Et on entame l'arc Cardiff. Pas toujours facile à écrire car l'épisode était déjà là tel quel, et mon but n'était pas de raconter l'aventure même mais l'autour, les sentiments, les relations. La présence de Jackie me permet de tirer des oreilles, pour le moment celles de Rose, et plus tard Jack, qui, ahum, a beau être quelqu'un de bien, peut aussi être incroyablement con.

Comme le dit le titre de ce tome, c'est l'heure de la maturité.

(parce que j'adore Mickey et que je déteste comment Rose le traite, même si c'est inconscient, et qu'elle n'est pas la seule).


Chapitre 6


-Capitaine Harkness, prêt pour découvrir la ville !

Le Docteur sentit la commissure de ses lèvres pointer vers le haut en entendant l'excitation dans la voix de son compagnon. On aurait pu croire que c'était surjoué, exagéré, mais la vérité était que cet enthousiasme permanent était la définition même du jeune homme.

Par Rassilon, comme il était heureux de l'avoir gardé à bord du Tardis.

-Où est Rose ? s'étonna Jack en regardant autour de lui tout en fermant sa veste grise, avant de rajuster son écharpe.

-Partie visiter la ville avec sa mère, grommela le Docteur, quelque peu irrité de s'être ainsi fait faucher la jeune fille. Jackie l'a enlevée pour le reste de la journée.

-Oh .. Oh, alors ce n'est que vous et moi, commenta Jack, un sourire grivois apparaissant sur ses lèvres.

-Pauvre de moi, ironisa le Seigneur du temps, mais ses yeux pétillaient et il souriait.

-Si méchant, Docteur, répliqua Jack en ouvrant la porte, avant de se tourner vers lui, le fixant, charmeur. Je sais que vous m'adorez ! Venez donc, que je vous offre ce verre !

-Oh, on se met enfin au travail ?

-Je n'ai pas le choix si je veux que les choses avancent !

-Ai-je dit qu'il y a quelque chose à avancer?rétorqua le Docteur, taquin.

-Laissez donc un homme croire en sa chance, s'exclama le capitaine, en portant la main à son cœur. Je .. Hé, pousse-toi !

-Faites gaffe !

-Faire.. je rêve ! Qu'est-ce qu'il fiche en plein devant le Tardis, lui ?

-Je m'assoie où je veux, pesta Mickey en se relevant pour lui faire face. Qu'est-ce que vous faites ici, de toute façon ? Depuis quand vous êtes là ?

-Oh, est-ce de la jalousie que j'entends? se moqua Jack. Je suis trop magnifique pour toi ?

-Magnifique ? Plutôt ringard !

Jack haussa un sourcil, avant de tourner la tête vers le Docteur.

-Jargon du XXIème siècle. Est-ce que 'ringard' est bon ou mauvais ?

-Mauvais, pesta Mickey, avant de sentir la consternation l'envahir lorsque l'inconnu devant lui sourit encore plus.

-Mais mauvais veut dire bon, n'est-ce pas ? Peu importe, Rose nous trouve à son goût, commenta-t-il en saisissant le bras du Docteur, l'entraînant à sa suite.

Celui-ci roula des yeux, peu désireux de se retrouver coincé entre les piques des deux humains. Le pauvre Mickey ne tarderait pas à découvrir qu'il n'était pas au niveau. Aussi gentil était-il, Jack possédait beaucoup plus d'expérience dans ce type de bagarre. Il jeta un coup d'œil en arrière, et nota que le gamin n'avait pas bougé, les fixant sans un mot.

-Vous comptez traîner derrière toute la journée ? Allez, Ricky, bougez-vous un peu!commenta-t-il en lui faisant un signe de la main.

Il n'avait que peu d'intérêt à passer la journée avec lui, mais Rose ne lui pardonnerait jamais d'avoir abandonné son ami derrière. Jack ne partageait pas la même opinion, apparemment, car il souffla sans aucune discrétion, s'attirant une tape de la part du Docteur.

