Chapitre 33
C'est appréhensif que le Docteur se pencha par dessus la nouvelle bulle.
Rose était donc ici.
Qu'y avait-il de particulier à ce monde ?
-Vous pouvez rentrer, vous savez.
-Pardon ?
Le Docteur se retourna pour faire face à la Rose adolescente. Il haussa un sourcil en voyant que l'apparence de celle-ci avait radicalement changé. Ses cheveux étaient de nouveau blonds, et longs, son rouge à lèvres criard semblable à celui qu'elle portait depuis qu'il la connaissait.
Surtout, ses vêtements s'étaient transformés : la tenue gothique avait laissé place à une mini-jupe écossaise et de longs collants résille, un col roulé violet et rose et de longues bottes accompagnant l'ensemble.
Rose était.. magnifique.
Le Docteur déglutit.
La blonde sourit.
-Contente que cela vous plaise davantage.
Il haussa les épaules, se grattant l'arrière du crâne.
-Je me moque de l'apparence physique, moi, bougonna-t-il. Je regarde le cœur.
-Venant d'un homme qui en a deux, c'est un compliment, commenta le subconscient en s'approchant de lui pour le pousser gentiment vers la bulle. Allez-y.
-Je ne suis pas certain..
-Je suis son subconscient. Je sais ce qu'elle veut, à défaut de ce qu'elle a besoin. Elle vous veut vous, répliqua simplement l'incarnation.
Le Docteur déglutit, avant de faire face à la bulle rosée teintée d'éclats bleu Tardis.
Au moins, le monde idéal de Rose lui était lié, c'était déjà un point positif.
Inspirant profondément, il tendit la main, la posant sur la bulle. Il fut surpris de sa chaleur, avant de laisser s'échapper un cri lorsqu'il fut aspiré sans prévenir, réapparaissant brutalement sur le sol de son vaisseau.
-Fantastique, grommela-t-il.
Il était sur le Tardis. Quelle surprise. Dans un sens, c'était rassurant, puisque cela confirmait que le monde parfait de Rose lui était lié, mais cela l'interrogeait aussi sur ce qu'il pourrait éventuellement changer dans le leur. L'idée que Rose n'y soit pas entièrement heureuse lui tordait les cœurs, et c'est résolu qu'il se redressa, regardant autour de lui.
Il était dans le couloir menant à la salle de consoles. Des rires en montaient, plusieurs voix se mêlant pour créer un joyeux tintamarre. La vie qui en émanait le fit sourire, avant que celui-ci ne se fade en pensant à son propre Tardis, et toutes les places vides autour de la console. Secouant la tête, il s'avança à pas de loup, avant de se morigéner mentalement – se cacher dans son propre vaisseau, quelle stupidité.
Ce fut sans surprise qu'il découvrit Rose, ou plutôt son double, assise sur le seuil du Tardis, un cocktail à la main. Son expression était détendue, son sourire large, et il ne put s'empêcher de sourire.
Boum !
Des cris montèrent dans le groupe, enthousiastes et fascinés alors qu'un feu d'artifice explosait dans l'espace face à eux.
-Les colons avaient vraiment à cœur de fêter leur premier centenaire sur cette planète, s'entendit-il commenter, son double apparaissant souriant, son propre cocktail à la main. Et quoi de mieux qu'un feu d'artifice dans l'espace ?
-C'est magnifique ! S'exclama Jack, les yeux du jeune homme brillant alors qu'il rejoignait le duo à la porte.
Le Docteur haussa un sourcil en le voyant poser sa tête sur l'épaule de l'autre lui, sa main se glissant automatiquement dans la sienne. Rose sourit en les voyant faire, clairement ravie pour ses amis.
Ok, c'était inattendu.
Depuis quand la blonde voulait-elle les pousser dans les bras l'un de l'autre ?
Était-il si aveugle à ce point ?
La jeune femme les taquinait souvent sur leur flirt et plaisanteries, mais il n'avait jamais pensé que les voir ensemble comptait autant pour elle. Un sourire apparut sur son visage à cette pensée : ce point était, potentiellement, en passe d'être résolu.
Ce point, corrigea-t-il mentalement en se giflant pour sa lâcheté, serait résolu.
Pour elle, pour lui, pour Jack.
Il avait perdu assez de temps.
Le Docteur voulait vivre.
Tant de temps perdu déjà.
Était-ce si mal de vouloir vivre, au lieu de pleurer ? En avait-il seulement le droit, après ce qu'il avait fait ? Mais il était si fatigué de souffrir, et se renfermer sur lui-même.
