note: Coucou, voici un nouveau chapitre un peu léger (pour compenser l'ambiance actuelle), j'espère qu'il vous plaira.
Lassa, ne t'inquiète pas, on aura des nouvelles des Stark et de Daenerys au prochain chapitre.
Chapitre 14: Jaime
-Tu pourrais y mettre moins d'énergie grogna le pauvre homme en voyant son épée tomber à terre pour la sixième fois consécutive pendant son affrontement contre Jaime. L'homme devait avoir le même âge que lui mais avant d'arriver à la garde de nuit, il n'avait jamais tenu une arme de sa vie.
-Ce n'est pas moi qui vais devoir passer le restant de mes jours ici, rappela Jaime.
`Sur ce il s'éloigna, corrigeant sur son passage les gestes des apprentis combattants.
-Ce serait bien que vous refassiez une démonstration, Brienne et toi, se moqua l'autre.
-Tu as juste envie de me voir perdre, ça ne te rendra pas meilleur, protesta Jaime. Brienne n'était pas visible de là où il se tenait, ils s'étaient répartis les futurs membres de la garde pour les entraîner. Brienne s'occupait des plus faibles, des plus jeunes et pourtant, avec sa patience, ils progressaient beaucoup plus vite que ses propres élèves. Elle lui disait qu'il n'était pas très pédagogue, et il voulait bien le croire. Un autre type s'approcha pour défier Jaime et il se révéla un meilleur adversaire que le précédent, plus jeune, avec le temps, il finirait certainement par être plus fort que Jaime. Il n'en ressentait pas trop de honte ni de jalousie, son temps comme chevalier actif touchait à sa fin. Il aspirait de plus en plus au calme et à la paix.
C'était l'heure du dîner et quoi qu'il se passa durant le jour, quelque soit leurs occupations ils mangeaient ensemble Brienne et lui.
Cela lui était aussi nécessaire que les aliments eux-même. Ils dînaient dans la grande salle avec les autres, mais s'arrangeaient quand ils sentaient que l'un d'entre eux en avait besoin, pour se mettre à l'écart, dans un coin où ils pourraient avoir une conversation plus personnelle. En chemin, Jaime s'arrêta pour observer les travaux de réparation du mur qui étaient lents et très peu professionnels, comme tout, à vrai dire, à la garde de nuit.
Des gosses déplaçaient des pierres et des monticules de glaces trop lourds pour eux dans tous les sens alors que des vieillards hurlaient des ordres pas toujours judicieux. Jaime tenta d'aider un peu à l'organisation mais l'architecture, et les métiers de construction n'étaient pas son fort.
Jaime entendit autour de lui quelques moqueries et quelques rires agressifs, au début, il ne réagit pas, croyant que tout cela lui était destiné mais tout à coup il s'aperçut que c'était de Brienne qu'il était question alors qu'elle avançait vers eux. Cela le rendait malade, de la savoir seule face à tous ces hommes qui l'injuriaient ou la harcelaient de commentaires indécents, si elle l'avait laissé il l'aurait suivis partout.
Restait très présent à son esprit le fait que beaucoup de ces gens avaient commis de graves crimes et que c'était la raison pour laquelle ils étaient là.
-Lady Brienne, vous devriez manger avec nous plutôt que de vous encombrer du régicide, quoi que, techniquement, vous êtes sans doute plus encombrante que lui, lança un homme en riant comme un ivrogne.
Brienne l'ignora et rejoignit Jaime, aussitôt, un poids se leva de sa poitrine et il crut pouvoir respirer plus librement. Quelque chose attira son attention cependant, trois jeunes hommes la suivaient tel une garde jurée, le regard plein d'admiration.
-J'ai des nouvelles du sud Décréta-t-elle.
-Tu veux dire de Winterfell? Jusqu'à récemment c'était l'extrême nord pour moi, plaisanta Jaime.
-La reine a épousé Jon Snow, Brandon Stark a été enlevé lâcha brusquement Brienne, et Sansa a refusé de se rendre à Port-réal pour soutenir Daenerys face aux accusations qu'on lance sur elle et Jon, elle attend la réaction de la reine.
Jaime remarqua qu'elle serrait convulsivement le papier dans sa main, tendue, elle paraissait sur le point de retourner tout droit à Winterfell.
