Notes : Coucou, je sais, je suis très en retard. J'ai eu du mal à déterminer dans quelle direction aller pour la suite. Mais je commence à y voir plus clair, j'ai repris un peu d'avance et je devrais recommencer à poster un chapitre par semaine. Merci à ceux qui lisent encore, et ceux qui laissent des commentaires.

Bonne lecture,

Chapitre 30: Jaime

La nouvelle venait de leur parvenir, Winterfell et Westeros tout entier étaient débarrassés de Mélissandre et de ses fantômes. Ils avaient eu le droit à toute l'histoire, Brienne ayant prêté allégeance aux Stark et étant proche d'eux, et Jon étant le grand frère de la gardienne du Nord. Une histoire très complexe, qui semblait impliqué un œuf de dragon, Bran Stark, sa cousine Joy et les talents stratégiques de Sansa dans différentes mesures selon à quelle lettre ils se fiaient. Jaime ne préférait pas chercher trop loin, c'était des histoires de Stark, et de Lannister puisque Joy et Tyrion étaient impliqués, mais Jaime avait de plus en plus l'impression d'être le plus inutile de sa famille. En tout cas, Jon, Brienne et lui échangeaient des regards atterrés incapables de décider de quoi faire, alors que les troupes qui les accompagnaient se restauraient dans une nouvelle auberge où ils s'étaient arrêtés. Brienne relisait les mots de Sansa avec obstination, comme si elle craignait qu'un message codé ne s'y cache où que se ne soit pas son écriture. Pour sa part, Jaime était déjà certain que le pavé qu'il avait reçu provenait bien de son petit frère, personne n'aurait pu imiter ce mélange déroutant de remarques triviales et enthousiastes, ce ton tranchant et cet émerveillement pour l'histoire de Joy et Bran et de leur dragon. Et puis, s'il avait encore douté, le fait que l'aînée des petites Stark soit mentionnée vingt-trois fois en termes élogieux, l'en aurait définitivement convaincu.

-Nous n'avons rien pu faire pour eux, fit Brienne, et le poids de ces mots s'abattit sur les trois combattants aguerris avec plus de pesanteur qu'aucune armure, c'était désarmant. Jaime se sentait coupé dans son élan, l'élan même qui l'avait guidé sa vie durant, à courir aux devants du danger pour protéger ceux qui en avaient besoin. Jon et Brienne devaient ressentir quelque chose d'approchant, se demandaient-ils, eux aussi quel pourrait bien être le sens de leur existence maintenant que leur épée et leur bravoure n'était pas requise ?

Podrick les avait rejoint, et ayant pris connaissance des dernières nouvelles, il demanda:

-Alors nous retournons à Castral roc ?

Jaime consulta Brienne du regard, une petite lumière de déception passa dans ses yeux saphirs mais elle fit un signe de tête positif:

-Tu es le seigneur de l'ouest, nous ne pouvons poursuivre notre route vers le Nord sans bonnes raisons, fit-elle, et nous ne sommes toujours qu'à cinq jours de marche du Roc, nous ne pouvons pas leur rendre visite maintenant.

-Bran, Bran est redevenu Bran, murmura Jon, c'est mon petit frère, la dernière fois que j'ai parlé à ce Bran-là, c'était il y a sept ans, je dois poursuivre ma route. Je veux aussi retourner auprès de Daenerys et des jumeaux mais ils sont encore petits, je ne leur manque pas vraiment, il me sera impossible de revoir mes frères et soeurs avant des années.

Brienne sourit avec nostalgie, et Jaime se perdit dans la contemplation de son visage, si fermé d'ordinaire mais quI lui devenait de plus en plus facile de percer à jour.

-Il souhaite sans doute vous retrouver, dit-elle à Jon, les filles aussi, vous êtes un modèle pour Arya, et il y a un temps où je ne pouvais endormir Sansa qu'en lui rappelant que vous étiez vivant et qu'elle n'était pas la dernière Stark au monde.

-Et tout le monde ose dire que ma famille est disfonctionnelle plaisanta Jaime, alors que Brienne tentait de prendre une expression menaçante.

-Nous allons laisser quelques hommes avec vous, les routes ne sont pas sûres, continua Brienne, il ne vint même pas à l'esprit de Jaime de protester, Brienne malgré sa brusquerie et sa timidité avait beaucoup plus de facilité à se faire obéir que lui.