-Gentil ! C'est l'ami de Rose, vous pouvez bien faire avec une journée. Il faudra 24h au Tardis pour se recharger, ce qui signifie que nous avons du temps à tuer.

Le capitaine roula des yeux, clairement pas d'accord. Il n'avait déjà pas une opinion très élevée de l'ex de la jeune femme avant leur arrivée, mais chaque minute passée en sa présence ne faisait que l'exaspérer davantage. Qu'est-ce que Rose avait pu lui trouver ? Le gosse était tout sauf attirant, et il ne parlait pas que physiquement. Jack était ouvert à tout et tout le monde, mais Mickey.. non, vraiment, il ne pouvait pas. Et voilà qu'il s'incrustait dans sa sortie privée avec le Docteur.

-Vous me devez un verre, alors, grommela-t-il tout bas alors que l'intéressé les rejoignait, avant de se placer sans un mot de l'autre côté du Docteur.

-Qui danse avec qui, maintenant? commenta ce dernier, provoquant un petit rire chez Jack, qui se colla un peu plus à lui.

Peut-être que ce voyage serait potable, après tout.


-C'est magnifique, commenta Rose, un large sourire aux lèvres. Regarde tout ce monde !

-On dirait Londres, mais en plus sauvage. La réplique de Jackie fit pouffer Rose. Quoi, c'est vrai ! Impossible de trouver un bon thé, ici ! J'ai dû me rabattre sur du café, grommela-t-elle en soulevant sa tasse pour marquer un peu plus son opinion.

Assises sur le bord de la baie, mère et fille dégustaient leur boisson chaude, bien à l'abri dans leur manteau épais. L'écharpe de laine multicolore de Rose traînait sur le sol, enroulant les nattes de sa propriétaire qui prit une gorgée de son chocolat chaud. Pas aussi original que les boissons qu'elle avait pu boire là-haut, mais parfois, rien ne valait les classiques.

-Quoi?demanda-t-elle en voyant Jackie la fixer. Quoi? insista-t-elle, amusée.

-Rien .. Je te regarde, c'est tout. Tant que tu es là.

Rose sentit sa gorge se serrer.

-Je suis là, maman, insista-t-elle en posant sa main sur son bras.

-Parce que je suis venue ! Tu allais passer sans venir me voir ! Tu ne donnes pas de nouvelles ! Comment je suis sensée savoir que tu vas bien ?

Rose ne sut que répondre.

C'était vrai.

Si Jackie n'avait pas accompagné Mickey, elle serait repartie sans penser à elle. Était-elle donc si égoïste ? Elle avait pourtant toujours pris soin du mieux qu'elle le pouvait de sa mère. Jackie était si seule, malgré tous sa vergue, et ce n'était pas Mickey qui allait la sortir.

Mickey, un autre problème, encore.

C'était dans ce genre de moments qu'elle se sentait schizophrène. Déchirée entre ses deux vies, sur Terre et dans l'espace. La première qu'elle fuyait, littéralement, mais qu'elle ne pouvait juste pas jeter, et la seconde, si dangereuse et mortelle, mais si passionnante.

Entre les deux, sa mère.

Terrifiée.

Perdue.

Et Rose ne savait juste pas quoi dire.

Elle n'avait qu'à peine vingt ans, au fond.

Et en cet instant, elle ressentait violemment son jeune âge.

Depuis combien de temps n'avait-elle pas vu Jackie ?

C'était si difficile à calculer: le temps fonctionnait différemment, dans l'espace, mais elle pouvait estimer son retour sur Terre et la bataille contre les Slitheen à bientôt huit mois. Pour Jackie et Mickey, cependant, il ne s'en était passé qu'à peine quatre. Jackie et Mickey, à qui elle avait à peine songé tout ce temps.

Deux mondes se faisant face, irréconciliables.

Jackie ne pourrait jamais comprendre sa vie sur le Tardis. Rose le savait depuis le départ : cela lui avait été confirmé lorsque sa mère était entrée en force sur le vaisseau et ne lui avait jeté aucun regard, n'y portant aucune attention. Comment Rose était-elle sensée lui parler de ses voyages ? Sa mère n'en retiendrait que le danger.

