Chapitre 17
Jack était rarement tombé malade depuis qu'il avait rejoint l'Agence. Les médecins d'alors possédaient la meilleure technologie de l'univers (exceptée celle du Tardis, bien sûr), et toute nouvelle recrue passait des dizaines de tests médicaux pour mesurer sa santé et les points à améliorer.
Jack avait reçu plus de vaccins et vitamines qu'il ne pouvait s'en souvenir.
Il aurait franchement aimé en recevoir une nouvelle fois lorsqu'il se réveilla le nez bouché et le corps en sueur, peinant à respirer alors que les draps semblaient se coller à lui. Un grognement lui échappa, et il tendit la main, cherchant à tâtons de quoi se moucher. Presque immédiatement, celle-ci se posa sur une pile énorme de tissus empilés sur la petite table basse, à coté de son lit.
-C'est chiant, hein? commenta Rose en le voyant se moucher furieusement.
-C...C'est.. - un bruit sonore – dé.. gueula.. 'ch'!
-C'est normal, c'est la crève, c'est toujours comme ça, sourit-elle. Du repos au chaud, et ça finira par passer.
-Oh, joie, ironisa-t-il.
-Comment va ton crâne ?
-Hum, un peu mieux, mais je me sens poisseux maintenant, fronça-t-il les sourcils, avant de grimacer.
-Il faut que tu prennes une douche bouillante, et que tu te changes, répliqua-t-elle en indiquant des vêtements frais à coté du lit. Et non, je ne viens pas avec toi! s'exclama-t-elle faussement sévère lorsqu'un sourire grivois apparut sur les lèvres de Jack.
-Pourquoi ? Tu me gratteras le dos, ronronna-t-il en attrapant sa main pour l'embrasser.
-Jack, tu es malade, garde tes distances, rit-elle.
-Nooon, j'ai besoin d'un câlin.. de chaleur humaine..
-Va te laver, déjà, on en reparlera après ! Ouste! pesta-t-elle en se levant. Je vais chercher le Docteur !
Jack roula des yeux, avant de sourire en la voyant sortir guillerette de la pièce, le soulagement de la jeune femme évident. La douche fut courte mais efficace, l'eau bouillante nettoyant son corps et aidant à apaiser ses muscles. Son nez coulait toujours lorsqu'il en sortit, et il frissonnait encore, mais ce n'était en rien comparable à l'enfer du début.
La crève, Rose appelait cela. Le terme ne lui avait jamais semblé si adéquat.
-On est enfin réveillé? Vous vous êtes fait attendre, s'exclama le Docteur en entrant dans l'infirmerie.
-La perfection se fait toujours désirer, Doc, répliqua Jack, avant que ses yeux ne s'illuminent en voyant le plat entre ses mains. Vous l'avez fait ?
-Bien sûr que je l'ai fait, vous me prenez pour qui? Je ne vous ai pas demandé la recette juste pour la connaître ! Posez vos fesses, le Tardis ne va pas le garder chaud encore des heures !
L'expression sur le visage du jeune homme était celle d'un pur bonheur enfantin. Rose le regarda, curieuse, alors qu'il courrait s'asseoir derrière une table, saisissant bol et cuillère au passage.
-Qu'est-ce c'est ?
-Le meilleur plat dans l'univers, répliqua son ami, tandis que le Docteur soulevait le couvercle, révélant un fumet terriblement épicé.
La blonde cligna des yeux, avant de reculer, toussant légèrement. C'était fort ! Jack l'ignora, ses yeux brillant alors que le Docteur lui servait une épaisse louche de ce qui se révéla un genre de soupe. Ce dernier le fixa, angoissé, ses yeux rivés sur son visage alors que Jack prenait une première gorgée. Il se détendit presque immédiatement quand le malade laissa s'échapper un grognement de plaisir.
-Réussi ?
-Oui ! Merci! sourit le jeune homme, avant de s'attaquer à son plat.
-Qu'est-ce que c'est? répéta Rose en s'asseyant à coté de lui.
-Meilleurplatdel'univers, marmonna-t-il, la bouche pleine.
Rose abandonna toute question en le voyant se perdre dans son bonheur culinaire. Elle ne put que noter combien ses épaules s'étaient détendues, ses yeux presque fermés alors qu'il dégustait chaque bouchée.
Le Docteur le lui avait cuisiné spécialement ?
Le Seigneur du temps ne faisait jamais cela.
