Notes: Coucou, encore merci aux lecteurs et aux reviewers.

Judy: Contente que tu les aimes autant, moi aussi !

Emmie: Merci, je ne pensais pas que ça marquerait quelqu'un autant mais j'ai adoré écrire cette scène. Oui, Janei existe dans les livres, mais il n'y a aucun détails sur elle, je n'ai pris que son nom.

Bonne lecture à tous,

Chapitre 31: Sansa

Resserrant les pans de sa cape autour d'elle, Sansa avança entourée de gardes de Winterfell vers le groupe amassé dans le bois sacré. Une cinquantaine de ceux qu'on appelait les sauvageons l'y attendait, discutant entre eux avec animation. Eldris, un des chevaliers de garde était venu la chercher dans la grande salle alors qu'elle prenait son petit déjeuner. Sansa l'avait suivi sans attendre, espérant que les sauvageons n'avaient pas d'intentions belliqueuses.

-Bonjour, fit-elle en marchant doucement vers le groupe, voulez-vous discuter ?

C'était évident, et stupide, mais la jeune fille ne sut comment débuter autrement.

Un vieil homme se détacha de ses camarades pour prendre la parole:

-Nous vivions en paix à quelques journées de cheval d'ici, Jon Snow nous avait promis que nous pourrions vivre de ce côté du mur sans ployer le genoux, si nous respections vos lois. Un groupe de vos chevaliers du Sud a pillé notre village, en massacrant ceux qui voulaient nous défendre.

Sansa savait que des peuples d'au-delà du mur avait établis des camps non loin des villages Nordiens, et jusqu'à présent à part quelques incidents mineurs, les choses s'étaient relativement bien passées, mais si cet homme disait vrai, certains de ses vassaux semaient le désordre et il faudrait qu'elle mène l'enquête avec son conseil.

-Savez-vous leur noms ? pouvez-vous nous les décrire ? interrogea-t-elle sans beaucoup d'espoir.

-Ils n'étaient pas très nombreux, mais bien armés, grogna le type d'un air maussade, et vous savez, ils avaient les mêmes riches manteaux que vous et vos hommes, avec ses ... armures.

Ser Eldris, le jeune garde qui marchait à sa droite sourit au sauvageon.

-C'est vrai qu'on a tous la même allure, dans ses épais tissus et sous tout se métal, accorda-t-il, avec bonhomie.

Sansa fut soulagée qu'il détende un peu l'atmosphère, car elle-même n'était pas vraiment à l'aise.

-Je vais essayer de savoir si d'autres cas comme le vôtre ont été remarqués, proposa Sansa, j'imagine que vos pertes sont énormes... je peux vous proposer des provisions et...

-Nous ne ploirons pas le genoux, pas même devant la reine du Nord prévinrent plusieurs voix, dont son premier interlocuteur.

-Si nous ne pouvons vivre de ce côté-ci du mur, nous n'avons plus de solutions dans l'hiver, rappela-t-il, les gens désespérés sont prêts à tout.

-Je ne suis pas reine, assura-t-elle, je m'appelle Sansa Stark et je protège cette région, c'est ma responsabilité, mais je n'ai d'autorité sur personne, sauf si vous décidez de ne pas vivre selon les lois de ces lieux.

Avec nervosité, Sansa lui tendit sa main dont elle avait retiré le gant, parce que Jon lui avait expliqué que les sauvageons considéraient qu'il était plus respectueux d'offrir sa peau sans protection lorsqu'on discutait avec eux.

-Je m'appelle Tornuth, répondit-il en serrant sa main avec méfiance, on ne veut pas de rations de nourriture, nos chasseurs sont tous morts, nous voudrions un nouveau moyen de survivre, sans devenir des esclaves.

-L'esclavage est proscrit à Westeros, affirma-t-elle, et nous pourrions essayer de vous trouver des places dans la communauté.

Sansa balaya la foule du regard; la moitié était des enfants rachitiques, l'autre des femmes en haillons que pouvait-elle bien leur proposer qui n'apparaîtrait pas comme de la charité ?

-Certains pourraient travailler dans nos fermes qui n'ont plus de gérants depuis la longue nuit, se sont des maisons où on pourra héberger des familles.

-Et vous nous donneriez le gîte gratuitement ? se moqua quelqu'un, on sait bien que tout a un prix, pour vous autres les suderons.

-Sansa... les impôts sur les terres, souffla ser Edmund, qui faisait partie de l'escorte.

Sansa sut que c'était une opportunité à saisir, restait à savoir si cela pourrait être accepté par ces gens. Prenant une grande inspiration, elle se lança:

-Ni vous ni moi n'avons vraiment d'argent, expliqua-t-elle, mais ces fermes appartiennent à ma famille, vous aurez ma protection et mon soutien, la libre gestion des fermes, avec des troupeaux relativement importants, je vous demanderez un dixième de vos produits alimentaires à compter de dans trois lunes, lorsque vous vous serez habitué et que vous aurez pu constater que l'activité est viable, vous aurez la libre exploitation de la laine, que vous pourrez tisser ou vendre directement au marché de la ville d'hiver.

-Comment sait-on qu'il n'y a pas de piège ? voulut savoir, une femme, un bébé dans les bras.

-Vous ne pouvez pas le savoir, admit-elle avec lassitude, mais songez que je n'ai pas d'intérêt à vous tromper. L'hiver est très rude pour nous, si je ne trouve pas quelqu'un pour s'occuper des troupeaux autres que les habitants du château par intermittence je ne pourrais pas nourrir mon peuple, qui se rebellera alors contre moi, et dans ce cas ... il se pourrait que je ne puisse même pas subvenir aux besoins de ma famille...

