Bonjour,

Voici le chapitre 27. Ellen entre en scène. Elle sait pour nos deux héros. Comment va t-elle prendre la nouvelle ?

Merci pour vos messages. J'ai manqué de temps pour vous répondre mais promis. Maintenant, je prendrais le temps de le faire. Car ils sont ma motivation.

J'espère que ce chapitre vous plaira.

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Don't go breaking my heart d'Elton John

Chapitre 27 : Pris sur le fait

« Vérité révélée contre vérité argumentée, le débat est l'un des plus difficiles qui soit, précisément parce que la révélation exclut en principe l'idée même de débat. »

Mireille Delmas-Marty

Comme à chaque fois que tout allait parfaitement bien dans la vie Dean, un grain de sable venait se perdre dans la machine et entrainait avec lui tout une série de catastrophes en chaîne. Il avait vécu à de nombreuses reprises par le passé. Et s'il savait que cela n'arrivait pas qu'à lui, il avait parfois l'impression d'être maudit.

Il n'avait jamais connu de longue période de bonheur absolu sans que quelque chose ou quelqu'un ne vienne l'interrompre. Il avait eu une enfance heureuse et l'arrivée d'un petit frère qu'il aimait déjà comme un fou avant même de le connaître. Et sa mère était tombée malade. Après des années à noyer son chagrin dans l'alcool, son père avait enfin décidé de reprendre le dessus et d'être présent dans la vie de ses fils. Puis il était mort dans un accident de voiture. Dean pensait avoir trouvé un travail – dans la rue certes mais qui lui rapportait beaucoup – et Ellen l'avait découvert. Il se sentait à l'aise dans son nouveau travail avec Ellen et Alastair venait tout gâcher. Puis, enfin, alors que Castiel et lui s'entendaient à merveille et que leur relation continuait de s'épanouir, comblant Dean de bonheur, Ellen les convoquait tous les deux sur un ton qui ne laissait aucune place au débat.

Dean la connaissait depuis toujours. Elle avait été une figure maternelle pour lui et une amie quand il en avait besoin. Elle lui avait offert un travail plus sûr que celui qu'il exerçait dans la rue. Elle avait toujours été là pour lui et il l'aimait de tout son cœur. Il savait anticiper ses réactions au ton qu'elle employait quand elle lui parlait. Il pouvait presque lire dans sa tête. Et quand elle l'appela pour exiger de lui et de Castiel qu'ils viennent la voir dans son bureau au plus vite, il sut aussitôt que ce n'était pas une bonne nouvelle.

Ce n'était pas juste pour faire un point avec eux sur leur collaboration. Elle avait une mauvaise nouvelle à leur annoncer. Ou des reproches à leur faire. Dans tous les cas, elle semblait furieuse.

Dean ne pouvait toutefois pas refuser. Même si Ellen avait fait partie de sa vie avant, elle restait sa patronne. Elle pouvait parfaitement le renvoyer. Elle se priverait une de ses principales sources de revenus mais elle avait suffisamment bien gagné sa vie jusque-là pour ne pas s'en soucier.

Il devait aller la voir et affronter ce qu'elle avait à leur dire. Même si cela risquait de ne pas être très agréable. Il avait beau être adulte à présent, il continuait à redouter Ellen comme lorsqu'il était encore adolescent. Il savait exactement ce dont elle était capable. Il savait combien elle pouvait être impressionnante quand elle s'énervait. Et il s'était toujours promis de ne pas la mettre en colère. De toute évidence, il avait du échouer cette fois.

Quand il annonça la nouvelle à Castiel, son ami eut la même réaction que lui. Il ne connaissait pas Ellen depuis longtemps mais il était lui aussi convaincu que cette convocation n'était pas une bonne nouvelle. Ils n'avaient aucune idée l'un comme l'autre de ce qui les attendait mais ils étaient stressés.

Dean aurait pu trouver drôle que deux hommes adultes et suffisamment forts pour se défendre puissent être ainsi aussi terrifiés face à une femme d'à peine un mètre soixante et qui était de vingt ans leur aînée. Ellen n'était peut être pas impressionnante physiquement parlant mais il émanait quelque chose d'elle qui imposait le respect. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds. Elle n'avait peur de personne. Et si Dean admirait ça la majeure partie du temps, ce n'était clairement pas une bonne chose cette fois.

