Chapitre 21
-Damn, j'aurai pourtant juré qu'elle serait revenue ici, soupira Jack en réapparaissant dans la salle des contrôles après avoir en vain fouillé la chambre de la blonde et toutes les pièces possibles.
-Le Tardis me confirme qu'elle n'est pas là, ajouta le Docteur, des lignes inquiètes apparaissant sur son front.
-Elle ne peut pas nous dire où elle est dans la ville ? Histoire qu'on sache où aller la chercher, quand elle sera calmée.
-Oh, si, murmura-t-il en lançant un nouveau scan. Elle .. Quoi ?
-Quoi ? Quoi, quoi ? Qu'est-ce qu'il y a?s'exclama Jack.
-Rose, elle.. Elle était là, il y a un instant, et elle ne l'est plus !
-Quoi ? Comment ça, elle ne l'est plus ? Comment c'est possible ? Elle a été enlevée?paniqua Jack.
-Je ne sais pas, pesta le Docteur en rentrant frénétiquement des coordonnées dans sa base de données.
Jack eut juste le temps de s'agripper à la barrière devant lui, avant que le vaisseau ne se lance dans l'espace.
Elle flottait.
Perdue au milieu de nuages dorés, Rose rêvait.
Autour d'elle, des dizaines de bulles multicolores volaient, des auras jaunes et bleues les entourant.
Mayda lui avait promis qu'elle trouverait ses réponses ici. Le danger était terrible, mais l'enjeu était si fort pour elle qu'elle avait pris le risque sans hésiter.
Si le Docteur refusait de l'aider, Rose se débrouillerait seule, comme elle l'avait toujours fait.
Tournant la tête vers la bulle la plus proche, la jeune femme s'en approcha, ses pas silencieux ne laissant aucune trace sur le nuage sous ses pieds. Mayda avait expliqué que chaque bulle correspondrait à une question qu'elle se posait, et un autre destin possible. Elles étaient innombrables autour d'elle, mais ce n'était pas un problème.
Rose avait tout son temps, après tout.
L'appartement était petit, et, soyons honnête, franchement misérable. Un petit lit dans un coin décoré d'une couverture ayant vu des jours meilleurs, un canapé aux couleurs fanées à coté d'une table en métal, trois chaises, et, à coté, une gazinière d'une autre époque.
Rose frissonna, tirant la couverture un peu plus haut pour se couvrir; le chauffage coûtait cher et elle n'avait pas les moyens de le payer, la poussant à le mettre au minimum. Il faisait froid, si froid, et il ferait encore plus froid demain quand elle retournerait à l'usine. Elle détestait d'avance cette journée, et les cris et commentaires méchants de son chef de service, mais ce n'était pas comme si elle avait le choix.
Quand on avait à peine vingt ans, et aucun diplôme, on devait prendre le job qu'on trouvait. Jackie ne pourrait pas l'entretenir toute sa vie, et Rose était trop fière pour la rappeler et lui demander de l'aide. Leur dernière dispute lui brûlait toujours les oreilles, la rancœur et colère agrippant son cœur pour le tordre, le durcissant prématurément.
Personne ne viendrait l'aider. Il n'y avait pas de contes de fées, d'homme fou tombant du ciel pour lui offrir un monde meilleur. La vie était rude, cruelle, et Rose Tyler était seule.
Elle flottait.
Au milieu de tout et rien, perdu dans les airs, le corps de Rose Tyler flottait, retenu par des dizaines de fils dorés si fins qu'ils en auraient été invisibles seuls. Si un observateur étranger en avait cherché la source, il lui aurait suffi de tourner la tête pour découvrir un arbre aussi immense qu'ancien, si élevé qu'il était impossible d'en voir la fin. Des milliards de branches en partaient, envahissant la grotte éternelle pour l'emplir d'autant de destins que l'univers en comptait.
Une fontaine multi-millénaire reposait à son tronc, gardée par trois femmes à l'apparence aussi différente qu'unique. Les cheveux gris de la première tombaient en flots sur le sol et son visage, dissimulant une peau si parcheminée qu'elle semblait craquer à chaque instant. Ceux de la seconde étaient dorés comme les champs, sa robe blanche voltigeant autour d'elle alors que ses doigts tournaient à toute allure, tissant dans une bobine de nouveaux fils qui remontaient ensuite vers l'arbre pour rejoindre une tapisserie immense. Un petit rire se fit entendre, une enfant d'à peine cinq ans secouant la tête, son regard pétillant de jeunesse.
Urd fronça les sourcils, désapprobatrice, son vieux visage abîmé par le temps se fripant alors qu'elle ouvrait la bouche. Elle fut interrompue par la blonde, qui commenta gentiment :
-N'oublie pas ton travail, Skuld. Les fils du Temps ne se tisseront pas eux-mêmes.
-Je sais, je sais ! S'exclama cette dernière en s'activant sur sa propre bobine. Mais je suis si excitée ! Tant de possibilités, de nouvelles opportunités ! Réalises-tu, Verdandi ? Penses-tu qu'Il viendra ?
-Sans aucun doute, sourit sa sœur. Et avec lui s'ajoutera l'Homme.
Skuld grimaça à cette pensée, alors qu'Urd se tendait.
-Il ne devrait pas ! Ce n'est pas..
-Naturel, siffla Urd.
-Il est le passé, le présent et l'avenir, répliqua simplement Verdandi. Sa destinée est exceptionnelle, et tout autant doit être son accueil. Coincé dans un présent éternel pour marquer l'humanité de son empreinte à jamais, Il est le futur Gardien, et un ami précieux.
Skuld secoua la main à cela, avant de se lever pour saisir un vase de terre. Elle le remplit dans la fontaine, avant de se diriger aux pieds de l'arbre, l'arrosant avec révérence.
Au loin, le son d'un sifflement vénéneux se fit entendre.
-Tu dis cela car tu es Présent. Je suis Futur, et je dis qu'il n'est pas sensé être. Toute chose a sa fin, et l'Homme n'en a pas, répondit-elle, sa voix tranchante malgré son apparent jeune âge.
-Son passé se mêle à son présent et son futur sans distinction ! Son histoire est illogique, et défie les règles du Temps, approuva la vieille femme.
-Tout aussi logique que trois sœurs, choisies par les créateurs de l'univers à l'aube du Temps pour veiller sur Lui, sourit la blonde, clairement absolument pas gênée par un débat apparemment aussi vieux que leur tâche. Une vieillie prématurément, une coincée dans le temps et une autre laissée dans l'Enfance, tournée vers l'avenir. Nous attendons sa venue depuis maintenant bien longtemps, mais rien ne doit être révélé à son apparition, huma-t-elle.
-Il n'est pas encore changé, commenta Skuld. Il n'est qu'humain pour le moment, mais je peux sentir, oooh, je peux sentir, murmura-t-elle en fermant les yeux, que cela aura lieu très bientôt. L'Accident. Et il est lié.. à elle, souffla-t-elle en se tournant vers l'humaine en apesanteur dans les airs. Tout est lié.. à elle.
Ses sœurs relevèrent les yeux vers Rose, sans que leurs mains ne cessent pour autant de s'activer sur les bobines de fils.
Rose Tyler. Bad Wolf.
Tant de destins liés au sien.
Urd huma.
-Son passé ne peut être changé.
-Mais son présent est en cours d'écriture, commenta Verdandi.
-Et peut-être, souffla Skuld, peut-être pourra-t-elle changer son futur. Et ne serait-ce pas.. fantastique ?
Tadam... Alors, de quelle mythologie me suis-je inspirée?
