Après le fun, les discussions sérieuses.
Ou, 9 essaye de bien faire mais mérite une claque, vraiment.
Chapitre 43
-Il.. Jack, il faut qu'on parle.
Le capitaine haussa un sourcil devant cette phrase généralement annonciatrice de très mauvais présages. Lentement, avec un calme qu'il ne ressentait pas, il posa sa bière sur le perron du Tardis, et tourna la tête vers le Docteur. Lui et le Seigneur du temps avaient passé la dernière heure à observer tranquillement les étoiles, le vaisseau dérivant paresseusement dans l'espace.
Est-ce que le Docteur voulait déjà tout arrêter ? Ses peurs reprenaient-elles soudainement le dessus ? Avait-il fait une erreur ? Peut-être était-il allé trop vite, ou bien le Docteur avait enfin compris à quel point il n'était..
Jack paniquait.
Son masque était retombé sur son visage, son regard d'une neutralité absolue brisant les cœurs du Seigneur du temps.
Il ne savait pas s'y prendre.
Il n'avait jamais su comment s'y prendre.
-Ce n'est pas.. Ce n'est pas vous..
Réalisait-il à quel point il enchaînait les clichés ? Il lui brisait le cœur, mais Jack continuait de demeurer droit, refusant de se briser en public. Il avait survécu tout ce temps, il tiendrait bon face à une petite rupture.
Ce n'était pas comme si c'était important, au fond.
Son cœur ne se brisait absolument pas en milliards de morceaux, impossibles à recoller.
-Jack. Jack.
Le Docteur avait saisi sa main, son inquiétude visible. Il déglutit, avant de forcer un sourire sur son visage.
Il valait mieux que cela. Il n'avait jamais laissé personne le détruire, le Seigneur du temps ne serait pas différent.
-C'est ok, Doc. Je comprends.
-Que ..
-Nous sommes trop différents, on l'a toujours su, mais on aura essayé.
-Que .. Jack, qu'est-ce que vous racontez ?
-C'est sympathique de votre part d'essayer d'être gentil, Docteur, mais je ne vais pas m'effondrer, vous savez. Vous pouvez y aller franco.
-Jack.. De quoi parlez-vous ?
Le Docteur le fixait, perdu. Le jeune homme roula des yeux, avant de faire un geste de la main entre eux:
-Nous. C'est fini.
-Quoi ? Non !
-Non ?
-Non! Non! Surtout pas! Pourquoi dites-vous cela? Vous voulez.. Est-ce que vous voulez qu'on arrête?murmura le Docteur, sa voix se brisant.
-C'est vous qui êtes en train de rompre ! Ou quelque soit le terme auquel vous pensez !
-Je quoi ? Non ! Je voulais juste discuter ! J'ai .. Il y a des choses dont il faut qu'on parle, pour que cela fonctionne, sur la durée, des différences culturelles qui pourraient créer un fossé tel que.. Pourquoi pensiez-vous que je voulais tout arrêter ? Hé! cria-t-il quand Jack le frappa violemment.
-Vous .. Oh, vous, siffla le jeune homme en se levant brusquement, furieux. Vous ne voyez rien, hein ? Cette phrase ! Il faut qu'on parle ! C'est la phrase que tout le monde sort pour rompre ! Débile ! Et vous étudiez l'humanité depuis des centenaires ? Vous n'avez vraiment rien pigé ! Abruti !
-Je .. Oh, souffla l'intéressé, honteux.
-Oh ? Oh ? C'est tout ce que vous avez à me dire ? Oh ?! Vous venez de me faire une peur bleue!cria-t-il.
-Je suis désolé, je..
Le Docteur se leva précipitamment, la panique l'envahissant alors que la situation échappait à son contrôle. Est-ce qu'il venait encore de commettre une gaffe ? Comment était-il sensé la rattraper ? Il n'avait jamais été doué à ce genre de choses, et c'était devenu pire dans ce corps.
Jack roula des yeux, se redressant pour lui faire face.
