Notes : coucou, merci à ceux qui laissent des reviews ! Judy : Je vois qu'on est d'accord sur Gendry, je pense que Joy sera plus intéressante !

Bonne lecture à tous !

Chapitre 23: Joy

»Le chevalier aux cheveux d'or portait la pauvre Cordelia couverte de sang et son épée magique dans ses bras:

-Ne Vous en faites pas Milady, murmura-t-il d'une voix rauque, vous et moi sommes des chevaliers errants, nous survivrons."

Joy relut les quelques lignes qu'elle venait d'écrire avec un sourire rêveur. Cependant, ses personnages étaient trop suspicieusement inspirés de son cousin Jaime et de sa dulcinée Brienne. Elle s'affala de nouveau sur les coussins qui couvraient le sol de la bibliothèque, comment pouvait-elle écrire de belles histoires d'amour ou d'aventures si elle n'en vivait jamais ? Non pas qu'elle fut malheureuse à Winterfell, il y avait des livres, de la neige et des mystères à résoudre, trois de ses choses favorites dans la vie.

Mais depuis que Tyrion, lady Sansa et Arya et la plupart des Nordiens avaient quitté le château la laissant derrière, les choses l'amusaient beaucoup moins. Joy entreprit de rajouter quelques adjectifs mélioratifs à la description du chevalier fictif, changeant sa couleur de cheveux en un noir corbeau, pour s'éloigner de son sujet d'inspiration et parce que selon elle, cette couleur était plus mystérieuse et séduisante.

À ce moment précis, Bran dans sa chaise équipées de roues entra dans la bibliothèque. Joy se redressa si vivement sur ses pieds que la tête lui tourna un instant :

-Bonjour Lord Bran ! salua-t-elle, en se faisant la réflexion qu'il était étrange de nommer ainsi un garçon qui n'était né que deux ans avant elle.

-Bonjour Joy, répondit-il, je vais avoir besoin de vous.

-De moi ? s'écria-t-elle, survoltée, que puis-je faire pour vous aider ?

-Mes soeurs et leur armée reviennent à Winterfell, Mélissandre leur a filé entre les doigts, mais sansa pense avoir une idée pour se débarrasser d'elle. En attendant, je dois aller consulter quelqu'un et j'ai besoin d'être accompagné d'une personne de confiance.

-Pourquoi ne demandez-vous pas à Lady Meera ? s'enquit elle.

Joy se posait vraiment la question, pourquoi le si étrange Bran Stark préférerait il demander son aide à une gamine qu'il ne connaissait pas bien plutôt qu'à n'importe quel membre du conseil restreint de Winterfell?

-Elle et les membres du conseil en général sont occupés avec d'autres affaires, informa-t-il distraitement, et ils seront sûrement contre l'idée.

-De quoi s'agit-il ? pourquoi pensez-vous que j'approuverai plus votre idée que les autres?

-Il s'agit d'une excursion de la plus haute importance, fit-il, et je sais que vous mourrez d'envie d'agir, de jouer un rôle dans les événements.

Toute l'attention de Joy se concentra sur son interlocuteur, c'était peut-être sa chance de montrer de quoi elle était capable. Cependant, Joy bien qu'elle ne soit qu'une Hill avait été élevée par les Lannister, dont elle conservait une certaine prudence.

-Ce n'est pas pour cela que je suis prête à tout, dites m'en plus.

-Très bien, abdiqua-t-il avec un soupir agacé, mais vous ne devrez pas aller babiller avec les enfants des domestiques ou des commerçants de la ville.

Joy contint son agacement du mieux qu'elle put, elle n'était pas une personne colérique et Bran était un phénomène qui l'intriguait depuis trop longtemps pour qu'elle se fâche avec lui pour si peu.

-Bien sûr que non.

-Sansa m'a écrit une lettre dans laquelle elle m'explique qu'elle pense que pour détruire Mélissandre il faut détruire la magie du nord, réussir à atteindre le cœur de ce pouvoir et l'endommager assez sévèrement pour empêcher que marcheurs blancs et fantômes ne puissent faire surface.

-Mais c'est horrible ! ne put s'empêcher de s'écrier Joy, cela serait presque criminelle... ce serait priver cet endroit de ce qu'il a de si...exhaltant !

-Vous employez beaucoup ce mot, remarqua Bran.

-Cela n'a rien à voir lord Bran, mais comment Lady Sansa peut-elle envisager cela ?

