Et le dernier OS de cette soirée pour l'écriture avec le thème n°6 : Rideaux !

Résumé : Will Graham n'est PAS un voyeur. Et d'abord, c'est de la faute de son nouveau voisin d'en face. Il n'a qu'à mettre des rideaux à son appartement, après tout.

Début : 01h02


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Will s'était toujours considéré comme relativement sain.

Bon, non. D'accord. Pas vraiment sain. Pas de la façon dont les gens normaux étaient sains. Eux ne rêvaient pas de corps démembrés, de baignoires remplies de sang, de gens transformés en violoncelle. Eux ne faisaient pas le boulot de Will, et Will ne pourrait jamais atteindre leur niveau de stabilité mentale, mais il s'était fait à l'idée.

Bref, il n'était pas tout à fait sain, mais par contre, il n'était pas du tout pervers.

Ou du moins, il le croyait. Il l'avait cru, en fait, jusqu'à l'arrivée du nouveau locataire de l'appartement juste en face du sien. Celui qui ne mettait pas de rideaux, ni dans son salon, ni dans sa chambre.

Will n'était pas un voyeur. Que le voisin ait des rideaux ou pas, il s'en fichait complètement. Et qu'il ait une vue en profondeur dans l'appartement d'en face parce qu'il était situé à la même hauteur que le sien ne l'intéressait pas. Il vaquait à ses occupations.

Puis un jour, alors qu'il corrigeait des copies, en jetant un coup d'œil par la fenêtre, en face de son bureau, il découvrit l'homme, vêtu d'un tablier, en train de cuisiner. Il semblait y mettre tellement de soin que Will ne put s'empêcher de sourire légèrement avant de retourner à ses copies. Quand il releva la tête, l'appartement d'en face était plongé dans la pénombre et le cuisinier avait disparu.

La deuxième fois, l'homme était en train de lire un livre ou un magazine, assis sur un canapé. Il tournait les pages lentement, consciencieusement, et Will l'observa un instant avant de détourner le regard et de continuer à vaquer à ses occupations.

La troisième fois, l'homme faisait l'amour avec une femme dans sa chambre, et Will fit tomber sur mug de café sur son carrelage. Il ramassa immédiatement les bouts de porcelaine et essuya le café renversé, et évita soigneusement de reporter son regard sur la fenêtre d'en face. Il évita longtemps, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus éviter du tout et que son regard remonte lentement, depuis le sol carrelé, jusqu'au rebord de sa propre fenêtre, jusqu'à celle d'en face, jusqu'à l'intérieur.

Seule la moitié supérieure du corps de son voisin était découverte. L'autre était cachée sous les couvertures, mais le visage qu'il avait plongé dans le cou de la femme (jolie, même de loin, avec ses longs cheveux noirs) et le mouvement de ses fesses sous le drapé étaient suffisamment parlants.

Après un trop long moment, Will détourna le regard, referma ses propres voilages et rideaux de tissu, et alla prendre une douche bien froide.

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L'homme ne fit plus l'amour pendant une semaine, mais il continua à cuisiner, à lire, ou à écrire, semblait-t-il, sur un bureau.

Lorsqu'il amena à nouveau la femme chez lui, la couverture, cette fois, ne masquait pas ses fesses musclées, dans lesquelles se creusaient une fossette lorsqu'il donnait un coup de rein. Will l'observa derrière les voilages de ses rideaux. Il mit un point d'honneur à ne pas faire descendre sa main sous la ceinture, un exploit difficilement réalisé.

La troisième fois, l'homme était tourné vers la fenêtre, et leva les yeux vers lui. Will, comme électrisé, fit un pas en arrière, tout en sachant pertinemment qu'avec ses voilages et les lumières de son appartement éteintes, le voisin ne pouvait pas le voir ; mais alors que son reste de moralité lui criait de prendre ça pour un signe d'avertissement et de fermer les rideaux de tissu également, son corps resta planté là où il était, ses yeux fixés sur l'inconnu.

Il n'était plus très jeune, probablement la quarantaine bien tassée, mais il avait un corps impressionnant, musclé et gracieux.

La quatrième fois, Will descendit une marche de plus sur l'escalier qui menait au fin fond de la perversité, et s'empara d'une paire de jumelles qu'il avait achetée la veille, sans aucune arrière-pensée. La fossette était encore plus affriolante en gros plan, de même que la chute de ses reins ou les muscles de ses bras.

La cinquième fois, Will laissa ses jumelles de côté et ses rideaux ouverts. Après tout, ce n'était pas à lui de se cacher du spectacle. L'autre n'avait qu'à acheter ses propres rideaux, s'il ne voulait pas être vu.