-Oubli tout ce que je t'ai dit contre le mur, on est bien ici, pas de jeu des trônes, pas de menaces d'être cramé par un dragon, plaisanta-t-il.
-Je dois m'assurer qu'il n'arrive rien à Sansa fit-elle, et il faut que j'aide à retrouver Bran.
-La gamine a des tonnes de gardes et de gens prêts à mourir pour elle tenta-t-il, tu rendrais juste les choses plus difficiles, Bran est la corneille, il sait ce qu'il fait, il sera sans doute retrouver avant que tu atteigne Winterfell.
-Jaime, tu n'est pas du côté des Stark? s'enquérit-t-elle anxieusement.
-Je suis du côté où tu es, je dois beaucoup aux Stark, j'ai promis de les protéger à leur mère, donc oui. Mais que veux-tu que je fasse? je suis exilé. Je n'ai aucune influence sur Daenerys. Je ne suis même pas bien placé pour la juger sur son mariage à Jon. Viens, allons à l'intérieur, ajouta-t-il j'ai faim.
Il voulut attraper son épaule pour la faire avancer avec lui en direction de la salle de la tour, mais Brienne le repoussa maladroitement l'air vexée.
-Brienne...tu sais très bien qu'au final, je ne pourrais pas te forcer à ne pas y aller, soupira-t-il, j'affronterai Drogon en combat singulier si cela pouvait t'apaiser.
Jaime ne disait pas cela pour rire, malgré ce que pouvait laisser suggérer son ton, l'honneur de Brienne, ce qu'elle défendait et ce qui comptait pour elle lui semblaient plus importants que sa propre sécurité.
Son visage s'adoucit dans une fragilité déchirante, et elle se jeta dans ses bras. Sous le choc, aussi bien mental que physique, il trébucha et se rattrapa contre le reste de mur de glace de la garde de nuit.
-Jon ne laissera rien arriver à Sansa chuchota-t-il, le visage enfoui dans ses cheveux blonds trempés de neige, qui avaient un peu poussé et cascadaient dans son cou.
-Je ne connais pas assez Jon pour en être sûr, je veux dire... je suis sûr qu'il ne veut pas qu'il arrive quoi que se soit à Arya, Bran et Sansa, mais je pense que Daenerys Targaryen ne l'écoute pas, elle l'aime, mais ne le considère pas comme un conseiller politique.
-Tu peux toujours faire confiance à Sansa pour se débrouiller par elle-même, et je peux te jurer que si Daenerys la fait brûler par son dragon, Tyrion et Jon ne la laisseront pas rester au pouvoir, argumenta Jaime.
Brienne sembla se calmer un peu, Jaime contemplait ses yeux bleus, en se demandant comment faire pour qu'ils ne brillent jamais plus que de joie, aussi stupide que cela puisse être.
-Je vais lui demander si elle veut que je revienne décida-t-elle.
-Mais elle ne voudra pas, c'est une Stark, elle est trop honorable pour te mettre en danger si elle peut l'éviter, rappela Jaime.
-Régicide! Ser Brienne! s'écria la grosse voix du responsable des repas, si vous restez dehors plus longtemps, vous allez finir en statues de glace gardant le mur, et vous seriez une mauvaise blague pour une oeuvre d'art.
Brienne se crispa en réalisant que quelqu'un les avait découvert dans une attitude pas tout à fait appropriée, dans les bras l'un de l'autre, Jaime s'en fichait éperdument, ce n'était pas comme s'ils avaient fait quoi que se soit de plus depuis leur arrivée.
-Un jour, on retournera dans le royaume des humains, tu pourras protéger des Stark tant que tu voudras lui promit-il en l'embrassant, c'était douloureux, avec le froid mordant qui leur rongeait la peau depuis plus d'un mois, cela ne l'empêchait pas de toujours trouver une excuse pour le faire.
Brienne rougit violemment
-Tu pourras former de nouveaux chevaliers, dormir plus tard dans la matinée et voir ton petit frère murmura-t-elle. Comment faisait-elle pour savoir exactement ce qui lui manquait le plus, sans qu'il n'est à le dire songea Jaime.
-Où voudras-tu vivre demanda-t-il plus sérieusement.