-Elle est prête à tout pour protéger notre royaume et ceux qu'elle aime, rétorqua Bran, et je pense qu'elle a raison mais je dois aller consulter une personne vivant un peu à l'écart de la ville d'hiver et je préférerai ne pas y aller seul.

-Pourquoi ?

-Vous posez beaucoup de questions Lady Joy, mais cet...individu n'aime pas beaucoup les entités mythiques... ni les personnages politiques, en revanche, il sera sans doute disposé à parler à une enfant.

Joy ne prit pas ombrage de l'attitude dédaigneuse de Bran, c'était son comportement habituel et elle était rongée par la curiosité, elle sourit au plus jeune Stark :

-Attendez moi dans les écuries, je vous y rejoins d'ici dix minutes.

Puis la jeune fille détala joyeusement à travers la bibliothèque et les couloirs du château manquant de renverser plusieurs personnes sur son chemin, Joy était maladroite, elle glissa dans le dernier escalier et dégringola au bas des marches en poussant un cri strident. Alors qu'elle se relevait, ravie d'avoir apparemment préserver l'usage de tous ses membres elle fonça droit sur Robin Arhin qui arrivait dans la direction opposée.

-Désolée, lança-t-elle sans s'arrêter.

Mais le garçon persista en l'attirant par la manche de sa robe :

-lâches-moi crétin, j'ai un rendez-vous, siffla-t-elle en tentant de se dégager, - cela faisait un moment que Robin et elle étaient passés au tutoiement, c'était plus pratique pour s'insulter dignement- et il était hors de question que Bran parte sans elle.

-Ah oui ? Un rendez-vous avec tes amis imaginaires ? rétorqua-t-il la suivant alors qu'elle reprenait sa course vers ses appartements.

Joy trouvait cela très blessant d'utiliser sa solitude pour se moquer d'elle, elle avait passé son enfance presque entièrement seule et il aurait été très probable qu'elle ait en effet eu recours à un tel subterfuge, pourtant, Robin avait eu le même genre d'expérience qu'elle, il avait simplement été si gâté par sa mère qu'il ne s'en rendait pas compte. Joy ne se sentait pas le cœur de l'attaquer à ce sujet là :

-Cela ne te regardes pas, retourne piocher dans les réserves de nourriture.

-Mestre Nathan sera mécontent quand il verra que tu ne viens pas suivre son cours, répliqua Robin.

Joy, une fois encore, maudit sa sensibilité et son étourderie, elle avait oublié les cours de Mestre Nathan qu'elle admirait tant et qui lui permettrait peut-être de devenir ambassadrice un jour.

-Je me débrouillerai avec lui assura-t-elle, aussi bien à Robin qu'à elle-même en claquant la porte de sa chambre au nez du garçon.

Malheureusement, la femme de chambre qu'on lui avait attribuée n'était pas là et il faudrait qu'elle se débarrasse de cette horrible robe à corset au lacets complexes toute seule pour revêtir des vêtements plus adaptés à l'aventure selon elle. La matinée était déjà bien avancée et un soleil timide illuminait la pièce, alors que Joy enfilait des bottes susceptibles de survivre à la neige si elle devait descendre de cheval. Aujourd'hui, Joy fêtait son quatorzième anniversaire, et croyait-elle, elle partait enfin à l'aventure. Jamais personne ne s'était soucié de fêter le passage de ses années, excepté quelques nourrices ou ses cousins lorsqu'ils avaient été à Castral Roc pour l'occasion. Alors qu'elle allait quitter la pièce elle remarqua enfin que des paquets avaient été déposés sur son lit.

Elle s'attendait plus ou moins à recevoir quelque chose de sa tante Genna, qui, bien que peu expressive avait fait l'effort depuis qu'elle l'avait sous sa responsabilité de lui faire quelque présent ennuyeux comme des livres de prières aux sept ou des nécessaires de broderies. Mais cette fois, Joy fut très surprise de trouver un petit flacon de cristal avec la note :

Joy, Tu es une grande personne maintenant, ce poison tue à la moindre inhalation ou ingestion. Sois prudente, n'accordes pas aisément ta confiance comme tu as coutume de le faire et rends nous fières de te compter parmi les nôtres.

G. Lannister.

Joy réprima un frisson d'horreur, elle ne pensait pas être une grande personne, surtout si cela impliquait ce genre de présent, Joy n'était pas faite de la même matière que Cersei ou même Genna, la simple idée de tuer quelqu'un la faisait trembler, bien qu'elle sût que l'intention de sa tante était louable, elle n'en aurait pas besoin à Winterfell, elle laissa donc le flacon dans un tiroir de sa commode, enfoui au milieu de ses vêtements.

