Même pas de remarque sur Yoda et Anakin? Je vais bouder xD
Chapitre 62
Deux jours plus tard...
-..arrive très vite, Rosie.
-Sûr? Tu te soignes, hein !
-Promis, rit-il. À tout de suite, ma belle. Il secoua la tête, avant de raccrocher. Rose m'a dit de vous dire qu'elle fera de vous un eunuque si je ne suis pas comme neuf quand on la récupérera, commenta-t-il, amusé.
Le Docteur renifla.
-Quelle perte ce serait.
-Je confirme, sourit grivoisement Jack en redéposant le téléphone sur la petite table à coté de son lit.
Le Seigneur du temps roula des yeux.
-Vous n'êtes pas en état, capitaine.
-Pff.. J'aimerai que vous soyez entier quand ce sera le cas.
Le Docteur lui fit un clin d'œil, avant de le scanner avec son tournevis.
-Vos blessures physiques ont quasiment disparu, lui indiqua-t-il avec satisfaction. Encore un peu de repos, d'autres repas complets et vous serez comme neuf.
-Cool, murmura Jack, mais son sourire n'atteignit pas ses yeux.
Celui du Docteur retomba légèrement. Jack avait été ailleurs ces deux derniers jours. Le traumatisme de son incarcération et des sévices subis par la main de son ancien leader avaient laissé une marque bien prégnante sur son compagnon, le fragilisant davantage qu'il ne voulait bien le montrer.
Le Docteur savait, cependant. Il savait lire les signes.
Les silences. Les regards perdus dans l'espace. Les sursauts, et frissons, à chaque bip d'une machine ou mouvement de sa part.
Jack avait toujours peur, même s'il avait été libéré.
Ses cauchemars étaient de retour, plus violents que jamais.
Le Seigneur du temps n'avait pas quitté son chevet depuis deux jours, travaillant sans relâche pour réparer son esprit et les fissures créées par Ayael. Jack le laisserait faire sans un mot, mais ses paupières se fermeraient toujours à chaque fois qu'il se pencherait vers lui, son instinct prenant le dessus sur toute logique.
Cela faisait mal.
Ce n'était pas une question de confiance : il savait que Jack lui faisait confiance, absolument, sans limite. Mais son corps ne pouvait s'empêcher de craindre une nouvelle attaque, faisant inconsciemment le lien entre lui et son ancien mentor.
Le Docteur n'était pas Ayael, mais l'esprit de Jack ne pouvait s'empêcher d'avoir peur.
Ayael avait pris soin de lui à sa façon, l'avait recueilli, nourri, aidé, pris sous son aile à une époque où Jack était le plus vulnérable.
Cela avait été brutal, et sauvage, et certainement pas sain. Le jeune homme le savait, mais une partie de lui s'accrochait toujours à ses souvenirs, malgré les sévices subis par la même main qui l'avait soigné.
Mais le Docteur n'était pas Ayael. Jamais au grand jamais ne lèverait-il la main sur un de ses compagnons. C'était impensable, et Jack le savait. Il fallait simplement réussir à en convaincre la part de son esprit tombé dans la tourmente.
Le Seigneur du temps déglutit, avant de tendre la main très lentement, son regard rencontrant celui humide du jeune homme. Ce dernier hocha légèrement la tête, avant de fermer les yeux.
-Certain? murmura comme à chaque fois le Docteur.
-Toujours, répliqua-t-il.
Le Docteur sourit doucement, avant de poser sa main sur sa tempe. Il se concentra, son esprit venant frôler celui de l'humain. Ses sourcils se haussèrent en découvrant un nouveau paysage dans son esprit : là où se tenaient autrefois d'immenses murailles en pierre trônaient à présent une armée de Tardis.
Un sourire amusé étira ses lèvres.
-Merci, murmura-t-il en se retirant lentement, avant de se pencher pour l'embrasser timidement.
Jack lui répondit avec la même délicatesse, sa main se posant sur son épaule alors qu'il pressait ses lèvres contre les siennes.
-D... Doc ? Il .. Il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit.
-Oui? interrogea-t-il.
-Quand.. Quand j'étais.. Il y avait.. Il y avait deux gardes, ils..
-Doucement, ordonna-t-il en posant sa main sur sa poitrine. Respirez, lentement, lui intima-t-il.
Jack déglutit, lui obéissant immédiatement. Il détourna la tête, soufflant :
-Il y avait un frère et une sœur..
-.. tellement réaliste, je veux dire, c'est exactement ce qu'on fait, et elle pouvait décrire le son que fait le Tardis en apparaissant, et je ne comprends pas pourquoi elle aurait inventé tout cela, c'était si crédible, je sais reconnaître des menteurs et Doc, elle ne mentait pas, mais pourquoi est-ce qu'elle ne vous a pas reconnu dans ce cas ? Ce type dont elle parlait, ce n'était pas vous, est-ce que vous avez des outils pour vous métamorphoser ? Doc ? Doc?s'inquiéta-t-il devant le silence de ce dernier. Doc, ça ne va pas?souffla-t-il en le voyant baisser la tête.