Ce n'était pas qu'il n'avait pas d'expérience en terme de combat ou de direction d'armée, simplement, il la jugeait plus apte à prendre les décisions les plus honorables même s'il tentait de la ramener à la raison lorsqu'elle tentait de défendre tout le monde et les jetaient dans des incidents diplomatiques avec ses vassaux corrompus, à qui elle retirait leur titre.

-Ser Jaime, Ser Brienne, je vois que vous avez sans doute des nouvelles de Winterfell ? demanda Lord Adam Marbrand, l'ami d'enfance de Jaime, en s'installant à leur table, je viens de recevoir quelque chose de Castral Roc, apparemment Lord Selwyn de Tarth est arrivé en bateau juste après notre départ et exige de voir sa fille.

Jaime vit Brienne se raidir, se souvint aussitôt qu'ils étaient supposés se rendre à Tarth pour voir le père de Brienne que celle-ci n'avait pas revu depuis six ans, déjà qu'ils ne lui avaient annoncé leur mariage qu'une fois qu'il avait eu lieu... Jaime sentit son estomac se nouer. Les deux dernières semaines avait été occupé par cette histoire de fantômes, il n'avait tout simplement pas eu le loisir d'envisager d'aller arranger les choses avec Lord Selwyn. Cela pourrait poser des problèmes, parce que celui-ci réclamerait le retour de Brienne en tant qu'héritière de leurs îles aux saphirs. Jaime savait que le vieil homme avait beaucoup aimé sa fille, ayant perdu très tôt sa femme et ses autres enfants, qu'il lui avait laissé apprendre à se battre et l'avait laissé relativement libre, mais il avait toujours voulu qu'elle épouse un de ses vassaux et récupère la direction de l'île. Cela avait mené à de cuisants échecs et à la fuite de Brienne avec l'armée de Renly Barathéon.

-Il faut vraiment que l'on rentre, marmonna le jeune Podrick qui traînait non loin de la table, sans doute Brienne avait-elle partagé avec son écuyer des histoires plus développées au sujet de son père pendant leur longue recherche des filles Stark.

-Je n'ai pas eu le temps de lui écrire que nous partions, soupira Brienne, en fait, la dernière lettre qu'il a reçu de moi lui annonçait que nous étions mariés et que nous vivions à Castral Roc, il m'a réécrit pour me dire qu'il voulait mon bonheur mais qu'il eusse préféré que je me marie à Tarth avec quelqu'un qui n'avait pas de domaine plus important que le nôtre où habiter...

Jaime sentit son angoisse de toujours rejaillir, ce sentiment de ne pas être assez pour Brienne, de n'être assez pour personne bien-sûr objectivement, les terres de l'ouest étaient plus productives, plus prospères et mieux positionnées que Tarth, et Lord Selwyn était l'un de ses vassaux, mais Brienne n'avait pas vu son père ni sa région natale depuis des années, années qu'elle avait passé à errer dans les bois, avec ou sans lui, mais toujours à cause de lui, et manquant d'en mourir à tout instant.

-Bien, alors nous partons immédiatement pour Castral Roc, souffla-t-il d'un ton neutre, tentant de tenir sa douleur à distance, Jon lui décocha une bourrade amical salua plus courtoisement Brienne, et quitta rapidement l'auberge sans attendre qu'on ne lui attribue des compagnons de voyages, Nymeria, la louve de sa petite soeur l'escortant toujours, sa fourrure grise dépourvue de la tache écarlate du foulard de Mélissandre. Jaime eut l'impression de revoir un instant dans le regard acier de Jon, le fantôme du garçon qu'il avait entraperçu à Winterfell juste avant son départ pour le mur. Un garçon solitaire, en quête de quelque chose de plus grand que lui, mais qui, quelque part, avait une meute, deux meute désormais. Cela devait le détruire de l'intérieur. C'était le fils d'Eddard Stark après tout, il préférait sans doute passer un mois seul sur les routes plutôt que d'attendre de l'aide, surtout venant de Lannister.

-Brienne... Brienne, s'il te plaît, respires, implora Jaime, cinq jours plus tard, alors qu'ils étaient rentrés au château sous le couvert de la nuit et attendaient l'heure du petit déjeuner pour aller rencontrer son père.

Jaime aurait bien aimé dormir un peu, il s'était d'ailleurs effondré sur le lit dès qu'ils avaient rejoint la chambre, mais Brienne ne tenait pas en place, elle avait demandé à ce que de l'eau chaude soit montée pour qu'ils puissent prendre des bains après leur voyage et avait secoué Jaime pour le réveiller, une demi-heure après leur arrivée, lorsqu'elle avait eu terminé de se laver pour qu'il en fasse autant.

