Note:

Merci à mes deux reviewers et à la personne qui m'a mis dans ses favoris !

Bonne lecture !

Chapitre 8: Sansa

De la neige, toujours plus de neige tombait alors qu'ils progressaient vers Winterfell. Cela l'aidait, un peu. Le froid engourdissait tout, les muscles et les pensées. Sansa Stark se sentait prête à être la gardienne du nord. Elle le devait à ses parents, et à ses frères et soeur. Mieux, elle avait toujours voulu être la Lady d'un château. Elle n'avait juste pas crû qu'elle le dirigerait elle-même. Désormais, elle aurait le contrôle sur sa vie, même si sa vie ne lui apparttiendrait plus vraiment, elle appartiendrait à tous les Nordiens et à personne en particulier.

Il ne restait plus que les cicatrices sur son dos et ses épaules pour lui rappeler qu'elle avait un jour appartenu à Ramsay Bolton. De Cersei, de Joffrey et de Littlefinger les conséquences seraient toujours invisibles, elle avait grandis en elles et par elles, et ne pourrait jamais vraiment s'en aller. Faérie riait, Ser Edmund aussi, les deux jeunes gens ne la quittaient pas d'un pouce, elle se nourrissait de leur rire pour reconstruire le sien. Aujourd'hui, elle rentrait chez elle et Brienne et Jaime les quittaient.

-Bon courage Lady Sansa lui dit Brienne au moment de partir.

-Tu peux me tutoyer Brienne, tu n'est plus mon bouclier juré, mais... si tu veux... on sera amies? demanda-t-elle, un peu effrayée de la réponse.

Le visage de Brienne s'éclaira tout à coup.

-Bien sûr Lady Stark, heu...je veux dire Sansa, se reprit-elle.

-Tu seras fantastique au mur, ne te laisse pas impressionner par Jaime Lannister, et repassez par Winterfell quand vous reviendrez, s'il te plaît, elle força sa voix à rester neutre, à ne pas laisser poindre l'émotion qui menaçait de la submerger.

-Je ne suis pas impressionnée par Jaime marmonna Brienne, secouant la tête comme pour remettre ses idées en place. Cela lui donnait quelque chose de juvénile, quelque chose d'Arya et de Sansa elle-même.

-Non tu as raison, tu n'est pas impressionnée, tu le vois comme il est constata Sansa avec un léger sourire, pourtant tu l'aimes, comment et à quel point, c'est à toi de le déterminer et de le choisir.

-Je ne... débuta Brienne s'apprêtant sans doute à nier tout en bloc.

-Jaime paraît prêt à changer pour toi, c'est plus que je n'ai vu faire qui que se soit par amour, même Jon s'empressa de poursuivre Sansa.

-Je ne lui demande pas de changer pour moi chuchota Brienne, comme si elle avait peur que le reste du groupe, pourtant à distance ne les épie il doit être celui qu'il est vraiment.

Sansa la scruta avec sidération, était-ce donc cela, le véritable attachement, peut-être le véritable amour dont les livres et les chansons l'avaient abreuvé enfant?

À l'époque elle aurait décrété Brienne et Jaime détestables comme héros de l'une de ses histoires.

Brienne n'aurait pas était assez féminine, ni douce, ni belle, Jaime trop âgé, son honneur trop tarnie, sa main droite trop visiblement absente pour la pauvre petite idiote qu'elle était alors. Rien de parfait, rien de romantique, dans leur situation, toutefois, une minuscule part de Sansa ne pouvait s'empêcher de les envier, un tout petit peu, pour avoir trouver quelque chose de vrai, de tendre, et de presque pur dans le désastre qu'était leur vie. Sansa ne se sentait plus apte à de telles choses, en revanche elle se croyait capable de s'assurer que la paix établie par son père dans le nord soit restaurée et conservée et que sa vie soit utile, au moins dans un sens purement mathématique.

-Tu m'écriras pour me raconter comment vont les choses à Winterfell? dit Brienne, et ce n'était pas une vraie question, dans son ton elle reconnaissait sa propre façon de s'adresser à Bran ou à Arya à ses frère et soeur. Soudain, elle eut l'impression d'être plus jeune, presque une petite fille, qui volerait définitivement en éclat si le vent soufflait juste un brin trop fort.

