Bonjour

Voici le chapitre 2 de cette histoire corrigé comme toujours par la formidable Elissa. Merci à elle pour son implication dans cette histoire.

Merci à vous pour vos messages et votre soutien.

Dean et Castiel se rencontrent.

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

City of Angels de 30 seconds to Mars

Chapitre 2 : Rencontre

« Ce qu'on rencontre dans la vie est la destinée. La façon dont on la rencontre est l'effort personnel. »

Sathya Sai Baba

Castiel avait passé la soirée à imaginer tous les scénarios, du plus optimiste – Dean l'adorait au premier coup d'œil et ne cherchait pas à le faire fuir – au plus pessimiste – Dean parvenait à convaincre Ellen qu'il ne faisait pas l'affaire et il perdait son job avant même de l'avoir commencé. Il choisit de ne pas confier ses inquiétudes et ses doutes à Gabriel. Il savait que son frère chercherait à l'aider, mais il ne serait jamais de bons conseils dans cette situation. Il ne parviendrait probablement même pas à garder son sérieux en sachant ce que Dean faisait.

Épuisé à force de stress, Castiel finit par s'endormir quelques heures à peine avant que son réveil ne sonne le matin. Il n'était pas reposé. Il n'était pas calme. Il n'était pas détendu. Il pouvait sentir que ce rendez-vous risquait de virer à la catastrophe. Il n'avait pas la moindre idée de la manière dont il devait s'y prendre pour l'éviter.

La première chose importante était de savoir comment se comporter avec Dean. Castiel n'avait pas pour habitude de juger les gens sur ce qu'ils faisaient ou sur ce qu'ils étaient. Il ne se serait jamais permis de porter le moindre jugement sur Dean. Il avait fait le choix de se prostituer pour gagner sa vie et, si personne ne l'y avait contraint, s'il était consentant, alors il en avait parfaitement le droit. Cependant, Castiel allait pour la première fois de sa vie se retrouver en présence d'une personne qui vendait son corps et il ne savait pas comment il allait réagir.

Il n'était pas nécessairement prude, mais il était pudique et il ne parlait que rarement de sexe. Ce n'était pas quelque chose qu'on faisait dans sa famille. Si Gabriel pouvait être cru et vulgaire, Castiel évitait toujours de rentrer dans son jeu et préférait mettre un terme à la conversation quand le sujet déviait. Il n'était pas vierge. Il avait déjà eu plusieurs partenaires, mais il estimait que le sexe devait rester quelque chose de privé. Il n'étalait pas ses exploits et il n'aimait pas que les autres le fassent en sa présence. Il était toutefois sûr que le sujet viendrait sur le tapis avec Dean. Il ne pouvait clairement pas en être autrement.

Il allait devoir s'y faire et apprendre à composer avec. Il allait devoir faire face aux clients du jeune homme et ne pas rougir comme une écolière. Il allait devoir se montrer adulte et mature. S'il voulait garder ce job, il n'avait pas d'autre choix.

Il se prépara rapidement, optant à nouveau pour une tenue décontractée dans laquelle il se sentait à l'aise. Il se rendit ensuite au bureau d'Ellen à l'heure que sa future patronne lui avait envoyée par message.

Le réceptionniste le salua avec un sourire que Castiel lui rendit tant bien que mal. Il l'informa ensuite qu'Ellen l'attendait avant de préciser que Dean était en retard. Ce qui ne semblait pas le surprendre. Castiel le remercia avant d'entrer dans le bureau où il avait eu son entretien d'embauche la veille.

Ellen était assise sur un canapé dans l'angle de la pièce, un thé à la main. Elle ne semblait pas stressée et Castiel fut soulagé de voir qu'elle paraissait calme. Peut-être sa conversation avec Dean s'était-elle bien déroulée? Peut-être le jeune homme avait-il finalement accepté l'idée d'avoir un chauffeur? Castiel doutait sincèrement que cela soit le cas, mais il avait le droit d'espérer.

Il prit place sur le fauteuil qui faisait face à Ellen et joignit ses mains sur ses cuisses. Ellen finit par poser les yeux sur lui.

- Je suis soulagée de voir que vous n'avez pas changé d'avis, Castiel, confia-t-elle alors.

Le jeune homme ne pouvait décemment pas lui dire qu'il n'avait pas ce luxe. Qu'il avait trop besoin de cet argent pour laisser passer sa chance. Il ne voulait pas paraître désespéré. Ce n'était jamais bon face à un employeur.

- Est-ce que Dean va nous rejoindre bientôt? demanda-t-il à la place.

Ellen haussa les épaules avant de poser sa tasse sur la table entre eux. Elle se pencha ensuite en avant, les coudes sur les genoux, les yeux rivés dans ceux de Castiel.

- Il devrait oui s'il tient la promesse qu'il m'a faite, mais je préfère vous prévenir tout de suite. Il n'a pas vraiment apprécié la nouvelle de votre embauche et… s'il a fini par accepter de vous rencontrer, c'était à contrecœur et uniquement parce qu'il y a été contraint. Il ne va pas être tendre avec vous.

Castiel s'était attendu à quelque chose de ce genre. Ellen l'avait déjà prévenu la veille que cette rencontre risquait vite de tourner au cauchemar pour lui. Il hocha la tête.

