Bonjour,

Voici le chapitre 11 et il marque le retour d'Elissa à la correction donc un immense merci à elle.

Dans ce chapitre, Dean commet une erreur. Pas vis à vis de Castiel. Mais je ne vous en dis pas plus. Dans tous les cas, cela va les rapprocher un peu plus. Et faire prendre conscience de certaines choses à Dean.

Petite info: je posterais un dernier chapitre lundi. Et puis j'arrêterais ensuite de poster pour les fêtes. Je ne vais pas pouvoir écrire pendant cette période et je n'ai pas tant d'avance que ça. Donc si je publie, je devrais ensuite arrêter à la rentrée. Donc voilà. Un chapitre lundi 23 puis le suivant le jeudi 2 janvier.

Merci pour vos messages bien sûr. Et votre fidélité.

Bonne lecture et à lundi

Sydney8201

Musique du chapitre :

From the inside de Linkin Park

Chapitre 11 : Peur

« La peur… une arme primitive mais efficace. »

Pauline Michel

Dean se sentait bien. Il avait la sensation de flotter. Il n'avait pourtant rien pris d'autre qu'un café et des œufs. Il n'avait rien bu d'alcoolisé. Pourtant, il se sentait comme sur un nuage. Il n'était pas stupide. Il savait à qui il le devait.

Castiel et lui étaient dans la voiture après leur petit-déjeuner pris ensemble. Le jeune chauffeur était concentré sur la route et ne semblait pas prêter attention au regard de Dean sur lui. Ce dernier, de son côté, l'observait sans réussir à détourner les yeux. Il était fasciné par son profil. Par le dessin de son nez droit, de ses lèvres épaisses, de ses pommettes et de sa mâchoire. Il avait su dès leur première rencontre que Castiel était attirant. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas en avoir conscience. Cependant, plus il le regardait et plus il le trouvait incroyablement beau. Il était à la fois élégant, gracieux, masculin et solide. Il avait quelque chose d'unique que Dean n'avait jamais vu avant et qu'il n'aurait pas su expliquer avec des mots. C'était une sorte d'aura qui émanait de lui et qui donnait la sensation au jeune prostitué d'être en sécurité, d'être protégé et soutenu. C'était complètement dingue. Ils se connaissaient à peine. C'était pourtant ce que Dean ressentait et, si cela lui faisait un peu peur quand il prenait le temps d'y penser, il n'avait pas vraiment envie pour autant de s'en débarrasser.

Castiel et lui pourraient devenir amis. Il en était convaincu. Il ne le lui avait pas dit uniquement pour arranger les choses entre eux et apaiser les tensions. Il l'avait dit aussi et surtout parce qu'il le pensait et parce qu'il en avait envie. Il avait refusé l'aide de qui que ce soit quand il était question de son travail. Accepter l'aide d'Ellen lui avait demandé un immense effort et il ne l'avait fait que pour calmer Sam. Il avait ensuite refusé catégoriquement chaque main tendue. Parce qu'il se sentait de taille à affronter n'importe qui.

Ça avait changé avec Castiel. Sans qu'il le veuille, il avait fini par ouvrir les yeux et par comprendre qu'avoir quelqu'un sur qui se reposer était peut être une bonne chose en fin de compte. Pas seulement pour Sam qui se faisait bien trop de soucis pour lui à son goût, mais aussi pour lui-même. Il se sentait moins seul. Il se sentait bien. Il avait vraiment envie que cela continue. Il était même prêt à faire des efforts pour que les choses fonctionnent. À s'ouvrir un peu à cet homme qu'il ne connaissait pourtant que très peu. Il devenait un nouveau Dean et ce changement s'était fait en seulement quelques jours. Il n'était pas à l'abri d'un vrai bouleversement de sa façon de voir les choses d'ici quelques semaines ou quelques mois. Il était curieux de voir ce que cela allait donner.

Ils finirent par arriver sur le lieu de son premier rendez-vous. Comme toujours, c'était un hôtel de luxe choisi par son client pour la discrétion du personnel et les services proposés. Il devait se rendre dans la suite au dernier étage. C'était l'un de ses endroits préférés. L'un de ses clients préférés également. Il savait que tout allait bien se passer.

Ellen l'avait prévenu de son regard et le client n'avait pas protesté. Malgré un emploi du temps chargé, il avait fait de la place pour Dean. Parce qu'il avait envie de le voir. Le jeune prostitué était flatté.

La présence de Castiel ne posa aucun problème. Norman avait été prévenu par Ellen comme tous les autres. Il comprenait pourquoi Dean devait être accompagné. Lui ne représentait pas de menaces, mais il n'en était pas toujours de même avec les autres. Il avait lui-même des gardes du corps au quotidien pour le protéger et il assura à Dean qu'il ne voyait aucun inconvénient à ce que quelqu'un s'assure que tout se passerait bien.

Castiel put quitter la chambre rassuré et Dean put se mettre au travail. Norman était un amant énergique et enthousiaste. Comme toujours, il s'assura que le jeune prostitué prenne son pied autant que lui et, comme toujours, il y parvint sans trop de problèmes. Dean se laissa faire avec plaisir. Il s'abandonna à Norman et à ses mains expertes. L'orgasme qu'il obtint à la fin fut phénoménal. Il y avait des jours où il aimait vraiment son travail.