Sous cette impulsion, elle jeta ses bras autour de Brienne et murmura "Je ne sais pas coment je vais faire sans Arya et toi" C'était peut-être ridicule mais depuis un an édemi, elle s'était reposé sur Brienne, pour sa sécurité et pour déverser le torrent d'angoisses qui la submergeait parfois depuis son mariage à Ramsay.

-Ne Dis pas de bêtises tu t'en sortiras, tu apprendras et un jour tu iras mieux, affirma Brienne, la certitude perceptible dans sa voix. Sansa s'autorisa pour quelques instants à la croire comme elle croyait autrefois.

Jaime Lannister s'approchait à présent, suivis par une trentaine de gamins et de jeunes hommes récoltés sur le chemin et qui se proposaient d'aller au mur.

-Nous devons partir Lady Stark annonça-t-il, mais Lady Brienne et moi restons loyaux à votre famille. Il s'inclina légèrement, Sansa imita le geste, sourit une dernière fois à Brienne, puis leur groupe monta à cheval et s'en fut.

-C'est qu'il est en salle État ton château ! s'exclama à haute voix Faérie, quand le triste état de Winterfell apparut à leurs yeux.

-Je ne t'ai pas autorisé à t'adresser à moi de cette façon fit remarquer Sansa, vexée par la remarque et de mauvaise humeur de par l'absence de tous ceux qui comptaient à ses yeux.

-Nous le reconstruirons tenta Ser Edmund, chevaleresquement pour empêcher un conflit ouvert de se déclarer entre les deux jeunes filles.

La tour où se trouvait la bibliothèque était effondrée, les remparts endommagés, des pans de murs perçés, mais avec du temps il pourrait redevenir un château digne de ce nom. De plus, l'habitation principal était habitable, cela serait suffisant pour l'instant.

Une petite foule attendait dans la grande salle. Lorsqu'elle entra, des salutations joyeuses et solennelles à la fois comme seul le nord savait les rendre résonnèrent, elle avait craint que les gens ne soient déçus que pour l'instant il n'aient qu'elle à leur tête et pas Jon. Ils devaient penser que s'était extrêmement temporaire se dit-elle, personnellement, elle avait peur que Daenerys ne permette jamais à Jon de rentrer à Winterfell.

-Lady Sansa ! s'écria une voix tout à coup. Une jeune fille, aux cheveux noirs d'environ son âge se hâtait dans sa direction. Meera Reed, la personne grâce à laquelle Bran était toujours en vie.

-Bonjour Lady Meera, je croyais que vous restiez dans le Neck, non pas que votre présence me dérange, au contraire? questionna Sansa Prudemment.

-Mon père m'envoie vous prêter allégeance de sa part, et comme j'ai refusé qu'il me marie, il me demande de rester avec vous pour me rendre utile expliqua Meera, d'un ton malicieux.

-Je suis navrée pour votre désaccord avec votre père, assura Sansa.

-Ho ne le soyez pas, père n'est pas vraiment en colère contre moi, et si vous n'y voyez pas d'inconvénients, j'aimerai vous aidé ici, étant donné les particularités de mon frère Jojen j'ai été élevé pour être l'héritière de mon père, je m'en sors en comptabilité et en histoire de Westeros, finit Meera.

-Nous aurons besoin de toutes les bonnes volontés possibles ici répondit Sansa.

-En parlant de bonnes volonté la coupa Faérie qui venait de réapparaître à sa droite comme par magie, je viens de croiser un vieux type, avec un horrible garçon dont il prétendait que c'était ton cousin et qu'il te le ramenait ici. J'imagine que c'était de bonne volonté mais vue la tête de ton cousin, il aurait pu se le garder.

-Vous pourriez être plus polie s'offusqua Meera, qui êtes vous d'ailleurs?

Les deux jeunes filles se lancèrent dans une discussion houleuse mais Sansa ne les entendait plus, ces paroles avaient remué de très désagréables souvenirs. Une tente folle sur le point de la pousser dans le vide, s'y retrouvant poussé elle-même par littlefinger et un garçon capricieux et idiot pour qui elle n'avait jamais ressenti que de la pitié dans ses meilleurs jours. Elle fouilla frénétiquement la pièce du regard, et en effet, entre un chevalier vieillissant et une femme imposante qui riait grassement à une plaisanterie, se tenait Robin Arhin, son cousin. L'adolescence lui allait encore moins que l'enfance, il avait beaucoup grandi cependant sa bouille restait ronde et boudeuse et elle l'entendait d'ici exiger plus de nourriture avec arrogance.