- Je sais et je ne me laisserais pas déstabiliser. Je suis prêt.

- Vous n'êtes pas le premier à penser être de taille à gérer Dean, mais j'espère que vous serez le bon.

Castiel avait envie d'en savoir plus sur ce point. Il était presque sûr que cela lui serait utile pour savoir comment aborder Dean. Comme gérer son comportement et ne pas tout plaquer au bout de quelques jours, mais il en fut empêché par un bruit dans le hall qui attira son attention et celle d'Ellen. Il entendit la voix de Kevin puis le bruit de pas qui approchaient. Il prit une grande inspiration. Dean était là. C'était le moment que Castiel redoutait tant. Il se leva par réflexe et parce qu'il ne voulait pas être perçu en situation de faiblesse. Il se tourna ensuite vers la porte et attendit.

Elle finit par s'ouvrir brutalement. Les yeux de Castiel se posèrent aussitôt sur celui qui l'avait ouverte. Ce n'était pas Kevin et cela ne pouvait être que Dean. C'était évident.

La première chose que Castiel se dit en le voyant était qu'il était incroyablement séduisant. Bien plus qu'il ne l'avait imaginé possible. Il était sans conteste l'homme le plus beau que Castiel ait vu de sa vie. Ce qui n'était pas une surprise en soit. Il devait l'être pour avoir autant de succès. Grand – plus que Castiel – et visiblement musclé, il était le fantasme de tous les hommes gays et probablement de toutes les femmes hétéros. Son visage était parfait. Ses yeux verts entourés de longs cils qui semblaient presque maquillés. Il avait le nez droit, les lèvres épaisses et charnues et les mâchoires carrées. Il avait des taches de rousseur sur les joues et le front. Castiel fut incapable de penser à quoi que ce soit d'autre qu'au physique incroyable de Dean pendant de longues secondes.

Il sentit le regard du jeune homme se poser sur lui et le détailler lentement. Il aurait aimé savoir ce qu'il pouvait penser de lui à cet instant précis. Il n'avait jamais été complexé par son physique. Il se savait séduisant lui aussi. Il se l'était entendu dire à plusieurs reprises et jamais avant il n'avait autant voulu plaire à quelqu'un. Ce qui était idiot bien sûr. Il n'était pas ici pour séduire Dean. Il allait travailler avec lui. Il serait son chauffeur. Ils ne s'étaient pas rencontrés dans un bar, mais sur leur lieu de travail. Il n'y aurait jamais rien de possible entre eux. Castiel devait vite reprendre le contrôle sur ses pensées. Il devait absolument se montrer professionnel.

Dean finit par fermer la porte derrière lui et par faire quelques pas dans la pièce. Il croisa ensuite ses bras sur son torse, mettant un peu plus en valeur la musculature de ses bras et de ses larges épaules. Il portait une chemise et un pantalon de costume. Sans nul doute son « uniforme » de travail. Castiel était presque déçu de ne pas le voir dans des vêtements plus confortables. Dans une tenue qu'il aurait choisie parce qu'elle lui plaisait et non pas parce qu'il savait que c'était ce que ses clients attendaient de lui, mais c'était un désir et une idée stupide qu'il devait absolument oublier pour le moment.

- Dean, tu es en retard, lança Ellen, mettant heureusement un terme au long silence qui semblait vouloir s'installer entre eux trois.

Dean continua de dévisager Castiel pendant de longues secondes avant de détourner les yeux pour les poser sur Ellen. Il haussa les épaules. Il était évident qu'il n'avait pas l'intention de s'excuser.

- Estime-toi heureuse que je sois là. On sait tous les deux que je préfèrerais mille fois être ailleurs.

Castiel pouvait sentir la colère de Dean. Il en fut aussitôt soulagé. Si le jeune homme avait été agréable en plus d'être à couper le souffle, cela aurait grandement compliqué les choses. S'il était malpoli et méchant avec Castiel, cela l'aiderait à oublier les idées idiotes qui avaient germé dans son esprit quand il avait posé les yeux sur lui pour la première fois.

- C'est lui alors? demanda ensuite Dean en pointant le doigt vers Castiel.

Ce dernier se redressa un peu plus sans trop savoir pourquoi. Il voulait paraître grand et solide. Suffisamment impressionnant pour justifier d'avoir été choisit par Ellen. Il n'avait pourtant aucun compte à rendre à Dean. Il n'avait pas à l'impressionner. Il était là pour faire son travail que cela plaise ou non au jeune homme.

- C'est lui et il a un nom. Il s'appelle Castiel, répondit Ellen.

- Tu ne pouvais pas trouver quelqu'un avec un prénom un peu moins ridicule… sans vouloir te vexer, Castiel.

Castiel encaissa l'insulte sans réagir. Ce n'était pas la première fois qu'on se moquait de son prénom. Il avait mis du temps à l'aimer lui-même, mais il avait fini par l'apprécier. Il sortait de l'ordinaire. Il signifiait quelque chose. Il avait un sens. C'était mieux que beaucoup d'autres prénoms plus communs qu'on choisissait juste parce qu'ils étaient à la mode.

- Je ne suis pas vexé. Je sais que mon prénom surprend souvent les gens, mais c'est celui que mes parents ont choisi pour moi et je le porte avec fierté.