Elle n'aurait pas tort. Combien de fois avait-elle manqué mourir là-haut ? Ils n'en parlaient plus, mais le souvenir du Jack venant d'un futur alternatif les avait hantés longtemps.

-Je suis désolée, maman.. Ce n'est pas la faute du Docteur ou de Jack, c'est juste moi.. Je n'y ai pas pensé, soupira-t-elle.

-Essaye ? Pour moi ? Même si tu ne viens pas tout le temps, essaye de m'appeler? insista Jackie, serrant le cœur de Rose.

Sa mère n'osait même pas lui demander de passer.

-Promis, affirma-t-elle, bien décidée à se racheter. Tu veux des frites? demanda-t-elle en se levant. Avec plein de moutarde! ajouta-t-elle sans lui laisser le temps de dire non.

Jackie roula des yeux, mais se lécha les lèvres en voyant sa fille revenir avec l'énorme paquet. Sans un mot, elle saisit une frite, la plongeant dans la moutarde jusqu'à ce que seul un petit bout dépasse. Rose plissa le nez, et attrapa un morceau pas recouvert.

-Je ne comprends pas comment tu fais ça, c'est juste..

-Ah ! Ne critique pas les frites moutarde! la coupa sa mère, en la menaçant de la dite frite.

Elle sourit en entendant sa fille rire. C'était un son dont elle ne se passerait jamais.

-Tu ne m'as toujours rien dit sur Monsieur Sublime !

Rose grogna.

-Oh, sérieux, 'man ?

-Quoi? demanda Jackie, en arrondissant ses yeux. J'ai le droit de savoir qui voyage avec ma fille !

-C'est ça, oui, rit Rose, soulagée de voir sa mère repasser en mode commère. Je ne sais pas quoi te dire, c'est..

-.. compliqué? rétorqua Jackie. Rosie, ma puce, je suis ta mère. Tu peux tout me dire.

Hu. Non.

-Tu ne vas me brûler les oreilles, tu sais, insista la plus âgée. Je suis mère, je sais comment ça se passe.

Rose se sentit virer au rouge pivoine.

-Maman !

-Quoi ? Tu es une femme! commenta Jackie en enfournant une autre frite dans sa bouche.

-Oui, mais.. ce n'est pas... je ne peux pas parler de ça avec toi! protesta Rose, plus rouge qu'un coquelicot.

-Je suis ta mère, sourit-elle.

-Justement !

Jackie rit doucement devant son embarras.

-Si bien que ça, alors? demanda-t-elle, taquine, et provoquant une autre montée de rouge chez sa fille. Non, parce que Mickey..

-Maman !

-Je dis ça comme ça, commenta Jackie en levant les mains. Il est gentil, mais il aurait fallu ne pas avoir les yeux en face des trous pour voir que..

-MAMAN ! Rose se laissa tomber la tête entre les mains, mortifiée. Juste.. ne …

Son royaume pour une planète à l'autre bout de l'univers.

-Est-ce qu'il sait ?

-Hein ?

-L'autre, le Docteur. Il sait ?

Sa mère la fixait, le regard plat. Rose se sentit rougir un peu plus.

-Oui.. Même si n'en a pas tellement parlé..

-Sérieusement ? Parce qu'il n'a pas l'air du genre de type à laisser ce genre de choses arriver sur son vaisseau.

-Ce n'est pas... Maman, je n'ai pas couché avec !s'exclama Rose en comprenant qu'elles ne parlaient pas de la même chose. Et même si cela avait le cas, ce ne serait pas son problème ! Je fais ce que je veux, répliqua-t-elle en fronçant les sourcils.

En quoi sa vie privée regardait-elle le Docteur ? Elle ne sortait pas avec, damn it ! Sa mère la dévisagea, blasée. Si jeune, et déjà si aveugle.

-Non ? Comment c'est possible ? Un tank pareil ! Alors, dis-moi tout ! Non parce que bon, on parle mais je ne sais toujours rien !