Il finit par rejoindre Castiel quand les deux heures de son rendez-vous furent écoulées. Il le rassura aussitôt sur son état puis le suivit dans la voiture. Même s'il ne cherchait plus à le faire fuir ou à le mettre mal à l'aise, il ne put s'empêcher de lui expliquer combien son rendez-vous avait été plaisant. Il le fit avec un large sourire sur les lèvres et s'amusa de voir les joues de Castiel rougir.

Il n'insista toutefois pas et ne s'attarda pas plus que nécessaire sur les détails. Quand Castiel lui jeta un regard plein de détresse, il s'empressa de lui dire qu'il le faisait juste pour plaisanter. Que c'était plus fort que lui. Qu'il l'aurait fait avec Sam aussi. Cela sembla rassurer Castiel. Être mis sur le même plan que la personne que Dean aimait le plus au monde était un honneur que peu de gens connaissaient. Mise à part Charlie, Ellen et Bobby, Dean n'accordait pas cela à qui que ce soit. Castiel avait toutes les raisons d'être honoré.

Le deuxième client de Dean eut la même réaction que Norman en voyant Castiel. Il le salua chaleureusement et l'invita même à prendre un verre. Dean lui rappela alors qu'ils étaient déjà en retard et qu'il était préférable de ne pas perdre plus de temps. Castiel quitta la chambre visiblement satisfait et Dean passa les deux heures suivantes à enchaîner deux orgasmes plutôt satisfaisants.

Cette fois, il ne raconta pas tout à Castiel. Il se contenta de lui dire qu'il allait bien. Son troisième rendez-vous l'angoissait un peu. Son client n'était pas foncièrement méchant. Il ne lui avait jamais fait de mal, mais il avait été furieux de devoir décaler le rendez-vous d'une heure et Dean craignait qu'il le lui fasse payer. Le plus souvent, il ressortait du rendez-vous épuisé, mais sauf. Aussi, s'il avait dû une fois annuler une séance parce que son client était ivre, il espérait vraiment qu'il saurait se tenir cette fois.

Il fut évident qu'il s'agissait d'un jour sans dès qu'ils entrèrent dans la chambre d'hôtel. Rick les attendait debout au milieu de la pièce, les bras croisés et le visage fermé. Il était en colère. C'était évident. Dean hésita une seconde à rebrousser chemin aussitôt avant de se décider à lui laisser une chance. Il voulait croire qu'il saurait le calmer.

- Est-ce que sa présence est vraiment nécessaire? Ellen a déjà enquêté sur moi. Je me suis plié à toutes tes exigences et tu es en retard. Je n'ai pas de temps à perdre à subir un interrogatoire.

Dean avança dans sa direction, mais garda tout de même une certaine distance. Il pouvait sentir qu'il était trop en colère pour se laisser amadouer facilement avec une simple caresse.

- Il n'y aura pas d'interrogatoire. Castiel est juste là pour s'assurer que tu es dans ton état normal. Il partira ensuite. Il n'est pas de la police. Juste mon chauffeur.

- Sauf erreur de ma part, un chauffeur attend le plus souvent dans la voiture. Pourtant, lui est là. Je ne suis pas vraiment sûr de savoir comment le prendre.

- Je suis ici pour vous rappeler que si Dean n'est pas redescendu dans deux heures, je viendrais le chercher et pour m'assurer également que vous soyez suffisamment calme pour qu'il soit en sécurité. Ce qui n'est visiblement pas le cas.

Dean vit Rick se tendre. Ce que Castiel était en train de dire n'arrangeait clairement pas les choses. Il n'avait toutefois pas tort. Il était évident que son client était sur les nerfs et, dans ces circonstances, il était capable de tout.

- Je suis effectivement en colère parce que j'ai dû repousser d'autres rendez-vous pour Dean, mais je sais me contrôler. Vous ne savez rien de moi. Je vous prierais donc de ne pas me juger. Ce n'est pas quelque chose que j'apprécie.

Dean pouvait sentir que la situation risquait vite de dégénérer. Il avait toutefois un mauvais pressentiment. Rick semblait vraiment furieux. Il ne lui avait jamais fait de mal jusque-là, mais rien ne pouvait lui garantir qu'il n'essaierait pas cette fois. Il avait envie de partir. Il avait envie d'annuler le rendez-vous. Par contre, Rick payait très cher pour ces deux heures. Il était l'un de ses plus gros clients et il n'avait pas envie de le perdre. Il allait lui accorder une chance.

- Inutile de s'énerver. Je suis désolé d'être en retard et je peux te promettre que cela ne se reproduira pas. Je sais que tu n'es pas méchant. J'ai confiance en toi. Castiel va donc nous laisser, mais tu dois me promettre de te calmer, d'accord?

Rick le dévisagea une seconde avant de hocher la tête. Ce n'était pas vraiment une réponse satisfaisante, mais Dean l'accepta tout de même. Il se tourna alors vers Castiel. Il ne semblait pas avoir envie de partir. Il paraissait inquiet. Il avait effectivement toutes les raisons de l'être.

- Dean, tu sais que j'ai le dernier mot et je n'ai pas vraiment l'impression que…

- Castiel, ça va aller. Fais-moi confiance. Rick est inoffensif. Il est juste stressé. Tout ira mieux quand tu seras parti. D'ailleurs, tu seras juste en bas. S'il m'arrive quoi que ce soit, je te promets de t'appeler aussitôt.

Il entendit Rick marmonner dans son dos. Probablement une insulte. Il l'ignora et garda les yeux rivés sur Castiel.

