Notes : Merci encore à ceux qui me laissent des reviews, c'est génial et merci à ceux qui lisent aussi :
-Judy : Merci, ne t'inquiètes pas tout va s'arranger (ou pas) xd,
Emmie : Oui je sais j'aime beaucoup trop les Stark merci pour ton soutien.
Bonne lecture à tous,
Chapitre 25 : Jaime
-êtes-vous convaincu que c'est la solution la plus sage ? questionna Adam Marbrand, alors qu'ils chevauchaient depuis une journée déjà vers le nord.
Jaime avait de plus en plus l'impression de ne rien savoir mais il se justifia auprès de son camarade de jeunesse :
-Le Roi nous a informé que la capitale ne recevait plus la visite d'aucun spectre et qu'il en allait de même dans le reste du royaume excepté l'extrême Nord où ils semblent se regrouper et prendre du pouvoir.
Lady Genna lui avait d'ailleurs adressé une lettre confidentielle dans laquelle elle l'informait d'une stratégie avortée de faire passer le Lord Gendry Barathéon pour la réincarnation d'Azor Ahai qui avait causé la mort du garçon. Le Lannister était étonné que sa tante soit à l'origine d'un plan qui avait si grossièrement échoué, mais sans doute n'avait-elle pas compté sur la stupidité du bâtard de Robert ou sur la fourberie de la prêtresse rouge qui avait déjà à son actif un palmarès impressionnant de détournement de personnes innocentes.
-Le Nord a besoin de nous Ser Adam, trancha doucement Brienne, avec un mélange de brusquerie et de candeur qui aux yeux de Jaime devrait avoir raison de tous les arguments du monde.
-Nous aurions tout de même pu demander son avis à Lord Davos, constata Adam.
-Nous avons été claires sur nos intentions avec Lord Davos, et il nous a fait savoir que pour lui c'était le plus sage à faire, quoi qu'il ne sache pas ce que nous pourrions faire, expliqua Jaime, les fantômes du nord sont devenus plus agressifs, ils ont une force physique et sont susceptibles de s'organiser pour se battre.
-Simplement, ce n'est pas dans leur nature, remarqua Brienne avec déception, ils préfèrent infliger une torture psychologique à leurs adversaires, en un sens, c'est beaucoup plus efficace.
Jaime sut sans avoir besoin de vérifier que les yeux saphir de Brienne étaient posés sur lui, elle s'inquiétait. En effet, avant que les fantômes ne déguerpissent tous pour le Nord, le nouveau seigneur de Castral Roc avait été l'une de leur proie de prédilection et il venait de passer une semaine cauchemardesque.
Déjà qu'il n'était clairement pas encore à l'aise dans ses fonctions politiques, être hanté par le fantôme de sa sœur et de ses enfants n'avait pas arranger les choses.
Après la première apparition de Cersei dans la grande salle du château ancestral, la vie était devenue intenable. Les habitants de Lannisport et des environs étaient venus se réfugier à Castral Roc ignorants encore que les ennemis qui les pourchassaient ne seraient pas arrêtés par les murailles, ou tentant peut-être désespérément de croire que les Lannister avaient une solution. Les Lannister. Comment ce nom pouvait-il désormais les désigner eux deux, Brienne et lui ? Il peinait encore à croire qu'ils étaient véritablement mariés tant leur "lune de miel" avait été courte, pas plus de trois jours de paix. Trois jours de bonheur hésitant avant que plus aucun enfant de l'ouest ne puise dormir sans se réveiller en hurlant au milieu de la nuit en assurant à leurs parents que des proches morts les avaient visités sous le couvert de l'obscurité, et que des hommes et des femmes par dizaines se mettent en danger, ou mettent carrément fin à leurs jours pour échapper aux tourmentes de ceux qui les aimaient autrefois.
Il revoyait encore Brienne, lâchant son épée au sol face à l'image de Lady Catelyn Stark surgissant en plein milieu de la salle d'entraînement, la gorge réduite à une atroce coulée pourpre.
