Chapitre 48


La pluie battait son plein dans le cimetière, les arbres trempés dégorgeant d'eau. Rose n'en avait cure, sa capuche sur sa tête alors qu'elle fixait la tombe devant elle.

Pete Tyler

1954- 1987

Pour toujours dans nos cœurs.

Elle n'était pas venue ici depuis des années.

En cet instant, cependant, cela lui avait semblé la meilleure option possible.

Un mouvement sur la gauche lui indiqua l'arrivée de Mickey et sa mère.

-Rose, souffla-t-elle, avant de lancer un regard empli de détresse à la tombe. Pourquoi..

La blonde ne répondit pas tout de suite, ses mains enfoncées profondément dans ses poches. Le duo frissonna, avant de se rapprocher, se serrant sous leurs parapluies.

-Tu disais que c'était un aventurier, un inventeur de génie. Tu ne m'as jamais dit qu'il te trompait, murmura la jeune femme.

Jackie perdit ses couleurs, alors que Mickey sursautait.

-Quoi.. Que..

-Une machine qui voyage dans le temps, 'man, marmonna-t-elle. Tu ne te dis pas qu'une des premières choses que j'ai voulues, c'était le rencontrer ?

-Oh, Rose, souffla sa mère en se rapprochant. Je suis désolée.. Ce n'était pas..

-Je sais, soupira-t-elle. Tu voulais me protéger. Me conserver une image d'un type bien, pour que j'ai un modèle. Pendant que toi à coté, tu t'échinais dans des jobs de merde, pour payer toutes les factures. La blonde tourna un regard humide vers sa mère, ses mèches trempées pendant de sa capuche. C'est toi la vraie héroïne. Et je suis désolée de ne pas être à la hauteur.

-Ne dis pas.. Viens là, murmura Jackie en la prenant dans ses bras. Rose laissa tomber son visage dans son cou. Mon ange.. Mon petit cœur.. Qu'est-ce qu'il se passe dans ta tête en ce moment pour que tu te tortures comme ça ?

Rose renifla.

-Une crise de maturité, apparemment.

-Et tu te fais beaucoup trop souffrir. Tu n'es pas un monstre, Rose !

-Non ? Je vous fais toujours souffrir, quoique je tente, marmonna-t-elle.

-Oui, hé bien, personne n'est parfait, soupira Mickey en les rejoignant pour prendre sa main. Tu reconnais tes torts, c'est déjà beaucoup, et on en a aussi.

-Nan .. Pas autant que moi.. Je suis désolée, Mick, pour tout ce qu'il s'est passé, je, je t'ai pourri la vie.

-Yep, marmonna-t-il à son tour. Mais ce n'est pas pour autant que tu dois te faire autant de mal. Depuis quand tu te prends autant la tête ?

-Depuis que tu m'as dit mes quatre vérités à Cardiff ? Et maman aussi?répliqua-t-elle en se redressant pour leur faire face, avant de jeter un regard à la tombe à coté d'elle.

Sa gorge se serra, avant qu'elle ne se retourne de nouveau pour les regarder.

-Je n'avais pas réalisé.. tout ça; tout votre chagrin.. Je pensais que, que je m'étais suffisamment excusée, expliquée, mais j'avais tort. Et je ne veux pas qu'on continue à se disputer, je veux qu'on soit tous heureux, et je me fiche que cela fasse gamine, je veux que tout aille bien comme avant! Pourquoi est-ce que c'est trop demander?cria-t-elle, frustrée.

Mickey échangea un regard avec Jackie, avant de grimacer, impuissant. Il n'avait aucune idée de quoi dire, et clairement, la plus âgée non plus. Aucun d'eux n'avait attendu une crise pareille de la part de Rose. Le jeune homme avait été quelque peu bouleversé en rentrant enfin dans l'appartement pour découvrir que la blonde était déjà partie, ou plutôt, avait disparu dans Londres après une nouvelle dispute avec sa mère.

Les mauvais souvenirs remontaient, et avec eux de vieilles blessures.

-Rien n'est jamais allé bien, Rose, pas depuis longtemps, murmura-t-il.

-Je sais ! Je sais ! Et c'est toujours à cause de moi !

-Rose, Rose, arrête, lui intima-t-il en saisissant ses mains. Regarde-moi, regarde-moi, répéta-t-il fermement, avec une force qui le surprit lui-même. La blonde tourna vers lui un regard perdu qui lui serra le cœur. Tu étais une gamine. Tu n'avais jamais eu de père. Tu étais rebelle et chiante, comme tous les ados. Il en a profité, et abusé. Ce n'était pas ta faute.

-Mais c'est moi qui suis partie.. J'étais ignoble..

-Rose, murmura Jackie. C'est fini. C'est du passé. Mickey a raison, mon cœur, ce n'était pas ta faute. Tu avais 16 ans..

Rose secoua la tête.

-J'étais assez grande pour savoir que ce que je faisais était mal ! Et tout le monde à 16 ans ne fait pas le mur et ne se barre pas avec un drogué.