Jaime aimait réellement Brienne, c'était certain parce qu'il s'était redressé sans mot dire, à trois heures et demi du matin pour se plonger dans l'eau pas tout à fait chaude. Brienne ne demandait jamais rien de personne, elle ne faisait pas d'histoires avec les domestiques, ne réclamait jamais quoi que se soit qui ne soit pas honorable. Et Jaime ne pouvait qu'être attendri par sa volonté de faire bonne impression sur son père. Cependant il craignait que la réaction de Selwyn Tarth, lorsqu'il verrait Jaime serait au mieux très désapprobatrice.

Qui voudrait voir sa fille unique, héritière de l'île familiale, mariée au régicide ? D'autant que Jaime savait qu'il éprouvait une véritable affection, quoique doublée d'une incompréhension à l'égard de Brienne.

Jaime s'extirpa de la baignoire, enfila les vêtements les moins abîmés qu'il avait put trouver et rejoignit Brienne dans la chambre attenante à la salle de bains. Elle était assise sur le bord du lit, le dos raide, les bras croisés devant elle dans une posture défensive, ses cheveux blonds goûtants sur ses vêtements.

-Je suis sûre qu'il ne te feras pas de mal, tenta de plaisanter Jaime.

-Comment vais-je pouvoir lui expliquer ?

La question était sorti dans un souffle et elle recouvrait un si large domaine de problèmes que Jaime ne sut d'abord que répondre.

-A-t-il... a-t-il approuvé... plus ou moins notre mariage ? questionna-t-il, ses entrailles se tordant douloureusement dans son ventre.

-Il... il a dit que ce n'était pas ce qu'il aurait choisit mais que si cela me rendait heureuse, il n'y pouvait rien.

Jaime laissa échapper une respiration qu'il n'avait pas eu conscience de retenir et se laissa tomber sur le lit près d'elle, passant un bras autour de ses épaules plus larges que les siennes. Cela l'aidait à se souvenir qu'il y avait des choses plus solides et plus stables que lui dans ce monde, et la première d'entre elles était elle.

-Nous aurions dû aller sur Tarth directement, je suis désolé.

-Jaime, c'était ton devoir de venir à Castral Roc, Lady Genna étant à Port-Réal, Tyrion à Winterfell, et les autres Lannister encore en vie sont trop jeunes ou trop vieux pour assumer les fonctions de gardien de l'ouest.

Elle avait parlé de sa voix raisonnable, ses traits s'étaient durcis, prenant cette expression décidée et renfermée qui signifiaient d'ordinaire qu'elle était prête à faire ce qui était juste même si cela lui faisait du mal.

-Il y aura forcément des personne plus adaptées que nous pour s'occuper de l'ouest, affirma Jaime, cela ne te rend pas heureuse, je ne m'y connais pas en politique, ni en économie, ou en tout ce qu'il faut d'autre que la justice et l'honneur pour diriger des terres. S'il s'agissait d'une autre région, moins prospère, moins centrale, nous ferions peut-être l'affaire mais ici... je vois bien que ma tante Genna envoie toujours ses instructions à tout le monde et gère les livres de comptes. Je ne veux pas t'imposer cela.

-Tu ne m'impose rien du tout, coupa Brienne en s'écartant de lui, Jaime je sais que je ne suis pas exactement la lady qu'un château comme celui-ci a besoin mais...

-Ce n'est pas ce que je voulais dire, s'écria-t-il frustré de sa propre incapacité à trouver les mots justes, un jour, l'un des Lannister sera apte à reprendre cette tâche et je te promets que nous ferons ce que tu voudras, si tu veux retourner dans le Nord pour continuer d'honorer ton serment, nous irons là-bas, nous nous battrons contre la neige et tous les dragons du monde et nous seront proches de ce qui comptent pour toi, et de mon frère si j'en crois les rumeurs, si tu veux juste avoir une vie tranquille dans n'importe quel endroit et n'entendre plus parler de ce trône de fer, cela m'ira aussi, si tu veux que nous nous installions sur ton île et que nous y aidions ton père je...

-Stop Jaime, Stop, l'interrompit-elle je... j'ai beaucoup plus que je n'aurai jamais espéré avoir, tu es insupportable et je peux me battre tous les jours avec toi et...