-Jaime, je ne veux pas t'empêcher de vivre ta vie, je vais devoir retourner à Tarthe, mon père se fait vieux, il va avoir besoin de moi.
-Je pourrais te suivre? Si tu est d'accord?
-Jaime, j'aimerai cela plus que tout, mais tu vas devenir seigneur de Castral Rock et ça ne sera pas possible, dit-elle avec consternation.
-Non, Tyrion aura Castral Rock, je n'en ai jamais voulu protesta-t-il, il s'en occupera mieux que moi.
-C'est sans doute vrai mais pour l'instant ton frère est main de la reine et par conséquent pas en position pour administrer l'ouest.
-À qui jurerons-nous allégeance si les Stark ne se soumettent pas à Daenerys? questionna Brienne horrifiée, nos serments se contre-disent tous.
-Je t'avais prévenu Brienne, rit-il, être un chevalier ce n'est pas comme ce que racontent les livres et les chansons.
-Non accorda-t-elle, mais ce n'est réel que grâce à toi, et ça vaut toujours mieux que de n'avoir que des illusions.
Jaime, malgré les morceaux de glaces accrochés sur son visage par le froid, sentit quelque chose brûler à l'intérieur. Sans réfléchir, il saisit son épée
-Je dois tenter ma chance, battons-nous en duel, tous les jours, jusqu'à ce que je gagne et que je puisse t'épouser.
Brienne avait les yeux brillants, mais elle s'esclaffa:
-C'est ridicule Jaime, c'était une idée d'enfant, tu n'as pas besoin de gagner en duel pour... pour...
-C'est très gênant, pour moi, admit-il, mais alors tu accepterais sans cela?
-Nous ne pouvons pas Jaime, nous n'avons pas l'approbation de nos familles, ni de lieux où célébrer cela, nous sommes au bout du monde!
-Il y a un arbre coeur, et ni toi ni moi ne croyons en tout cela.
-J'aimerai que mon père soit là marmonna Brienne et Sansa et Arya avec les autres Stark, ils comptent pour moi.
Le régicide sentit la terreur le saisir, était-ce une excuse? Le genre d'excuse que Cersei avait utilisé toute leur vie pour le tenir à distance? Bien sûr que non se résonna-t-il, Brienne était la personne la plus courageuse, généreuse et honorable qu'il connaisse. Elle ne montrait pas souvent ce qu'elle ressentait mais depuis ce qui c'était passé entre eux à Winterfell, il savait qu'elle tenait à lui et qu'il lui avait infligé une douleur sans nom en essayant de s'enfuir comme un crétin pour aller sauver sa soeur.
-En tant que Lord de Castral Rock tu devras te marier avec une héritière d'une grande famille assura-t-elle, Tarthe n'a pas un seul saphir à offrir contrairement à ce que tu as un jour dit, et je suis l'un des pires choix possibles, je ne suis pas si jeune, je suis chevalier, trop grande ...,
-Ne dis pas ça Brienne, tout cela n'a aucune importance grogna-t-il, si c'est toi que je veux c'est que tu es une jeune femme adulte, pas une petite fille terrifiée qu'on aurait forcé, tu es un chevalier fantastique, tu as des valeurs, et qu'est-ce que cela peut leur foutre si tu est grande? Tu peux me protéger de moi-même
-C'est comme ça.
-J'ai compris abdiqua-t-il, c'est normal que tu ne veuilles pas t'encombrer avec moi, je ne le mérite pas de toute façon.
Et Jaime s'enfut en courant, malgré les appels de Brienne. Il avait conscience de se conduire comme un adolescent mais il n'en avait rien à faire, il franchit le mur à l'aide d'une échelle et s'éloigna dans les bois. Il n'y avait rien que du blanc, la lueur blafarde de la pleine lune se réverbérant sur l'épais tapis neigeux scintillant étrangement, les arbres eux-même se dressaient, tel des fantômes drapés dans leur cocons glacés. Il pouvait encore voir les lumières chaleureuses de la grande salle, il aurait voulu n'avoir pas eu cette conversation et être assis à l'intérieur aux côtés de Brienne. Jaime se mit à longer le mur de glace, morose, il avait voulu que le vent chasse ses angoisses et ses remords.
