Bonjour,

Pour commencer, je vous souhaite à tous une très bonne année 2020 en espérant qu'elle vous apportera tout ce que vous souhaitez. J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes et bien profité de vos proches.

Je sais ... je n'ai pas publié comme promis le lundi 23 et je n'ai pas publié hier non plus. Pour le 23, je n'ai pas vraiment d'excuses. J'étais juste super occupée et ça m'ait sorti de la tête.

Pour hier en revanche ... sans m'étaler, disons que quelqu'un de proche de moi est décédé le 30 décembre et depuis, j'ai eu un peu de mal à penser à autre chose. Mais me voilà de retour au travail et donc de retour à la publication.

Ce chapitre n'a pas été relu et corrigé donc j'espère que vous me pardonnerez les erreurs que vous y trouverez.

Merci de continuer à me lire.

Encore une fois bonne année !

Sydney8201

Musique du chapitre :

Shout de Tears for Fears

Chapitre 12 : Remerciements

« La vraie justice, c'est peut être ça : être capable de dire merci à ceux qui vous ont fait du bien et de ne pas lécher la main de ceux qui vous ont nui. »

Bernard Weber

Dean était toujours sous le choc de ce quoi il avait échappé et de ce qu'il avait subi. Il savait qu'il avait eu de la chance. Il aurait pu vivre bien pire sans l'intervention de Castiel. Il l'avait lu dans le regard de Rick. Il n'aurait jamais réussi à s'arrêter. Il aurait été jusqu'au bout. Il aurait violé Dean sans se soucier des conséquences. Il l'aurait probablement battu avec les « jouets » qu'il avait apporté avec lui. Il l'aurait fait saigner. Lui aurait du mal et l'aurait peut être tué après un moment. Dean ne l'avait jamais vu dans un tel état de rage. Il avait lu la folie dans son regard. Quelque chose qu'il ne croyait plus jamais voir dirigé contre lui après Alastair.

Car c'était le même regard que son ancien client avait posé sur lui le jour où tout avait basculé. La même haine et la même rage qui l'animait alors. Dean pensait savoir reconnaître les signes. Il s'était promis de savoir les lire pour s'épargner de nouvelles souffrances. Il avait eu tort. Ce qui venait de se passer, ce qui avait manqué d'arriver était la preuve qu'il avait besoin de quelqu'un pour veiller sur lui. Qu'il avait besoin de Castiel pour voler à son secours parfois.

Il aurait pu céder à la panique qui continuait de brûler à l'intérieur de lui. Il aurait pu faire une crise d'angoisse même après la fuite de Rick. Il se sentait à la limite de ce qu'il pouvait endurer sans craquer. Mais il ne céda pas. Pas parce qu'il refusait de se montrer faible ou vulnérable devant Castiel. Il savait qu'il ne serait pas jugé. Non. Il le faisait parce qu'il pouvait sentir que le jeune chauffeur avait besoin qu'il soit fort pour lui. Et Dean voulait lui donner ce dont il avait besoin.

Il sentait sa peur, sa culpabilité et sa colère contre lui-même et contre Rick. Il voyait combien ce qui s'était passé l'avait bouleversé. C'était sans doute la première fois qu'il était confronté à une telle situation. La première fois qu'il voyait de ses propres yeux ce dont un être humain était capable. Et c'était quelque chose qu'il avait du mal à accepter. Dean devait l'aider à y parvenir.

Il oublia donc sa propre panique et sa propre angoisse. Il se blottit contre Castiel autant pour se rassurer lui que pour faire sentir au jeune chauffeur qu'il était là. Qu'il était sain et sauf. Qu'il lui avait bel et bien sauvé la vie. Ils restèrent de longues secondes en silence et Dean s'assura que Castiel pouvait sentir son cœur battre contre son flanc. Qu'il pouvait sentir sa respiration dans son cou. Il savait que c'était la seule chose dont le jeune chauffeur avait besoin.

Quand ils se séparèrent, Dean était toujours bouleversé et il était évident que Castiel n'était pas encore complètement remis de ses émotions. Il pouvait également sentir que le silence n'aida pas le jeune chauffeur à reprendre le dessus. Dean devait agir.

Il attendit toutefois qu'ils aient quitté la chambre et rejoint la voiture pour parler. Il n'avait pas forcément très envie de le faire mais puisque Castiel en avait besoin, il prit sur lui et fit un effort.

Il parla de tout et de rien. Ce qu'il disait n'avait peut être aucun sens. Cela semblait embrouillé et confus à ses oreilles. Mais Castiel l'écoutait. Il buvait ses paroles. Il reprenait des couleurs. Il semblait enfin sortir de son état de panique. Il en faudrait plus pour qu'il aille vraiment mieux. Pour qu'il oublie ce qui venait de se passer. Dean se promit d'être là à chaque étape. De faire son maximum pour que Castiel reprenne le dessus rapidement.

Il continua de parler. Il ne savait même plus vraiment ce qu'il disait. Il évoqua Sam. Ses études. Son avenir. Il parla rapidement de Bobby. Il décrivit certains des meilleurs moments de son enfance. Il ne se taisait que pour reprendre son souffle. Il ne laissait toutefois jamais le silence durer trop longtemps. Peu importait ce qu'il disait. L'essentiel était que Castiel l'entende. Il en avait besoin pour réellement assimilé le fait que Dean allait bien. Qu'il n'était pas blessé. Qu'il n'était pas trop bouleversé.

