Notes: Coucou, merci à mes reviewers et à ceux qui lisent.

-Judy: Merci, mais il va falloir attendre un peu pour savoir ça, moi-même je ne suis pas certaine désolée :)

Bonne lecture,

Chapitre 20: Genna

-Lady Yara, j'ai d'autres chats à fouetter pour l'instant! s'exaspéra Genna sous les amas de réprimandes de la jeune fer-née qui faisait les cents pas dans la salle du conseil restreint du donjon rouge.

-Ces fantômes ne seront sans doute pas arrêtés par la barrière de l'océan, et un certificat d'indépendance en bon et due forme, rappela Lord Davos, avec son air sage.

Genna aimait bien Davos, bien que lorsqu'elle avait entendu parler d'un ancien contrebandier comme roi, elle s'était fait une image toute différente de la réalité. C'était un homme droit et avisé. Un peu ennuyeux à son goût, mais elle était une Lannister, alors la plupart des gens diraient que son jugement n'était pas objectif.

-Sans doute pas, mais les sept royaumes doivent continuer à vivre, spectres ou pas, répliqua Yara.

-Je peine à croire que Daenerys Targaryen vous ai promis une chose pareille, rétorqua Genna, en se souvenant de la féroce jeune femme qu'on lui avait décrit.

-Non, C'est votre neveu, Lord Tyrion qui me l'a promis en son nom, lança Yara avec un demi-sourire, et on dit qu'un lannister paie toujours ses dettes.

Cette fichue phrase, grimaça intérieurement Genna, durant sa vie on lui avait servi sur tout les tons. Ces derniers temps, c'était l'ironie qui primait dans la voix de ses interlocuteurs quand ils y faisaient allusion.

-En quel honneur mon cher neveu a-t-il accordé une telle chose, questionna Genna, ne voyant pas l'intérêt que pouvait y avoir eu Tyrion qui, la dernière fois qu'elle l'avait vu, était toujours le plus intelligent de la nouvelle génération de Lannister.

-En échange, Lady Yara a porté secours à Bran Stark qui s'était fait enlever par la secte rouge, expliqua Davos, et nous allons tenir parole lady Yara, vous obtiendrez une semi-indépendance Mais d'abord, j'aimerai que nous ayons cette réunion du conseil.

À cet instant, Willas Tyrell entra au pas de course dans la pièce. Il était arrivé quelques jours plus tôt, sous la demande de Ser Davos qui voulait conclure des accords commerciaux avec HautJardin et avec une promesse étrange de la reine des dragons.

-J'ai un problème... un énorme problème balbutia-t-il terrifié, je ... je crois que j'ai, j'ai vu des fantômes.

Le jeune homme semblait craindre qu'on ne le prit pour un fou. Pourtant, c'était pour cette raison qu'ils étaient rassemblés.

-Margaery et Loras et notre grand-mère, ils... me reprochaient leurs morts, et ils parlaient de Mélissandre... pourquoi avons-nous cette réunion d'urgence d'ailleurs?

-Devinez, lâcha Genna avec agacement.

-Je viens de voir mes fils et Shyreen Barathéon, confessa Davos.

Genna tenta de faire le tri dans sa tête, elle n'était pas venue ici pour chasser des fantômes mais pour reconstruire un royaume. La ruine de Westeros, elle la sentait peser dans ses entrailles, sur son crâne qui n'était plus blond, et dans ses yeux toujours verts, elle était issue de son propre sang.

Personne n'osait le rappeler, avec son autorité, mais elle avait été mariée à un Frey. Non qu'elle l'eut apprécié particulièrement, c'était un homme peu futé avec une tête de chèvre et assez cruel mais il préférait vivre dans le château de son père et la laissait dans l'une de leurs propriétés qu'elle avait dirigé pendant vingt ans à sa guise. Mais ses fils en revanche, ses fils elle avait vécu pour eux, et ils étaient morts. Et son mari avait participé à ces horribles noces pourpres, orchestrées par son grand frère, Tywin. Elle eut un frisson, voilà pourquoi elle était ici, et non à Castral Roc entrain d'ennuyer Jaime et sa femme.

-Mestre Thibaut, avez-vous reçu des lettres? demanda Davos.

