Coucou les gens ! Finalement, j'ai décidé de transformer cette fic en recueil d'OS, à la fois parce que 1) ce sera plus simple pour la publication, 2) je ne vous flooderai plus avec plein de nouvelles histoires trop petites pour être lâchées seules dans la cour des grands, 3) je n'aurai pas à inventer des titres à chaque fois, héhé, je vous ai déjà dit que j'étais nulle en titres ? 4) J'aime bien quand tout est bien rangé. (Pour les trucs virtuels, notez, parce que ma chambre, c'est une autre histoire.)

Bref, longue vie à ce recueil.

Cet OS quant à lui a été écrit pour l'anniversaire de ma géniale Ongi chérie, ma tendre amie, ma compagne Fannibal, ma copine de ciné et de fondue savoyarde ! BON ANNIVERSAIIIIRE MA CHEWIE ! (Je sais que je suis privée de t'offrir des cadeaux pendant 5 ans, mais j'espère que tu aimeras bien celui-là quand même.)

Aussi, avertissements pour violence explicite, hémoglobine, et... pis voilà. (Rien qu'un Fannibal ne puisse pas supporter, je pense, mais sait-on jamais!)

Résumé : Hannibal se réveille un matin pour découvrir que Will a disparu. Il essaie de ne pas y accorder trop d'importance. C'est plus facile à dire qu'à faire. [Post Wrath of The Lamb]

Bonne lecture !


.oOo.

Lorsqu'Hannibal se réveille, le lit est vide et froid. Ce n'est pas inhabituel, en soi, car même si les cauchemars de Will ont largement diminué depuis qu'il a accepté de céder à ses instincts (une ironie qui ne manque pas de réjouir Hannibal), son rythme de sommeil reste plus ou moins perturbé, et il est capable de se lever à midi comme il peut se lever à trois heures du matin.

Mais aujourd'hui, le silence a une qualité différente, une qualité d'absence, et Hannibal se redresse d'un coup, les draps de coton (Will ayant refusé qu'ils soient en soie) tombant sur ses hanches. Le parquet est froid sous ses pieds nus, et le givre forme un halo blanc autour de la fenêtre. La porte de la chambre est ouverte, et il n'y a ni odeur de café qui filtre par l'entrebâillement, ni grésillement de nourriture, et la radio que Will aime écouter le matin est éteinte. Plus déroutant, son odeur à lui, l'odeur unique de sa peau, à la fois douce et épicée, mêlée avec les fragrances de son shampooing à l'aloé vera (il refuse absolument d'utiliser le shampooing haut de gamme d'Hannibal), est absente.

En silence, Hannibal se lève, et enfile sa robe de chambre (celle que Will préfère, la noire avec des liserés blancs – Hannibal se demande souvent si Will l'apprécie parce que c'est la première qu'il l'a jamais vu porter ou si c'est parce qu'elle est la plus sobre de toutes celles qu'il possède), et traverse la pièce, ses pas inaudibles sur le sol, mais son cœur battant sourdement dans sa poitrine, résonnant dans ses tempes.

En dépit du fait que presque trois mois se sont écoulés depuis que Will et lui ont chuté de la falaise, survécu, et commencé tant bien que mal une nouvelle vie à deux, Hannibal n'est pas encore assez optimiste pour s'imaginer que Will restera toute sa vie à ses côtés. Leur relation, leur nouvel environnement, tout est encore trop neuf et beaucoup trop fragile. Hannibal a fait des efforts pour faire profil bas, en partie pour ne pas attirer l'attention sur eux dans le petit village des Pyrénées où ils ont trouvé refuge, mais aussi, et surtout, afin de ménager les sensibilités de Will, qui semble tendu en permanence. Chaque fois qu'Hannibal pose la main sur son épaule, il le sent se raidir sous ses doigts. Ils dorment ensemble, mais uniquement parce que l'appartement meublé que Will a loué ne possède qu'une seule chambre, et un seul lit.