Contrairement à Jaime juste avant, qui aurait pu continuer sur sa lancée pendant une heure, Brienne ne trouva pas les mots, elle reprit son air buté et détourna la tête, vexée de sa propre impuissance.

-Il faut bien que je trouve des arguments pour que ton père m'accepte, rappela Jaime, avec un peu de sarcasme mais aussi un peu de sérieux.

-Ho... Brienne sembla se souvenir de l'obstacle plus immédiat qui se dressait devant eux, affolée, elle tenta de mettre de l'ordre dans ses cheveux en bataille, sauf que ses mouvements brusques de bras plus habitués à tenir une épée qu'à arranger des cheveux empiraient les dégâts.

Jaime ne put retenir un rire moqueur quoique tendre, elle avait l'air si jeune en cet instant qu'il n'eut pas de mal à s'imaginer la jeune femme, pas tout à fait sorti de l'adolescence que Selwyn avait dû laisser sept ans plus tôt. Brienne avait beau être un chevalier et l'un des meilleurs combattants des sept royaumes, au plus profond d'elle-même se nichait une jeune fille qui avait été obligée de se construire une armure d'acier Valyrien pour survivre aux innombrables blessures que le monde lui avait infligé, que lui-même, il lui avait infligé.

Agacée par son hilarité, elle le poussa brusquement, ce qui le fit tomber en arrière sur le lit.

-Hé, un peu plus de délicatesse, rit-il, tout le monde n'est pas aussi résistant que toi.

-Tu n'est pas vraiment délicat non plus, lâcha-t-elle, un demi-sourire aux lèvres, en attrapant sa brosse à cheveux sur la table de chevet.

La voyant la brandir au-dessus de sa tête en un geste rageur, Jaime sentit un fou-rire le gagner. Il ne se moquait pas d'elle, peut-être qu'elle était ridicule et très maladroite, ou juste très énervée. Cela n'importait pas pour Jaime, il n'y avait rien de plus beau au monde à ses yeux.

Lui prenant l'instrument des mains, il commanda d'un ton faussement arrogant:

-Lâche cette arme, fillette, tu vas te blesser.

-Je ne peux pas rester comme ça,... se lamenta-t-elle, quand j'ai quitté Tarth, j'avais les cheveux très longs mon père n'est pas au courant que je les ai coupés parce que c'était plus pratique sur les routes et les camps militaires.

Jaime sentit une pointe de chagrin dans sa voix mais n'insista pas dessus, au lieu de quoi il murmura avec incertitude:

-est-ce que... je peux ... est-ce que je peux le faire ? te brosser les cheveux...

Jaime sentit qu'elle évitait son regard et qu'un sentiment de peur l'assaillait. C'était parfaitement stupide, ils étaient mariés depuis un mois et même avant cela, ils avaient vécu des moments beaucoup plus intimes.

-Si tu veux, accorda Brienne, dans un filet de voix à peine audible.

Jaime s'assit derrière elle et entreprit de démêler la crinière emmêlée de sa lady chevalier.

Jaime avait l'impression que son coeur allait exploser, de petits crépitements se répandirent dans tout son corps. Ses cheveux sentaient encore un peu la résine de sapin sur laquelle ils avaient dormi la nuit dernière lorsqu'ils n'avaient pas voulu s'arrêter dans une auberge pour gagner du temps, et cet odeur se mélangeait désormais au parfum doux et sucré du produit pour laver les cheveux qu'elle venait d'utiliser. Le mélange avait quelque chose de si intrinsèquement Brienne que Jaime sentit son coeur s'accélérer.

Trop vite à son goût, il réussit à obtenir une chevelure lisse excepté deux ou trois mèches qui refusaient obstinément de tomber dans la bonne direction et préféraient repiquer vers le haut. Cersei ne l'avait jamais laissé faire cela, se souvint-il une seconde, alors qu'il l'en avait imploré depuis un âge trop tendre pour que la requête n'est pu être considérée comme indécente venant d'un frère jumeau. Elle disait que c'était là le travail d'une chambrière et que Jaime, son autre moitié ne devrait pas avoir des souhaits si insignifiants. Jaime chassa rapidement ces pensées de son esprit, les comparaisons se faisaient malgré lui et forcément puisqu'il avait passé toute sa vie avec Cersei, mais plus elles s'établissaient plus il sentait tout ce qui avait était malsain et dément dans leur relation.