L'homme approuva et Genna comprit enfin pourquoi il était arrivé avec cette espèce de petite malle à roulettes. Il ouvrit et déversa sur la grande table un amas de lettres, qui firent un bruit mât en tombant.

-Bon, tout le monde s'y met, de toute façon elles doivent toutes dire la même chose, commanda Genna, Ser Willas, ne tentez pas de vous esquiver, vous êtes ici, et vous faites désormais parti de notre conseil restreint.

Davos haussa un sourcil interrogateur mais ne la contredit pas, le conseil restreint n'était pas encore bien établi.

-Je n'étais venu ici que pour me marier, pour avoir des héritiers et redonner sa grandeur au nom Tyrell.

-Tais-toi Willas, on a du travail ! aboya Yara, en lui jetant un tas de parchemins devant lui.

Genna lui lança un regard reconnaissant, elle l'aimait bien celle-là, elle était efficace, un peu impulsive mais perspicace. Et si Genna voulait garder le jeune Tyrell ici, c'était que seul Haut-jardin était capable d'approvisionner la capitale en aliments pour l'hiver.

-Lady Genna, celle-ci vient de votre neveu, fit Davos en lui tendant une lettre.

-C'est le sceau des Stark ! s'étonna Willas, pourquoi écrit-il au nom de Winterfell?

-Ça n'a aucune importance balaya Davos, ils ont la corneille à trois yeux, celle-ci pourrait comporter des informations importantes. Lady Genna, si vous pouviez lire à voix haute.

À sa majesté et à sa main,

Pour changer un peu du reste de votre courrier, je vous dirai que nous n'avons pas encore été attaqués par des fantômes. Mais Brandon et Arya Stark ont eu accès à des visions intéressantes. Ces créatures ont été ramenées ou créées par Mélissandre la prêtresse rouge. Sans doute a-t-elle trempé dans l'enlèvement de Bran par la secte rouge. D'ailleurs nous ne savons pas si c'est la présence de la corneille ou Winterfell qui nous protège de ces choses. Lady Sansa vous transmet tout son soutien, et met à disposition toutes les ressources du Nord qui pourraient vous être utiles. Si la situation devait devenir critique et qu'il s'avérerait que Winterfell, ou Bran pour ce que nous en savons soit un bouclier efficace, Lady Sansa vous propose de venir dans le nord. Elle est très occupé à l'instant et m'a demandé de rédiger cette lettre étant donné que la main est ma tante et que je connais bien le roi. Bien sûr nous savons que vous ne pouvez pas dans l'idéal abandonner les habitants de Port-Réal à leur sort.

La bibliotèque du château nous a appris que ce phénomène s'était déjà produit dans le passé et apparemment ils n'ont pas pu être détruits par des armes. En revanche, il semble qu'eux soient tout à fait capables de les utiliser, moi qui me réjouissais, je croyais que j'avais un avantage... mais non. Leur objectif serait de placer sur le trône le « prince qui fut promis », quel manque d'originalité ! La seule différence c'est que pour Mélissandre, ce prince est de son côté.

Tenez-nous au courant si des nouvelles vous parviennent avant nous.

Bon courage,

Tyrion Lannister,

-Pourquoi ce satané Nord trouve-t-il toujours un moyen de faire les choses à sa façon, grogna Genna, d'habitude Winterfell est infesté par les monstres les plus invraisemblables et nous ne les croyons pas, et maintenant c'est l'inverse ? Il est hors de question que j'aille geler ma vieille carcasse là-bas, Davos, ne comptez pas sur moi sur ce coup.

Genna ne connaissait pas bien les jeunes Stark, seulement par tout ce qu'on avait raconté les six dernières années sur eux, et on en avait raconté pas mal. Elle devait avouer qu'elle était curieuse lorsqu'elle voyait l'affection et la dévotion que leur portaient tant de gens et particulièrement ses neveux, dont elle croyait qu'ils avaient enfin fini par être aussi cyniques qu'elle. Mais Tyrion avait abandonné sans l'ombre d'une hésitation et visiblement sans regrets le poste de Main pour suivre la jeune Sansa Stark, et Jaime se jurait au service de Bran Stark jusqu'à sa mort.

