Notes : Coucou, merci pour vos reviews !
Ce chapitre se passe en même temps que les événements de la fin du chapitre précédent avec Bran et Joy et ensuite que ceux du chapitre de la semaine prochaine !
-Judy et Emmie, vous aviez les mêmes questions et du coup… il faudra attendre encore un peu pour savoir !
Bonne lecture !
Chapitre 27: Tyrion
Tyrion regarda Bran et Joy s'esquiver avec un pincement au cœur à l'idée que malheureusement, ils pourraient, eux aussi, être des victimes de ce sort infernal qui s'abattait sur eux. Non, se corrigea-t-il, les deux gamins reviendraient indemnes, il devait le croire, pour eux, et pour Sansa qui avait dû décider de cela elle-même. Sansa, qui se tournait résolument vers la porte et avançait en tête de leur groupe, si forte, malgré tout ce qui l'avait fait souffrir, tout ce qui l'écorchait toujours. Les autres la regardaient, l'air perplexe, questionnant sans doute sa décision, ou impressionnés par son sang-froid.
Sansa se tourna vers lui, un instant, presque imperceptiblement pour les autres, vérifiant qu'il était là.
-Ça va aller.
Tyrion aurait voulu revenir quelques heures en arrière, lorsqu'ils se croyaient encore en sécurité, lorsqu'ils se réconciliaient comme des enfants et qu'elle était dans ses bras. Sansa ouvrit la porte de la bibliothèque et tous ceux qui s'y étaient réfugiés descendirent les marches de pierre. La cour intérieure sur laquelle elles débouchaient était noire de monde. La nuit était toujours profonde, éclairés par quelques lampes dispersées çà et là.
Il ne leur fallut pas aller loin pour se retrouver au milieu d'une des plus étranges batailles que Tyrion ait pu observer. Les nordiens, gardes, seigneurs et simples domestiques du château, étaient suivis par des assaillants non-armés qui les pourchassaient en hurlant des injures dans un brouhaha assourdissant. Cela aurait pu paraître ridicule, avec ces hommes d'armes faisant de grands mouvements d'épée dans le vide et se faisant attaquer à coups de poings, mais les expressions de souffrance étaient trop réelles pour que le spectacle soit vraiment comique, même pour lui.
Au début, les spectres ne prirent pas conscience de la présence de nouveaux humains à tourmenter et ils restèrent plantés là comme des idiots à regarder l'amas de nordiens reculer jusque dans l'escalier de la tour de la bibliothèque, formant un tas compact pour ne pas laisser les spectres s'infiltrer dans leurs rangs. Des hommes suppliaient de vieux compagnons d'armes de la Longue Nuit de les laisser en paix, mais ils auraient tout aussi bien pu parler seuls. Bientôt, leur petit groupe se retrouva à être le seul à ne pas avoir reculé, et les esprits s'aperçurent vite de l'anomalie
Cersei était là, du moins son fantôme, ses cheveux d'or formant un halo, qui lui aurait donné un air angélique s'il n'y avait eu cette expression cruelle peinte dans tous ses traits. Elle se jeta directement sur son petit frère, les ongles tendus vers ses yeux. C'était apparemment la manière la plus efficace qu'ils avaient trouvé pour attaquer, ceux qui n'avaient pas su se servir d'armes de leur vivant n'avaient pas acquis cette capacité avec la mort :
-La vieille sorcière avait raison, j'ai tout perdu par ta faute, tout, cracha-t-elle, j'aurai dû te tuer dès que tu es né.
Tyrion attrapa la main translucide au vol, et il eut l'impression étrange de tenir du vide, un vide qui brûlait ses doigts. Toutefois, au lieu de la peur et de la haine que lui inspiraient ordinairement Cersei, il fut saisi d'un élan de tristesse, parce que lui avait réussi à guérir de tout cela, à s'échapper des recoins obscures de Castral Roc, et de leur jeunesse traumatique ; mais pas elle.
-Mélissandre n'avait donc pas de mission plus importante pour toi que de griffer ton petit frère déjà défiguré ? demanda-t-il, entre le sarcasme et la lassitude, auparavant au moins, tu laissais ce genre de basses besognes à tes inférieurs.
-Mélissandre veut votre mort à tous, s'égosilla Cersei, comme moi, et quand elle aura le pouvoir, elle m'a promis Castral Roc.
Les yeux verts de sa soeur se troublèrent, puis elle tira sur sa main pour essayer de la dégager, sans succès, Tyrion s'en étonna, qu'est-ce qui pouvait bien empêcher une créature immatérielle de se dégager de son emprise ? Autour de lui, il avait vaguement conscience de la présence des autres, mais c'était comme si le contact qui l'attachait à un spectre le séparait en même temps du monde des vivants, il n'entendait que sa voix criarde et ne voyait que son visage haineux.