Il espérait que Will finirait par se détendre, mais les trois mois qu'ils ont passés ensemble n'ont apporté qu'une faible amélioration de ce côté-là. Au moins, maintenant, il lui arrive de se tourner vers lui dans son sommeil, ou de rester sur le canapé pour lire à côté de lui pendant la soirée. C'est déjà ça.

Mais pas suffisant pour le retenir, songe souvent Hannibal, et chaque matin, lorsqu'il se réveille et que Will dort encore à ses côtés, il pousse un soupir de soulagement presque imperceptible.

Aujourd'hui, le soulagement n'est pas de la partie.

Un rapide tour de l'appartement apprend à Hannibal que Will n'y est pas. Son manteau a disparu, et avec lui son faux passeport et son porte-monnaie ; ses lourdes chaussures de marche ne sont plus dans l'entrée, pas plus que le sac à dos qu'il prend avec lui dès qu'il doit aller faire une course quelque part.

Impossible de savoir si son départ est juste temporaire ou définitif ; en tout cas, il n'est pas tout frais, à en juger par la neige qui a déjà recouvert les traces de ses pas dans la cour en bas, qu'Hannibal distingue depuis la fenêtre du salon.

Bon. Et maintenant ?

Il n'y a pas grand-chose à faire, concrètement. Hannibal pourrait suivre les traces de ses pas, mais elles n'iraient pas bien loin, jusqu'à la place de parking de la voiture qu'ils ont louée, qui brillerait par son absence, et il ne serait pas plus avancé.

Tentant de réprimer son trouble, il se dirige vers la petite cuisine pour préparer du café et un petit déjeuner – y compris la portion de Will, comme si l'appel de la nourriture serait suffisant pour le pousser à rentrer.

Will ne rentre pas pour le petit-déjeuner, et Hannibal garde les restes dans une poêle sur la gazinière éteinte, avant de se diriger vers la douche, en espérant que Will sera rentré une fois qu'il en sortira.

Mais une demi-heure plus tard, l'appartement est toujours aussi vide, et Hannibal s'efforce de faire taire son inquiétude. Dehors, la neige continue à tomber, recouvrant les pas de Will, et Hannibal ferme les rideaux d'un coup sec. Brutalement, il se sent prisonnier ici, dans cet appartement qui, pour être un peu petit par rapport à ses goûts, lui semble d'ordinaire tout à fait accueillant en présence de Will.

Pour s'occuper, il prépare le déjeuner, en prenant soin d'y passer du temps ; mais lorsque quatorze heures sonnent, il faut bien admettre que Will ne reviendra pas pour le déjeuner, et Hannibal mange sans lui. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, car Will, ne faisant pas l'objet d'un avis de recherche international, est celui des deux qui sort le plus souvent, et il lui arrive parfois de passer une journée dans la ville la plus proche, que ce soit pour refournir leurs provisions ou juste pour prendre du temps pour lui. Mais il prévient toujours, habituellement.

À dix-sept heures, dans un élan de colère, Hannibal jette à la poubelle les restes du petit-déjeuner et du déjeuner, ce qu'il regrette instantanément, parce qu'il déteste gâcher la nourriture (même quand il n'y a pas d'humain au menu). La nuit tombe déjà, et il s'oblige à quitter son poste d'observation à la fenêtre pour aller s'asseoir dans le canapé et prendre un livre. Il lui faut dix bonnes minutes pour remarquer qu'il le tient à l'envers, et lorsqu'il l'ouvre enfin à la bonne page, les mots glissent sur son esprit sans prendre le moins sens. Au bout de trente minutes passées sur quatre pages et sans être plus avancé qu'auparavant sur le contenu du bouquin, Hannibal le repose sèchement sur la petite table à côté du canapé.

Il n'a jamais été absent si longtemps, mais Hannibal refuse encore de perdre espoir ; il doit être allé faire une course en ville, et la neige, qui est lourdement tombée aujourd'hui, l'a empêché de revenir.

Ce ne sont pas trente centimètres de neige qui vont empêcher notre 4x4 et ses pneus neige de reprendre le chemin de la maison.