Mais Brienne était si forte qu'elle s'était rapidement ressaisie et avait affirmé à Jaime que ce n'était pas la véritable Catelyn Stark malgré le glapissement haineux émis par la créature. Celle-ci l'avait suivi un moment, mais lassée de son manque de réaction elle avait fini par s'évaporer.
Pour Jaime, c'était une toute autre histoire.
Cersei apparaissait à n'importe quel instant du jour ou de la nuit, parfois entouré de Joffrey, Tommen et Myrcella, parfois seule, et l'incitait à en finir et à la rejoindre dans la mort. Jaime ne voulait vraiment pas faire cela, mais sa sœur durant sept jours fit tout pour lui empoisonner l'existence.
Le premier soir ; Cersei se matérialisa debout sur le bord de leur lit alors qu'il étreignait Brienne en éclatant d'un rire glauque.
-Mon pauvre frère, tu es tombé si bas ! Comment peux-tu supporter le contact d'une telle ignominie ? Crois-tu que cela te permettra de racheter ce que tu considères comme tes crimes passés ? Parce qu'ils existent toujours.
Et alors qu'elle prononçait ces mots les trois derniers Lannister les rejoignaient, Joffrey et son visage violacé, rendu méconnaissable par le poison, beuglant des injures et pire que tout, Tommen et Myrcella qu'il n'avait pas vraiment pu connaître, silencieux leurs yeux accusateurs braqués sur lui.
-Ça suffit Cersei, laissez-nous en paix, gronda Brienne en se levant du lit.
-Vous ne pouvez pas m'en empêcher ! Ricana sa jumelle l'air dément, je peux rester là aussi longtemps que notre grande prêtresse ne m'appelle pas.
Ils n'avaient pas dormi cette nuit-là ni la suivante, jusqu'à ce qu'il force Brienne à le laisser seul face aux spectres, pariant sur le fait que ne pouvant pas se dédoubler, Cersei déciderait de le harceler lui et non Brienne, ce qui se révéla juste et lui permis à elle d'avoir quelques nuits de sommeil alors que Jaime ne dormait que par intermittence, Elle avait d'abord refusé de le laisser seul face à cette épreuve, mais il lui avait dit que si elle pouvait se reposer, elle serait en mesure de les protéger tous les deux en cas de problème pendant la journée. Puis il y avait trois jours de cela, tous les spectres avaient disparu subitement pour ne pas revenir. Ils avaient alors reçu une lettre de Davos et une de Winterfell et d'un commun accord, ils étaient partis pour le Nord avec un groupement de chevalier assez important pour aider si cela tournait en bataille rangée mais pas assez pour délaisser les habitants de l'ouest.
-Je sais que tu es terrifiée, nargua Jaime, mais je te protégerai.
-Tout le monde sait bien qui protège l'autre ici, renvoya Brienne.
Alors qu'ils s'éloignaient du groupe au galop sous les rires des chevaliers, et le sourire poli de Podrick, Jaime cria:
-grognasse !
Pour s'entendre répliquer :
-Crétin ! alors que la jeune femme le dépassait.
-Nous ne serons jamais à Winterfell à temps et je m'inquiète pour eux. Ils sont si jeunes et...
-Et chacun d'entre eux est plus magique qu'une armée de spectres tenta-t-il pour la faire sourire.
-Objectivement, Bran est un adolescent handicapé, Arya a des tendances agressives et n'a pas de notions du danger, et Sansa n'a que vingt ans, c'est jeune pour diriger le plus grand des sept royaumes.
-Ils ne sont pas seuls, rassura Jaime, il reste des conseillers d'Eddard Stark là-bas et mon frère. Brienne émit un grognement peu convaincu, sans doute cela ne suffisait pas à la rassurer à propos des trois gamins qu'elle considérait comme des petits frères et sœurs.
-Tyrion a les pieds sur terre, il les protégera.
-Venant de toi, qui n'a aucune notion de prudence ou de discernement, rit Brienne, c'est une bien maigre assurance.
-Bon... et si je te disais que mon idiot de petit frère est fou amoureux de Lady Sansa, cela apaiserait-il tes craintes ? Tu sais ce que nous les Lannister sommes capables de faire par amour ?
-J'en ai une vague idée convint Brienne, et cela n'apaise pas du tout mes craintes. D'ailleurs, comment le sais-tu, il te l'a avoué ?