Tout petit, il avait admiré Cersei, il l'avait adoré même, ayant huit ans et demi de moins, il avait sans doute voulu la prendre comme la figure maternelle qu'il n'avait jamais eu. Il voulait qu'elle lui lise des histoires parce que Jaime ne savait pas bien lire ni raconter, et personne d'autre ne se souciait de lui. Il avait appris à lire à l'insu de tous, en observant Cersei l'apprendre avec sa Septa aussi chargé de le surveiller à un âge beaucoup trop tendre pour que quiconque ne devine qu'il y parvenait, et il se débrouillait toujours pour couvrir les bêtises, plus ou moins graves, qu'elle et Jaime faisaient, parce qu'ils étaient ses héros, son grand frère et sa grande soeur, les vrais lionceaux de Castral Roc. Mais dès qu'il avait été en âge de la comprendre, la vérité lui avait éclaté à la figure, Cersei ne l'aimait pas, et même, elle le haïssait d'une haine dont il n'avait pu voir l'écho que chez son père. Pour elle, le détruire avait été une obsession presque aussi dévorante que celle d'être uni à son jumeau. Sauf que Tyrion avait grandi, qu'il avait souffert de cent mille autres maux que ceux que lui avait infligé son hystérique de sœur, et qu'il l'avait doucement vu sombrer dans la folie. Il ne craignait plus qu'elle ne laisse des marques sur son visage déjà abîmé, et il aurait juste voulu qu'elle disparaisse, qu'on leur accorde l'oubli à lui, à elle, à Jaime, à tous.
-Tout cela, à cause d'une prophétie stupide faite alors que je n'avais pas cinq ans ! souffla-t-il, Jaime m'a raconté Cersei, et c'est ridicule, je n'ai tué aucun de tes enfants, ni Joffrey, qui pourtant détruisait tout sur son passage, ni Tommen et Myrcella, pourquoi l'aurai-je fais ? Je les aimais.
Cersei ne sembla pas savoir quoi répondre, son autre main jaillit dans les airs, lorsqu'elle lacéra sa joue de ses ongles, il fut surpris de ne sentir aucune douleur. Il en lâcha la créature de fumée et le reste du monde réapparut autour de lui. Ceux qui n'étaient pas aux prises avec leur propres spectres semblaient avoir observé la scène avec attention.
-Je ne pensais pas que vous vous mettriez un jour sous les ordres de quelqu'un, Cersei, constata Sansa que les fantômes semblaient avoir épargné pour l'instant. Il s'en voulut de l'avoir perdu de vue pendant ces quelques minutes, mais cela semblait être le cas pour tous ceux qui touchaient un des esprits, il perdait le lien avec la réalité.
Cersei la fusilla du regard mais cela n'impressionna pas Sansa, pas comme autrefois en tout cas, où il l'avait vu obéir à la reine mère avec empressement et terreur.
-Tu fais la maligne parce que tu te crois adulte et intelligente, répondit-elle, mais au fond tu n'as pas changé, tu répètes toujours les leçons que l'on t'a seriné, nos voix raisonnent dans ton esprit en permanence et si tous ces nordiens prenaient connaissance de ce qui passe dans ta petite tête d'idiote, ils te décapiteraient sans hésitations.
Sansa blêmit, et Cersei dû comprendre que c'était sa chance, parce qu'elle lui envoya un coup de poing dans le nez qui la fit vaciller et fit jaillir une gerbe de sang, bien trop rouge et bien trop réel pour Tyrion qui avait oublié qu'il s'agissait d'une véritable menace physique.
Cersei éclata d'un rire aiguë :
-Je serai toujours plus puissante que toi ! glapit-elle.
Tyrion croisa le regard de la jeune fille, essayant de lui communiquer sa théorie, mais il crut lire sur son visage qu'elle en avait également pris conscience. Elle se redressa, ignorant le liquide épais et vermeille qui goûtait toujours, et affirma :
-Vous êtes morte Cersei, et oui j'entends votre voix comme beaucoup d'autres, et j'apprends très lentement, je change très lentement, et je sais malheureusement que certains de vos conseils m'ont sauvé la vie. Mais je n'ai plus besoin de vous détester, nous n'avons en réalité jamais eu de conflits personnels si ce n'est dans votre imagination et de votre fait. Je n'ai plus besoin de vivre selon vos règles, et c'est fini. Allez-vous en maintenant, vous n'avez plus rien à faire ici, vous n'avez jamais obéi à qui que ce soit, n'obéissez pas à cette fanatique qui a indirectement causé les événements qui ont mené à la mort de Tommen. La fumée qui constituait sa silhouette se brouilla, mais elle demeura présente, silencieuse.
Sansa était en train d'essuyer son visage avec un mouchoir blanc qui devint complètement rouge.
Tyrion chercha anxieusement Mestre Nathan autour de lui, mais la foule était si dense qu'il aurait fallu affronter une trentaine d'autres spectres au moins pour le trouver.
-Ça va aller, assura faiblement Sansa, posant timidement une main sur son bras, mon nez ne va pas être arraché, nous aurions été bien assortis ! Ils eurent un sourire, mais Tyrion se sentait fébrile et il la voyait trembler légèrement.
Autour d'eux, les personnes étaient désormais chacune aux prises avec leur propres démons, n'ayant pas en permanence conscience de la présence des autres humains, mais soudain, un cri particulièrement perçant les atteignit. C'était Arya, entourée d'une dizaine de spectres écumant de rage, et pour certains, armés.
-Si tu ne m'avais pas rejeté, je serai toujours en vie, cracha la voix de Gendry Barathéon, une hache à la main.