Ils avaient toutefois au moins l'avantage d'être deux contre elle seule. S'ils faisaient front commun, Dean voulait croire que rien ne pouvait réellement les atteindre. Ils allaient juste devoir se serrer les coudes. Se soutenir mutuellement.

- Je ne sais pas ce qu'elle nous réserve mais je sais que si on y fait face ensemble, ça ira. On ne doit pas la laisser nous déstabiliser ou nous monter l'un contre l'autre … parce qu'elle en est capable. Crois-moi. Je l'ai déjà vu faire.

Castiel hocha la tête en déglutissant avec peine. Dean pouvait sentir la peur qui émanait de lui. Il aurait aimé savoir comment le rassurer. Mais il était lui aussi angoissé et rien ne lui venait à l'esprit.

- Quoi qu'il puisse arriver, sache que je serais de ton côté … je me fiche de ce qu'elle peut avoir à nous dire … à nous annoncer ou à nous rapprocher. Je suis avec toi et … j'espère que …

- Je suis de ton côté aussi Dean.

Le jeune prostitué fut aussitôt rassuré. Avec le soutien de l'homme qu'il aimait, il se sentait indestructible. Il était presque prêt à encaisser les coups qu'Ellen allait certainement lui porter. Ils seraient douloureux sans doute. Mais il saurait se relever du moment que Castiel était là pour lui tendre la main et l'aider.

Ils firent le reste du chemin ensemble. Dean ne pouvait s'empêcher d'imaginer tous les pires scénarios dans sa tête. Il n'avait pas l'impression d'avoir fait quelque chose de mal ces derniers temps. Il ne s'était pas mis en danger. Il n'avait froissé personne. Il y avait bien eu l'incident avec Mike mais cela faisait un moment maintenant. Si son client avait du se plaindre, il l'aurait fait depuis longtemps. C'était forcément autre chose. Il avait beau se creuser la tête. Il ne trouvait pas.

Il serra la main de Castiel dans la sienne pendant quelques secondes quand ils furent finalement arrivés en bas de l'immeuble où se trouvait le bureau d'Ellen. Il lui jeta un coup d'œil, se força à lui sourire puis hocha la tête.

Ils sortirent de la voiture en même temps et firent le chemin jusqu'au bon étage côte à côte. Kevin les accueillit avec un sourire qui laissait à penser qu'il n'était pas au courant de ce qui était en train de se passer. Dean le salua avant de frapper à la porte du bureau d'Ellen, son cœur battant trop vite et trop fort dans sa poitrine.

Sa patronne ouvrit après quelques secondes. Et quand Dean posa les yeux sur elle, il sut aussitôt qu'ils allaient réellement passer un sal quart d'heure. Ellen était absolument furieuse. Et c'était clairement dirigé contre eux.

Elle ne dit rien et leur fit signe d'entrer. Dean précéda Castiel et s'installa sur la chaise devant le bureau de sa patronne. Son ami prit place à côté de lui presque aussitôt.

Ellen ne rompit le silence que lorsqu'elle fut installée en face d'eux, les mains jointes sur son bureau et les yeux rivés dans ceux de Dean. Elle allait commencer par lui. Le jeune prostitué déglutit avec peine et se prépara mentalement à recevoir une leçon.

- Je ne vais pas vous faire perdre de temps à tourner autour du pot pendant de longues minutes. Je vais aller droit au but.

- Tu sais, le plus souvent, les gens un tant soit peu poli commence par saluer ceux qu'ils reçoivent avant de les attaquer comme tu le fais.

Dean ne savait pas bien pourquoi il était intervenu de la sorte. Il était préférable de laisser Ellen dire ce qu'elle avait à dire sans l'interrompre. C'était la théorie du pansement. Plus on l'arrachait vite et moins on souffrait. Mais Dean n'avait pas pu s'en empêcher. C'était quelque chose qu'il faisait toujours quand il était stressé. Il parlait trop et pour ne rien dire.

- Ne joue pas au petit malin avec moi Dean. Je n'ai pas de temps à perdre avec ton petit numéro. Parce que crois-moi, j'ai beaucoup de choses à te dire … à vous dire à tous les deux et je doute que vous les appréciez.