-À demi-mots, répondit-il, et je le savais depuis plus longtemps que lui, et je pense que la gamine n'est pas du tout opposée à cette éventualité.
-Jaime ! s'insurgea-t-elle, tu parles d'une des dirigeantes des sept royaumes !
-Et ce n'est toujours qu'une gamine ! rétorqua-t-il railleur.
-Je m'inquiète surtout pour elle, admit Brienne, si tu les avais vu ; elle et ce pauvre garçon de la maison Greyjoy, lorsqu'ils se sont enfuis... je ne pensais pas qu'elle pourrait reprendre des fonctions politiques après cela, ou une activité quelle qu'elle soit, je croyais qu'il me faudrait des années pour lui arracher un sourire... mais quand nous avons rejoint son grand frère, les choses ont commencé à s'arranger... en fait, elle te ressemble beaucoup.
Jaime éclata de rire, c'était sans doute la dernière personne à laquelle il imaginait ressembler.
-Je ne crois pas non, sourit-il, à part le fait d'être tous les deux chers à ton cœur.
Brienne le regarda, exaspérée :
-Lorsque tu as perdu ta main, pendant un temps tu étais une épave...
-... Merci ! C'est toujours plaisant de savoir que mon épouse a une si haute opinion de moi !
Jaime la provoquait, il comprenait, lui-même, c'était exactement ce qu'il avait eu l'impression d'être. Une épave, échouée au fond d'une mer, et pas seulement parce qu'il avait perdu sa main mais parce qu'il s'était aperçu que sa vie n'avait été jusqu'à présent qu'une coquille vide, la coque percée d'un navire prenant l'eau un peu plus chaque jour.
-Et puis, le temps a passé, et même si tu restais aussi insupportable, tu te démenais pour survivre, pour qu'on survive tous les deux, pour reprendre le contrôle des événements poursuivait Brienne, c'est une des choses que j'admire chez toi, cette énergie inépuisable qui te fais avancer.
Jaime aurait pu répondre quelques banalités comme le fait que c'était grâce à elle, mais ce n'était pas nécessaire, tous deux en avaient conscience, de plus, cela n'aurait pas été l'entière vérité, car auparavant aussi il s'était accroché à ce qu'il pouvait de toutes ses forces, à d'autres choses, à la garde royale, à Cersei... C'était simplement lui, il était voué aux extrêmes.
Jaime s'éveilla au beau milieu de la nuit avec l'impression désagréable d'être observé, Brienne dormait paisiblement à côté de lui dans l'auberge où ils s'étaient arrêtés et il décida de sortir pour prendre l'air.
Dès qu'il fut sorti, il se trouva confronté à un énorme loup qui ne pouvait être que l'un de ceux que cet inconscient d'Eddard Stark avait offert à ses gosses et qui le regardait avec ce qui ressemblait à de l'exaspération.
-Que veux-tu ? demanda-t-il sur la défensive, ne comprenant pas pourquoi il adressait la parole à un animal qui, quoi qu'en disent les Stark étaient complètement sauvage.
L'animal émit un grognement qui ne présageait rien de bon mais ne fit pas mine de l'attaquer.
-Lord Bran ? questionna Jaime, espérant que c'était l'adolescent qui occupait la tête de la créature.
Celui-ci fit non de la tête. Un instant, il en resta décontenancé, puis il s'écria :
-Alors c'est Arya... enfin Nymeria ?
Le loup qu'il comprit être une louve approuva l'air de le trouver très lent à la réflexion. Jaime ne savait pas exactement s'il s'adressait à un loup dans lequel un humain était simplement spectateur, ou un humain ayant pris possession du corps d'un loup, c'était définitivement trop étrange pour lui. Il résolut simplement de tenter de comprendre ce que la bête désirait lui communiquer.
Personne, heureusement ne pouvait le voir, il reporta son regard sur son interlocuteur et découvrit qu'il portait attaché à la pâte un tissu rouge écarlate qui faisait une tâche sanglante sur son pelage.
