Allez on sert les dents, plongée dans l'entrainement qui va changer Jack en Agent.

Je n'assume pas le fou rire nerveux sur les chansons massacrées (en fait si).


Chapitre 55


Jack serra les dents, retenant son gémissement. Son esprit était en feu, chaque parcelle de son cerveau hurlant désespéramment à l'aide.

Il fallait qu'il tienne. Il fallait qu'il lutte, qu'il gagne du temps pour en laisser au Docteur.

Mais c'était si dur. Ayael l'ouvrait comme un mouton à la boucherie : dur, brutalement, sans aucune pitié. Son mentor ne détruisait pas son esprit, mais n'avait aucun remord à l'agiter comme une balle qu'on lance à un chien.

Ayael agissait comme agirait un officier de l'Agence.

À bien des égards, c'était un miroir de l'homme que lui-même avait été.

L'homme qu'il n'était plus. L'homme qu'il ne voulait plus être. L'homme qu'il avait enterré en apprenant à vivre avec le Docteur et Rose. L'homme qu'il lui fallait réapprendre à être pour pouvoir survivre suffisamment longtemps pour ensuite s'échapper.

Jack serra les dents.

Ayael ne torturait pas physiquement, ou très peu. Une méthode de barbare, l'avait-il toujours entendu répéter. Non, son ancien mentor s'affirmait plus raffiné, préférant aller chercher directement l'information dans l'esprit de sa victime.

C'était tout aussi sauvage dans l'opinion de Jack, et celle de quasiment tout le monde, mais vous n'argumentiez pas avec un psychopathe, encore moins quand c'était votre professeur.


-Encore.

-Je .. Je ne.. Stop !

-Encore.

-S'il vous plaît.. Juste.. Une minute..

-Tu n'auras pas une minute quand tes bourreaux t'attaqueront, petit. Encore.

La voix d'Ayael était calme, trop calme. Pas froide, non, calme. Il détestait cette voix. Il voulait.. Il voulait arrêter, il voulait partir, il voulait..

-Debout.

L'adolescent baissa la tête, contenant en vain ses larmes. Le tapis rouge de la pièce irradiait d'une chaleur absente de son cœur, remplacée par une peur qui lui tordait le ventre.

Dans quel monde de fous était-il tombé ?

Était-ce ce qu'il fallait pour retrouver Gray ?

Autour de lui, les autres recrues geignaient également, luttant contre l'invasion dans leur esprit des autres élèves plus âgés.

S'entraîner les uns sur les autres. Barbares.

Il était le plus jeune, et la plus aisée des cibles. Ayael l'avait prévenu quand il avait signé que son jeune âge rendrait les choses encore plus compliquées pour lui.

Une belle gueule toute mignonne à casser et abuser.

Il ne s'était pas laissé faire, mais il avait encore tellement à apprendre. Il savait que beaucoup d'élèves avaient des protecteurs plus âgés, et le sien était tout désigné. Encore fallait-il qu'il arrive à s'en montrer digne.

L'adolescent serra les dents, la rage présente depuis la destruction de son village se réveillant de nouveau en lui. Il ferma les yeux, la laissant l'envahir et prendre possession de chaque parcelle de son esprit. Un mur, ne cessait de répéter Ayael, imagine un mur, immense, capable de te protéger de tout.

Un mur immense.

Quand il rouvrit cette fois les yeux, son expression avait pris une teinte dure absente auparavant. Quand il se releva, c'était avec la souplesse d'un félin en pleine chasse, la même qu'il avait vue chez les agents plus âgés.

Ayael sourit en le voyant se placer devant l'autre élève, son dos droit et son regard défiant.

Un agent venait de naître.


Ayael se redressa lentement, le laissant épuisé. Il avait réussi à repousser ses attaques, ne laissant filtrer que des images de ses voyages avant sa rencontre avec le Docteur. Il pouvait sentir sa frustration et sa colère, et cela le réjouissait sans limite, même s'il savait qu'il le payerait.

Prend-toi ça, enflure.

Jack lutta pour conserver un immense sourire aux lèvres, son regard narquois alors qu'Ayael se levait.

-Quoi, tu pars déjà ? On a à peine commencé ! Toi et moi ! Toi et moooooooooi! brailla-t-il, massacrant le refrain de la chanson de Polnareff. Il ééééétait une fooooois !
Toi et mooooooi ! N'oubliiiiiiiiie jamaiiiiiiiiiis çaaa ! Toi et mooooi-oi-oi-oi !

