Chapitre 7


Il était rare de sortir sans Rose. À part quelques moments où ils s'étaient séparés pendant leurs voyages, ou l'un d'eux était resté sur le Tardis, Jack s'était habitué à passer son temps en groupe. Cela avait été encore plus vrai après le départ des Davies, et ce terrible moment sur le volcan. Le trio s'était resserré un peu plus, et cela faisait bien longtemps depuis leur dernière fois séparés.

Il ne s'en plaignait pas, néanmoins.

Rose passait la journée avec sa mère – une femme apparemment charmante, il avait hâte d'en apprendre davantage à son sujet – et lui avec le Docteur.

Et Mickey.

Peut-être abusait-il un peu à son égard. Ce n'était pas comme si le gamin lui avait fait quelque chose personnellement. À part s'immiscer sans le savoir dans son tête à tête avec le Docteur. Ce n'était pas sa faute, mais Jack chérissait chacun de ses moments privés avec le Seigneur du temps.

Et puis, peut-être bien qu'il était un peu jaloux.

Après tout, Mickey était l'ami d'enfance de Rosie; il avait grandi avec, et connaissait sans aucun doute mieux son passé que lui ou le Docteur. Et même si c'était avec eux que la jeune femme voyageait, Mickey était celui qui avait eu la chance de partager tous ces après-midis avec elle, à l'école ou en ville, celui à qui elle avait confié tous ses secrets d'ados, celui dont elle était tombée amoureuse la première.

Oui, peut-être était-il un peu jaloux. Cela n'avait rien à voir avec un quelconque besoin de s'affirmer, non, il connaissait parfaitement l'affection de Rose à son égard. C'était plutôt l'impression que Mickey ne méritait pas tout cet amour que lui donnait la blonde.

Comme pour accentuer cette impression, ce fut ce moment que choisit l'objet de ses pensées pour marmonner :

-Cette vieille dame nous fixe.

Jack tourna la tête : en effet, à une dizaine de mètres, une femme âgée armée d'un chignon de la mort les dévisageait, l'air réprobateur. Il sourit, avant de répliquer :

-Elle se demande probablement ce que cinq personnes pouvaient faire dans une petite boite en bois..

Il accompagna sa blague d'un clin d'œil au Docteur, avant de resserrer sa prise sur son bras. Ce dernier renifla, ses yeux trahissant son amusement avant qu'il ne lui donne un coup de coude. Du coin de l'œil, il pouvait voir les yeux de la vieille harpie étinceler de rage. Ah. Autant pour elle. Aucun besoin d'expliquer à Jack la vraie raison de la colère de cette vieille folle. Son compagnon découvrait à peine le XXIème siècle, pas besoin de gâcher son plaisir avec un descriptif des préjugés incroyablement stupides de cette époque pourtant autrement si brillante.

Mickey avait roulé des yeux, appréciant clairement peu la blague de son ami :

-De quoi êtes-vous capitaine ? L'Innuendo Squad ?

L'intéressé ne lui répondit pas, se contentant de secouer la main comme on le ferait pour chasser une mouche. Il était trop occupé à dévorer des yeux tout ce qui les entourait, de la foule habillée chaudement aux bâtiments de béton entourant la baie de Cardiff. Il avait voyagé à des époques multiples, mais n'avait jamais mis les pieds auparavant à cette période. L'Agence du temps tendait à l'éviter quand elle le pouvait, peu désireuse d'interférer au moment où avaient eu lieu tant de tournants majeurs pour l'humanité.

Aux yeux de Jack, c'était comme visiter un musée des temps anciens.

Le manque de mélange culturel, déjà. Boeshane était certes une province reculée, mais même sa petite planète communiquait avec d'autres espèces, ne serait-ce que pour le commerce. Jack avait grandi en entendant parler d'Oods, Sontaran, Gelths, Krillitanes – avant leur disparition subite dans leur cas, néanmoins – et autres Hoix.

C'était la norme.

C'était juste … logique.

Il n'existait rien de tout cela, ici, cependant.

Juste des humains.

De purs, originels, humains.

C'était .. perturbant. Peut-être même un peu effrayant. Et franchement, tellement, tellement triste.

Au moins, il pouvait se balader sans craindre de bombe. 1941 avait ses charmes, mais la guerre n'était définitivement pas l'un d'eux.

La pollution était une autre histoire.

Le début du XXIème siècle, ou le règne du pétrole. Ça, c'était pour le coup quelque chose dont il serait bien passé. Les klaxons étaient surprenants, et les véhicules fun – des modèles antiques de transporteurs ! - mais la fumée qui en sortait .. pouah. Et quelle était cette chose avec laquelle était recouvert le sol ? Était-ce ce que Rose appelait souvent du béton ?

Jack n'était pas fan. Du tout.

Il grimaça, avant de tousser. Le Docteur lui tapota gentiment l'épaule, compatissant.

-Désolé. Pas la meilleure période de l'humanité.

-Ça pue! râla son ami.

-Et encore, vous auriez vu les années 1980 ..

-Comment ils peuvent vivre là-dedans?grommela-t-il. L'air est si lourd ! Et l'odeur !

-Sérieusement ? Vous devriez voir Londres !

Les deux hommes tournèrent la tête vers Mickey, qui haussa les épaules.

-Vous trouvez que c'est pollué ? Tentez Londres à l'heure de pointe !

-La quoi?murmura Jack en regardant le Docteur.

-Quand tout le monde va ou revient du travail, expliqua ce dernier. Plein de véhicules, la foule partout. Le bonheur, ironisa-t-il.

Jack fit la grimace.

-J'imagine..

-Vous ne savez pas ce qu'est l'heure de pointe ? Mickey le fixait, ahuri. De quel trou perdu sortez-vous ?