-Je ne crois pas qu'Arya t'aurais décoré comme ça, souffla-t-il, ce n'est pas son genre. Bien entendu, la louve garda le silence. Par contre elle se mit à porter sa pâte à son museau et à renifler le tissu avec exubérance
-Peut-être que tu es sur une piste ? Nymeria laissa retomber sa pâte et sembla approuver sa théorie.
Jaime parvint à la conclusion qu'il devait s'agir d'un objet lié à Mélissandre que les habitants de Winterfell essayaient de faire retrouver à Nymeria. Sauf que même lui savait qu'apparemment elle avait la capacité de se téléporter en disparaissant dans les flammes... et jusqu'à preuve du contraire les loups n'en étaient pas capables. Du moins Bran et Arya devaient-ils espérer faire leurs étranges rêves dans la peau de leurs compagnons et pouvoir épier l'ennemi.
Jaime se demanda pourquoi Nymeria lui avait signalé sa présence, après tout, ce n'était pas comme s'il pouvait être d'une grande aide dans la situation actuelle.
-Écoutes, ce n'est pas que je n'aime pas discuter avec toi, en pleine nuit alors que mes dents claquent à cause du froid mais... en fait c'est exactement ça donc, je vais... retourner au chaud...
Alors qu'il se détournait, souhaitant à moitié aller au bout de cette idée mais ayant également à l'esprit que cela pourrait sans doute provoquer une réaction chez l'animal, Nymeria gronda en montrant les crocs le rattrapant
-D'accord, abdiqua-t-il, du moment que ce n'est pas juste pour que je te lance une balle ou...
Nymeria émit un son encore plus effrayant et Jaime se fit la réflexion que peut-être cette charmante créature n'était pas comme Brienne et ne serait pas séduite par ses commentaires stupides et ses insultes.
Alors la louve se mit à avancer dans la direction inverse à l'auberge, se retournant simplement pour lui lancer un regard autoritaire.
-Je préférerai que nous restions plus proche de la civilisation marmonna-t-il, tu sais, si Arya se réveille et que tu n'es plus que Nymeria et que tu aies un peu faim...
Il ne servait à rien de parlementer avec un Stark, cela Jaime l'avait appris près de six ans plus tôt, cette nuit, il s'apercevait qu'il n'était pas plus efficace de parlementer avec des bêtes sauvages. Il eut l'envie égoïste que Brienne soit auprès de lui, alors qu'il ne l'avait quitté que depuis dix minutes, mais elle sommeillait paisiblement et il aurait été ignoble de l'empêcher de continuer ainsi jusqu'au matin.
Nymeria et Jaime partirent donc tous les deux dans un silence partiel, la louve ne produisant quasi aucun son alors que ses pâtes effleuraient le sol neigeux, et lui piétinant et trébuchant lourdement à sa suite, serrant dans ses mains sa maigre lampe dont la flamme vacillait. Il trouva vite le temps long, et se maudit pour son imprudence lorsqu'ils débouchèrent dans une clairière ou une tente était dressé.
-Il y a quelqu'un ici ? chuchota-t-il, à l'adresse de la bête, celle-ci ne prit pas la peine de lui communiquer une réponse, écartant sans cérémonie les portes de tissu pour émettre un glapissement joyeux pour réveiller le dormeur. Une voix rauque marmonna quelque chose et la louve ressortit de la tante, bientôt suivit par un jeune homme à l'air assoupi.
Lorsque sa lampe éclaira son visage, Jaime reconnut Jon Snow qui l'observait avec une expression éberluée.
-Ser Jaime... balbutia-t-il, que faites-vous ici ?
-J'ai suivi cet horrible monstre qui m'a fait marcher plus d'une heure en forêt pour cela, lança-t-il, franchement je m'attendais à une découverte plus... transcendante.
Il plaisantait, bien sûr, Jaime était heureux d'être tombé sur lui plutôt que sur Mélissandre ou l'un de ses spectres ou quelques autres atrocités que renfermaient les nuits d'hiver.
-Je suis en route pour Winterfell ! admit Jon en grattant la tête de la créature, je n'avais pas conscience que Nymeria était ici et m'avait repéré... et vous ?