Ce n'était même pas que Robin fût particulièrement hideux à regarder, eut-il eu un sourire aimable ou simplement une expression neutre, il aurait était presque gracieux, mais sa vanité et sa couardise le rendaient amplement plus laids. Ou peut-être était-ce les souvenirs de Sansa?

De toute manière, en aucun cas elle ne souhaitait sa présence ici. Qui pouvait bien s'aviser qu'il lui ferait plaisir qu'on lui apportât son cousin comme cadeau de bon retour? Elle s'excusa auprès des deux filles et se fraya un chemin dans la foule vers Robin et ses accompagnateurs.

-Messire Madame? demanda-t-elle, sans plus de précision.

-Je suis Nelius du Branduvier, Lady Stark, je me suis occupé de Robin Arhin depuis la mort de sa mère et puis celle de LittleFinger expliqua-t-il, et voici ma femme, ajouta-t-il, en désignant distraitement ladite femme comme s'il s'agissait d'un objet comme un autre.

-J'imagine que je dois vous remercier d'avoir pris soin de lui, mais pourquoi l'emmener à Winterfell? intérogea-t-elle.

-Je vais où il me sied rétorqua Robin, se tournant vers elle, vous ne m'avez même pas correctement saluée se plaignit-il.

-Bonjour Robin soupira-t-elle avec agacement. Sans prévenir, le garçon attrapa sa main, y apposa ses lèvres flasques et visqueuses. Instinctivement, la jeune fille retira violemment sa main.

-Ser Robin n'est plus l'enfant dont vous gardez apparamant un mauvais souvenir, assura la femme du chevalier, nous l'avons pris en charge dans notre demeure, il apprend le maniement des armes et sera un grand seigneur sous peu.

-Quand je retournerai aux Eyriers j'aurai désormais le droit de pousser quiconque me siera par la porte de la lune ajouta le garçon, démentant les précédentes aléguations de sa protectrice. Entre l'hystérie de sa mère, et sa récente éducation par des gens qui voulaient s'élever socialement par son biais, Robin n'avait eu aucune chance de bien tourner. Il n'empêche que sa seule vue répugnait à Sansa, parce qu'il lui rappelait des instants encore pires ceux qu'elle avait passé sous l'emprise de Littlefinger, toujours physiquement, parfois mentalement aussi. Elle craignait de ne plus être elle, de n'être plus que le fruit des leçons de cet homme qu'elle détestait et admirait à la fois. Tout cela appartenait au passé, elle devait se ressaisir.

-Je suis ravie de vos progrès Robin fit-elle avec un sourire forcé, était-il cependant indispensable de faire un si rude voyage pour me les signaler?

-Lady Sansa, nous pensions que le garçon pourrait séjourner ici, pour que vous fassiez plus ample connaissance répondit le chevalier gêné, le nord et le Val doivent être de proches alliés. Ces derniers mots allumèrent une lumière dans son esprit, elle pensait comprendre. Ce chevalier sans doute en quête d'une récompense de sa part, voulait lui faire épouser Robin, ainsi, étant donné la faiblesse de son cousin et la supériorité du Nord sur le val, celui-ci pourrait passer sous la domination du premier. L'idée était bonne quoi que peu pratique, car il faudrait trouver quelqu'un de confiance à mettre aux erriés. C'était inenvisageable, pour rien au monde à part la survie de ceux qu'elle aimaient, Sansa n'aurait accepté cette union. Comme aucun de ses proches n'avait rien à craindre, de robin où de ce chevalier et de ses potentiel acolytes la question était réglé.

-Sansa vous allez vous marier avec moi, comme mère l'avait prévu annonça d'un coup Robin, et à en juger par le regard horrifié de ses deux accompagnateurs, il n'avait pas été prévu qu'il manque autant de subtilité.

-Non déclara-t-elle, rendant le mot aussi acéré que possible.

-Pourquoi non? Vous devez m'épouser! Mère avait promis! Vous aviez promis que si je venais jusqu'ici je l'épouserai ! s'écria-t-il à l'adresse du pauvre homme. Ses quinze ans l'empêchaient tout juste de se rouler à terre comme il le faisait autrefois, Sansa le voyait bien.

-Voyons du calme, je suis sûr qu'on peut trouver un accord balbutia la femme en ébouriffant les cheveux de Robin.