Les cheveux de Brienne n'avaient rien à voir avec ceux de Cersei, et Jaime en était reconnaissant.

Avec un soupir, Brienne s'était détendue et elle lui tendit une main, l'incitant sans doute à se relever, pour quitter la pièce et aller affronter la journée.

-Non ! S'il te plaît ! protesta-t-il, restes encore un peu.

Sa voix s'était légèrement brisée sur les derniers mots, sans qu'il ne sache exactement pourquoi et Jaime se maudit d'être si faible, tout en remerciant la défunte Catelyn Stark pour avoir mis Brienne sur son chemin.

En silence, elle se coucha, elle le prit dans ses bras. Ils faisaient presque la même taille, et lorsqu'ils s'endormaient de cette manière, leur sommeil n'était plus troublé par les cauchemars que provoquaient les souvenirs de la guerre. Jaime ne s'était jamais autant senti à sa place qu'ainsi.

Leur lèvres se joignirent, et cette simple pression de peau déclencha un frisson inexorable qui emporta leurs deux corps. Jaime, dans un état un peu fiévreux déjà, chercha à se débarrasser de sa tunique mais cette saleté avait des boutons. Abandonnant, il tenta plutôt de délivrer Brienne des vêtements qui la recouvraient, celle-ci se figea, son visage pâlissant.

Jaime agripait un bouton arraché dans sa main:

-C'était la seule en état pour recevoir mon père, balbutia-t-elle.

Jaime resta un instant confus puis il bondit sur ses pieds.

Il fouilla un instant dans le placard et trouva ce que les couturières de Castral Roc avaient promis de faire, une tunique bleu ajustée, féminine mais pas encombrante comme une robe de grande lady. Le tissu était soyeux, coulant entre ses doigts tout en étant épais et solide.

-Est-ce que cela pourrait aller ?

-Oui... c'est... merci, murmura-t-elle, avec un sourire timide.

-Ce n'est pas moi qui l'ai fait, sourit-il, remercies plutôt Elsa et Malenise, les couturières.

-Je le ferais, mais c'est toi qui a demandé à ce qu'on ne me fasse pas mettre des robes ni des vêtements masculins.

-Je dois avouer que je leur ai conseillé ce tissu parce qu'il est du même bleu saphir que tes yeux.

-Je n'aurai jamais cru t'entendre dire une chose pareil, soupira Brienne en réajustant le col de Jaime avec anxiété.

-Moi non plus, confessa-t-il, mais je suis fier d'avoir changé, et maintenant Ser Brienne je crains que vous ne deviez d'abord retiré cette tunique abîmée, si vous voulez enfiler la nouvelle.

Il lui adressa un sourire malicieux, mais Brienne se changea en quelques secondes seulement, une habitude de soldat qui avait le don d'agacer Jaime et bientôt les bruits du matin résonnèrent dans le couloir, signe qu'il devrait sans doute se tenir tranquil.

-Tout ira bien, asséna Brienne, autant à son bénéfice qu'au sien, Jaime s'accrocha à sa voix comme il le faisait toujours et, prenant une grande inspiration, sortit de leur chambre pour aller rencontrer son beau-père.

Selwyn était un homme très grand à côté de lui, sa fille était de taille normale, et massif, ses cheveux avaient dû être blonds mais ils étaient désormais tout à fait gris, il avait un visage sévère, buriné par le soleil et la mer qui l'avait creusé trop tôt, mais lorsque ses yeux se posèrent sur Brienne, ils se remplirent d'une émotion contenue. Il serra la jeune femme dans ses bras, sans accorder un regard à ce qu'elle pouvait bien porté au final malgré les inquiétudes de celle-ci.

-Brinou, je me suis fais un sang d'encre, finit-il par sermonner, tu n'écris pas souvent et il a circulé tant de rumeurs...

Jaime ne put s'empêcher de hausser un sourcil amusé à l'entente du surnom, ce qui eut pour effet de la faire s'empourprer.

-Père... je... je suis désolée, je suis heureuse de voir que vous allez bien.

-Alors c'est vous ? interrompit Selwyn, en observant Jaime avec méfiance, et Brienne a accepté d'épouser quelqu'un, enfin, mais il a fallu que se soit...

-Père, je vous présente Ser Jaime, il m'a addoubé, m'a sauvé la vie à plusieurs reprises et vous n'avez pas à vous inquiéter pour moi, tenta Brienne d'un ton qu'elle essayait de rendre ferme.