-Je sais. On dira que c'est une part de votre charme, commenta-t-il, son ton cassant. Alors ? De quoi vouliez-vous parler ?
Le pauvre Docteur le fixait, son regard perdu et presque apeuré. Une pointe de culpabilité le saisit; peut-être y allait-il un peu fort. Le Seigneur du temps avait toujours été une tâche pour parler sentiments, l'enfoncer ne ferait qu'empirer les choses.
Encore une fois, il allait falloir qu'il les prenne en main.
Soupirant, il secoua la tête.
-Pardon. Recommençons, murmura-t-il, sa voix plus gentille. Vous vouliez discuter.
-Je .. Oui, marmonna le Docteur, toujours sur les nerfs. À propos de.. nous. Et .. ce que vous voulez en faire. Je ne.. Jack, je ne suis pas comme vous. Je .. Ma culture est.. différente. Je comprends la vôtre, je la respecte, je sais que c'est une part de vous, mais je ne..
-Oui?l'encouragea-t-il patiemment.
Le Docteur vira cramoisi.
-Je ne peux pas partager, Jack.
-Je sais, fronça-t-il les sourcils. Et ?
-Que.. Vous le saviez ?
-Doc, je commence à vous connaître. Quelqu'un d'aussi buté que vous, aussi .. complexe, avec toutes vos pertes et souffrances.. Cela me semble normal que vous ayez besoin d'un point de repère fixe. Quelqu'un qui ne bougera pas, restera avec vous pour toujours.. Je respecte votre relation avec le Tardis, Docteur.
Ce dernier cligna des yeux.
-Je ne pensais pas à ça. Mais.. merci.
-Non?s'étonna le brun.
-Non, soupira-t-il. Non, je parlais de vous, Jack.
-Quoi ?
-Mon peuple … Aussi avancé était-il technologiquement, il demeurait relativement.. traditionnel en terme de structure sociale. Nous sommes complètement monogames, Jack. Dans tous les sens du terme.
Jack le fixa, pensif. Il déglutit, craignant sa réponse.
-Ok. Je vois. Vous avez peur que je le prenne mal.
-Ce n'est pas votre culture, ni votre personnalité, je ne veux pas vous restreindre, murmura-t-il en détournant le regard, ses joues rouges.
Par Rassilon, qui aurait cru qu'une conversation si simple deviendrait si gênante ?
Jack secoua la tête.
-C'est.. très délicat de votre part. Réellement. Je ne peux pas dire que ce ne serait pas une première, mais pourquoi pas ? Essayer ne me gêne pas, sourit-il.
Le Docteur le dévisagea, ébahi.
-Vraiment ? Vous ne vous sentirez pas enfermé ?
-Je ne compte pas changer de personnalité, Doc. Je suis moi, et c'est tout, répliqua-t-il. Mais je suis capable de m'adapter. Mon cœur est immense, mais il n'appartient qu'à une seule personne, commenta-t-il avec un clin d'œil, le faisant rougir.
-Je.. Je ne veux pas.. Je sais que vous flirtez comme vous respirez, Jack, je ne veux pas que vous souffriez à cause de moi.
-Et vous à cause de moi, rétorqua-t-il. C'est ok, Doc. Vous êtes monogame. Pas de honte à cela. Cela ne me surprend pas, au fond. Vous avez toujours eu une aura possessive, ajouta-t-il, taquin, en caressant son torse de son doigt.
Le regard du Docteur vira noir.
-C'est la chose, Jack. Ce sera tout ou rien. Je ne suis pas capable de faire moins. Pas après tout ce que j'ai vécu, murmura-t-il.
Le capitaine hocha simplement la tête.
-Cela fait sens. Trop de morts, commenta-t-il sobrement. Tout ou rien, répéta-t-il tout bas, avant de sourire. Cela semble.. fantastique.
Le Docteur grogna.
-Vous n'êtes qu'un aimant à ennuis.
-Et vous m'aimez pour cela, répliqua grivoisement le malotrus.