-Je ne crois pas Madame, vous voyez bien que mon cousin est encore un enfant, de plus les Stark ne se marient pas avec des membres de leur famille objecta Sansa, bras croisés devant elle, comme pour se protéger d'une éventuelle attaque.

-Vous n'avez pas le droit de refuser, nous vous forcerons! s'égosilla son cousin, postillonnant abondamment.

-Me forcer? questiona-t-elle d'un ton calme, vous savez ce qui est arrivé aux deux dernières personnes qui ont essayé de me forcer à faire quelque chose? Little fingers est mort sous mes ordres et j'ai donné Ramsay Bolton a manger à ses chiens.

Robin frémit; recula se cachant légèrement derrière le chevalier vieillissant. L'attitude de Sansa n'était pas ordinaire, elle n'avait pas pour coutume de se vanter de ses meurtres mais la panique montait; formant un noeu dans sa gorge, son contrôle menaçant de lui échapper. Il fallait qu'elle s'éloigne et vite.

-Je vous remercie d'avoir pris en charge mon cousin, si vous vouliez bien poursuivre, commanda-t-elle en tournant les talons.

-Mais c'est que... commença l'homme mais elle ne l'écoutait plus, elle quitta la salle. Faérie et Edmund la suivirent pendant que Meera Reed tentait de poursuivre la discussion et apaiser Robin et ses tuteurs.

-Wahou, je croyais que tu étais habituée à ce genre de négociations politiques lança Faérie, montant les escaliers de pierres qui menaient aux chambres du château à sa suite.

-Je ne vois pas ce que j'ai fais rétorqua Sansa de mauvaise foie alors qu'au fond elle sentait déjà la culpabilité l'envahir.

- Vous avez insulter un lord qui vous avez rendu un grand service constata Ser Edmund, du moins croyait-il qu'il s'agissait d'un grand service.

-Vous vous y mettez aussi Ser Edmund ? fit-elle le fixant droit dans ses yeux bruns sachant pertinamant que cela suffisait normalement à le faire taire.

-Je ne veux pas que votre règne soit menacé par des comportements causés par des souffrances passées lady Sansa maintint-il bravement, l'honnêteté gravée sur son visage.

-Je n'ai pas de règne, je suis seulement gardienne du nord, et encore en l'absence de mon frère se contenta-t-elle de remarquer tournant un coin de corridor dans lequel Arya et Bran avaient l'habitude de se cacher dans une petite niche, pour faire peur à Sansa lorsqu'elle traversait seule le couloir obscur.

-Non, mais vous serez reine un jour, du moins c'est ainsi que les gens d'ici finiront par vous considérer, si nous travaillons bien continua-t-il.

-C'est ridicule Ser Edmund, je... et puis Robin est un atroce enfant gâté qui est pour couronner le tout mon cousin, vous n'escomptiez tout de même pas que je me marie avec lui.

Sa propre voix lui semblait tremblante.

-Bien sûr que non ! s'exaspérèrent les deux autres en coeur. Sansa savait très bien de quoi ils parlaient, elle n'était pas prête à se montrer mature et raisonnable sur le sujet cependant.

-Alors pourquoi me suivez-vous? questionna-telle.

-Parce que vous avez fais une petite erreur, et que vous êtes mal, affirma Edmund, la jeunesse de son sourire plein de dents blanches vint lui rappeler que lui aussi était un orphelin d'une famille massacrée par la guerre.

-Parce que je n'ai rien d'autre à faire et que je ne sais pas où aller proposa Faérie Nonchalamant.

Ils étaient parvenus devant la porte de sa chambre, elle entra pensant qu'ils n'oseraient pas la suivre, mais tout deux le firent. Faérie se jetant sans grâce sur le lit et Edmund restant poliment debout près de la porte.

-Je croyais que je serais une reine tenta-t-elle à l'adresse de Faérie.

-C'est pas moi qui l'ai dit chantonna cette dernière comme une gosse, quand je saurais où sont mes appartements je pourrais envisagé de m'en aller, pas sûr que j'arrive à emporter Ed avec moi.

Le garçon parut sur le point de répliquer quelque chose mais Sansa l'avait devancé:

-Écoutez, voilà, j'ai agi trop précipitamment il faut que je dise à ces gens que mon cousin peut finir son éducation ici même s'il n'y a aucune chance pour que je l'épouse confia-t-elle, il reste de ma famille et si je peux avoir une quelconque influence positive sur son éducation, alors il faut que je le fasse. D'autant plus que je n'ai pas envie que ce chevalier m'en veuille et n'essaie quelque chose contre moi.