-Enfin, Brinou, mets-toi à ma place un peu, réprimanda Selwyn faiblement, quand tu nous a quitté, tu en étais à tes troisièmes fiançailles rompues et j'ai toujours besoin d'un héritier pour Tarth.

-Père, vous êtes encore jeune, vous avez du temps, vous pourriez vous remarier.

-Je n'infligerai pas ma personne à une jeune femme juste pour avoir un enfant, assura-t-il, et puis ma chérie, cela ne t'avais jamais dérangé auparavant d'être la Lady de notre île, à Tarth personne n'a rien contre les ladies chevaliers.

Brienne ouvrit la bouche, la referma, incapable de trouver un argument à opposer à son père.

-Et si nous nous asseyions, et que nous en parlions autour d'un petit déjeuner, proposa Jaime, en désignant la petite table dressée pour trois dans ce petit salon qu'ils avaient choisis pour la rencontre, la grande salle, pleine de bruit et ne laissant pas de place à l'intimité de retrouvailles n'aurait pas fait l'affaire. C'était dans cette petite pièce, anciennement destinée à sa mère Lady Johanna et à ses dames de compagnie, que Cersei, Tyrion et lui-même, avaient pris conjointement nombre de leur repas lorsque Tywin ne voulait pas les avoir dans les pattes pour discuter avec ses bannerets, c'est-à-dire, tout le temps après la mort de sa femme.

Cela donna un drôle de sentiment de mal-aise à Jaime, de s'assoir sur ce que son imagination lui présentait comme la même chaise et de revoir, leur nourrice amener en silence les plats, et repartir en tournant la clef dans la serrure parce que leur père ne voulait pas non plus qu'ils fraternisent avec les domestiques. Cersei ignorait Tyrion ou l'insultait et Jaime s'évertuait à encourager son petit frère qui n'était alors qu'un mioche de quatre ans à avaler quelque chose, alors que tout le monde espérait plus ou moins secrètement sa mort, Cersei boudant s'il lui consacrait trop d'attention. Jaime frissonna, ce château était trop hanté de mauvais souvenirs, lorsqu'il réussit à se reconcentrer sur l'instant présent, Brienne avait une main sur son épaule.

-Jaime... ça va ?

Il acquiesça, puisa dans ses forces pour se concentrer sur l'homme perplexe en face de lui et pour enterrer définitivement cette fratrie délaissée qui avait grandi sans repères dans le passé.

Brienne lui servit une tisane, et le contact de la tasse chaude dans sa main l'aida à reprendre ses esprits.

-Lord Selwyn, pour vous dire la vérité, je n'ai pas le tempérament pour être seigneur de l'ouest, pour m'occuper de tant de bannerets, de commerce, et de politique, et je sais qu'être près de vous ferait beaucoup de bien à Brienne, alors si cela vous sied, nous pourrions venir avec vous sur Tarth.

Selwyn le dévisagea, l'air éberlué.

-Mon garçon, vous êtes un lannister souhaitant abandonner son titre de seigneur de l'ouest pour que ma petite Brienne puisse administrer son île ?

-Mon père a toujours dit que j'étais le plus idiots des Lannister, sourit-il, je n'ai aucune envie de passer ma vie dans ce château ou ma mère est morte et où jamais rien de positif ne m'est arrivé.

-Jaime ? grogna Brienne, nous ne pouvons pas partir, personne ne peut s'occuper de l'ouest.

-Dans trois ans et demi, ma tante Lady Genna Lannister reviendra au Roc, elle est âgée et la capitale l'aura fatigué, elle pourra reprendre la responsabilité, et ensuite, et bien... espérons que des lionceaux auront envie de reprendre la tâche après elle. C'est très probable, entre les nôtres à Brienne et moi, et ceux de mon petit frère lorsque lui et Lady Sansa se seront décidé à... sinon il y aura Joy ou Janei, il suffit qu'elles grandissent un peu... nous pourrions...

-Stop! Jaime stop! implora Brienne, tu recommences !

-Je recommences à faire quoi ?

-À parler à tort et à travers sans réfléchir, juste pour m'embêter.

-Mais je réfléchis ! protesta-t-il, faussement outragé.

-êtes-vous sérieux ? questionna Selwyn, je veux dire, peut-être que ce ne sera pas définitif, mais vous pourriez venir au moins pour une courte visite, et ensuite faire votre choix d'ici le retour de Lady Genna.