Peu importait que le jeune prostitué le soit. Il était presque sûr qu'il ne faisait que gagner du temps. Reculer pour mieux sauter. Retarder l'échéance. Il finirait par craquer à un moment ou à un autre. Il pouvait sentir la panique et l'angoisse prendre un peu de recul à l'intérieur de lui. Elles attendaient juste leur tour. Et quand il finirait par leur laisser le champ libre, ce ne serait probablement pas beau à voir. Il espérait juste que cela arrive quand il serait seul chez lui. Là où personne ne pourrait le voir sangloter pendant des heures.

Pour le moment, il avait une mission et elle l'aidait à garder les idées aussi claires que possible. Il garda un œil sur Castiel et fut soulagé de voir qu'il avait le regard un peu moins voilé et sombre. Il ne souriait pas même quand Dean tentait de plaisanter. Il était toutefois attentif. C'était une première bonne nouvelle.

Dean était en train d'évoquer sa dernière année de lycée quand ils arrivèrent enfin devant l'immeuble où Ellen avait son bureau. Il sentit Castiel se tendre à nouveau dès que le moteur fut coupé. Ce n'était pas la même réaction que celle qu'il avait eu dans la chambre d'hôtel. Il paraissait toutefois nerveux. Dean n'était pas tout à fait sûr de savoir pourquoi. Il ne voulait pas lui poser la question. Il était convaincu qu'il n'était pas encore prêt à lui répondre.

Il lui dit donc signe de le suivre puis, parce qu'il pouvait sentir qu'il en avait besoin, il saisit la main de Castiel et la serra dans la sienne. Il ne la lâcha pas quand ils furent arrivés. Il salua Kevin d'un geste de sa main libre puis conduisit le jeune chauffeur jusqu'à la salle d'attente. Il l'invita à s'asseoir et prit place à côté de lui, toujours sans le lâcher.

Ils n'étaient là que depuis quelques secondes quand Ellen ouvrit la porte de son bureau. Elle semblait complètement paniquée mais soulagée de le voir là. De le voir entier. Dean leva les yeux vers elle et lui sourit. Il savait qu'elle avait du se faire énormément de soucis pour elle. Il savait qu'elle avait du angoisser depuis le coup de fil de Castiel jusqu'à leur arrivée ici. Il s'en voulait de l'avoir bouleversé ainsi. Mais il n'avait pas vraiment le temps de se soucier d'elle. Il préférait se concentrer sur Castiel pour le moment.

- Dean, est-ce que ça va ? demanda t-elle alors.

Le jeune prostitué hocha la tête. Il allait bien physiquement. Il avait un peu mal aux poignets et aux chevilles et il était presque sûr qu'il aurait mal à la mâchoire demain. Mais il n'avait que des bleus et un léger hématome sur la joue. Rien de grave. Il avait connu pire.

- Je vais bien, assura t-il sans lâcher la main de Castiel.

Ellen regarda leurs mains jointes puis croisa ses bras sur sa poitrine.

- J'aimerais te parler seul quelques minutes. Castiel, est-ce que tu peux nous attendre ici pendant qu'on discute ?

Dean n'aimait pas l'idée de le laisser seul. Pas même pour quelques secondes. Il était presque sûr que Castiel allait paniquer dès que Dean serait parti. Mais il était toutefois convaincu qu'Ellen refuserait de les voir tous les deux ensemble. Elle voulait parler au jeune prostitué seul à seul. C'était un ordre.

- Je … je ne sais pas si … commença Castiel visiblement toujours confus.

Dean se tourna alors vers lui et posa sa main libre sur sa joue. Il pouvait sentir qu'il tremblait.

- Tout ira bien. Je suis en sécurité ici. Je serais avec Ellen. Je ne risque plus rien. Et ce n'est que l'affaire de quelques minutes d'accord ? Je te promets de revenir aussi rapidement que possible.

Castiel le dévisagea une seconde. Il était évident qu'il avait compris ce que Dean disait mais son cerveau semblait fonctionner au ralenti. Il ne parvenait pas à prendre de décision. Le jeune prostitué déposa alors un baiser sur son front avant de se lever sans le quitter des yeux.

- Je vais revenir d'accord. Kevin est là si tu as besoin de quoi que ce soit.

Castiel fronça les sourcils avant d'hocher la tête. Il semblait aux bords des larmes et Dean avait le cœur brisé en voyant la tristesse sur son visage. Il ne pouvait toutefois pas dire « non » à Ellen. Elle avait visiblement besoin de lui dire quelque chose. Et il lui devait une explication.

Il finit par lâcher la main de Castiel et par suivre Ellen dans son bureau. Il prit place sur le canapé alors que sa patronne refermait la porte doucement derrière eux.

- Je vais faire vite parce qu'il est évident que tu veux être avec lui et pas avec moi. Mais j'ai besoin de quelques réponses. Alors je vais être directe. Est-ce que Rick t'a violé ?

Si Castiel n'avait pas réussi à poser la question, Ellen ne semblait pas gênée de le faire. Dean savait toutefois qu'ne réponse positive l'aurait détruite. Elle était solide et paraissait insensible mais elle aimait Dean comme un fils. Elle n'aurait pas supporté d'apprendre une telle nouvelle.

- Il n'en a pas eu le temps. Il l'aurait fait, j'en suis convaincu. Mais Castiel est arrivé à temps.