-Oh, Jack..
Le Seigneur du temps ferma les yeux, ses cœurs se serrant davantage.
Il semblerait donc que son temps dans ce corps soit compté.
Un jeune brun, donc. Un costume cravate bon chic bon genre, avec un long manteau. Une attitude canaille et insupportable.
Un sourire triste étira ses lèvres.
Les régénérations étaient vraiment une loterie.
Un beau jeune homme qui plairait davantage à Rose, inspiré de Jack.
Jack, qui n'était pas présent dans ce récit.
Était-il simplement absent, ou bien quelque chose lui était-il arrivé ?
De nouveau, l'avertissement des Nornes lui revint à l'esprit.
Jack allait-il mourir au moment de sa régénération ? Mais où ? Comment ? Comment était-ce possible ? Qu'est-ce qui réussirait à le tuer de nouveau ? Et si vite ? Il commençait à peine à s'habituer à ce corps, il ne voulait pas..
-Doc ? Ça ne va pas?répéta son compagnon, inquiet. Je vous rappelle de mauvais souvenirs ? Je suis désolé, je..
-Non, c'est.. Il inspira profondément, se redressant. J'ai besoin de vérifier.. Je reviens, souffla-t-il en se levant.
-Quoi ? Non ! Ne me .. Doc !
Jack avait crié, sa panique évidente. Le Seigneur du temps se figea, avant de se tourner vers lui. Le capitaine détourna les yeux, ses joues rouges de honte.
Fantastique.
Pourquoi Rose n'était-elle pas là quand il avait si désespéramment besoin d'elle ?
La blonde les avait appelés une demie-heure auparavant, désireuse de rentrer. Elle semblait apaisée, bien qu'attristée. Elle n'avait pas beaucoup parlé, mais les deux hommes avaient compris que la jeune femme avait enfin eu la longue discussion nécessaire avec sa famille.
Au moins quelque chose de positif dans cette histoire.
Ils ne lui avaient rien dit, bien sûr. Ils avaient simplement expliqué que Jack s'était blessé pendant leur dernière aventure et qu'il avait besoin d'un peu de repos avant qu'ils ne viennent la chercher. C'était un mensonge partiel, une demie-vérité. Mais c'était le mieux qu'ils pouvaient lui dire sans la faire paniquer.
Rose lui manquait tellement.
La blonde aurait su immédiatement comment apaiser Jack, de quelle manière l'aider. Un thé, une biscotte, un câlin, un sourire, tirer sa couverture ou caresser sa joue, tant de petites choses si simples et si humaines, que le Docteur était incapable de faire seul.
Jack avait besoin de lui, et il ne savait toujours pas comment s'y prendre.
Peut-être que ne pas l'abandonner après l'enfer subi pourrait aider, se morigéna-t-il en se rasseyant brusquement à ses cotés, sa main se posant automatiquement sur son visage.
-Pardon.. Je ne.. Bien sûr que je ne vous laisse pas, marmonna-t-il. Je suis désolé, je.. Pas doué, moi. Rose sait mieux faire, je.. Je suis un pied. Je ne vous laisse pas, Jack.
-Vous alliez partir, souffla ce dernier, sa voix fragile.
Les cœurs du Docteur se brisèrent.
-Oui. Non. Non, réaffirma-t-il en se penchant pour poser son front contre le sien. Je reste. Je ..
-C'est.. C'est ce que j'ai dit ? Sur votre aventure ? Je .. Elle s'est mal passée ?
-Non, elle.. Il se mordit la lèvre, se demandant à quel point il pouvait parler. Elle n'a pas encore eu lieu, admit-il finalement.
-Quoi? s'étonna Jack en relevant légèrement la tête pour le fixer, leurs fronts toujours collés l'un à l'autre.
-Elle n'a.. C'est mon futur, Jack.
-Mais comment..
-C'est.. une très longue histoire. Disons simplement que.. Je vous avais dit, que nous autres, mon.. mon peuple, les Seigneurs du temps, nous avons c.. cette méthode.. pour, pour demeurer en vie plus longtemps, jouer avec la mort.
-Je me souviens, murmura Jack en le fixant intensément.
Le Docteur ferma les yeux un instant, cherchant ses mots. Comment expliquer quelque chose d'à la fois aussi compliqué et aussi simple à quelqu'un n'étant pas de son peuple ? Quelque chose de si intime que même en parler entre Gallifreyiens était considéré comme outrageant ?
-Je .. C'est … C'est très, très long et compliqué à expliquer, mais.. il y a une forme de mort, et renaissance. Et .. ce .. cet homme, c'est.. c'est un futur moi, marmonna-t-il.
-Vous mourrez, pour mieux renaître? traduisit le capitaine, ahuri.
-.. basiquement ?
-Je crois que j'ai de nouveau mal à la tête, souffla son compagnon.
-Moi aussi, soupira le Docteur en se redressant.
-Mais c'est.. ce n'est pas vous.. C'est un autre homme, il avait un autre visage..