- Tout ira bien, assura-t-il en souriant.

Castiel semblait toujours hésiter. Dean le comprenait. Il avait lui aussi un mauvais pressentiment et il avait été engagé justement pour veiller sur lui. Le laisser seul avec quelqu'un d'aussi énervé allait à l'encontre de ce qu'Ellen lui avait demandé, mais le jeune prostitué avait besoin qu'il lui fasse confiance à lui. Il connaissait Rick mieux qu'Ellen ou que Castiel. Il savait comment faire pour le calmer.

- Je n'aime pas l'idée de te laisser seul avec lui.

- Je sais et je te comprends, mais tu vas devoir me faire confiance sur ce coup-là. Il ne m'arrivera rien.

Castiel réfléchit une seconde avant de jeter un coup d'œil à Rick.

- Je serais juste en bas. Vous avez deux heures. Pas une seconde de plus et s'il m'appelle, je peux vous garantir que vous le regretterez. Pas seulement parce que je vous le ferais payer, mais parce qu'Ellen s'en chargera.

Rick fronça les sourcils. Il était évident qu'évoquer Ellen était une bonne idée. Tout le monde avait peur d'elle. Elle avait beau être petite et paraitre fragile, elle était bien plus forte que tous les clients de Dean et c'était elle qui avait tout le pouvoir. Elle pouvait rayer quelqu'un de sa liste de client. Elle pouvait dénoncer quiconque à la police ou aux journaux. Il était préférable de rester dans ses petits papiers que de la mettre en colère.

- Je sais déjà tout ça et il redescendra dans deux heures parfaitement sain et sauf.

Castiel jeta un dernier coup d'œil à Dean et ce dernier lui donna le feu vert d'un petit hochement de tête. Le jeune chauffeur grimaça, mais finit par quitter la chambre à contrecœur. Dean le regarda refermer la porte avant de se tourner pour faire face à Rick à nouveau.

- Je suis désolé, souffla-t-il pour calmer le jeu.

Rick haussa les épaules avant de lui faire signe de le suivre jusqu'au lit. Dean retira sa veste et s'exécuta. Il n'aimait pas particulièrement ces rendez-vous avec Rick. Il ne savait jamais trop à quoi s'attendre et son client payait plus cher que les autres pour le malmener un peu. Il ressortait toujours courbatu et fatigué. Il était convaincu que cette fois ne ferait pas exception.

- J'aimerais ajouter de nouvelles clauses à notre contrat, lança Rick en s'arrêter au pied du lit.

Dean ne discutait jamais de ça avec ces clients sans la présence d'Ellen. Elle était la seule à pouvoir rédiger un avenant. La seule à pouvoir donner son aval même si Dean était partant et jamais Rick n'avait cherché à le faire. Le jeune prostitué était sûr qu'il le faisait uniquement parce qu'il était en colère contre lui.

- Tu sais que je suis ouvert à toutes discussions, mais tu sais aussi que je ne le ferais jamais sans la présence d'Ellen pour valider ce que nous serons amenés à nous dire.

- Ce n'est pas Ellen qui a le dernier mot sur ce que tu es prêt à accepter de faire ou non. Tu as même insisté sur ce point lors de notre première rencontre. Après ce que tu m'as fait aujourd'hui, j'estime mériter que nous discutions de ce dont moi j'ai envie maintenant.

Dean avait envie de dire « non ». Il n'aimait pas du tout la tournure que prenait la conversation, mais Rick avait au moins raison sur un point. Le jeune prostitué était le seul à pouvoir accepter ou refuser quelque chose. Il n'y avait aucun mal à en discuter maintenant. Il ne ferait toutefois rien avant que le nouveau contrat soit validé officiellement par Ellen.

- Qu'est-ce que tu voudrais ajouter au contrat? demanda-t-il alors.

Il y avait un sac sur le lit, mais il était fermé et Dean ne voyait pas ce qu'il contenait. Il choisit donc de ne pas s'en inquiéter et de l'ignorer pour le moment. Il s'assit sur le matelas, posa ses mains derrière lui et leva les yeux vers Rick.

- Tu as dit oui aux menottes, mais j'aimerais qu'on aille plus loin. Tu sais que j'aime le bondage. Tu sais que je veux t'attacher au lit complètement. Te recouvrir de cordes et t'empêcher de bouger pendant que je fais ce que j'ai envie de te faire.

Cela revenait à laisser Dean totalement sans défense. Il acceptait qu'on le menotte, mais jamais qu'on lui attache également les pieds. Il voulait pouvoir se défendre si toutefois on tentait quelque chose contre lui. Rick le savait et c'était pour cela qu'il voulait en discuter avec lui sans la présence d'Ellen. Elle aurait dit non aussitôt.

- Je pourrais accepter si les liens sont suffisamment lâches pour que je puisse me libérer si je le souhaite. Ce n'est pas négociable. Je refuse de rester sans défense.

Rick hocha la tête avant de prendre le sac sur le lit. Il l'observa une seconde avant de reporter son attention sur Dean.

- Je veux aussi pouvoir utiliser le contenu de ce sac sur toi. Je sais que tu refuses d'être marqué de façon trop visible, mais j'aimerais qu'on trouve un compromis que nous satisferait tous les deux. Peut-être que tu pourrais accepter que je te marque si je suis ton dernier client de la journée. Je ne te ferais pas saigner, mais j'aimerais décorer ton corps parfait. J'aimerais que tu puisses voir les marques ensuite pendant quelques jours.