Ellen prit place en face de lui. Elle ne semblait toujours pas convaincu. Dean pouvait comprendre pourquoi. Il avait toujours eu tendance à minimiser les choses qui lui arrivaient. Il ne voulait surtout pas inquiéter ses proches.

- Dean, je ne demande qu'à te croire mais je te connais et je sais que tu as parfois du mal à admettre ce genre de choses … alors ma deuxième question sera la suivante … est-ce que tu me le dirais si toutefois il t'avait violé ? Est-ce que tu me l'avouerais ou est-ce que tu chercherais à me protéger ?

Dean soupira, légèrement agacé qu'elle doute de lui, avant de la regarder droit dans les yeux.

- Je te le dirais oui. Et je te promets qu'il n'a pas eu le temps de me violer. J'étais sans défense et je crois que j'aurais laissé faire. Pas parce que j'estimais le mériter mais uniquement parce que je n'avais pas d'autres options. Parce que je savais qu'en refusant, qu'en me débattant, je l'aurais énervé plus encore qu'il ne l'était déjà. Et il m'aurait fait du mal. Plus que ce qu'il avait prévu dès le début.

Ellen hocha la tête, acceptant finalement sa réponse. Dean se passa une main sur le visage. Elle tremblait et il pria pour qu'Ellen ne le voit pas. Il ne voulait pas qu'elle réalise combien il était toujours bouleversé.

- Je sais que j'ai échappé au pire Ellen. Je ne suis pas stupide. Et je sais que j'ai eu de la chance. Il y a toutefois une chose importante à savoir … c'est que Castiel n'est pas responsable de ce qui est arrivé. Bien au contraire. Il est arrivé à temps. Je ne sais pas ce qu'il a pu te dire au téléphone mais il n'est absolument pas coupable de ce qui m'est arrivé.

Il n'avait pas pour habitude de défendre ainsi des gens qu'il ne connaissait que depuis quelques jours. Il ressentait toutefois le besoin de protéger Castiel. Il ne voulait surtout pas qu'Ellen puisse se faire une fausse idée sur ce qui était arrivé. Il était prêt à tout lui raconter dans les détails si c'était nécessaire.

- Tu n'as pas idée à quel point j'ai eu peur pour toi quand Castiel m'a appelé. J'ai imaginé le pire et j'étais … impuissante. Je ne pouvais rien faire depuis ce bureau. J'aurais voulu pouvoir être là.

Dean le savait. Il connaissait Ellen par cœur et il savait combien elle s'inquiétait pour lui au quotidien. Elle ne voulait pas le voir faire ce métier. Elle aurait préféré qu'il arrête et choisisse une autre carrière. Une où il n'aurait pas eu à vendre son corps. Mais elle savait qu'il n'en avait pas envie pour le moment. Alors elle lui avait offert de travailler pour elle. Parce qu'elle pouvait garder un œil sur lui à distance. Cela ne l'empêchait pas de s'inquiéter. Dean aurait aimé lui éviter tous ces problèmes. Il n'était toutefois pas prêt à arrêter de travailler pour autant.

- Et je crois que ce qui rend complètement dingue c'est de ne pas savoir exactement ce qu'il … ce qu'il t'a fait subir. Je ne sais pas si tu es prêt à en parler ou non mais quand tu le seras …

Dean lui fit alors signe de se taire en levant la main dans sa direction. Ellen s'interrompit aussitôt et le jeune prostitué en profita pour prendre la parole à son tour.

- Il voulait renégocier le contrat … il avait envie de plus. De m'attacher et d'utiliser des objets sur moi … un fouet, une sorte de cravache, un bâillon et … il voulait laisser des marques. Je lui ai dit que je ne renégocierais pas sans toi et que cela allait devoir attendre. Et quand j'ai vu ce qu'il avait apporté avec lui, j'ai tout de suite dit non. Il s'est alors mis en colère et … il m'a frappé quand j'ai voulu partir. Il m'a arraché le téléphone des mains et il m'a fait tomber sur le lit. Il m'a attaché les poignets et les chevilles. Il a mis un bâillon dans ma bouche pour m'empêcher de crier puis il m'a arraché mes vêtements. Il m'a dit que si je résistais, il me ferait du mal. Et je sais qu'il l'aurait fait. Je ne pouvais pas prendre ce risque. J'ai donc cessé de me débattre. Il m'a touché … il m'a … juste touché. Il allait me pénétrer quand Castiel est arrivé. C'est tout ce qu'i savoir.

Ellen déglutit avec peine. Il était évident qu'elle était furieuse. Pas contre Dean bien sûr. Mais contre Rick. Le jeune prostitué savait qu'elle serait capable de lui faire du mal … peut être même de le tuer si toutefois elle se trouvait en face de lui. Il était finalement préférable que Castiel ait été là à sa place.

- Je suis … contente n'est peut être pas le bon moment mais je suis soulagée. J'avais imaginé le pire et … enfin … je pense que tu t'en sors bien. Mais ça ne doit plus se reproduire Dean. Tu ne peux pas … je ne pourrais pas survivre à une autre frayeur comme celle-ci.

Le jeune prostitué le savait. Et il avait la solution. Elle ne venait pas de lui. Si cela n'avait d'ailleurs tenu qu'à lui, il ne l'aurait jamais envisagé. Mais une nouvelle fois, Sam et Ellen avaient été plus lucides que lui. Castiel était la solution à son problème. Il lui avait sauvé la vie et il le ferait à nouveau si c'était nécessaire. Dean savait qu'il avait besoin de lui à présent. Cette expérience douloureuse lui avait au moins permis d'en avoir la conviction.