Rose secoua la tête, amusée par les manières de sa mère. Peu de gens arrivaient à suivre le fonctionnement mental de Jackie Tyler, et elle ne leur en voulait pas. Il fallait être habitué depuis la petite enfance pour comprendre ses enchaînements de pensées.

-Te dire quoi? sourit-elle, sachant parfaitement ce qu'elle voulait savoir mais la taquinant à son tour.

-Oh, ne fais pas ta timide!s'exclama sa mère en lui décochant un coup de coude. D'où vient-il ? Pourquoi l'autre andouille l'appelle-t-il capitaine ?

-Ce n'est pas une andouille, protesta Rose. Il s'appelle Jack Harkness, capitaine Jack Harkness, c'est son nom, et capitaine, ça vient.. de son ancien travail, expliqua-t-elle, passant volontairement sous silence l'Agence.

-Il est militaire? traduisit Jackie.

-Un équivalent, répondit Rose, pensive.

-Et donc ? Tu sors avec ? Tu es sortie avec? insista-t-elle, en la dévisageant avec son regard infrarouge typique des mères.

-Non.. C'est..compliqué, soupira Rose. On aurait pu.. sorti ensemble, à un moment, mais ..

-ça ne se serait pas bien passé ?

La voix de Jackie s'était faite gentille.

-Non.. C'est juste que.. On s'adore, et on est super ensemble, mais Jack.. Ce n'est pas sa faute, le défendit-elle immédiatement, ni la mienne, c'est juste qu'on … ne vient pas du même monde, tu vois ? On est trop différent. On aurait pu essayer, vraiment, mais ça n'aurait pas marché.

-Différent ?

La question à un million.

Comment résumer Jack à sa mère ? Sa bonne humeur constante, ses innuendo, leurs aventures, leur rencontre en plein Blitz, son passé noir d'agent qui, malgré tous ses efforts, l'effrayait toujours, sa relation compliquée avec le Docteur – allaient-ils un jour faire quelque chose?! - sa capacité à toujours trouver l'anecdote qui détendrait le groupe alors que la tension était à son comble ..

-Il .. Ok, elle pouvait partir sur ça. Il vient du futur, tenta-t-elle d'expliquer. Du 51ème siècle, précisa-t-elle, souriant en voyant les yeux et la bouche de sa mère former des billes.

-Il quoi ?!

-Ouais, je sais, rit-elle. C'est assez cool, franchement. Tout ce qu'il sait, tout ce qu'il a vu! Bon, il y a des moments où on ne se comprend pas, ce qui est logique, il n'est même pas né sur Terre, apparemment, et parfois je ne pige pas un mot de ce qu'il raconte, mais c'est aussi vrai pour moi, je viens de la Préhistoire, à ses yeux, renifla-t-elle. Et lui, il est juste.. Jack. Quoi ? demanda-t-elle en voyant Jackie la fixer, un large, bien trop large sourire aux lèvres.

-Tu ne sors pas avec, donc ?

-Maman ! Non ! Non, je t'ai dit! insista-t-elle. Jack .. On est ami. Des amis particuliers, mais des amis, insista-t-elle. Ça marche mieux ainsi. Et c'est bien mieux que rien.

-Ok, ok, je ne fais que demander, répliqua Jackie, en levant les mains. Je veux savoir qui sont les gens qui entourent ma fille quand elle voyage. Je peux lui faire confiance, donc.

-Évidemment !

-Hum. Bien. J'espère qu'il veille mieux sur toi que l'autre andouille.

-Hé !

-Tu sais que j'ai raison, rétorqua-t-elle. Un an de retard! rappela-t-elle quand Rose fronça les sourcils, lui faisant rouler des yeux.

Les minutes suivantes se passèrent en silence, chacune dévorant se frites, avant d'être interrompues par Jackie.

-51ème siècle ?!

-… je sais, sourit Rose.

-Où est-ce que vous l'avez rencontré ? Non, attend, quand? se rectifia-t-elle devant le regard amusé de sa fille.