-Vous devriez aller lui parler demain, Lady Meera est entrain d'appaiser les choses conseilla Edmund.

-Merci de votre aide, vous restez ici n'et-ce pas? J'ai besoin de conseillers loyaux à Winterfell. La question se perdit sur le chemin entre la supplique et l'ordre et Sansa eut honte de sa propre faiblesse.

-Oui c'est ce que je comptais faire sourit-il, bonne nuit.

-Bonne nuit ser répondit Sansa, pendant que Faérie marmonnait un "salut ed" au-delà de toutes les règles de bienséances que Sansa s'échinait à lui inculquer.

-Tu prendras l'ancienne chambre de mon frère Rickon, je ne veux pas que cette maison devienne un Mausolée, elle doit être habitée par des vivants, expliqua-t-elle.

-Merci Sansa, ça me touche murmura Faérie, avec sérieux pour une fois, pour ce qui est d'être vivante, je crois que je suis plutôt bien adaptée. Elle se redressa, se leva et prit congé de Sansa qui lui indiqua l'emplacement de ses nouveaux appartements au bout de ce couloir.

Avant de quitter la pièce elle jeta derrière son épaule:

-Le coup des chiens c'était grave classe, du moins si c'est vrai, le môme était terrifié, s'il reste dans le coin, je pense que je pourrais lui donner deux ou trois leçons.

Au final Sansa se retrouva seule, il était près de minuit et elle se changea pour dormir. C'était sa chambre d'enfant mais elle ne s'y sentit pas tout à fait à l'aise. Enfouie sous les couvertures, des larmes qu'elle retenait depuis trop longtemps se mirent à couler comme un torrent gelé sur ses joues.

Quelque chose voulait hurler au fond d'elle, "Je veux père et ses conseils avisés, je veux mère et ses bras protecteurs, je veux petit rickon et ses galopades dans les couloirs, je veux Robb et son sourire arrogant, je veux Théon et sa main aux doigt manquants dans la mienne pour sauter dans les rivières congelées . Je veux ma meute", elle ne pouvait rien dire -cependant, personne ne devait savoir que la jeune fille de glace de Winterfell n'était pas aussi forte qu'elle voulait le faire croire.

Récemment, à la liste de tout ceux qu'elle avait perdu il avait fallu rajouter Théon puis le Limier, de quoi la pousser à renforcer son armure, de quoi la craqueler encore davantage. Elle aurait dû garder son calme avec Robin et ses tuteurs, l'idée d'être une fois de plus utilisée à des fins politiques l'avaient enragé. Même à son odieux cousin, elle ne souhaitait pas d'être mariée à une personne comme elle, qui ferait tout pour récupérer ses terres, certes pour les sauver de la ruine, et ne le traiterait jamais comme un mari.

Le château résonnait de mille voix et Sansa se dis qu'il fallait qu'elle les écoute toutes, pour les comprendre au mieux. Il fallait que chaque rire gras causé par le vin lui soit reconnaissable pour empêcher ces hommes là d'avoir les gardes de nuit, que chaque ragots de cuisinière lui soit connu pour qu'elle puisse les contrôler, jusqu'au moindre sanglot d'enfant. Elle chassa ses pensées, elles étaient dignes de Little Finger ou de Cersei, sa politique ne devait nécessairement pas ressembler à la leur? Les échos de conseils plus ou moins mal intentionnés la hantaient encore. Elle ne savait pas, elle ne savait plus, elle voulait juste dormir mais le sommeil ne venait pas.

Elle conclut finalement qu'elle se devait d'entendre ce qui parvenaient à ses oreilles mais qu'elle ne devait pas espionner. Elle aurait voulu avoir quelqu'un à qui parler de tout cela. Personne n'était suffisamant proche dans l'espace, ou dans l'âme. Faérie, Ser Edmund et Meera Reed étaient des gens bien sans doute, il y avait pourtant des peines et des craintes que Sansa ne pouvait pas partager facilement avec eux. Ils conservaient une certaine insouciance qu'elle ne devait pas abîmer.