Le second présent venait de son cousin Tyrion et de Lady Sansa réalisa-t-elle avec surprise, c'était une cape simple et noire, dans le style sobre du nord, avec brodé en petit, un chat couleur or.

« Joyeux anniversaire Joy ! Merci de ton aide dans le combat contre Mélissandre. Le chat ne serait-il pas un bon blason pour toi ? Il conserve tes origines tout en marquant ta différence. La finesse d'esprit, la douceur et la joie sont de plus nobles qualités que la richesse et l'orgueil, et tu en es déjà une preuve vivante. «

Ce mot avait dû être écrit par Tyrion, et la broderie faite par Sansa, Joy aurait voulu pleurer un peu de bonheur, parce que c'était ce qu'aurait fait une héroïne, mais elle avait des priorités plus urgentes.

Elle reprit donc sa course folle à travers Winterfell pour rejoindre Bran Stark.

Ralentissant son allure en passant devant la porte derrière laquelle les membres du conseil restreint se regroupaient, Joy sentit un frisson de peur et d'excitation la parcourir, cela lui remémora les jours d'été au roc, lorsqu'elle suivait les enfants des domestiques pour aller plonger du haut des falaises à Pic dans la mer, une longue tradition chez les enfants de l'ouest. Sauf qu'elle n'avait jamais osé le faire, le vide la terrifiait trop et elle rebroussait immanquablement chemin sous les quolibets des autres. Joy ne le regrettait pas, elle voulait être une aventurière, pas téméraire. Aujourd'hui, cependant quoi qu'il advienne la jeune fille ne put s'empêcher de se promettre intérieurement qu'elle ne ferait pas demi-tour, parce que c'était son anniversaire et que Bran Stark lui avait demandé son aide et qu'il était l'être le plus magique qu'il lui ait été donné de rencontrer.

-Désolée pour mon retard, j'ai eu quelques imprévus, fit-elle, le souffle court lorsqu'elle eut retrouvé le jeune garçon près des écuries.

-Moi-même je ne prends pas la peine de me renseigner sur le niveau de nuisance dont sera capable chaque jour Robin, fit-il avec un demi-sourire.

Elle eut un rire joyeux.

Cela ressemblait presque à une plaisanterie, se dit Joy et de la part de la corneille, cela représentait déjà un énorme effort, elle le savait. Mais soudain, un problème d'ordre très pratique lui apparut :

-Bran, comment allez-vous faire pour passer de votre fauteuil à votre selle... sans l'aide d'un écuyer... la différence de hauteur est trop grande pour que vous puissiez vous hisser à la force des bras, et pourtant vous avez dit que nous ne devions alerter personne.

-C'est vrai, déclara Bran, sans qu'elle ne put déterminer s'il y avait pensé auparavant où si elle venait de lui faire remarquer.

-Mais je peux demander de l'aide ... sans donner d'amples précisions.

Ainsi, ils hélèrent deux écuyers à qui Bran commanda de sortir deux chevaux car Lady Joy et lui voulaient faire une promenade autour du château.

-Est-ce que je pourrais y aller avec Whissper, celui au pelage roux ? ne put-elle s'empêcher de demander, c'était elle qui avait surnommé ce cheval ainsi, c'était devenu son nom plus ou moins officiel et Joy l'adorait bien que Robin Ne cessât de lui dire que ce n'était qu'un poney. Joy ne savait exactement où était la limite entre les deux, et elle n'en avait rien à faire. Elle adorait ce cheval.

Les écuyers firent ce que les deux adolescents leur demandaient et aidèrent Bran à monter en selle.

Sur Le trajet jusqu'à la ville, Joy fit plusieurs tentatives pour engager la conversation avec son mystérieux compagnon, mais bien qu'il ne se montrât pas vraiment désobligeant il était clair qu'il ne savait pas comment faire pour avoir une conversation légère. Cela rebutait beaucoup de gens, Joy le savait, quant à elle, elle avait grandi avec des personnes qui pour la plupart en plus de ne pas savoir quoi lui dire la rabrouaient quand elle bavardait trop à leur goût, elle ne se vexait donc pas facilement.

Aux abords de la petite ville, Bran lui fit signe de dévier vers la droite vers une espèce de cabane cachée dans les buissons.