Sa voix s'était mise à trembler, les mots se bousculaient hors de sa bouche, elle avait exprimer ce qu'elle pensait, sans son masque de Lady de glace, c'était le bon choix, espéra-t-elle, avec ses gens qui avaient une culture où la dissimulation n'existait pas.

-Y-aura-t-il de la place pour nous tous ? questionna Tarnuth.

-Nous avons douze fermes vaquantes... pensez-vous que cela pourrait convenir ?

-Il y a intérêt, parce que c'est notre dernier espoir, fit le leader du groupe.

-Bien, nous allons vous y conduire, déclara ser Eldris.

-Je vais demander aux cuisines de vous faire apporter des repas chauds, pour vous remettre de votre voyage.

Sansa aurait aimé leur proposer d'envoyer leurs enfants dans l'école qui allait ouvrir, mais ce n'était pas le bon moment, ils penseraient que c'était une tentative pour leur faire abandonner leur culture ou les manipuler.

-Merci, Sansa Stark, nous vous tiendrons au courant de notre décision, conclut Tarnuth.

Un "merci" généralisé et un peu reluctant parcourut leurs rangs. -Merci de me faire confiance, sourit-elle, ou d'essayer en tout cas.

-À tout à l'heure, dit-elle à ses gardes, merci de votre aide.

Sansa tourna les talons, accompagnée seulement par Edmund, qui était toujours son bouclier juré.

Après s'être rendue aux cuisines pour demander que la soupe qui devait leur être servi ce midi soit apporté aux nouveaux occupants des fermes, et qu'on serve à la place des restes de pain et de fromage, elle rejoignit le conseil, Edmund la suivant comme son ombre.

-Vous avez horreur des repas comme celui-ci, se contenta-t-il de remarquer, le pain et le fromage, ça ne vous plaît pas du tout.

-Ces gens ont besoin d'avoir quelque chose de chaud dans l'estomac pour se mettre à travailler, rétorqua-t-elle, un peu trop sèchement, sans doute parce que, malgré tous ses efforts pour demeurer impassible, la perspective de ne rien avaler de chaud d'ici ce soir ne la réjouissait pas non plus.

-Mes vassaux qui sont encore ici pour je ne sais quelle raison ne me le reprocheront que trop d'ici quelques heures, soupira-t-elle, fais au moins semblant de me comprendre devant eux.

-Je comprends, murmura-t-il tristement.

Sansa évita son regard et accéléra le pas. Elle n'avait franchement pas de solution simple à ce problème-là. Poussant la porte de la salle du conseil, elle fut soulagée de voir que tout le monde était là, à part:

-Arya ? demanda-t-elle, où est Arya ?

-Elle entraîne des enfants à l'épée dans la coure, répondit Ilirian, elle dit qu'elle n'a pas envie d'assister aux réunions du conseil, qu'elle est faite pour combattre et non pour débattre.

-Bien, soupira Sansa, résignée, alors que Tyrion tirait une chaise près de lui pour l'inciter à s'assoir. Sansa le rejoignit rapidement, se forçant à garder une distance respectable, ils n'étaient toujours que fiancés, et les Nordiens étaient assez strictes sur la conduite à tenir. Tellement strictes en fait, qu'ils pouvaient difficilement se rejoindre après le dîner, encore moins ne pas se quitter.

-On a peut-être des fermiers commença-t-elle, avant de leur raconter toute l'histoire.

-C'est une excellente idée lady Stark, j'irai les aider dans l'après-midi, proposa Mestre Nathan.

-Tu voulais qu'Arya aille faire un tour là-bas pour vérifier qu'ils ne préparaient pas un mauvais coup, devina Faérie.

-Je voudrais aussi qu'elle récolte des informations sur les personnes qui ont fait ça, se défendit Sansa, ils risquent de nous poser d'autres difficultés. Si notre accord est scellé, ils nous apporterons chacun un dixième de leur production dans trois lunes.

-Super, et comment va-t-on faire jusque là ? demanda Faérie avec agacement, tout le monde a faim dans le Nord, même nous, alors que je croyais que nous étions censés être les plus riches.

-Nous avons beaucoup de personnes à nourrir, Faérie, expliqua patiemment Meera Reed, et nous ne mourrons pas non plus de faim, nous prenons tout nos repas.

-Mais jusqu'à quand ? se demanda à haute voix Faérie.

-Une expédition de chasse part cette après-midi avec beaucoup de chevaliers et d'écuyers, Arya ira avec eux, encouragea Tyrion, et puis si c'est nécessaire, nous pourrons toujours manger Robin Arhin, il reste gras comme un goret je ne comprends pas comment il se débrouille.

Il y eut quelques rires, mais la possibilité d'avoir faim devenait de plus en plus réelle, et la responsabilité reposait sur les épaules de Sansa. La peur la tenaillait à tout moment, de les décevoir, de n'être pas à la hauteur, cela c'était certain, elle ne l'était pas, et maintenant le nord entier était menacée par la famine.

-J'ai parlé à un des marchands de céréales de blanc port, il accepte de pousser ses ventes plus au nord s'il obtient un hébergement au château dès qu'il séjourne dans la région, apprit Meera, mais Sansa ne parvenait plus à se concentrer sur le flots d'informations que les autres lui communiquaient, elle écrivait sans conviction, déjà exténué de sa nuit à répondre à ses lettres de multiples seigneurs préoccupés par l'incident de Mélissandre. Son dos la lançait, parce qu'elle avait beaucoup bougé et elle luttait pour se tenir droite dans sa chaise pour ne pas tomber de fatigue...

-Sansa... chuchota Tyrion anxieusement, ça va ? tu es livide...

Il posa une main tiède sur la sienne qui devait, à en juger par la différence, être gelée.

-Je... je reviens, je dois convaincre Robin de signer cette requête pour les Eyriers, et il faut que j'aide Bran pour ses exercices, que je parle à Joy... et que je trouve Arya. Je reviens.

Elle avait besoin d'être seule, de réfléchir, et de faire toutes les choses qu'elle avait mentionné.

Tyrion s'était levé pour la suivre, ce dont elle fut reconnaissante mais Meera avait également repoussé sa chaise:

-Désolée Lord Tyrion, sourit-elle, mais nous avons besoin de vous ici, vous connaissez bien les Tyrell et il semblerait qu'il nous ait écrit.

Tyrion eut l'air un peu déçu:

-On se voit tout à l'heure, murmura-t-elle, tu ne vas rien manquer, je vais parlementer avec des adolescents entêtés.

Meera et Sansa sortirent de la salle:

-Sansa tu n'as pas mangé depuis hier soir, et tu es allée plus d'une heure dans le froid, réprimenda l'autre jeune fille, on en parlait avec les autres avant que tu arrives et on se disait qu'il fallait absolument que tu te reposes, Mestre Nathan t'avait conseillé de rester couché au moins deux jours pour ta cicatrice, mais tu n'as pas pu et je comprends mais...

-Je sais Meera, mais je dois montrer aux maisons Nordiennes que je ne suis pas faible, répondit Sansa en se retenant de bailler, que je peux m'en sortir aussi bien qu'un homme.

-Personne ne t'as menacé j'espère ?

-Non, mais certains Lords commencent à essayer de faire pression sur moi, lui apprit-elle à contre-coeur, alors qu'elles entraient dans la petite salle d'étude où Robin, Joy et Bran attendaient l'arrivée du mestre pour leur leçon quotidienne.

Depuis l'encadrement de la porte, Sansa aperçut du coin de l'œil Meera dont le visage s'illumina en voyant Bran, et Sansa comprit que la principale raison pour son insistance à la suivre devait être son petit frère. Sansa savait qu'ils avaient autrefois été amis, mais qu'ils n'étaient désormais plus capables d'avoir une conversation seule à seule.

-Comment ça va ? voulut savoir Sansa surtout pour Bran et Joy qui n'avaient eu que quelques jours pour se remettre de leur hypotermie et de leurs côtes cassées.

-Quand aurons-nous le droit de retourner à l'extérieur ? demanda Bran, avec une avidité qui lui rappela en un instant de bonheur pur, qu'il s'agissait pleinement du petit frère qui lui avait tant manqué.

-Pas avant une semaine, deux si le temps est mauvais, vous avez eu tant de fièvre, et Joy a un énorme rume, ça ne m'étonnerait pas que les symptômes se déclarent aussi chez toi.

Le garçon fit mine d'écarter sa chaise de celle de la jeune fille, comme s'il ne craignait qu'elle fut contagieuse.

-Je vais marcher un peu, décida-t-il, en ramassant ses béquilles, de toute façon Mestre Nathan n'est pas prêt d'arriver j'imagine. Lorsqu'il fut debout à côté d'elle, Sansa réalisa que son petit frère la dépassait en taille et cela lui arracha un sourire nostalgique.

-Pas longtemps, prévint-elle d'une voix qu'elle tenta de rendre autoritaire et à l'intérieur.

-Promis.

Joy se préparait à suivre la lente progression de son camarade mais Sansa l'intercepta doucement:

-Si tu veux bien rester avec moi ici, Meera va accompagner Bran, expliqua-t-elle, en jetant un regard encourageant à la jeune Lady des marais qui était clairement venue pour Bran, ils devaient faire la paix, et cela nécessitait une conversation privée.

-Mais... protesta faiblement Joy, une lueur de déception dans le regard, en voyant Bran et Meera quitter la pièce.

-Désolée Joy, ils doivent parler un peu, expliqua-t-elle en réanimant le feu, par crainte que la pièce ne soit trop froide pour la petite presque encore malade.

-Robin, j'ai besoin de toi ajouta-t-elle, il faut que tu signes une lettre pour les seigneurs du Val, pour un accord pour des convois de fruits et légumes contre des fourrures.

Le garçon acquiesça et signa en rajoutant même un mot encourageant de sa main et Sansa en resta coite, Il était rare que l'adolescent écoute si facilement ce que ses aînés lui disaient.

-Merci Robin, maintenant, reprends tes mathématiques, je pense que Mestre Nathan sera occupé toute la matinée.

Le garçon obtempéra léthargiquement et Sansa se retourna vers Joy qui semblait troublée.

-Quelque chose ne va pas, lui demanda-t-elle à voix plus basse.

-Ho non... c'est juste... c'est très étrange, chuchota-t-elle en se cachant derrière un épais volume, mais quand Bran s'éloigne, cela me fait mal... au niveau de ma marque.

Elle avait posé une main sur un point précis sur ses côtes et tremblait légèrement. Sansa se dit que sans doute, c'était une conséquence du choc émotionnel que la petite Lannister venait de vivre, n'ayant survécu que par et pour Bran à ce moment-là, une anxiété devait se développer quand il quittait son champ de vision. Joy ne le voyait pas ainsi et peut-être ressentait-elle réellement une douleur aux côtes, mais c'était impossible que les deux soient liés...

-Tu veux qu'on demande à Mestre Nathan de t'examiner ?

-Ho non ! C'est.. c'est bon, protesta-t-elle, ça ira mieux dès qu'il sera revenu.

Cette déclaration rendit la jeune Stark perplexe, inquiète quant à la nature des sentiments de l'adolescente pour son petit frère dont elle ne connaissait pas le coeur, s'il en avait de nouveau un.

Robin étouffa un pouffement de rire moqueur, clairement lorsque Sansa les laisseraient, ils reprendraient leur dispute là où ils l'avaient laissée. Joy s'était recroquevillée près du feu, son livre de cours de Haut-Valyrien ouvert négligemment près d'elle, laissant échapper de fréquents éternuements.

C'était encore une responsabilité, bien que comme les autres, elle l'avait accepté volontiers qui reposait sur sa personne. Lady Genna Lannister lui avait écrit pour lui demander de lui renvoyer la jeune fille dès que le froid serait moins mordant, et Sansa savait que c'était sans doute pour la marier à quelques Lord et pour étendre le domaine d'influence des lions. Elle pria pour que Genna n'ait jamais connaissance de l'existence d'un dragon entre les mains de sa nièce, sans quoi Joy n'aurait plus de répit. D'un autre côté, Sansa se dégoûtait elle-même lorsqu'elle songeait à cela. Parce que bien que la plus grosse partie de sa conscience lui dictait de protéger Joy de ces jeux politiques pour que ses rêves et son innocence ne lui soient pas volés comme cela avait été le cas pour elle, une petite voix lui chuchotait également de garder Joy à Winterfell pour qu'elle grandisse près des Stark et devienne plus tard une alliée de leur famille plutôt que des Lannister. Ceux qu'elle devait détester? Sauf que désormais, leurs familles se mélangeaient, elle aimait un Lannister. Et tout ceux qu'elle haïssait étaient morts. Sansa s'efforça de refouler ses pensées conflictuelles, Joy ferait son propre choix, elle n'avait aucune autorité sur elle et lui dirait la vérité. Après tout, Joy se montrait déjà beaucoup plus censée et forte que Sansa ne l'avait était au même âge, peut-être même qu'elle n'était à présent. Mais pour l'heure, Robin bombardait sa camarade de boules de papier arrachés à son livre d'algèbre, et Sansa dût désamorcer au plus vite le conflit avant que Joy ne mette ses menaces à exécution à l'encontre du jeune Lord des Eyriers.

La vérité, réalisa-t-elle, en quittant la pièce c'était qu'elle craignait terriblement le départ de Joy, ou celui des autres, elle était terrifiée à l'idée d'être seule de nouveau. Désormais, elle avait du pouvoir mais cela n'achetait pas l'affection ou l'amour, et elle ne se sentait pas de taille à les gagner.

Meera n'était pas revenue et Sansa repartit pour la salle du conseil toute seule, redoutant le reste de sa journée qui s'annonçait pénible.

-Lady Sansa ! salua une voix de jeune homme aux accents atrocement mielleux.

-Lord Overdone ! salua-t-elle, poliment, se forçant à sourire.

-Puis-je me permettre de vous exprimer combien vous resplendissez !

Sansa se figea, elle examina plus attentivement son interlocuteur et constata avec frayeur qu'il tenait une bouteille vide de vin à la main, que sa posture était affaissée, ses joues rouges et son regard trouble. Il était complètement ivre.

-Je ne pense pas que vous soyiez dans un état décent pour en juger, coupa-t-elle froidement, en fait, votre état est indécent, être dans un tel état d'ébriété n'est pas acceptable lorsque vous êtes supposé siéger en réunion politique dans quelques heures.

-Vous... vous êtes...trop décente, balbutia l'ivrogne, et dans un mouvement maladroit mais ferme il la saisit par la taille et la plaqua contre le mur.

La jeune fille tira sans un bruit la dague qu'Arya l'avait enjoint à porter, et malgré son inaptitude désolante, elle visa la main de l'homme, qui ne fut qu'égratigné mais s'écarta. Un peu ahurie de voir du sang couler par son fait, elle articula alors que deux de ses gardes débouchaient dans le couloir :

-Lord Overdone, vous resterez en compagnie de ser Harry et de ser Eldris jusqu'à cette après-midi où nous discuterons de votre cas devant témoins.

Les deux gardes comprirent d'un coup d'œil à la scène ce qui venait de se produire, et alors que Ser Harry emmenait l'ivrogne, Eldris lui tendait un mouchoir pour essuyer sa dague souillée, et l'escorta jusqu'à la salle du conseil.

-Je vais le découper en tranches, annonça Arya, lorsque sa soeur eut terminé de leur résumer les événements.

-Nous devons trouver un nouveau seigneur au domaine d'Overdone, conclut Tyrion, d'un ton décidé.

-C'est ce que j'allais proposer, appuya Faérie.

-J'aimerai bien, mais qui peut-on trouver d'ici notre réunion au sujet des remises de titres cette après-midi, se plaignit Sansa, je ne peux pas la reporter.

-Il n'y a pas besoin d'aller très loin pour trouver des gens bien et loyaux, sourit Tyrion, d'autant que nous avons plus de chances qu'ils le demeurent s'ils comprennent que tu l'as remarqué.

Une heure plus tard, Edmund, Arya, Tyrion et Sansa attachaient leur chevaux près d'une petite masure de la ville, que Tyrion indiqua être celle des Hopeliedge.

André Hopeliedge avait tenté d'assassiner Ramsay Bolton trois ans et demi auparavant lorsque celui-ci s'était emparé de Winterfell et avait combattu les marcheurs blancs lors de la Longue Nuit, sa femme Irielle Hopeliedge était couturière pour la famille Stark depuis son adolescence et c'était elle qui avait apporté en cachette du thé de lune à Sansa lorsque celle-ci était prisonnière de Ramsay, leur fils aîné, Hugues avait perdu deux doigts en jurant sa loyauté aux Stark devant des soldats Lannister alors qu'il n'avait que treize ans, et sa petite soeur Estelle était connue parmi les citadins pour sa curiosité et sa précoce intelligence.

Sansa ne savait comment s'y prendre, comment frapper à la porte de ces gens, et leur faire cette proposition, sans qu'ils ne se sentent forcer d'accepter, tout en ayant elle-même grand besoin qu'ils le fassent ?

Arya et Edmund, leurs épées aux côtés semblaient encore plus indécis mais Tyrion toqua nonchalamment à la porte, prenant la tête de leur petit groupe.

Un jeune homme, environ de l'âge de Bran ouvrit, et lorsqu'il comprit de quoi il s'agissait plongea dans une profonde révérence.

-Désolé, de nous imposer de la sorte, débuta Tyrion, cela doit être un peu perturbant de voir arriver ainsi un nain, deux combattants, et la gardienne du Nord...

Tyrion se stoppa un instant en constatant que les trois autres membres de la famille avaient rejoint celui qui devait être Hugues, dans la pièce principale.

-Tout d'abord, merci pour le soutien que vous avez apporté à ma famille, souffla Sansa, d'un ton trop formel, qu'elle ne savait comment adoucir, je viens vous proposer de devenir le gérant du domaine d'Overdone, à quelques heures de cheval d'ici, vous seriez anobli et garderiez la propriété dans votre famille.

-Pourquoi nous ? balbutia André, je veux dire nous serions honorés mais je n'ai aucune connaissance en politique ou en chiffres, je sais tout juste compter, lire et écrire.

-Vous avez tous agis pour la survie des Nordiens, et pour Winterfell, assura Tyrion, avec toutes nos intrigues politiques, nous n'avons pas pu faire plus que vous au moment de vérité.

Dans les faits, Sansa savait qu'il ne pensait pas exactement cela, il était bien de l'avis que le sang n'avait rien à voir dans les mérites d'une personne, mais croyait toujours que c'était les stratèges et les diplomates, les gens qui réfléchissaient qui pouvaient influencer le destin des royaumes. Simplement, ces gens savaient cela, ils avaient en revanche besoin de se sentir sur un pied d'égalité avec eux pour prendre une décision réfléchie, et Tyrion n'ayant pas exactement le caractère ni le physique du chevalier classique réussissait à gagner leur sympathie.

-Honnêtement, le seigneur qui bénéficiait de cette terre la gâtait, poursuivit-il, il est paresseux et ivrogne, deux péchés que j'ai fini grâce à Lady Sansa par dépasser moi-même, mais vous travaillez dur et sérieusement à ce qu'on dit, et le Nord n'a pas besoin de politiciens pour les mener jusqu'au bout de l'hiver, enfin si, mais il a surtout besoin de gens qui sauront organiser un effort de survie.

Sansa approuva réitérant sa gratitude, tentant de projeter de la chaleur dans ses propos, mais se trouva beaucoup moins efficace.

-Cela serait un si grand honneur Lady Stark, assura la femme, mais je nous vois mal habiter seuls dans un château immense.

-Vous n'avez pas besoin d'être seuls, constata Tyrion, proposez à vos voisins et amis de confiance de vous accompagner, on vous fournira des chevaux et quelques armes pour le voyage, mais vous devriez choisir vous-même vos futurs conseillers, et cela sauvera quelques nordiens du désœuvrement.

Cette après-midi là, après avoir annoncé la reprise de l'île aux ours par une famille proche des Mormont, et avoir donner l'identité des nouveaux dirigeants du domaine Kharstark, Sansa fit avancer le Lord Overdone.

-Je reçois de nombreuses lettres d'insatisfaction de personnes vivant sur vos terres, et ce matin même, vous étiez ivre et m'avez retenu contre mon gré dans un couloir obscure, je ne suis pas juge, en revanche, je vous retire vos terres et les accorde à une famille qui a tout sacrifié pour survivre, et pour aider les autres à en faire autant, Lord et Lady Hopeliedge, sont désormais anoblis et hériterons du désordre de vos terres qu'ils sauront rendre prospères.

Les Hopeliedge, dignes et solennels acceptèrent la proposition, mais une vague de protestations s'abattit sur Sansa alors qu'elle ne s'y attendait pas.

-Lord Overdone ne pensait pas à mal, s'insurgea Ser Hardstock, un des jeunes hommes qui souhaitaient l'épouser, il avait peut-être un peu trop bu, cela ne suffit pas pour retirer son titre à un honnête homme.

-Un honnête homme qui a retenu Lady Sansa contre son gré et lui a tenu des propos indécents, rétorqua Lady Meera, une note de menace dans sa voix douce.

-Peut-être est-ce tout de même un peu dur ? se hasarda Ser Manderly, Lady Sansa, je ne veux que votre bien, votre méfiance est compréhensible mais ce n'est pas ainsi que vous vous ferez des alliés...

-Tu as entendu Sansa, c'est être méfiant de ne pas vouloir être agressée ! lança Faérie, avec sarcasme, ses yeux noisettes posèrent leur attention moqueuse sur le vieux lord, vous n'auriez pas dit cela à un homme.

-Si notre seigneur avait été un homme, la question ne se serait pas posée, marmonna quelqu'un, il aurait été en mesure de commander une armée sans faire demi-tour devant l'ennemi.

Un murmure approbateur parcourut une partie des rangs Nordiens.

-Nous n'avons pas fait demi-tour par peur, déclara calmement Arya, sortant Aiguille, elle se planta juste devant le jeune Hardstock.

-Voulez-vous prouver à tout le monde que vous êtes plus capable de vous défendre qu'une fille ?

-Ce n'est pas moi qui... protesta-t-il, l'air terrifié, ne faisant pas mine de dégainer son épée.

-De toute façon, il n'était nul question de vous Lady Arya, mais de votre soeur.

Un silence tranchant envahit la salle, et Sansa ne put s'empêcher de se dire qu'ils avaient raison. Elle n'était pas capable de se battre, pas à sa place à la tête d'un peuple de combattants. Ou du moins si elle l'était, elle aurait bien du mal à le faire accepter à ces gens.

-Lady Sansa a beaucoup plus de ressources que vous tous réunis explosa Tyrion en se levant à son tour, sa posture reflétant celle d'Arya debout de l'autre côté de sa soeur, elle a survécu deux ans comme prisonnière de ma famille, elle sait mentir et dissimuler, elle sait se protéger et protéger ceux qui comptent pour elle, et son peuple compte pour elle, elle s'est sauvée elle-même de Ramsay Bolton et l'a livré à ses propres limiers, pendant que vous tous ici présent ne leviez pas le petit doigt pour l'aider, elle s'est battue pour ce château, a reçu le soutien de plusieurs armées, et elle a tant de projets pour le Nord qu'elle le fera plus changé en quatre ans qu'il ne l'a fait en un siècle. N'importe quelle personne censée comprendrait qu'elle est la personne qu'il faut au Nord, mais peut-être que je me suis trompé en présupposant que vous l'étiez.

Sansa n'aurait pu exprimer la joie qui s'empara d'elle à l'entente de ces paroles, mais alors que certains paraissaient réfléchir sérieusement à celles-ci, Lord Overdone s'empara d'un couteau à la ceinture d'un garde, et avant que personne ne s'en aperçoive il le lança vers Tyrion. Arya et Sansa qui étaient les plus proches de lui réagirent, en un clin d'œil Arya bondissant rapidement en avant pour intercepter le couteau avec Aiguille, alors que Sansa tirait violemment Tyrion vers elle pour l'écarter de la trajectoire du couteau, lorsqu'il avait été trop sonné pour réagir.

-Ta gueule Lannister, tu dis cela simplement parce que tu peux la...

Un garde décocha un gros coup de poing à Overdone qui s'effondra, assommé. Mais le mal était fait, tout le monde avait saisi ce qu'il voulait dire, du moins en substance. Sansa sentit son estomac se nouer, comment les choses avaient-elles pu dégénérées à ce point ? Qu'avait-elle fait ?

-L'attitude de Lord Overrdone est inadmissible concéda Lord Manderly, je ne soutiens pas la violence gratuite et l'impulsivité, cependant cela nous rappelle un sujet d'inquiétude bien réelle.

-Lequelle ? s'enquérit calmement Mestre Nathan, le seul des proches de Sansa, qui n'était pas complètement abassourdi.

-Hé bien, voyez-vous, je… nous nous inquiétons pour l'honneur et la sécurité de Lady Sansa, confessa Lord Manderly, sa vieille tête blanche s'inclinant dans un geste poli, nous trouvons qu'elle devrait épouser un vrai Nordien, quelqu'un de fort, quelqu'un d'ici, quelqu'un qui puisse mener des soldats...

-Lord Tyrion a déjà mené des soldats, intervint-elle, la bataille de la Néra a en grande partie été remportée par les Lannister grâce à lui, grâce à son idée d'utiliser le feu grégeois, et à sa capacité à motiver les troupes.

-Les choses se passent différemment dans le sud, convint presque diplomatiquement Lord Menderly, et je n'ai pas de grief personnelle contre Lord Tyrion, mais au moins veuillez convenir que sa réputation est douteuse, ne craignez-vous pas que ses penchants libertins vous portent préjudice ?

-Qui serait assez fou pour rechercher la compagnie de filles de joie s'il épousait Lady Sansa, interrogeA Edmund.

Quelques jeunes lords eurent la stupidité de marmonner:

-Pas moi ! Je lui serai fidèle jusqu'à la mort !

Cela devenait ridicule, cela détruisait encore plus définitivement ses rêves de petite fille dans lesquelles elle s'imaginait que de braves et jeunes chevaliers en armure se battrait pour son amour, parce qu'ils avaient reconnu en elle une âme soeur. Hô combien avait-elle était stupide ! De plus, la triste ironie du sort faisait que ces jeunes Lords, s'ils avaient eu connaissance du peu de richesses, voir de leur inexistence dont étaient doté les Stark, s'ils avaient su que tout son pouvoir ne tenait qu'à un fil, s'ils avaient compris que même eux n'étaient pas à l'abri de la faim, ils s'en seraient rapidement retourné dans leur château plus petits mais plus confortables et sans doute moins détruits par la guerre.

Lord Hardstock revint à la charge:

-Tous les membres de votre conseil sont-ils d'ailleurs en accord avec votre décision ?

-Il n'est pas besoin que tous les membres du conseil soient d'accord pour prendre une décision rappela Arya, il suffit qu'ils aient conseillé et été entendu, et ma soeur vous écoute bien trop à mon goût.

Arya était célèbre pour ses mystérieux pouvoirs et son épée acérée, mais en grandissant Sansa se rendait de plus en plus compte qu'Arya possédait un esprit aussi affuté que n'importe quelle lame, ses remarques piquantes et justes les sortaient souvent de l'embarras et Sansa était indéniablement fière d'elle.

-Ser Gary, vous serviez déjà Winterfell lorsque ce cher Eddard était toujours de ce monde, fit Lord Murdoch en s'adressant au vieux capitaine des gardes, pensez-vous qu'il aimerait savoir sa fille épouser un lannister ? Ce Lannister ?

-C'est que... j'ai rien contre Tyrion moi... balbutia Gary, c'est un type bien... il aide tout le monde comme il peut depuis qu'il est là, mais c'est bien vrai que ça aurait fait un sacré choc à ce bon vieux Ned de voir sa petite, si sage et si pure...enfin, désolé Lady Stark...

Sansa ne pouvait lui en vouloir, Gary ne savait pas dissimuler ce qu'il pensait, et il avait sans doute raison, mais elle n'allait pas se laisser faire.

-Lequel d'entre vous peut affirmer avoir fait plus pour le Nord et pour Sansa que Tyrion ? interrogea Lady Meera, avant que Sansa n'ait pu trouver quoi répondre.

-Ser Edmund Thorne ? proposa doucement Lord Menderly, comme s'il s'en voulait de le faire, après tout, Sansa savait que le vieux chevalier ne pensait pas à mal et Edmund en tant que son bouclier juré lui avait sauvé la vie lorsqu'ils étaient à Port-réal lors de la bataille finale et sans doute à des tas d'autres reprises depuis.

-Ce n'est pas vrai, nia faiblement Edmund, je n'ai fait que mon devoir. Toutefois sa voix basse et ses yeux tristes donnaient les mauvaises impressions aux lords et aux quelques ladies.

-Bien Lady Sansa, je comprend qu'à votre âge les tiraillements du coeur puissent donner envie de prendre des décisions brusques et inconsidérés, poursuivit Lord Manderly en se levant de sa chaise pour s'approcher amicalement d'elle, pendant que la réunion prenait fin et que les autres se dispersaient, beaucoup devant organiser les préparatifs pour le voyage de retour.

-Mais vous devez au moins accordez un peu d'attention aux autres jeunes gens avant de vous marier, ou ils seront tous vexés et puis vous devez avoir compris que pour avoir un rôle politique, il faut parfois savoir abandonner ses désirs personnels.

Sansa était coincée, elle était obligée d'approuver ou elle ne se montrerait pas à la hauteur. Ou alors fallait-il qu'elle lui oppose un non ferme pour paraître autoritaire? Non, sans doute pas.

-Vous avez raison sur ce point Lord Manderly, je vous remercie de faire de votre mieux pour m'aider. Ce n'était pas ce qu'elle aurait voulu dire, mais tout autre réponse aurait eu des accents immatures, quelque chose de Robb qui avait écouté son coeur pour épouser Talissa au lieu de s'en tenir à son serment aux Frey, elle ne voulait faire la même erreur. Du moins pas en apparence.

-Alors accepterez-vous un dîner avec moi demain soir ? proposa immédiatement Elwin Woodwhite, avec empressement, alors que les autres n'avaient que le temps d'entrouvrir les lèvres.

Woodwhite était discret mais déterminé, et il avait plus de cinq cents chevaliers sous ses ordres, Sansa Acquiesça puis congédia la foule, retenant avec peine ses larmes.

Elle croisa Bran qui se baladait en béquille dans le hall, l'air clairement d'attendre qu'elle sorte:

-Bran, ça va ? Tu as besoin d'aide ?

-Non, je voulais juste savoir comment tu allais, dit-il. Sansa sourit, et cette fois, elle n'eut pas besoin de se forcer la disparition de la corneille lui avait rendu un petit frère disparu, qui ne savait plus au juste quelle attitude adopter.

-Je ne devrais pas t'embêter avec ça, mais les bannerets veulent que je choisisse un époux parmi eux.

-Tu peux partager cela avec moi comme tu le ferais avec Arya, ce n'est pas parce que je ne suis plus omniscient qu'on ne peut plus me faire confiance, des vestiges de ces connaissances me restent. Ne te laisses pas faire Sansa, j'ai eu assez de vision sur vous pour savoir que c'est la meilleur chose qui puisse t'arriver, d'être avec lui.

-Est-ce que c'est étrange que mon petit frère me donne des conseils dans ce domaine ? demanda-t-elle en plaisantant.

-Très certainement oui, convint le garçon, désolé de me mêler de ce qui ne me regarde pas mais n'est-ce pas ce que les petits frères font ?

-Si, c'est ce qu'ils font.

-De toute façon, j'ai toujours su que c'était quelqu'un de bien, à son retour du mur, alors que j'étais toujours à Winterfell, il m'a redonné espoir en me montrant qu'on pouvait fabriquer une selle adapter à mon handicap pour monter à cheval.

-Je ne savais pas, avoua Sansa, il ne m'en a jamais parlé...

-Je n'avais jamais entendu parler d'un lannister modeste, rit Bran, puis il vacilla et sa soeur l'obligea à s'assoir dans sa chaise à porteur et appela ses écuyers pour l'aider à remonter.

-Je ne suis pas prêt de devenir un chevalier, constata tristement l'adolescent.

-Alors ça aussi c'est revenu ?

-Oui, admit-il d'une petite voix, tu trouves ça bête de croire encore que ça puisse exister, que ça puisse faire une différence ?

C'étaient là des mots qui n'étaient adressés, et destinés qu'à ses oreilles, parce qu'ils avaient été les deux enfants les plus rêveurs de Ned et Catelyn. Ceux qui avaient passé le plus de temps à écouter les contes de Vieille Nan, ceux qui avaient un peu cru qu'un jour, ils en seraient les héros.

Bran savait que Sansa avait dû abandonné cela, tout comme lui, mais en quelque sorte il lui demandait la permission de tenter de donner du sens aux histoires de leur enfance.

-Non, dit-elle, tu ne seras sans doute jamais un combattant exemplaire, ça c'est le rôle d'Arya, mais toi, tu seras l'honneur des Stark, si tu fais un petit effort.

Après le dîner, auquel Sansa n'apparut qu'en coup de vent pour faire bonne figure mais sans avaler un morceau, elle se faufila vers la chambre de Tyrion. Si on la voyait, elle devrait faire demi-tour ou trouver une excuse pour sa visite,mais elle parvint à éviter tous les jeunes bannerets qui hantaient les alentours Elle toqua, personne ne répondit, elle entra tout de même et fût surprise de trouver la pièce vide. Le désordre ambiant, tout opposé à ses propres appartements lui réchauffa le coeur. Sur le bureau, était un amas de papiers divers et d'épais livres de comptes et d'archives de Winterfell sur lesquels il travaillait. Quelqu'un avait allumé le feu dans l'âtre, et sur l'un des fauteuils, une couverture orné d'un lion brodé qu'elle avait faite pour lui sembla l'attirer à elle.

Sansa sentit son masque se craqueler, se roulant en boule sur le fauteuil, elle enfouit son visage dans la couverture qui gardait quelque chose de son odeur. Était-il parti ? Pensait-il que finalement, il serait plus heureux dans un endroit moins glacial, moins inhospitalier ? Elle ne pourrait même pas l'en blâmer. Qu'avait-elle à offrir ? Plus que jamais, elle se sentit comme une enfant, une enfant stupide, si faible, pire que cela encore car lyanna Mormont, du haut de ses douze ans avait eu le respect de son peuple. Sansa, elle, risquait de perdre sa place parce quelle voulait écouter son coeur, tout en étant toujours terrifiée par l'amour en actes. S'il y avait eut quelque chose dans son ventre, elle aurait sans doute vomi. Perdue dans ses sombres pensées, elle n'entendit pas la porte s'ouvrir ou les pas s'approcher, et elle n'aperçut Tyrion que lorsqu'il posa une main sur son épaule.

-Sansa, qu'y-a-t-il ? Que s'est-il passé ?

-Rien répondit-elle, ne voulant pas exposer aussi clairement sa faiblesse.

-C'était une question stupide, soupira-t-il, je sais ce qui s'est passé ? Es-tu venu me dire que nous devrions... que je devrais partir ?

Quelque chose de rauque et de vibrant s'échappait de sa voix, quelque chose qui lui fit tendre les bras pour le serrer contre elle comme si on voulait l'emporter au loin.

-Non... si... j'ai, je, c'est parce que je croyais que tu avais décidé de partir.

Soudain, elle s'aperçut que Tyrion était couvert de tâche de neige, comme s'il était tombé à plusieurs reprises et ses mains étaient égratignées.

-Que t'est-il arrivé ?

-Je... Tyrion eu l'air embêté mais sembla se décider à parler, j'étais avec Arya, je lui ai demandé de m'apprendre à me battre à l'épée. Je veux pouvoir...

Sansa ne put retenir un éclat de rire soulagé, embrassant les égratignures.

-Tu n'as pas à faire ça, Arya a dû te martyriser, ne t'inquiètes pas, elle est là pour me protéger.

-Je sais, soupira-t-il, c'était absurde, je me sens juste coupable d'être...

-Tu es ce dont j'ai besoin, interrompit-elle couvrant ses lèvres des siennes, s'il te plaît, ne me laisses pas.

-Sansa, murmura-t-il dans un soupir, en effleurant sa joue, Sansa...

-J'aime bien quand tu prononces mon nom, répliqua-t-elle, distraitement, en se rapprochant, il essayait de se concentrer sur ce qu'il voulait dire, mais une flamme ardente brillait dans son regard, il peinait à l'étouffer. Et Sansa avait entendu les syllabes résonner dans sa cage thoracique, remplis d'une douceur intense.

-Écoutes, tu pourrais être reine un jour, tu devrais l'être, je ne veux pas t'entraver.

-Je ne veux plus être reine, du moins pas plus que je ne veux avoir une meute, je ne veux plus ressembler à Cersei, protesta-t-elle, c'est toi qui est entravé par moi.

-Alors j'imagine que nous trouverons une solution, convint-il, en se blottissant contre elle, je n'ai pas la force de m'en aller, je ne suis qu'un gnome dépravé après tout.

Ils eurent un rire hésitant, cascadant de gorges encore nouées par les larmes, comme les premiers perce-neige affleurant de la terre en éveil d'un printemps promis.

-Ho, j'allais oublié. Tyrion se leva, récupéra sur la table un plateau garni de nourriture qu'il déposa sur ses genoux.

-Tu n'as pas mangé, je suis allé voir le cuisinier, et il m'a donné cela.

-Merci, tu vois que tu dois rester avec moi, sourit-elle, sinon j'oublie de manger.

En fait, songea-t-elle, intérieurement, Tyrion était ce dont Winterfell avait besoin, il pouvait être fasciné par les dragons, et négocier avec la banque de fer, défendre ses décisions avec ses mots acérés et se faire aimer du peuple par son humilité qu'elle avait encore observé ce matin avec les Hopeliedge. Elle aurait voulu être plus forte pour lui, être capable de laisser derrière ses cauchemars et de se consacrer au présent, peut-être lui en donnerait-t-il la force, un de ces jours, et alors aucun Lord paternaliste ne pourrait plus les séparer.

Notes: Ça part un peu dans toutes les directions là ! Désolée ! Mais promis, certaines choses vont s'éclaircir dans les prochains chapitres !

Si vous pensez qu'il se passe quelque chose de bizarre avec Bran et Joy et que vous avez des théories, n'hésitez pas à me le dire par review :), Si vous voulez lancer des couteaux à des Nordiens, n'hésitez pas à le faire virtuellement! Et si vous croyez vous aussi que Sansa sera reine, un jour... vous savez quoi faire XD