Mais il le voulait probablement, vu la façon dont ses yeux restèrent fixés sur Will pendant toute la soirée. Lorsque Will alla se coucher ce soir-là, le simple souvenir de ce regard intense fixé sur lui fut suffisant pour lui offrir le meilleur orgasme de ces cinq dernières années.

Par la suite, l'homme se mit à lui rendre ses regards de plus en plus souvent – lorsqu'il faisait la cuisine, ou lorsqu'il lisait, ou lorsqu'il dessinait. Will levait les yeux de son bureau, de ses copies, et réalisait qu'il était observé à son tour. Peut-être depuis cinq minutes. Peut-être depuis une heure.

La fois suivante, l'homme fit l'amour avec sa partenaire sur le canapé du salon. Will, assis devant ses copies, glissa sa main sous le bureau, avec l'illusion que la fine planche de bois le soustrairait au regard du voisin. Il n'osa pas déboutonner entièrement son pantalon, et se contenta de faire glisser sa main sous son caleçon – en face de lui, l'inconnu tourna la tête vers lui au moment où il sembla atteindre l'orgasme, et Will, pris par surprise par le geste, sentit le liquide chaud couler entre ses doigts.

Il essuya soigneusement sa main contre le caleçon souillé et alla aussitôt refermer les rideaux.

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C'était mal. C'était pervers. C'était voyeur.

Pendant deux jours, Will s'accrocha à ces idées, et garda ses rideaux opaques fermés. La tentation de jeter un œil au travers était grande, mais il s'en empêcha de toute ses forces. Il n'était pas comme ça. Il n'était pas tombé si bas. Il avait dégringolé les escaliers, mais il pouvait toujours essayer de les remonter.

Néanmoins, par souci d'hygiène, il lui fallut bien aérer son appartement – et lorsqu'il referma les battants de la fenêtre, après un certain temps, le voisin sortit d'une pièce au fond de son appartement ; probablement la salle de bain, à en juger par ses cheveux humides et sa presque nudité, limitée néanmoins par la serviette nouée autour de ses hanches.

Will le vit jeter un coup d'œil à travers la fenêtre, détecter sa présence, et ils s'observèrent pendant un long moment – puis l'homme, sans autre forme de procès, laissa tomber sa serviette, et alla s'asseoir sur son canapé. En face de la fenêtre. Jambes écartées.

Will cligna des yeux, ses mains accrochées aux lourds rideaux qu'il avait eu l'intention de fermer. Lorsque le voisin passa sensuellement sa langue sur sa lèvre du bas, Will déglutit. Lorsque la main de l'homme se dirigea vers son entrejambe, Will tenta de détourner le regard – mais il en fut incapable. Le spectacle était pour lui, cette fois, uniquement pour lui.

Il lâcha les rideaux et croisa les bras sur sa poitrine. En face de lui, le visage de l'homme se teinta d'une expression amusée, et il éloigna sa main. Will fronça les sourcils, avant de comprendre.

Ce n'était pas juste un show. Il devait participer.

Une boule de stress et d'anticipation lui nouant la gorge, Will jeta un regard aux immeubles voisins – mais l'angle était tel qu'il était absolument impossible que quelqu'un d'autre l'aperçoive. Peut-être les voisins du dessous de son Voisin (il avait bien gagné une majuscule, celui-là), en tordant le cou, à la limite, mais c'était improbable.

Déglutissant, Will décroisa les bras, et déboutonna le premier bouton de sa chemise. Un sourire naquit sur les lèvres sensuelles de l'inconnu d'en face, dont la main reprit tranquillement son chemin vers son entrejambe, où son pénis tendait déjà fièrement.

Tout aussi tranquillement, Will défit chaque bouton, jusqu'à ce que les deux pans reposent ouverts sur son torse. Son érection, comprimée dans son pantalon, lui faisait déjà mal, et il défit précautionneusement sa ceinture, puis le bouton de son jean, avant de faire glisser sa braguette. En face de lui, la main s'était immobilisée, l'homme attentif au spectacle.

Le jean tomba sur ses pieds, et Will s'en débarrassa rapidement, ainsi que de ses chaussettes. Il se demanda si c'était suffisant pour que le Voisin reprenne, mais sa main était toujours immobile, et Will comprit qu'il faudrait qu'il aille jusqu'au bout.

Il enleva d'abord la chemise, puis enfin, fit glisser son boxer jusque sur le sol, avant de l'envoyer à travers la pièce d'un mouvement sec du pied.

