Charognard

disclaimer: je ne possède pas l'univers de "how to train your dragon" basée sur une série de livres de Cressida Cowell.
tous les personnages n'appartenant pas à cet univers sont issus de mon imagination et m'appartiennent.
toute reproduction, même partielle effectuée sans mon consentement sera considérée comme du plagiat et susceptible d'entraîner des poursuites judiciaires.
L'histoire se situe à la fin de la saison 1 de "Défenseurs de Beurk", juste avant que les Exilés ne capturent Dagur. Tous les événements de Cavaliers de beurk et Défenseurs de beurk sont réputés survenus sans intervention extérieure.

Chapitre 16: aménagements et frictions

Quand elle se décida enfin à rentrer, ses obligations (qui ne la réjouissaient guère) l'attendaient de pied ferme. Nisha attendait dans la salle commune et, à son regard plein d'interrogations, la jeune cheffe l'invita d'un signe de la tête à s'isoler pour discuter. Elle la conduisit dans la cuisine ou son garde du corps monta la garde à l'extérieur ayant comprit la désormais familière mission d'empêcher qu'on espionne ses conversations privées.
M: « alors Nisha, tu dois me parler ? »
N: « désolée de t'interrompre à tous bouts de champs... »
M: « ne t'inquiètes pas c'est mon rôle après tout : parles franchement »
N: « les patates et la farine c'est Ok pour un moment, les légumes on en a pour deux semaines voire plus... mais maintenant c'est la viande qui va commencer à manquer »
M: « ok j'en prends bonne note »

La cheffe se rendit près des tonneaux d'eau pour vérifier les réserves... dieu que ça partait vite : il faudrait bientôt refaire des réserves. *protéines : Urgent ; eau : bientôt* nota t-elle mentalement. Elle s'avisa d'un seau de déchets au dessus duquel s'amoncelaient quelques morceaux de pain rassi.
M: « il me faut un pot, un linge et un rouleau à pâtisserie » dit elle en se saisissant des reliefs inmangeables. La responsable de la cuisine lui dégotta tout ça et la regarda avec incompréhension placer les morceaux dans le linge, le replier et ensuite écraser méthodiquement son contenu.
N: « tu fais de la chapelure... tu as envie de manger quelque chose de pané ? »
M: « non, je fabrique de l'amorce »
N: « de ''l'amorce''... c'est à dire ? »
M: « c'est de la nourriture qu'on jette aux poissons pour les attirer et les regrouper en vue de la pêche »
N: « ah... et à quoi ça va te servir ? »
M: « dans le bordel des cavernes on a trouvé des outils de pêches dont un filet... ça vaudrait la peine d'essayer pour voir si on ne peut pas ramener quelque chose à cuisiner »
N: « effectivement... ça dépannerait. Je m'inquiète cependant fortement : il y a constamment quelque chose qui va manquer... ça me stresse de savoir que même le minimum vital pourrait venir à manquer. Si ça venait à être le cas, je pense que les charognards n'hésiteraient pas à se soulever et à nous massacrer tous»
M: « de fait... on n'est pas bien tombés mais on a pas le choix tant que nous n'avons pas récupéré nos corps. »
N: « tu sais des fois... je me dis qu'on devrait accepter les choses telles qu'elles sont et se barrer au plus vite »
M: « tu es libre de le faire si ça te convient mieux... nous t'enverrions un message quand le code serait prêt pour une transformation complète »
N: « oui, nous on pourrait faire ça... mais toi non »
M: « eh oui j'ai bien peur que si je quitte des yeux ces scientifiques et les charognards nous ne reverrions jamais nos corps ni la moindre modification »
N « après ce que tu as fait pour nous on te doit bien de rester pour t'aider un minimum »
M: « vous savez, vous mettre en sécurité loin d'ici jusqu'au grand moment m'aiderait aussi beaucoup : j'ai toujours peur que les charognards se décident à coincer l'un d'entre vous pour s'amuser »
N: « t'es super rassurante...tu es vraiment pessimiste »
M: « je suis réaliste, on ne peut se fier à rien qu'on connaît en matière de dichotomie bien/mal ici »
N: « j'en parlerais discrètement aux autres... faut encore savoir où aller »
M: « Beurk nous en doit une de les avoir sortis de ce mauvais pas... une fois sur place ce sera à vous de vous trouver une utilité pour ne pas être une charge »
N: « bien reçu... ça me ferait quand même me faire bizarre sans toi »
M: « haha, à chaque fois que tu te plongeras dans un bon bain chaud...penses à moi »
les deux jeunes femmes en avaient fini avec le sujet et se séparèrent dans une ambiance morose.