C'était pour des raisons très différentes certes.

Mais Genna avait toujours été une solitaire. Sans agressivité, elle n'avait pourtant jamais eu besoin de qui que ce fut pour être heureuse ou du moins, sereine. Maintenant qu'elle était vieille, elle se rendait compte qu'elle avait vécu selon les principes de Tywin, ceux que lui-même avait fini par ne pas suivre.

-Il n'est pour l'heure pas question d'aller dans le nord, le trajet nous prendrait plus d'un mois, et je ne peux abandonner port-réal, rassura calmement Davos, en revanche cette lettre nous donne de bons indices.

-Je ne suis pas sûr que comprendre leur origine et leur présence partout nous permettra de connaître leurs motivations, soupira Mestre Thibaut.

-Au contraire, il se trouve que j'ai déjà beaucoup entendu parler de cette histoire d'azhor Ahai, c'est une vieille obsession chez Mélissandre. Davos observa sa main aux doigts manquants, elle croyait que c'était Stannis Barathéon, et à un moment, je l'ai cru.

Il y eut un silence gêné, Davos se racla la gorge et reprit:

-Pour désigner un Azor ahai en revanche, il lui faut une épée, et je ne crois pas qu'elle en ait une. Dans ce cas, il pourrait s'avérer qu'elle tente de s'emparer d'une des armes célèbres du royaume.

-Les épées d'acier Valyrien... proposa Willas Tyrell.

-Le verre dragon n'est pas mal non plus, poursuivit Yara Greyjoy.

-Mais qui s'en servirait, ces créatures peuvent-elles se servir d'une épée? demanda Genna, qui commençait à en avoir assez déjà, de ces nouveaux ennemis.

-Selon vous majesté, Mélissandre pourrait-elle simplement vouloir le trône pour elle-même en se servant du prétexte religieux, intérogea la fer-née.

-Je ne crois pas, mélissandre malheureusement croit à ces choses, elle en avait persuadé Stannis et sa femme, et j'en venais à me poser des questions, des phénomènes vraiment étranges se passaient autour d'elle.

-Bien, il faut tout de même que nous nous rendions à la séance de doléances prévue dans dix minutes ! rappela Genna, le roi et les autres affichèrent des expressions de surprises.

-Avec tout cela je n'y pensais plus, confessa Mestre Thibaut, baissant les yeux, l'air gêné.

-Moi-même, cela m'était sorti de la tête, avoua Davos, merci lady Genna.

-J'ai parfois l'impression que sans moi ce royaume perdrait entièrement la notion du temps, grogna-t-elle, même si elle comprenait pourquoi c'était le cas.

-Je vous rejoints là-bas dans quelques minutes, fit ser Davos, ce fut à ce moment-là que Genna s'aperçut seulement que le roi était arrivé tout droit de ses appartements dans des vêtements normaux, normaux pour un paysan riche ou un marchand pauvre se dit-elle, mais pas le genre de choses qu'on attendait d'un roi, il avait dû quitter sa chambre dans la précipitation.

-Il vaudrait mieux, fit-elle, avec le ton altier des lannister.

Genna, quant à elle, avait déjà une tenue appropriée à l'occasion, bien qu'à son âge, on attendit plus d'elle qu'elle fit aucun effort, n'étant plus bonne à mariée ou à faire des enfants. Genna savait que malgré cela, ce vert ourlé d'or rappelait à tout le monde qui elle était.

Lorsqu'elle entra dans la salle d'audiences, Genna comprit que les choses difficiles ne faisaient que débuter. Alors que la coutumes voulait que les personnes requérant le secours de la couronne ne rentrent qu'individuellement ou par groupe d'intérêt, les quatre gardes qui suffisaient d'ordinaire à réguler les entrées s'étaient laissés dépasser et erraient à présent au milieu d'une foule compacte. Mais sans doute, se dit-elle tous avaient le même problème.

Lorsqu'elle entra avec sa garde personnelle cependant un passage se libéra pour la laisser rejoindre l'un des sièges installés sur l'estrade.

-Vous êtes la dame main du roi ? demanda un homme à l'avant de la troupe.

