Sans surprise le dernier chapitre a secoué, désolée c'était un peu le but de ce passage, et on sait bien que le Doc n'aurait jamais révélé CE secret volontairement.


Chapitre 36


Jack faisait face à un des plus grands défis de sa vie.

Comment était-il sensé s'occuper du Docteur, quand celui-ci était une loque ?

La détresse de ce dernier était plus forte que jamais, émanant de chacun de ses pores pour envahir tout ce qui l'entourait, Jack compris. Celui-ci inspira profondément, avant de décider de se baser sur l'expérience qu'il avait acquise auprès de ses amis, et pendant son temps à l'Agence.

Poussant la porte de la cuisine, il y entraîna le Seigneur du temps, le faisant s'asseoir d'autorité avant d'embrasser son crane. Il se dirigea ensuite vers la commode, et en tira de quoi nourrir un régiment. Bientôt, un assortiment de nourriture de tout type envahit la table, rejoint par du chocolat chaud et du thé. Le Docteur le regarda faire sans un mot, son absence de réaction poussant le capitaine à saisir sa tasse pour la remplir de thé, avant de le rejoindre et la lui tendre.

Le Docteur ferma les yeux, ses mains se refermant automatiquement sur le breuvage bouillant et familier. Il inspira profondément, en humant l'odeur, luttant pour retrouver son calme. Jack huma, caressant timidement ses cheveux. Il se serait bien laissé aller à plus d'intimité, mais le nouveau stade de leur relation était si récent, et le Docteur avait toujours été quelque peu fermé en terme de contact physique.

Ce dernier secoua la tête, avant de choquer Jack en se rapprochant de lui, posant la tête sur son épaule. Le bras du jeune homme se referma immédiatement autour de lui, sa détresse évidente. Le Docteur ferma les yeux, se laissant finalement aller contre lui.

-Je ne vous laisserai pas, Doc, murmura-t-il. Je .. Je suis choqué, je.. j'ai peur, mais je.. Je ne vous laisserai pas. Jamais. Je .. je vous dois tout, Doc. Je suis en vie grâce à vous vous m'avez tout donné.. J'ai besoin de vous, insista-t-il, désespéré.

Le bras du Seigneur du temps se referma autour de sa taille, et il sourit tristement. Il avait fallu que Rose disparaisse pour qu'ils tombent enfin dans les bras l'un de l'autre. Il fallait que le Docteur revive son pire souvenir pour qu'il se laisse aller à une intimité jamais permise autrement.

Ils formaient un beau duo de cons.

-Je.. Je ne vous en veux pas, Doc. Ce dernier sursauta, se redressant pour le fixer, ahuri. Pas vous. Je.. Je hais l'univers. Et votre peuple. Et les Daleks. Pour vous avoir poussé à faire cela.. Pour avoir provoqué cette guerre.. et tous ces morts.. Mais pas vous.. Oh, Doc, pleura-t-il. Comment.. Est-ce que vous étiez seul quand vous l'avez fait ?

Ce dernier ferma les yeux, avant de se serrer davantage contre lui.

Le cœur de Jack se brisa davantage.

Il ne savait pas quoi dire. Il n'y avait sûrement rien à dire, de toute façon. Les mots étaient bien plats devant l'horreur découverte.

Et dire que depuis tout ce temps, le Docteur vivait seul avec ses souvenirs.

Comment n'était-il pas devenu fou ?

Mais il l'était, réalisa-t-il. Le Docteur était un rescapé de guerre, et à ce titre, il était tout aussi traumatisé que n'importe lequel d'entre eux. Combien de fois l'avait-il vu aux prises avec des flashs ou crises de colère soudaines? Combien de fois avait-il eu une réaction disproportionnée lors de leurs aventures? Combien de fois avait-il aperçu cette lueur folle d'une rage incontrôlable dans ses yeux normalement si gentils ?

Le Docteur était le plus brisé d'entre eux.

Et pourtant, il était toujours debout, et continuait à se battre pour ce qu'il considérait comme juste.

À quel point était-il extraordinaire ?

Mais si seul, si seul.

Seul rescapé d'un conflit impossible à décrire et dont les conséquences avaient ravagé le temps et l'espace lui-même, détruisant planètes et rasant des centaines de civilisations sur son passage.

Seul, pour se souvenir.

Mais plus maintenant.

Jack ne voulait pas le laisser seul.

Il n'était pas prêt à entendre, et le Docteur n'était certainement pas prêt à en parler. Mais viendrait un jour où se serait le cas. Et ce jour-là, lui et le Seigneur du temps s'assiéraient, et malgré toute la peur que cela lui inspirait, Jack l'écouterait lui raconter cette bataille, et toutes les autres. Et s'il voulait lui parler d'autre chose également, d'autres morts, d'autres souffrances, il serait également là, comme le Docteur l'avait toujours été pour lui.