-Oui hé bien, tout le monde ne grandit pas sans père, dans un quartier pauvre, sans espoir ni vrai avenir, cracha sa mère. Tu as fait ce que tu as pu, et tu sais quoi ? Moi aussi. Et lui aussi, lui rappela-t-elle en désignant Mickey. La vie n'est pas parfaite, Rose. Le monde n'est pas noir ou blanc, ou jaune et empli de paillettes qui pètent des licornes. Rose renifla devant l'image. Il est gris, compliqué, complexe. On y fait ce qu'on y peut, chaque jour. Et si on veut avancer, il faut réussir à lâcher nos rancœurs, sinon on les laisse nous bouffer toute notre vie.

La jeune femme ne répondit pas, détournant le regard. Sa mère ne faisait pas souvent de discours sur le sens de la vie, mais quand elle commençait, elle frappait toujours juste.

Sois courageuse, lui avait intimé le Mickey plus âgé. Ses conseils résonnaient dans son esprit, l'étrangeté de leur conversation toujours entièrement imprégnée en elle.

Mickey avait pris le risque de remonter plus de quinze ans en arrière pour essayer de l'aider. Elle n'avait aucun doute qu'il ne lui avait pas tout dit sur son futur, ou le détail de leur relation. Elle savait, cependant, qu'il avait quitté le Tardis et sa vie violemment, empli de rancœur, et cela suffisait à lui briser le cœur.

Les choses n'étaient pas sensées se passer ainsi.

Il fallait qu'elle le laisse partir. Elle pensait l'avoir déjà fait, mais elle réalisait à présent combien elle avait tort. Elle ne l'avait pas laissé partir, elle lui avait tourné le dos, avec une maladresse lourde de conséquences.

Rose inspira profondément, avant de se tourner vers lui.

Il était temps d'être aussi forte dans sa vie privée qu'avec le Docteur.

Avant que Mickey n'ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, la jeune femme l'attrapait par le cou, plaquant ses lèvres sur les siennes. Il sursauta, ses bras s'ouvrant en même temps que ses lèvres alors que Jackie roulait des yeux. Le jeune homme ferma les siens, gémissant doucement sous les attentions de la blonde, clairement bien décidée à dévorer sa bouche. Il agrippa ses épaules, se collant à elle alors qu'elle le rapprochait.

Rose avait toujours été un diable en terme de baisers. Et apparemment, ses voyages là-haut avait augmenté sa confiance en elle.

Quand elle recula finalement, c'était en souriant grivoisement, clairement fière d'elle. Jackie roula de nouveau des yeux, tandis que Mickey haletait.

-Ok. Pourquoi ?

-Pour dire au revoir correctement, murmura-t-elle en caressant son visage.

-Rose …

-Parce que soyons honnêtes, les dernières fois ont vraiment été de la merde. Ma faute, pas la tienne. Donc, merci, sourit-elle doucement en continuant à tracer sa joue. Merci d'avoir été là pour moi, tout le temps, toute ma vie. Merci pour m'avoir soutenue aux pires moments, chuchota-t-elle, sa gorge se serrant, même quand je ne le méritais pas, surtout quand je ne le méritais pas. Merci d'avoir voulu faire ta vie avec moi, d'avoir pensé que j'étais assez bien pour le mériter.

-Tu le mérites !

-Et merci de continuer à toujours le penser, même quand j'ai été une salope avec toi, marmonna-t-elle en baissant les yeux. Quand j'ai fait de ta vie un enfer, à répétition. Quand tu aurais tous les droits de me détester et m'insulter, et que à la place, tu me pardonnes. Tu.. Tu es un gars bien, Mick, et.. je suis désolée de ne pas être celle qu'il te faut. Mais je sais que tu la trouveras. Ou le trouveras, se corrigea-t-elle, pensive.

-Est-ce que tu me dis adieu, Rose?interrogea-t-il, ses yeux humides.

-Non ! Juste.. au revoir. Juste.. Je ne veux pas qu'on se déteste, souffla-t-elle en prenant ses mains dans les siennes. Même si je suis partie loin, même si je ne suis plus là tous les jours, je.. je veux qu'on continue à s'entendre. C'est égoïste, je sais, mais je veux rester un petit peu dans ta vie quand même.

-Oh, Rose, tu seras toujours dans ma vie, rappela-t-il en la prenant dans ses bras.

-Mais je ne peux pas en être le centre, corrigea-t-elle tristement. Je ne suis plus là, Mick, il faut que tu existes sans moi.

-Je sais, marmonna-t-il en la serrant contre lui. Mais je ne.. Je ne sais pas comment faire.

-Tu trouveras, lui assura-t-elle. J'en suis certaine.

Elle en avait la preuve.

-C'est émouvant et empli d'une maturité qui me fait péter de fierté comme maternelle, mais on se pèle le cu, on peut continuer au chaud cette discussion, les tourtereaux ?

Faites confiance à Jackie pour casser tout le sérieux d'un moment pareil. Le duo roula des yeux, avant d'hocher la tête. Rose se mordilla la lèvre, fixant Mickey qui sourit et prit sa main, la serrant dans la sienne. La blonde se détendit, un nouveau sourire apparaissant sur ses lèvres.

Peut-être n'était-elle pas si nulle, finalement.

-Du coup, tu veux toujours du chinois avec des crêpes ?

Un fou rire lui échappa avant qu'elle n'ait pu le retenir.

Certaines choses ne changeraient jamais.


Notre Rose grandit et mûrit, mais elle demeure toujours bien jeune encore :) Mais au fond, c'est comme cela qu'on l'aime :)