Ou alors, il a rencontré une difficulté, quelqu'un qui aurait pu les reconnaître, et il a préféré ne pas rentrer à l'appartement pour ne pas les mener à la cachette d'Hannibal.

Quelqu'un qui pourrait nous reconnaître, dans ce petit village perdu, dans ce pays où les habitants se soucient à peine de ce qui se passe au-delà de leurs frontières ? Je ne crois pas.

Ou alors, il a simplement besoin de temps pour lui. Il avait semblé un peu tendu, la veille.

Il est toujours tendu. Il a sans doute simplement décidé qu'il ne pouvait pas le supporter plus longtemps.

Hannibal observe l'appartement. Petit, à peine une cinquantaine de mètres carrés, une tapisserie fanée et démodée, un lit dont le cadre de bois s'effrite, un canapé dont les ressorts s'enfoncent dans les fesses quand on se pose dessus, une cuisine qui ne mérite le nom de "cuisine" que grâce à la gazinière qui la compose, mais qui est en fait un simple prolongement du salon. Pour autant, Hannibal, malgré ses goûts de luxe, ne s'est jamais plaint une seule fois, parce que Will avait jugé qu'ils attireraient moins l'attention en étant logés modestement plutôt qu'en louant une villa ou un château, et Hannibal lui avait fait confiance.

Mais maintenant, alors que dix-neuf heures viennent de sonner à l'église du village, Hannibal pose les yeux sur l'appartement, et il a envie d'arracher le papier peint, de détruire la cuisine, de prendre un couteau pour déchirer le revêtement du canapé. Chaque centimètre carré de cet appartement sans Will lui fait horreur.

Tout comme chaque centimètre carré d'une magnifique villa lui ferait horreur si Will n'y était pas.

Mais comme Hannibal n'est pas homme à céder à ses instincts sans avoir mûrement réfléchi, il se lève, et va préparer le dîner, sur cette gazinière minable, réserve sur le côté la part de Will, et accompagne la sienne d'un verre de vin blanc.

À vingt et une heure trente, il n'a pas le courage de continuer la mascarade plus longtemps, et va s'enfouir dans son lit (leur lit), où l'oreiller de gauche conserve la fragrance du shampooing de Will, qu'il inspire profondément.

Bien entendu, il est incapable de trouver le sommeil, et sa respiration se bloque brusquement dans sa poitrine, une demi-heure plus tard, lorsqu'il entend le bruit d'une voiture au moteur puissant se garer devant la cour. Il s'oblige à rester sous les couettes, sans bouger, même quand son ouïe aux aguets détecte le claquement de la porte de l'immeuble, deux étages plus bas. Trente secondes plus tard, la clé tourne dans la serrure, et Hannibal ferme les yeux, submergé par une sensation de soulagement si grande qu'il en a presque les mains qui tremblent.

Il ne peut pas vivre sans Will, il le sait depuis longtemps – mais il espère de toute ses forces n'être pas obligé de s'en rappeler par la suite, quitte à enchaîner Will au lit pour l'empêcher de s'enfuir.

Will n'appelle pas son nom, il n'allume pas les lumières – dans le silence profond de l'appartement, Hannibal l'entend se déchausser, et enlever son manteau pour le suspendre à la patère dans l'entrée. Puis la porte de la chambre grince, et les pas de Will, étouffés par ses chaussettes, se rapprochent du lit, et Hannibal, qui lui tourne le dos, le sent se glisser contre lui sous les couettes – et aussitôt, il sait que cette journée est différente des autres, et pas juste parce que Will n'en a pas vraiment fait partie jusque là ; mais plutôt parce qu'il est encore habillé, probablement en jean et en chemise, comme à son habitude, et qu'il déteste dormir habillé, se contentant généralement d'un caleçon et d'un tee-shirt pour la pudeur.

En dehors de l'odeur habituelle de sa peau, il sent l'air frais, la neige, la sueur, et Hannibal doit faire un énorme effort pour ne pas se détourner et lui sauter dessus séance tenante – mais ils n'ont même pas encore atteint le stade du baiser dans leur relation, et il ne veut pas que Will s'enfuie une nouvelle fois, ce qui risque d'arriver s'il se montre trop entreprenant envers lui. La façon dont Will tressaille habituellement quand leurs bras se frôlent est déjà suffisamment parlante.