-Joy, je ne peux pas descendre pour aller toquer à cette porte, expliqua le garçon, c'est une des raisons pour lesquelles vous êtes là... si... si la personne n'acceptait pas de sortir à ma rencontre et préférait vous parler à vous, acceptez, et demandez-lui comment et doit-on briser la magie du nord ? C'est important, et vous devrez me rapporter précisément ses propos, il sait que vous nous les transmettrez... il est juste très électif dans le choix de ses interlocuteurs.

Joy était complètement perdue, elle n'avait jamais entendu au temps de mots sortir de la bouche de Bran, et alors que mille questions se bousculaient dans sa tête le seul mot qu'elle put prononcer dans un premier temps fut :

-Pourquoi ?

-Vous comprendrez en lui parlant, rassura le garçon.

-Mais pourquoi demander à cet individu ? C'est vous qui êtes censé tout savoir, vous êtes la corneille à trois yeux.

-Comme vous avez dû l'entendre je n'ai aucune information sur la question qui nous occupe.

Cela semblait le frustrer beaucoup, quelque chose comme de l'incompréhension et de la colère brillait dans les yeux noisette de Bran et Joy se fit la réflexion qu'il ne lui avait jamais paru si humain.

-Ce n'est pas grave, personne ne peut tout savoir, bafouilla-t-elle, faute de mieux.

Bran ne répondit pas et Joy comprit que c'était son signal, elle se laissa glisser à terre, flattant un instant la crinière de Whisper pour se donner du courage, elle passa les rennes à Bran :

-Je n'ai pas d'armes, prévint-elle, j'espère que celui ou celle chez qui vous m'envoyez n'a pas de tendance à l'agressivité sans quoi je ferai face à une mort sanglante, bien peu héroïque oubliée de tous.

Lorsque Joy était anxieuse, elle se mettait souvent à parler comme dans un de ces livres d'histoires tragiques dont elle s'était abreuvée, elle fut un peu gênée de s'être une fois de plus laisser emporter, Bran ne lui ferait plus jamais confiance s'il la considérait comme une enfant écervelée.

-Allez-y, Joy.

Joy obéit et avança jusqu'à la porte de chêne contre laquelle elle frappa timidement.

Elle fut très surprise de voir celle-ci s'ouvrir sur un jeune homme d'une vingtaine d'années, habillé comme un paysan. Joy s'attendait à faire la rencontre de quelques créatures terrifiantes, vieilles devineresses édentées, ermites aux cheveux et à la barbe hirsute, elle aurait même moins été décontenancée de se retrouver face à un arbre cœur parlant !

-Je...heu... Bonjour ! dit-elle, retrouvant son assurance génétiquement programmée.

-Bonjour ! fit-il comme en écho, une moue amusée égayant son visage.

-Je m'appelle Joy et Je suis là avec ... hmmmm... Bran Stark de Winterfell ! annonça-t-elle, et nous avons, enfin il paraît que nous avons des questions à vous poser bien que je ne comprends pas pourquoi... sans vouloir vous offenser.

L'inconnu aux traits ciselés soupira et Joy eut l'impression que l'un de ses personnages inventés avait pris vie.

-Je préfère parler aux humains, qu'aux êtres comme ton ami, confia-t-il, mais comme de toute façon il aura accès à tout ce que je te dirai, autant nous comporter de manière censée.

Joy jeta un regard curieux à l'intérieur de la cabane, elle eut juste le temps d'apercevoir un intérieur chaleureux, un grand feu ronronnant dans l'âtre, et les effluves de pain chaud lui parvinrent avant que le jeune homme n'ait enfilé son manteau de fourrure et ne l'ait suivi au dehors près des chevaux.

-puisque la corneille n'est pas très loquace, fit-il, saches que je m'appelle Ilirian et je peux vous aider grâce à mes rêves prémonitoires.

Joy étouffa une exclamation de surprise, il existait donc d'autres personnes possédant des dons magiques comme Bran et qui en plus, ne montraient pas le même détachement vis-à-vis de leurs semblables.

-As-tu une réponse Ilirian ? demanda Bran, comme s'il s'adressait à un vieil ami alors qu'ils ne s'étaient sans doute jamais encore rencontrés physiquement en tout cas.

-Au moment où vous arriviez je m'apprêtai à partir pour rejoindre l'armée des Nordiens et m'entretenir avec Lady Sansa Stark pour lui proposer mon aide, leur apprit-il, je sais qu'elle n'a pas de mauvaises intentions, mais l'équilibre du Nord est si fragile, je dois lui demander de ne pas tenter d'en faire disparaître la magie. Il y a tant de moyen de la détruire, je sais qu'elle et ses conseillers en trouveront un facilement, et ils ne doivent pas le faire. Leurs âmes en seraient à jamais corrompues.

