Chapitre 61
Il avait perdu connaissance après cela. Jane devait être intervenue, parce que lorsqu'il s'était réveillé en train de flotter dans une bulle de sécurité, une partie de la douleur qui lui vrillait le cerveau avait disparu. Le reste de son corps était une autre histoire, notamment ses épaules où Ayael semblait définitivement aimer tirer.
Mais il pouvait presque penser droit, et c'était clairement un énorme progrès.
Ses poignets étaient de nouveau attachés, mais pas ses chevilles. Vu l'endroit où il était enfermé, Ayael ne devait pas avoir estimé cela nécessaire. Ce type de cellule était l'une des plus sécurisées possibles déjà à son époque, et il était certain que des ajouts y avaient été faits depuis.
Ayael avait pensé jouer intelligemment en l'emprisonnant ici, juste à coté de ses appartements, mais c'était une erreur.
Cette cellule fonctionnait grâce à de l'énergie circulant en ondes autour de lui.
Cette énergie pouvait être annulée.
Et c'est exactement ce qui se produisit.
Jack sentit un sourire monter sur ses lèvres en voyant les lumières commencer à clignoter autour de lui. Cela n'avait pas non plus échappé à ses geôliers, qui se dévisagèrent nerveusement, avant que l'un d'eux n'appuie sur son bracelet.
-Capitaine ? Il y a des interférences dans la cellule du prisonnier.
-Quel type?répliqua sèchement Ayael à l'autre bout.
-La lumière, elle clignote, elle.. vient de se couper, souffla l'homme lorsque la pièce tomba dans le noir.
-Merde, merde, merde, pesta son collègue en attrapant son arme. Harkness ! On ne peut plus le voir ! Rallume la lumière !
-J'essaye !
-Rapport, agents, claqua la voix d'Ayael.
-Il ..
La voix de l'agent mourut dans sa gorge en même temps que la lumière de secours s'allumait, projetant une ombre rougeâtre sur la petite pièce.
La cellule en face de lui était vide, et son collègue inconscient au sol.
Cette fois, ils ne l'auraient pas.
Le Doc arrivait, et Jack comptait bien l'accueillir en grande pompe.
Le vaisseau entier semblait tombé dans le noir, pour son plus grand plaisir. Circuler dans la pénombre était toujours difficile, mais présentait l'avantage évident de le cacher au reste de l'équipage, tout en apaisant sa migraine subsistante. Les lumières de secours avaient fini par se mettre en marche, leur lumière rougeâtre peinant à éclairer les couloirs et créant une atmosphère glauque.
C'était suffisant, cependant : Jack connaissait ce type de vaisseau par cœur, et s'il avait pu en oublier le fonctionnement, le plan qu'il avait lu quelques heures plus tôt lui avait donné les informations dont il avait besoin.
La salle de pilotage n'était qu'à quelques tournants. Rester à y accéder, songea-t-il en serrant avec difficulté contre lui le pistolet qu'il avait réussi à soutirer. Ce n'était pas comme s'il pourrait tirer avec, avec ses mains immobilisées, mais il existait des dizaines d'autres manières de s'en servir. Serrant les dents, il demeura collé contre le mur, se fondant du mieux qu'il pouvait dans les ombres l'entourant. Plissant les yeux, il s'immobilisa à une intersection, tendant l'oreille.
De l'autre coté, un souffle.
Jack sourit, reculant légèrement. Il attendit que l'agent fasse un nouveau pas avant d'attraper son poignet, le tordant le plus fort qu'il put. La femme en question lâcha un juron, et tenta de tirer, mais Jack la frappa en plein nez avec l'énorme bracelet en métal enfermant ses poignets, envoyant voler sa tête en arrière. Un coup de crosse suivit, la faisant tomber au sol avant qu'il ne sert ses bras autour de sa trachée, appuyant brutalement dessus avec le bracelet.
Son adversaire se débattit, agrippant désespéramment ses bras tout en tentant de le frapper aux jambes, mais il avait l'avantage de la surprise, et de la force physique. Le corps de la femme retomba silencieusement au sol, son visage pale alors que Jack s'éloignait déjà, s'appuyant au mur pour ne pas tomber lui aussi. Ce court affrontement avait drainé une partie de son énergie, le laissant de nouveau le souffle court. Il pouvait percevoir des points noirs aux coins de ses yeux, l'épuisement et la faim se rappelant narquoisement à lui comme ils l'avaient fait depuis son arrivée ici deux jours auparavant.
Le reste du chemin vers la cabine de pilotage fut étrangement calme. Jack savait reconnaître un piège quand il en voyait un, mais il fallait absolument qu'il parvienne à cette fichue pièce : c'était là que se trouvaient tous les contrôles du vaisseau, et notamment ceux maintenant les boucliers. Ce n'était pas comme si le Docteur n'était pas capable de les passer, mais un peu d'aide ne faisait jamais de mal, et il pourrait au passage essayer de communiquer de nouveau avec lui.