- Super pour toi, Castiel, mais à vrai dire, je me fiche pas mal de tout ça. Nous ne sommes pas là pour faire ami-ami. Ellen t'a expliqué ce que je suis, j'espère. Tu es au courant de ce que ton nouveau job implique. Parce que je détesterais avoir à te l'expliquer.

Castiel acquiesça. Il était effectivement parfaitement au courant de ce que Dean faisait dans la vie et de ce qu'Ellen attendait de lui en l'embauchant. Il en savait même plus que le jeune homme sur ce point, mais il avait promis de ne pas vendre la mèche à ce sujet et il allait s'y tenir. Il ravala donc son envie de lui jeter tout à la figure et se contenta d'une réponse concise.

- Je suis au courant, oui, et je sais ce qu'être votre chauffeur signifie. Merci de vous en soucier.

- Et tu es d'accord pour trimballer quelqu'un comme moi toute la journée en sachant parfaitement ce que je fais et avec qui pendant que tu m'attends sagement dans la voiture?

Castiel devait reconnaître qu'il avait encore un peu de mal à assimiler cet aspect de son futur emploi, mais il finirait par s'y faire. Il aurait juste besoin d'un peu de temps. Il le garda toutefois pour lui. Il ne voulait surtout pas donner plus de munitions à Dean pour lui tirer dessus. Il semblait en avoir déjà bien assez comme ça.

- Je sais que vous couchez avec des hommes pour de l'argent et je ne vous juge pas. Chacun est libre de faire ce qu'il a envie de faire. Nous sommes en démocratie après tout.

Il était plutôt fier de sa réponse et du ton qu'il avait employé, mais Dean éclata de rire presque aussitôt et il réalisa qu'il avait dû dire quelque chose de stupide. Il n'avait en revanche aucune idée de ce qui avait déclenché l'hilarité du jeune homme.

- En démocratie? C'est… c'est comme ça que tu justifies ce pour quoi tu t'es engagé? Parce que si c'est le cas alors désolé de te décevoir, mais tu te trompes. On a beau être en démocratie comme tu dis, ma profession n'en est pas moins totalement illégale et la tienne également par voie de conséquence.

Castiel n'ignorait pas ce point. Il n'était pas stupide. Il savait bien qu'il prenait un risque, mais il supposait qu'Ellen avait déjà tout prévu. Peut-être connaissait-elle quelqu'un dans la police susceptible de les couvrir? Ou peut-être Dean avait-il des clients suffisamment haut placés pour qu'il ne soit jamais ennuyé? Dans tous les cas, il ne voyait pas en quoi ce qu'il avait dit un peu plus tôt était ridicule ou hilarant. Dean commençait sérieusement à l'agacer, mais il s'était promis de garder son calme et il allait s'y tenir. Le jeune homme n'obtiendrait pas de lui qu'il s'énerve et claque la porte, car il était évident que c'était ce qu'il voulait.

- Je suppose que vous avez une parade quelconque. Si ce n'était pas le cas, cette… entreprise serait déjà fermée depuis un moment. Je ne suis pas inquiet. J'ai confiance en Ellen sur ce point.

Dean grimaça alors, visiblement pris de court et surpris de ne pas avoir obtenu ce qu'il attendait. Il allait devoir s'y habituer. Castiel ne comptait pas se laisser faire. Il était lui aussi têtu. Il voulait ce job et personne n'allait l'empêcher de le conserver. Pas même Dean.

- Tu marques un point, Castiel, mais quelque chose me dit que tu te fais une fausse idée… peut-être une odyssée romancée de ce qu'est réellement mon travail et je crois qu'il est de mon devoir de te donner tous les éléments essentiels avant que tu ne prennes ta décision pour de bon. Parce que tu verras des choses qui risquent sérieusement de te mettre mal à l'aise. Tu entendras des choses aussi. Ça ne sera pas une partie de plaisir, crois-moi. Certains de mes clients se fichent totalement d'avoir des témoins. Certains trouveraient même ça excitant. Ils pourraient demander à ce que tu restes pour nous regarder.

Castiel déglutit avec peine. Il devait reconnaître qu'une telle proposition risquait fort de le déstabiliser, mais il refuserait dans tous les cas. Il voulait bien voir les clients de Dean avant pour s'assurer qu'ils ne représentaient pas un danger pour lui, mais il refusait d'assister à quoi que ce soit. Il refusait de participer. Il ferait en sorte de quitter le lieu du rendez-vous avant que quoi que ce soit ne se passe.

- La plupart aiment se vanter de ce qu'ils me font ou de ce qu'ils me feront plutôt et ils ne t'épargneront aucun détail. Peu importe que cela soit quelque chose de classique ou quelque chose qui sorte de l'ordinaire. Parce qu'il faut que tu saches qu'il n'y a pas grand-chose que je refuse, Castiel. Si mes clients mettent la somme adéquate, je peux être ce qu'ils veulent que je sois. Je peux accepter qu'ils soient plusieurs. Je peux accepter qu'ils me donnent la fessée ou qu'ils m'attachent. Certains paient même pour que je porte des sous-vêtements féminins ou que je mette des talons hauts. La liste de mes talents est plutôt longue. Je peux te faire passer un exemplaire papier si ça t'intéresse. Ça va du missionnaire classique à la partouze avec une multitude de partenaires… certains en même temps. J'ai même laissé un client faire pénétrer son poing en entier dans mon…

- Dean, ça suffit, le coupa alors Ellen d'une voix forte.