-Londres, mais en 1941. C'était..

-La guerre ! S'exclama sa mère, furieuse. Qu'est-ce que vous faisiez là-bas ?

Rose soupira. Autant pour éviter d'effrayer Jackie.

-On ne savait pas que c'était cette année, on était à la poursuite d'un vaisseau bizarre, et ça nous a fait atterrir à cette époque.

-Et vous y êtes restés !

-C'était un peu tard pour repartir, répliqua-t-elle, s'attirant un regard mauvais de Jackie.

-C'est ça, oui. Quel rapport avec Capitaine Beauté ?

-Il y était, expliqua Rose, amusée. Il nous a aidés, mais à la fin .. Seigneur, elle détestait tellement se souvenir de cela. Le moment où Jack s'était sacrifié. Il nous a sauvés, lâcha-t-elle, avant de s'arrêter devant l'expression paniquée de Jackie. C'est compliqué, soupira-t-elle. Mais à la fin, c'est lui qui a emporté la bombe qui devait nous tomber dessus. Il n'était pas sensé s'en sortir. Il le savait, et il y est quand même allé. Elle fronça les sourcils. On ne pouvait juste pas le laisser mourir, pas avec le Tardis, alors on l'a sauvé. Elle sourit. Et il est resté depuis.

Jackie ne répondit pas immédiatement, terrifiée alors que son cerveau tournait dans tous les sens, analysant toutes les façons sur comment cette aventure aurait pu, non, avait mal tourné. Elle savait que sa fille l'épargnait, ne lui contant généralement que les moments tranquilles de ses voyages. Elle n'était pas naïve, cependant : elle avait pu voir en direct il y avait à peine quelques mois combien la vie sur le Tardis était dangereuse. Elle savait maintenant que le Docteur, bien qu'alien et étrange, faisait tout son possible pour protéger sa fille, et elle lui en était reconnaissante, mais cela ne signifiait pas qu'elle en était apaisée pour autant. Ce Jack, d'où – quand – qu'il vienne, semblait lui aussi attirer les ennuis – comme Rose – mais lui était clairement tout autant attaché.

Elle secoua la tête, ses sentiments mitigés. Elle n'avait pas le choix que d'accepter le choix de sa fille, et elle devait reconnaître qu'elle aurait pu trouver pire comme compagnons de voyage, mais elle n'en dormirait pas mieux le soir.

Une chose l'intriguait toujours, néanmoins.

-Il est d'accord avec ça ? Devant le regard perplexe de Rose, Jackie précisa : Ton Docteur. Ça ne le dérange pas de l'avoir à bord ? Parce que, expliqua-t-elle, ils ont l'air de très bien s'entendre, alors que, désolée, mais ce type est loin d'être sociable.

À sa grande surprise, Rose explosa de rire.

-Tu aurais dû les voir les premières semaines ! Comment dire, ce n'était pas.. Le Docteur lui avait sauvé la vie, mais il ne savait pas quoi faire de lui, expliqua-t-elle en pouffant. Il n'est pas très.. fan des beaux jeunes hommes tournant autour de son vaisseau, ironisa-t-elle.

-On se demande pourquoi, murmura Jackie en la fixant.

Soit Rose ne l'entendit pas, soit elle l'ignora, continuant :

-ça a pris du temps, mais ces deux débiles ont fini par admettre qu'ils avaient plus de points communs qu'ils ne le disaient. Elle renifla. Tu aurais pu penser que deux voyageurs dans le temps seraient heureux de se rencontrer..

-Voyageur dans le temps ?

-Oui, il a un bracelet spécial, je te l'ai dit, on l'a rencontré en 1941.

Jackie secoua la tête.

-Oui, désolée, tout le monde n'est pas spécialiste!

Rose sourit, inconsciente de la honte qu'elle venait d'affliger à sa mère.

-Tu les verrais, toujours en train de chicaner sur tel ou tel gadget ou bouton! C'est pire que les hommes avec leur voiture, je te jure, grommela-t-elle. J'espère qu'un jour ils vont se bouger, ils me fatiguent !