Sans surprise, Jack semblait complètement perdu. Le Seigneur du temps secoua la tête : ce n'était pas sa faute, vraiment. Le processus de régénération était si complexe, il avait fallu des milliers d'années à son peuple pour le maîtriser.
-Si. C'est moi. Un autre moi. Mais c'est.. compliqué, et vous n'êtes pas encore en état de m'écouter vous l'expliquer en détail, le réprimanda-t-il avant d'appuyer sur son épaule pour le pousser en arrière. Vous devez dormir. Vous reposer.
-Je vais bien, protesta Jack en se redressant, avant de s'amender devant son regard : Suffisamment bien pour ne plus vouloir rester couché, sauf si c'est avec vous, ajouta-t-il avec un clin d'œil.
-Jack, le gronda-t-il, mais le cœur n'y était pas.
-Doc ? La voix de son ami se fit plus faible. Est-ce que je .. je suis malade ?
-Pourquoi demandez-vous cela?s'inquiéta-t-il en fronçant les sourcils.
Le jeune homme se mordit la lèvre, avant de détourner de nouveau le regard.
-Vous.. vous connaissez.. Stockholm ? Le syndrome ?
-Bien sûr, murmura-t-il en se penchant vers lui. Pourquoi ?
-Est-ce que .. est-ce que j'en souffre ?
Les sourcils du Seigneur du temps s'arquèrent au point de se perdre dans son immense front.
-Pas à ma connaissance. Pourquoi me demandez-vous cela ?
Est-ce qu'Ayael avait fait davantage de dégâts que prévu ?
-A.. Ayael.. L'équipage.. Ils.. Ils sont morts, hein ? Le Docteur ne répondit pas, se contentant de le fixer. Parce que.. Leur vaisseau, il .. il était foutu, hein? Je .. je veux dire, vous.. vous avez dit que vous aviez détruit tous les moteurs, et ils n'avaient plus de communications, donc ils ne pouvaient appeler personne à l'aide.
-En effet, murmura-t-il.
-Et il .. il n'y a pas de navette de secours, Doc, sur ces vaisseaux, je le sais, je les ai utilisés plein de fois.. Donc ils.. Ils sont morts, souffla Jack, en baissant les yeux. On .. on les a tués.
-Quelqu'un a pu venir à leur secours, contra le Seigneur du temps, mais Jack secoua la tête.
-Qui ? Il n'y avait aucun moyen d'appeler à l'aide, et le vaisseau-mère de l'Agence.. Il est lent, et leurs vaisseaux, ils ne seraient jamais arrivés à temps, ils ne peuvent pas voyager dans le temps, Doc, l'Agence, elle sait faire des petits bonds temporels avec ses vaisseaux, mais pas plus.. On n'a que nos bracelets..
-Pourquoi me demandez-vous cela?interrogea le Docteur. Après ce qu'ils vous ont fait.
-Je .. Je ne sais pas, je ..
Le regard épouvanté d'Ayael en comprenant qu'il n'y avait aucun moyen de s'en sortir.
L'expression terrorisée du jeune mécanicien.
«Toutes les personnes sur ce vaisseau, celles que tu as tuées ou blessées ? Ce ne sont que mes élèves. Tous.»
Est-ce qu'ils étaient seulement diplômés ?!
« On ne laisse personne derrière, jamais»
Sa propre voix, sévère et hargneuse.
Jack déglutit.
-Doc ?
-Jack ?
-Doc, je .. je ne veux pas qu'ils meurent.
-Vraiment? murmura son mentor en le dévisageant. Après tout ce qu'ils vous ont fait ? Tout ce qu'Ayael vous a fait ?
-Je .. Je les hais. Je les hais, Doc, je ne peux pas leur pardonner. Mais .. Les laisser mourir comme ça … Ce serait.. de la vengeance. Cruel .. Et on.. Nous ne sommes pas cruels, hein?souffla-t-il en levant enfin les yeux vers lui.
À sa grande surprise, le Docteur souriait.
-Non, confirma ce dernier en l'aidant à se lever. Nous ne sommes pas cruels.
-Ou lâches..
-Ou lâches, acquiesça fermement le Docteur avant de lui lancer un jean et un t-shirt bleu. Debout, capitaine. Nous avons un vaisseau d'abrutis à sauver.
Jack se hâta de le suivre jusqu'à la salle des consoles, où le Seigneur du temps se tenait déjà.
-Vous ne.. Les coordonnées ?
-Toujours là, indiqua ce dernier en pointant du doigt un écran.
-… vous ne les avez jamais retirées, hein?
-Non, confirma son ami en souriant.
-.. vous saviez que je voudrais revenir ? comprit-il, ahuri.
-Je commence à vous connaître, capitaine, sourit le Docteur. Vous êtes atteint de la même maladie que moi, expliqua-t-il en tirant un levier.
-Ah ? Et qu'est-ce que c'est?demanda Jack en s'agrippant à la rambarde métallique.
-La maladie d'amour, murmura-t-il en le fixant.