Castiel aurait pu l'embrasser tant il lui était reconnaissant d'avoir stoppé le jeune homme dans son élan. Il n'était pas sûr qu'il aurait pu continuer à l'écouter faire la liste des choses qu'on lui demandait sans finir par prendre ses jambes à son cou. Il pouvait sentir combien ses joues étaient rouges. Il était extrêmement mal à l'aise et il savait que Dean l'avait remarqué. Une nouvelle fois, Castiel se fichait pas mal de ce que le jeune homme pouvait faire avec ses clients. Il ne portait pas le moindre jugement sur lui ou sur eux, mais il ne voulait pas connaitre les détails. Il ne voulait pas avoir à entendre Dean lui raconter chacun de ses rendez-vous en détail.

- Désolé, Ellen, mais je pense qu'il a le droit de savoir. Je veux dire… regarde-le. Le simple fait de m'entendre parler de partouze le fait rougir comme une écolière de douze ans. Il ne sera jamais crédible auprès des clients. Il va les faire fuir.

- Dean, je te préviens. Si tu fais fuir Castiel, je cesserais aussitôt de t'envoyer des clients. Je te rayerais de la liste de mes employés et je dirais tout à ton frère. Tu as vraiment envie que cela se termine ainsi?

Dean ne répondit pas. Castiel utilisa ce temps pour retrouver son calme. Il se concentra sur sa respiration et sur les battements de son cœur jusqu'à sentir qu'il avait repris possession de ses moyens. Il jeta ensuite un coup d'œil à Dean. Visiblement, le fait qu'Ellen ait évoqué son frère avait suffi à le calmer pour de bon. De toute évidence, c'était la seule menace susceptible de fonctionner pour lui et Castiel devinait combien Dean devait être proche de son frère pour que le simple fait qu'il soit mis au courant suffise à le faire taire. Il était lui-même extrêmement proche de Gabriel. Le décevoir faisait partie de ses pires craintes au monde. Cela lui faisait un point commun avec Dean et pourrait peut-être l'aider à tisser un lien avec lui.

- Tu sais que je le fais pour Sam et uniquement pour Sam j'espère. Pas pour toi et certainement pas parce que j'estime en avoir besoin.

- Je me fiche de la raison qui te pousse à le faire du moment que tu le fais.

Castiel pouvait sentir qu'il avait une ouverture. Il n'aurait pas pu le jurer, mais il était presque sûr qu'il avait là l'opportunité de marquer des points avec Dean. Ils ne seraient très certainement jamais amis, mais s'ils parvenaient à s'entendre un minimum, cela rendrait les choses plus simples.

- J'ai un frère moi aussi et il… je sais combien il est important de ne faire en sorte de rendre notre famille fière. De ne pas les décevoir et… enfin je sais que je serais capable de tout accepter pour Gabriel… mon frère. Je sais exactement ce que vous pouvez ressentir à cet instant précis.

Dean tourna aussitôt le visage vers Castiel et le foudroya du regard. Il ne semblait pas avoir apprécié la petite tirade du jeune homme et il aurait été bien incapable de dire ce qu'il avait dit de mal. Il avait juste tenté de se montrer gentil avec Dean.

- Je me fiche de ta vie, Castiel. Je me fiche de ta famille et plus encore je me fiche totalement de ce que tu peux ressentir. Toi et moi, nous sommes différents et nous ne serons jamais amis. Mets-toi ça dans la tête… ça nous facilitera la vie à tous les deux. Tu ne sais rien de ma vie ou de ma relation avec mon frère et cela restera ainsi. Je ne vais pas me confier à toi et tu ne te confieras pas à moi non plus. La seule chose que je te demande c'est de te comporter en adulte et de ne surtout jamais faire fuir mes clients.

Castiel était un peu surpris par l'agressivité du ton de Dean. Il avait visiblement touché une corde sensible. Il avait eu très certainement tort d'évoquer ainsi son frère. Il ne recommencerait plus. S'il avait envie de dire à Dean ce qu'il pensait de sa façon de lui parler, il se retint malgré tout. Il devait se montrer plus mature que lui. Plus intelligent. Rentrer dans son jeu ne ferait qu'aggraver un peu plus les choses. Il comptait bien remporter ce combat.

- Je suis désolé. Je n'aurais pas dû. Je ne parlerais plus de votre frère ou de votre vie… je ne parlerais plus de la mienne non plus. Je vous demande juste de me laisser une chance de vous prouver que je saurais être à la hauteur de ce job.

Dean grimaça à nouveau avant de hocher finalement la tête. Il était évident qu'il donnait son accord à contrecœur, mais Castiel saurait s'en contenter pour le moment. Il voulait croire qu'il serait capable de prouver à Dean qu'il avait eu tort de le détester ainsi sans même le connaitre. Il allait être parfait dans son rôle et donner raison à Ellen. Il était prêt à tout encaisser pour réussir. C'était devenu une question de fierté et, si Castiel n'y avait jamais attaché une grande importance jusque-là, ce serait le cas cette fois-ci.