Qu'est-ce que ce plat avait de particulier ?
Il semblait réconforter Jack tout autant que leur présence, ou sa douche.
Un sourire apparut sur le visage de la jeune femme alors qu'elle faisait enfin la connexion.
-Qui te le préparait ?
-Hum ?
-Ça, ce plat, je ne sais pas son nom, qui te le préparait quand tu étais malade ?
Jack cligna des yeux, en même temps que le Docteur se tournait vers elle, surpris. Parfois, il oubliait à quel point Rose était brillante. Elle ne possédait pas des connaissances scolaires très poussées, mais son intelligence du cœur dépassait de beaucoup celle de la plupart des gens qu'il rencontrait. C'est ce qui la rendait si fantastique, pensa-t-il en souriant alors que le regard de Jack se faisait mélancolique.
-Ma mère.
C'était une chose de le deviner, c'en était une autre de l'entendre. Le Docteur regarda Rose se déplacer pour venir s'asseoir juste à coté de Jack, passant son bras autour de son épaule pour mieux le serrer contre elle. Prenant modèle sur elle, il attrapa une chaise, et la plaça à coté de son compagnon pour mieux les rejoindre.
-Quand tu étais malade ?
-Malade, déprimé, blessé, à chaque fois que cela n'allait pas.
-Maman fait la même chose, murmura-t-elle, pensive, alors que Jack continuait à manger avec ferveur son plat. Quand j'étais petite, surtout, que j'étais malade, ou que j'avais passé une mauvaise journée, elle me ferait toujours un chocolat chaud maison, du vrai chocolat, hein, pas en poudre, du vrai, qu'elle faisait fondre, et ça lui prenait du temps, du coup, il en fallait assez pour une tasse.. Et elle prendrait un pic, et elle empilerait des marshmallows dessus, et quand on en avait, des bonbons.. Et elle le mettrait dans ma tasse, et ils tenaient à peine sur le pic tellement il y en avait, elle savait que c'était la première chose que je toucherai, je pouvais en manger la moitié d'un coup, sourit-elle.
-Ça semble bien, murmura Jack, son regard se perdant dans sa soupe alors que remontaient des souvenirs qu'il pensait avoir oublié depuis des années.
-C'était juste.. parfait. Elle savait exactement ce dont j'avais besoin. Elle sait toujours ce dont j'ai besoin, marmonna la jeune femme.
-Les mères savent toujours tout, commenta le Docteur, avant de froncer les sourcils en voyant Jack frissonner. Un scan au tournevis sonique plus tard, il grogna : Et vous retournez dans votre lit dès que vous m'avez fini cette soupe, Harkness, vous êtes en train de retomber malade. Ce n'est pas possible, vous n'avez même pas mis de pull chaud ou de couverture, pesta-t-il en se levant pour attraper un énorme plaid bleu marine.
-Désolé, soupira son compagnon, avant de fermer les yeux de soulagement lorsque le plaid le recouvrit, coupant définitivement le froid. Merci, répéta-t-il, sa voix plus basse, alors qu'il fixait le plat.
Le Docteur secoua la main.
-Ce n'est rien.
-Ce n'est pas rien, c'est.. exactement ce dont j'avais besoin. Et vous l'avez cuisiné, juste pour moi.
-Cela vous faisait plaisir, marmonna le plus âgé, en se frottant le crâne, gêné.
-Et vous avez pris le temps de le faire, insista Jack. Merci, répéta-t-il une énième fois, les yeux brillant, avant de se pencher pour l'embrasser sur la joue.
Le Docteur se figea, avant qu'une roseur d'un nouveau type envahisse ses joues. Si Jack le vit, il ne commenta pas, se terrant sous sa couverture pour finir sa soupe. Le regard de Rose fit la navette entre eux, avant qu'elle ne souffle, exaspérée.
Même cela, et le Docteur ne bougeait pas.
Duo de pignoufs.
Plus de six mois sur le Tardis et c'était la première fois que Jack osait embrasser le Seigneur du temps, même innocemment. Pour quelqu'un d'aussi chaleureux et porté sur le toucher que lui, se retenir devait être une torture.
Secouant la tête, elle demanda :
-Est-ce que tu viens d'un endroit où il fait chaud ?
Jack haussa un sourcil en même temps que le Docteur. Rose Tyler et la discrétion.
-Pourquoi ?
Rose haussa les épaules. Elle savait que l'ancien capitaine détestait parler de son passé, mais elle avait espéré que cette question demeurerait assez innocente pour être répondue.