Arya brandit aiguille pour dévier la trajectoire de l'arme, parce qu'elle ne pouvait détruire son adversaire, mais de toute part, ses assaillants la pressaient de coups.
-Tout le monde meurt ! hurla Arya, sa voix taillant à vif parmi les cris qui envahissaient la cour intérieure. Tyrion songea que cela ressemblait plus à une plainte qu'à un constat.
Ilirian était près d'elle, recevant les coups qui ne le blessaient pas, sans doute parce qu'ils ne lui étaient pas destinés.
-Arya, n'écoutes pas ce qu'ils disent, c'est valable pour vous tous : s'écria Sansa, si vous ne montrez pas de haine, ils ne peuvent pas vous faire du mal.
La plupart des gens ne firent pas attention à elle, certains lui jetèrent des regards sceptiques alors que Faérie avait une fois de plus le manque de tact nécessaire pour lui répondre en désignant son visage ensanglanté :
-Ça n'a pas l'air de marcher pour toi, en tout cas.
-Parce que je n'ai pas réussi, rétorqua-t-elle, à voix basse pour que seules les personnes les plus proche puissent l'entendre.
Arya poussa un cri perçant alors que la hache de Gendry fendait son armure que par chance, elle avait eu la bonne idée d'enfiler. Sansa se jeta dans la foule à moitié soluble qui les séparaient avec Faérie et Tyrion à sa suite. Sauf qu'il ne put faire plus de deux pas avant d'être intercepté par le fantôme de son père.
Tywin Lannister se dressait de toute sa hauteur au-dessus de Tyrion, comme il l'avait toujours fait de son vivant, et bien qu'il ne portât pas d'armes, il était clair qu'il comptait faire payer son parricide à son fils. Et contrairement à Cersei, Tyrion sentait que son père pourrait l'atteindre, parce qu'il n'avait jamais était capable de pardonner et de se pardonner à ce sujet.
-Aussi folle qu'elle puisse être Mélissandre m'offre une chance inattendue d'en finir avec ta misérable existence, gronda-t-il en reculant sur lui jusqu'à le bloquer dans l'angle entre deux murs. Tyrion se sentit comme un animal traqué, et c'était sans doute exactement ce qu'il était.
-Nous n'avons rien à nous dire, tenta-t-il du ton le plus neutre possible, nos dettes sont payées l'un envers l'autre, du moins rien ne pourra être fait pour réparer le tort que vous m'avez causé toute ma vie et, clairement, vous êtes mort. Tentez plutôt de canaliser Cersei, c'est la seule chose à laquelle vous n'avez jamais pu être utile.
-La colère de ta sœur est justifiée, et la mienne l'est d'autant plus.
Tyrion s'exhorta au calme, mais son esprit lui montrait en boucle les images fatidiques. Son père, l'ignorant alors qu'il lui demandait à huit ans de lui expliquer son livre de politique, juste pour obtenir son approbation. Son père, mettant en place cet atroce scénario avec Tysha, et son coeur une première fois brisé. Son père, les forçant Sansa et lui à se marier, alors qu'elle n'avait pas quinze ans et que les Lannister allaient orchestrer le massacre de sa famille.
Son père, le déclarant coupable du meurtre de Joffrey. Son père, qui était allé jusqu'à choisir Shae comme maîtresse Et enfin, lui les tuant, lui et la femme qu'il avait cru aimer. Alors qu'il pensait cela, une seconde apparition avait rejoint la première, Shae.
Tyrion s'en voulait d'en être arriver à la tuer, et il n'oublierait jamais la façon dont elle avait témoigné contre lui à son procès, mais cette blessure par rapport à celle qu'avait causé Tywin, s'était refermée. Elle lui en apporta la preuve lorsqu'elle tenta de le jeter à terre et qu'il ne bougea pas d'un pouce ne ressentant aucun impact. Son père la repoussa avec agacement et serra ses mains autour de son cou : il avait beau se débattre, sa respiration était coupée et il se dit qu'il allait mourir ainsi. Il fallait qu'il se ressaisisse, si cela ne dépendait que de ses émotions, il devait bien pouvoir éradiquer cette colère, la remplacer par des émotions positives.
Sauf que des choses positives, il n'y en avait jamais eu beaucoup dans sa vie mais à cet instant, Sansa réapparut à ses côtés et ordonna d'une voix forte:
-Lâchez-le immédiatement, tout en tirant la silhouette en arrière, de manière calme, sans agressivité mais avec une certitude d'être écouté.
-Regardes où tu en es éructa Tywin, défendu par une Stark.
-Avoir des personnes qui nous défendent n'est pas un signe de faiblesse, souffla-t-elle sans animosité, et ce n'est pas parce que personne ne l'a jamais fait pour vous qu'il ne doit pas en être autrement pour Tyrion. Johanna n'est pas ici n'est-ce pas ? Elle n'est pas revenue avec vous ? Et vous savez pourquoi ? C'est qu'en mourant elle ne ressentait pas une once de haine, elle est en repos.
Tyrion et Tywin durent se rendre compte de la profonde vérité des paroles de la jeune Stark au même moment, parce que, tout comme Cersei avant lui, il se fondit dans les ombres, toujours présent de par le sortilège de Mélissandre, mais incapable d'interagir avec les vivants. Tyrion avala une longue bouffée d'air frais, sentant l'oxygène remplir ses poumons malmenés par la tentative d'étranglement de son père.