-Brienne se faisait vraiment trop de soucis pour ses petits protégés expliqua Jaime, les fantômes nous ont déserté d'un coup et nous avons appris que les Nordiens étaient partis à la recherche de Mélissandre qui se trouverait avec ses esprits dans le Nord, apparemment Mélissandre aurait manqué de peu de brûler votre sœur Sansa...
-J'ai les mêmes raisons, je dois m'assurer qu'ils vont tous bien et les aider comme je pourrais, fit Jon avec la sincérité qui le caractérisait.
-Et cette chère Dany a accepté de rester sagement à Peyrdragon pendant que vous partiez caracoler dans le nord ? interrogea-t-il avec arrogance.
L'usage de ce surnom si peu adapté à Daenerys par Jon et parfois même par Tyrion l'avait toujours sidéré, il semblait désigner un petit enfant sans défense ou au moins une jeune femme sensible, cela ne correspondait pas du tout à l'image qu'il se faisait d'elle. Daenerys était mortellement dangereuse et instable mais il n'était pas du tout bien placé pour juger les personnes égarées par l'amour. Il avait passé la plus grande partie de sa vie à trouver des excuses à sa jumelle, à la considérer comme une victime des événements, alors qu'elle était en bonne place pour remporter le concours du dirigeant le plus tyrannique des sept couronnes après Aerys Targaryen et leur fils s'il avait vécu.
-Elle ne me le pardonnera pas de sitôt convint Jon, mais elle ne peut pas retourner là-bas et les petits ont besoin d'elle.
« Ils auront surtout besoin de toi » songea Jaime en son for intérieur, Jon étant sans conteste le plus équilibré de leurs deux parents, il s'interdit de se rabâcher une fois de plus que si sa mère Johanna avait survécu peut-être les choses auraient été très différentes pour ses trois enfants, sans succès.
-Ils ont cinq mois, je m'attendais à ce qu'ils puissent déjà diriger une armée et carboniser des villes avec leur dragons comme leur maman, lâcha Jaime, alors que Jon lui décochait un rude coup de poing dans l'épaule, pas tout à fait agressif, mais pas tout à fait amical non plus.
-Il n'y a plus de dragons, et Aeron et Rhaelina grandiront dans un monde en paix martela le jeune homme, essayant plus de s'en convaincre lui-même que Jaime.
-Drogon n'est pas mort rappela impitoyablement Jaime, et notre monde n'est pas en paix, il ne le sera jamais vraiment pour des gens comme nous.
-Je sais, soupira Jon, il avait l'air plus âgé que Jaime avec son visage sombre et solennel et cette expression de Stark-Targaryen qui rendait tout trop tragique pour le commun des mortels ?
-Pourquoi n'y-a-t-il pas d'armée avec vous ? interrogea Jaime perplexe, en fait il n'y avait strictement personne avec le jeune Targaryen, ce qui était assez particulier pour un seigneur de son rang.
-Nous n'avons presque personne, à Peyrdragon, confia-t-il, et j'ai préféré qu'ils restent là-bas avec eux, pour qu'ils soient en sécurité.
Signe qu'il avait vieilli ou que Brienne avait une bonne influence sur lui, il n'aurait su le dire, il ressentit un élan de compassion pour le garçon et lui proposa :
-Nous avons un petit groupe de chevaliers qui nous accompagne, faites route avec nous et d'abord, venez-vous réchauffer dans l'auberge où nous sommes.
-Ho je...
-À moins que ce ne soit véritablement un plaisir pour vous les Nordiens de dormir dehors lorsqu'il gèle.
-Non enfin je... je me suis arrêté ici parce que... Jon sembla réfléchir, l'air un peu perdu puis il éclata de rire.
-parce que je n'ai pas pensé qu'il puisse y avoir une auberge dans le coin... il n'y en avait jamais au-delà du mur...
Jaime le rejoignit dans son hilarité :
-Alors, venez-nous y serons peut-être avant l'aube et avant que Ser Brienne nous oblige à reprendre la route.
Jaime s'engagea sur un sentier, fit volte-face au premier tournant, regardant Nymeria qui les suivait toujours, la louve trotta finalement au-devant d'eux et les guida vers l'auberge.