-Exact, je suis Lady Genna Lannister, assura-t-elle, omettant comme à chaque fois de mentionner son mariage avec un Frey, ces derniers n'avaient pas bonne réputation depuis quelques années...

-On nous avait dit que la menace venant du nord était éliminée ! protesta quelqu'un, et pourtant, tout port-Réal est infesté de morts, ils entrent dans les maisons, effraient les gosses, et ils prennent même les armes.

-Les armes... fit doucement Lady Genna intéressée, alors que Mestre Thibaut prenait frénétiquement des notes derrière elle, quelle genre d'armes?

Elle posait cette question à la fois pour s'assurer de la véracité de l'information et aussi, pour savoir de quelles genres d'armes pouvait bien disposer le peuple de port-réal, cette information pourrait se révéler utile par la suite.

-Ils prennent les couteaux, les haches, énuméra l'homme du début, je suis armurier, on a rien pu faire... ils sont entrés chez moi, ils ont dit qu'ils cherchaient Illumination.

À ces mots, un brouhaha de murmures éclata comme un orage, c'était répétitif, des mots revenaient en une sorte de litanie abrutissante. "le prince qui fut promis", "illumination" "Dieu de la lumière".

alors le peuple avait connaissance de la légende?

À ce moment, Davos entra et rejoignit le reste de son conseil:

-Il semble que les prophéties de votre Mélissandre soient populaires, autant chez vos sujets que chez les fantômes, fit remarquer Genna, d'un ton lugubre.

-Écoutez fit Lord Davos, d'une voix forte et profonde qui donnait une idée des raisons pour lesquelles il avait été choisis comme roi.

-Nous sommes face à une nouvelle menace, il semble qu'une prêtresse rouge ait réveillé les morts pour trouver le prince qui fut promis et lui redonner son épée, Illumination, ainsi que Westeros. Ces fantômes sèment la panique partout, je suis même étonné qu'ils ne se trouvent pas ici à cette heure. Le but de Mélissandre est de semer la discorde, la rancoeur et la détresse parmi nous.

Nous ne devons pas nous laisser faire mais nous vous devons la vérité, celle que vous connaissez déjà. Ces fantômes gagnent en puissance, hier encore, ils ne pouvaient pas interagir avec la matière de notre monde, aujourd'hui ils nous volent nos armes.. Davos sembla hésiter, sans doute se demandant comment obtenir des informations sans montrer qu'il n'était pas plus avancé qu'eux.

-Nous avons besoin de savoir si des personnes ont été blessées ou tuées par les créatures ? coupa Genna, préférant aller droit au but, s'ils n'ont pas pu faire cela c'est un bon signe, ils peuvent interagir avec la matière inerte mais pas encore avec le vivant.

Les gens s'entre-regardaient faisant non de la tête, l'homme qui avait été leur interlocuteur depuis le début fit:

-Apparemment pas, pas ici en tout cas, mais ce n'est peut-être qu'une question de temps.

-En effet, fit le roi, nous avons reçu des corbeaux d'un peu partout dans les sept royaumes et il semblerait qu'ils ne causent pour l'heure que de la peine et des remords, ce qui est déjà beaucoup trop.

Nous ne pouvons lever une armée contre des ennemis que nous ne pouvons atteindre. Nous réfléchissons à une solution...

Le pauvre roi semblait ne savoir quoi ajouter, Genna devait s'avouer qu'elle n'aurait su que dire non plus et cela l'agaçait au plus haut point. quand son grand frère Tywin avait été main, il n'y avait jamais eu ce genre de situation, pour la bonne raison que lorsqu'un problème se présentait ces dernières décennies, le peuple n'avait jamais été tenu informé, et si par mégarde, il avait ouïe dire quelque chose, alors tout accès au donjon rouge lui eut été interdit. être le gouvernement de la paix et de l'honnêteté, ceux qui arrivaient pour reconstruire les obligeait à se conduire autrement. Pour sa part, Genna n'aurait jamais pu assumer d'être à la place de Davos, la responsabilité et le risque étaient trop lourds. Mais contrairement à son frère ou à sa nièce Cersei, elle comprenait l'indispensabilité de gens comme Lord Davos, des gens honnêtes, honorables, et justes. Ces gens là permettaient de garder la face devant le peuple, pendant que des gens plus astucieux cherchaient une solution sérieuse.

