Chapitre très court !
Du sang jonchait le sol. La taverne de Los Angeles était méconnaissable. Enrique déglutit en avançant d'un pas. Le son de son pied qui s'imprégna dans un liquide épais, lui fit baisser les yeux. Du sang. Des corps morts. Des cadavres étaient éparpillés dans la salle qui autrefois était chaleureuse. Si avant elle était pleine de vie, là, elle imprégnait la mort. Comment cela est-elle arrivée ?
Il tourna la tête et il vit, debout, une silhouette au milieu de toute cette boucherie inhumaine. La forme noir et sombre de celui qui l'avait combattu, qui l'avait sauvé et qui l'avait chéri. Son masque et son chapeau étaient enlevés mais une ombre cachait son visage. Ses bras pendaient le long de son corps, l'épée dans sa main droite. Enrique s'approcha de lui, incapable de détacher ses yeux de l'individu qui ne semblait pas l'avoir remarqué.
« -Qui es-tu ? Murmura Enrique.
L'homme leva la tête.
Diego.
Il retint son souffle.
« - Aide-moi, Enrique. Aide-moi, je t'en prie. »
Des larmes de sang coulaient de yeux autrefois noisettes.
« - Aide-moi ! »
.
Enrique se réveilla subitement se redressant de son lit de fortune, transpirant, haletant. Il prit un certain temps à se rendre compte qu'il sortait d'un rêve. Il balaya son environnement et frotta ses yeux. Il n'y avait rien qui ressemblait à une salle en sang. Il était dehors, dans un lit de fortune et le soleil s'était déjà levé depuis longtemps visiblement. Il se leva et nota que les deux chevaux, Phantom et Tornardo broutaient tranquillement l'herbe non loin de lui. Mais son compagnon de voyage était introuvable.
Ils avaient quitté le Monastère depuis trois jours, laissant les blessés aux bons soins des moines, se dirigeant vers Los Angeles. Enrique n'était pas certain que ce soit la meilleure solution en sachant que la fameuse Rita, belle-mère de Diego avait pris possession de la ville. Mais El Zorro avait ignoré les arguments raisonnables d'Enrique, se moquant de lui.
« -Je croyais, Commandante, que vous vouliez que je rentre chez moi ? C'est ce que je fais, je rentre chez moi. » Avait-il lancé avec ironie.
Oui, il est vrai qu'il avait beaucoup insisté pour que Diego rentre chez lui, mais ça c'était avant qu'il ne découvre un complot consistant à faire tomber la Californie en commençant par la famille la plus riche de la région : les De la Vega. Enrique était persuadé que Los Angeles n'était plus la ville qu'il avait pu connaître, il craignait qu'elle soit entièrement contrôlée, beaucoup plus que lorsqu'il avait été commandant. D'après ce qu'il avait pu retenir du l'affaire de l'Aigle, il serait logique que le plan de Rita Varga était réfléchi depuis très longtemps et qu'elle avait à sa disposition des mercenaires, si ce n'est des hommes à son service qui n'hésiteraient pas à tuer pour elle.
Los Angeles était la première ville visée par l'héritière de l'aigle, avec la fortune d'Alejandro de la Vega et les terres en son nom, son futur « empire » pouvait très facilement s'agrandir.
Enrique marmonna, en se demandant comment un ancien militaire déchu et un renard à double personnalité pouvaient sauver la Californie.
« -Eh bien, il est rare de te voir en pleine réflexion, commandante. »
L'ancien soldat se retourna, toisant froidement de regard, le jeune homme qui lui jetait un grand sourire. Il portait négligemment son sabre, montrant qu'il était sans doute parti s'entrainer au loin.
« -Cesse de m'appeler commandant, je ne le suis plus ! Répéta Enrique pour la énième fois.
-Très bien, Commandante, répondit El Zorro d'un ton narquois.
Il ouvrit la bouche prêt à sortir des insultes, digne d'un péon sous l'effet d'alcool mais serra les poings en grognant et préféra changer de sujet.
« -Los Angeles est à une journée d'ici, as-tu un plan concret ? Vu ce que nous a dit ce Francisco, nous ne pouvons pas rentrer dans cette ville sans nous faire tuer. Surtout que c'est toi qu'ils veulent en premier lieu. »
L'expression joyeuse d'El Zorro devint grave. Il rangea sa lame dans son fourreau.
« -Nous irons d'abord à l'hacienda de la Vega, je veux m'assurer que Don Alejandro est encore en vie. »
Pour l'ancien soldat, c'était toujours étrange de voir El Zorro parlait comme s'il n'était pas vraiment Diego. Il n'a plus jamais cité Alejandro comme son père, comme s'il était devenu un total étranger.
« -Combien de fois devrais-je te dire que je ne suis pas Diego ? Lança El Zorro, j'ai pris la place de Diego parce qu'il était trop faible pour pouvoir continuer.
-Diego n'est pas faible, tu fais partie de lui, rétorqua Enrique.
-Non, nous sommes deux personnes distinctes, je suis sa partie la plus sombre et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire ce qu'il aurait dû faire depuis longtemps. »
La conversation s'arrêtait là, El Zorro se dirigea vers Tornado pour le préparer, laissant Enrique dans la tourmente. Il ne savait quoi faire, il ne savait quoi dire à son compagnon. Comment sauvait Diego ?
.
El Zorro enfila la selle à Tornado, puis jeta un œil à Phantom qui patientait tranquillement que Enrique le prépare. Ils étaient assez éloignés pour noter ou entendre quoique ce soit de lui. Le renard sourit puis chuchota doucement des mots à son étalon noir.
« -Je sais qu'il est difficile pour toi de me reconnaître, mon ami. Mais sache que si je ne fais pas ça, si je laisse Diego s'emparer de moi entièrement, il ne survivra pas. Il a besoin de moi, Tornado. »
Le cheval noir secoua sa crinière comme pour dire qu'il avait compris et posa son museau contre le front du renard.
« -Mon fidèle ami, dans quelques jours, ce sera bientôt la fin. Et à ce moment-là… »
El Zorro s'interrompit, hésitant, peur d'en dévoiler trop à l'animal qui était assez intelligent pour le comprendre.
« -Nous verrons cela plus tard, rien ne presse. »
Après un dernier morceau sucre au noiraud, il grimpa sur son dos, prêt à partir. Lorsqu'il se tourna vers Enrique, il remarqua alors que le regard perçant du commandant qui lui fit dévoiler alors quelque chose qu'il n'avait jamais remarqué chez lui.
Une détermination à sauver.
El Zorro esquissa un sourire discret. C'était tellement facile de lire le commandant.
« -Tu as de la chance, Diego, qu'il soit devenu ton ami. » Murmura-t-il en portant la main à son cœur.