Mais il n'était pas un Stark, arpenter silencieusement les nuits enneigés du nord, en souffrant en solitaire ne lui allait pas. Il comprenait la sérénité que pouvait apporter ses paysages mais il était un Lannister, seul les mots le contact humain aurait pu l'apaiser.
Il était certain que Jon avait marché sombrement sur les remparts de ce mur avec son loup, acceptant la destinée qui lui échoyait, comme Ned Stark, comme Rhaegar, ce prince que Jaime n'avait pas su sauver.
-Hé ser Lannister, le héla une voix accompagnée d'une torche.
Un gosse s'approcha de lui, il ne devait pas avoir plus de dix-huit ou dix-neuf ans, il ne faisait pas partie des plus jeunes mais quand même de ceux qui supportaient le moins le froid.
-Je vous ai ramener votre ration, avant qu'elle soit engloutit expliqua-t-il.
-Merci Xelius fit-il reconnaissant, tendant la main.
Xelius ne lui donna pas tout de suite le pain et l'outre de soupe qu'il portait.
-Je voulais vous demander quelque chose, hésita-t-il, vous comptez repartir quand d'ici?
-Dès que je le pourrais, assura-t-il.
-J'aimerai partir aussi admit le garçon, je n'ai pas commis de crimes, j'étais volontaire pour ne plus être une charge pour ma famille, si vous me preniez comme écuyer, j'aurai le même résultat.
-Je vois, tu serais prêt à me suivre? demanda-t-il.
-Vous ne m'avez pas montrer une pire nature que les autres.
-Il n'y a que des criminels ici.
-Je veux dire, les autres jeunes seigneurs, j'aimerai en être un jour.
-Si cela peut te faire plaisir, mais ta tâche consistera surtout à t'assurer que rien de mal n'arrive à Lady Ser Brienne, si elle veut toujours de moi auprès d'elle...
-C'est bien ce que j'avais cru comprendre sourit-il, ne vous inquiétez pas ser, elle vous suivrait dans la gueule d'un dragon, après tout elle vous a déjà suivi jusqu'ici.
Jaime n'aurait pas dû s'immobiliser à la porte de l'ancien bureau du Lord Commandant, Brienne faisait face à Lord Éric Spike, qui venait d'une famille noble de second ordre près d'HautJardin. Le type arpentait la pièce, tout en parlant:
-Vous pourriez être la première femme commandante de la garde de nuit, faisait-il, Vous nous aidez bien ici, tous les types que vous entraînez ont fait des progrès énormes, et on a besoin de héros.
-Je ne suis pas une héroïne, ser protesta faiblement Brienne, mais au-delà de cela, Jaime pouvait voir son profil et elle était clairement touché par les propos, de cet espèce d'enfoiré. Éric Spike n'avait rien fait, avant, maintenant toutefois depuis qu'il proposait à Brienne la seule chose qui pouvait risquer de lui faire décider de rester ici, il ne pouvait plus le supporter.
-Lady Brienne vous devez accepter, cela serait vraiment servir le royaume, on a besoin de vous.
Jaime ne s'attarda pas un moment de plus, il ne voulait pas entendre sa réponse, honnêtement il était terrifié. Brienne avait toujours voulu être utile au royaume. Cela passait sans doute avant lui dans son coeur, dans le coeur de Jaime il y avait d'abord Brienne et presque simplement Brienne. S'il aimait le reste de sa famille, s'il protégeait les Stark, s'il dirigerait sagement les terres de l'Ouest, c'était parce qu'elle lui avait montré la voie.
En entrant dans sa chambre, il constata qu'on avait déposé sur son bureau une petite pile de lettres qui lui étaient destinées, le Lannister s'affala sur son lit avec et décida de se perdre dans les nouvelles de Westeros pour ne plus penser à ce qui se déroulait ici.
Cher cousin Jaime,
Tante Genna m'a expliqué que je devais t'appeler "cousin Jaime" ou "lord Jaime" et non juste Jaime comme avant, elle dit que je suis trop âgée pour ces "familiarités" et pourtant elle dit aussi que je suis trop jeune pour tout un tas d'autres choses.
On m'a dit que tu étais exilé au mur pour l'instant. J'espère que ce n'est pas trop pénible, mais comme on raconte que la lady chevalier dont tu es amoureux est avec toi alors j'imagine que ça va. J'aimerai tant la rencontrer!