Dean hocha la tête et ne dit rien. Ellen était littéralement folle de rage. Il était vraiment salutaire de ne plus rien dire maintenant.

- Je sais pour vous deux, déclara finalement leur patronne après quelques secondes.

Dean ne comprit pas immédiatement ce qu'elle entendait par là. De quoi pouvait-elle bien être au courant ? Ce ne fut que lorsqu'il sentit Castiel se tendre à côté de lui qu'il comprit. Ellen savait qu'ils couchaient ensemble. Elle l'avait découvert d'une manière ou d'une autre et elle ne semblait clairement pas approuver leur relation. Dean n'avait pas songé une minute qu'il pouvait s'agir de ça. Ils avaient été discrets. Ils ne s'étaient jamais laissé aller dans un endroit où on aurait pu les surprendre. Gabriel était le seul au courant et il ne connaissait pas Ellen. Ca n'avait aucun sens. Et cela soulevait des questions auxquelles Dean voulait des réponses. Il devait toutefois avant tout laisser Ellen en finir avec ce qu'elle avait à leur dire. Il aurait l'occasion de lui répondre ensuite.

- J'espère que vous ne serez pas suffisamment stupides pour nier. Je suis sûre de mes informations et de ma source. Je sais que vous êtes ensemble et vous devez vous douter que je ne cautionne pas du tout votre relation. Maintenant, je veux vous laisser une chance de vous expliquer et de me convaincre mais … ayez au moins la politesse de ne pas essayer de me mentir.

Dean prit une grande inspiration. Il était presque sûr que Castiel ne souhaitait pas se charger de répondre. Il pouvait le comprendre. Il ne connaissait pas Ellen comme Dean. Il n'avait pas le même passif avec elle que lui. Et c'était Dean qui lui avait proposé de commencer cette relation. Il devait maintenant l'assumer devant leur patronne.

- Je ne vais pas nier parce que je n'ai aucune raison d'en avoir honte ou de me cacher. Oui je couche avec Castiel. Oui nous passons du temps ensemble en dehors de mes heures de travail. Mais cela ne regarde que nous. Nous en avons discuté ensemble et nous sommes sur la même longueur d'ondes. Nous sommes adultes et parfaitement capables de prendre ce genre de décisions. Cela n'influe en rien sur notre travail. Et donc sur toi. C'est pour ça qu'on a choisi de ne pas t'en parler.

- Tu ne m'as rien dit parce que tu savais ce que j'en penserais et ce que j'en dirais.

- Je ne t'ai rien dit parce que ça ne te regarde pas. Et d'ailleurs, je serais curieux de savoir comment tu as pu l'apprendre. Parce que je sais qu'on a été discret.

Dean avait besoin de savoir qui avait pu parler d'eux à Ellen. Ce n'était pas Gabriel et ce n'était pas Castiel. Sam ne semblait pas avoir deviné quoi que ce soit. Il était réellement surpris qu'elle puisse être au courant. Et il était également en colère qu'elle puisse leur dire qu'elle désapprouvait leur relation. Ils étaient libres de faire ce que bon leur semblait après tout. Ellen n'avait pas son mot à dire sur ce qu'ils choisissaient de faire en dehors de leurs heures de travail.

- Je n'ai pas l'intention de te dire comment je l'ai su ou par qui. Mais tu ne devrais pas être surpris Dean. Tu sais que j'ai des yeux partout. Tu sais que je finis par être au courant de tout ce qui te concerne.

Dean savait qu'Elle ne manquait pas de ressources. Elle finissait effectivement toujours par percer ses secrets à jour. Mais si jusque-là, cela ne lui avait pas posé de problème, il avait du mal à l'accepter cette fois. Il n'aimait pas l'idée que quelqu'un ait pu les espionner Castiel et lui. Il avait la sensation d'être observé. D'être épié. Et Ellen n'avait pas le droit de le surveiller ainsi. Il avait toutes les raisons d'être furieux après elle.

- Donc tu juges normal de me faire surveiller ? Parce que, désolé de te le dire mais … ce n'est pas normal. Ce n'est pas acceptable et … ce n'est pas quelque chose que je peux tolérer.