Quelques petites heures plus tard, Jaime se réveillait en sursaut, en ouvrant les yeux il comprit que la responsable était Brienne qui, perdant patience, l'avait bousculé assez vigoureusement pour le sortir des limbes lointaines de l'inconscience.
-Et moi qui croyait que peut-être une fois mariée tu deviendrais moins violente, se plaignit-il en plissant les yeux, agressé par la lumière du jour qui se déversait dans la pièce.
-Cela fait plusieurs minutes que j'essaie de te réveiller, protesta-t-elle avec exaspération, et je ne suis pas violente... pas avec la plupart des gens.
-Alors je suis honoré grogna-t-il, en se retournant tout disposer à se rendormir.
-Tu... je suis désolée Jaime, je n'avais pas pensé que...tu as eu du mal à dormir ? demanda-t-elle d'une voix plus douce, ne me dis pas qu'ils sont revenus.
-Non la rassura-t-il, mais j'ai rencontré Nymeria et Jon et on a mis pas mal de temps à rentrer.
Soupirant, il s'assit se rappelant qu'il était préférable de se dépêcher mais le visage de Brienne exprimait un étonnement assez légitime.
-Si c'est une excuse pour justifier une tentative de fuite, fit-elle, c'est la pire que je n'ai jamais entendu.
-Non écoutes j'ai senti que le loup était dehors et il m'a guidé jusqu'à Jon Snow qui campait comme un idiot dans la forêt pas loin d'ici.
-Tu as suivis un loup, Nymeria, dans une nuit noire et glaciale, résuma Brienne, cela aurait pu être un piège et tu ne m'as même pas réveillé ?
-Désolé Brie, murmura-t-il, en essayant de lui faire un regard de chien battu pour la calmer.
-Je déteste ce surnom, répondit-elle en se levant, agacée. Jaime se leva à son tour.
Il y avait une vieille blessure qui semblait s'être réouverte dans son cœur, il pouvait le lire dans ses épaules tendues, dans son regard fuyant, Jaime savait que c'était de sa faute, à cause de toutes les fois où il avait fui, où il s'était conduit inconsidérément.
-Je ne vais nulle part, chuchota-t-il à son adresse, et ça ne changera jamais, dis-toi que j'ai juste fais confiance aux Stark.
Brienne finit par sourire légèrement, sans un mot ils s'étreignirent tendrement.
-nous sommes tous les deux des chevaliers, je ne peux pas te faire promettre une chose pareille, répondit-elle, ne plus prendre de risque t'est impossible, simplement, je veux t'accompagner dans chacun d'entre eux.
Jaime sentit une douce chaleur se répandre dans tout son corps, ce genre d'amour-là, il n'aurait pas pu imaginer qu'il lui serait destiné. Un amour d'égal à égal, dans lequel il n'aurait pas à porter le poids du monde tout seul sur ses épaules.
Cersei lui avait toujours rabâché qu'elle et lui n'était que les deux parts d'un même individu, les deux morceaux d'une même âme, et Jaime avait longtemps était incliné à la croire. Il avait été responsable autant qu'elle dans tout cela, parce que cela lui avait semblé plus simple de se persuader qu'il était voué à un amour incompris et secret du reste du monde. Mais c'était faux, Cersei n'était que son reflet physique, Brienne et lui en revanche, c'était la chose la plus naturelle au monde. Alors que les premiers rayons de soleil pâle, teintaient l'aube rose d'éclats dorés, ils s'embrassèrent et ils avaient beau faire cela tous les jours de leur vie depuis plusieurs mois, cela ressemblait toujours à un premier baiser tout en étant à chaque fois unique.
-Nous devrions rejoindre les autres, souffla Brienne, surtout si Jon nous attend.
Jaime n'en avait aucune envie, mais il savait que c'était ce qu'il y avait à faire, ils terminèrent donc de se préparer et rejoignirent la salle de l'auberge.
Jon fut bien accueilli par le régiment de troupes Lannister, mais il était de manière générale apprécié de tous et il fut fêté comme une vieille connaissance retrouvée.