Jaime arrêta un instant sa lecture de la lettre naïve, pourquoi ne pouvait-on cesser de lui rappeler ce qu'il risquait de perdre? Il reprit sa lecture.
Avec Tante Genna et d'autres membres de la famille, nous sommes partis pour Port-Réal, pour demander ton retour à Daenerys Targaryen. Comme maintenant, c'est toi le chef de la maison Lannister on m'a dit que je devais te parler de mon projet de carrière. Je veux être ambassadrice de l'ouest, dans le reste des sept royaumes, à Essos et jusque chez les Sauvageons. Pour cela, je dois apprendre les différentes langues et cultures, je voudrais donc étudier à la citadelle. Genna s'occupe pas mal du Roc, mais je ne crois pas que cela lui plaise, quant aux autres lannister, ils ne sont pas à la hauteur. Ils sont soit trop vieux, soit trop idiots pour être de bons dirigeants. J'aimerai beaucoup que toi ou Tyrion deveniez gardien de l'ouest, se serait plus efficace et moins ennuyeux pour moi à Castral Roc, j'espère te revoir bientôt.
Joy Hill
Le régicide sourit à cette lecture, sa petite cousine, la fille de Kevan Lannister, était un des seuls membres de sa famille dont il se sentait fier. Il décacheta la deuxième lettre qui venait de son petit frère:
Jaime,
Notre reine, à la suite d'un ressentiment et d'un conflit qu'elle a avec les filles Stark s'apprête à partir pour Winterfell avec Drogon, je te laisse imaginer la suite. Jon et moi allons l'accompagner et je ne laisserai jamais Lady Sansa mourir. Je ne te cache pas que Daenerys m'inquiète, je plaçai énormément d'espoirs en elle. Il me semblait qu'elle était la solution pour les sept royaumes, je n'en suis plus certain. Comme de nombreux Targaryen elle a toujours eu un tempérament plutôt agressif, mais les choses s'empirent, elle doute de tout le monde, elle veut le trône mais ne se soucie plus vraiment des raisons pour lesquelles elle le voulait. Je réfléchis tout de même à une solution pour te faire rentrer d'exil, tu es un abruti mais Ser Brienne ne mérite pas cela, et comme elle est décidé à rester à tes côtés...
Ton frère,
La troisième missive était extrêmement courte, on pouvait y lire: "Il est temps pour vous de retourner à Winterfell" et le message était signé "Bran Stark, la corneille à trois yeux.".
S'il s'était écouté, Jaime aurait obéit immédiatement à l'ordre, quittant le mur en pleine nuit, à l'insu de tous. Au lieu de cela, il traversa juste le couloir, et ces quelques pas lui parurent plus difficiles à franchir que la distance entre Port-réal et le mur. Il toqua à la porte et Brienne ne répondit pas. Au bout d'un moment d'attente il ouvrit la porte et trouva la chambre vide. Au bord d'une panique irrationnelle, il se mit à imaginer les pires scénarios. Elle avait été enlevé, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ou assassiné par des membres de la garde de nuit, ou peut-être était-elle de son plein gré en compagnie d'un autre, comme Lord Spike. Dans un instant de lucidité il gravit les escaliers de la tour, vers la volière des corbeaux. Il n'y avait pas de cheminée, il y faisait presque aussi glacial qu'au dehors et lorsqu'il entra Brienne se tenait là, seule, une lettre à la main.
-Je te cherchais, déclara-t-il nerveusement.
-Moi aussi je t'ai cherché tout-à-l'heure, lorsque tu es partis sans explication, reprocha-t-elle.
Jaime avait passé trop de temps à se disputer pour rien avec Brienne, il allait affronter les choses en face.
-Écoutes, je t'ai entendu parler avec Éric Spike, débuta-t-il, et j'imagine que tu fais bien de vouloir accepter ce poste de commandant de la garde de nuit, mais je ne peux pas abandonner sans rien dire. Demande-toi si c'est ce que tu veux vraiment pour ta vie. Même si tu ne veux pas rester avec moi, ce qui est très probable. Tu as encore un avenir, une île à diriger, des gens qui t'aiment, le mur n'est pas un endroit très distrayant, surtout sans moi. ne put-il s'empêcher d'ajouter.