Dean avait compris qu'il était gay bien avant sa puberté. Quand les autres garçons de son âge parlaient des filles, il se sentait différent. Il en trouvait certaines gentilles. Il était ami avec beaucoup, mais il ne comprenait pas pourquoi ses petits camarades semblaient aussi intéressés par le sujet. Il s'était alors posé des questions puis les avait oubliées jusqu'au jour où il avait atteint la puberté et où le sexe était devenu une vraie préoccupation. Il s'était rapidement senti attiré par les autres garçons. L'un d'entre eux, Benny, un quarterback, était devenu son fantasme numéro un. Il ne lui en avait pas parlé même si le jeune adolescent l'avait très certainement compris. Cela ne les avait pas empêchés de devenir amis ensuite. Dean avait fini par parler de son attirance pour les garçons à son petit frère. Puis à son père. Tous deux l'avaient accepté sans problème et Dean avait alors compris qu'il n'avait aucune raison d'en avoir honte ou de se cacher. Il avait commencé à assumer ce qu'il était sans se soucier de ce que les autres pouvaient en penser. Il se savait séduisant. Il se savait attirant. Il avait joué de ses charmes avec beaucoup de monde et il avait rapidement perdu sa virginité. Il n'avait toutefois jamais eu de relation sérieuse. Il n'en avait tout simplement pas envie et son métier le lui interdisait. Comment pouvait-il s'engager avec quelqu'un tout en couchant avec des dizaines d'autres hommes durant la journée. Personne ne pourrait l'accepter.

Dean continuait toutefois à faire des rencontres. Il continuait de coucher avec des hommes sur son temps libre. Des hommes qu'il choisissait cette fois. Des hommes qui étaient totalement son style.

La première chose qu'il pensait en voyant son chauffeur pour la première fois fut qu'il aurait totalement tenté de le séduire dans d'autres circonstances. Castiel était son type d'homme. Il n'y avait aucun doute là-dessus. Il n'était pas trop musclé, mais suffisamment solide pour que Dean puisse sentir la force évidente qui émanait de lui. Il avait les traits masculins et pas le moins du monde androgynes. Il avait des yeux incroyables. Il était à la fois sexy et incroyablement mignon. Tout ce que Dean adorait chez un homme. Il savait qu'en le poussant un peu, il saurait réveiller la bête qui sommeillait en lui et le sexe serait alors génial, mais il n'aurait jamais l'occasion de vérifier sa théorie, car Castiel – c'était visiblement ainsi qu'il s'appelait – était l'ennemi dans cette histoire. Dean était déterminé à le combattre jusqu'à lui faire prendre la fuite et cela mettrait un terme à une quelconque possibilité de coucher avec lui dans l'avenir. C'était presque un peu décevant.

De surcroît, il était presque sûr que Castiel était du genre à vouloir d'une relation sérieuse. Il était très certainement du genre à s'engager. Il ne multipliait probablement pas les conquêtes et jamais il ne pourrait envisager de se lier à quelqu'un qui vendait son corps le reste du temps. Dean n'aurait sans doute pas eu la moindre chance avec lui et c'était bien mieux ainsi.

Il ne perdit pas de temps et chercha à déstabiliser Castiel dès qu'il pénétra dans la pièce. Il n'avait que très peu de temps pour trouver la corde sensible. Ce sur quoi appuyer pour le pousser à démissionner. Il tenta donc plusieurs approches. Malgré les réprimandes d'Ellen, il ne comptait pas se laisser faire. Castiel était devenu sa cible numéro un et bien que cela soit très certainement injuste envers lui, Dean comptait bien l'abattre aussi rapidement que possible.

Il finit par trouver son angle d'attaque assez rapidement. Quand il commença à donner des détails sur son métier et sur tout ce qu'il était parfois amené à faire avec ses clients, il vit Castiel rougir. C'était surprenant pour quelqu'un qui avait accepté de devenir le chauffeur d'un prostitué. Si le sexe le mettait aussi mal à l'aise, il allait avoir du mal à supporter le quotidien avec Dean. Cela allait très certainement aider le jeune homme à le pousser à la démission. Il avait trouvé le point faible de son ennemi.

Il pouvait également sentir qu'il allait beaucoup s'amuser à tourmenter Castiel sur ce point. Il n'était pas quelqu'un de méchant. Il n'avait jamais persécuté qui que ce soit à l'école. Il ne s'était jamais moqué de quelqu'un pour son physique, ses origines ou quoi que ce soit d'autre. Il était plutôt du genre à prendre la défense de ceux qu'on persécutait et sans doute se sentirait-il coupable un jour de s'en être ainsi pris à Castiel, mais il refusait d'y penser pour le moment. Il avait un objectif à atteindre et rien ne pourrait l'arrêter. Parler de sexe n'avait jamais été un problème pour lui et il savait comment en parler ou quoi dire pour mettre les autres mal à l'aise rapidement. Il le faisait toujours avec Sam. Il lui suffirait d'employer la même méthode avec Castiel. Il était évident que ce dernier était plus prude que son frère.

Il perdit son calme quand son chauffeur évoqua Sam, mais il se reprit assez rapidement. Il pouvait sentir que Castiel n'avait pas dit cela pour l'embêter ou pour se mêler de quelque chose qui ne le regardait pas. Il l'avait fait uniquement pour tenter de marquer des points avec lui. Il ne pouvait pas deviner que cela mettrait Dean hors de lui. Il ne lui en tiendrait donc pas rigueur.