Dean refusait systématiquement toute offre de ce genre. Il ne voulait pas avoir sur son corps le souvenir de ce qu'il faisait la journée. Il acceptait les suçons et les quelques hématomes consécutifs à une bonne fessée, mais pas plus. Jamais plus. Il avait toutefois envie de savoir jusqu'où Rick était prêt à aller pour obtenir ce qu'il désirait visiblement beaucoup.

- Ça te coûtera plus cher. Il faudra en parler et voir avec Ellen la somme qu'elle estime appropriée. Je ne dis pas non, mais je ne dis pas oui non plus. C'est à voir le prix que tu aies prêt à donner.

- Je paierais la somme que tu exigeras. Cependant, pour aujourd'hui, je pensais que tu pourrais envisager de le faire gratuitement. Histoire de te faire pardonner pour ton retard et la présence de ton chauffeur zélé.

Dean ricana une seconde. Il n'allait certainement pas accepter. Il ne faisait jamais rien qui sortait de l'ordinaire sans être payé en conséquence. Rick le savait. Sa demande était stupide. Il allait le dire, mais son client choisit ce moment pour ouvrir son sac et le jeune prostitué fut incapable de parler quand il vit ce qu'il contenait.

Il sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Il y avait un fouet, une matraque et une sorte de cravache dans le sac. Des objets destinés à lui faire du mal. À le marquer. À le faire souffrir. Il n'y avait pas de discussion possible. Il refuserait que Rick utilise quoi que ce soit dans le sac sur lui. Pas même pour une énorme somme d'argent.

- Non, souffla-t-il. Désolé, mais c'est non. Il n'y a pas besoin d'en parler. Ma réponse restera « non ». Point final.

Rick ricana une seconde avant de se tourner vers lui. Dean lut alors dans son regard quelque chose qui le terrifia. Il n'était plus seulement en colère. Il n'était plus seulement stressé. Il y avait une rage évidente qui ne demandait qu'à être exprimée. Une rage tournée contre Dean. Le jeune prostitué se leva aussitôt, prêt à fuir, mais Rick se posta devant lui pour l'empêcher de prendre la fuite. Il était plus grand que Dean et bien plus musclé. Il n'aurait aucun mal à le dominer s'il le souhaitait. Le jeune prostitué attrapa alors son téléphone dans sa poche.

- Recule ou j'appellerais Castiel. Souviens-toi de ce qu'il a dit. Si tu tentes quoi que ce soit, il préviendra Ellen. Tu ne me reverras plus jamais. Je suis prêt à oublier ce que tu as amené avec toi et à continuer de te voir, mais tu dois me laisser partir maintenant.

Dean avait dit cela uniquement pour tenter de le calmer. Il n'avait absolument pas l'intention de le garder comme client. Pas maintenant qu'il avait vu quel genre d'homme il était. Il devait toutefois le garder pour lui jusqu'à avoir réussi à prendre la fuite.

Comme Rick ne bougeait pas, il déverrouilla son téléphone et chercha le numéro de Castiel. Il n'eut toutefois pas le temps de le composer. Son client lui attrapa le poignet, lui arrachant un petit cri de surprise et de douleur avant de le secouer jusqu'à lui faire lâcher son portable. Dean tenta alors de se débattre, mais Rick lui asséna un violent coup de poing au visage. Dean tomba en arrière sous l'impact et atterrit sur le lit. Il recula, mais son client l'attrapa par la cheville et prit position au-dessus de lui. Il utilisa sa main libre pour fouiller dans son sac.

- À l'aide, cria alors Dean par désespoir.

Il doutait que Castiel ait attendu dans le couloir, mais il pouvait y avoir quelqu'un d'autre pour l'entendre. Il avait besoin d'aide. Il pouvait sentir qu'il n'aurait jamais le dessus si personne n'intervenait.

- Ferme là! cria Rick.

Il pressa ensuite un bâillon contre sa bouche. Il était composé d'une boule en plastique et d'un collier en cuir destiné à la faire tenir en place. Dean refusait qu'on utilise quelque chose de ce genre sur lui, mais Rick continua d'appuyer contre sa bouche et il n'avait pas d'autre choix que de le laisser faire. S'il résistait, son client finirait par lui casser les dents.

Il continua toutefois de se débattre en agitant les jambes et les bras. Il sentit Rick attacher le collier à l'arrière de son crâne, l'empêchant ainsi de crier. Il était sans défense. Il était à la merci de ce monstre et c'était lui qui avait demandé à Castiel de partir. Tout était entièrement de sa faute.

- Maintenant, tu vas te calmer et me laisser faire. Si tu continues de te débattre, je te ferais mal. Je te ferais saigner.

Dean pouvait sentir les larmes couler de ses yeux à ses tempes. Il savait que Rick ne plaisantait pas. C'était évident. Il le lisait dans ses yeux. Il ne pouvait rien faire. Résister était finalement plus dangereux que de se laisser faire. Tout serait vite terminé s'il cédait.

Il cessa de se débattre. Rick en profita pour commencer à lui retirer ses vêtements. Il le fit rapidement et avec violence. Dean savait parfaitement ce qui l'attendait maintenant. Son client allait utiliser tout l'arsenal que son sac contenait et le jeune prostitué ne pourrait rien faire pour l'en empêcher. Il avait commis l'erreur de ne pas suivre son intuition et celle de Castiel. Il le payait à présent au prix fort. Il ferma les yeux alors que Rick attachait ses pieds avec de la corde. Il ne se débattit pas plus quand il attacha également ses mains. Il garda les yeux fermés et songea à Castiel. Il espérait que le jeune chauffeur ne s'en voudrait pas trop en apprenant ce qui était arrivé. Il n'était coupable de rien après tout.