Mais Will n'a jamais cessé de le surprendre, même si les occasions se font plus rares ces derniers temps, et Hannibal se fige lorsqu'il sent ses doigts froids frôler les cheveux sur sa nuque. Il reste immobile, se demandant vaguement s'il n'est pas tout simplement endormi et en train de rêver, surtout quand la sensation froide des doigts disparaît pour laisser la place à un souffle chaud contre sa peau, et des lèvres humides qui glissent dans son cou.

Si Hannibal n'avait pas un tel contrôle sur lui-même, il est certain qu'il aurait été incapable de retenir le gémissement humiliant qui naît dans sa gorge – mais il reste silencieux, immobile, chaque parcelle de sa concentration dirigée sur les cellules de son épiderme qui reçoivent l'attention de Will.

- Je sais que tu es réveillé, Hannibal, murmure Will, ses lèvres bougeant contre sa peau.

Hannibal se demande un instant si Will arrêterait ses baisers s'il admettait la vérité, ou si au contraire il continuerait – dans le doute, il préfère rester immobile et silencieux, ce que Will prend certainement pour une marque d'humeur, à en juger la façon dont son corps se rapproche encore un peu plus du sien, leurs genoux imbriqués, et la main qui glisse sur sa hanche, sous la chemise de son pyjama de soie, le long de l'élastique de son pantalon. Hannibal sent la chaleur de son entrejambe contre ses fesses, à travers le jean et la soie, et il retient sa respiration.

- Je suis désolé de t'avoir laissé seul toute la journée, dit Will. J'avais quelque chose à faire.

- Je comprends.

Et il comprend, sincèrement, que Will n'ait pas toujours envie de l'avoir sur le dos – mais encore une fois, Will semble croire qu'il dit ça par ironie, et répond :

- Non, tu ne comprends pas, pas encore, du moins. Mais bientôt.

Intrigué, Hannibal tourne à moitié la tête vers lui, et Will profite du léger changement pour mordiller le lobe de son oreille.

- Joyeux anniversaire, murmure-t-il, sa voix tombant directement dans son canal auditif.

Cette fois, Hannibal ne cherche pas à masquer sa stupéfaction.

- Je ne t'ai jamais dit ma date d'anniversaire.

- Toi non, mais les dossiers du FBI, oui.

Une pause, et il ajoute d'une voix un peu plus tendue :

- Sauf si c'était une fausse date ?

- Non. C'est bien aujourd'hui. Merci.

- Ne me remercie pas, je ne t'ai pas encore donné ton cadeau.

- J'ai un cadeau ?

- Bien sûr.

Sa main quitte la hanche d'Hannibal pour venir se poser sur sa joue, et l'oblige à incliner la tête un peu plus – Hannibal décide de se tourner complètement vers lui, et il a à peine le temps de distinguer ses yeux dans la pénombre avant que les lèvres de Will ne se pose sur les siennes.

Bien entendu, Hannibal a du mal à croire qu'il peut être aussi chanceux, et il s'attend à ce que tout s'arrête d'un moment à l'autre ; mais ça ne veut pas dire qu'il ne va pas faire son possible pour en profiter entretemps.

Les lèvres de Will sont fraîches, comme ses doigts sur sa joue, mais sa langue contre la sienne est brûlante, et elle a le goût métallique du sang – et Hannibal peut résister à beaucoup de choses, mais pas à Will dans ses bras, à son odeur dans ses narines, au goût de sang sur sa langue. Il se redresse sur son coude, et se penche vers Will, avant de l'embrasser comme il en a envie depuis des mois, depuis des années, comme il l'aurait fait sur la falaise si Will ne les avait pas fait tomber avant, comme il l'aurait fait d'innombrables fois depuis si Will lui en avait laissé l'occasion, au lieu de le rejeter d'un tressaillement.

