Chapitre 41


-Tu aurais dû prévenir, je n'ai rien de prêt, marmonna Jackie en poussant la porte de l'appartement.

Rose rit, avant de tapoter son épaule.

-Ne t'inquiète pas, du thé et des gâteaux, ça fera très bien l'affaire, on ne reçoit pas non plus le premier ministre !

-La ! Harriet Jones, première femme au pouvoir depuis des lustres ! Ah! Si on m'avait dit ça ! Ne reste donc pas ainsi au milieu de la porte, tu les empêches d'entrer !

Rose sourit devant les antiques de sa mère, avant de se diriger droit vers le salon, laissant tomber lourdement son sac. Le Docteur jeta un regard à Jack, incertain de la marche à suivre. Le capitaine le tira par le bras, l'entraînant droit vers le canapé. Le Seigneur du temps s'y laissa tomber, regardant mal à l'aise autour de lui. Rose lui sourit, avant de rejoindre sa mère dans la cuisine.

-Là, tu vois, il reste du gâteau au chocolat, c'est parfait, ils vont adorer, commenta-t-elle en sortant une pile d'assiettes avant de commencer à fouiller dans le tiroir à couverts.

-Il mange du gâteau, lui ? Ça ne va pas lui faire, je ne sais pas, une allergie ?

Rose la dévisagea, pensive.

-Je ne pense pas.. Remarque, il est allergique aux poires, je peux tout aussi bien lui demander. Docteur, appela-t-elle en passant la tête par la porte, est-ce que les Seigneurs du temps sont allergiques au chocolat ?

Jackie roula des yeux devant le titre. Qu'est-ce que c'était que cette façon de s'appeler ? L'intéressé ouvrit de grands yeux, avant de battre des mains.

-Non non non ! Pas de chocolat ! Tout sauf du chocolat !

-Là, tu vois, grommela Jackie.

-Maman, arrête.. ça vous rend malade ?

-Pas exactement, marmonna le Docteur.

Cette fois, Jackie tourna la tête, le regardant comme les autre curieuse. Le Docteur grimaça, avant d'ajouter :

-Pour mon peuple, la toxine présente dedans.. Comment dire.. On y réagit mal.

Ce fut Rose qui comprit.

-ça vous rend ivre ?!

-Vraiment?rit Jack, alors que le pauvre Docteur devenait rouge.

-Ce n'est vraiment pas drôle !

-Si, si ! Oh, j'aimerai bien voir cela !

-Vous ne voulez vraiment pas, grimaça son ami, avant de le frapper. N'importe quoi, mais pitié, pas du chocolat.

-Un crumble aux pommes, ça vous dit ?

Les yeux du Docteur s'illuminèrent.

-Cela semble.. fantastique.

-Oh, mais c'est qu'il devient agréable, commenta Jackie en surgissant de la cuisine, le gâteau en main. Rose me disait que vous buvez de l'alcool, vous en voulez ? Ou vous préférez du thé ?

-Le thé serait bien, merci, murmura le Docteur en détournant le regard.

Jackie hocha la tête, déposant le gâteau avant de se rediriger vers la cuisine. Rose roula des yeux, avant de la suivre.

-Vas-y doucement, ok ? Pesta-t-elle en fermant la porte. C'est dur, pour lui.

-Quoi, de s'asseoir dans un canapé ?

-D'être dans un lieu normal, avec une famille normale, murmura-t-elle.

Sa mère fronça les sourcils.

-Qu'est-ce que tu racontes ?

Rose soupira. Elle réalisa qu'elle n'avait jamais raconté à Jackie quoi que ce soit d'intime sur le Docteur. Elle se mordilla la lèvre, jouant avec la bouilloire.

-Être assis, dans un appartement, avec toi, moi, Jack.. C'est banal. Mais pour lui.. Il n'a pas eu ça depuis longtemps.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Il n'a plus de famille, maman, souffla-t-elle. Plus de planète.

-Quoi?s'exclama sa mère, horrifiée. Comment c'est possible ? Tout le monde a une famille !

-Pas lui..

Jackie la fixa, la bouche grand ouverte. Rose fronça les sourcils, avant de sortir du tiroir un couteau et des petites cuillères. Elle les posa brutalement sur le comptoir, sa colère pour son ami émanant d'elle.

-Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé.. Quand je l'ai rencontré, j'étais surprise qu'il soit seul. Il a fini par me dire qu'il y avait eu une guerre chez lui, et que son peuple avait perdu. Ils sont tous morts, maman, murmura-t-elle, sa voix se brisant. Tout son peuple, sa planète.. Ils ont tous disparu. Il est tout seul.

-Jésus Marie Joseph, murmura sa mère. Depuis quand ?

-Je ne sais pas.. Je crois que c'est récent.. Avant que je le rencontre. Je n'ose pas lui demander. C'est terriblement horrible, je ne sais pas quoi dire, tu sais ?

-J'imagine, marmonna Jackie.

Soudainement, elle comprenait mieux l'agressivité de l'autre abruti, et le refus constant de Rose de le quitter.

-Tous morts.. Oh, je ne peux même pas imaginer.

-Je me demande, parfois, tu sais.. Il est âgé.. Il devait avoir une famille, des enfants.. Une femme..

-Ou un mari..

Les yeux de Jackie s'étaient fait humides. Rose grimaça, la prenant dans ses bras.

-Pardon.. Je ne voulais pas te rappeler cela.