-Que nous proposez-vous ? demanda l'armurier, à mi-chemin entre la vrai interrogation et le défi.

-je... il faut rester groupé, lâcha Davos, il semble y avoir moins d'attaques quand les gens sont groupés, restez avec vos proches.

Alors que le vrombissement de la foule s'élevait de nouveau, Davos se tourna vers les occupants de l'estrade et marmonna:

-C'est peut-être pour cela que Winterfell n'est pas touché...

-Sauf votre respect majesté, cela ne fait pas beaucoup de sens, rétorqua Lady Yara, n'avez-vous pas été visité par ces créatures alors que vous étiez avec votre femme?

-Oui, soupira Lord Davos, mais la confrontation sera moins éprouvante si ils ne sont pas seuls face à leur passé. D'ailleurs, j'ai le sentiment que le conflit va devenir moins personnel.

C'était une plutôt bonne suggestion, songea Genna, d'autant que maintenant qu'ils récupéraient des armes, le problème changerait sans doute de nature, il ne s'agirait plus d'esprits venant tourmenter ceux qu'ils connaissaient de leur vivant, mais d'une armée se rassemblant en quête d'un prince qui fut promis.

-Votre majesté, pour venir ici, nous avons laissé nos familles seuls dans nos foyers, je pense que nous devrions rentrer.

-Oui, bien sûr acquiesça Lord Davos avec soulagement.

La foule se dirigea alors vers les portes lançant ça et là une question au conseil qui se contentait de prodiguer quelques avis et encouragements.

Quand le bruit des portes se refermant résonna dans la grande salle presque vide, Lady Yara poussa un soupir de soulagement, le roi s'affaissa sur son siège, Willas Tyrell se mit à arpenter la pièce à grandes emjambées d'un air préoccupé. Genna se demanda brièvement si elle ferait beaucoup de mal à l'image des Lannister si elle abandonnait son poste de main à l'instant. Après tout, elle ne l'avait accepté que pour préserver la réputation des Lannister que son neveu avait abandonné pour une Stark. Mais elle l'avait également fait, dût-elle s'avouer, parce qu'elle avait envie de donner de ses vieux jours à une bonne cause. Enfant, elle avait idolâtré son grand frère Tywin, et même une fois mariée à un abruti de Frey, elle avait toujours souhaité faire quelque chose de plus grand que d'être la Lady d'un château perdu au seigneur absent. Elle avait là une occasion de montrer que, bel et bien, les lannister pouvaient payer leurs dettes. Elle resterait, l'ouest pouvait attendre, le royaume pas et Davos lui semblait un relativement bon roi à conseiller, et un peu, à gouverner.

-Ce n'est pas contre eux, mais ça fait du bien quand ils ne sont plus là à nous regarder comme si on y pouvait quelque chose, se plaignit Willas.

-Nous devons y pouvoir quelque chose, répondit Davos, la ride sur son front s'accentuant alors qu'il réfléchissait, Genna doutait fort qu'une solution lui apparaîtrait en contorcionnant ainsi son visage et les rouages de son esprit.

Soudain, Les gardes laissèrent entrer Gendry Barathéon, tout couvert de poussière, pantelant, en tenue de voyage.

-Lord davos... pardon votre majesté, Je ne pouvais pas rester dans l'est, balbutia le garçon, un régiment entier de Barathéon morts me poursuivaient dans leur château ancestral en m'accusant de tout, alors que je n'en connaissais pas un seul.

-Gendry, êtes-vous venu seul ? interrogea le roi, pressentant sans doute le pire.

-Il y a quelques chevaliers qui m'ont accompagnés mais.. oui, pourquoi?

-Vos bannerais, les paysans, les gens qui sont théoriquement sous votre protection, expliqua Genna, vous n'avez rien dit, rien fait pour eux?

-Que vouliez-vous que je fasse ? s'insurgea le jeune homme, et sa vivacité montrait bien qu'il n'avait pas était élevé dans la noblesse, quoique, se dit Genna, les Barathéon n'avaient jamais été connus pour exceller dans l'art de la subtilité.

-Il marque un point, admit Yara.