Dans l'appartement d'en face, l'inconnu se leva brusquement, et se rapprocha de la fenêtre. Il était beau, songea Will, il était magnifique, et son cœur se bloqua dans sa gorge (ou peut-être plus bas, pour être honnête) lorsqu'il vit l'homme poser sa main gauche à plat contre sa baie vitrée, et sa main droite commencer doucement à faire des allers-retours sensuels sur son érection.

Will, debout devant la fenêtre également, ne perdit pas de temps pour l'imiter, et il avait l'impression de ne pas avoir suffisamment d'yeux pour savourer le spectacle qui s'offrait à lui. C'était une sensation incroyable, doublée d'un délicieux goût de perversité et d'interdit, et Will ne chercha pas à retenir ses gémissements. Lorsque l'homme passa sa langue sur sa paume et ses doigts avant de la ramener sur son entrejambe, Will serra les dents, mais s'efforça de garder les yeux ouverts pour le regarder encore – l'instant d'après, la vitre qui le séparait de l'inconnu était maculée d'une giclée de sperme, et Will, ébloui par la force de son orgasme, dut s'appuyer sur le coin de son bureau.

En face de lui, la vitre ne tarda pas à être tachée de la même façon. Will crut qu'il allait jouir une deuxième fois lorsqu'il vit l'homme y passer un doigt et le porter à ses lèvres.

Ils restèrent un long moment à se contempler en silence, puis l'inconnu eut un sourire, et se détourna. Will l'observa nettoyer sa vitre avec un chiffon, et il attendit que l'homme ait disparu dans sa salle de bain pour faire pareil.

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Malgré l'orgasme explosif, le sentiment de honte qui suivit fut si fort que Will garda ses rideaux fermés pendant une semaine complète.

À la fin de la semaine, il les ouvrit.

Deux heures plus tard à peine, lui et l'homme recommençaient.

La petite amie ne se montra plus, et ils firent ça chaque soir pendant deux semaines. Will n'arrivait toujours pas à croire que le fait de se toucher devant les yeux d'un étranger puisse être aussi excitant, mais il lui suffisait de voir l'inconnu lécher ses doigts, ou de le voir éjaculer, pour atteindre des sommets de jouissance. Lorsque l'homme, tout en se masturbant, s'inséra un doigt à l'arrière, Will fut secoué par un orgasme si puissant qu'il en laissa échapper un sanglot de plaisir.

Tout bien considéré, il n'imaginait pas sur quoi pourrait déboucher une telle relation (si c'était le mot qui convenait), et se contentait de laisser les choses se faire – mais le destin décida brutalement de lui forcer la main un soir, alors qu'il rentrait d'une journée passée à étudier des photos de jeunes filles mutilées, et qu'il était épuisé, physiquement et moralement. Alors qu'il sortait de sa voiture, après avoir fermé la portière un peu trop brutalement, il entra en collision (tout aussi brutalement) avec un passant.

Pas n'importe quel passant.

La colère qui submergea Will pendant un instant (vous pouvez pas regarder où vous marchez!?) s'évanouit instantanément lorsqu'il découvrit, à vingt centimètres de lui, le visage qui l'accompagnait lors de ses masturbations quotidiennes. Il prit une profonde inspiration de surprise, et l'homme, à côté, juste à côté, semblait tout aussi étonné.

Puis un sourire se dessina sur ses jolies lèvres, et Will eut le plus grand mal à ne pas lui sauter dessus. L'autre, toutefois, n'eut pas tant de scrupules ; il se pencha, et Will, habituellement, aurait détesté se faire embrasser par un inconnu, en pleine rue, en revenant du travail, épuisé ; mais là, il laissa simplement tomber sa sacoche de cuir sur le trottoir, passa ses bras autour du cou de l'homme, et lui rendit son baiser, comme il en rêvait depuis des semaines.

- Will Graham, marmonna-t-il, essoufflé, lorsque leurs lèvres se séparèrent (au prix de grandes difficultés).

- Hannibal Lecter, répondit son voisin, à bout de souffle comme lui.

- Hannibal, murmura Will. Chez toi ou chez moi ?

- Chez toi d'abord. Chez moi ensuite.

Et Will hocha la tête, prit Hannibal Lecter par le poignet, et l'entraîna chez lui.

Il ne le regretta pas.

Du moins, pas immédiatement.

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Fin : 02h27

C'était la fin de la nuit, donc j'ai passé un peu plus de temps à écrire celui-là, ce qui explique qu'il soit plus copieux.

A bientôt pour de prochaines Nuits !