Marie emporta son pot de chapelure, le filet dégotté dans le tas de matériel de pêche et emprunta une barque parquée à côté du ponton.
M: « Mount, tu veux bien ramer ? »
Le surhomme obéi sans objection comme à son habitude. Ils s'éloignèrent assez rapidement de l'île avec les vigoureux coups de rames dont était capable le rameur. Elle lui demanda de s'arrêter quand elle perçut sous le miroir de l'eau plusieurs silhouettes ondulantes dans le courant. Elle prit une poignée d'amorce et la lança dans l'eau à côté de la barque. L'effet fut immédiat : les silhouettes indistinctes se précisèrent tandis que les poissons remontaient vers la surface pour se saisir de la nourriture dans un éclair argenté. Elle recommença deux ou trois fois tandis que le nombre de bouches affamées grandissait dans le rayon de cette manne alimentaire imprévue. Pour la dernière poignée, elle se saisit avant de son filet et le plaça en position pour être lancé rapidement. Elle lança son appât puis tout de suite après le filet qui engloba le petit banc de poissons formé près de la barque. Le filet s'élança en se déployant puis s'engouffra dans les flots. La jeune femme tira pour le refermer et le remonter mais à peine émergé de l'eau il était tellement plein que ses forces ne suffirent pas à le ramener sur la barque. Son grand ami vint à la rescousse en monta facilement le filet bondé sur l'embarcation qui grinça dangereusement sous l'effort.
M: « eh bien on peut être fiers : ce n'est pas encore aujourd'hui qu'on mourra de faim... il nous faudrait quand même un bateau plus spacieux : on va puer le poisson serrés comme on est»
Bien sûr elle ne reçut aucune réponse mais elle se sentait inextricablement liée à ce drôle de zigoto et pensait continuer à la considérer comme un homme et non comme un objet en lui parlant.

Ils revinrent lentement vers le petit port avec leur barque qui s'enfonçait anormalement dans l'eau sous son chargement incongru. Une fois proprement arrimés sous les regards étonnés des quelques charognards occupés à quelque tâche extérieure, Mount se chargea de la pêche du jour et ils allèrent tous deux vers la cuisine où les femmes avaient commencé la préparation du souper.
M: « on pose ça où ? »
Nisha : « euh là dans le coin près des tonneaux d'eau... on les cuisinera demain »
Charognarde : « avec une telle quantité on en a pour deux jours »
N: « moi je suis pas à l'aise de cuisiner des poissons pas frais du jour ou du lendemain : ça périme quand même vite ! Ah si seulement on avait une chambre froide... mais ça ne sera inventé que dans des siècles »
M: « des millénaires tu veux dire... mais je suis sûre qu'avec un peu d'organisation on pourrait aménager quelque chose d'approchant »
N: « tu penses sincèrement ce que tu dis ? »
M: « bein oui... avec tous ces icebergs qui dérivent on pourrait à la fois se fournir en eau mais aussi en pains de glace qui maintiendraient une petite salle bien fraîche. En attendant vous pouvez saler le surplus»
N: « c'est une idée à creuser en effet. Ça améliorerait grandement les conditions d'hygiène de la nourriture »
M: « en attendant saches que même si la viande est verte il suffit de bien la cuire à cœur et il n'y aura aucun danger »
N: « yeurk... j'ai bien entendu mais je préférerais ne pas avoir le cas »