À peu de choses près, Castiel vivait la journée idéale. Quand il avait accepté ce travail, il avait rêvé que cela se passe ainsi. Dean était de bonne humeur. Il parlait sans avoir l'air de peser chacun de ses mots et sans chercher à déstabiliser Castiel ou à la pousser à bout. Ils riaient comme deux amis qui se connaissaient depuis longtemps.

Quelque chose avait clairement changé le matin même. Castiel n'y aurait pas cru si on le lui avait dit la veille. Il était arrivé chez Dean, furieux et déterminé à le lui dire. Il avait besoin de mettre les choses au clair avec lui. De crever l'abcès. Il avait alors été convaincu que la situation terminerait mal pour eux deux. Qu'ils allaient franchir le point de non-retour, mais Dean l'avait surpris. Il avait été réceptif à ses critiques. Il les avait acceptés. Il s'était même excusé de lui avoir fait du mal. Rien ne s'était passé comme Castiel l'avait envisagé. C'était un miracle et le jeune chauffeur ne comptait pas bouder son plaisir. Il avait enfin la certitude que tout pourrait aller entre Dean et lui. Qu'ils pourraient devenir amis. Peu importait qu'il ait envie de plus. Peu importait qu'il commence à ressentir des choses perturbantes pour le jeune prostitué. Il ne voulait pas y prêter attention.

Bien sûr, il ne put s'empêcher d'être un peu jaloux quand il laissa Dean avec son premier client. Il pouvait sentir que le jeune prostitué l'appréciait. Qu'il avait envie de passer un peu de temps avec lui. Castiel aurait aimé avoir le même effet sur lui, mais il ne devait pas accepter que cela arrive. Il devait accepter que Dean soit enthousiaste à l'idée de passer deux heures à coucher avec un autre homme. C'était son métier après tout. Castiel était content pour lui si tout se passait bien.

Il l'attendit en tentant d'ignorer cette jalousie qui montait doucement en lui. Elle ne disparut pas, bien au contraire, quand Dean revint visiblement satisfait. Il le laissa le charrier quelques secondes en racontant qu'il avait eu deux orgasmes. Il aurait aimé ne rien savoir, mais Dean était de bonne humeur et il était évident qu'il ne faisait pas ça pour l'énerver. Il le laissa donc faire quelques secondes. Heureusement pour lui, le jeune prostitué dut sentir qu'il exagérait puisqu'il cessa de lui-même en jurant qu'il ne recommencerait pas.

Le deuxième client n'était pas vraiment différent du premier. Il semblait tout aussi content d'avoir Dean pour lui durant deux heures. Il n'était absolument pas dérangé par la présence de Castiel au début du rendez-vous. Ils échangèrent quelques mots puis le jeune chauffeur quitta la chambre et les laissa seuls.

Une nouvelle fois, il dut faire un effort pour ne pas laisser sa jalousie prendre le dessus. Il ne devait surtout pas oublier qu'ils s'étaient promis de faire des efforts. De ne rien faire pour venir gâcher ce qui promettait d'être une belle amitié. Castiel ne devait pas non plus oublier que Dean ne faisait rien de plus que son métier. Ce pour quoi il était payé. Il n'était pas avec cet homme par choix. Il était là parce qu'il avait signé un contrat. Cela faisait toute la différence.

Tout aurait pu être parfait si le troisième client de Dean n'avait pas donné la sensation à Castiel qu'il était trop nerveux et trop en colère pour être lucide. Il agressa Castiel dès son arrivée, l'accusant d'être là pour le surveiller et lui faire subir un interrogatoire. Il fut tenté de l'envoyer se faire voir. D'annuler son rendez-vous avec Dean. De forcer le jeune prostitué à quitter la chambre avec lui.

Il l'aurait fait sans doute si Dean ne lui avait pas assuré que tout se passerait bien. Il avait envie de lui faire confiance. Il connaissait bien mieux son client que Castiel. S'il était réellement sûr de ne pas être en danger avec lui, le jeune chauffeur n'avait pas le droit de le contredire. Il ne faisait pas ce métier depuis suffisamment longtemps pour savoir doser ses réactions. L'homme ne paraissait pas sous l'emprise de l'alcool ou de la drogue. Il était juste contrarié d'avoir dû repousser le rendez-vous et stressé par la présence d'un inconnu. Castiel allait devoir s'en remettre à l'avis de Dean sur ce coup.

Il quitta finalement la chambre à contrecœur. Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il commettait une erreur. Dean avait semblé plutôt sûr de lui, mais Ellen l'avait engagé justement parce que le jeune prostitué avait tendance à trop faire confiance à ses clients. Il aurait peut-être dû suivre son propre instinct plutôt que d'écouter celui de Dean. C'était peut-être une erreur et elle risquait de leur coûter cher.

Il ne voulait toutefois pas contredire Dean et lui donner la sensation qu'il n'avait pas confiance dans son jugement. Les choses s'étaient enfin arrangées entre eux. Ils étaient parvenus à un accord et ils voulaient faire en sorte que cela fonctionne. Castiel ne pouvait pas tout gâcher aussi rapidement. Peut-être était-ce seulement sa jalousie qui parlait. Peut-être n'était-il pas lucide justement parce qu'il aurait aimé que Dean reste avec lui plutôt que de passer deux heures à coucher avec un homme qui ne le méritait pas.