Il écouta Castiel lui assurer qu'il saurait se montrer à la hauteur. Puis l'écouta le supplier de lui donner une chance de faire ses preuves. Dean n'avait pas d'autre choix que d'accepter. Il hocha donc la tête avant de se sentir obligé de préciser quelque chose.

- Il est évident que tu es quelqu'un de bien, Castiel, et franchement… je n'ai rien contre toi à titre personnel, mais quand je vois comment tu as réagi à l'instant quand j'ai commencé à te parler de mon métier, je… je ne peux pas m'empêcher de penser que tu es peut-être un peu trop… innocent et prude pour le job. Crois-moi… certains de mes clients seront bien moins… polis que moi en parlant de ce que je fais avec eux. Si tu réagis ainsi à chaque fois, ils penseront qu'Ellen a engagé un incapable et cela finira forcément par me retomber dessus.

Ce n'était pas un mensonge. Ce n'était pas une attaque gratuite. Dean mettait un point d'honneur à ne jamais ternir l'image qu'Ellen avait acquise dans son domaine. Elle avait une réputation qu'elle tenait à garder et ses employés étaient tous chargés de l'aider à le faire. Dean ne tolèrerait pas que Castiel vienne tout gâcher en se comportant comme un idiot face à un client.

- Je ne suis pas prude et je suis certainement bien moins innocent que vous ne semblez le penser. Je… oui, je n'ai pas pour habitude de parler de sexe aussi ouvertement et surement pas avec un étranger, mais je n'ai aucun problème avec le sexe en général. Je ne vous ferais pas honte. Je peux vous le promettre.

Dean pouvait sentir combien Castiel tenait à cet emploi. Il semblait totalement désespéré. Il avait très certainement besoin d'argent. Dean aurait aimé savoir pourquoi, mais il se refusait à poser la question. Comme il l'avait dit à Castiel un peu plus tôt, ils ne se confieraient jamais l'un à l'autre. Ils ne deviendraient jamais amis. Ils n'avaient pas à parler de choses personnelles.

- Je veux bien te donner ta chance, mais je n'accepterais pas la moindre erreur. Si un client se plaint alors tu seras renvoyé sur-le-champ et ni Ellen ni mon frère ne pourront m'en empêcher. Tu peux penser ce que tu veux de moi ou de mon métier, mais je peux te garantir que je suis le meilleur dans mon domaine et j'ai toujours eu une attitude irréprochable avec mes clients. Je tiens à ce que cela continue. En m'accompagnant, tu deviendras une extension de moi. Et tout ce que tu feras me retombera dessus aussi. Est-ce que c'est compris?

Castiel hocha aussitôt la tête. Il aurait probablement accepté n'importe quoi contre la promesse de garder sa chance de faire ses preuves. Dean avait presque de la peine pour lui.

- Je serais totalement irréprochable. Je vous le promets. J'ai juste… c'est la première fois que je rencontre quelqu'un comme vous. Je n'ai jamais… jamais fait appel aux services de… enfin d'un… professionnel. C'est nouveau pour moi.

Il y avait plusieurs informations importantes dans les quelques phrases que Castiel venait de prononcer. Dean en retenait deux principales. Il avait la confirmation que parler de sexe faisait bafouiller Castiel et que c'était le meilleur plan d'attaque pour lui. Et il avait également appris que Castiel était de toute évidence lui aussi homosexuel. Il avait parlé d'un professionnel et non d'une professionnelle. Ce qui faisait une différence majeure. C'était un point positif en plus pour lui. Car il pourrait jouer de ses charmes pour pousser Castiel dans ses derniers retranchements. Il n'utiliserait pas cette carte tout de suite. Il ne voulait pas briser le cœur du jeune homme. Mais il le garderait dans un coin de son esprit si toutefois le reste ne fonctionnait pas.

- Je suppose que le fait que tu n'aies jamais eu à faire appel aux services d'une personne dans mon genre est une bonne nouvelle pour toi… ça doit signifier que ton pouvoir de séduction fonctionne… ou que tu es un mormon qui refuse de coucher avec qui que ce soit avant le mariage… à vrai dire peu importe. Ce qui est sûr en revanche c'est que même si l'envie t'en prenait, tu ne pourrais jamais te payer quelqu'un comme moi. Je suis très au-dessus de tes moyens.

- C'est… je ne vois ce qui… comment vous pouvez en être aussi sûr?

Dean trouvait Castiel touchant. Il faisait un effort pour paraître aussi sûr de lui et calme que possible. Il encaissait les coups sans broncher. Il faisait son maximum pour être sympathique. Et il aurait pu réussir si Dean n'avait pas été aussi déterminé à le faire partir. Il était de toute évidence quelqu'un de sympathique. Probablement quelqu'un de bien. Mais cela ne changeait rien au problème. Il restait une cible à abattre. Malgré lui.

- Et bien si tu avais les moyens de me réserver pour une heure ou deux, tu n'aurais sans doute pas autant besoin de ce travail. Tu n'aurais jamais ne serait-ce qu'envisager de prendre un tel job. Soyons réaliste une seconde. Personne n'a envie de devenir le chauffeur d'un prostitué. Même si la paye est importante. Si tu es là, c'est que tu as terriblement besoin d'argent. Et avant que tu n'interprètes ce que je suis en train de te dire de la mauvaise manière, ce n'est pas une invitation à me confier tes secrets ou à me parler de tes problèmes. C'est un constat. Rien de plus. Il est évident que tu as besoin de ce travail… que tu as besoin de cet argent… donc que tu n'en as pas et que tu ne peux pas te payer mes services. CQFD. Ce n'était pas compliqué à deviner.