-Se bouger ?

Jackie la fixait, perdue.

Ah.

Rose se mordilla la lèvre, réalisant que sa mère n'avait pas encore compris le type de tension qui régnait entre ses deux meilleurs amis. Ce n'était pas comme si Jackie était homophobe, loin de là, mais les relations entre deux personnes d'un même sexe à son époque étaient toujours compliquées à imaginer, voire accepter.

-Ils sont plus qu'amis, maman, expliqua-t-elle gentiment.

Elle put voir la lumière s'allumer dans le cerveau de celle-ci au même moment où ses yeux s'arrondirent.

-Oh ? Vraiment ? Ils..

-Non, pas encore, ils se tournent autour depuis des mois, pesta la jeune femme. C'est épuisant, vraiment.

-Ça ne te gêne pas ?

-Quoi ? Non, pourquoi ? Franchement, j'aimerai bien qu'ils se bougent, damn, Jack vient du futur, à son époque, ils sont beaucoup plus ouverts sur tout – euphémisme du siècle – tu pourrais penser qu'il ne se montrerait pas aussi timide, c'est ridicule, pesta-t-elle. Quoi? demanda-t-elle devant l'expression de sa mère.

Celle-ci secoua la tête, renonçant à rappeler une nouvelle fois pour rien à sa fille combien elle-même et Grandes oreilles rendaient tout le monde fous à se regarder le fond des yeux. Un aveugle aurait pu le voir.

-Rien .. J'ai juste du mal à imaginer le Docteur amoureux, ironisa-t-elle, s'attirant un reniflement.

-Ouais, moi aussi. Et pourtant.. Il croit que les gens ne le voient pas, mais c'est aussi gros que ses oreilles, rit Rose, entraînant un sourire moqueur de sa mère.

-Tu vois qu'elles sont grandes !

-J'ai jamais dit le contraire ! Juste pas devant lui !

Une fois leur rire apaisé, Jackie demanda, son expression sérieuse alors qu'elle abordait un sujet qui, elle le savait, allait fâcher sa fille:

-Tu as dit tout ça à Mickey ?

-Quoi ? Non, pourquoi ?

Jackie soupira.

-Sérieusement, Rose ? Écoute, tu sais que je ne suis pas sa plus grande fan, et il a toutes les raisons du monde de me détester, mais ce n'est pas un méchant garçon. Il mérite que tu sois honnête avec.

-Je ..

-Tu le fuis comme la gamine que tu es, la coupa sa mère. Cesse de courir en rond comme un pingouin avec le feu au cu et assume. Tu veux rompre avec ? Rompt. Proprement. Ne joue pas avec des années, parce que tu sais quoi? Il t'attendra. Et il perdra toute sa vie.

Rose ne répondit pas, choquée. Elle n'avait jamais vu les choses sous cet angle. Sans un mot, elles se relevèrent pour reprendre leur marche autour de la baie, la jeune femme écoutant d'une oreille distraite les pépiements de Jackie, bien décidée à la mettre à jour sur les derniers potins de leur quartier. C'est alors qu'elles passaient près d'un kiosque que son regard fut attiré par une photo.

-Je rêve, siffla-t-elle en se lançant dans un sprint vers le stand, ignorant les cris outrés de sa mère.

La gorge sèche, elle saisit le journal exposé en avant-première. Là, face à elle, Margaret Blaine la fixait, tentant de repousser le photographe.

Nouveau maire, Nouveau Cardiff.

Son portable était dans sa main avant même qu'elle ne le réalise.

-Rose ! siffla Jackie en la rejoignant, essoufflée. Qu'est-ce qui te prend, enfin ? Ses yeux s'agrandirent devant la photo. Oh mon Dieu ! Mais elle n'est pas ..

-Morte? pesta Rose. Apparemment non. Docteur! s'exclama-t-elle lorsque celui-ci décrocha. Regardez les journaux ! Margaret, elle ..

-Je sais, soupira le Seigneur du temps en fixant son propre journal. Et j'avais une journée si agréable ...