Castiel était perdu. Il ne pouvait pas ignorer le mauvais pressentiment qu'il avait. Il ne pouvait pas rester deux heures à s'inquiéter sans perdre complètement la tête.

Il sortit donc son téléphone et sans réellement s'en rendre compte, il composa le numéro d'Ellen. Ce ne fut que lorsqu'elle décrocha qu'il réalisa qu'il l'avait appelé. Il ne raccrocha toutefois pas. Il avait besoin de son avis sur la marche à suivre. Il avait besoin de s'entendre dire que sa réaction était exagérée et qu'il devait avoir confiance à Dean. Il avait besoin qu'on lui dise qu'il avait eu raison de quitter la chambre.

- Castiel?

Le jeune chauffeur se laissa tomber sur le canapé dans le hall en soupirant.

- Dean est avec son dernier client de la journée et il m'a prévenu ce matin qu'il risquait de ne pas être très content de me voir, mais je… il paraissait… il était stressé et nerveux, oui, mais il semblait également en colère et je… je suis parti parce que Dean semblait sûr qu'il ne risquait rien.

- Dean est toujours convaincu qu'il ne risque rien. Ce n'est pas une garantie. Qu'est-ce que ton instinct te dit?

Castiel soupira longuement. Il n'était vraiment pas sûr que c'était uniquement son instinct qui était aux commandes. Il avait peur que sa jalousie ait également son rôle dans ce qu'il ressentait. Il ne savait définitivement pas quoi faire.

- J'ai un mauvais pressentiment. Je… il n'était pas alcoolisé ou drogué. J'en suis sûr. Il paraissait lucide, mais juste… énervé et… j'ai l'impression qu'il pourrait passer sa colère sur Dean. Je ne suis sûr de rien et j'ai envie de croire que Dean sait ce qu'il fait, mais vous m'avez engagé pour veiller sur lui et…

- Castiel, écoute-moi. Je me fiche de ce que Dean pense. Je me fiche de ce qu'il croit savoir. Si tu me dis que tu as un mauvais pressentiment alors je vais te demander d'aller le chercher maintenant. Peu importe que tu aies raison ou non. Je ne veux pas qu'il reste avec quelqu'un qui pourrait représenter un risque pour lui.

Castiel ne le voulait pas non plus, mais il savait que le jeune prostitué n'allait certainement pas apprécier son intervention. Il lui reprocherait de ne pas lui avoir fait confiance. Il serait en colère contre lui et tout serait alors gâché. C'était ce dont il avait le plus peur.

- Il va être furieux. Si je les interromps alors que tout va bien, il ne me le pardonnera pas. Il commence seulement à m'accepter et je n'ai pas envie de tout gâcher en refusant de lui faire confiance.

- Tu lui diras que c'est un ordre de ma part. Tu lui diras que s'il doit crier sur quelqu'un alors il n'a qu'à crier sur moi. Va le chercher maintenant. J'ai confiance en toi. Je sais que tu ne m'as pas appelé par hasard. Tu es inquiet pour lui et je le suis aussi maintenant. Depuis combien de temps est-il seul avec lui?

Castiel jeta un coup d'œil à sa montre. Il avait la sensation qu'une éternité s'était écoulée depuis son départ, mais cela en faisait finalement que très peu temps.

- Un petit quart d'heure.

- C'est déjà trop. Fonce et appelle-moi quand tu l'auras récupéré.

Castiel pouvait sentir qu'il s'agissait là d'un ordre. Il était content qu'Ellen ait pris le contrôle de la situation. Il avait besoin qu'on lui dise quoi faire. Il était trop inquiet et trop perdu pour prendre ses propres décisions.

Il se leva du canapé et sans rien ajouter, il raccrocha au nez d'Ellen. Il ne perdit pas de temps à attendre l'ascenseur et grimpa au dernier étage en empruntant les escaliers. Il les monta en courant et était essoufflé quand il parvint enfin au bon étage.

Il allait s'arrêter pour reprendre son souffle, mais dès qu'il s'approcha de la porte de la chambre, il entendit un cri étouffé qui lui glaça le sang. Cela ne pouvait venir que de Dean. Il n'y avait que la suite que son client avait réservée à cet étage.

Il fonça en direction de la porte de la chambre. Comme Ellen le demandait à chaque fois, il avait heureusement sur lui un double de la clef. C'était une des choses sur lesquelles elle avait le plus insisté. Dean pourrait ne pas être en mesure de lui ouvrir s'il était retenu ou ligoté. Castiel devait pouvoir le rejoindre sans avoir à demander une clef à la réception.

Il l'utilisa d'une main qui tremblait et poussa finalement la porte violemment. Ses yeux se posèrent aussitôt sur la scène d'horreur qui était en train de se dérouler sur le lit. Il sentit aussitôt la rage l'envahir.

Rick avait attaché Dean aux quatre coins du lit. Il l'avait déshabillé et avait jeté ses vêtements au sol sans ménagement. Il était installé sur lui, nu également et semblait prêt à le violer. Dean tentait vainement de crier, mais un bâillon l'en empêchait. Castiel était arrivé juste à temps.