Castiel sembla impressionné par ses talents de déduction pendant une courte seconde. Il se racla ensuite la gorge puis soupira longuement.

- J'ai effectivement besoin de cet argent. Mais je ne suis pas désespéré. Si je l'étais, j'aurais accepté de travail comme serveur dans un fast food.

- Ça n'aurait pas forcément été pire. Ce boulot peut te paraître idéal, mais il ne l'est pas et tu t'en rendras rapidement compte. Oh bien sûr, tu vas rencontrer des gens importants. Des juges… des politiciens… des producteurs de film et même quelques sportifs célèbres. Tu rencontreras peut-être ton idole parmi eux. Mais tu ne dois pas oublier qu'à leur yeux, tu seras une nuisance. Donc ne t'emballe pas. Ce n'est pas le boulot rêvé. Pas du tout.

Castiel acquiesça et Dean fut un peu déçu de ne pas le voir réagir plus que cela. Tant pis. C'était un coup raté. Cela n'allait pas le décourager pour autant. Il allait continuer sur sa lancée jusqu'à réussir.

- Si vous avez fini tous les deux, je vais vous demander de signer ce document. Il entériner notre accord. Castiel, tu seras tenu à la confidentialité quant à 'identité de Dean et de ses clients. Dean, de ton côté, tu t'engages à laisser à Castiel une période d'essai pour faire ses preuves.

Castiel n'hésita pas une seconde avant de signer. Dean, de son côté, regarda longuement le document avec un certain dégoût. Il n'aimait pas l'idée de s'engager avec le jeune homme et avec Ellen. Mais il devait jouer le jeu s'il voulait réussir. Il devait absolument faire bonne figure pour le moment. Il ne devait surtout pas donner à Ellen les munitions suffisantes pour l'accuser d'avoir poussé Castiel à la démission.

Une fois le document signé, Ellen les laissa seuls dans le bureau pour continuer à faire connaissance. Dean n'en voyait pas l'utilité. Il savait tout ce qu'il avait à savoir sur Castiel. Il ne voyait pas l'intérêt d'en apprendre plus. Mais de toute évidence, ce dernier ne voyait pas les choses du même œil puisqu'il se lança aussitôt dans un long monologue le concernant.

- J'ai vingt cinq ans. J'ai eu mes diplômes aux beaux-arts et j'ai cherché un temps un job dans ma branche, mais… disons que ce n'est pas aussi simple que ce que j'imaginais quand j'ai choisi de faire du dessin mon métier. Je vis chez mon frère Gabriel pour le moment. C'est pour ça que j'ai besoin de ce travail. J'ai besoin de pouvoir payer ma part du loyer et de l'aider dans les dépenses même s'il m'assure constamment que ce n'est pas nécessaire. C'est mon amie Meg qui m'a parlé d'Ellen. Je ne suis pas tout à fait sûr de savoir comment elles se connaissent, mais… enfin voilà, elle m'a permis d'obtenir la place.

Il s'interrompit alors et Dean pria pour qu'il en ait fini avec ce monologue qui ne l'intéressait pas le moins du monde. Mais Castiel reprit finalement la parole. Il était évident qu'il parlait quand il était nerveux. Et il n'était pas à l'aise maintenant qu'il était seul avec Dean. Ce qui amusait grandement le jeune homme.

- Qu'est-ce que je pourrais vous dire de plus sur moi… je… j'aime dessiner… je dessine d'ailleurs dès que j'ai une minute à moi. Je… je fais du sport également… de la course principalement pour me maintenir en forme. Je suis végétarien et je… je pense être quelqu'un de plutôt sympathique et d'ouvert d'esprit.

Dean ne put s'empêcher de penser que Castiel ressemblait à quelqu'un qui remplissait un questionnaire sur un site de rencontre. Il hésita à le lui dire, mais choisit finalement de ne pas l'attaquer sur ce point. Il se contenta donc d'écouter et ne reprit la parole que lorsqu'il fut totalement sûr que Castiel avait fini cette fois.

- Ecoute, tu m'as tout l'air de quelqu'un de bien Castiel. Je suis sûr que tu rêvais d'autre chose quand tu étais enfant. Tu ne pensais pas en être là à vingt-cinq ans non? Et il est encore temps pour toi de renoncer. Personne ne t'en voudra. Personne ne pourra t'en faire le reproche. Tu pourrais travailler n'importe où ailleurs. Tu n'as pas à risquer de te faire attraper juste parce qu'on te propose une jolie somme d'argent. C'est idiot et franchement, tu m'as l'air d'être bien plus intelligent que ça.

Castiel fronça les sourcils, prit quelques secondes pour réfléchir puis reprit finalement la parole à son tour.