-Ta sœur...
-Elle va bien, elle aura juste une éraflure, rassura Sansa.
-Gendry a-t-il disparu ?
Sansa acquiesça :
-heureusement Arya ressentait plus de tristesse que de colère et il en allait de même pour Gendry, Ilirian l'a bien aidé en lui rappelant que sa liste était remplie et qu'il ne lui restait que le chagrin.
Les soldats et bannerais du nord les entouraient, et n'avaient visiblement pas la bonne approche. Certains se défendaient de leurs épées, d'autres fuyaient tout bonnement tentant de se cacher derrière leurs camarades pour échapper au courroux des morts.
-Sansa, il faut faire quelque chose, cela pourrait prendre des heures avant que ces crétins ne prennent en compte ce que tu leur as dit et tentent de se maîtriser, constata Faérie.
-Ce n'est pas si simple que cela, objecta Sansa, il y a des choses qu'il est difficile de pardonner. Aucun ne t'as attaqué.
-Non, répondit Faérie, faussement nonchalante, je ne suis qu'une orpheline des bas-fonds de Port-réal, je n'ai pas de passé dramatique, personne ne me connaît et personne ne me déteste.
-Alors, essaies de servir de bouclier à ceux qui en ont besoin, cela marche si tu instaures un contact physique avec l'esprit et sa victime, conseilla Sansa. Tyrion réalisa qu'elle déduisait cela de leurs interactions avec Cersei et Tywin, où ils s'étaient mutuellement venus en aide en agissant comme bouclier contre le pouvoir physique du fantôme.
-Qui est le porte-parole de Mélissandre ? demanda Sansa à voix très haute pour être entendue.
Littlefinger se détacha de la masse, et fit une petite révérence moqueuse à la jeune fille. À côté de lui, Sansa gardait son calme, comme si elle l'attendait depuis le début.
-Milady, permettez que nous nous éclipsions pour avoir une conversation privée, minauda Lord Baelish, réussissant à ne pas exprimer la haine que tous les autres déversaient.
-Et si vous demandiez plutôt à tous vos amis de se taire, et de rester tranquilles, pour que vous puissiez transmettre votre message ?
Littlefinger allait protester mais il se ravisa lorsqu'il s'aperçut qu'une bonne partie de ses acolytes les écoutaient déjà avec attention.
-Bien, vous avez entendu, nous aurons donc besoin de silence, ordonna-t-il, puis plus bas, il s'adressa à la jeune fille, ta mère elle au moins aurait compris l'intérêt d'avoir cette discussion seule à seul.
-À chaque fois que nous avons été seules, vous m'avez manipulé, constata-t-elle froidement, et je n'ai rien à cacher à mon conseil et aux Nordiens.
C'était un demi-mensonge, tout ceux qui avaient un peu de cervelle le comprendraient, Sansa n'était pas exactement une manipulatrice comme Cersei ou Littlefinger mais elle n'avait pas la naïveté de croire que l'honnêteté était toujours la bonne solution.
Le fantôme lui jeta un regard rageur et admiratif à la fois, et cela agaça un peu Tyrion, incompréhensiblement.
-Quel est votre requête ? poursuivit-elle sans se troubler.
-Gendry Barathéon est Azor Ahai, il aura le trône de fer, expliqua Littlefinger, mais notre grande prêtresse a besoin de relais de son pouvoir partout dans les sept couronnes. Elle accepte que vous restiez ici, si vous vous soumettez à sa loi et que je deviens le gardien du Nord.
Un rire décontenancé raisonna dans le hall, et Faérie gloussa :
-Mais ce n'est pas possible est-ce une obsession généralisée ? Vouloir prendre le nord aux Stark, je peux vous assurer qu'il n'y a aucun trésor caché dans ce château glacial, construisez-en un vous-même tous, ou alors c'est une excuse pour vous caser avec Sansa. Il faut vous soigner, c'est très malsain, vous êtes mort !
S'il ne s'était agi de Sansa, Tyrion aurait ri de bon cœur avec Faérie, mais il aurait été l'un des seuls apparemment. Là, cela ne l'amusait pas du tout.
-Si vous ne cédez pas, prévint-il, nous vous hanterons jusqu'à ce que vous ayez tous perdu la raison, et que le pouvoir me revienne par défaut.
Sansa garda le silence un instant, immobile, elle parcourut du regard ceux qui l'entouraient. Meera et Faérie, épargnées par le fléau, qui chuchotaient ensemble, certainement sur le point d'avoir une idée, Mestre Nathan, avachi au sol, un vieil homme accroupi sur sa poitrine qui avait sans doute cessé de lui labourer le torse de coups de poings sur ordre de LittleFinger, Ser Edmund et Arya soutenant un Ilirian au visage pâle, puis enfin, elle se tourna vers lui et il sut instinctivement qu'elle prenait une décision et que cela ne serait pas forcément évident à admettre pour eux.
-Alors que réponds-tu à cela, Sansa ? s'impatienta l'esprit de Petyr Baelish.