Il avait su qu'il pourrait être confronté à ce type de situation dès qu'il avait accepté ce travail, mais il n'était pas formé pour. Il n'avait jamais suivi de cours d'autodéfense. Il n'avait jamais pratiqué de sport de combat. Il ne s'était jamais battu de sa vie. Il savait qu'il n'avait probablement aucune chance contre Rick. Il était plus grand et plus fort que lui, mais Dean était en danger et la rage qu'il ressentait serait probablement sa meilleure arme.

Il fonça sur Rick qui ne semblait pas l'avoir entendu entrer. Il ne perdit pas de temps à réfléchir et lui sauta dessus pour le dégager du jeune prostitué. Ils tombèrent tous les deux du lit, Dean criant probablement son nom malgré le bâillon entre ses lèvres.

Castiel profita de l'effet de surprise pour tirer Rick aussi loin qu'il le put. Il le frappa ensuite au visage puis recula en brandissant son téléphone. Il espérait réussir à le faire partir sans avoir à le dégager de force.

- Vous avez exactement une minute pour quitter cette chambre avant que j'appelle la police. Ellen est au courant de ce qui se passe et si elle ne reçoit pas de mes nouvelles d'ici quelques minutes, elle s'en chargera. Alors, inutile de tenter de me prendre mon téléphone, ça ne changera strictement rien. Vous allez vous rhabiller et partir. Si vous coopérez, nous ne préviendrons personne. Nous ne vous dénoncerons pas. Je sais que vous tenez à votre carrière alors ne jouez pas les idiots et prenez la bonne décision.

Rick avait une main contre sa joue. Visiblement, Castiel l'avait frappé suffisamment fort pour qu'il ait mal. Il était plutôt fier de lui. Il le regarda se relever lentement. Il n'était pas sûr que sa petite tirade allait suffire. Il se tint donc prêt à contre-attaquer au cas où.

Heureusement pour lui, Rick semblait tenir plus à sa carrière qu'à ce qu'il avait voulu faire à Dean. Il recula finalement et ramassa ses vêtements.

- Il n'en vaut pas la peine de toute façon. Ce n'est qu'une pute comme il y en a des dizaines. Je n'aurais aucun mal à trouver quelqu'un d'autre.

Castiel ne supportait pas de l'entendre parler ainsi de Dean, mais il choisit de ne rien dire. Rick semblait prêt à partir et le jeune chauffeur ne voulait surtout pas perdre une seconde de plus à lui dire tout ce qu'il pensait de lui. Il ne le quitta pas des yeux pendant qu'il se rhabillait même s'il était convaincu que Dean avait besoin de lui. Il ne reporta son attention sur le jeune prostitué que lorsque Rick eut quitté la chambre.

- Dean… oh! mon Dieu, je… je suis tellement désolé. Je n'aurais pas du… attends, je vais te libérer.

Il avait le cœur qui battait la chamade dans sa poitrine et l'adrénaline qui continuait d'affluer dans ses veines. Il était conscient d'avoir évité le pire. S'il avait hésité avant d'appeler Ellen, ce monstre aurait violé le jeune homme. Il aurait même peut-être pu faire pire. Castiel ne devait toutefois pas y penser pour le moment.

Il détacha les pieds puis les mains du jeune homme avant de lui soulever la tête pour défaire la boucle qui retenait le bâillon dans sa bouche. Il le jeta aussi loin de lui qu'il le put avant de se mettre à genoux sur le lit. Dean tremblait alors que les larmes débordaient de ses yeux. Il était visiblement sous le choc de ce qui venait de lui arriver.

- Dean, c'est fini. Je suis là et tu es en sécurité, mais j'ai besoin que tu me dises si tu vas bien… ou si tu as mal quelque part. Est-ce qu'il t'a… est-ce qu'il a eu le temps de…

Castiel ne parvenait pas à poser la question qu'il devait pourtant poser. La réponse déterminerait la suite des opérations. Si Dean était blessé, il devait absolument le conduire à l'hôpital. Si toutefois, il n'avait rien de grave, il pourrait se contenter de le reconduire chez lui. Cependant, il devait savoir si le jeune prostitué allait bien.

- Cas… je… il n'a pas eu le temps de… il ne m'a pas violé. Tu es arrivé à temps. Il m'a juste… il m'a frappé une fois, mais je vais bien. Je… je ne suis pas blessé.

Castiel laissa alors échapper un long soupire de soulagement. Il avait évité le pire, mais cela s'était joué à quelques secondes seulement. Le jeune chauffeur savait qu'il avait commis une erreur. Elle n'avait pas eu de conséquences trop dramatiques, mais il ne devait surtout jamais la reproduire.

- Est-ce que tu peux… est-ce que tu peux me donner mes vêtements? demanda alors Dean, tirant Castiel de ses songes.

Il fronça les sourcils avant de réaliser à nouveau que le jeune homme était effectivement entièrement nu. Il était probablement gêné et, parce qu'il était toujours sous le choc, il avait probablement froid. Castiel manquait à tous ses devoirs. Il se leva en un bond et ramassa rapidement les vêtements de Dean sur le sol. Il l'aida à enfiler sa chemise puis lui tendit son boxer. Le jeune prostitué avait visiblement quelques difficultés à le remettre seul. Castiel sentit son cœur se briser dans sa poitrine. Il avait la sensation de l'avoir abandonné. Peu importait que Dean lui ait donné son feu vert pour partir, il n'aurait jamais dû l'écouter.

- Laisse-moi t'aider, souffla-t-il.