-Moi ? Jamais. Vous m'insupportez, rétorqua-t-il, faisant rire le jeune homme. Êtes-vous sûr et certain?insista-t-il.
-Oui, répliqua fermement Jack. Juste vous pour le reste de ma vie ? Un tel homme juste pour moi ? Ce n'est pas une souffrance, Doc, c'est un cadeau.
Les yeux du Docteur s'humidifièrent. Avant qu'il n'ait pu trouver quoi répondre, le capitaine ajouta, posant ses mains sur son torse en même temps qu'il se rapprochait de lui :
-La vraie question est, et vous, Docteur ? Êtes-vous sûr que c'est ce que vous voulez ? Parce que vous n'êtes pas le seul à être empli de traumatismes et fissures assez profondes pour créer un paradoxe dans le multivers. Je ne supporterais pas de vous perdre. Cela m'achèverait, admit-il très bas.
La gorge du Seigneur du temps se serra. Jack le fixait, ses grands yeux trop bleus pour être vrai se perdant dans les siens alors qu'il cherchait une réponse à sa question, son regard empli d'espoir.
Si jeune, et si extraordinaire. Prêt à tout pour demeurer à ses cotés, pour le reste de sa vie.
Mais le Docteur ne pourrait pas passer la sienne avec lui.
-Je.. Ce n'est pas une question de ce que je veux, Jack, mon garçon, murmura-t-il. C'est.. Je ne veux pas souffrir, tenta-t-il d'expliquer.
-Je sais, répliqua Jack, mais il secoua la tête.
-Non, vous ne.. Jack, j'ai 903 ans, je.. Je survis à tout le monde. Personne ne reste, Jack, pas sur la longueur. Vous partez tous, d'une manière ou d'une autre. Si ce n'est pas un voyage qui tourne mal, c'est la vie qui se rappelle à vous.. L'horloge qui tourne.. Le besoin de stabilité..
-J'ai déjà trouvé ma stabilité, Doc, le coupa le capitaine. Et mon Roméo ? Il se trouve là, devant moi, ajouta-t-il, avant de poser sa main là où se trouvaient ses cœurs. Tout ce que je demande, c'est une petite place là-dedans. À coté de tous ceux qu'il y a eu avant. À coté de Rose, énonça-t-il doucement.
Le Seigneur du temps ne répondit pas, son regard se perdant dans celui de Jack, y lisant un amour et une détermination propres à dévaster des mondes.
-Un jour, vous voudrez une vie normale, murmura-t-il.
-Je n'ai jamais eu une vie normale, Doc; et je n'en veux pas. Ma vie, ce sont les voyages, l'univers. Et je les veux avec vous et Rosie, rétorqua l'humain.
-Vous mourrez, Jack.. Un jour ou l'autre, et ce sera trop tôt, et mes cœurs ne le supporteront pas.
Le capitaine demeura silencieux un certain temps après cela. Il tourna la tête, fixant l'univers qui leur faisait face, et ses milliards de rochers en mouvement perpétuel.
-Tout finit par mourir, Doc. Ces mondes qui nous font face, ils disparaîtront un jour. C'est ainsi. Tout vit, et tout meurt. On ne peut rien y faire, à part en profiter au maximum tant qu'ils sont là. Profitons-en au maximum, Doc, souffla-t-il en se pressant contre lui. Tant que c'est là. Pour ne pas regretter.
Il n'avait aucun argument à répondre à cela, et Jack le savait clairement. Le baiser qui suivit fut plus intense que tous les précédents, une saveur particulière se mêlant à l'échange alors qu'ils s'agrippaient l'un à l'autre. Le désespoir de vivre prenait le pas sur la logique, la passion sur la raison.
Vivre. Explorer, sans limite, sans barrière. N'était-ce pas le propre même de leur raison d'être dans l'espace ? Peut-être, songea le Docteur en même temps que Jack tombait contre la console, était-il temps qu'il adapte ce vieil adage à tous les domaines de la vie.