Mais il est là, en cet instant, allongé sur le dos, sa respiration chaude contre celle d'Hannibal, son corps contre le sien, et il glisse ses mains dans ses cheveux plus argentés maintenant que blond cendré, et Hannibal n'a pas pour habitude de fêter son anniversaire quoi qu'il en soit, mais même si c'était le cas, ce serait sans doute le plus beau cadeau qu'il aurait jamais reçu.

Un peu trop beau pour être vrai, peut-être.

- Tu manques de bondir à chaque fois que je pose la main sur ton épaule, murmure Hannibal contre ses lèvres.

- Je n'étais pas décidé, répond simplement Will.

- Et tu l'es, maintenant ?

- De toute évidence, oui.

- Ce n'est pas une réponse.

- Oui, Hannibal, je suis décidé. Maintenant, on peut continuer à parler, si tu préfères, mais sinon, tu pourrais m'enlever ma chemise et passer à la suite. Mais c'est toi qui vois.

Hannibal observe un instant ses yeux, faiblement visibles dans la lumière de la lune qui filtre par les rideaux transparents de la fenêtre, et décide brutalement qu'il est en train de perdre de précieuses secondes qu'il aurait pu passer avec la bouche de Will contre la sienne et moins de distance entre leurs corps.

Il y a quelque chose d'un peu particulier dans son odeur, une note différente dans le goût de sa peau – une sorte d'excitation, d'adrénaline, qui, Hannibal en est certain, n'est pas en rapport avec le sexe.

- Qu'est-ce que tu as fait, aujourd'hui ? demande-t-il, les lèvres contre son cou.

- Hannibal. Chemise. Maintenant.

C'est un astucieux moyen d'éviter de répondre, et même si Hannibal n'est pas dupe, il n'insiste pas. Il déboutonne sa chemise, du même bleu uni que celle qu'il portait le jour où il était venu lui dire au revoir à travers le mur de sa cellule et qu'Hannibal avait cru qu'il ne le reverrait plus jamais, et Will se redresse pour l'aider dans sa tâche, léchant au passage la peau du cou d'Hannibal, et déclenchant une série de frisson dans le bas de sa colonne vertébrale.

Ce n'est pas la première fois qu'il voit Will dénudé. Il avait nettoyé sa plaie lorsque Chiyoh lui avait tiré dans l'épaule, avant de lui enfiler une autre chemise ; il lui avait donné un bain après l'avoir ramené de la ferme Muskrat jusqu'à Wolf Trap, alors qu'il était à moitié inconscient, avant la terrible rupture ; il s'était occupé de ses plaies quand ils avaient survécu à la chute.

Mais là, c'est différent, c'est Will qui s'offre à lui, littéralement, et la différence est trop énorme pour n'être pas un peu intimidante.

- On n'a pas de préservatifs, fait-il remarquer. Pas de lubrifiant.

Will pousse un soupir, et comme un magicien, sort de la poche arrière de son jean les deux objets mentionnés, et les pose sur le lit, à côté d'eux.

- Maintenant, dit-il, si tu trouves encore une seule raison de retarder le moment, je vais finir par croire que tu n'en as pas envie.

Un sourire vaguement teinté d'amertume passe sur les lèvres d'Hannibal (pas envie, lui ? Ha!) et il hoche la tête. Will semble sûr de lui. Certain, même, au point d'aller acheter ce qui leur manquait. Si c'est ce qu'ils veulent tous les deux, alors...

Le jean de Will va rejoindre sa chemise sur le sol, suivie par la chemise d'Hannibal, et son pantalon de pyjama. L'air frais de la chambre passe comme un frisson sur sa peau, mais il ne remonte pas la couette sur eux, déterminé à profiter visuellement du corps de Will jusqu'au dernier instant – ce que Will semble comprendre.

- Hannibal, murmure-t-il, la main sur sa joue. Tu n'as pas besoin de me regarder comme ça.

- Comme quoi ?

- Comme si tu mémorisais mon apparence pour la mettre dans une pièce de ton palais mental. Tu n'as pas besoin de ça. Je suis là, et je resterai là.