Sauf qu'alors que Jaime et Brienne observaient la salle depuis le seuil Ethan Marbrand, le jeune fils de Adam, avait sorti son luth sous les encouragements de ses camarades et s'apprêtait apparemment à chanter une chanson :
-Je l'ai entendu à Lannisport, expliquait-il, elle s'appelle "Deux chevaliers forgés d'une seule épée".
-Je crains que nous n'ayons pas envie de l'entendre, coupa sèchement Brienne, alors que les hommes arboraient des sourires contrits ou gênés, surtout Jon qui une seconde auparavant semblait beaucoup s'amuser.
-Nous partons, indiqua-t-elle en sortant, tout le monde savait parfaitement que ce qu'elle disait devait être considéré sans questionnement comme loi, et ils rassemblèrent leurs affaires sans protester.
-Ser Jaime, un corbeau est arrivé pour vous, apprit Podrick, en lui passant une lettre. Il la décacheta et lut avec une exaspération croissante :
Cher Jaime,
Je te tiens informé des derniers développements, je te l'ai déjà écrit dans ma lettre précédente, les fantômes ayant quitté port-Réal nos concitoyens en ont tiré la désarmante conclusion que nous les avions peut-être fait fuir grâce à Gendry Barathéon "le prince qui fut promis". Davos et moi, avec l'approbation du conseil, n'avons pas jugé préférable de leur révéler la vérité, à savoir que nous avons lamentablement échoué et n'avons aucune idée des raisons du départ des esprits. Le roi est consterné et honteux, il me fait de la peine. J'espère que tu restes tranquillement à Castral Rock, que tu as arrêté cette odieuse habitude de te battre en duel contre ta femme, et que tu essaies au moins de garder le contrôle sur l'ouest. Pense à vérifier le système des égouts, ton frère y avait travaillé avant la guerre mais depuis qu'il a tué votre père je doute qu'il se soit acquitté de cette tâche sans duplicité. Ne t'avise pas de te précipiter dans le Nord, tu ne leur seras d'aucun secours. Rappelles-toi que même si tu es le plus charismatique de mes neveux, tu n'as jamais été le plus intelligent, alors s'il te plaît, restes digne pour une fois et protèges le nom des Lannister, j'ai bien peur que tu sois notre seul espoir à long terme. N'exclus pas la possibilité que je vienne vous faire une petite visite au roc, si et quand les choses seront moins chaotiques
Genna Lannister,
À chaque fois qu'il recevait une lettre de sa tante Genna, Jaime avait l'impression d'avoir remonté le temps et d'être redevenu un enfant espiègle et sans cervelle... Elle n'avait pas de mauvaises intentions mais elle le traitait comme s'il n'agissait que sous le coup de ses impulsions et ne réfléchissait pas aux conséquences. Or, ce n'était pas le cas, du moins plus, ou pas cette fois en tout cas. Il savait qu'il avait peu de chance d'arriver à temps à Winterfell pour être d'une quelconque aide si un combat se préparait, mais Brienne et lui avaient besoin d'agir, besoin de savoir qu'ils avaient essayé. Jaime avait une dette irremboursable envers Bran Stark et il se devait de le protéger surtout que le gamin était sans doute en plein milieu de toute cette histoire.
Chère Genna,
Je suis vraiment navré de vous l'apprendre, mais votre lettre arrive trop tard. Brienne et moi sommes déjà en route pour le Nord, mais ne vous en faites pas, en faisant cela nous protégeons le nom des Lannister. C'est sans doute difficile à croire mais désormais nous serons peut-être un peu plus connus pour tenter de rembourser nos dettes que pour nos complots. Continuez de maintenir cette histoire d'azohr Ahai, cela vous sauvera peut-être la peau, quant à nous, nous allons nous débrouiller pour que personne au-delà de Winterfell n'apprenne jamais que les choses ne se sont pas déroulées de la sorte. Ou alors soyez honnête, expliquez la vérité, demandez de l'aide, je ne sais, c'est ce que j'aurai fait. Toutefois, je ne suis pas né pour la cour et les intrigues mais pour les batailles héroïques.
À bientôt,
Notes : Bon, c'est un chapitre de transition, les choses s'accélèrent dans le prochain ! Merci d'avoir lu