La jeune femme posa un instant sa main sur son propre visage, et ses doigts se teignirent immédiatement d'écarlate, puis sans crier gare, elle prit la main translucide dans la sienne et posant tendrement l'autre contre sa joue.
-J'accepte, nous pourrons régner ensemble, comme vous l'avez toujours désiré, le monde nous appartiendra.
Des protestations indignées s'élevèrent de toutes parts, injuriant et menaçant Sansa, même Arya semblait sur le point de se jeter sur sa sœur avec aiguille, mais Ilirian la retenait. Tyrion quant à lui, malgré son expérience très forte des trahisons, était persuadé qu'elle n'était pas en train de faire ce qu'elle paraissait faire. Elle ne s'offrait pas, elle et le Nord à Littlefinger, il en était certain. C'était pourquoi Shae n'avait pu lui faire du mal quelques minutes plus tôt, parce qu'il avait une confiance inébranlable en Sansa. Il ne pouvait pas vraiment expliquer pourquoi, c'était dans la façon que son cerveau avait de bouillonner si intensément, de sorte qu'il restait un mystère, et plus pragmatiquement parce qu'elle était une louve et que par conséquent ; elle protègerait sa meute. Et dans l'inflexion de sa voix lorsqu'elle s'était adressée à LittleFinger, sans doute certains avaient juste entendu les intonations douces et fragiles d'une fille parlant à un vieil amant. Ce n'était pas la voix de Sansa. En toutes circonstances, la force de l'acier l'imprégnait, elle était féroce ; même dans son affection. Avec soulagement, Tyrion constata que la plupart des membres du conseil lui faisaient également confiance car ils observaient simplement la scène avec attention. Même Arya semblait s'être rendue aux arguments d'Ilirian.
Petyr s'était figé de surprise au contact de la jeune Stark, et il la contemplait désormais avec une fascination non dissimulée.
-Je ne voulais pas vous tuer, murmura Alors Sansa, posant sa bouche sur la joue de fumée. Cependant, le mouvement avait quelque chose de délibéré, et si Littlefinger n'avait pas été ivre de sa joie malsaine à sentir la fille de Catelyn Tully contre lui, il aurait vu que quelque chose n'était pas normal.
Sansa venait sans doute de lui offrir les deux choses que ce pauvre type avait voulu toute sa vie, le pouvoir et l'amour d'une Stark. Sauf que du coup, comprit-il soudain, cela niait sa raison d'être en tant que fantôme.
-Je te pardonne, souffla alors Littlefinger, dans un élan désespéré, tentant de refermer ses bras autour d'elle. Mais comme Tywin et Cersei avant lui ; sa silhouette se brouilla, et sur son visage demeuraient surtout visibles les deux légères tâches rouges qu'avaient laissé la peau ensanglantée de Sansa. Il se mit à s'agripper de toutes ses forces à elle alors que Sansa ne paraissait même pas sentir son existence.
-Que m'arrive-t-il ? s'écria-t-il, terrifié, je...
-Je pense que vous allez disparaître, expliqua calmement Sansa, je ne sais pas si je peux vous pardonner ce que vous m'avez fait, ni si je peux oublier que je vous dois aussi la vie, mais vous ne me faites plus peur alors que vous êtes souillé du sang des Stark. Savez-vous que votre grande prêtresse m'a dit qu'il a des vertus magiques ? Je pense que son contact vous...
Sansa ne put terminer sa phrase parce qu'alors que LittleFinger s'évaporait, une autre silhouette jaillit dans son dos un couteau à la main, perforant les couches de vêtements et réouvrant une longue cicatrice dans le dos de la jeune fille. Ramsay Bolton n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit de plus avant que tous ceux qui l'avaient vu agir ne se jettent sur lui, Faérie arrachant posément son couteau alors qu'Arya, Ilirian et Tyrion le jetaient au sol.
-Les gens comme toi ne méritent aucune forme de pardon, chuchota de sa voix douce Meera Reed, ce qui rendait ses propos encore plus glaçants, lorsqu'on tue des petits garçons, qu'on viole et séquestre des jeunes filles, qu'on réduit des hommes à l'état d'animaux, on ne peut mourir que dévoré par ses propres chiens ou anéanti par le sang de ses victimes.
Sansa et Meera échangèrent un regard qui aurait pu faire froid dans le dos à Tyrion, alors que la jeune fille blessée appuyée contre lui arrachait un pan sanglant de sa cape et que Meera la jetait au visage de Ramsay, toujours maintenu à terre par Ilirian et Arya.
Lorsque la salle entière s'aperçut de la deuxième disparition, un courant frénétique sembla s'emparer d'eux tous, au lieu de fuir les spectres, la masse bruyante et désordonnée des Nordiens s'abattit sur eux. Ceux qui saignaient tendirent les mains aux ennemis qui leur avaient infligé ces souffrances et ceux-ci s'effaçaient ; d'autres, dont la douleur, plus triste, pouvait être convertie en calme, se défirent de l'emprise des ombres, qui, fragilisées par ce manque d'impact, n'existaient plus qu'à l'état d'image ne renvoyant aucun son et incapables de nuire.
C'était peut-être trois cent hommes et femmes dans la cour intérieur, cent aux remparts et une centaine d'autres à travers le château, qui affrontaient en face les spectres de leur passé, et comme celui-ci était souvent moins complexe que les leurs, heureusement pour eux, les fantômes s'apaisaient.