-Je crains que ce genre d'arguments ne marche pas. la religion...

-Ce n'est pas un problème de religion, corrigea Ilirian, la magie est profondément liée à nos âmes même surtout pour ceux comme les Stark qui ont un lien si fort avec le territoire, en détruisant la magie, leurs vies sont en denger.

-C'est ce que je craignais, murmura Bran et Joy eut l'impression désagréable d'être inutile.

-Pourtant mélissandre et ses fantômes puisent dans cette magie, rappela-t-elle, nous devons les arrêter.

-Je suis d'accord, approuva le jeune homme, mais il doit y avoir d'autres solutions, pour détruire simplement la fibre magique liée aux pouvoirs de cette prêtresse rouge, j'ai une théorie que je m'en vais exposer à la gardienne du Nord et aux Nordiens.

-Pourrais-tu plus clairement nous parler de tes rêves ? interrogea Bran, Joy ne le dit pas à haute voix de peur de vexer le garçon mais se réjouit du fait que pour une fois, il savait ce que cela faisait d'être tenu dans l'obscurité par un être énigmatique.

-Si je vous livrai les images qui hantent mon sommeil, elles n'auraient aucune signification pour vous, rétorqua Ilirian, ma mère qui avait les mêmes dons que moi de son vivant m'est apparue en rêve pour me dire que c'était l'instant de vérité pour "nos loups du Nord" et que d'ici peu, chacun devrait montrer sa vrai nature. Ma famille a servi les Stark depuis des générations même quand, à l'instar de votre père, ils ne le savaient pas. Les générations précédentes de Stark ont toujours eu une connexion avec la magie, mais ces dernières décennies, elle était souvent niée. Jamais une seule fratrie n'avait fait l'objet de tant de pouvoir dans notre mémoire.

-Alors, pourquoi ne vouliez-vous pas parler avec Bran ? voulut savoir Joy.

-Parce que ce garçon sait au fond de lui-même ce qu'il a à faire pour nous débarrasser de cette menace mais qu'il ne veut pas s'y résoudre, fit-il, l'air en colère.

-Je n'en ai aucune idée ! s'écria Bran, ce qui fit sursauter les deux autres, vous croyez vraiment que je ne m'éliminerai pas moi-même si je pensais que c'était la solution ?

Joy était éberluée, pourquoi Bran devrait-il se tuer ? Pourquoi cet autre type osait lui demander une chose pareille ? Elle allait leur faire part de ses pensées, mais Ilirian la devança.

-Ce n'est pas à cela que je faisais allusion, tu dois repousser ta magie de manière volontaire, véritablement vouloir en faire l'abandon.

-Comment le pourrai-je alors que c'est la seule chose qu'il me reste ?

-Ce n'est en effet pas aisé, convint Ilirian, mais vous devez vous y efforcer.

-Je ne peux plus marcher, sans ma magie, je ne suis qu'un poids, constata-t-il d'une voix désincarnée.

-On ne mesure pas la valeur des personnes à leur utilité, murmura doucement Joy, Vos pouvoirs ont été une bénédiction, mais ils ont créé beaucoup de douleur autour de vous, vos frères et sœurs, Lady Meera, tous ceux qui vous connaissez auparavant pleurent la perte de votre humanité.

-Vous ne savez pas de quoi vous parlez Joy ! s'énerva Bran.

-Vous faites erreur Bran, Joy sait exactement de quoi elle parle, assura Ilirian, ses yeux noirs se posèrent un instant sur elle et elle eut la désagréable impression qu'elle était apparue dans ses rêves prémonitoires elle aussi.

-Que voulez-vous dire ? demandèrent les deux adolescents en coeur, et la jeune fille remarqua que leurs tons de voix étaient bien différents. Bran semblait poser la question parce qu'il le devait, alors que l'on sentait vibrer l'intérêt de tout son être.

Ilirian lui fit un clin d'oeil qui malgré elle la fit sourire :

-Avez-vous déjà vu une créature dotée de pouvoirs magiques être claire ? lui demanda-t-il.

Joy fit non de la tête.

-Je vais essayer de l'être au maximum, mais mes rêves ne sont que des symboles que je ne décrypte qu'à moitié. Ce qui est certain, c'est que vous êtes ou aller devenir détentrice d'un atout à double tranchant, et j'espère que vous saurez prendre les bonnes décisions.

-On dirait que je suis sur le point de me retrouver plongée dans une quête héroïque ! s'enthousiasma-t-elle, une note de sarcasme dans la voix.