- J'ai eu peur. Je n'aime pas avoir à l'admettre mais c'est vrai. J'ai eu peur. Je ne crois avoir un jour été aussi terrifié de ma vie. Et je n'ai pas envie que ça recommence. Je n'ai pas envie de reproduire les mêmes erreurs une troisième fois. Je vais … je veux que ça change. C'est pour ça que je sais aujourd'hui que j'ai besoin … j'ai besoin de Castiel. Il m'a sauvé la vie et je me sens … je me sens en sécurité avec lui.

Ellen sourit alors pour la première fois depuis qu'elle l'avait fait entrer dans son bureau. Elle avait toutes les raisons d'être contente.

- Il a su garder son sang-froid. Il n'a pas frappé Rick. Il n'a rien fait qui aurait pu le blesser et se retourner ensuite contre nous. Il a su trouver les bons mots … les arguments pour le faire partir. Il a été parfait. Et … peut être que tu penses qu'il aurait du refuser de me laisser seul avec lui mais … je lui ai assuré que tout irait bien. Je lui ai promis que je saurais gérer la situation. Il a juste fait l'erreur de me faire confiance. Il ne recommencera pas. Je peux te garantir qu'il a compris maintenant. Et une nouvelle fois, il m'a sauvé la vie alors … je ne pense pas qu'on puisse lui reprocher quoi que ce soit. Il a eu les bons réflexes. Il a pris la bonne décision. Il a fait ce pour quoi tu l'avais engagé.

Il aurait aimé qu'Ellen approuve ce qu'il disait. Qu'elle lui confirme que Castiel avait effectivement fait ce qu'il devait faire. Qu'elle lui en était reconnaissante. Qu'elle n'envisageait pas une seule seconde de le tenir responsable pour ce fiasco. Mais elle restait silencieuse et Dean commençait à craindre qu'elle choisisse de séparer de lui parce qu'il avait commis une simple erreur.

- Dean, je ne sais pas ce que tu imagines mais je n'ai pas l'intention de renvoyer Castiel. Bien au contraire. J'ai l'intention de le remercier de m'avoir appelé pour me faire part de ses doutes. Pour avoir pris la bonne décision et pour t'avoir sauvé la vie. Tu n'as pas à défendre sa cause. Je ne suis pas en colère contre lui. Je lui suis reconnaissante. Et je suis également soulagée de voir que tu as enfin compris pourquoi Sam et moi avons insisté pour que tu l'acceptes à tes côtés.

- Oh je … d'accord.

- Ce qui m'amène d'ailleurs à ma troisième et dernière question … est-ce que tu comptes en parler à ton frère ? Est-ce que tu vas lui dire ce qui est arrivé ? Je pense que ce serait préférable mais si tu souhaites ne rien lui dire alors sache que je ne le ferais pas dans ton dos. C'est à toi de voir si tu veux lui mentir ou non.

Ellen savait parfaitement que Dean ne voulait surtout plus jamais mentir à son frère. Lui parler de ce qui était arrivé ne serait pas simple. Sam allait probablement s'emporter. Mais c'était préférable. Il ne devait surtout pas y voir de secrets entre eux.

- Je lui dirais … ce soir sans doute. Je ne veux pas lui cacher quoi que ce soit. J'ai failli le perdre la dernière fois où j'ai commis une telle bêtise.

Ellen approuva son choix d'un mouvement de la tête. Dean prit alors une grande inspiration avant de jeter un coup d'œil à la porte de son bureau. Il ne pouvait pas voir Castiel mais il était presque sûr qu'il devait attendre son retour avec impatience. Qu'il devait se faire énormément de soucis pour lui. Il avait envie d'aller le retrouver. Il avait envie de le rassurer à nouveau.

- Est-ce qu'on pourrait … si tu m'as tout dit … j'aimerais assez que Castiel nous rejoigne. Il … ce qu'il a vu l'a bouleversé et il … il ne devrait pas rester seul pour le moment. Alors …

- Je vais le faire entrer. J'ai des choses à lui dire à lui aussi. Et je dois reconnaitre que je suis surprise de voir que tu … tu sembles plus préoccupé par son état mental que par le tien. C'est un signe que tu … disons que tu ne fais jamais ça avec qui que ce soit d'autre que les personnes qui te sont vraiment proches.

Dean savait tout ça. Il savait que sa réaction signifiait sans doute quelque chose d'important. Qu'il s'agissait là d'un indice important concernant la vraie nature de ses sentiments pour Castiel. Mais il ne voulait pas en parler pour le moment. Et surtout pas avec Ellen. Il était encore bouleversé et il avait avant tout besoin de repos. Il prendrait peut être le temps d'y réfléchir quand tout ce qui venait de se passer serait derrière lui pour de bon.

- Je … je l'aime bien, concéda t-il tout de même. Je pense qu'on pourrait être amis.

- Amis … oui, confirma Ellen.

Dean pouvait sentir qu'elle n'était pas dupe. Qu'elle se doutait que le jeune prostitué ressentait des choses plus fortes pour Castiel que de l'amitié. Mais elle ne le dit pas. Elle semblait avoir compris que ce n'était pas le bon moment. Dean lui en fut reconnaissant. Il finit par se lever du canapé et par se diriger vers la porte du bureau. Il était temps pour lui de retrouver Castiel. De mettre fin à la torture qu'il devait probablement vivre seul dans son coin. Il allait entendre Ellen le remercier et le féliciter. Cela l'aiderait sans doute à aller de l'avant. Dean, dans tous les cas, serait là pour y veiller.