-Et qui resterait ici en notre absence ? demanda Brienne.

-Lord Adam Marbrand, c'est un ami de longue date, il connaît la région bien mieux que moi, et je garderai le titre, nous nous absenterions seulement pour quelques mois.

Un très mince sourire attaquait les lèvres scellées de Brienne, elle abandonna petit à petit de le faire disparaître.

-Vous remontez dans mon estime, régicide, lança l'homme, mais vous n'êtes pas encore sorti d'affaire pour avoir ravi le coeur de ma petite Brienne.

-Lord selwyn, désolé de vous contredire, mais c'est Brienne qui ravi le mien.

La jeune femme, complètement cramoisi, lui envoya un regard menaçant, et il déposa un baiser chaste sur sa main.

Le père les observait l'expression indéchiffrable, en grignotant une part de tarte aux pommes.

Soudain, la porte s'ouvrit brutalement et sa cousine, Janei Lannister, se précipita vers eux comme une tornade miniature, pour se jeter sur ses genoux.

-Je veux bien m'occuper de Castral Roc avec Joy plus tard, mais qui va s'occuper de moi maintenant, si vous partez Lady Brienne et toi ? demanda-t-elle, d'une voix frêle et tremblante. Ses parents Kevan et Dorna et ses grands frères étaient morts pendant la guerre, et Janei avait passé les trois dernières années avec Genna ou simplement confiée aux bon soins des septas et nourrices du roc, et tout comme Joy qui avait réussi à se faire emmener à Port-réal puis à Winterfell, c'était un membre de sa famille qui avait aussi subi les conséquences des erreurs de leurs aînés.

-Est-ce que tu aimerais faire un voyage ? sourit-il, à cours d'idées, bien qu'il n'avait pas envisagé que son excursion Tarthienne se ferait avec une enfant de six ans à gérer.

-Mais est-ce que ça veut dire que je ne verrai plus jamais Joy, ou Tyrion, et ici, c'est chez moi ?

Brienne tendit une main à la petite qui fixait les adultes de ses grands yeux verts, qui détenaient déjà un soupçon de cette autorité naturelle présente chez nombre de ses parents:

-Je te promets sur mon honneur que nous reviendrons, ça ne sera pas comme les autres fois, lui murmura Brienne, sentant que Janei revoyait à travers sa perception enfantine la disparition de tous ceux qu'elle avait connu et aimé.

-Je pourrais rester avec vous ou Genna ou Tyrion, et ne plus vivre toute seule ici ? intérogea-t-elle, le scepticisme perturbant chez un si petit être, déjà prêt à être déçu par les grandes personnes.

-C'est Promis Janei, déclarèrent-ils en coeur, ce qui sembla l'impressionner beaucoup.

-Bien, fit-elle, d'un ton solennel en se relevant des genoux de Jaime où elle s'était perchée, j'ai une dernière requête à faire.

-On t'écoutes, répondit Jaime, légèrement anxieux.

-Est-ce que je peux emmener la tarte aux pommes avec moi ?

Jaime lâcha échapper un soupir de soulagement et lui passa le plat sans attendre. Janei s'éclipsa ensuite avec son butin, après avoir exécuté une légère révérence devant Lord Selwyn.

Brienne et son père échangeaient des regards satisfaits.

-qu'est-ce qu'il y a ? demanda impatiemment Jaime, qui avait l'impression que décidément il ne comprenait personne.

Selwyn se leva:

-Il est temps de préparer les bateaux pour repartir, dit-il, Brienne, je suis fière de toi, il semblerait qu'absurdement tu as fais le bon choix.

Et ainsi Jaime, Brienne, Podrick, la petite Janei et sa septa, embarquèrent avec le seigneur de Tarth et ses hommes pour un court voyage de quatre jours. Selwyn se montra cordial bien que méfiant, consacrant la traversée maritime à écouter les aventures de Brienne, et par conséquent de Jaime, évaluant d'un regard prudent et protecteur malgré les ans qui courbaient légèrement son dos, les faits et gestes du Lannister. Cependant que l'air se réchauffait au matin du troisième jours, Podrick qui se tenait sur le pont, nota de lourds bateaux fer-nées, bourré d'hommes armés voguant dans la direction de Peyrdragon. Brienne insista pour écrire à Sansa à ce sujet, lui demandant si cela pouvait signifier une éventuelle menace. Jaime ne pouvait s'en soucier, il était bien trop effrayer par Lord Selwyn pour se préocupé de quoi que se soit d'autre.

