WARNING: torture mentale - Relation malsaine - Plongée désagréable dans l'adolescence de Jack
Le bonheur (ou pas) d'écrire sur l'Agence. J'ai plus ou moins tourné autour pendant plusieurs tomes, maintenant il est temps de découvrir comment Jack est.. devenu Jack. Le Docteur a soigné Jack, mais qui avait créé cet ancien Jack?
Chapitre 54
Sans surprise, Ayael et Jane étaient présents quand il se réveilla. Son ancien professeur avait troqué sa tenue pour le sempiternel uniforme noir de l'Agence, et tenait dans la main un tube qu'il reconnut comme un enregistreur.
-Bien, tu es réveillé, on va pouvoir commencer, commenta ce dernier. Installe-toi bien, on en a pour des heures.
Jack l'ignora, fixant le plafond. Son cœur battait la chamade, sa peur si violente qu'il sentait son ventre se tordre et ses mains se contracter contre son gré. La douleur dans son épaule était devenue sourde, supportable mais bien présente, sa faim et soif à présent bien éveillées entamant encore davantage sa résistance.
-Commençons par cela, ajouta Ayael en sortant de la poche de son blouson sa clé du Tardis. Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent sous l'horreur et la colère. Il n'avait pas réalisé que sa clé avait disparu. Ah, donc j'avais raison, tu y tiens. La clé de ton vaisseau, peut-être ? Celui avec lequel tu voyages dans le temps ? Jack sursauta. C'est une histoire assez drôle, en fait : il m'a fallu des mois pour préparer cette putain de mission, et tu sais pourquoi ? Je n'arrivais pas à te trouver. Ou plutôt, se corrigea Ayael en se levant pour venir se placer par dessus lui, ses doigts se tordant d'anticipation, je te trouvais, partout. Tu étais partout, dans le temps et l'espace. Toutes les planètes, toutes les époques. Mais la chose étrange, c'est que plusieurs fois, quand on lisait les données de ton bracelet, il n'y avait rien dessus. Tu avais voyagé dans le temps ou l'espace, mais sans l'employer. Et cela, tu vois, cela m'intéresse, beaucoup. Encore plus que te ramener pour te faire payer.
Jack contint un cri en sentant son esprit venir frapper le sien. Il le rejeta violemment, remontant toutes ses défenses encore plus haut qu'elles ne l'étaient déjà.
-À coté de lui, Ayael rit.
-Féroce.. Tu oublies que c'est moi qui t'ai appris à te défendre. Professeur de télépathie, tu te rappelles?
-Ayael.. Non.. Non..
C'était un cauchemar. C'était son mentor, la seule personne qu'il avait regrettée avec John en fuyant l'Agence.
C'était son mentor, qui le connaissait parfaitement.
Il avait faim, il avait froid. Il n'avait pas mangé depuis deux jours, se cachant dans les ruelles pour échapper à la police, dormant dans un coin de rue contre une poubelle ou sous un abri s'il en trouvait un de libre.
Il avait si peur, et il était si seul.
Il avait cru que partir rendrait les choses plus simples, que tout rentrerait dans l'ordre. Il avait voulu s'engager dans l'armée, pour avoir une chance de retrouver Gray, mais les soldats avaient ri et l'avaient chassé, le laissant terrifié et désespéré dans une ville immense et inconnue dont il ne comprenait rien.
Boeshane lui manquait.
Son père lui manquait.
Gray lui manquait.
Un sanglot lui échappa.
Gray.
C'était sa faute.
Sa mère avait raison, il aurait dû lui tenir la main correctement. Son père lui avait donné un seul ordre, et il avait échoué. Ce n'était pas surprenant qu'elle ait perdu la tête.
Reste avec Gray, met-le à l'abri pendant que je vais chercher ta mère, lui avait dit son père alors que l'invasion commençait.
Il avait échoué, et son petit frère avait disparu. Son père était mort, et sa mère avait sombré dans la folie.
Sa famille était détruite.
Sa vie était fichue. Tout ce qui lui restait était ses vêtements, et l'étrange bourse qu'il avait réussi à voler dans ce bar. L'adolescent fronça les sourcils, la faisant tourner entre ses mains : elle était différente de tout ce qu'il avait jamais pu voir. Pas de cuir, ou de tissu, mais du métal. Une petite boite noire, sans ouverture, mais pourtant son propriétaire s'en servait pour payer le barman, il l'avait vu faire.