- Ça ne coûte rien de prendre des précautions.

- Tu n'as pas confiance en moi, réalise Will. Après tout ce qu'on a vécu, tu ne crois toujours pas que si je suis là, avec toi, en ce moment, c'est pour le rester. Tu t'attends à me voir partir, ajoute-t-il comme s'il venait seulement de le comprendre.

- Tu ne peux pas me blâmer de ne pas être entièrement certain que ma bonne fortune durera toujours.

Surtout après ce qui s'est déjà passé entre nous, songe-t-il. Entre le parfum de Freddie Lounds bien vivante sur lui, entre le couteau enfoui dans la poche de sa veste, entre leur chute, et en seulement trois mois, Hannibal n'est pas encore tout à fait disposé à lui faire entièrement confiance.

C'est juste de l'auto-défense. Pour rendre les choses plus faciles la prochaine fois que Will essaiera de le trahir.

Mais là, en cet instant, il a les mains posées sur ses deux joues, et il le regarde jusqu'au fond de l'âme, et il soupire.

- Je ne te quitterai pas, Hannibal. Tout ce qui s'est passé jusqu'ici a déjà prouvé qu'on ne pouvait pas vivre l'un sans l'autre. Je n'essaierai plus.

Et Hannibal hoche la tête, et il continue à stocker le souvenir de son beau visage dans son palais mental, tout en dévorant les lèvres de Will.

Il n'aurait pas été contre l'idée que Will le prenne, et même brutalement, pour pouvoir avoir une trace tangible de son passage chaque fois qu'il ferait un mouvement, pour qu'il puisse se souvenir que ce moment avait vraiment eu lieu – mais Will semble croire que l'inverse lui plairait plus, et Hannibal ne cherche pas à le détromper. D'une façon ou d'une autre, c'est plus que ce qu'il avait osé espérer jusque là.

Le corps de Will n'a rien de comparable à tous ceux qu'il a connus jusque là, sans qu'il puisse savoir si c'est parce que c'est un homme, ou si c'est parce qu'il est profondément amoureux de lui, à l'inverse de ses partenaires précédentes. Quoi qu'il en soit, il sent son cœur se serrer lorsqu'il s'enfonce en lui, et les ongles de Will lui labourent les omoplates, et lorsqu'il relâche lentement sa respiration, Will la capture immédiatement entre ses lèvres.

C'est silencieux, et tendre, et désespéré, et Hannibal en a la gorge serrée, et Will pousse des soupirs qui ressemblent à des supplications, et fugitivement, Hannibal se dit que ça ne le dérangerait pas de rester comme ça pour la nuit des temps, parce qu'enfin, enfin, il ne fait plus qu'un avec Will, après toutes ces années passées à attendre cette fusion de leurs corps, et surtout de leurs esprits.

Car c'est ce dont il s'agit, plus que du sexe ; c'est Will, qui accepte Hannibal entièrement, avec tout ce qu'il sait de lui, et Dieu sait qu'un seul petit détail suffirait à repousser n'importe qui d'autre, mais Will le connaît, Will le voit, et malgré tout, il est là, dans ses bras, les jambes refermées autour des cuisses d'Hannibal, une main dans son dos en sueur, une autre refermée en poing dans ses cheveux, et il murmure son prénom, et à chaque mouvement de rein, Hannibal a l'impression de mourir un petit peu.

Il ne lui dit pas qu'il aime, parce que Will est déjà au courant, et Will ne lui dit pas non plus, même si Hannibal s'en doute, mais ça n'a pas d'importance, pas avec la façon dont Will le regarde lorsqu'il atteint l'orgasme, pas avec la façon dont il embrasse les lèvres d'Hannibal, dont il caresse la peau humide de son front, ses pommettes aiguës, ses lèvres fines, pas avec le soupir de satisfaction qui lui échappe lorsqu'Hannibal le lâche.

- Fuck, dit-il à voix basse. J'aurais dû me décider plus tôt.

Et Hannibal, quoiqu'entièrement d'accord, ne peut s'empêcher de rire silencieusement, et Will lui lance un regard affectueux qu'il n'a jamais posé sur lui auparavant.