Il continua à chanter même après qu'Ayael ait fermé la porte, ses pas résonnant dans le couloir. Il craquait, il le savait, mais il fallait qu'il se défoule, sinon il deviendrait fou. Il pouvait voir le garde posté près de la porte serrer les dents, son exaspération évidente. Une idée jaillit dans son esprit, et il enchaîna, le fixant avec de grands yeux larmoyants :

Ne me quitte paaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas
Il faut oublieeeeer, Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus, Et le temps perduuuuuuuuuuuuuuuuu

Le garde plissa les yeux, mais l'ignora, se redressant contre le mur. Jack sourit, et enchaîna, sa voix aiguë :

À savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois à coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte paaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas

La torture psychologique prenait beaucoup de formes.

Son gardien inspira un grand coup, serrant la main sur son arme.

Ne me quitte paaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas

Une série de jurons monta du couloir, avant que la porte ne s'ouvre, révélant le duo gardant la chambre de l'extérieur. On aurait pu deviner leur lien de parenté juste à leurs cheveux poudrés et leurs yeux roses, des tâches de rousseur placées de manière identique sur le coin de leur nez.

Des frères et sœurs ? Intéressant.

Il lui fallut un instant pour reconnaître le duo qui les avait fouillés lui et le Docteur quelques heures plus tôt.

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel? gueula la sœur. Fais-le taire !

Moi, je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays où il ne pleut pas
Je creuseeeeeeeeeeeeeeeeeeeerai la terre jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps d'or et de luuuuuuuuuuuuuuuuuumière

-Oh, putain, râla-t-elle en fermant la porte derrière elle, son frère à ses cotés, alors que Jack la fixait de ses yeux énamourés. Je vais me le faire.

-Philia!siffla son jumeau en l'attrapant par le bras. Ne sois pas conne, tu connais les ordres.

-Un bleu de plus ou de moins, quelle différence, pesta l'intéressée.

-Non, il a raison, intervint le garde en faction près de la porte. Le Docteur McIntosh arrive bientôt, elle saura tout de suite reconnaître ce type de bleu.

-Qui a dit que j'allais employer la crosse de mon flingue? répliqua Philia. Mes poings suffisent, Ram.

Le dénommé Ram haussa les épaules, alors que son frère secouait la tête.

-Comme tu veux. Si tu arrives à le faire taire.

-Me faire taire?commenta Jack en riant. Il faudra se lever tôt pour cela, répliqua-t-il avec un sourire grivois. Ne vous inquiétez pas, j'en ai assez pour trois, ajouta-t-il avec un clin d'œil.

-J'en suis certain, soupira le frère de Philia en attrapant cette dernière par l'épaule, la retenant. Et c'est pour cela qu'on va retourner à notre poste, avant de se faire dézinguer.

-Thomas, tu es chiant, arrête, protesta celle-ci. Je ..

-Qu'est-ce que vous faites dans mon infirmerie ? Dehors !

Une nouvelle voix avait tonné, figeant le trio. Le Docteur McIntosh venait d'apparaître, son regard froid. Les trois agents la saluèrent immédiatement, avant que Thomas n'entraîne sa sœur au dehors. Jane claqua la porte derrière eux, avant de se tourner vers Ram, furieuse.

-Une explication, soldat ?

-Ils voulaient me péter la gueule, commenta platement Jack en baillant. Et notre jeune ami ici était dépassé.

Ram lui lança un regard offensé, avant de baisser les yeux lorsque Jane se tourna vers lui.

-Vraiment ? Dehors.

-Oui, madame, souffla-t-il.

-Vous filez directement voir le capitaine. Vous lui expliquerez pourquoi vous n'êtes plus à votre poste.

Ram blêmit, mais murmura un autre 'oui madame' avant de quitter silencieusement la pièce. Jack le regarda faire, amusé.

-Oh, on va avoir des ennuis.. Vous avez une grosse voix quand vous vous y mettez, très.. dominatrice, ajouta-t-il avec un clin d'œil effronté. Parfaite avec ces attaches.

Jane ne répondit pas immédiatement, saisissant une seringue sur l'étagère à coté de son lit. Le capitaine plissa les yeux, grognant quand elle s'approcha de lui.

-On essaye de me droguer ? Je vais juste chanter plus fort. Pas besoin de ça, vous savez, il suffit de me demander, ajouta-t-il avec un sourire féral.

La médecin verdit légèrement, mais demeura silencieuse alors qu'elle injectait le contenu de la seringue dans son bras. Il pesta en se sentant immédiatement devenir comateux.

-Oh, sérieux ? Je chanterai juste plus fort en me rév..réveill.. pétasse, marmonna-t-il alors que ses paupières se fermaient seules.

Damn.


Ne me quitte pas - Jacques Brel (1959) - Lettre à France - Polnareff (1978)

Maintenant vous ne les entendrez plus jamais de la même manière. Non je n'ai pas honte, ça m'a défoulée aussi.