-Ilirian... avez-vous des informations à mon sujet également ? fit Bran, toujours sur son cheval, Joy voyait bien qu'il n'était plus coutumier de l'incertitude, il avait l'air plus jeune, plus vulnérable.

-Je vous ais dis tout ce que je savais, rétorqua Ilirian, faisant volte-face sans crier Gare.

Joy bondit instinctivement pour le rattraper comme si sa vie en dépendait :

-Venez avec nous à Winterfell Ser, proposa Joy, vous y serez bien accueilli, et à son retour Lady Sansa et ses conseillers auront besoin de vous.

Joy savait qu'elle prenait de grosses libertés étant donné qu'elle était elle-même une invitée ici, mais Bran n'était pas en état d'agir comme un Stark, et il ne la reprit pas.

-Je ne suis pas un Ser, répliqua Ilirian, et Joy eu la curieuse impression d'avoir déjà entendu cela quelque part, je n'ai pas une goutte de sang noble dans mes veines et je dois partir dès maintenant rejoindre l'armée Nordienne, je les croiserai en chemin, mais je préfère rester actif plutôt que d'aller attendre leur arrivée au château, ce serait une perte de temps.

Bran et Joy regardèrent en silence, Ilirian rentrer dans son humble foyer et en ressortir un balluchon grossièrement ficelé à l'épaule puis monter sur son cheval qui l'attendait paisiblement au coin de la cabane, et il s'en alla à vive allure.

Ils restèrent un moment-là, comme sonnés à regarder le ciel de midi illuminer les toitures colorées des maisons de la ville au loin.

-J'ai apporté de quoi déjeuner, signala Joy.

Après avoir fouillé dans la sacoche accrochée au flanc de son cheval, elle tendit à Bran le panier dans lequel il attrappa un morceau de pain, un morceau de fromage, et une poire.

-Merci, Lady Joy, j'oublie parfois ce genre de détails !

-De détails ! rit-elle, la nourriture n'est pas un détail, c'est essentiel, et c'est souvent si agréable !

Joy se percha sur une branche basse, en face de Bran sur son cheval pour se trouver à peu près à la même hauteur.

-Je crois me souvenir de cela en effet, soupiraBran, ma mère me promettait des gâteaux si je n'escaladai pas toute la journée les tours !

Il y eut un silence bref durant lequel Bran parut réaliser qu'il avait dévié de son comportement ordinaire mais il ne revint pas sur ses propos. Joy pouvait complètement s'imaginer ce petit garçon espiègle dont tout le monde parlait, et elle comprenait la douleur de sa famille.

-C'est amusant... pour ma part, j'ai toujours eu très peur du vide, hasarda-t-elle, tâtant le terrain pour voir si le garçon voulait poursuivre une conversation légère mais il se contenta d'opiner avec distance.

Ils finirent leur repas dans un silence plus ou moins confortable, puis se remirent en route pour rentrer.

-Bran, Whisper aimerait galoper, et une course serait franchement...

-Exaltante ? proposa-t-il, avec un demi-sourire.

-Exactement, et un Stark ne peut pas refuser un défi non ? cria-t-elle en s'échappant au galop.

Bran, choqué, partit à sa suite en hurlant :

-Je peux refuser un défi, en revanche, je...

Ses paroles furent englouties dans la bourrasque de vent qui siffla aux oreilles de Joy, tant pis si Bran refusait de la suivre, l'euphorie la gagnait et elle ne la laisserait pas lui échapper si facilement, pas le jour de son anniversaire. Le ruban que sa chambrière avait noué ce matin pour retenir ses cheveux céda et elle les sentit prendre leur envol dans son sillage, grisée par la vitesse de sa course et le vent glacial qui lui mordait les joues, Joy ferma les yeux, s'imaginant qu'elle était une véritable Nordienne, qu'elle avait grandi ici, que peut-être même, elle connaissait les enfants Stark depuis toujours, qu'ils l'entraînaient dans leurs jeux...

Le choc fut rude lorsque son cheval s'arrêta net et qu'on la souleva pour la lâcher sans ménagement à terre, elle poussa un cri perçant en ouvrant les yeux.

Quatre hommes armés de haches et de couteaux la cernaient, elle et Whisper, elle se maudit de ne pas avoir emporté la fiole de poison offerte par sa tante Genna, qu'allait-elle devenir ?

-que faites-vous ?

-On vole ton cheval, et si tu dis rien et que tu te casses sans broncher, il t'arriveras rien de plus, grogna un des hommes.