Plus encore que de retourner dans le passé, Sansa aurait voulu pouvoir croire en un avenir où des gens, ne serai-ce qu'une personne, aurait pu comprendre, aurait pu écouter, quelqu'un qui aurait aussi des choses à dire et n'aurait pas peur d'affronter ce qui était brisée en elle.

Dehors, dans la nuit d'hiver, un loup hurla, c'était un son plaintif et doux, menaçant, sinistre dans l'obscurité. Comme un fantôme tout droit sorti des contes de vieilles Nan. Sansa cacha sa tête dans l'oreiller, elle était une Stark et le hurlement d'un loup l'effrayaient, son cas était décidément désespéré.

Lorsqu'elle s'éveilla, le lendemain matin, un début d'énergie l'habitait, elle se prépara, se réjouissant du fait qu'aucune personne ne vienne la perturber. Depuis qu'elle était allé à Port-Réal on lui avait toujours envoyé des caméristes pleine d'idées et d'injonctions sur la façon dont elle devait s'habiller pour être bien vu à la cour et à l'époque elle trouvait cela fantastique, dans le Val, c'était encore pire puisque c'était LittleFinger qui lui envoyait des vêtements, quand elle était revenue ici mariée à Ramsay Bolton, après la nuit de noce, elle s'était enfermé dans une telle catatonie que si on ne l'avait pas forcé à se changer et à se coiffer peut-être ne l'aurait-elle pas fait. Elle enfila des vêtements chauds, Tressa ses cheveux sur un côté, comme avait l'habitude de le faire sa mère pour elle petite, et se prépara à aller affronter le monde.

Le vent était très froid, trop froid pour la neige, le ciel se teignait d'un bleu pur, avec de petits nuages ronds et blanc qui couvraient l'horizon. Sansa se rendait à la ville d'hiver, la petite aglomération située à une demi-heure de cheval de Winterfell. Ser Edmund et trois autres chevaliers l'escortaient ainsi que Faérie et Meera.

Lorsqu'ils arrivèrent dans l'arcade couverte où se déroulait autrefois les marchés Sansa retint un cri de surprise. La galerie était vide, une parti du dôme en vers qui le surplombait s'était effondré lors de la grosse tempête peu avant l'invasion des marcheurs blancs. Ne se trouvaient là que la bande d'ouvriers que Sansa avait fait appeler par un de ses intendants. Personne ne savait ce qu'elle comptait faire, elle n'était pas sûre elle-même. Elle se força pourtant à s'approcher avec décision du groupe d'hommes et de femmes qui s'étaient regroupés au centre de la galerie.

-Bonjour fit-elle d'une voix claire, il me paraît important que le dôme soit reconstruit, mais je ne pourrais pas vous donner de travail aujourd'hui. Winterfell n'a pas encore les fonds pour payer cela. En fait, je heu...je ne sais pas exactement combien de temps et d'argent il faudra pour remettre la galerie en état avoua-t-elle, y-a-t-il parmi vous des gens qui ont une certaine expertise dans ce domaine?

-Je suis maçon lady Stark déclara un homme, et rien que pour le dôme il nous faudra deux bons mois, ça sans compter le temps pour faire venir les matériaux

-Bien, merci répondit Sansa, et certains d'entre vous connaissent-ils des marchands importants des environs? Assez riches pour vouloir acheter des vieux tableaux adu château ou des pièreries.

-Vous comptez vendre les possessions de votre famille? s'étonna Meera Reed.

-Je n'ai pas le choix, et mes parents auraient préféré cela à la ruine du nord répondit-elle. "déjà que je ne sais pas si nous aurons de quoi manger" réalisa-t-elle intérieurement.

-Vous avez déjà réfléchi à rétablir l'impôt de vos paysans ? poursuivit l'autre nordienne.

-Oui, je n'ai pas le choix, mais je pensais plus à une somme symbolique, quelque chose qui n'empêche pas les gens de survivre expliqua Sansa, puis baissant la voix pour que le reste des personnes présentes ne l'entendent pas, le problème c'est que je ne sais pas du tout comment m'y prendre, je ne suis pas très douée en math.

-Si vous le souhaitez je pourrais m'occuper de la comptabilité et des finances offrit Meera Reed, comme mon petit frère Jogen n'était clairement pas adapté à reprendre sa suite et que mon père à eu un diplôme d'économie, à la Citadelle, je ne m'en sors pas trop mal avec ce genre de chose.