Son commentaire lui valut un regard blessé de Jack et désapprobateur du Seigneur du temps.

-Tout le monde n'est pas né sur Terre, Ricky, répliqua ce dernier, acide.

-C'est Mickey ! Qu'est-ce que vous voulez dire, pas né sur.. Oh, souffla-t-il en fixant le capitaine, comprenant soudainement qu'il devait venir d'une autre planète.

Instinctivement, il tourna la tête vers le Tardis. Le vaisseau qui voyageait dans le temps et l'espace. La machine aux mille merveilles. Combien d'autres personnes d'autres planètes Rose avait-elle rencontrées grâce à elle? Flirtait-elle avec tous comme elle le faisait avec cet homme ?

Mickey serra les dents, essayant de ne pas montrer sa colère. Ce n'était pas la faute du gars. Il ne savait sûrement même pas que lui et Rose étaient ensemble, enfin, étaient supposés l'être. Quand vous aimiez quelqu'un, vous ne vous enfuyiez pas deux fois avec un inconnu. Surtout après que la première fois, votre petit copain avait été accusé de votre meurtre.

Et vous ne reveniez pas pour demander un service, en draguant le bel inconnu étant soudain apparu entretemps.

Secouant la tête, il préféra demander, interrompant sans s'en rendre compte la discussion des deux amis sur les avantages et inconvénients de cette période historique :

-On peut laisser le Tardis comme ça ? Il ne va pas être repéré ?

-Tiens, oui, c'est une bonne remarque, commenta Jack, en tournant la tête vers le vaisseau. Pourquoi est-ce qu'il ressemble à cela ? Ça fait des mois que je me pose la question !

-C'est un bouclier occulteur, expliqua le Docteur, avant de développer, un large sourire apparaissant sur ses lèvres comme à chaque fois qu'il parlait de son bébé : C'est appelé un circuit caméléon. Le Tardis est sensé se dissimuler n'importe où il se rend, par exemple, si nous étions pendant la Rome Antique, il se transformerait en statue. Mais j'ai atterri dans les années 1960, le Tardis s'est transformé en cabine de police, et le circuit s'est bloqué, grommela-t-il.

-Donc c'est réel? s'étonna Mickey, sa mauvaise humeur disparaissant momentanément devant cette information. Il y avait vraiment des cabines de police ?

-Oui, dans les coins de rue, s'enthousiasma le Seigneur du temps. Le téléphone servait à appeler à l'aide, il n'y avait pas encore de radios ou de portables, rappela-t-il. S'ils arrêtaient quelqu'un, ils pouvaient l'enfermer dedans, un peu comme une cellule de prison.

Jack haussa un sourcil, avant de se pencher vers lui et demander très sérieusement :

-Pourquoi ne réparez-vous pas le circuit ?

Le Docteur sembla outragé.

-Je l'adore ! Pas vous ?

-Absolument, sourit le capitaine, satisfait d'avoir gagné une nouvelle fois.

Le Tardis, le meilleur moyen pour braquer le Docteur ! Ce dernier lui donna un coup de coude, se vengeant bassement. Jack grogna, avant de lui tirer la langue, élargissant le sourire du Seigneur du temps.

-Mais c'est ce que je veux dire! s'exclama Mickey, lui aussi souriant mais pas par gentillesse. Enfin, pensait-il, il avait réussi à trouver quelque chose qui n'allait pas dans la vision parfaite du Docteur. Il n'y a plus de cabine de police, donc est-ce qu'elle ne va pas être remarquée ?

Jack se retint de rouler des yeux. Quel gamin. S'il pensait vraiment pouvoir mettre à mal le Docteur sur son propre vaisseau, il ne comprenait vraiment pas à qui il avait affaire. C'était juste tellement.. minable. Pourquoi rester si c'était pour être désagréable ?

Le Docteur, bien évidemment, ne fut absolument pas rebuffé par l'attaque. Haussant un sourcil, il adopta ce que Jack et Rose appelaient en privé «l'expression méprisante du Seigneur du temps supérieur».

-Ricky, commença-t-il lentement, laissez-vous vous dire quelque chose à propre de l'humanité. Placez une mystérieuse cabine bleue en plein centre-ville, que vont-ils faire ?

Avant que Mickey n'ait eu le temps de répondre, Jack rétorqua :

-Rien ?

-Rien, confirma le Docteur en lui souriant, avant de saisir le plus jeune par les épaules et le pousser. Ils vont complètement, entièrement l'ignorer. Maintenant cessez de geindre, et allons explorer! s'exclama-t-il.

Jack pouffa, avant de passer son bras autour des épaules de son ami.

-Merci de nous traiter d'abrutis, je ne me sens pas du tout insulté.

-Hé! protesta Mickey.

-Certains relèvent le niveau, rétorqua le Docteur en le fixant, s'attirant le sourire le plus coquin de Jack.

-Oh, vraiment ?

-Pas toujours, bien sûr, renifla le plus âgé. S'ils brillaient constamment par leur intelligence, cela se saurait.

-Oy !

Jack explosa de rire, ignorant l'expression outrée du pauvre Mickey.

-Je vous aime aussi, taquina-t-il. Allons boire ce verre, je meurs de soif !

-Les humains, toujours centrés sur leurs besoins triviaux, soupira le Seigneur du temps.

-Promis, je vous paye votre verre.

-Ajoutez une glace à la banane et l'affaire est conclue.

-Je m'assois à côté de vous.

-Vous comptiez me laisser seul ?

Mickey ferma les yeux, avant de commencer à compter jusqu'à cent. Génial. En plus d'être trompé par Rose, voilà qu'il faisait le piquet avec l'autre couple.