-Ce cheval est cher à mon cœur, dit-elle, je ne veux pas que vous le preniez.

-Dommage... fit un type et ils éclatèrent tous en rire gras, mais tu as l'air d'être une petite Lady, ton papa t'en trouveras un autre...

Avant que Joy ne puisse répliquer un autre cheval apparut et Joy réalisa avec horreur ce qui allait se passer :

-Bran, sauvez-vous, faites demi-tour ! hurla-t-elle.

Le garçon semblait l'avoir entendu mais il ne changea pas de trajectoire :

-Ne lui prenez pas son...commença-t-elle, mais il était trop tard, ils avaient attrapé Bran et l'avaient jeté à bas de sa monture comme ils l'avaient fait pour elle. Sauf que bien sûr, Bran resta à terre, incapable de se relever, Joy se précipita vers lui.

-S'il vous plaît, Lord Bran Stark ne peut pas se déplacer autrement ! supplia Joy.

-Ben celle-là alors... fit l'un des types, si tu crois qu'on va gober ça fillette, Bran Stark ici tout seul...

-La ferme, idiot, je crois que c'est la vérité. Il n'y a pas des tonnes de garçons handicapés habillés en grands seigneurs.

-On s'en fout, ils sont seuls et pas armés on se casse et on va se faire un petit butin avec ces chevaux bien nourris!

-Non ! hurla Joy, alors qu'un des hommes montait sur le dos de Whisper et un autre sur le dos du second cheval, Danseuse celui De Bran, alors que les deux autres détalaient à pieds.

Des larmes de rage et de tristesse jaillirent incontrôlablement de ses yeux, elle avait était si stupide, galoper ainsi les yeux fermés comme si le reste du monde n'existait pas, comme si des bandits ne rôdaient pas pour voler des chevaux et vendre leur viande... car c'était bien de cela qu'il s'agissait ! Elle se laissa glisser à terre sur le sol inlassablement enneigé près de Bran.

-Pleurer ne nous rendra pas les chevaux, constata Bran, ce qui eut pour effet de faire redoubler ses sanglots. Elle n'en voulait pas à Bran, pas vraiment mais plutôt en cet instant, elle se détestait elle-même. Ils étaient tous les deux là, affalés comme deux animaux sauvages empêchés de fuir par les flèches de chasseurs.

-Je suis désolée ! Je... je peux courir jusqu'à Winterfell pour chercher de l'aide pour vous et pour ramener Whisper et Danseuse ! Mais je... vous laisser là en plein milieu du chemin d'autres bandits pourraient surgir.

Joy ne se sentait plus du tout légère et insouciante, tout cela était de sa faute.

Bran se mit alors à ramper, avançant simplement à la force des bras:

-Que faites-vous ?

-J'essaie de me déplacer de manière à ne pas être aussi visible si en effet des personnes malintentionnées arrivaient en votre absence.

Bran pensait sans doute qu'il parvenait à garder son masque d'indifférence mais l'humain en lui ressortait clairement car Joy pouvait percevoir l'humiliation qui l'accablait. Joy se demanda pourquoi ce jour-là la corneille semblait plus en retrait que d'ordinaire, peut-être était-ce parce qu'il n'avait plus de visions d'importance depuis quelques temps. Joy le rejoignit et passa un bras autour de ses épaules frêles, il ne devrait pas être trop difficile à déplacer, songea-t-elle, "il est seulement à peine plus lourd que moi". Joy tira un grand coup en avant, trébucha sur quelque chose enfoui sous la neige et s'étala par terre laissant retomber Bran.

Devant le ridicule de leur situation, Joy fut prise d'un fou-rire d'autodérision hystérique.

Bran l'observa comme si elle était devenue folle. Elle se rassit, lui tendant les mains, se disant qu'ils pourraient tenter d'avancer de cette manière, en restant au ras du sol, jusqu'à ce qu'ils arrivent sous le couvert des buissons.

Mais l'attention de son compagnon était attirée par une drôle de bosse dans la neige, agacée, elle voulut faire disparaître le problème en l'écartant d'un revers de main, mais une fois la neige éparpillée, quelque chose qui ressemblait à une pierre apparut.

Ce n'était pas une pierre, se rendit-elle compte en y posant sa paume gantée qui se réchauffa en un instant. Comment une pierre pourrait-elle être brûlante au milieu de tout ce froid ? Comment quoi que se soit pouvait-il être si chaud à l'extérieur en plein milieu de l'hiver ?