Les corbeaux voletaient au-dessus de leurs têtes, projetant leur cris sinistres dans leur habitat envahi, la lampe enfoncé dans le mur lançait une lumière crue. Elle s'était tourné vers lui, comme toujours contrairement à Cersei, Margaery, et la plupart des femmes de nobles familles, son visage exprimait bien ses émotions. Ses traits étaient souvent fermés, c'est qu'ils ne reflétaient que ce que les gens lui faisait ressentir. Au moins, se rassura Jaime pathétiquement il n'avait jamais lu d'indifférences en elle lorsqu'elle était avec lui.
De la rage, de la colère, de l'incompréhension, de la douleur, de la détresse, de l'espoir, de l'exaspération, de l'amusement, de la confiance, et quelque chose qu'il n'osait pas encore nommer mais qui devait bien-être ce qu'on n'appelle amour.
Là, elle semblait ne pas pouvoir choisir entre la surprise, l'énervement et la tendresse:
-Si tu avais écouté jusqu'à la fin ma discussion avec Spike, bien que se soit mal de m'avoir espionné, tu aurais su que j'ai immédiatement refusé, informa-t-elle, mes serments m'appellent ailleurs.
-où ça?
-Auprès de Sansa d'abord, répondit-elle avec un sourire, peut-être que si d'ici là il n'est pas retrouvé, j'aiderai aux recherches de Bran.
-En parlant de Bran, regarde ça fit-il en lui tendant le message.
-Comment est-ce possible ?
-Aucune idée, ce gamin n'est pas entièrement humain.
-Il devrait être en captivité, et il ne nous dit pas un mot à ce sujet se désola-t-elle, pas un mot sur où il se trouve et sur comment il a envoyé ce message.
-Je dois lui obéir dit-il, il sait sans doute déjà comment il sera secouru et je ne suis pas impliqué là dedans, je dois me rendre à Winterfell, quoi qu'il s'y passe et malgré mon exil.
-Cela va nous causer des problèmes énormes mais je suis d'accord concéda Brienne, Bran a des visions, il sait des choses que nous ignorons. J'ai l'impression de les abandonner ici.
-Parce que tu reviens avec moi? questionna-t-il n'osant y croire.
-Nous sommes fiancés, je crois, attends toi à ce que je te suive partout dans les temps à venir lança-t-elle, mais ce n'était pas vraiment sur le ton de l'humour, non il s'agissait d'une détermination sérieuse et frêle qui réchauffait le coeur de Jaime.
-On fera ce qu'on pourra pour les aider politiquement comme on pourra balaya-t-il rapidement, et j'ai une question pour toi que j'aurai dû te poser il y a des mois et même des années. Il s'agenouilla à ses pieds,:
- Voudrais-tu faire la plus grosse erreur de ta vie en acceptant de m'épouser.
Brienne avait les yeux embués de larmes:
-Oui, et ce ne sera jamais une erreur, quoi qu'il arrive articula-t-elle avec difficulté.
Brienne voulut l'aider à se relever, mais le sol était couvert de paille et de fientes de corbeaux, et Jaime était dans un tel état de choc que ses genoux n'arrivaient pas à le porter. Brienne vacilla à cause de lui et ils s'écrasèrent violemment à terre. Une odeur pestilentielle de volière envahit ses narines, et quelque chose d'humide s'écrasa sur son front. Il s'en rendit à peine compte. Il se redressa au-dessus d'elle et lui sourit, il se plaça comme s'il venait de gagner un duel à l'épée.
-J'ai gagné murmura-t-il.
-Tricheur marmonna-t-elle, rayonnante je crois que nous sommes tombés dans des excréments de corbeaux, constata-t-elle, l'air lointain.
-Ça me rappelle notre captivité commune.
-Et tu trouves que c'est un bon souvenir, le réprimanda-t-elle.
-Maintenant oui.
La jeune femme se rassit et entrepris de dégager le visage et les cheveux de Jaime des substances étranges qu'ils avaient récoltés. Ses doigts envoyaient des picotements brûlants dans ses veines.
-Tu es insupportable, et je t'aime, Jaime.