-J'ai gagné, nargua Brienne, alors qu'elle atteignait le rocher qu'ils avaient désigné comme but de leur course de natation, Jaime la rejoignit tout de suite après et s'appuya sur elle pour la couler.

Elle émergea, et lui projeta un jet d'eau à la figure.

-Cet eau est vraiment de la couleur des saphirs sourit-il rêveusement, en l'entraînant vers un renfoncement de roche qui créait un petit banc, de sorte qu'ils pouvaient aisément avoir la tête hors de l'eau.

-J'aurai aimé grandir avec toi ici, chuchota-t-elle timidement, nous nous serions entraînés à l'épée, nous aurions nagé, fait des courses, des randonnées dans les bois...

-Je serai tombé amoureux de toi à douze ans, et il n'y aurait jamais eu tant d'horreurs à Westeros, soupira-t-il. Il savait que c'était stupide, qu'ils n'étaient que deux chevaliers désoeuvrés, qui devaient trouver un nouveau moyen d'exister.

À cet instant toutefois, il s'en fichait, Brienne rayonnait d'une joie pur et juvénile, cela lui permettait de respirer plus librement. -Non, j'ai sept ans de moins que toi, et tu aurais toujours eu Cersei, finit-elle par décréter, dans une tentative pour se ramener à l'abrupte réalité.

Jaime posa une main sur sa bouche pour la faire taire:

-Chut, fillette, laisses-moi rêver cinq minutes.

Le cadre s'y prêtait bien, songea-t-il. Le soleil brillait, ils étaient seuls au monde, en tenu de bains dans l'eau tiède, l'hiver tant promis semblait déjà à mille lieux de là, seul trace en était, les arbres dénués de feuilles, et le léger frisson des nuits et de certains jours. À Tarth, qui jouissait d'un microclimat, l'hiver était cours et tiède et le printemps s'annonçait.

De plus, Jaime avait une drôle de théorie dans sa tête, une théorie intéressante, et même exaltante, comme aurait sans doute dit sa petite cousine Joy.

-Brienne, sourit-il, en posant sa tête sur son épaule.

-Quoi ?

-Et si je voulais seulement prononcer ton non, plaisanta-t-il, non, il semblerait que je vais devoir te partager.

-Me...partager ? Avec mon père tu veux dire ? C'est ridicule...

-Non, sans indiscrétion, cela fait plus de cinq mois, depuis notre retour du mur, que nous sommes... disons unis, dans le sens le plus pratique du terme.

-Jaime, quelqu'un pourrait t'entendre nous n'étions pas mariés et...

Ne lui prêtant aucune attention, il poursuivit:

-Cela fait trois mois que tu n'as pas... il s'interrompit soudain gêné lui aussi, que tu n'as pas perdu de sang.

Les grands yeux bleus de Brienne se fixèrent sur lui, des larmes se formant comme des perles argentés d'écumes dans l'eau lagunaires qui les entourait.

-Tu est souvent malade le matin, tu manges beaucoup et... je crois que tu attends notre enfant. Je pense qu'on devrait aller voir le mestre du château.

-Ho ! souffla-t-elle.

-oui...

-Ho...c'est impossible, balbutia-t-elle, je... ce n'était pas censé être pour moi.

-Tu seras formidable, assura-t-il, avant de l'embrasser.

C'était une conviction, Brienne était protectrice, juste et stable, elle se ferait aimer et respecter de n'importe quel enfant.

-Tu les entraîneras à faire des choses stupides, murmura-t-elle, avec une chaleur qui suggérait qu'elle n'avait pas décidée si c'était négatif ou positif.

-Alors, est-ce que tu crois que j'ai raison ?

-C'est possible... admit-elle, je n'ai jamais entendu parler d'un homme apprenant à sa femme qu'ils allaient avoir un enfant.

-On ne fait jamais les choses comme les autres, rit-il, en la prenant dans ses bras.

Note : Bon, je place ce chapitre ici parce que je trouve qu'il est léger et qu'il détend l'atmosphère mais en fait Jaime et Brienne ne seront plus au centre de l'histoire qui va rester pas mal à Winterfell. Désolée mais j'adore l'atmosphère du Nord ! On ne suivra donc pas forcément de près cette grossesse, je n'ai clairement pas les compétences pour ça XD, on va plutôt aller voir les conséquences des petites lettres de Daenerys aux nordiens…

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