Castiel était sous le choc. Il le savait. Il avait la sensation que son cerveau fonctionnait au ralenti et son corps ne paraissait plus vraiment vouloir lui obéir. Il n'avait jamais rien ressenti de semblable. Il ne s'était jamais retrouvé dans une telle situation avant. Il aurait pensé pouvoir se contrôler. Il avait toujours cru que dans un cas extrême comme celui-ci, il serait capable de prendre les bonnes décisions. De gérer son stress et de garder son calme. Qu'il serait celui qui rassurait plutôt que celui qui avait besoin d'être rassuré.

C'était pourtant tout l'inverse qui se produisait. Il pouvait sentir la panique toujours présente en lui. Il avait le cœur qui battait trop fort et trop vite. Les mains qui tremblaient. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser à tout ce qui aurait pu se passer s'il était arrivé quelques secondes plus tard. Il se sentait coupable. Il savait combien Dean avait du souffrir même s'il semblait ne pas vouloir le lui dire. Il était évident qu'il avait traversé l'enfer et même si cela aurait pu être bien pire, c'était déjà grave.

Castiel savait que Dean avait besoin de lui. Il était lui aussi sous le choc et probablement bouleversé par ce à quoi il avait échappé. Castiel aurait aimé pouvoir le rassurer. Trouver les bons mots pour l'aider à remonter la pente. A reprendre le dessus. Mais les rôles étaient inversés et Castiel ne parvenait pas à inverser la situation. Il était celui qu'on réconfortait. Celui pour qui on s'inquiétait. Il n'était pourtant pas la victime dans cette histoire.

Dean était resté blotti contre lui durant de longues secondes et Castiel savait qu'il le faisait aussi pour lui. Il ne protesta pas. Il se laissa faire. Il suivit le jeune homme jusqu'à la voiture et le laissa lui parler. Il ne l'interrompit pas. Le simple fait d'entendre sa voix l'aidait à assimiler doucement qu'il était là. Qu'il était en vie. Qu'il n'avait pas subi le pire. Castiel était arrivé à temps. A chaque fois qu'il tentait de se raccrocher à cette idée, elle lui échappait pourtant. Et d'autres venaient prendre sa place. Il avait commis une erreur. Il n'aurait jamais du laisser Dean seul. Il aurait dû insister pour annuler le rendez-vous. Il avait perdu de précieuses secondes à se demander si oui ou non, il devait retourner dans la chambre. Il avait eu besoin d'Ellen pour prendre la décision. Il était coupable. Il pouvait sentir qu'il aurait du mal à se le pardonner.

Il ne comprenait d'ailleurs pas comment Dean pouvait ne pas lui en vouloir. Bien sûr, c'était le jeune prostitué lui-même qui lui avait donné le feu vert pour sortir de la chambre. Mais Castiel aurait du suivre son instinct. C'était pour ça qu'il avait été engagé. Il était là pour veiller à ce que Dean ne s'entête pas à rester avec un client dangereux. Il avait manqué à son devoir. Et si Dean ne lui en voulait pas, il savait qu'Ellen ne serait définitivement pas aussi compréhensive.

Si le trajet l'aida à se sentir un peu mieux, le stress et l'angoisse revinrent avec force quand il se gara en bas de l'immeuble où le bureau d'Ellen se trouvait. Dean dut le sentir puisqu'il lui prit la main dès qu'ils furent sortis de la voiture. Castiel aurait aimé prendre cette initiative. Il aurait aimé être celui qui apporte le réconfort par le contact et non l'inverse. Il était absolument admiratif de la force dont Dean faisait preuve. Il était solide comme un roc là où Castiel était en train de s'effondrer comme un idiot.

Ils passèrent devant Kevin sans un mot. Castiel pouvait sentir que le jeune réceptionniste était au courant. Il leur jeta un regard plein de compassion et de sympathie qui n'aida pas le jeune chauffeur à se sentir mieux. Il était celui qui avait fauté. Il ne méritait pas la gentillesse des gens autour de lui. Il aurait même préféré qu'on lui crie dessus. Qu'on lui fasse des reproches. Il aurait compris cette réaction.

Dean le conduisit jusqu'à une chaise sur laquelle il le fit s'asseoir. Castiel avança en autopilote sans vraiment se rendre compte qu'il bougeait. Dean gérait totalement la situation. Et Castiel se contenta de suivre le mouvement sans parvenir à reprendre le contrôle sur son corps ou sur son esprit.

Il était presque sûr de savoir ce qui allait arriver. Il ne voulait pas trop y penser pour le moment. Mais il n'était pas stupide. On lui avait confié une tâche en l'engageant. Ellen avait été très claire sur le sujet. Il devait veiller sur Dean. Il avait manqué à son devoir. Il allait être renvoyé.

Quand Ellen sortit de son bureau, il s'attendait à l'entendre lui crier dessus aussitôt. Il sentit ses muscles se tendre alors que son cœur s'accélérait un peu plus encore dans sa poitrine. Il avait le souffle court et les mains qui tremblaient. Il ne devait son salut qu'à la présence de Dean à ses côtés. Sans lui, il était convaincu qu'il aurait pris la fuite aussitôt. Ce qui n'aurait définitivement pas arrangé la situation.