- Non je ne suis pas idiot. Et oui, je suis peut-être un peu désespéré. Je ne dis pas qu'être votre chauffeur était le rêve de ma vie quand j'étais enfant, mais franchement… je me fiche de tout ça. J'ai besoin d'argent et personne ne pourrait m'offrir une paye équivalente ailleurs alors désolé mais je n'ai pas l'intention de renoncer. Je sais ce que vous cherchez à faire Dean. Ellen m'a prévenu. Vous pensez pouvoir me convaincre de démissionner. Mais c'est peine perdue. Je vais garder ce travail. Et vous ne pourrez rien y faire. Vous n'avez pas le choix si vous voulez conserver vos clients et ne pas vous brouiller avec votre frère. A mes yeux, c'est vous qui êtes en position de faiblesse et pas l'inverse comme vous semblez le penser.

Dean était surpris par l'attaque de Castiel. Il n'avait d'ailleurs pas tort. Dean était effectivement coincé. Et si Castiel lui résistait, il serait obligé de l'accepter. Ou perdre son travail et s'exposer à la colère de Sam. Il était évident qu'il avait bien plus à perdre dans cette histoire. Mais cela ne le pousserait pas à renoncer pour autant. Il était suffisamment têtu pour poursuivre. Castiel jouait les durs, mais il finirait par craquer. Dean en était convaincu.

- Nous verrons bien comment tout cela se terminera. Mais pour le moment, nous allons devoir coexister et collaborer. J'ai besoin que cela se passe aussi bien que possible. Alors… voilà comment les choses vont se Tu viendras me chercher demain chez moi. Je vais te donner l'adresse. La journée de demain est relativement calme. Cela devrait te permettre de te mettre dans le bain. J'ai trois tendez vous de deux heures chacun. Le premier est avec Mark, un acteur qui a eu sa période de gloire il y a quelques années. Il est plutôt gentil. Il ne devrait pas poser de problèmes. Le second client ne sera peut-être pas aussi agréable. Il s'agit de Paul. Il est juge à la Cour Fédérale, marié et père de trois enfants. Si quiconque apprenait qu'il me voit, il perdrait absolument tout. Il va donc se monter particulièrement méfiant avec toi. Le troisième client est Justin. C'est une jeune héritier qui n'a jamais eu à travailler dans sa vie. Il est riche à millions et il aime… disons qu'il a des préférences un peu particulières. Je le case toujours en fin de journée parce qu'après lui, j'ai toujours des difficultés à m'asseoir. Il aime me bousculer un peu. Il aime me donner la fessée. Et il est non seulement immense et extrêmement musclé, mais il est aussi parfaitement proportionné si tu vois ce que je veux dire. Un rendez-vous avec lui m'épuise totalement. Mais il est inoffensif. Et plutôt marrant. Il ne posera aucun problème.

Castiel semblait noter mentalement chacune de ces informations. Dean fut surpris de voir qu'il ne rougissait pas cette fois. Il avait pourtant pensé que lui donner tous ces détails le mettrait mal à l'aise. Il avait manqué son coup à nouveau. Tant pis. Ce serait pour la prochaine fois.

- Je serais chez vous demain, confirma-t-il alors.

- A neuf heures tapantes. Je ne suis jamais en retard. C'est une de mes marques de fabrique. Et je tiens à ce que cela continue. Oh et deux choses encore… tu peux me tutoyer. Je ne suis pas ton patron et nous sommes pratiquement du même âge. Le vouvoiement est ridicule dans ces circonstances. Et dernière précision… je t'interdis formellement de rentrer chez moi… de sonner à ton arrivée ou de frapper à la porte. Je ne veux pas que tu rentres chez moi. Je ne veux pas que tu rencontres mon frère. Je tiens à séparer ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Est-ce que c'est compris?

Dean avait surtout peur que Sam tente de discuter avec Castiel. Qu'il lui en dise trop sur les incidents que son frère avait vécu. Ou prendre le risque qu'il finisse par s'entendre et par devenir amis. Castiel ne devait surtout jamais se faire une place dans sa vie en dehors du travail. Dean y tenait plus qu'à quoi que ce soit d'autre.

- C'est noté. Je me contenterais de vous envoyer un message quand je serais arrivé.

Dean approuva d'un signe de la tête. Il donna ensuite son adresse et son numéro de téléphone à Castiel. Il le salua ensuite puis quitta la pièce. Il avait envie de rentrer chez lui. De retrouver son frère et de penser à tout sauf à ce qui l'attendait le lendemain. Il salua Ellen et Kevin avant de partir puis rejoignit sa voiture rapidement. Il ne savait pas trop quoi penser de Castiel. Il semblait effectivement être quelqu'un de plutôt sympathique et avenant. Il avait également probablement besoin d'argent. Et Dean n'aimait pas l'idée d'être celui qui lui ferait perdre ce travail. Mais cela n'entamait en rien sa motivation et sa détermination. Il allait pousser Castiel au bout. Appuyer là où cela faisait mal jusqu'à le faire craquer. Il était sincèrement désolé pour le jeune homme. C'était cruel et injuste pour lui. Mais il serait une victime collatérale. Et tout était de la faute d'Ellen après tout. Si elle ne l'avait pas engagé, Dean n'aurait pas eu à le maltraiter de la sorte. Oui. C'était ainsi qu'il allait aborder les choses. Tout était de al faute d'Ellen. Il n'avait aucune raison d'avoir mauvaise conscience ou de se sentir coupable. Il n'avait rien fait de mal.