Ellen ne sembla pas déstabilisé par ses propos. Dean estimait toutefois qu'elle avait besoin de l'entendre. Il n'accepterait jamais qu'elle l'espionne. Il l'aimait vraiment de tout son cœur malis il voulait que sa vie privée reste privée. Ellen n'avait pas à s'en mêler.

- Je ne te surveille pas Dean. Ne fais pas de moi la méchante de l'histoire. Je veille sur toi … c'est différent.

- Tu joues sur les mots ! protesta Dean, toujours aussi furieux.

- Non, je ne joue pas sur les mots. Je veille sur toi parce que tu es incapable de le faire par toi-même. On a eu cette conversation des dizaines de fois déjà et tu sais combien je m'inquiète pour toi. Je n'aurais pas engagé Castiel sans ça. Et je ne garde pas un œil sur toi juste pour pouvoir te contrôler mais juste pour m'assurer qu'il ne t'arrive rien. Que tout va bien pour toi.

Dean savait au plus profond de lui qu'Ellen était sincère. Elle ne cherchait pas à contrôler sa vie ou à lui imposer ses choix. Elle était juste inquiète. Parce qu'il avait souvent pris des décisions dangereuses et qu'il s'était mis en danger à plusieurs reprises. Il ne parvenait toutefois pas à se montrer raisonnable. Il était trop en colère pour ça.

- Tu n'es pas ma mère Ellen. Je ne suis pas ton fils et même si tu aimes te comporter comme telle, tu n'auras jamais aucune autorité sur moi. Tu es ma patronne et mon amie. Mais tu n'es pas ma mère. Et si j'aurais déjà eu du mal d'entendre ma mère me tenir de tel propos, autant te dire que je ne les supporte pas du tout venant de toi !

Cette fois, Ellen sembla accuser le coup une seconde. C'était un coup bas. Dean avait toujours considéré Ellen comme une figure maternelle après la mort de Mary. Il n'avait pas le droit de le lui reprocher maintenant. Mais il avait besoin de lui faire comprendre combien il était en colère. Et il n'avait trouvé que ça pour le faire.

- Je ne suis peut être pas ta mère biologiquement parlant mais tu sais aussi bien que moi que j'ai joué le rôle de ta mère depuis des années. Et tu n'as pas le droit de me le reprocher maintenant. Je te considère comme mon fils Dean. Je ne veux pas te voir souffrir. Tu peux continuer à me dire ce que tu veux, ça ne changera pas.

Dean soupira longuement mais choisit de ne pas surenchérir sur ce point. Ellen avait raison. Elle était effectivement une mère de substitution pour lui. Il en avait eu besoin pendant des années. Il ne pouvait pas le nier maintenant.

- Je … je suis désolé. Je n'aurais pas du te dire ça. Mais ça ne change rien au fait que tu … tu n'as pas à me dire ce que je peux ou non faire de ma vie privée.

- Je peux au moins te dire ce que j'en pense.

Dean le lui concéda en faisant un signe de la main pour qu'elle parle. Il savait à peu de choses près ce qu'elle allait lui dire. Mais après l'avoir attaqué quelques secondes plus tôt, il ressentait le besoin de se montrer un peu clément. Il pouvait au moins la laisser s'exprimer. Son tour viendrait ensuite.

- Je t'apprécie beaucoup Castiel. Je suis convaincue que tu es quelqu'un de bien et en temps normal … dans d'autres circonstances, je serais ravi de te savoir avec Dean. Mais dans ces circonstances, je sais que c'est voué à la catastrophe. Ca ne peut pas bien se finir. Ce n'est pas tant le fait que vous travailliez ensemble qui pose problème. Beaucoup de couples collaborent dans leur vie professionnelle et s'épanouissent pleinement dans leur vie personnelle. Mais c'est … Castiel, tu conduis Dean à des rendez vous où il est amené à coucher avec d'autres hommes. Tu finiras par être jaloux si ce n'est pas déjà le cas. Et parce que Dean est têtu et borné, à la seconde où il s'en rendra compte, il choisira son travail plutôt que toi. Vous finirez par souffrir tous les deux et je ne refuse de vous laisser foncer droit dans le mur sans réagir. Je vous aime bien trop tous les deux pour rester là sans rien faire.