Mais le jeune prostitué lui tenait la main, s'assurant qu'il restait assis. Ce simple contact réchauffait Castiel et lui donnait la sensation que rien ne pouvait lui arriver. Pas tant que Dean était là pour le protéger. Et c'était là toute l'ironie de la situation. C'était lui qui avait été engagé pour protéger le jeune prostitué et non l'inverse. Là où lui avait lamentablement échoué, Dean parvenait à réussir malgré ce qu'il avait vécu quelques heures plus tôt. Il était définitivement plus fort que Castiel. Plus solide.

Malheureusement pour le jeune chauffeur, Ellen exigea de voir Dean seul. Castiel était convaincu que cela ne pouvait pas être une bonne chose pour lui. Elle souhaitait probablement annoncé le renvoi de Castiel au jeune prostitué seul avant de le lui annoncer à lui en direct. Il aurait aimé les suivre dans le bureau. Pas seulement parce qu'il avait peur de prendre la fuite dès qu'il serait seul. Mais aussi et surtout parce qu'il avait du mal à laisser Dean s'éloigner. La dernière fois qu'il l'avait laissé, le jeune prostitué avait manqué de se faire violer. Et bien sûr, il le savait en sécurité avec Ellen. Il savait qu'il était idiot de s'inquiéter pour lui ici. C'était toutefois plus fort que lui. Et sans doute le résultat de l'angoisse qui continuait de l'habiter et dont il ne parvenait définitivement pas à se défaire.

Quand Ellen lui demanda s'il voulait bien les attendre, Castiel savait qu'elle ne souhaitait pas réellement avoir son avis sur sa décision. Elle ne le faisait que par politesse. Même s'il avait dit « non », elle n'aurait pas accepté qu'il vienne aussi. Il tenta toutefois de protester sans trop savoir pourquoi. Et une nouvelle fois, Dean intervint pour lui apporter le réconfort qu'il n'était pas du tout sûr de mériter.

Il écouta le jeune homme lui assurer que tout irait bien. Qu'il était en sécurité ici et que Kevin était là si toutefois il avait besoin de quoi que ce soit. Il savait bien qu'il réagissait de manière totalement irrationnelle. Ils ne seraient séparés de Dean que par une porte. Il n'avait aucune raison de s'en faire. Mis à part sa place en péril, il n'y avait rien d'inquiétant.

Il finit par hocher la tête parce qu'il ne pouvait pas faire autrement. Il regarda ensuite le jeune prostitué se lever puis entrer avec Ellen dans son bureau. Le simple fait qu'il lui ait lâché la main était déjà terriblement douloureux pour lui. Il ne savait pas comment il allait survivre jusqu'à son retour.

Il pouvait sentir le regard de Kevin sur lui mais il choisit de ne pas le regarder. Il n'était pas sûr de ce qu'il lirait dans les yeux du jeune homme. Il ne voulait pas prendre le risque d'y lire des reproches ou des accusations. Il s'en voulait déjà suffisamment comme ça. Et Ellen se chargerait de lui dire le reste quand elle daignera le faire entrer dans son bureau.

Il savait qu'il allait perdre son travail. Il n'avait aucun doute sur ce point. Peu importait ce que Dean allait dire ou non pour tenter de le défendre. Il savait qu'il avait commis une erreur. Il savait que tout était de sa faute. Il méritait d'être renvoyé.

Il se demandait si le jeune prostitué accepterait tout de même de rester son ami ou s'ils ne se reverraient plus jamais. S'il serait finalement soulagé de le voir se faire renvoyer. C'était ce qu'il avait voulu au début après tout. Et s'il avait changé d'avis depuis, il serait peut être content d'avoir tout de même obtenu son renvoi.

Il aurait aimé se montrer optimiste. Il aurait aimé se raccrocher au début de journée parfait qu'il avait passé avec Dean. Il aurait voulu se concentrer seulement sur le fait qu'il était arrivé à temps. Mais il n'y parvenait pas. Et il était épuisé. Il avait envie de rentrer chez lui pour se glisser sous ses couvertures et tenter de tout oublier.

Il n'aurait pas su dire combien de temps s'écoula avant qu'Ellen ne sorte finalement du bureau à nouveau. Dean était dans l'encadrement de la porte avec un large sourire sur les lèvres. Castiel ne savait pas comment l'interpréter. Il aurait la réponse bientôt.

- Castiel, tu peux entrer, lança Ellen.

Le jeune chauffeur eut les pires difficultés du monde à se lever. Ses jambes semblaient faibles et incapables de supporter son poids. Il avait la sensation d'aller à l'échafaud. Il parvint toutefois à se remettre debout et à entrer dans le bureau.

Il prit place sur le canapé et fut soulagé de voir que Dean s'asseyait à côté de lui. C'était presque comme si le jeune prostitué prenait son partie. Comme s'il cherchait à prouver qu'il était de son côté. Castiel n'était pas sûr que cela change grand-chose en fin de compte.

- Je voulais voir Dean seul parce que je voulais qu'il me raconte ce qui s'est passé et j'avais besoin qu'il le fasse sans cacher la moindre information. Je sais qu'il l'aurait fait si tu avais été là … pour te protéger sans doute. Mais maintenant qu'il m'a tout dit, c'est à toi que je veux parler.