Il espérait simplement qu'il serait à la hauteur.

Il n'avait aucune idée de comment il s'y prendrait, et si Rose serait présente. Il n'était pas certain de vouloir faire porter ce poids à son amie. Mais ce n'était pas à lui d'en décider. Si Rose était présente, elle voudrait participer à la conversation, sans aucun doute. Il n'aurait aucun droit de la rejeter, même pour vouloir la protéger d'un récit douloureux. Ce serait lui voler sa liberté, et ses décisions, et si Jack avait toujours respecté quelque chose, c'était bien cela.

En attendant, il se contenterait de serrer contre lui le Docteur, et le laisser pleurer autant qu'il en avait besoin. Et il en avait clairement besoin. Jack doutait qu'il avait jamais pu partager son fardeau avec quiconque. Comment l'aurait-il pu ? Il était resté seul au milieu de ses souvenirs, laissant la culpabilité et haine de lui-même l'envahir et le ronger lentement de l'intérieur.

A quel point devait-il lutter chaque jour contre sa dépression ? Ses sourires étaient-ils réels, ou simulés pour rassurer ses compagnons ?

Jack avait mis le doigt sur quelque chose d'incontrôlable, et il n'avait aucune idée de comment le gérer.

Contre lui, le Docteur respirait profondément, ses larmes s'apaisant lentement. Jack sourit faiblement, et tendit la main vers une tasse de chocolat chaud, le buvant alors qu'il rapprochait celle de thé du Docteur. Ce dernier roula des yeux, mais accepta le breuvage, le buvant lentement avant de grogner quand Jack lui tendit de la brioche.

-Vous n'avez pas le droit de choisir, Doc. Vous mangez, c'est tout.

Son ami lui décocha un regard noir, mais accepta l'immense part de brioche. Ses yeux s'agrandirent en la découvrant fourrée à la banane, et il l'avala d'une traite, avant de s'en resservir une autre part. Jack sourit, approbateur, avant de chiper à son tour une petite brioche au chocolat.

-Comment est-ce que vous pouvez en avoir autant à bord? s'étonna-t-il.

-Rose, marmonna le Docteur en mâchant sa part. Elle en réclame constamment. Cela lui rappelle sa mère.

-Elle lui manque, murmura-t-il, attristé.

-Je vais la ramener.. Pour quelques jours.. Elle en a besoin, chuchota le Docteur, soulagé de voir le sujet de conversation dériver vers quelqu'un d'autre.

Parler de Rose lui éviterait de penser à la guerre, et le moment final. Il ne voulait pas se souvenir, pas encore, pas pour souffrir une nouvelle fois, il ne voulait pas, il ne voulait plus.

Rose était son ancre depuis qu'il l'avait rencontrée. Malgré son état actuel, penser à elle lui redonnait du baume au cœur, et apaisait son chagrin et sa culpabilité.

Comment est-ce que Jack ne pouvait-il pas le haïr pour ce qu'il avait fait ?

-Combien de temps avant qu'elle ne se réveille? s'inquiéta ce dernier.

-Elle dort depuis deux heures déjà.. Je dirai, demain matin ? Elle risque d'être un peu perdue au départ, je me demande ce dont elle se souviendra.

-Cela me fait penser.. Doc, qu'est-ce que vous avez vu ?

Ce dernier fronça les sourcils.

-C'est privé, capitaine.

-Je ne vous demande pas un résumé en détail, Docteur, pesta-t-il. Mais cela la tourmentait tellement, est-ce qu'elle a trouvé des réponses ?

-Je pense, murmura-t-il. Et .. moi aussi. J'ai des choses à changer ici.

-C'est à dire ?

Le Docteur grimaça.

-Aussi insupportable qu'elle soit, il va falloir que je m'entende davantage avec Jackie Tyler. Et potentiellement Mickey l'idiot. Qui n'est pas si idiot que cela, d'ailleurs.

-J'allais le dire, c'est un bon gars, il a un bon fond, répliqua Jack. Il est juste tombé amoureux de la mauvaise personne.

-Non, au contraire, capitaine, de la meilleure personne possible.. Mais Rose veut autre chose, et il ne peut pas le lui donner.

-Elle culpabilisait tellement.. Comment est-ce qu'on peut l'aider ? Les réconcilier ?

-Ne vous inquiétez pas, j'ai ma petite idée, sourit le Docteur. Je m'inquiète davantage pour Jackie, grimaça-t-il.

-Ce n'est pas une harpie, vous savez, rit Jack.

-Quand elle vous a à sa botte, clairement, mais ce n'est malheureusement pas mon cas.