Bientôt toutefois, Tyrion renonça tout à fait à comprendre l'évolution de cette bataille étrange, ils avaient fait asseoir Sansa mais elle s'affaissa davantage, reposant face contre terre. Elle avait perdu connaissance, autour de lui, Tyrion entendit à peine les cris paniqués de Faérie et Meera, qui cherchaient le Mestre, il y avait vraiment beaucoup de sang, c'était impossible... C'était inenvisageable, C'était juste hors de question.
Arya avait déchiqueté en quelques secondes les tissus qui cachaient la blessure, et ils se retrouvèrent là, à fixer sans la voir une cicatrice qu'apparemment Sansa devait avoir depuis Ramsay et qui avait été rouverte par une lame de couteau.
-Sansa, Sansa, réponds, je t'en prie, supplia-t-il, alors que Mestre Nathan les rejoignait.
-C'est le choc qui a dû la faire s'évanouir, rassura-t-il, le couteau ne s'est pas planté, l'entaille est superficielle, il a juste griffé une vieille cicatrice, ça va aller, je vais désinfecter et recoudre et tout ira bien.
-Pourquoi y-a-t-il tant de sang ? demandèrent Tyrion et Arya d'une même voix fébrile.
-Nous ne savons pas exactement pourquoi en l'état de la médecine, expliqua le jeune Mestre, mais certaines zones saignent davantage que d'autres, d'autant plus si une veine a été touchée...
Tyrion s'accrocha de toute ses forces aux paroles du mestre, et à l'infime battement perceptible dans son poignet qu'il serrait, mais il était tout de même mille fois plus terrifié par sa pâleur et son immobilité que par tous les spectres du monde. Alors qu'il se faisait cette réflexion, elle eut un soubresaut, ses yeux s'ouvrirent et elle tenta de se redresser, entendant sans doute la clameur rauque des Nordiens qui se répercutait sur les murs de la tour qui les surplombait.
-Vous voyez, elle se réveille, commenta gentiment le Mestre, Lady Sansa, n'ayez pas peur, ces deux-là s'inquiètent beaucoup trop pour vous, continua-t-il en désignant Tyrion et Arya, mais vous n'êtes absolument pas en train de mourir.
Sansa eut un demi-sourire, qui creusa une minuscule fossette sur son menton.
-Tu t'es évanoui, dit Arya, l'air perdue, c'est ridicule de s'évanouir de peur quand on n'a rien de grave.
Tyrion ne savait pas s'il avait de la peine pour Arya et sa posture toujours sur la défensive ou s'il aurait aimé qu'elle évite de blâmer sa sœur pour avoir perdu connaissance après avoir été poignardé dans le dos, sans doute les deux.
-Ne remues pas le couteau dans la plaie s'il te plaît, répondit-elle, avec un sourire un peu forcé mélangé avec une grimace de douleur.
C'était le genre de commentaires que Tyrion aurait pu faire, ce dont Arya avait clairement conscience puisqu'elle lui jeta un regard accusateur.
Tyrion se tourna vers Mestre Nathan :
-Vous pouvez la soigner ici ? Faut-il la déplacer ?
-C'est que mes remèdes et mes outils sont dans mon bureau, balbutia Nathan, et nous ne sommes pas débarrassés des spectres pour l'instant.
Tyrion se tourna une seconde vers la cour et s'aperçut qu'en fait, les Nordiens ne criaient plus contre les esprits. Ils étaient tous revenus dans la cour ou sur les remparts au-dessus d'eux, mais les esprits n'étaient plus là, ils s'étaient tous évaporés, où alors ils avaient fui la colère des Nordiens, ce que Tyrion aurait fait à leur place pour être honnête.
-Le sang des humains a pris une propriété magique après le geste de Lady Sansa, expliqua Ilirian, qui s'était mélangé aux chevaliers pour propager l'idée de Sansa un peu plus tôt.
-Bon, nous sommes apparemment débarrassés de la menace, mais ma soeur est blessée, cria Arya, merci de votre aide, et s'il vous plaît, attendez-nous dans la grande salle ou ici, et prévenez-nous si Mélissandre arrive. Quelques jeunes lords s'approchèrent sérieusement inquiets pour la jeune Stark, proposant leur aide et Mestre Nathan confia à l'un des plus vigoureux et des plus prudents de porter Sansa jusqu'à l'infirmerie du château. Sansa protesta, assurant qu'elle était parfaitement capable de marcher mais Mestre Nathan assura que les tissus abîmés devaient bougés le moins possible, et Sansa ne fit plus d'objections.
Mestre Nathan trouva dans ses réserves un mélange désinfectant qu'il appliqua sur son dos et son visage puis prépara son matériel pour la recoudre.
-Y-a-t-il d'autres blessés, interrogea-t-elle, il y a sans doute des gens qui ont plus besoin de soins.
-On a plusieurs œils aux beurres noirs parmi les chevaliers, mais on leur a fait appliquer de la neige, et il n'y a personne à recoudre, seulement des égratignures sans gravité et quelques hématomes assura Mestre Nathan, Arya et la plupart des hommes ont été protégé par leur armures.