C'était sortis tout seul, Brienne ne semblait pas avoir conscience d'avoir prononcé les mots mais Jaime n'avait aucun doute sur leur véracité. En fait, au fond de lui, il savait que Brienne l'aimait depuis très longtemps, depuis le bain d'Harenhall peut-être, ou l'ours, ou l'épée... il avait juste été trop faible pour affronter cela jusqu'à maintenant.
-Je sais répondit-il, et voyant qu'elle se préparait à le frapper il ajouta rapidement, je sais que je ne te mérite pas, je t'aime aussi, et j'ai enfin finis par comprendre que je n'aimais que toi depuis un bout de temps.
C'était trop, trop pour les nerfs de Brienne, trop pour le contrôle de Jaime, trop d'émotions bouillonnant sous la surface depuis quatre années, ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Jaime sentait le coeur de Brienne contre le sien, leurs lèvres entrèrent en collision et pour un moment plus rien n'eut d'importance pour Jaime, plus rien sauf l'impératif catégorique de garder le chevalier, la femme qu'il aimait près de lui.
Des bruits de pas, leur parvinrent soudain et la porte s'ouvrit sans prévenir sur un membre de la garde de nuit: Brienne se projeta sur ses pieds le visage en feu, recouverte de paille, Jaime l'imita et se plaça près d'elle:
-vous n'êtes pas censés avoir ce genre de relations au sein de la garde, constata le type, d'un ton moqueur.
-Nous ne.. commença Brienne.
-Ça tombe bien parce que les Stark nous rappellent à Winterfell indiqua Jaime ironiquement, nous partons demain.
-J'ai quelque chose pour toi déclara-t-il plus tard, alors qu'ils avaient rejoint sa chambre. Ils s'étaient lavés, chacun de son côté à l'insistance de Brienne, qui avait décidé qu'il ne devait pas consommé leur union, dans un lieu où les gens faisaient voeux d'abstinence, par respect. Ce ne serait plus longtemps à attendre.
-Tu m'as déjà donné une épée d'acier valyrian, tu n'as pas besoin de me faire d'autre cadeau.
-Non, mais j'ai envie. Je me suis dis que je pourrais t'offrir un collier ou un bracelet ou une bague pour nos fiançailles mais cela t'aurais encombrer plus qu'autre chose, et je voulais quelque chose qui ait une signification.
Il sortit de ses bagages une tunique de mailles, conçue pour être portée en dessous d'une armure, au niveau du coeur figurait un blason brodé.
Brienne sourit en comprenant le symbole, c'était un lion couché qui regardait un soleil bleu. Un mélange des blasons de leurs deux familles.
-Quand as-tu pu faire ça ? demanda-t-elle, surprise.
-À port-réal, quand on attendait le couronnement de Daenerys, j'ai dû demander de l'aide à un armurier et à... d'autres personnes pour coudre le blason mais...
-Sansa a collaboré avec toi ! devina-t-elle effarée.
Jaime n'avait pas prévu de révéler cette information gênante, cela avait déjà était assez difficile comme ça d'aller demander à une Stark qui le détestait de l'aide pour faire un présent de noces qui serait peut-être repoussé.
-Sansa a réussi à t'aider tout en se moquant de toi, lui apprit Brienne.
-Ah oui, et pourquoi?
-Ceci fit-elle en désignant le blason sur son coeur est fait avec le même tissu et le même dessein que les faveurs, ces rubans que distribuent les jeunes filles à leur chevaliers favori lors des tournoi.
-Les Stark sont tous d'horribles monstres, se plaignit-il faussement, mais dans un sens, elle a raison, tu es mon chevalier favori.
Ils partirent à l'aube, salué par le reste de la garde, leur hurlant des réclamations à transmettre au sud. Brienne insista pour ramener avec eux quelques enfants, trop jeunes pour vivre au mur et qui n'avaient pas été libres de ce choix, ils leur trouveraient une meilleur place à Winterfell dans un château ou dans des familles. Xelius son nouvel écuyer, vint comme promis. Les enfants les ralentissaient un peu, mais Jaime était si heureux de retourner vers des climats relativement clément et avec Brienne presque pour lui seul, qu'il ne se montra pas trop désagréable, pas trop selon lui en tout cas.
note: Désolée je crois que j'ai un peu perdu l'intrigue de cette fic dans ce chapitre xd
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