-Évidemment, vous faites disparaître sa fille un an ! Bordel, Doc, vous vous êtes excusé, au moins ? Non, même pas, hein, soupira-t-il en secouant la tête. Doc, enfin, bordel, c'est sa fille unique, elle disparaît un an, vous vous attendez à quoi ? Vous le méritez, pour le coup. Et vous embarquez de nouveau sa gamine juste après l'avoir ramenée, quand elle la pensait morte, et vous vous étonnez qu'elle ne vous ait pas en haute estime ?

Le Seigneur du temps se frotta le crâne, honteux.

Jack avait toujours eu les mots justes.

-Qu'est-ce que je dois faire, alors? murmura-t-il.

-Vous me le demandez ?

-Vous êtes clairement plus doué que moi sur le sujet, marmonna-t-il.

Jack secoua la tête, avant de soupirer.

On ne le croirait jamais s'il racontait cela. Le Docteur, craint par tout l'univers, en train de lui demander des conseils pour gérer la mère de sa compagne.

-Vous excuser ? Déjà ? Reconnaître vos torts, sans fuir, sans détourner la conversation ? En avoir une réelle, de conversation, avec elle, au passage ? Elle vous connaît à peine, elle sait juste que vous emmenez sa fille mortellement loin.

-Qu'est-ce que je suis sensé lui dire, capitaine ? Je ne peux pas lui parler de Gallifrey !

-Ce n'est pas ce qui compte pour elle, rétorqua Jack. Elle a besoin de comprendre que même si vous avez deux cœurs, et un vaisseau immense, vous êtes aussi un être vivant normal. Parfois, sourit-il devant son expression. Derrière vos apparences de dieu tout puissant, vous avez besoin de manger, dormir et prendre une douche au moins deux fois par semaine. Elle a besoin de savoir qui vous êtes, explorer le vaisseau – Le Seigneur du temps frémit à cette idée – voir la cuisine, la chambre de sa fille, ce qu'elle mange, des choses banales, mais capitales pour une mère, conclut-il, ses mots porteurs d'une sagesse simple qui firent rouler des yeux au Docteur.

-Je crois que j'ai compris le message. Je.. Il se tortilla les mains. Je pensais.. l'emmener avec nous, une fois. Lui montrer quelque chose sans danger, une galaxie, des étoiles, je ne sais quoi.

-Ce n'est pas une si mauvaise idée, franchement, approuva Jack, pensif, en se frottant le menton. Lui montrer les merveilles de l'univers pour qu'elle comprenne ce qui fascine Rose. Pourquoi pas la Terre ?

-La Terre ?

-Cela ne vous semble pas beaucoup, mais c'est sa planète, après tout. Elle a dû grandir avec les images des premiers astronautes, si mes calculs sont bons, non ? Non?demanda-t-il alors que le Docteur le fixait, ahuri.

-Si ! Si si ! Fantastique ! Oh, Jack, mon garçon, vous êtes.. Fantastique, rit-il.

-C'est une évidence, répliqua-t-il en bombant le torse, s'attirant un clin d'œil affectueux.

-Merci, ajouta très doucement son ami.

Il se mordilla la lèvre.

-Il n'y a pas.. Ce n'est pas..

-Si, si, Jack. Vous n'avez pas.. Vous ne m'avez pas laissé, murmura-t-il faiblement. Je pensais que vous..

-Je ne peux pas dire que.. j'avais peur mais.. Jack secoua la tête. Vous êtes mon ami. C'est tout. Vous m'avez toujours soutenu, toujours relevé, toujours aidé.. C'est mon tour de vous rendre la pareille. Vous dites que le Tardis est une famille, marmonna-t-il en se frottant le crâne, gêné.

-C'en est une, répliqua déterminé le Seigneur du temps.

-Alors cela va dans les deux sens, Doc.. Ce n'est pas qu'à vous de nous soutenir..

-Je.. Je sais. Je ne suis pas doué, pour cela. Merci de ne pas avoir peur de.. casser mes barrières.

-Vous avez bien cassé les miennes, répliqua-t-il, avant de sourire et prendre sa main, s'attirant un autre sourire chaleureux. Film ? Suggéra-t-il. Ou .. Juste.. manger sur le pas de la porte ? Regarder les étoiles ?

-Cela semble.. fantastique, commenta le Docteur avant de se lever.

Il s'arrêta à l'entrée de la cuisine pour regarder Jack saisir un plateau et le remplir de nourriture et boissons.

Adorable.

Insupportable.

Si magnifique.

Il ne le méritait pas. Il ne le méritait, tellement pas.

Il ne méritait aucun de ses compagnons.

Mais il pouvait toujours essayer d'en être digne.


*tape sur 9*

*fait un bisou à 9*

Andouille va.