- Merci, murmure Hannibal. C'est un cadeau parfait.

Will hausse un sourcil.

- Ce n'est pas mon cadeau. Tu crois que j'ai décidé de coucher avec toi simplement parce que c'est ton anniversaire ? Ton cadeau attend dans la voiture. J'ai fait ça parce que j'en avais envie.

Et cette phrase, plus que le reste, compense entièrement la journée qu'Hannibal a passée à l'attendre, sans être certain de son retour. Il enfouit son visage dans le cou en sueur de Will, et reste là un instant, à attendre que l'émotion passe, avant que Will ne bouge doucement.

- Viens, dit-il. Habille-toi, je vais te montrer ton cadeau. Ne te douche pas maintenant, on le fera en rentrant.

- En rentrant ?

- Tu vas voir. Habille-toi. Chaudement.

Intrigué, Hannibal obéit à ses ordres, et dix minutes plus tard à peine, ils sont dehors dans la neige, en chaussures et pantalons imperméables, et gros manteaux d'hiver, la transition entre la chaleur humide de leur chambre et le froid mordant de l'extérieur presque douloureuse.

- Monte, dit Will en lui indiquant la portière d'un signe de tête.

Will allume le chauffage dans l'habitacle, et Hannibal ne peut s'empêcher de se retourner vers la banquette arrière, mais il n'y a absolument rien dessus. Will sourit.

- Dans le coffre. Patience, tu découvriras bientôt ce que c'est.

De plus en plus intrigué, Hannibal observe la route alors que Will sort du village, ses phares éclairant les flocons qui continuent à tomber, et cinq minutes plus tard, il bifurque déjà, quitte le chemin qui mène à la ville pour emprunter des petites routes de forêt, à flanc de montagne, et Hannibal, qui ne reconnaît pas l'endroit, se demande où il l'emmène jusqu'au moment où Will arrête le moteur.

Ils se trouvent toujours dans la forêt, devant une petite cabane en bois, et Hannibal se tourne vers Will d'un air interrogateur.

- C'est la nôtre, sourit Will. Je l'ai louée.

Le toit de la cabane est recouvert de neige, et Hannibal a beau se demander à quoi va bien leur servir une cabane en bois à quarante-cinq minutes de route de chez eux, il ne dit rien, parce que Will a visiblement quelque chose en tête, et le suit hors de la voiture une fois que Will a coupé le moteur, les phares toujours allumés pour garder un peu de visibilité.

Will lui fait un signe de tête en direction du coffre, les joues et le nez déjà rougis par le froid, la bouche disparaissant derrière son écharpe.

- Ouvre donc ton cadeau.

Le bouton du coffre clique lorsqu'Hannibal appuie dessus, et lorsqu'il s'ouvre, Hannibal doit plisser les yeux pour découvrir ce qu'il prend d'abord comme un gros tas de vêtements, avant de remarquer deux yeux brillants qui l'observent ; c'est un homme, habillé chaudement, bonnet enfoncé jusqu'aux sourcils, écharpe qui lui masque la bouche, comme Will. Qui masque également le bâillon qui l'empêche d'émettre le moindre son articulé, et qu'Hannibal distingue en baissant un peu l'écharpe pour voir son visage.

Will lui a offert un homme bâillonné dans un coffre. Hannibal n'ose pas espérer qu'il s'agit bien de ce qu'il imagine. Il se tourne vers lui.

- Qui est-ce ?

- Un inconnu, répond Will avec détachement. Je l'ai trouvé dans la montagne, un randonneur.

- Et tu l'as kidnappé, dit Hannibal lentement.

- C'est dangereux, la randonnée, fait remarquer Will d'un ton anodin. Surtout en altitude. Tant de crevasses cachées sous la neige, tant de ravins glissants, tant de façon de perdre la vie... Il n'a pas été très coopératif, tout de même. Je me suis coupé à l'intérieur de la bouche quand il m'a donné un coup.