-Vous sauriez estimer ce que valent les objets de valeurs du château? Et déterminer un montant pour les impôts? Un programme économique? s'emballa Sansa.

-Avec du temps et de l'aide, certainement assura Meera avec un sourire rassurant.

-Pour ce qu'est des marchands Lady Stark, y'en a plus beaucoup qui viennent ici, c'est l'hiver, et y savent qu'on a été ruiné par la guerre informa une femme faisant partie du groupe de travailleurs.

-J'écrirai des lettres alors décida-t-elle. Après cela, elle fit tout de même un tour par la ville d'hiver, toujours habité mais peu annimée en face de la galerie elle découvrit un bâtiment désaffecté, celui où son père avait coutume de rendre la justice.

Au fond de ce bâtiment ils trouvèrent deux vieilles salles d'une trentaine de mètres carré chacune dans lesquelles s'entassaient entre autre choses des bureaux et des chaises.

À leur vue un lointain souvenir lui revint, Margaery Tyrell lui expliquant qu'aux alentour d'haut-Jardin il y avait ce qu'on nommait une école où les enfants pouvaient apprendre à lire écrire et compter avec d'autres bases de l'éducation.

-Pensez-vous que si nous ouvrions un lieu où les enfants pourraient recevoir une éducation primaire les parents les enverraient? demanda-t-elle discrètement à Ser Edmund qui l'accompagnait.

-Malheureusement non, les gens d'ici sont tellement pauvres que leurs enfants servent de main d'oeuvre, apprit-il d'un ton d'excuse.

-Sauf si on leur fait comprendre qu'économiquement, ils deviendront de meilleurs atouts s'il sont éduqués, dit Sansa presque sous forme interrogative

-Se serait de la manipulation lady Sansa plaisanta ser Edmund, ce n'est pas la plus noble façon de diriger.

-Pas la plus noble convint-elle, la plus efficace en revanche...de plus est-ce de la manipulation si c'est dans le but de faire comprendre quelque chose aux gens pour leur bien?

-Il me semble que cela reste de la manipulation soutint Bravement Edmund, mais votre coeur est pur Lady Sansa et je le défendrai jusqu'à mon dernier souffle

Ser Edmund ne plaisantait plus, se rendit-elle compte, ses yeux était fixés sur son visage, son ton était devenu solennel en d'autre temps, cela aurait suffit pour que Sansa se déclare amoureuse de lui. Avec résignation, la jeune fille se dit qu'elle n'était sans doute plus capable d'éprouver une telle chose, qu'en réalité elle ne l'avait jamais éprouvé véritablement. Trop d'espoirs déçus avaient gelé son coeur dans sa poitrine et c'était sans doute tant mieux. La vie dans le nord , en tant que Stark de Winterfell nécessitait cela, croyait-elle.

Edmund, elle le croyait était honnête, n'avait peut-être même pas d'intentions cachées dans sa remarque, mais s'il s'imaginait qu'elle avait le coeur pur, c'était le sien qui l'était bien trop.

-Merci Ser répondit-elle tout de même, parce qu'Edmund était un ami et qu'il savait parfaitement à quel point elle était traumatisée et ne prendrait pas ses paroles au pied de la lettre.

Elle prit ensuite quelque notes sur son plan d'action dans la ville d'hiver pendant que Faérie affabulait auprès d'un groupe de citadins, leur racontant sa propre version du siège de port-Réal, dans laquelle elle se retrouvait sur le dos d'un dragon avec Jon Snow. Le groupe de jeunes gens étaient pendus à ses lèvres, et Sansa fit mine de ne pas l'avoir entendu parce qu'elle n'avait pas le coeur de la réprimander.

En rentrant, Sansa s'installa dans le grand bureau seigneurial qu'occupait autrefois son père et se mit au travail, elle avait des lettres à écrire. D'abord à Jon à qui elle demanda de se renseigner sur les marchands influents de la capitale qu'il pourrait convaincre de venir dans le nord, elle avait bien entendu ajouté une petite remarque sur les relations de Jon et Daenerys, bien qu'elle eut conscience que Jon n'en tiendrait pas compte. Puis elle écrivit à l'ensemble de ses bannerais:

Lords et Ladies du nord:

Je vous écrit pour vous convoquer dans une quinzaine pour une rencontre dans la ville d'hiver, il va sans dire que comme vous venez de loin, vous serez les bienvenus à Winterfell comme vous le serez toujours.