-Ben, tu es tombé malade drôlement vite. Normalement, la crève, ça peut prendre des jours pour se développer.
-Mmm … Oui, soupira-t-il.
C'était le plus gros renseignement qu'il avait jamais fourni sur ses origines, et le Docteur n'était pas prêt de le laisser passer. Si on y ajoutait une information aussi intime que son plat favori malade, et l'histoire de celui-ci, peut-être que cette journée n'était pas définitivement perdue finalement.
-Je le savais, s'exclama Rose, ravie. Tu arrives à supporter des températures impossibles, quand moi je sue comme un mammouth ! C'est pour ça !
-Pourquoi vous ne m'avez rien dit?pesta le Docteur, irrité. Votre organisme n'est clairement pas fait pour supporter des températures aussi froides ! Je pensais vous offrir une journée de détente, et vous avez fini à l'infirmerie ! Qui sait comment cela aurait tourné si vous vous étiez éloigné et que vous étiez tombé malade seul? grogna-t-il, son visage crispé.
Le regard de Jack se fit penaud, alors que Rose attrapait la main du Docteur.
-Il va bien, Docteur.
-Maintenant ! Mais cela aurait pu être bien pire ! C'est irresponsable ! Je ne vous demande pas de me raconter tout votre passé, Jack, je comprends votre besoin de vie privée, ce n'est pas le problème, mais je ne peux pas vous garder en bonne santé si vous ne me donnez pas les infos nécessaires !
-Je suis désolé, soupira ce dernier. Je ne pensais pas.. Quand je suis rentré à l'Agence, expliqua-t-il, les yeux rivés sur la table, ils m'ont fait plein de modifications pour m'endurcir. Je pensais qu'elles fonctionnaient toujours.
-Des modifs?s'exclama Rose, inquiète. Des tests ?
-Des vaccins, des vitamines.. On voyageait partout dans le temps et l'espace, il fallait qu'on soit paré pour tout, expliqua-t-il en finissant son bol.
-Je vous ai toujours trouvé en meilleure santé que la moyenne, mais j'attribuais cela à votre rythme de vie, toujours dehors, bougonna le Docteur. Est-ce que vous êtes au moins certain qu'ils ne vous ont pas laissé de sales cadeaux?
Son manque de confiance complet envers les anciens patrons de Jack était évident dans sa voix. Le jeune homme ne le blâmait pas, en particulier après ce que lui-même avait parfois pu lui raconter à leur sujet.
-Je ne pense pas.. Vous pouvez vérifier, mais ce n'était pas leur objectif.
-Vous me pardonnerez si je m'en assure moi-même, répliqua d'un ton sec le Docteur.
-Pas de souci, sourit-il, avant de laisser tomber sa tête contre son épaule. Tout ce que vous voulez, murmura-t-il en fermant les yeux, la fatigue prenant de nouveau le dessus.
-Là, maintenant, je veux que vous dormiez, répliqua gentiment mais fermement le plus âgé, en passant un bras autour de lui pour l'aider à se lever.
-Avec Rose comme infirmière ?
-On va dire que vous délirez, ça vous évitera le sédatif, rétorqua le Seigneur du temps alors que Jack coulait sous ses couvertures.
-Ça ne me gêne pas, commenta Rose en attrapant sa lime à ongles. D'être son infirmière.
-Je sais que non, sourit-il en même temps que le son d'une respiration profonde montait du lit. Mais ce serait beaucoup moins drôle si on l'admettait.
-C'était gentil, d'avoir cuisiné le plat de sa mère, sourit-elle.
Il se gratta le crâne, gêné. Elle n'allait pas non plus s'y mettre; ce n'était qu'un plat. Rien d'extraordinaire.
-Je voulais lui donner un élément de réconfort, finit-il par admettre.
-C'est réussi, commenta-t-elle. Vous savez, Docteur, pour quelqu'un qui dit qu'il déteste la vie domestique, vous êtes étrangement doué pour la mener.
Il ne sut que répondre, des souvenirs si anciens qu'ils étaient quasiment oubliés se réveillant au fond de son esprit. Son regard fit la navette entre Jack, paisiblement endormi, et la blonde assise sur son lit, en train de gratter furieusement ses ongles avec sa lime, ses vernis posés à coté d'elle.
Même lorsqu'il tentait de la fuir, la vie domestique le retrouvait.
