Et voici le premier des 3 OS Hannibal que j'ai écrit pour notre Nuit pour l'écriture #2 avec les coupines.
(Merci à tous pour vos reviews, et surtout à toi, Artemis, à qui je ne peux pas répondre!)
Mot : Apparence
Début : 20h00
Résumé : Will sait qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Mais chez Hannibal, tout l'attire : le bel homme à l'extérieur, et le monstre à l'intérieur.
Bonne lecture !
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Hannibal était un bel homme.
C'était un fait évident, et pourtant, Will ne s'en rendit pas vraiment compte, la première fois qu'il le rencontra. Il y avait plusieurs raisons à cela : l'hostilité qu'il avait ressentie d'emblée en apprenant que l'homme était un psychiatre, le fait qu'il ne regardait jamais les gens dans les yeux, et le désintérêt général qu'il portait à tout ce qui touchait l'apparence physique. Will était bien placé pour savoir qu'on ne pouvait que rarement s'y fier.
Lorsque l'hostilité tomba, lorsque Will commença à le regarder au fond des yeux, lorsque l'homme cessa d'être le "Dr. Lecter" pour devenir simplement "Hannibal", Will prit en compte tout le reste ; et le reste, c'était qu'Hannibal Lecter était un bel homme, avec ses cheveux d'un blond sombre, méchés de gris, ses lèvres sensuelles, et son regard énigmatique.
C'était peut-être ce qui attirait le plus Will. Le mystère. Le calme, à côté de tous ces esprits qu'il sentait rebondir contre le sien. Hannibal était un havre de paix, et Will appréciait particulièrement sa compagnie quand il était assis en face de lui, le regard tourné vers la fenêtre, et qu'ils restaient enveloppés par le silence comme par une couverture chaude un soir d'hiver, avec quelques notes de musique classique qui s'égrenaient dans l'air comme des perles invisibles.
- À quoi pensez-vous, Will ? lui demanda Hannibal.
- À l'apparence physique, répondit Will, ses pensées fuyant de sa bouche avant qu'il ait eu le temps de les organiser.
- La vôtre ?
- Je n'ai jamais attaché de réelle importance à mon apparence physique, réfléchit Will. Ça ne m'a jamais paru primordial.
- Peut-être parce que vous n'avez jamais eu à vous en soucier, remarqua Hannibal. Si vous étiez laid, votre apparence aurait peut-être eu de l'importance pour vous.
Will leva les yeux vers lui, et hésita un instant à relever le compliment indirect que lui faisait Hannibal. Il décida finalement de ne pas le faire.
- Est-ce qu'elle a de l'importance, pour vous ? Je suppose que oui, vu le soin que vous apportez à la vôtre.
Hannibal resta silencieux, les yeux fixés sur Will, mais pas par refus de répondre – il était en train de réfléchir.
- Effectivement, finit-il par répondre, je trouve ça important. J'aime être entouré de belles choses, et j'essaie, à ma façon, de leur faire honneur en me montrant sous mon meilleur jour.
- Je dois vous paraître horriblement négligé.
- Les morts n'ont pas besoin de vous voir sous votre meilleur jour, Will.
- Et les vivants ?
- Les vivants savent que vous avez suffisamment à faire avec les morts.
Pendant un instant, Will eut honte – honte de ce à quoi il ressemblait, face à Hannibal, toujours tiré à quatre épingles.
Pour la première fois, il eut envie d'y changer quelque chose.
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Lorsqu'il se montra à son rendez-vous suivant avec une chemise blanche repassée et un pantalon noir bien coupé, il lui fut impossible de rater le regard appréciateur que coula sur lui Hannibal quand il ouvrit la porte.
- Notre conversation vous a marqué ?
- Je voulais juste essayer quelque chose de nouveau, répondit Will, sur la défensive.
- Et que donne cet essai, jusqu'à présent ?
- Pas très concluant. Tout le monde m'a regardé avec des yeux ronds dans les couloirs de Quantico, ou bien on m'a demandé si j'avais un rendez-vous amoureux. J'avais oublié, mais c'est pour une raison bien précise que je m'habille toujours de la même façon : je n'aime pas être remarqué.
- Tout le monde veut être remarqué, dit Hannibal.
