.
Un sourire orgueilleux perça son chemin sur son visage avant qu'il ne commence à expliquer le fonctionnement si complexe de l'énergie du Tardis, tentant de le simplifier au maximum pour ses compagnons humains. Même Jack, avec ses connaissances du 51ème siècle, peinait parfois à suivre.
-Donc ce que vous dites, tenta-t-il de résumer, les sourcils froncés, c'est que le Tardis se nourrit du l'énergie du vortex du temps quand on y passe, comme .. maintenant, nota-t-il en regardant autour de lui. Une forme d'auto-alimentation simultanée et constante, murmura-t-il. Fascinant ... Mais elle l'use presque immédiatement en se déplaçant, ajouta-t-il.
Le Docteur hocha la tête, souriant : il pouvait presque voir le cerveau du capitaine tourner à toute vitesse, analysant les informations apprises, les comparant à celles qu'il possédait déjà grâce à l'Agence – humpf – et faisant instantanément de nouvelles connexions.
-Et c'est pour cela qu'il vous faut une autre source d'énergie, compléta Rose, assise sur la barrière entourant le poste de commandes. Pour pouvoir vous poser et recharger sans rien gaspiller.
-C'est une manière très primitive de résumer ce que je viens de dire – une tape sur le bras de Rose – mais vous avez compris l'essentiel, oui, commenta-t-il, amusé.
Sa compagne fronça les sourcils, avant de demander la question qui la taraudait depuis plusieurs minutes :
-Mais où est-ce que vous pouvez trouver cela ? Des sources du temps en dehors du vortex ? Et même si ça existe, ce n'est pas dangereux à employer ?
Le Seigneur du temps hocha la tête devant le bien-fondé de cette remarque.
-Il faut pas mal de doigté, mais c'est possible. Et où, hé bien, un peu partout à vrai dire ! Il existe des milliers de .. hum … trous?
Il plissa le nez ; ce terme était si barbare, il le détestait. Il ne résumait en rien l'idée qu'il voulait exprimer.
-Failles ?suggéra Jack.
Les yeux du Docteur s'illuminèrent.
-Failles ! Oui ! Fantastique ! Les deux hommes échangèrent un sourire. Des milliers de failles, oui, plus ou moins larges, plus ou moins âgées, reliant ces milliers de dimensions et par lesquelles s'écoule l'énergie du temps.
-Attendez, il n'y en avait pas une à Cardiff?s'exclama Rose. Vous savez, avec Dickens ?
-Tout à fait, confirma le Docteur, son sourire s'élargissant à ce souvenir.
-Tu dois toujours me le raconter, rappela Jack, s'attirant un coup de coude taquin.
-Cardiff est un excellent exemple de faille : elle ne fait pas que déverser de l'énergie du temps, elle relie de multiples points dans l'espace-temps. Le Docteur fronça les sourcils, pensif. Elle est vraiment très, très puissante. Maintenant que j'y pense, je suis surpris qu'il n'y ait jamais eu davantage d'accidents autou..
Il n'eut jamais le temps de terminer sa phrase. Le son d'une sonnerie s'éleva soudain, le coupant dans son élan. Haussant un sourcil, il tourna lentement la tête vers Rose, qui sentit ses yeux s'étaler jusqu'à ressembler à deux marrons écrasés, avant qu'elle ne plonge précipitamment la main dans la poche de son jean.
En un mouvement purement identique, le sourcil gauche de Jack monta lentement sur son front, alors qu'il découvrait une version préhistorique d'un communicateur dont émanait de la musique classique.
Mais de l'excellente musique classique. Cry baby demeurait un must, même 3000 ans dans le futur. Janis Joplin était une déesse, point.
-Allo ? Si possible, les yeux de Rose s'étalèrent davantage. Mickey ? Oh ! Hey !
Le regard du Docteur se fit insulté.
Il avait été interrompu par Mickey l'Idiot ?
-Oh ? Vraiment ? Oh, c'est génial !
Les deux hommes échangèrent un regard surpris : la voix de Rose venait de se faire surexcitée, une petite lumière s'allumant au fond de ses yeux en même temps que sa langue venait se coincer entre ses dents.
Le duo inspira une large bouffée d'air.
Inconsciente de leur réaction, la jeune femme fronça les sourcils, son expression se faisant pensive.
-Cardiff ? Pourquoi.. Oh, comme tu veux ! Ça ne change rien pour nous, sourit-elle. Donne-moi juste une date. Ok, merci ! À tout de suite ! Oui je sais que tu dois prendre le train, c'était juste.. A tout à l'heure, rit-elle, avant de raccrocher et se tourner vers ses amis.
-Est-ce que je vais rencontrer ton abruti d'ex? demanda lentement Jack.
Rose rougit.
-Il n'est pas méchant..
-Non, ironisa le capitaine, juste pas à la hauteur.
-Oh, la ferme!s'exclama la blonde, dont les joues avaient viré rouge pivoine.
Le sourire moqueur de Jack empira. Il sauta en arrière pour éviter la frappe à venir, avant que l'une de ses mains n'attrape sans prévenir la taille de la jeune femme, l'autre saisissant son bras et la penchant en arrière. Rose explosa de rire, se laissant guider par son intrépide d'ami.
-Est-ce que quelqu'un compte me demander mon avis dans cette histoire? s'exclama le Docteur, exaspéré. Je suis toujours le capitaine de ce vaisseau, aux dernières nouvelles !
Sa compagne tourna vers lui une expression contrite. Le Seigneur du temps roula des yeux, avant de se tourner vers la console pour y rentrer les coordonnées.
-Peu importe ! Je rechargerai mon vaisseau pendant que vous reproduirez l'espèce humaine ! À vous trois, cela devrait donner des exemplaires intéressants !
Rose roula des yeux, avant de lâcher un cri lorsque le Tardis fit un bond, se dirigeant soudain vers leur prochaine destination.
Cardiff, 2005.
Ah les failles.. Torchwood..