-Tous les autres seigneurs n'ont tout de même pas accourus ici comme des mioches effarouchés, rétorqua Genna.

-le temps de trajet n'est pas très long depuis les terres de l'orage, rappela Gendry, et je voyage à cheval et sans escorte démesuré, je... j'avais besoin de consulter Ser Davos.

Genna lui donnait vingt et un ou vingt deux ans, mais il avait l'air désemparé de quelqu'un qui se retrouve avec beaucoup plus de responsabilité qu'il n'aurait pu imaginer.

En cela, le roi et lui présentaient de nombreuses ressemblances, tous deux ayant grandis dans les basses couches du peuple se retrouvant projeter au sommet par les aléas de la guerre et de la paix.

-Jusqu'où ces entités vous ont-elles poursuivies ?

-He bien, seulement quelques minutes à vrai dire... elles ne se sont pas laissées distancées, elles ont juste toutes disparues en même temps.

-Cela va dans le sens de la théorie selon laquelle Mélissandre rassemble ses troupes, constata Lord Davos, à l'adresse du reste du conseil restreint.

-De plus Gendry, vous devez savoir que la responsable de tout cela n'est autre que Mélissandre, la prêtresse rouge.

Les deux hommes partagèrent un regard étrange comme si ces quelques mots avaient plus de signification pour eux que pour le reste des occupants de la pièce.

Puis Lord davos se racla la gorge:

-Il y a de cela plusieurs années, lorsque j'étais au service de Stannis Barathéon, Mélissandre avait tenté d'offrir Gendry en sacrifice à son Dieu.

-Lord Davos m'a permis de m'échapper, ajouta Gendry, mais ce n'est pas passer loin.

-Croyez-vous que les sacrifices humains sont toujours dans ses projets ? questionna Mestre Thibaut, l'air inquiet.

-Quand ces créatures auront assez de force pour s'en charger, il n'y a pas de raisons pour qu'elle renonce à ses vieilles habitudes, plaisanta Lord Gendry, mais Genna sentait que le coeur n'y était pas.

-Comment négocier avec un ennemi qui ne se présente même pas pour exprimer ses griefs ? se lamenta le roi, découragé.

-Je pense qu'elle va le faire, c'est une question de temps, fit Genna, et son objectif est clair si on peut faire confiance à ces créatures, elle veut mettre le Prince qui Fut promis sur le trône, en établissant sa religion à la place du culte des Sept.

-Si nous pouvions la capturer et l'éliminer, peut-être que cela réglerait le problème, mais il faudra le faire au plus vite, avant qu'ils soient en mesure de nous attaquer, quelle que soit la forme de magie qui les anime.

-Vous avez raison majesté mais Mélissandre est sans doute dans le nord... au-delà du mur même, il nous faudra plusieurs mois pour y dépêcher des troupes et d'ici là elle nous aura sans doute filer entre les doigts, ou elle sera passée à l'offensive, répliqua Yara.

-Nous devons demander l'aide des Nordiens alors, fit le roi en exprimant la réflection que sans doute, tout le monde était entrain de se faire.

-Oui, mais ça va être compliqué, rappela Lady Yara, en ramenant Bran Stark je n'ai pas vu une armée aguerrie, prête à intervenir si besoin dans le château.

-Si Lady Sansa fait appelle à ses vassaux, répondit le roi, ils répondront et une force militaire pourrait se concentrer.

-J'espère que ça sera possible soupira Yara, j'apprécie Sansa mais je crois qu'elle a un peu négligé ses bannerais pour s'occuper du peuple, ce que l'on ne peut lui reprocher mais...

-Assez ! s'exaspéra soudain Genna, il ne sert à rien de tergiverser, écrivons à Winterfell, ils feront ce qu'ils pourront en attendant, nous devons nous aussi prendre des mesures.

-Et que Suggérez vous exactement, lady Genna, lança cet idiot de Willas avec condescendance.

Genna arrêta un instant son regard sur chaque personne présente, tous perdus, et la regardans à mi-chemin entre l'irritation et l'espoir. Genna n'avait jamais vraiment eu l'occasion de faire une telle différence, mais il faudrait qu'elle la fasse, cette différence.