Une fois les poissons proprement ''remisés'', la jeune femme s'éclipsa pour quelques temps libres. Elle choisit d'aller fouiller dans les cavernes : ça la détendrait et lui ferait momentanément oublier ses lourdes responsabilités et le manque cruel de celui qu'elle aimait. Elle informa Thux de ses projets pour qu'on sache où aller la chercher quand le souper serait prêt puis se dirigea vers les grandes salles silencieuses sans la supervision d'Archie. Elle repéra un tas visiblement déjà fouillé ou ne restaient que les objets jugés inférieurs mais plusieurs petits coffrets attirèrent son attention. La plupart ne contenaient que des objets sans prétentions : des sets de rubans à cheveux, une réserve de plumes à écrire (qu'elle s'arrogea pour son usage personnel) et un coffret rempli de morceaux de craie naturelle. De la craie ça c'était intéressant pour faire des projets sans gaspiller du papier (encore rare et cher à cette époque). Elle s'avisa que les murs creusés dans la roche volcanique gris sombre feraient des tableaux parfaits pour consigner ses idées et ses projets. Hop in the pocket les craies ! C'est à ce moment qu'elle entendit, un peu étouffé, l'appel de la petite voix d'August qui lui indiquait que le repas allait être servi.
M: « j'ai entendu crapaud, j'arrive » dit elle en quittant à regrets son passe temps avec ses trésors personnels.

Arrivée à la grande salle, elle s'attabla à sa place habituelle en plaçant les deux coffrets à ses pieds. Les femmes arrivèrent avec leurs chaudrons :

Charognarde : « allez mes tous beaux profitez en c'est le dernier jour de gronk ! »
L'annonce eut un effet prononcé sur l'assistance.
Charognard : « qu'est ce qu'on va manger après ? On va encore devoir se passer de viande ? »
Nisha : « NON, non... demain ce sera poisson »
Zog : « mais on a pas ramené de poisson... »
Nisha : « non c'est du poisson tout frais pêché que la cheffe a ramené pour que tout le monde puisse bien manger »
Z: « je vois entre les traités de paix, la pêche et tout le tralala... je me demande quand elle trouvera le temps d'être un vrai charognard »
M: « je n'aspire nullement à être UN charognard... »
Z: « vous voyez ce je disais »
M: « je suis LA CHEFFE des charognards et c'est une place nettement plus enviable que je compte bien garder alors si t'as encore des objections... tu te les gardes ou je t'arrache la langue pour me servir d'appât sur un hameçon à la pêche : au moins tu contribueras positivement à la survie de la tribu »

L'ancien bras droit se renfrogna, vexé qu'elle ait retourné son discours contre lui... il ne l'aurait pas comme ça... il lui faudrait agir avec plus de finesse, sous couverture.

Le reste du souper se passa plus calmement et tous purent rassasier leurs appétits. Quand vint le moment de tirer au sort ceux de corvée vaisselle... ce fut à nouveau un point de friction avec les fortes têtes qui composaient l'équipage du bateau revenu. Le fouet dut remettre quelques idées en place tandis que ceux qui ''connaissaient la chanson'' se pliaient sans commentaire à l'exercice de peur de sentir la morsure du redoutable instrument.
Zog : « c'est honteux de mettre les hommes aux tâches ménagères comme de vulgaires bonnes femmes. Si c'était mon nom qui était tiré je ne le ferais pas... hors de question »
M: « bien, rassures toi : tu feras comme tu voudras... juste que si on ne travaille pas on ne mange pas : pas de bouche inutile chez les charognards n'est ce pas ? »
Là c'était la goutte qui faisait déborder le vase pour Zog : il fallait qu'il se débarrasse de cette petite peste à la langue acérée comme un rasoir. Et pour ça il avait un plan : si lui ne supportait pas la direction par une fille, il devait y en avoir d'autres qui en avaient gros sur la patate. Il devrait s'arroger leur soutien pour renverser le pouvoir et prendre sa place.

Une fois le calme revenu, la jeune cheffe prit une craie dans le coffret, s'approcha de la paroi et se mit à écrire, calculer et dessiner. C'était une première ébauche de la ''chambre froide'' où s'alignaient docilement les calculs de volume de glace, le système de récupération de l'eau de fonte et le volume de bois nécessaire pour construire des étagères où stocker la nourriture. Son peuple et ses amis la regardaient faire avec curiosité mais s'abstinrent de tout commentaire ou même de faire trop de bruit pour ne pas la déconcentrer. Cette fois elle travailla jusque tard dans la soirée et n'alla se coucher qu'avec les derniers dormeurs qui quittèrent la salle. Une rapide toilette, une tenue de nuit et zou au dodo.