Lentement, le Docteur acceptait le fait que lui aussi avait le droit d'exister, malgré son passé.
-Je dois admettre, c'est brillant.
Le Seigneur du temps crut qu'il allait faire une crise cardiaque. Jackie Tyler venait d'apparaître, son visage détendu alors qu'elle s'asseyait à coté de sa fille. Celle-ci sourit un peu plus, et passa un bras autour d'elle, la main de Jackie se glissant dans la sienne.
-Regarde ! C'est trop beau !
-Un vrai conte de fées, commenta Jack alors que Rose riait comme une enfant.
Jackie releva la tête, avant d'adresser un clin d'œil au Docteur qui roula des yeux puis sourit à son tour.
-Dommage que Mickey ne voit pas cela, ajouta-t-il.
-Oh, il vous dit bonjour, s'exclama Jackie. Il m'a dit de vous dire, d'ailleurs, que la prochaine fois était pour lui et juste pour lui, ajouta-t-elle taquine. Il veut retourner sur cette planète avec le ciel vert et les pommes roses, dit-il, mais je crois que l'on sait tous qui il veut vraiment voir, commenta-t-elle en regardant Rose qui éclata de rire.
-Il peut, mais sa copine voudra m'arracher les yeux ! Elle ne comprend pas qu'on n'est plus ensemble, on ne l'est plus depuis des années.
-Et ce n'est pas plus mal ainsi, répliqua Jackie. Vous êtes bien mieux amis qu'autre chose. Ta vie est ici, affirma-t-elle. Avec eux, sourit-elle en désignant les deux hommes.
-Aussi longtemps qu'elle le voudra, répondit tendrement le Docteur.
-Ce sera pour toujours! s'exclama Rose.
-Pour toujours, alors, rit Jack.
Le Docteur sentit le rouge lui monter aux joues en le voyant glisser sa main libre sur les fesses de l'autre lui, ce dernier réagissant de manière identique. Les doigts du gredin les caressèrent avant de remonter dans son dos, vers sa ceinture.
-Jack, pesta-t-il alors que son double fusillait l'humain du regard.
-Docteur ?
Il sursauta en voyant une autre Rose apparaître de derrière le fauteuil du capitaine de vaisseau. Complètement perdu dans la scène, il en avait presque oublié la raison première pour laquelle il était présent. Rose, sa Rose, se tenait devant lui, vêtue comme toujours de son jean, une veste de sport et une paire de baskets blanches. Elle le fixa sans comprendre, avant de tourner la tête vers la scène qui continuait, Jack occupé à murmurer dans l'oreille du Seigneur du temps mi-irrité, mi-attendri.
-Comment.. Qui..
-Rose, souffla-t-il en se précipitant vers elle.
Il se figea lorsqu'elle recula, le fixant effrayée.
-Qui êtes-vous ?
-Pardon ? Rose, c'est moi ! Le Docteur !
-Je vous vois ! Mais ce n'est pas possible, comment.. Est-ce que c'est vous que j'ai senti entrer?s'exclama-t-elle.
Il se frotta le crâne, gêné.
-Je n'ai pas eu le choix.. Je suis resté dehors au début, mais il fallait que je vous retrouve.. Il est temps de rentrer, Rose, murmura-t-il doucement.
Elle secoua la tête frénétiquement, avant de reculer.
-Pourquoi ? Je suis bien ici !
-Ce n'est pas la vraie vie, Rose, pas la vôtre, en tout cas, ce n'est pas bon.
-Qui êtes-vous pour me dire ce qui est bon, et ce qui ne l'est pas ? Vous ne vouliez pas m'aider!
Le Docteur soupira.
-Pas de cette manière, Rose. Pas en vous laissant vous perdre dans d'autres mondes, d'autres versions de vous, de nous. Aussi étranges, fascinants ou attirants sont-ils, ils ne sont pas nous.
-Si ! Ce sont les mêmes personnes !
-Mais avec une histoire différente, contra-t-il simplement. Je suis désolé, Rose; je comprends que vous cherchiez des réponses, mais vient un temps où il faut repartir, et affronter la réalité.
-Et si je ne veux pas? répliqua-t-elle, sa voix se brisant. Si je ne veux pas y retourner, si je suis fatiguée ?