-Cette Mélissandre cherche un certain prince qui fut promis ? C'est parfait, nous allons le lui présenter.

Agacée devant les bouches bées de ses interlocuteurs, Genna s'empressa de préciser.

-Nous n'avons pas besoin de trouver ce prince. Si tant est qu'il existe. Nous n'avons qu'à l'inventer. Trouver une bonne histoire, du moins assez cohérente pour être cru par une fanatique et le lui présenter.

-Ce n'est pas une mauvaise idée, convint Davos, mais que ferons-nous si elle nous croit, le mettrons-nous sur le trône ?

-Nous le ferons disparaître... un tragique accident, il n'aura même pas besoin de mourir vraiment, et une fois que nous aurons Mélissandre ici rien ne nous empêchera de nous débarrasser d'elle.

-Ce n'est pas très honorable, mais j'imagine que cela pourrait marcher, fit le roi, songeur, un demi-sourire aux lèvres.

-Ho je vous en prie Davos, l'honneur ne mène à rien, n'étiez-vous pas un contrebandier ?

-Oui, et j'en ai perdu des doigts, ma vie n'a été que meilleur lorsque j'ai compris ce que courage et sincérité voulaient réellement dire.

-Excusez-moi mais nous n'avons pas vraiment le temps pour vos disputes, coupa Yara, qui pourrait bien faire croire être un prince qui fut promis ? On a pas cinquante héros ténébreux sous la main.

-Il suffit d'un seul, déclara sereinement Genna, j'imagine que Jon Snow aurait été une bonne recrue mais depuis qu'il est marié à la reine des dragons et a des enfants il n'est pas aussi adapté, Gendry en revanche fera l'affaire.

Gendry sursauta violemment:

-Non, c'est impossible, je n'ai pas d'épée et... non.

-Au contraire c'est une excellente idée ! s'enthousiasma Lord Davos, vous savez fabriquer des armes, vous étiez à l'origine destiné à être forgeron, vous pouvez vous en fabriquer une, vous êtes jeune, le dernier descendant d'une noble lignée, et si elle n'a pas réussi à vous sacrifier la première fois, disons que c'est que son dieu vous protégeait...

-Mais... et mes fonctions en tant que seigneur des terres de l'orage, pendant un temps je devrais les abandonner.

-Sans vouloir vous manquer de respect, vous débutez à peine dans ces fonctions, je suis sûr que vous ne portez pas le château sur vos seules épaules et les gens vous estimerons plus si ils pensent que vous êtes ce prince de prophétie.

-Alors, vous allez mentir à la population ? demanda le garçon, avec un peu de reproche dans la voix.

-Nous allons mentir à Mélissandre, corrigea Davos en souriant au garçon, nous ne pouvons simplement pas expliquer notre plan à tout le monde sinon il serait inpraticable.

Davos chercha le regard de Genna, en quête d'aprobation, et elle sourit imperceptiblement, peut-être qu'elle avait finit par lui apprendre quelque chose, finalement. Et peut-être, que lui aussi, il lui avait transmis un peu de sa gentillesse parce que se tournant vers Gendry Barathéon, elle déclara:

-Les prophéties ne disent que ce qu'on veut bien en comprendre, si nous le décidons, je ne vois pas pourquoi vous ne seriez pas ce fameux azor Ahai réincarné.

-Plutôt Arya que moi, fit le garçon, avec un sourire reconnaissant, idiot et triste à la fois. Genna se demanda comment il parvenait à faire cela, et une seconde il lui rappela son fils, mort environ à cet âge-là. Elle se secoua, si même elle devenait sentimentale, ils étaient foutus.

-Arya stark ? demanda Yara.

Gendry eut un air gêné mais acquiesça.

-Qu'ont-ils tous avec ces Stark ? demanda-t-elle à Lord Davos, mes neveux, ce garçon...

-J'imagine que cela ressemble à ce que l'on a tous avec l'espoir lui répondit le roi, songeur, il ne s'éteint jamais vraiment.

notes: merci d'avoir lu, ce n'est pas un des chapitres que j'ai adoré écrire mais c'est nécessaire pour la suite ! N'hésitez pas à commenter ça me fait toujours plaisir et ça me permet d'aller dans une direction qui vous plaise !

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