Un cri lui échappa lorsqu'une main se referma sur son cou, le soulevant de derrière sa poubelle pour mieux le plaquer contre le mur. Il avait été si concentré sur sa trouvaille qu'il n'avait pas vu apparaître l'immense ombre derrière lui.
-Voyez-vous cela. On vole les honnêtes gens et on ne sait pas quoi faire de son butin.
-Lâ..chez..m..
-Et on ose l'ouvrir en plus, commenta Ayael en enfonçant davantage son visage dans la pierre froide. Aucun instinct de survie.
Un petit zip et il se sentit voler dans les airs, tout son corps se figeant en dehors de son visage. Un son étranglé lui échappa, sa terreur augmentant d'un nouveau degré. Il eut juste le temps de tourner la tête pour apercevoir un bracelet de cuir sur le poignet blanc strié de rouge de l'être, avant que celui-ci ne le recouvre de sa manche.
Son cœur s'arrêta.
C'était l'un d'eux.
Un Agent du temps.
Il y avait des échos, dans les rues. De personnes capables de voyager dans le temps et l'espace. Des tueurs sans pitié, chargés de faire respecter l'espace-temps à tout prix.
Et il avait chipé la bourse de l'un d'eux.
L'adolescent se sentit suer.
-Intéressant.. Tu es terrifié, mais tu ne montres rien. Et tu sais ce que je suis, murmura Ayael en levant son poignet.
-Un emmerdeur, cracha-t-il, incapable de se retenir.
Il s'attendait à être frappé, mais n'obtint qu'un regard amusé.
-Et tu as de la gouaille. Ou tu es suicidaire, au choix, commenta Ayael en enfonçant ses mains dans son blouson vert, s'installant confortablement contre le mur. Dans tous les cas, tu as réussi à me voler, et cela, personne n'y est jamais arrivé.
-Ils sont juste nuls, se moqua-t-il, ignorant les cris de son instinct de survie.
-Et toi tu es stupide, à continuer à me provoquer.. Ou bien tu n'as rien à perdre, murmura l'autre, pensif. Dis-moi, petit, de quoi fuis-tu ?
-Que .. Quoi ?
Sa voix était montée d'un cran, en même temps que sa panique. Le sourire d'Ayael augmenta, se faisant féral.
Il avait cru mourir dans cette ruelle. Il avait fini en pleurs après qu'Ayael ait jeté un regard dans son esprit, y lisant la destruction de Boeshane. Il ne possédait aucune capacité télépathique à l'époque et avait été incapable de l'arrêter, son esprit un livre ouvert à tous. Ayael n'avait même pas eu besoin d'insister, se contentant de se pencher dessus. Son expression s'était faite pensive, ses doigts caressant son menton blanc strié de rouge.
-Qu'es-tu ? Victime ou survivant ?
Il avait refoulé ses larmes, avant de siffler, hargneux :
-Survivant.
Apparemment, c'était la bonne réponse pour être épargné et rentrer à l'Agence. Il était devenu son protégé, et l'un de ses élèves favoris, s'attirant beaucoup d'ennemis se faisant.
Il avait vite appris à se protéger, quel qu'en soit le prix.
Il l'avait dit au Docteur et Rose, il n'y avait pas de place pour les plus faibles à l'Agence.
Il n'y avait pas de place pour les plus faibles dans la vie.
Du moins c'était ce qu'il avait cru jusqu'à ce qu'il découvre une blonde perdue dans le Blitz en 1941. Sa vie en avait été chamboulée à jamais, ses repères soigneusement appris détruits. Il ne le regrettait pas, non, certainement pas. Sa vie en était devenue meilleure à un point qu'il n'aurait jamais cru possible.
Et voilà que son passé revenait le hanter sous la pire forme imaginable.
Ayael était la personne télépathe la plus puissante de l'Agence. Comme le Docteur, son mentor n'avait pas besoin de toucher quelqu'un pour lire son esprit. Jack était doué, mais pas suffisamment pour lutter sur la longueur, et ils le savaient tous les deux.
-Qui est-ce, Jack ? Cet homme ? Cet homme que tu aimes tant que tu t'es rendu pour le sauver? Est-ce son vaisseau que je vois dans ton esprit ? Cet immense, impossible vaisseau, murmura Ayael. Si grand, si impossible.. Digne des légendes.
Jack rit faiblement, son esprit en feu. Un hoquet lui échappa, la douleur insoutenable après deux heures d'interrogatoire. Ayael n'avait pas fait dans la dentelle, comme toujours. Il n'en était pas surpris, mais cela ne rendait pas les choses plus simples.