Sansa soupira :
-Vous vérifirez quand même les blessures superficielles n'est-ce pas ?
-Comment peux-tu te soucier des autres maintenant ? s'exaspéra Arya, ils ont l'habitude de se battre, pas toi.
-C'est que... je ne me réjouis pas vraiment à la perspective de voir des aiguilles se planter dans mon dos, avoua-t-elle, penaude. Tyrion sentit son cœur se gonfler de tendresse et de reconnaissance, s'il avait cru en eux, il aurait remercié tous les dieux, les sept, le dieu noyé, les anciens dieux et même celui de Mélissandre, pour le fait qu'elle soit saine et sauve.
La plaie était propre et nette mais désespérément ouverte et il allait bien falloir la recoudre.
-Et dire que j'ai tout fait pour ne pas voir cette cicatrice pendant deux ans, et que maintenant, tout Winterfell l'a vu alors qu'elle est encore plus atroce, se plaignit-elle, en cachant son visage dans l'oreiller du lit de l'infirmerie.
-Pfff Sansa, ce n'était qu'une petite ligne blanche, soupira Arya, en commençant à faire les cent pas d'impatience autour de la pièce, D'accord, si je pouvais, je tuerais plusieurs fois Ramsay pour toi et Rickon mais presque tous les types qui habitent ce château en ont et des pires.
-Mais je ne suis pas un chevalier, chuchota-t-elle, je ne l'ai pas obtenu lors d'un combat ; ce n'est pas noble, et ce n'est pas beau.
Malgré la présence du mestre et d'Arya, Tyrion ne put s'empêcher de défroisser son expression d'un léger baiser sur son front :
-Il n'y a pas de cicatrices héroïques ou honteuses, elles ne sont ni belles ni laides, elles viennent de la souffrance, elles disent juste qu'on a dépassé ce qui nous les avait causés. Personne ne devrait émettre de jugement dessus. Puis, d'un ton plus ironique :
-Surtout pour celle-ci, si quelqu'un la voit c'est qu'il l'a cherché...
Sansa rougit, comprenant le sous-texte, et replaça les tissus pardessus, alors que Mestre Nathan revenait justement près d'elle avec un onguent à l'étrange couleur verte, du fil et une aiguille.
-Voulez-vous du lait de pavot, ? lui proposa le mestre, ainsi vous ne sentirez rien.
-Non merci, je ne peux pas me permettre de ne pas avoir les idées claires alors que Mélissandre est peut-être avec Bran et Joy, répondit-elle d'une petite voix tremblante, je vais survivre... si... Elle tendit une main hésitante vers Tyrion.
Il s'assit sur le bord du lit, prit sa main, et se mit à lui raconter quelques stupides histoires, pour la distraire des aiguilles qui allaient s'enfoncer dans sa peau.
Finalement, le jeune mestre réussit à recoudre plutôt élégamment la plaie, Tandis que Sansa s'astreignait à un silence digne quoique crispé et que Tyrion avait l'impression de sentir l'aiguille dans son propre dos, sous le regard amusé d'Arya.
-Alors il n'y a plus de fantômes ? demanda Sansa, en se redressant en position assise.
-Plus à Winterfell en tout cas, sourit Nathan, vous avez été brillante, Lady Sansa.
-Je ne me sens pas excessivement brillante pour l'heure, constata-t-elle et puis c'est Tyrion qui a compris en premier que l'indifférence et la paix les repoussaient alors que la terreur et la haine leur permettait de nous nuire, je n'ai même pas réussi à appliquer cela.
-Tu as eu cette idée avec Littlefinger, rappela Tyrion, en lui enlevant sa raison d'être revenu, tu as trouvé comment les faire disparaître, et tu t'es souvenue de cette histoire sur le sang des Stark, c'était impressionnant, même si ta sœur n'a pas compris et qu'elle a bien failli t'exterminer.
-C'est faux, protesta Arya en le poussant pour prendre sa place près de Sansa, j'ai juste eu de légers doutes... mais Ilirian m'a retenu.
-Tu vois qu'il a servi à quelque chose finalement, soupira Sansa.
-Plus ou moins, concéda la cadette, de mauvaise grâce.
-Des nouvelles de Bran et Joy ? questionna-t-elle, alors que Meera, Faérie, Ilirian, Ser Edmund et Ser Gary Sleigh s'amassaient sur le seuil de la chambre et commençaient timidement à entrer, lorsqu'ils comprirent qu'il n'y avait pas de cris de douleur, et que Sansa semblait plus ou moins en forme.
-Malheureusement non, et Mélissandre non plus, répondit Meera, se tordant anxieusement les doigts.
-Nous devons rejoindre tout le monde, décida Sansa, et espérer qu'ils ont retrouvé cet œuf de dragon et qu'ils ont réussi je ne sais par quel miracle à se débarrasser de Mélissandre.
-Il serait préférable que vous vous reposiez et que vous ne bougiez pas trop, tenta Nathan.
-mes points de suture peuvent supporter une marche jusqu'à la grande salle non ?
-oui mais...
-Très bien, si je ne descends pas les gens vont commencer à lancer des rumeurs, et d'ici une heure ils voudront m'enterrer et nommer l'un d'eux à ma place.