Dean le dévisagea une seconde avant de hocher la tête. Castiel l'aida alors à remonter son boxer le long de ses jambes. Il garda ses yeux sur son torse pour ne pas donner l'impression qu'il en profitait. Ce n'était pas le cas d'ailleurs. Le sexe était la dernière chose à laquelle il pensait à cet instant précis.

Dean semblait totalement épuisé quand il eut enfin remis son pantalon. Il se laissa tomber sur le dos et prit quelques secondes pour essuyer les larmes sur ses joues. Castiel ne savait pas vraiment ce dont il pouvait avoir besoin dans ces circonstances. Il avait envie de le prendre dans ses bras pour le rassurer, mais il n'était pas sûr que le jeune prostitué soit prêt à le laisser faire.

- Je suis désolé. Je n'aurais jamais dû te laisser seul avec ce monstre, déclara-t-il finalement.

Dean retira ses mains de ses joues et le regarda en silence durant un moment. Il se redressa ensuite péniblement jusqu'à être assis et fit signe au jeune chauffeur de prendre place à côté de lui.

- Non, Cas, ce n'est pas de ta faute. C'est moi qui aurais dû… tu ne voulais pas me laisser et j'ai insisté. Je sentais que quelque chose clochait, mais j'avais besoin de me prouver… je ne sais même pas ce que j'avais en tête… Dans tous les cas, tu n'es responsable de rien. Tu m'as sauvé et… merci d'être intervenu. Merci de ne pas m'avoir écouté.

Castiel sourit en entendant le jeune prostitué raccourcir ainsi son prénom. Il aimait le son de surnom dans sa bouche. Il ne s'attarda toutefois pas sur cette pensée. Il s'autoriserait à y repenser plus autre. Pour le moment, il devait avant tout penser à Dean. Il estimait ne pas vraiment mériter que le jeune prostitué le remercie.

- Tu devrais remercier Ellen. C'est elle qui m'a ordonné de monter.

- Mais tu l'as appelé et franchement, dans ces circonstances, c'était la meilleure chose à faire. Si tu ne l'avais pas fait, Rick… il m'aurait… violé et peut-être pire encore… et je sais ce que je te dois. Alors, accepte mes remerciements.

Castiel hocha la tête. Il était évident qu'il ne servait à rien de protester. Dean était trop têtu pour se laisser faire.

- On devrait aller… je pense qu'Ellen va exiger qu'on passe la voir pour faire le point. On doit lui dire ce qu'il t'a fait pour qu'elle sache quoi faire ensuite. Je…

Dean colla sa main contre sa bouche pour le faire taire. Castiel savait qu'il parlait trop. Il le faisait toujours quand il était stressé, nerveux ou sous le choc. Il fut soulagé que le jeune prostitué prenne l'initiative de le faire taire.

- On ira la voir, mais j'ai besoin de quelques minutes pour retrouver mes esprits et… je sais que je t'en demande sans doute trop, mais est-ce que tu accepterais de… de me… de me prendre dans tes bras quelques minutes?

Castiel en rêvait. Il en avait eu envie dès qu'il avait lu la détresse sur le visage du jeune prostitué, mais il n'avait pas osé toucher Dean sans qu'il le lui ait demandé. Ce qu'il venait de faire. Castiel ouvrit aussitôt ses bras et ne fut pas vraiment surpris quand le jeune prostitué vint s'y blottir sans hésiter une seconde.

- Merci, Cas, souffla Dean contre son torse.

Une nouvelle fois, Castiel avait envie de protester. Envie de lui dire qu'il n'avait aucune raison de le remercier, mais il choisit de rester silencieux. Dean n'avait pas besoin de l'entendre parler à nouveau. Il avait besoin de réconfort. Besoin que quelqu'un le sert contre lui sans autre intention que celle de le rassurer. Il avait besoin d'un ami à cet instant précis et c'était exactement ce que Castiel comptait être pour lui.

Il l'embrassa sur le sommet du crâne sans vraiment réfléchir. Il n'était pas vraiment sûr de la façon dont il devait se comporter. Il agissait à l'instinct. Dean sembla toutefois apprécier puisqu'il se blottit un peu plus fortement contre lui. Castiel referma ses bras dans son dos et appuya sa tempe contre son crâne. C'était parfait et c'était quelque chose que le jeune chauffeur ne pensait pas vivre un jour avec Dean. Il avait envisagé tous les scénarios. D'un baiser au sexe le plus sauvage qui soit. Il avait imaginé des disputes, mais jamais il ne s'était imaginé serrant Dean dans ses bras pour le réconforter. Il était toutefois content que le jeune prostitué ait suffisamment confiance en lui pour le lui avoir demandé. C'était une preuve de plus que les choses avaient changé entre eux. Qu'ils étaient sur la bonne voie pour devenir amis. Castiel espérait juste maintenant qu'Ellen ne serait pas trop furieuse après lui en apprenant ce qui était arrivé. Qu'elle ne le renverrait pas aussitôt après avoir entendu toute l'histoire de la bouche de Dean. Il espérait conserver son travail. On apprenait de ses erreurs après tout. Il ne se laisserait plus avoir. Il serait plus vigilant. Plus performant. Plus efficace. Si seulement on lui en laissait la chance bien sûr. Il chassa toutefois toutes ces idées et ses inquiétudes de sa tête et se concentra sur Dean qu'il tenait toujours dans ses bras. C'était la seule chose qui comptait pour le moment.