- Tu m'as offert un meurtre ? demande Hannibal, incrédule. C'est ça, ton cadeau ?

- Il ne te plaît pas ? Tu peux toujours le relâcher, sinon. Bien entendu, ça risque d'être un peu dangereux, maintenant qu'il a vu nos visages, et je suppose qu'il comprend ce qu'on dit, même si on parle en anglais, et qu'il sait donc qu'on a l'intention de le tuer...

À voir la façon dont l'homme tremble violemment à ces mots, il comprend parfaitement, en effet – mais ce n'est pas ce qui retient l'attention d'Hannibal.

- On a l'intention de le tuer ?

- Tu le veux pour toi tout seul ? Je pensais que tu préfèrerais qu'on fasse ça à deux. Mais si tu préfères avoir le champ libre, ça ne me dérange pas. Il y en aura d'autres.

La dernière fois qu'Hannibal a ressenti une telle stupéfaction, c'était lorsque Will l'a pris dans ses bras pour les faire tomber par-dessus le rebord de la falaise.

- Non, dit-il d'une voix rauque. Fais-le avec moi.

Un sourire éclaire les yeux de Will – Hannibal ne voit pas ses lèvres, mais il le devine – et il hoche la tête. Il sort l'homme du coffre, et le transporte à l'intérieur de la cabane, et Hannibal découvre la deuxième partie de son cadeau : des scies, des chaînes, des tranchoirs, des couteaux, suffisamment d'outils, en soi, pour un esprit imaginatif ; une longue table de fer, en plein centre de l'unique pièce, et un sol recouvert d'une bâche en plastique transparente pour le protéger des effusions de sang ; et dans un coin de la pièce, un détail devant lequel Hannibal manque de s'étrangler : des glacières.

Il est stupéfait. Et émerveillé. Et peut-être sur le point d'avoir un autre orgasme.

- Will...

- Joyeux anniversaire, Hannibal.

Il est beau, comme ça, dans la lumière crue de l'ampoule électrique, souriant comme un mauvais ange, le corps à moitié inconscient d'un randonneur innocent à ses pieds, et Hannibal pourrait retomber amoureux de lui, s'il ne l'était pas déjà de toutes les cellules de son être.

Will hisse se penche vers l'homme, déchire toutes les couches de tissu, et se tourne vers Hannibal, alors que l'homme, en caleçon, frissonne de froid et de peur, et lâche des gémissements étouffés par le bâillon.

- Qu'est-ce que tu veux en faire ? demande-t-il en relevant les yeux.

- Je veux te regarder faire, répond aussitôt Hannibal. Une seule condition : n'abîme pas les organes.

- Je ne l'aurais pas fait. Tu ne veux pas participer ?

- Quand on récupèrera les organes. Je veux te voir le tuer.

Will hoche la tête, simplement, et sans attendre, sans même prendre le temps de réfléchir au meurtre, de s'interroger sur ce qu'il ressent, il tranche la gorge de l'homme. Hannibal regarde le sang gicler sur son visage, et la façon dont Will passe ses doigts dans la plaie, teste le goût de l'hémoglobine sur sa langue, et il a envie de lui faire l'amour, là, séance tenante, dans cette froide cabane éclairée par une lumière crue au fin fond des bois, sur ce plastique sur lequel coule petit à petit le sang d'un inconnu.

Will relève la tête et lui sourit, et Hannibal, qui ne peut pas résister plus longtemps, s'approche de lui, et s'accroupit à ses côtés pour l'embrasser. Le sang est chaud sur ses lèvres, et sur sa peau quand la main de Will se pose sur sa joue.

De sa vie, il n'a jamais vécu un meilleur anniversaire.

Lorsqu'ils rentrent à la maison, bien plus tard, Hannibal a juste le temps de stocker les organes dans le réfrigérateur avant que Will ne l'entraîne avec force vers la salle de bain pour qu'ils prennent une douche ensemble.

Demain, Will sera là lorsqu'il se réveillera, et il cuisinera pour lui des poumons aux pommes et aux oignons caramélisés au miel d'acacia.

.oOo.

FIN

.oOo.