Castiel déglutit avec peine. Ellen était particulièrement douée pour masquer ses émotions. IL était impossible de savoir ce qu'elle pensait. Son visage était totalement illisible. Castiel ne pouvait pas prévoir ce qu'elle allait dire et cela ne faisait que renforcer son inquiétude.

- Tu as pris la bonne décision en m'appelant Castiel. Tu as bien fait de me prévenir et de me demander des conseils. Je sais que ça n'a pas du être facile pour toi. Tu as probablement eu l'impression de trahir la confiance de Dean. Mais en le faisant, tu as pu lui épargner de subir le pire alors … pour ça, je te remercie.

Castiel savait qu'elle n'avait pas fini. Il hocha toutefois la tête pour lui faire savoir qu'il l'avait entendu mais il n'intervint pas. Il ne chercherait de toute façon pas à se défendre. Il n'avait aucune excuse.

- Bien sûr, j'aurais aimé qu'on n'en arrive pas là. J'aurais préféré que tu ne laisses pas Dean seul avec ce type alors même que tu avais senti dès le début qu'il risquait d'être en danger. Tu aurais du annuler le rendez-vous. Peu importait que cela vexe ou énerve Dean. C'est toi qui avais le dernier mot. Pas lui.

Castiel le savait bien. Il avait été idiot d'accepter de partir. Et Ellen avait raison sur toute la ligne.

- Maintenant, je sais que c'est en grande partie la faute de Dean. Il l'a d'ailleurs reconnu lui-même. Il m'a dit qu'il t'avait donné le feu vert pour partir et je sais pourquoi tu l'as écouté. Les choses n'ont pas été facile pour toi avec lui au début et … maintenant que la situation semble enfin s'arranger, tu ne voulais pas le contredire et risquer de l'énerver. C'est une erreur que d'autres auraient fait à ta place. Je ne vais pas t'en tenir rigueur. Et je ne vais pas te renvoyer si c'est ce que tu penses.

Pendant une seconde, Castiel ne fut pas sûr qu'il avait correctement compris la phrase prononcée par Ellen. Il avait bien entendu le mot « renvoyer » mais il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'elle avait employé le négatif. Il n'allait pas être renvoyé. Il ne comprenait pas pourquoi. Il était perdu et il avait besoin qu'on lui explique.

- Mais je … je suis responsable. Si j'avais pris la bonne décision tout de suite, Dean n'aurait pas eu à subir … ce qu'il a subi. Vous m'aviez confié une mission et je n'ai pas été capable de la remplir. Vous devriez me renvoyer.

Ellen sourit alors en secouant la tête. Elle s'assit sur le fauteuil en face d'eux.

- Tu as commis une erreur oui. Mais je sais que tu ne la commettras plus. Je sais que tu retiendras la leçon de ce qui s'est passé aujourd'hui. Et … tu lui as également sauvé la vie. Tu as su prendre la bonne décision en fin de compte. Peu importe que cela t'ait pris quelques minutes de trop. Tu as tout de même évité le pire. Et en ça, je t'en suis reconnaissante. Je voulais te dire merci Castiel.

- Merci, répéta le jeune chauffeur.

- Merci oui. Merci pour avoir épargné à Dean de vivre quelque chose d'atroce et … bravo aussi sans doute. Je ne pensais pas voir le jour où cet idiot accepterait l'aide de quelqu'un. Tu es le premier Castiel. Tu as su gagner sa confiance et son amitié. Ce n'est pas quelque chose que je pensais possible en t'engageant. Il t'a même défendu devant moi. Il a reconnu avoir besoin de toi. Ce sont les deux choses les plus importantes à mes yeux. Je ne vais pas te renvoyer alors que tu as su gagner sa confiance. Ce serait stupide et injuste. Parce qu'il est évident que cela peut fonctionner entre vous. C'est tout ce que je demande.

Castiel ne comprenait toujours pas comment Ellen avait pu en arriver à une telle conclusion. Il était également surpris d'apprendre que Dean l'avait défendu. Qu'il avait reconnu avoir besoin de lui. Pas seulement de quelqu'un pour veiller à ce qu'il soit en sécurité mais de Castiel. C'était un miracle. Et cela avait sans nul doute permis au jeune chauffeur de garder sa place. Il allait devoir le remercier pour son soutien. Il lui avait retiré une belle épine du pied.

- Je … je vous promets de ne pas refaire la même erreur une seconde fois. Je serais … plus vigilent, plus alerte et je ne le laisserais plus jamais courir le moindre risque. J'ai retenu la leçon. Et si je continue de penser que vous êtes bien trop clémente avec moi, je dois vous avouer que je suis soulagé parce que … je n'ai pas envie de perdre ce travail.

Ellen acquiesça alors avant de tourner le visage vers Dean. Castiel lui jeta un coup d'œil à son tour. Il souriait et semblait tout aussi soulagé que lui. Il aurait probablement le contrecoup de ce qu'il avait subi plus tard. Castiel espérait qu'il ne serait pas seul quand cela arriverait. Il n'étai visiblement pas le seul à l'espérer puisqu'Ellen reprit la parole après quelques secondes pour évoquer ce point.

- Maintenant Dean, tu vas laisser Castiel te raccompagner chez toi. Je sais que tu veux jouer les durs et faire comme si tout ceci ne t'avait pas affecté mais je te connais suffisamment pour savoir que tu es sous le choc. Et quand tout te retombera dessus, tu seras bien mieux chez toi, dans ton lit et en sécurité.