Seulement deux gardes se tenaient devant la porte. Ayael devait réellement commencer à manquer de monde pour en garder aussi peu. Jack avait cru comprendre que les morts et blessés de la bataille sur la plage avaient été transférés sur un autre vaisseau, ne laissant au capitaine que le minimum de monde.
Sa malchance, sa chance, songea-t-il avant de s'accroupir contre le mur de l'autre coté de l'intersection. Prenant une profonde inspiration, il laissa tomber son pistolet, le son résonnant à plusieurs mètres à la ronde dans le silence glauque les entourant. Il manqua rouler des yeux en entendant un agent se diriger vers lui.
Si prévisible.
Par tous les dieux, le niveau de l'Agence avait-il réellement baissé, ou bien était-ce une autre part du piège d'Ayael ?
Le pistolet était de nouveau ferme dans sa main lorsque sa cible passa le couloir, réglé pour assommer. L'homme s'effondra contre lui lorsqu'il tira dans son cou, ses dreadlocks blondes tombant autour de son visage chocolat en même temps qu'il le déposait doucement sur le sol.
-Jim? entendit-il très bas. Qu'est-ce que c'était ? Jim ?
Deux minutes plus tard, une humanoïde à la peau bleue rejoignait le dénommé Jim sur le plancher. Jack roula des yeux, avant de déglutir lorsqu'il se tourna vers la porte menant à la salle de pilotage. Il n'avait aucun doute que c'était là que se tenait Ayael, l'attendant tranquillement arme à la main dans le fauteuil de capitaine.
C'est ce qu'il aurait fait, après tout.
Pourquoi se donner la peine de courir quand vous saviez où se rendait votre cible ?
Le jeune homme se mordit la lèvre, avant de se redresser, son expression se faisant froide et revêche. Il sursauta en sentant le vaisseau tressauter, avant de sourire en voyant les lumières de secours s'éteindre à leur tour.
Le Docteur avait toujours su créer un suspens.
Jack haussa un sourcil en voyant la porte glisser devant lui sans qu'il ne l'ait touchée. En terme de piège évident, on ne faisait pas mieux. Et il se jetait dedans à plein pied, pensa-t-il en rentrant lentement, ses yeux se plissant en découvrant la petite pièce semi-éclairée.
-Oui, j'ai réussi à rediriger une partie du courant ici, commenta Ayael en faisant pivoter son fauteuil pour lui faire face.
-Tu as toujours été doué de tes mains, commenta-t-il. Vous pouvez sortir, doc, je sais que vous êtes là.
Un sifflement explosa derrière lui. Il eut juste le temps de s'accroupir avant que Jane ne lui passe par dessus, roulant au sol avant de se tourner vers lui, deux seringues à la main.
-Et tu les as toujours aimés déchirés, sourit-il en se redressant, alors que la porte se refermait derrière eux, un petit clic lui indiquant que la serrure avait été fermée à son tour.
-Tu n'étais pas mal en ton genre, répliqua Ayael avant de lever la main.
Jane siffla de nouveau, mais demeura immobile, sa rage évidente.
-Et vous m'avez trahi, rappela-t-il. Deux ans de souvenirs effacés. Dis-moi, tu as trouvé qui a fait ça ? J'aurai un mot à leur dire.
-Non, murmura Ayael en le fixant, ses jambes croisées. Aucune idée. Tu te doutes bien que c'est la première chose à laquelle j'ai songé. Deux ans de souvenirs, c'est énorme. Mais non, petit, aucune idée.
-Vraiment ? Ou bien tu continues à mentir comme tu respires, murmura-t-il en sentant son espoir mourir dans sa poitrine.
-Ce serait probable dans la plupart des cas, confirma son ancien mentor, mais pour une fois, non. Je ne sais vraiment pas.
-Et pourtant, tu continues à me traquer, fronça-t-il les sourcils. Quand tu sais que j'ai raison.
-Ce n'est pas le problème, Jack. C'est moi qui t'ai fait entrer. C'est à moi qu'on demande des comptes, c'est aussi simple que cela, répliqua Ayael en se levant pour lui faire face. Toutes les personnes sur ce vaisseau, celles que tu as tuées ou blessées ? Il plissa les yeux. Ce ne sont que mes élèves. Tous. Oui, hein, ajouta amèrement l'officier en le voyant pincer les lèvres. L'Agence a une manière bien particulière de t'obliger à obéir. Envoyer tous tes protégés au même endroit, pour te forcer à t'y rendre et réussir. Même ceux qui ne sont pas diplômés..
-Parce qu'ils savent que tu tiens à eux.. J'avais oublié à quel point c'était des enflures. Il secoua la tête. J'aurai presque dit que j'étais désolé de cela, si tu ne m'avais pas torturé, siffla-t-il. Tu as une manière bien particulière de montrer ton affection, chef.