-La confiance que tu portes à ton peuple est époustouflante, ironisa Tyrion, qui aurait bien aimé qu'elle reste en sécurité pendant quelques heures, en fait jusqu'à ce que Mélissandre soit hors d'état de nuire mais il savait qu'elle était trop têtue pour les écouter sur ce point.
-Et c'est un Lannister qui ose me dire ça, fit-elle avec un sourire, peut-être qu'ils ne me déclareront pas morte tout de suite, mais je ne veux pas avoir l'air d'une dirigeante du Nord qui prend le temps de se reposer en plein milieu d'une guerre.
-J'en étais sûre, indiqua Fièrement Faérie, sortez tous d'ici, je lui ai apporté une robe qui n'est pas couverte de sang et largement déchirée dans le dos, ce sera un peu moins théâtrale, d'accord mais je pense qu'elle préférera maintenir sa pudeur et sa dignité.
Tyrion abandonna Sansa à Faérie qui laissait déjà échapper un flot de paroles mi moqueuses mi fières à l'intention de son amie.
Dans le couloir il se retrouva près d'Ilirian, le garçon restait assez solitaire et silencieux, Tyrion ressenti un élan de sympathie pour le jeune homme :
-Désolé, tu as rencontré quelqu'un de particulièrement désagréable ?
-Ma mère... morte dans le camp des Stark qu'elle suivait parce qu'elle voulait aider Robb... elle n'a pas eu de prémonition au sujet des noces pourpres, et moi non plus, quand des Lannister l'ont tuée... je me suis enfui et je suis revenu ici, quand je pense que j'ai dû croiser Lady Arya là-bas et que je ne l'ai toujours pas aidé.
Le garçon avait clairement eu besoin de parler, il avait tout déversé d'un coup et il y avait de quoi. Il devait avoir sept ou huit ans de moins que lui, l'âge de Sansa, mais il y avait quelque chose de très juvénile dans sa voix vibrante d'une douleur qui ne partait pas.
Que pouvait-il répondre quand c'était sa famille qui était responsable de tels horreurs ? C'était la question qu'il se posait tout le temps avec Sansa et l'un des plus grands obstacles entre eux. Peut-être que s'il trouvait les mots avec lui, ils les trouveraient avec elle aussi.
-Ta mère t'en voulais de son vivant ?
-Non, pas vraiment, elle aurait juste aimé que je sois plus fort, admit-il piteusement, je n'étais pas doué pour me battre, ou pour me faire entendre, pour me faire des amis, et j'avais peur de mes propres rêves prémonitoires.
-Si ça peut te faire du bien, mon père me haïssait carrément pour des raisons assez similaires, mise à part le fait que contrairement à toi, on me reprochait également de trop parler. Mais ils sont partis maintenant, et Arya a l'air un peu moins prête à te tuer.
Ilirian eut un léger sourire :
-Bizarrement, ça aide, merci, Lord Lannister.
-appelle-moi Tyrion s'il te plaît, tu peux comprendre que je n'aime pas avoir l'air de mon père.
-Très bien, approuva Ilirian.
-Je te préviendrai si je vois qu'Arya prépare un plan pour attenter à ta vie, plaisanta-t-il.
-Et je t'informerais la prochaine fois que Lady Sansa va se jeter dans les bras d'un type étrange, histoire d'éviter le choc.
-Tu avais vu cela ?
-Pas exactement sous cette forme mais oui, accorda-t-il, honnêtement je ne voyais pas comment je pouvais l'amener à faire cela, mais elle a eu cette réaction sans mon secours, et je me suis senti encore plus impuissant.
-Nous sommes tous impuissants comparés aux Stark.
Bientôt la porte de l'infirmerie se rouvrit sur Faérie et Sansa et leur petit groupe se mit en marche vers la grande salle où il faudrait affronter les Nordiens, remontés à bloc par leur victoire, qui, lorsqu'ils entrèrent dans la salle explosèrent en un cri commun de triomphe mâché et à peine reconnaissable qui sonnait à peu près comme, "le nord vient", principalement dû au fait que, ne s'étant pas consulté, certains s'étaient mis à beugler "l'hiver vient" et les autres "le nord se souvient", Tyrion eut un peu envie de rire, en tant que Lannister, il n'avait pas l'habitude des démonstrations de cohésion non orchestrés par leur chef, et il eut soudain envie que Jaime soit là, il aurait ri avec lui tout en partageant l'euphorie de la bataille remportée de ces gens. En ce qui le concernait, Tyrion ne serait satisfait que quand ils auraient récupéré l'œuf de dragon et les deux mômes qui l'avaient découvert, que Mélissandre ne serait qu'un mauvais souvenir, et que Sansa pourrait se reposer et ne plus être en danger de mort, parce qu'il s'apercevait qu'il le vivait encore moins bien lorsqu'il s'agissait d'elle et pas de lui.
Notes : C'est sans doute évident, mais je n'ai aucune connaissance en médecine xd, mais comme on est dans un contexte médiéval/merveilleux j'imagine que ça peut passer.
J'ai encore un peu d'avance sur les chapitres mais je suis en période de révision pour un examen scolaire alors il n'est pas impossible que je manque de régularité d'ici 2 semaines, mais aucune chance que j'abandonne cette fic !
Merci beaucoup d'avoir lu !