- Pas moi. Je n'ai pas besoin de ça.
- De quoi avez-vous besoin, Will ?
À ce stade, il n'en savait rien lui-même, mais il essaya d'y réfléchir. Il avait besoin de ses chiens, ça, c'était une évidence – au moins autant qu'ils avaient besoin de lui. Il avait besoin d'une petite dose d'alcool régulière, et d'aspirine presque continuellement. Il avait besoin de silence.
Il haussa les épaules.
- Je n'ai pas besoin de grand-chose. Juste d'être certain que je ne deviens pas fou.
Il avait besoin de leurs conversations, songea-t-il un instant à ajouter, mais c'était quelque chose de trop intime, et il ne se sentait pas prêt.
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Lorsqu'il découvrit Hannibal sous sa véritable apparence, après sa sortie de prison, Will décida de créer un costume pour masquer la sienne, tout comme Hannibal en avait créé un à sa mesure, fait de tweed à carreaux et de sourires sans chaleur. Il acheta des vestes, des chemises, des pantalons, et s'en servit comme d'une armure. Le but était plus de se protéger que de séduire Hannibal, mais si son armure pouvait servir deux objectifs, il n'allait pas s'en priver, et malgré ce qu'il savait du docteur, à présent, il aimait toujours la façon dont il regardait en deux temps lorsqu'il le découvrait derrière la porte de son bureau, boucles bien coiffées et chemises repassées.
Puis Hannibal montra au monde entier à quoi il ressemblait vraiment, le monstre au visage d'homme, et il disparut de la circulation en laissant un de ses sourires énigmatiques sur le ventre de Will.
Et Will pensa à lui. Il pensa au monstre, et à l'homme, et comme c'était effrayant de voir à quel point il comprenait l'un et désirait l'autre. Il regardait le sourire sur son ventre tous les jours, dans le miroir, et repensait à leurs conversations. Il avait ses chiens, son alcool, son aspirine, son silence, et sa santé mentale plus ou moins stable ; il ne lui manquait que les conversations avec Hannibal, dont il avait parfois tellement envie qu'il avait l'impression qu'en suivant au couteau la ligne de la cicatrice et en s'ouvrant le ventre, il n'y découvrirait qu'un néant sans fin, un univers de vide à l'intérieur de son corps.
Lorsque Will retrouva Hannibal à Florence, et qu'il posa les yeux sur son beau visage d'homme, tout en étant capable de percevoir le monstre en dessous, il eut l'impression de s'être brutalement souvenu de comment on respirait, et le vide sous la cicatrice se remplissait enfin.
Puis Hannibal fut arrêté, et il enfila son sourire de monstre et son costume de prisonnier, et Will retourna à ses chemises à carreaux, ses lunettes rondes et à sa barbe de trois jours. Il n'avait plus besoin d'armure. Il n'avait plus besoin de séduire.
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Trois ans plus tard, Will avait toutes les apparences d'une vie tranquille. Sa maison à la campagne, ses chiens, sa femme, son fils. Il savait aussi que les apparences n'étaient pas faites pour durer, et attendait simplement, avec le vague espoir qu'il ne viendrait jamais, le jour où Jack Crawford débarquerait pour tout détruire.
Il reprit ses belles chemises, recoiffa ses boucles, et prit la direction de l'Hôpital Public de Baltimore pour les Fous Criminels.
Hannibal n'avait pas changé.
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La voiture fit un demi-tour sur la route, le corps d'un policier en fut éjecté sans douceur, et un sourire naquit sur les lèvres d'Hannibal. Et Will faisait face à un dilemme essentiel : il avait le choix entre maintenir les apparences, et tuer Hannibal maintenant, dans cette voiture, entre deux camions renversés et cinq cadavres de policiers, ou décider qu'il était trop tard pour ça, puisqu'il était de toute façon tombé amoureux du véritable visage du monstre, celui qui lui souriait depuis le siège conducteur et qui lui demandait s'il allait dans la même direction.
Will haussa les épaules, et il monta dans la voiture, en sachant parfaitement qu'il irait dans la même direction qu'Hannibal pour le reste de sa vie, là où il pourrait faire tomber son propre masque à son tour.
Fin : 20h57