Il nous faudra évoquer de nombreuses questions concernant la gestion du Nord et de ses habitants. Je vous remercie d'avance pour votre déplacement.

Sansa Stark de Winterfell, Gardienne du Nord,

Ce fut ainsi que deux semaines plus tard, ladite gardienne du nord se trouva debout devant une assemblée de bannerais et de paysans confondus, tous prêts à juger son discours. Certains ne cachaient pas du tout leur scepticisme à l'idée d'avoir une femme à leur tête, même provisoirement.

-Bonjour à tous, vous avez dû comprendre que je suis une Stark et l'actuelle gardienne du nord et de ses habitants. Je ne vais pas vous mentir fit-elle alors qu'au fond d'elle, elle se doutait qu'elle s'apprêtait à le faire, contrairement à mon frère Jon, où à tout mes prédécesseurs, je ne sais pas conduire une armée, je ne sais même pas tenir une épée, poursuivit-elle avec un petit rire, certains souriaient attendris et condescendants, d'autres soutenaient leur voisins du regard comme pour dire "Je te l'avais bien dis tu vois, c'est juste une gamine".

-En revanche je sais jouer au jeu des trônes continua-t-elle, peut-être n'ai-je pas gagné l'indépendance du nord mais je pense qu'ensemble on peut rendre notre coin du royaume différent des autres. Plus seulement parce qu'il est balayé par des vents ourlés de givre, ou même parce qu'on y croit encore au courage, et à l'honneur, mais parce qu'on y a tous des projets.

Mon premier projet c'est d'établir ici, dans la ville d'hiver, une sorte d'école pour tous les enfants, je sais bien que vous tous n'avez pas forcément les moyens de m'imiter dans tout vos domaines, toutefois je crois sincèrement que l'éducation ne devrait pas être réservé aux enfants de noble naissance. Un enfant qui recevra une éducation, en particulier ici dans la ville d'hiver, aura le droit de tenter sa chance pour devenir écuyer, puis chevalier, qu'il soit garçon ou fille apportant ainsi fortune et gloire à ses parents, mais l'enfant en question pourra également bénéficier, du moins d'ici quelques années, d'une bourse d'études pour aller s'instruire à la citadelle. Mon deuxième projet est de rouvrir la galerie marchande ici, de relancer celle de Blanc Port, et des autres villes du nord pour que chacun ait une occupation qui lui corresponde. J'ai d'autres projets, comme rebâtir Winterfell pour que ses tours s'élèvent de nouveau pour nous protéger des rigueurs de l'hiver et de ce qui peut venir avec elles.

Je suis sûr que chacun d'entre vous a des milliers de projets, et nous verrons si nous pouvons n'en réaliser ne serait-ce qu'un ou deux.

J'ai nommé un conseil restreint, Ser Gary Sleigh comme responsable des gardes, des chevaliers et maîtres d'armes de Winterfell. -Elle s'arrêta un moment pour que la foule puisse applaudir l'homme d'âge mûr, qui saluait dignement- Lady Meera Reed du Neck, qui s'occupera des affaires économiques, Ser Edmund Thorne qui m'aidera à m'occuper de la diplomatie, et Faérie...Snow... qui a un certain talent pour les questions sociales. termina-t-elle enfin à bout de souffle. Elle avait pris la liberté d'appeler Faérie Snow, car de toute façon la jeune fille n'avait pas d'autre nom de famille et de cette manière elle serait plus facilement accepté dans le nord avec un nom distinctif de la région.

Les gens, du moins la plupart, applaudissaient, souriaient et scandaient son nom. Cela cognait contre ses côtes comme un deuxième coeur qui tentait de rejoindre le sien. Non pas le coeur d'un amant pour lequel elle avait tant soupiré autrefois, plutôt la passion et la fierté d'un peuple qui l'acceptait provisoirement comme leur représentante.

Elle ressentit une petite pointe d'émotion quand au début certains se mirent à crier "La reine du nord" avant de se rappeler que ce n'était pas son titre. Peu importait, elle remplirait son rôle quoi qu'il en coûte. Un semblant de meute se reformait autour d'elle, et qui sait, peut-être retrouverait-elle un de ces jours certains des anciens membres. D'ici là, elle recoudrait tant bien que mal toutes les innombrables cicatrices qui l'empêchaient de par moments de respirer respirer.

Note: Voilà, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !