Note : Coucou, comme d'habitude merci à tous ceux qui lisent et qui commentent ! Un nouveau point de vue Aujourd'hui !

Bonne lecture,

Chapitre 32: Ilirian

-On a l'air complètement idiots, lui fit remarquer Arya, assise en face de lui dans la taverne de la ville d'hiver. En effet, ils n'avaient pas l'air de clients ordinaires, Arya était la seule femme cliente dans l'établissement, et tout deux restaient extrêmement discrets, et pour cause, ils épiaient leurs voisins de table.

-C'est pour le bien de votre soeur Arya, rappela-t-il, nous étions tombés d'accord sur le fait que c'était nécessaire.

Arya ne répondit pas tout de suite, laissant le silence propice à leur mission s'installer.

Aux tables voisines qu'ils avaient toutes rapprochées, une vingtaine de chevaliers de Winterfell et de jeunes lord du Nord, s'adonnaient au plaisir du vin et des blagues gaillardes.

-Il ont dû nous remarquer et ils ne parleront de rien, chuchota-t-elle, j'aurai dû venir toute seule et en parler à Sansa.

-Lady Arya, ce n'est pas un endroit... fréquentable pour vous, tenta-t-il, sachant aussitôt que ce n'était pas ce qu'il aurait fallu dire.

-Je ne suis pas une lady, rabacha-t-elle engloutissant cul-sec un verre de vin pour faire bonne mesure, et je suis allée dans des endroits bien pires alors que j'étais plus jeune.

-Ce n'est pas parce que vous avez dû vivre dans des circonstances difficiles avant que vous n'avez pas le droit que l'on se soucie de vous, argumenta-t-il, se saisissant de tout son courage, vous aurez beau avaler toutes les coupes de vin du monde, vous restez une Lady comme vous l'étiez à neuf ans, quand nous étions devenus amis.

-Quel étrange définition d'une lady... lâcha-t-elle.

-C'est un titre sans importance convint-il, mais dans mon esprit, cela restera toujours le mot par lequel on m'a appris à vous désigner vous et votre sœur. Et vous le méritez, vous êtes forte et charismatique, vous êtes prête à tout pour ceux qui comptent pour vous, et les valeurs que vous défendez force le respect.

-Chut ! interrompit Arya, en désignant le groupe de jeunes hommes dont les rires gras avaient un peu diminué de volume, mais Ilirian nota que ses joues s'étaient à peine teintées de rose. Il lui sourit:

-Peut-être que le danger que j'ai vu dans mon rêve ne vient pas d'eux après tout, conclut-il, déçu, désolé de vous avoir fait perdre votre temps.

-Il vaut mieux être trop prudent, concéda la jeune fille, mais si un des Lords représente une menace ce ne sera sans doute pas l'un d'entre eux, je verrai plus leurs pères, qui ont la tête sur les épaules et veulent Sansa mariée à leurs fils ou à eux-mêmes pour le pouvoir, ceux-là, tout ce qu'ils veulent c'est pouvoir boire tout leur soûl et l'assurance d'avoir une belle fille dans leurs bras.

Arya avait craché ces mots avec une petite moue dégoûtée, qui conservait un brin de la petite fille qui jouait avec lui, parfois, enfant. Ilirian peinait à comprendre comment quiconque avait jamais pu la confondre avec un garçon. Certes, elle était agile, intrépide, et portait une épée. Mais sa grâce féline avait toujours été la chose la plus féminine qu'il puisse imaginer, son timbre de voix demeurait cristallin avec une touche mystérieuse et profonde qui lui rappelait le bruit que faisaient les vents blancs de l'hiver dans les grands arbres du bois sacré.

-Ilirian, tu m'écoutes...

-Hou..heu pardon, que disiez-vous ?

-D'abord que cela me rendait mal à l'aise que tu me vouvoies, on se connaît depuis dix ans et on est actuellement ensemble dans une taverne entrain d'espionner une bande d'ivrognes.

Il éclata de rire, et Arya se contenta d'étirer à peine les lèvres, mais chez elle, c'était déjà un grand signe de connivence.

-Rentrons au château, proposa-t-il, il risque d'y avoir du blizard bientôt.

Arya acquiesça et, avant qu'il n'ait pu finir de cligner des yeux, elle avait filé, et il n'eut que le temps de voir la porte s'entreouvvrir pour laisser passer une mince silhouette enroulée dans une cape de fourrure. Pourtant, il se hâta de ramasser son luth, dont il ne pouvait se passer et entreprit de la suivre, une action qui lui était assez familière. Sauf que si Arya n'était pas le genre de jeune fille qui voulait être rattrapée, Ilirian n'était pas non plus le genre de garçon en mesure de le faire. Alors qu'il était perdu dans ses pensées, il sentit son pied se prendre dans une besace abandonné au sol, par réflexe, il se raccrocha à l'épaule de l'homme le plus proche qui se retourna:

-Eh, c'est,... qui ? balbutia le type, visiblement incapable de se rappeler où il avait bien pu le croiser.

-Ilirian, répondit-il sans réfléchir, excusez-moi je...

-Tu étais avec une fille qui ressemblait à Arya Stark, commenta un type légèrement plus sobre, assieds-toi un peu et racontes-nous.

-Ho non, ce n'est pas ce que vous croyez, assura-t-il avec une confiance feinte.

Cela parut leur suffire, forcément, se souvint-il amèrement, je ne suis même pas un soldat, pas même un simple écuyer, et je suis sans fortune, ils se disent sans doute qu'un type comme ça n'a aucune chance.

-Restes ici, conseilla un type, il y a des filles ici et du vin.

-Non merci, Sir, je dois rentrer au château.

Sans un mot de plus, il s'esquiva, courant dans le brouillard et l'obscurité pour reprendre son cheval et se mettre en route pour Winterfell.

Lorsqu'Ilirian rejoignit la grande sale pour le repas du soir, il constata avec surprise que la table du centre où dînaient ceux que l'on appelait le Conseil du Nord, n'était pas occupé. Un peu perdu, il déambula dans la salle en quête de quelqu'un de connu avec qui manger et tomba sur Lady Meera Reed, seule au bout d'une table.

-Puis-je m'asseoir avec vous ?

-Bien sûr, accorda-t-elle avec un sourire pensif.

-Pourquoi les autres ne sont-ils pas présents ? questionna-t-il intrigué.

-Lady Sansa devait dîner seule avec... je ne sais plus son nom, peu importe... mais vous savez cette histoire de mariage arrangé.

Meera eu un geste vague et navré de la main, Ilirian acquiesça

-Du coup, Arya doit rôder pas loin d'eux, elle s'inquiète pour sa sœur, Faérie impressionne un chevalier par là-bas, Ser Edmund et Ser Gary Sleigh mangent avec les autres gardes, Lord Tyrion travaille sur le système fiscale du Nord dans la salle du conseil, il travaille toujours quand il est préoccupé pour Sansa, et Mestre Nathan mange en salle d'étude avec Robin, Joy et Bran, ils sont punis pour s'être disputés.

-Vous avez appris tout cela par cœur se moqua-t-il gentiment, comment pouvez-vous être si bien au courant des faits et gestes du château tout entier ?

-Il suffit d'être à l'écoute, et de savoir observer, répondit-elle, avec un sourire modeste.

Ilirian s'en voulut de pouvoir avoir des soupçons à son égard.

-Ne sont-ils pas un peu trop âgés pour être punis ? Robin, Bran et Joy, je veux dire.

-C'est ce qu'ils ont tous les trois assuré, confirma-t-elle, mais Sansa et Mestre Nathan sont persuadés du contraire, de toute façon la punition n'est que bon sens, ils ont eu une série de disputes et ils sont obligés de manger ensemble sans autre témoin et de mettre les choses au clair.

Ils poursuivirent leur repas dans un silence un peu gênant, en effet, les deux jeunes gens ne se connaissaient pas bien et bien qu'ils aient tous les deux une place à la table d'honneur, ils n'avaient jamais noué de lien. D'un autre côté, Ilirian éprouvait beaucoup de difficultés à nouer des liens avec qui que se soit, alors la situation lui était habituelle. Et il appréciait assez la jeune Lady des marais, bien qu'il se dégagea parfois d'elle une mélancolie calme et douloureuse qui le laissait perplexe.

-Croyez-vous vraiment que Lady Sansa va céder à l'un des jeunes seigneurs ? demanda-t-il, pour relancer la conversation.

-Je ne sais pas, répondit Meera, Faérie, Arya et moi faisons tout pour que ce ne soit pas le cas, mais elle est terrifiée de ne pas prendre les bonnes décisions et... elle ne se l'avoue pas mais si elle leur oppose un refus définitif alors elle se sentira obligée d'affronter et d'analyser ce qu'elle ressent pour Tyrion, et de choisir si elle peut prendre le risque. Ilirian resta décontenancé, il n'avait abordé ce sujet que pour briser le silence et ne s'était honnêtement jamais posé tant de questions sur la Gardienne du Nord. Meera en revanche semblait avoir bien réfléchi à la question. Il tenta d'étouffer les suspicions qui commençaient à l'envahir.

-On discute beaucoup, poursuivit Meera tranquillement, nous sommes amies, et en plus du bien de ce royaume, je veux son bonheur, mais Sansa a foncièrement besoin d'avoir des gens auprès d'elle.

-Comme tout le monde non ? demanda Ilirian, sans agressivité, simplement curieux.

-Oui et non, il m'est agréable de savoir que je peux compter sur Arya et sur elle, même sur Faérie, et j'aimais profondément mon petit frère, mais je n'ai pas vraiment besoin de l'approbation de qui que se soit, ou de leur protection autre que physique bien sûr, sans doute parce que moins de choses pèsent sur mes épaules et que je sais être capable de m'en sortir toute seule. Tout le monde n'a pas cette chance, et cela ne fait pas d'elle quelqu'un de moins recommandable elle est juste... plus compliquée.

-Et que pensez-vous de Lady Arya ? questionna-t-il, essayant de prendre un air nonchalant.

Les coins des lèvres de Meera se soulevèrent en un sourire discret:

-Que voulez-vous dire ? Non, je ne pense pas qu'Arya souhaite épouser l'un des jeunes seigneurs.

-Ho non. ne faites pas semblant de ne pas avoir compris, supplia-t-il, abandonnant ce masque d'indifférence qui ne lui avait jamais été.

-Je la connais moins, et elle est plus jeune, mais au fond, c'est une Stark, elle doit être comme les autres, comme ses frères et soeur, elle ne l'admettra pas mais elle a l'esprit de meute, même si elle doit plutôt se percevoir comme celle qui protège les autres, réfléchit Meera à haute voix, sera-t-elle votre hivernale ?

Ilirian sursauta, il savait parfaitement de quoi parlait Meera, mais c'était très inattendue. Une vieille tradition Nordienne voulait qu'aux premiers signes du printemps, une grande fête soit organisée. Lors de ces célébrations, chaque personne devait nommer son hivernale" Un ou une hivernale était l'être qui, d'une manière ou dune autre, avait été la lumière dans l'hiver de celui qui l'avait nommé, la personne qui lui avait permis de le traverser indemne et qui l'avait protégé des rigueurs de l'hiver. La coutume voulait que l'on fasse un geste symbolique, présent ou acte, pour son hivernale, pour reconnaître ce lien et promettre que l'on serait désormais présent pour la personne quand viendraient les prochains hivers. Le Nord tout entier était censé élire en plus une personnalité de l'hiver, en l'honneur de laquelle dES réjouissances étaient organisées.

-Qu'est-ce qui vous fait dire que le printemps arrive ? Et croyez-vous vraiment que Le Nord soit en état de les célébrer, fit-il, perplexe.

-Il n'y aura peut-être pas de grande fête mais il me semble que cela pourrait être important, rétorqua-t-elle, de plus, le temps se refroidit encore davantage, une tempête approche, Mestre Nathan dit que c'est normalement le premier signe de la fin de l'hiver.

-Alors si vous le dites, concéda-t-il, ne lui dites pas où elle risquerait de m'en empêcher mais oui, Arya bien qu'avec peu de résultats, s'est assurée que je sache tenir une épée quand nous étions enfants, c'est sans doute grâce à elle que je suis toujours en vie, avec les combats auxquels j'ai dû assister pendant les guerres, et puis, ce n'est peut-être pas une bonne raison, mais je me suis toujours imaginé qu'elle serait mon hivernale un jour.

-Du moment que c'est votre cœur qui vous le dit alors c'est le bon choix, affirma Meera.

-Qui nommerez-vous ? demanda -t-il, joueur, cherchant à s'imaginer un amant secret à la jeune femme respectable, ministre des finances du Nord.

-Ho personne, mon hivernal aurait dû être mon frère, mais il et mort, je sais que c'est peut-être ingrat envers des tonnes de gens mais je ne me sens pas de nommer quelqu'un.

Ilirian se calma aussitôt, Meera n'avait pas rougi, ce n'était pas le démenti d'une jeune fille noble voulant cacher un secret délicat. C'était la stricte vérité d'une autre victime de la guerre. Grâce à ses visions, Ilirian devinait également qu'il y avait un jour eu un lien très fort entre Brandon Stark et elle, mais tant de choses avaient changé. Et puis, il avait au moins quatre ans de moins qu'elle. Et si l'un des deux devait nommer l'autre son hivernale c'était plutôt le contraire.

Ilirian s'excusa rapidement après cela, décidant de poursuivre ses investigations il se rendit dans la salle du conseil, sachant qu'elle serait déserte à cette heure tardive. Ce ne fut pas exactement le cas, il croisa Tyrion qui en sortait, l'air absorbé par ses pensées, et avec lequel il échangea quelques mots amicaux avant de poursuivre sa tâche. Un sentiment de culpabilité l'étreignit lorsqu'il contempla les bureaux alignés le long des murs, où travaillaient les conseillers de Sansa dans la journée.

Bien-sûr la table ronde au milieu était couverte de paperasse, mais il était certain que l'espion n'aurait pas laissé de preuves dans un endroit aussi évident. S'il n'était pas stupide l'espion devait laisser ses affaires dans ses appartements ou en tout cas une pièce non accessible à tous. Mais l'observation des espaces de travail de chacun lui donnerait sans doute des informations. Il balaya des yeux la salle. La table que venait de quitter Tyrion était si encombrée de livres de comptes et de diagramme qu'Ilirian s'écarta instinctivement repoussé par la vision de tant de chiffres. Aucune chance que cela soit lui, il n'était pas fou, et il était clairement amoureux de Sansa.

Meera gardait un ordre impeccable dans ses documents, si bien qu'une vérification d'une minute lui suffit à constater qu'il n'y avait rien de suspect, dans cette pièce en tout cas. Faérie travaillait peu ici, et au-delà de quelques lettres un peu piquantes à un ou deux Lords guerroyeurs et des dessins humoristiques carricaturant un habitant du château, généralement Robin, ses recherches se révélèrent infructueuses en ce qui la concernait. Edmund Thorne lui paraissait plus suspect de par sa frustration bien que le jeune homme lui ait paru tout à fait fidèle au Nord, mais Sansa ne lui avait attribué un bureau que pour la forme, lorsqu'il ne prodiguait pas un conseil ou ne la protégeait pas, il s'occupait de la gestion des gardes. N'étant arrivé que depuis une semaine, Ilirian n'avait pas de bureau, et il ne savait pas exactement ce qui poussait Lady Sansa à le garder au conseil, bien sûr il donnait un coup de main dans ce qu'il pouvait. Mais ses visions n'étaient pas assez fiables ni assez fréquentes pour être d'une aide significative. Sauf maintenant, peut-être se fit il la réflexion. Il se rappela alors que Mestre Nathan n'avait pas d'espace de travail ici, dès que les réunions étaient finies, il regagnait la bibliothèque où il donnait quelques cours aux trois plus jeunes membres de leur groupe, ou ses appartements où, disait-il, il était plus à l'aise pour travailler. Certes le mestre, âgé d'une trentaine d'années, avait des raisons légitimes pour fuir leur compagnie, la plupart d'entre eux étaient beaucoup plus jeunes, mais tout le monde savait bien que pendant les heures de travail, tous faisaient preuve du plus grand sérieux, et même Faérie restait tranquille.

Meera avait dit qu'il était avec Robin, Bran et Joy, c'était le moment ou jamais de mettre les choses au clair. Ce qu'il s'apprêtait à faire était moralement répréhensible mais la famille d'Ilirian était jurée à celle des Stark, il se devait de les protéger. Et au fond, Stark ou pas, Ilirian savait bien qu'il aurait tout fait pour Arya. C'était quelque chose qu'il n'avait jamais pu s'expliquer. Il n'avait jamais donné de nom à ce sentiment mais depuis qu'elle avait tenté de lui enseigner le combat à l'épée, il avait su qu'elle compterait. Parce que, contrairement aux autres enfants, Arya ne le jugeait pas sur son physique ou son étrangeté, elle le jugeait, oui, mais sur ses actes. Parce qu'elle le terrifiait sans lui faire peur. Parce qu'elle lui tendait sa petite main boueuse de lady noble pour l'aider à se redresser. Il avait compris cela quand il avait appris qu'elle devait partir pour la capitale, et qu'il avait senti ses entrailles se tordre, qu'il avait blêmi à tel point que sa mère pensa que c'était un mauvais présage, une prémonition, alors que lui savait bien que c'était juste un adolescent qui se rendait compte qu'il allait perdre sa seule amie. Ilirian se secoua, il fallait qu'il se dépêche, la porte du bureau de Mestre Nathan était demeurée entre-ouverte. Gêné, Ilirian s'introduisit dans l'interstice, avec sa silhouette presque frêle, cela ne lui posait pas de problème, et il pourrait ainsi surveiller le couloir depuis l'intérieur, tout en conservant les choses dans l'état où elles étaient.

Ilirian se mit au travail, commença par feuilleter la correspondance du Mestre, mais celle-ci était soit personnelle et adressée à des amis à lui de la citadelle, soit écrit au nom de Lady Sansa pour les affaires du Nord. En désespoir de cause, il attrapa le carnet des interventions médicales, pour vérifier, quoi, il ne savait pas. Son attention fut d'abord retenue par les premières notes qui dataient de l'arrivée de Nathan au château. Son premier acte médicale avait été la naissance des jumeaux Targaryen, Aeron et Rhaelina sur laquelle il avait noté:

"Les enfants de Daenerys et Jon Targaryen sont nés avant le terme. Accouchement difficile. Beaucoup de lait de pavot à la pauvre mère, je craignais pour sa vie. Bébés nés reliés par une membrane de peau au niveau des pieds, ce qui empêchait leur sortie."

L'annotation était brève, dénuée de toute émotion suspecte, juste de l'attention médicale à une personne en danger. Par acquis de conscience et en même temps rongé par elle, Ilirian passa en revue les autres pages du carnet. Il allait le refermer lorsque quelque chose retint son attention sur la dernière page, après même celle qui relatait les péripéties de Sansa, Bran et Joy pendant le combat contre Mélisandre:

»ser Gary Sleigh, capitaine de la garde, est venu me demander du thé de lune en grosse quantité, il avait l'air gêné, il est veuf, et a semblé sous-entendre qu'il pourrait avoir une liaison avec une jeune femme. Je lui ai fourni en lui recommendant de dire à la personne en question de ne pas en abuser si possible sous peine de devenir stérile ou de contracter d'autres maladies à cause de certains des ingrédients, il est devenu encore plus rouge et a balbutié, je ne m'attendais pas à cela de lui. "

Ilirian revit le cinquantenaire rougeaud dont il était question, il peinait à l'imaginer entretenant une relation avec une jeune femme du peuple, car s'il s'était agi d'une personne du château ou simplement d'une femme aisée ou même d'une prostituée, elle aurait pu et su se procurer elle-même du thé de lune et n'aurait jamais envoyé le capitaine de la garde le chercher pour elle. Soit il s'agissait d'une très jeune fille que ses parents souhaitaient encore marier et qui préférait rester dans l'ombre, soit la femme était une servante à Winterfell et donc dans une situation délicate soit... elle n'existait pas. Ilirian sursauta, surpris par ses propres réflexions, et se morigéna pour en arriver à de tels soupçons sur la vie privée d'un homme qui ne lui avait rien fait. Sauf que ce n'était pas des questions, c'était une intuition et sa mère lui avait appris à les écouter.

Et si Gary Sleigh, pour une raison qui lui échappait encore, amassait du thé de lune pour quelqu'un d'autre qu'une amante?

Prenant soin de tout remettre en ordre dans les affaires du pauvre Mestre Nathan, Ilirian se hâta de sortir en quête des quartiers du capitaine de la garde.

Heureusement pour lui, une fois dans l'aile réservée aux gardes, une porte était ornée d'une plaque en métal indiquant simplement la fonction de l'occupant des lieux. Ceux-ci était dans un désordre effroyable. Des vêtements sales jonchaient le sol de la pièce principale, des tas de poussières et de papiers recouvraient les fauteuils d'un voile blanc gris terne assez désolant. Qui engagerait un espion aussi peu méticuleux ? Sans doute pas Daenerys Targaryen, ou alors comprit-il, elle comptait sur son caractère de brute pour repousser tout soupçon. À cet instant, le cauchemar terrible qui l'avait incité à chercher Arya et à la convaincre de l'accompagner refit surface : Daenerys Targaryen siégeant sur un dragon de fumée, survolant Winterfell, qui avait perdu toute sa neige, en se penchant par la fenêtre d'une tour, il pouvait voir un groupe d'hommes portant et suivant un cercueil gravé d'une tête de loup, puis au signal de Daenerys, ils ouvrirent la boîte à terre et un à un se mirent à jeter des morceau de parchemins portant le blason Stark sur ce qui se trouvait à l'intérieur. Ensuite, un feu se déclencha au cœur même du cercueil qui se propagea d'abord au sol puis au château tout entier que Daenerys observa calmement être consumé par les flammes.

Ilirian frissonna, tout cela était symbolique, comme tous les rêves au final, ce n'était tout de même pas rassurant. Cependant, il réalisa que les papiers devaient être des lettres, une correspondance qui avait posé des problèmes ?

Le jeune homme souleva une lourde cape recouverte de neige et de boue et trouva un paquet de parchemins à lettre. Avec des trépidations, Ilirian entama sa lecture par la dernière, sachant qu'il n'aurait pas le temps d'examiner tout le paquet avant le retour du chevalier:

Lord Gary Sleigh,

C'est maintenant que vous devez me prouver votre valeur. Lady Sansa Stark envisage de quitter le Nord pour devenir Reine, certes pas aujourd'hui, mais d'ici quelques années, l'accord est quasiment passé avec Lord Davos, le saviez-vous ? Et pire encore, vous me l'avez appris vous-même, elle veut épouser Tyrion Lannister, qui n'est clairement pas un Nordien et qui ne pourra jamais lui donner d'héritiers dignes de ce nom. Jusqu'à présent je vous ai dit que je ne désirai pas retirer son foyer à Lady Sansa, ni même son titre, mais le Nord doit être dirigé par des Nordiens ou au moins par des gens forts. Mon mari Jon, est le fils d'Eddard Stark, c'est à lui que devrait revenir le rôle qu'on attribue à sa sœur. J'espère que vous avez bien fait ce que je vous demandais, si c'est le cas, de nombreux Nordiens doivent commencer à être assez remonté contre Sansa Stark et son conseil. Il y a deux possibilités, ou bien elle renonce à Lord Tyrion, et choisit parmi les descendants des maisons Forestier, Cassle, Hornwood, Hardstock, Manderly, Homble Thorne ou que sais-je encore et là, si son choix est satisfaisant, nous n'aurons d'autres choix que de la laisser gouverner pour l'instant. Seulement vous devrez vous arranger pour faire partir ou disparaître Lord Tyrion, parce qu'il pourrait l'inciter à ne pas être docile et fidèle à son mari. Vous me ferez un portrait physique et si possible psychologique du dit mari. Quoi qu'il arrive, il faut que l'idée ne puisse pas traverser l'esprit de Sansa d'être reine. Vous et moi saurons trouver une solution en tant et en heure. La deuxième possibilité, qui n'est pas écartée est que Sansa et Tyrion se marient envers et contre tout. C'est possible, car comme vous me l'avez rapporté, Sansa n'est qu'une jeune fille, et elle ne parvient pas à prendre des décisions pour l'ensemble du royaume. N'encouragez pas trop ouvertement le mécontentement des lords ou vous seriez démasqué. En revanche, procurez vous du thé de lune, et faites-le boire de manière régulière à Lady Sansa, dilué avec certaines herbes, il peut devenir transparent et si vous y ajoutez de la sauge et de la béladone, il perdra tout goût. Mettez-le dans son thé du matin, ou en petite dose dans des aliments que vous êtes certain qu'elle mangera. Si elle discerne un goût étrange à l'un de ces plats et en fait part à son conseil, arrêtez immédiatement et essayez de convaincre le Mestre de lui prescrire des remèdes pour l'insomnie, il est évident qu'elle ne doit pas dormir en paix. Bref, vous dissimulerez le thé de lune dans ce que vous pourrez. Peut-être devriez-vous même commencer dès maintenant, car même si vous m'avez écrit dans votre dernière lettre, qu'aux dires de tous, la gardienne du Nord n'a pas de relations intimes avec Tyrion, elle est jeune et pourrait céder avant son mariage. Si Lady Sansa n'a pas d'enfants, elle ne pourra décemment pas demeuré à la tête de Winterfell, et alors, quelqu'un comme vous, un Nordien fidèle, pourrait être nommé parce qu'Arya ne veut pas de la place et que sans doute le jeune Brandon n'en voudra pas non plus. Tenez-moi au courant des agissements de la gamine Lannister qui selon vous à un œf de dragon, je cherche activement une solution pour remédier à ce problème, il me faut cet œuf.

Comme d'habitude, je vous recommande la plus grande prudence cher chevalier, et vous assure de ma gratitude que je pourrai pleinement exprimer lorsque j'aurai repris la place qui est la mienne sur le trône de fer,

Daenerys Targaryen, née de l'orage, Reine desb Andales et des Premiers hommes (..")

Ilirian rangea rapidement la lettre dans sa cape, il n'en revenait pas. Gary Sleigh, le vieil ami de Ned Stark, qu'Ilirian avait toujours connu de vue, qui avait regardé les enfants Stark grandir, les avait trahi ! Jon Snow était-il au courant des manigances de sa femme et tante ? Les cautionnait-il ? Ilirian ne prit pas le temps de s'appesantir sur les interrogations qui lui vrillaient le crâne. Il devait prévenir Arya, elle saurait convaincre les autres, s'il savait déjà lui-même la convaincre. Mais la porte s'ouvrit et l'homme entra, avec le lourd martèlement de ses bottes, Ilirian aurait dû être en mesure de prévoir son arrivée, mais il avait été tout entier accaparé par sa découverte. Il se maudit quand cela devint évident.

D'abord l'homme se figea, puis son regard croisa celui d'Ilirian, qui tenait de sa mère qu'on lisait tout dans ses yeux.

-Lord Gary... comment... débuta-t-il, mais il ne sut comment poursuivre, il ne pouvait pas mentir, il était assis au milieu des papiers de l'espion.

-Petit enfoiré... marmonna l'homme, de quel droit...

-Vous allez avouer vos agissements aux Stark, essaya-t-il, en prenant un ton qu'il voulait menaçant.

-Je n'ai rien fait de mal, j'agis pour le Nord...

-C'est hors de question...

-Ah ouais ? Sans qu'Ilirian n'ait eu le temps de réaliser les intentions de Gary, celui-ci fondit sur lui, sa grande ombre noire et monstrueuse bondissant sur le corps beaucoup plus fin du jeune homme.

Ce n'était même pas une excuse, pensa-t-il, Arya était bien plus menue et pourtant, l'homme n'aurait sans doute jamais pu l'attraper et la maintenir au sol comme il le fit avec lui. Mais Ilirian était maladroit, il lui arrivait de trébucher sur ses propres pieds et ses mains étaient plus habituées à effleurer les cordes d'un luth qu'à brandir une quelconque arme. Avec une dague, il aurait su se défendre, il n'en avait pas sur lui.

Alors qu'il était précipité à terre, sa tête cogna sur le coin d'une petite table et une douleur fulgurante lui transperça la tête. Sa vision s'obscurcit, de petit points multicolores dansant dans son champ de vision. Gary Sleigh, avait un genou posé sur sa cage thoracique, le plaquant contre le plancher. Ilirian se débattit en hurlant, il s'en fichait d'être trouvé dans une posture désavantageuse, il tenait beaucoup plus à sa vie qu'à une fierté mal placée.

-À l'aide ! hurla-t-il de toute la force de sa voix de chanteur, d'une violente embardée, il réussit à déséquilibrer son assaillant et à se redresser.

-Tu n'est qu'un gosse, c'est ce que vous êtes tous, cracha-t-il, à batifoler dans la neige et à vous soucier de vos petits cœurs brisés, Daenerys Targaryen est plus capable de diriger le pays que Lady Sansa ou aucun des autres Stark ne le sera jamais.

-Et pourtant vous acceptez que Lady Sansa règne à Winterfell? questionna-t-il, pour gagner du temps.

-C'est une Stark, c'est sa maison, je ne suis pas un gars cruel, c'est la fille de ce bon vieux Ned et puis, les gens du peuple aiment bien son histoire, mais il lui faut un fort Nordien pour garder les choses d'applomb et la responsabiliser un peu.

-Par contre, vos préjugés ne s'appliquent pas à Daenerys...

-Ta gueule, ça n'a rien à voir, grogna l'homme en envoyant son poing en plein dans l'arcade sourcilière d'Ilirian qui sentit ses épaules vaciller. À cet instant, cependant, Sansa et Arya pénétrèrent dans les appartements du capitaine de la garde.

À leurs expressions choquées, et étant donnée l'absence de bruit dans leur arrivée, Ilirian en déduisit qu'elles devaient se trouver là depuis un moment.

En quelques pas furtifs, Arya fut sur Gary, pointant Aiguille dans le creux de son dos.

-lâchez-le, ordonna-t-elle froidement. Gary optempéra.

-C'est un mal-entendu, je ne veux le mal de personne, balbutia Gary, je... se ne sont que des lettres... qui vous dit que j'y répondais ?

Ilirian ne pouvait pas croire que le type soit si stupide, il venait d'avouer lui-même qu'il y avait plusieurs lettres.

-Puis-je voir la dernière lettre ? demanda Lady Sansa à Ilirian.

Sa voix était aussi glaciale que celle de sa cadette, mais là où chez Arya Ilirian sentait un réel calme et une volonté de protection, il n'y avait dans cette glace-là qu'un mécanisme de protection, pour dissimuler la souffrance et la vulnérabilité. Elle lui ressemblait beaucoup trop pour qu'il ne puisse l'admirer vraiment. Il éprouvait de la compassion à son égard comme un frère, mais contrairement à la plupart des jeunes gens du château, il ne voyait qu'Arya, qu'Arya et son silence, Arya et ses gestes tantôt doux et féroces, Arya et la protection farouche qu'elle prodiguait sans y faire attention à ses proches.

Se secouant hors de sa rêverie, Ilirian vit qu'il avait tendu la lettre qu'il venait de lire et que les doux sœurs parvenaient au bas du parchemin.

Arya raffermit sa prise sur Aiguille, mais sa sœur l'arrêta posant une main sur son épaule:

-Nous allons prouver à Ser Gary Sleigh que nous pouvons faire des choix politiques, expliqua Sansa, il va demeurer assigné à ses appartements jusqu'à ce que nous ayons discuté de son cas en coure de justice, si mon conseil approuve, nous en parlerons à tous les notables encore présents au château et organiserons le procès, ainsi je ne serai pas accusé d'agir selon mes émotions et je laisserai la justice décider de ce qu'il en est.

-Mais Sansa... c'est de notre famille qu'il s'agit, protesta Arya.

-Oui et quand il s'agit de la famille d'un paysan nous leur demandons de s'en remettre à la justice et de ne pas se venger par eux-même, rappela sa sœur.

-Lady Sansa, interrompit le plus poliment qu'il put Ilirian, si je puis me permettre, Arya n'a pas tout à fait tort, nous devrions au moins récupérer quelques informations importantes...

Ilirian jeta un regard à Arya, qui le compris immédiatement, plaçant la lame d'Aiguille contre la peau de la gorge du capitaine de la garde, elle demanda:

-Depuis combien de temps ma sœur avale-t-elle du thé de lune à son insu ?

Gary n'hésita pas:

-Cela ne fait que trois jours que j'ai reçu cette lettre donc trois jours, je suis désolé Sansa, je... ça ne vous aurait pas fait grand mal et puis, j'étais sûr que je pourrais arrêté rapidement, que vous auriez accepté Edmund Thorne ou un autre...

Le pire dans tout cela c'est que le type semblait sincère.

-Avez-vous conscience que cela peut avoir des conséquences sur sa santé ? gronda Arya, surtout que Sansa y a déjà eu beaucoup recours lorsqu'elle était entre les griffes de Ramsay Bolton.

-Que vous a-t-elle promis ? voulut savoir Sansa en se redressant pour se donner du courage.

-Du pouvoir... et ... de l'argent, beaucoup plus qu'il n'y a dans tout ce château...

Ilirian se sentit mal pour les filles Stark. Pour lui, la maison des Loups avait toujours été une image de prestige, d'aisance et de confort mais aux yeux d'autres nobles, et avec l'hiver, les Stark peinaient à nourrir le château. Les conseillers étaient nourris, logés équipés par le château, et tout le monde avait clamé que c'était amplement suffisant. Il y avait eu une discussion à ce sujet dans la salle du conseil, où Sansa avait dit qu'elle pensait que cela ne suffirait pas pour s'assurer la loyauté de tous les gardes, qu'ils pourraient être corrompus.

Sauf que les caisses du château étaient désespérément vides. Tyrion avait alors proposé de payer avec d'autres denrées échangeables, du sel, de la soie, des fourrures. Personne à la table du conseil, n'avait accepté de recevoir aucune de ces contributions pour l'heure n'ayant que trop connaissance de la détresse économique du Nord. Et Ser Gary sleigh n'avait absolument pas protesté.

-Je vais demander à des gardes de venir surveiller votre porte jusqu'à demain matin, annonça Sansa, Ilirian, Arya... si vous pouviez rester ici en attendant.

-Ne t'inquiètes pas Sansa, vas-y, et ensuite, vas te reposer, on parlera de tout ça demain.

Arya avait répondu à sa sœur d'une voix beaucoup plus réconfortante qu'elle n'avait coutume, preuve qu'elle s'inquiétait pour elle.

-Sans ton intervention, il m'aurait sans doute bien amoché, admit Ilirian lorsque Sansa fut partie, alors Merci.

-Tu as eu de la chance que je sois dans les parages avec ma sœur, nous avons écouté un instant à la porte, et je lui ait expliqué pour le rêve prémonitoire.

Elle avait dit cela sur un ton neutre, mais tout à coup, un léger sourire éclaira ses traits.

-Tu as bien agi, dit-elle dans un murmure alors qu'ils se postaient derrière la porte du capitaine des gardes, tu as peut-être sauvé la vie de Tyrion qui risquait d'être exécuté par des Nordiens avec ce complot, et, bien que je peine à croire qu'elle veuille toujours en avoir une, tu as également sauvé la carrière politique de Sansa.

-C'est surtout de la chance ... balbutia-t-il en se sentant rougir de gêne et de plaisir.

-Continues de me tenir au courant quand tu as des visions, après tout j'ai des rêves de loups, ce n'est pas si différent, et nous pourrons enquêter ensemble.

Sa voix était devenue ténue, comme si elle redoutait la réponse.

-Avec plaisir, Lady Arya !

-Ne m'appelles plus comme ça et dès demain, tu reprends tes cours de combats avec moi, je ne laisserai aucun des membres du conseil du Nord avoir un niveau si déplorable, à part Sansa mais c'est un cas désespéré et on se disputerait trop si j'essayai de lui apprendre quoi que se soit.

-J'ai hâte d'y être, murmura-t-il mi -ironique mi-sincère, alors que les gardes arrivaient au bout du couloir.

Plus tard cette nuit-là, alors qu'il effleurait pensivement les cordes de son luth dans sa chambre, Ilirian qui aurait dû être content de simplement avoir fait ce pourquoi il était né, prévenir des événements grâce à ses rêves, ne pouvait penser qu'à Arya et à ce drôle de chatouillement dans ses côtes qu'il y avait toujours eu quand il pensait à elle. Il commençait à entrevoir une partie de la vérité à ce sujet. Et peut-être, quand viendrait le printemps, aurait-il le courage de lui dire qu'elle était son Hivernal, aujourd'hui comme hier, que c'était elle qu'il avait suivi dans l'hiver et qu'il voulait être de sa meute.

Notes : Bon, voilà dites-moi ce que vous en pensez ! Merci d'avoir lu, les Hivernales sont une invention, j'avais envie qu'il y ait des fêtes traditionnelles à Westeros aussi, du coup, c'est un mélange entre noël (pour l'ambiance) la Saint-valentin (dans le fait de choisir quelqu'un) et les fêtes de renouvellement des saisons de l'Antiquité. Honnêtement j'ai trop hâte et je suis sans doute bizarre mais c'est trop bien de créer des fêtes fictives !

À bientôt,