De plus l'objet avait une forme ... une forme d'œuf. Une forme qu'elle avait observé avec admiration dans les livres de la bibliothèque. Les deux adolescents partagèrent un long regard fiévreux.

-Ce n'est pas possible, murmura-t-il.

-Et pourtant... c'est un œuf de Dragon, répondit-elle, la certitude s'installant dans tout son être, comme si désormais elle ne pouvait plus en douter.

Joy souleva l'œuf et sentit profondément que quelque chose de magique se tenait dans sa main.

-C'est de cela que devait parler Ilirian, comprit Bran, il devait savoir que... vous étiez sur le point de trouver cet œuf.

-Nous ! corrigea-t-elle, nous l'avons trouvé ensemble.

-Il est dans vos mains, constata-t-il simplement, mais.. nous pourrions peut-être, le laisser là et faire comme si rien ne s'était passé, nous avons déjà assez de problème.

-Non ! s'insurgea-t-elle, je veux dire, Bran, vous avez entendu les mêmes contes que moi, celui qui trouve un œuf de dragon a une responsabilité envers lui pour toujours.

Bran soupira mais acquiesça :

-Joy, savez-vous que, selon les mythes, une des façons de priver une terre de toute magie serait de détruire un œuf de dragon.

-C'est hors de question Bran, dit-elle fermement, cela serait criminel, Lady Sansa n'approuverait pas et Tyrion ne me le pardonnerait jamais, il a toujours été fasciné par ces créatures.

-Je ne faisais que le mentionner, je ne vous demande pas de faire une telle chose, je réfléchis simplement.

-Écoutez Bran, je pense que nous devons tous les deux promettre quelque chose concernant cette... circonstance.

Bran haussa les sourcils :

-Vous jurerez de ne pas tenter de causer la perte de cet œuf, et je... je jure que je n'essaierai pas, sans avoir eu votre accord, et celui des responsables de Winterfell de le faire éclore.

Cela lui transperçait le cœur de promettre une telle chose, mais elle ne pouvait pas se permettre de faire naître une créature aussi incontrôlable, pas sans raisons, elle n'avait pas le charisme d'une Daenerys Targaryen et aucune ambition de conquête, elle avait conscience que le monde n'était pas prêt à accueillir ce dragon, alors qu'on ne savait où se trouvait Drogon. D'ailleurs, n'ayant pas de sang Targaryen, elle ne serait pas en mesure de le contrôler.

-Cela me paraît raisonnable, je jure que je vous aiderai à protéger cet œuf, quoique nous soyons obligés d'en parler à mes mœurs et le conseil restreint.

-Je comprends ! assura Joy.

Elle glissa l'œuf dans sa cape d'hiver et se releva, Bran était presque sous le couvert des arbres à présent et il y parviendrait sans encombre.

-Je me dépêche d'aller chercher de l'aide ! lança-t-elle en partant en courant.

Dix minutes plus tard, elle arriva au château expliqua la situation à Meera et à Mestre Nathan qui la suivirent avec des chevaux pour aller récupérer Bran.

Alors que Bran et Joy se faisaient sermonner pour leur imprudence par les membres présents du conseil, Mestre Nathan et un groupe de chevaliers s'étaient rendus dans les environs pour essayer de retrouver les hommes qui avaient pris Whisper et Danseuse.

-Où pourrions-nous cacher cet œuf ? se lamentait Meera.

-Je ne le quitterai pas je le garderai toujours sur moi, c'est le plus sûr, chuchota Joy, alors que la voix de Robin raisonnait dans le couloir :

-Lady Meera Mestre Nathan, j'ai vu Joy courir, je suis sûr qu'elle prépare quelque chose ! Alors que Meera sortait pour calmer l'adolescent, Bran et Joy se retrouvèrent de nouveau seuls.

-Je me suis conduit inconsidérément.

-Et vous avez appris beaucoup, assura Bran, et moi aussi, j'ai peut-être des pistes sur ce qu'il me faudra faire pour faire disparaître les pouvoirs de la corneille.

Joy s'apprêta à lui demander de plus amples explications mais voyant l'expression de son visage, il prit la parole :

-Joyeux anniversaire Lady Joy, j'espère qu'avoir quatorze ans se révèle au-delà de vos espérances.

Note : Merci d'avoir lu ! Ce chapitre et plus léger et en même temps super important pour la suite, j'ai galéré pour ne pas faire trop d'incohérences mais j'ai vraiment adoré écrire ça, alors j'espère que ça vous plaît ! N'hésitez pas à me donner votre avis par review !