-Ce n'est pas ta faute, renifla sa mère, en essuyant ses yeux. Oh, mais le pauvre.. ça en explique, des choses, tiens. Évidemment qu'il n'aime pas être ici.. Plus de maison, rien..

-Il a le Tardis, sourit Rose.

-Quoi, ce truc bleu ?

-C'est immense ! Il faut que tu viennes visiter !

-Tu crois ? Je ne suis pas sure.. Il me laisserait entrer ?

-Pourquoi pas ? Tu es ma mère. Et comme ça tu verras ma chambre, et tout, pas juste le hall d'entée, commenta-t-elle, taquine. Et tu pourras remplir un peu plus les placards de la cuisine, ajouta-t-elle, espiègle.

Jackie renifla.

-Je suis sure que tu manques de toutes les bases. Vous cuisinez, là-haut, ou vous passez votre temps au resto ?

-Hé ! Je ne suis pas une nantie !

-À peine.. Jackie lui tapa gentiment le bras. C'est gentil d'être passée.

Rose se mordilla la lèvre. C'était le moment ou jamais.

-Je suis désolée.. Je sais que je ne suis pas assez là..

-Rose..

-Maman.. Écoute.. Je suis désolée. Je ne voulais pas me disputer avec toi, souffla-t-elle, le souvenir de Cardiff soudainement pesant entre eux. Je sais que tu as peur pour moi..

-J'aurai toujours peur pour toi, soupira Jackie en se laissant tomber contre le comptoir, le thé depuis longtemps oublié. Cette vie là-haut – elle secoua la main – ce n'est pas sûr. Mais c'est la tienne. Tu l'as choisie.

-Je ne veux pas vous mettre dehors, tu sais.. Mais ici.. Je n'ai rien ici, maman.. Pas de boulot, pas d'avenir, marmonna-t-elle en fixant le sol. Je ne suis rien, ici.

-Tu es ma fille, répliqua Jackie en l'attrapant par les épaules. Ça ne changera jamais.

-Et je t'ai encore blessée..

-Oh, ma puce... C'était il y a longtemps.

-Pas si longtemps.. Quoi que je fasse, je le foire, murmura Rose.

-C'est Jimmy Stone qui parle, pas toi, rétorqua sa mère. Tu es quelqu'un de bien, Rose. Même si je ne te le dis pas assez, soupira-t-elle. Je l'ai toujours su, tu n'es pas faite pour demeurer enfermée. J'ai eu raison de t'appeler comme ça, sourit-elle.

Ce fut le tour de Rose de rouler des yeux, avant de sourire.

-On ira faire du shopping, ensemble ? On a tout le temps, je reste ici aussi longtemps que tu veux !

-Quoi, pas juste une journée éclair ?

-Non, pas juste une journée éclair, grimaça-t-elle, acceptant la pique lancée et méritée. Je passe plein de temps là-haut, je peux bien rester ici. Tu me manques..

-Tu me manques aussi, ma puce, sourit Jackie en embrassant son front. Maintenant, va donner des couverts et assiettes aux deux idiots pendant que je sauve ce pauvre thé.

-Ok !

Se sentant bien mieux dans sa peau que ces dernières semaines, la blonde saisit son matériel, se dirigeant vers la porte. Elle se figea dans l'entrée, ses joues virant rouge pivoine.

-Quoi, pesta sa mère derrière elle, qu'est-ce que..

Sa bouche s'ouvrit également en découvrant le spectacle offert. Jack était occupé à dévorer celle du Docteur, leurs visages rouges sous le plaisir et l'effort. Sa main droite était glissée sous sa veste, l'autre tenant fermement son visage. Le Seigneur du temps n'était pas en reste, ses doigts caressant les cheveux de l'humain avec une intensité qui laissait rêveur.

Rose recula brutalement, suivie par sa mère.

-Je serai presque jalouse pour toi, si ce n'était pas si sexy.

-Maman, pesta-t-elle tout bas, le visage pivoine.

-Je croyais qu'ils se tournaient autour ?

-Apparemment, ils ont décidé qu'ils en avaient marre, marmonna-t-elle.

Son regard croisa celui de sa mère : celle-ci haussa un sourcil, son expression indiquant clairement le fond de sa pensée.

-Arrête, pesta-t-elle, mais elle souriait.

-Tu vas t'amuser sur ton Tardis, c'est moi qui te le dis ! Devoir vérifier chaque pièce avant d'entrer, tout cela..

-Maman ! Oh, tu es chiante, rit-elle. Quoique, connaissant Jack..

-Ce garçon est une perte pour l'humanité.

-Je confirme, soupira-t-elle, avant de jeter un coup d'œil par la porte. Jack ? Doc ? Tout va bien? appela-t-elle, et l'on n'aurait jamais pu croire que ses joues étaient rouges tant sa voix était normale.

Un son de sursauts et marmonnements se fit entendre. Rose roula des yeux en même temps que sa mère.

-Parfait, Rose, merci, s'exclama Jack.

-Des ados, grommela Jackie en saisissant sa bouilloire. S'ils commencent à se reproduire sur mon canapé, je les tue.

Cette fois, Rose ne put contenir son rire. Sa mère lui tapa le bras, et c'est côte à côte qu'elles rejoignirent le duo de la mort dans ce qui était, à la base, le salon de leur appartement, merci bien.


Tu parles Charles.