-Un contre tous, petit, rétorqua Ayael en se redressant davantage pour venir se placer face à lui. Le traître contre les autres. Le choix est rapide.
-Et c'est pour cela que vous ne réussirez jamais, murmura-t-il. Parce que vous avez oublié.
-Oublié quoi?grogna Jane en se rapprochant.
Un grésillement s'éleva sur la console. Vif comme l'éclair, Jack frappa Ayael au visage avec le bracelet de métal, l'envoyant au sol, avant de tirer brutalement sur la chaîne à son cou, arrachant sa clé de Tardis. Ayael gronda, mais le collier se brisa, avant qu'il ne court vers l'écran, sa clé fermement en main. Ayael jura, Jane à ses cotés, mais déjà il appuyait sur une série de boutons.
-Il n'y en a pas un et les autres, chef. Il y a tout le monde. On ne laisse personne derrière, jamais. Anakin à maître Yoda, appela-t-il dans le communicateur. Anakin à maître Yoda, répondez !
-Enflure, gronda Ayael en se jetant sur lui.
Cette fois, cependant, Jack était prêt. Il s'écarta sur sa gauche, sa jambe volant dans les airs pour aller frapper dans le genou d'Ayael qui tomba en avant contre la console. Jane fut la suivante, sa seringue stoppée à quelques millimètres de la gorge de Jack qui pressa ses poignets entre ses mains.
-Il faudrait choisir, docteur, vous voulez me soigner ou me tuer ?
-J'ai fait mon choix, gronda la médecin en le frappant au ventre de son pied, le faisant siffler.
-Violente !
Scritch scritch. Scritch scritch.
Les deux agents se figèrent en entendant de nouveaux grésillements monter de la console, alors que Jack souriait.
-... Yoda, vraiment ?
-Hé, vous avez les mêmes oreilles !
-Jack ?
-Doc ?
-Couchez-vous.
Un fou rire lui échappa avant qu'il ne se jette au sol, un vent bien connu montant dans la petite cabine de pilotage. Jane s'était figée, ses yeux s'écarquillant en voyant apparaître la cabine bleue. Ayael eut juste le temps de la pousser en dehors du chemin, se couchant sur elle alors que Jack se redressait, un sourire damné sur ses lèvres ensanglantées.
La porte s'ouvrit, révélant l'ombre immense du Seigneur du temps.
-Vous en avez pris votre temps, s'exclama le capitaine en se relevant péniblement.
Boum.
Le Docteur venait d'exploser le pistolet d'Ayael. La tablette de navigation suivit, ainsi que les verrous fermant la pièce. Le Docteur n'avait toujours pas bougé de la porte de son vaisseau, son ombre semblant s'agrandir de seconde en seconde en même temps que son aura.
Jack pouvait sentir le poids de la Tempête d'où il se tenait, et il était certain qu'Ayael et Jane également.
Le Seigneur du temps baissa lentement le bras, avant de ranger son tournevis à l'intérieur de sa veste. Ses pas étaient calmes alors qu'il avançait vers Jack, son visage pale apparaissant finalement dans la lumière rougeâtre. Ses sourcils se froncèrent un peu plus alors qu'il attrapait sa main, l'aidant à se relever avec une délicatesse inhabituelle.
-Et vous êtes un nid à emmerdes, répliqua-t-il en caressant son visage, notant sombrement les bleus et coupures qui l'entachaient, et toutes les blessures invisibles que Jack tentait de lui dissimuler.
Ce dernier rit faiblement, se laissant pousser contre l'énorme torse.
-Je vous aime.
Une lueur tendre passa un instant dans le regard furieux, la main du Seigneur du temps s'enroulant autour de sa taille pour le soutenir.
-Je sais. Il plissa les yeux, se tournant vers le duo toujours figé au sol. Vous allez vite découvrir que vos moteurs ne fonctionnent plus. Vos communications sont mortes et.. - un boum de l'autre coté du vaisseau – je crois que vos moteurs de secours viennent de sauter.
Les yeux d'Ayael s'ouvrirent en grand, sa panique évidente. En un instant l'agent était debout, courant vers la console, Jane à ses cotés. La porte de la pièce s'ouvrit, révélant un équipage aux abois.
-Capitaine ? Capitaine, les moteurs, ils sont morts ! Hurla l'un des mécaniciens, avant de se figer en découvrant le Docteur et le Tardis.
-Et je crois que c'est le moment pour nous de dire au revoir, commenta Jack avant d'attraper le Seigneur du temps par la main, l'entraînant vers le vaisseau.
-Je vous l'avais dit, Ayael, murmura ce dernier en s'arrêtant sur la porte de celui-ci. Personne ne blesse les miens.
D'un geste sec, il referma la porte, avant de courir vers sa propre console, lançant le Tardis dans le vortex.
-Doc ? La voix de Jack était faible. C'est ok si je m'évanouis, maintenant ?