Dean ne protesta pas. Castiel savait qu'il avait pris sur lui jusque là pour s'assurer que le jeune chauffeur ne craquait pas. Et il savait combien cela avait du être difficile pour lui. Il allait donc s'assurer qu'il ne soit pas seul quand cela arriverait.

- Castiel, Dean m'a promis de tout dire à son frère. Si Sam est déjà rentré quand vous arrivez, tu peux le laisser mais si toutefois il n'est pas encore là, je t'interdis formellement de le laisser seul. Pas une seule seconde. Pas même s'il te supplie de le faire. Est-ce que c'est compris ?

Castiel hocha la tête. Le fait qu'Ellen le lui ordonne était une bonne chose. Cela lui éviterait d'avoir à convaincre Dean. Bien sûr, tout serait plus simple si Sam était déjà là. Il connaissait bien mieux son frère que Castiel. Il saurait exactement quoi faire pour l'aider.

- Tu ne vas pas l'obliger à jouer les baby sitter en dehors de ses heures de travail. Je peux rester seul chez moi quelques heures. Je ne vais pas m'effondrer, protesta alors Dean.

Ellen lui jeta un regard froid que Castiel aurait détesté voir adressé à lui. C'était terrifiant. Et cela eut l'effet d'empêcher Dean d'ajouter quoi que ce soit. Il était lui aussi visiblement impressionné par Ellen.

- Je me fiche de ce que tu penses pouvoir faire Dean. On a encore vu aujourd'hui les conséquences que cela pouvait avoir. Tu vas faire ce que je te dis et laisser Castiel s'occuper de toi si Sam n'est pas là. Et ne crois pas que je ne suis pas capable d'appeler ton frère pour m'assurer qu'il ne t'a pas retrouvé seul. Je m'assurerais d'ailleurs que tu lui as parlé en vous appelant ce soir. Tu ne pourras pas me mentir.

Dean soupira longuement pour marquer son agacement mais ne protesta pas vraiment. Il était évident qu'il n'avait de toute façon pas le choix. Et Castiel n'avait bien évidemment pas l'intention d'aller à l'encontre des ordres de leur patronne. Pas après avoir commis l'erreur d'écouter Dean un peu plus tôt et avoir vu ce que cela pouvait entraîner.

- Maintenant filez, lança alors Ellen.

Castiel se leva en un bond. Il fut soulagé de voir que ses jambes le portaient bien plus facilement maintenant qu'il savait qu'il n'allait pas être renvoyé. Il suivit Dean à l'extérieur du bureau puis, après avoir salué Kevin, à l'extérieur du bâtiment. Ils ne dirent rien jusqu'à être dans la voiture. Castiel s'engagea sur la route et prit le chemin de l'appartement du jeune prostitué.

- Je sais que je te l'ai déjà dit et j'étais là quand Ellen l'a fait mais je voulais à nouveau te dire que … enfin merci d'être intervenu. Merci d'être arrivé à temps. Et … merci de ne pas avoir commis l'erreur de frapper Rick ou de le blesser. Cela aurait pu nous retomber dessus. Tu as réagi comme il le fallait et je sais que ça n'a pas dû être facile alors … merci pour tout. Voilà.

Castiel sourit. C'était la première fois qu'il parvenait à ressentir de la joie depuis qu'ils avaient quitté l'hôtel. Il se sentait plus léger. Il se sentait enfin mieux.

- Merci de m'avoir défendu auprès d'Ellen. Je sais que sans ton intervention, elle m'aurait probablement renvoyé.

- Sans doute pas mais peu importe. Je pensais chaque chose que je lui ai dite. Je sais à présent pourquoi Sam et elle ont voulu t'engager et je suis content qu'ils l'aient fait. Cet incident aura au moins eu ça de bon.

Castiel hocha la tête. Il aurait bien sûr préféré que tout ceci n'arrive pas. Mais il était content de voir qu'ils étaient en mesure d'en tirer quelque chose de positif. Que cela allait les aider à avancer dans leur relation.

- Je te promets que ça ne se reproduira plus. Je ferais en sorte que plus jamais personne ne te touche sans ta permission … et désolé de te le dire, mais dorénavant, je ne me fierais plus qu'à mon instinct. Je ne t'écouterais plus.

Dean rit, visiblement amusé. Il ne protesta toutefois pas. Castiel savait que son message était passé. Dean semblait enfin avoir compris qu'il ne pouvait pas toujours se fier à son propre instinct. Qu'il avait besoin de quelqu'un pour veiller à ce qu'il prenne la bonne décision. Castiel n'était pas totalement sûr d'être la bonne personne pour ça. Il n'avait aucune expérience en la matière. Mais il allait faire de son mieux. Au moindre doute, il annulerait le rendez-vous. Il se fichait que cela puisse coûter des clients à Dean. Il se fichait que cela puisse le mettre en colère. Il prendrait cette décision seul. Il assumerait ensuite les conséquences. Mais plus jamais il ne voulait revivre quoi que ce soit de ce genre. Plus jamais il ne voulait voir le jeune prostitué aussi vulnérable. Le voir ainsi nu, attaché et paniqué était quelque chose qu'il ne pourrait pas oublier. C'était ce qu'il avait vécu de plus dur dans sa vie. Et d'une certaine manière, c'était une piqure de rappel utile pour lui comme pour Dean. Ils avaient pris une claque et il était temps pour eux maintenant d'en tirer les leçons qui s'imposaient pour devenir meilleurs.