-Si vous êtes fatiguée.. Si vous êtes fatiguée, murmura-t-il, avant de laisser s'échapper un rire sans joie, la faisant frémir. Oh, Rose, ma Rose, mais vous n'avez pas le choix. La vie ne vous en laissera pas. Vous pensez que je n'en ai pas envie, Rose? De rester ici? D'accepter la même proposition que vous ? Vivre dans d'autres mondes, loin de la réalité ? Loin de mes morts ? De mes pertes ? Sa voix s'était élevée d'un cran, son visage se faisant noir alors qu'elle le fixait, choquée. Vous pensez avoir perdu, Rose Tyler ? Vous pensez avoir souffert ? Oui, vous avez souffert, tellement, terriblement ! Mais vous avez toujours votre famille, Rose, vous avez votre mère, et Mickey, ils vous attendent, ils vous aiment, vous pouvez les voir quand vous le désirez ! Vous n'avez qu'à me demander ! Alors que moi.. Moi ! Tout ce qu'il me reste, ce sont mes souvenirs, et même eux, ils sont.. tellement.. loin, souffla-t-il en se détournant.
Un silence lourd de sens tomba. Les épaules du Docteur tremblaient, son chagrin et sa rage se réveillant une nouvelle fois pour créer une tempête dans son esprit.
-Je leur ai fait mal.. encore..
La voix de Rose était si jeune, tout son corps tendu alors qu'elle fixait le sol.
-Je sais, murmura-t-il en se retournant pour lui faire face. Je suis désolé. C'est aussi ma faute. J'ai été égoïste. Je vous ai emmenée, sans réfléchir, deux fois.
-C'est moi qui ai choisi de venir, protesta-t-elle, le faisant sourire.
-Un homme étrange dans une cabine immense et irréelle, qui vous propose le temps et l'espace.. Qui dirait non? commenta-t-il en venant prendre sa main.
-Pas moi, sourit-elle légèrement, la tension entre eux disparaissant enfin.
-Je ne suis pas doué à cela.. La vie domestique.. Je ne l'ai jamais vraiment été, mais c'est devenu pire depuis.. Il secoua la tête, ne finissant pas sa phrase. Je suis désolé, Rose Tyler. Je vous ai mise dans une situation bien inconfortable.
-Oui, hé bien, je l'ai acceptée, marmonna-t-elle.
-Mais vous rêvez de voir votre mère ici, avec nous, heureuse, et pas laissée derrière.. Et que Mickey soit heureux, lui aussi.
Il ne commenta pas sur lui et Jack. C'était secondaire à la famille de Rose, qui secoua la tête, attristée.
-Ils le méritent, non ? Maman a tout sacrifié pour moi.. et Mickey en a assez vu, soupira-t-elle. Mais ce n'est votre genre, les familles.
Il fronça les sourcils, blessé, mais ce n'était pas comme s'il pouvait nier.
-Qui a dit que je ne pouvais pas faire d'effort ? Je suis un génie, moi, pas un abruti de singe, mon cerveau est supérieur au vôtre, répliqua-t-il taquin.
-Toujours aussi social, rit-elle.
-Toujours, commenta-t-il goguenard, avant d'ajouter gentiment : Il est l'heure de rentrer, Rose.
-Je sais, marmonna-t-elle. Je suis désolée, pour m'être enfuie.. C'était immature.
Il secoua la main.
-Vous êtes saine et sauve, c'est le principal.
-Je sais que je vous ai fait peur, grommela-t-elle, irritée. Ce n'est pas ok, Docteur, vous ne devriez pas me pardonner ainsi. Je me suis enfuie, je me suis fait enlevée, je suis allée contre votre avis quand vous aviez raison.. Je suis désolée, soupira-t-elle, culpabilisant clairement.
-Oh, Rose, vous êtes si jeune, vous apprenez toujours, répliqua-t-il. Vous appelez ça une erreur ? Attendez que je vous raconte comment j'ai volé le Tardis.
-Oh, j'avais oublié cela ! Vous ne m'avez toujours pas dit comment !
-Je vous raconterai ça quand on y sera revenu, rit-il. C'est l'heure de rentrer, répéta-t-il, en plaçant sa main sur sa joue. Jack nous attend, et j'ai des surprises pour vous.
Elle hocha la tête, fermant les yeux alors qu'il la poussait contre lui, l'enveloppant de ses bras. La scène autour d'eux disparut alors qu'une lumière bleue et blanche apparaissait, les enveloppant de sa chaleur. Le vent s'éleva, son corps se mettant à la piquer alors qu'elle se sentait partir, son souffle se coupant.
J'ai dit son monde parfait, pas un monde réaliste et faisable! oups.
Les torts sont partagés sur les problèmes rencontrés par Rose, et j'adore 9, j'adore le doc, je comprends le pourquoi de ses peurs, mais il a aussi sa part de responsabilité.