De toutes les personnes possibles de l'Agence, pourquoi fallait-il que ce soit la seule qui comptait encore tant pour lui ?
Son premier mentor, celui qui l'avait sorti de la rue et redonné un but.
Il avait l'impression d'être dans un des films d'action pourri qu'adorait l'époque de Rose.
C'était tellement cliché.
-Oh, tu n'as toujours pas compris.. Ne t'inquiète pas, tu le sauras bientôt .. Tu n'as pas besoin de le chercher, il viendra de lui-même, cracha-t-il en tirant sur ses liens.
Un grognement lui échappa quand Ayael le frappa de nouveau au visage.
-Alors il est fou. Seul contre nous tous ? Il n'a aucune chance.
-Non, vous n'avez aucune chance.. A..Aucune.. Vous ne savez pas qui il est.. T..Tu crois vraiment.. Que je baiserai le premier venu ? En ..f..fuite ?
L'expression d'Ayael se fit plus intense, ses yeux noirs plongeant dans ceux épuisés de son ancien élève.
-Non ? Oui ? Tu es incapable de te tenir. Tu couches de partout.
-Aow.. Jalousie.. Je te satisfaisais, pourtant, répliqua-t-il grivoisement, son regard moqueur, avant de cracher du sang en recevant un nouveau coup de poing dans la mâchoire. Aoutch .. Bobo..
-Tu es coriace.. Je le sais, tu étais le meilleur, murmura Ayael en se penchant en arrière sur sa chaise. Ce n'est pas un souci.. Je dois simplement essayer d'en apprendre le plus possible, mais c'est un bonus. Une fois à l'Agence, il n'y a rien que tu ne pourras faire pour te défendre.
Quelque chose se contracta dans le ventre de l'ancien commandant. Il força un sourire sur ses lèvres, ignorant le filet de sang qui y avait séché.
-Ah oui ? Et pourquoi ? D'autres singes pour me frapper ?
-Oh, quoi, ça ? Non, c'est pour me défouler, c'est tout, expliqua Ayael en souriant. Des mois de frustration à exprimer, tu comprends bien. C'est un vrai gâchis, d'ailleurs, murmura son mentor en se penchant pour caresser sa joue, s'attirant un frisson. Un si beau visage.. Qu'est-ce que je ne préférerais pas lui faire plutôt que l'abîmer..
-Yek. Non, merci, rétorqua-t-il en détournant la tête.
-Si tendu, Jack.. Est-ce une façon de me parler?commenta Ayael, s'attirant un regard défiant.
-Tu es le passé. Tu n'es plus rien, grogna-t-il.
-Ça .. C'est à voir, murmura l'autre. Une fois à l'Agence, tu ne chanteras plus la même musique.
-Et pourquoi?demanda-t-il, en sentant son ventre se contracter un peu plus.
-Jack, Jack.. N'as-tu donc aucune mémoire ? Nous ne sommes pas des sauvages, nous avons beaucoup de méthodes pour obtenir des réponses, tu le sais. Si tu ne veux pas parler, nous irons lire nous-même, répliqua Ayael.
L'expression de Jack se fit horrifiée.
-Non, souffla-t-il, paniqué. Non, c'est interdit ! On l'avait interdit !
-Aux grands maux les grands remèdes, répliqua Ayael. L'extracteur de souvenirs sera sorti une dernière fois, en ton honneur.
-Non ! Ayael ! C'est ..
-Atroce, je sais. Tu termineras en légume, commenta platement son ancien professeur. Mais c'est ce qui arrivera si je n'ai pas le choix. Oui, c'est moi qui l'emploierai, confirma ce dernier devant son regard.
-Je te hais, souffla le jeune homme en fermant les yeux, luttant contre son envie de vomir. Je te .. va crever.
-Plus tard, sûrement. Un jour, sans aucun doute. Les risques du métier, confirma Ayael en se penchant de nouveau pour serrer un peu plus ses liens.
-Ayael !
-Ton choix, petit. Parle, ou assume.
-Va te faire foutre ! Raclure ! Fumier!
-Tu sais ce qu'on dit, répondit sa cible en posant ses mains sur ses tempes. L'insulte est la ressource des faibles.
-Tu vas voir si je suis faible!hurla Jack en se débattant désespéramment contre ses liens. Je t'égorgerai moi-même !
-Parole, parole. Voyons ce que tu sais raconter d'autre.
Docteur. Docteur, aidez-moi.