Dean ne doutait pas une seconde de la sincérité d'Ellen. Elle ne voulait que leur bien. C'était évident. Il était même touché de voir qu'elle se souciait tout autant de Castiel que de lui. Il pouvait comprendre qu'elle ait des doutes sur leur avenir. Il en avait lui aussi. Mais c'était uniquement parce qu'il était amoureux de Castiel. Son ami, lui, semblait parfaitement bien vivre la situation. Il n'y avait aucune raison pour que cela change. S'il devait toutefois avoir le cœur brisé – ce qui lui semblait inévitable quand il prenait le temps d'y réfléchir – alors c'était son problème avant tout. Ellen ne pouvait rien y faire.

- Nous nous sommes mis d'accord avant de nous engager Ellen. Nous ne sommes pas aussi stupides que tu sembles le croire. Je peux te garantir que nous avons longuement parlé de notre situation avant de commencer. On savait dès le début que ce ne serait pas une relation orthodoxe. Qu'il ne pourrait y avoir que du sexe entre nous. On est d'accord sur ce point tous les deux. On sait ce qu'on attend l'un de l'autre et ça se passe bien. Mon travail n'a rien à voir la dedans. On a tracé une limite et on ne la franchira pas l'un comme l'autre.

Ellen le laissa terminer sa petite tirade mais il pouvait lire dans ses yeux qu'elle ne croyait pas cela possible. Elle avait peut être raison. Dean se berçait peut être d'illusions. Ils avaient peut être commis une erreur. Mais c'était leur choix. Leur décision. Le jeune prostitué avait accepté de laisser Ellen prendre la majeure partie de ces décisions en ce qui concernait son travail. Il refusait toutefois qu'elle se mêle aussi de sa vie personnelle. Il devait là aussi tracer une frontière.

- Vous pensez vraiment que cela a une chance de fonctionner ?

- J'en suis convaincu oui, répondit Dean sans hésiter.

- Alors permets de te dire que tu es stupide. On n'est pas dans un film ou dans un roman à l'eau de rose. Dans la vraie vie, ce genre de situation ne se termine jamais bien. Et bien sûr, je ne peux pas vous forcer à le voir. Je ne peux pas non plus vous contraindre à tout arrêter. Tu as raison sur ce point Dean. Je ne chercherais jamais à contrôler ta vie. Mais j'estime avoir le droit de vous prévenir … pas le droit … le devoir de vous prévenir. Vous allez souffrir. Beaucoup. Et votre amitié en patira forcément. Je sais que ce n'est pas ce que vous voulez. Alors … arrêtez tout pendant que vous le pouvez encore. Surtout si vous n'êtes pas amoureux l'un de l'autre. Ce sera plus facile maintenant que lorsqu'il sera trop tard.

Dean acquiesça. Il acceptait les arguments d'Ellen. Elle était bien intentionnée et elle ne disait pas cela pour lui faire de la peine. Il n'était plus en colère contre elle. Mais il ressentait le besoin de lui faire comprendre que ce choix avait été murement réfléchi. Il voulait qu'elle comprenne le contexte dans lequel ils avaient pris cette décision. Pour cela, en revanche, il devait lui mentir. Il l'assumait pleinement.

- Castiel et moi ne sommes pas amoureux l'un de l'autre. Mais nous sommes attirés l'un par l'autre. Si ce n'était pas avec lui que je couchais, alors ce serait avec un autre. Quelqu'un dont je ne sais rien et qui pourrait s'avérer dangereux. Je l'ai fait pendant des années et si j'ai eu de la chance, elle pourrait tourner. Avec Castiel, je me sens en sécurité. Je n'ai pas à lui mentir. Il sait tout ce qu'i savoir de moi. On prend notre pied ensemble et on rigole ensemble. C'est parfait tel que c'est. Je sais que c'est peut être difficile à comprendre pour toi … ou pur quiconque n'envisage pas le sexe sous le même angle que nous mais … ça fonctionne. Et il n'y a aucune raison pour que cela cesse. On s'est promis d'être honnête l'un envers l'autre. Je sais qu'on le sera. Je n'ai pas la moindre inquiétude sur ce point.

Il espérait que ses arguments suffiraient à ce qu'Ellen renonce à tenter de les dissuader. Il ne voulait pas avoir à se battre contre elle. Il ne voulait pas non plus se disputer avec elle. Il voulait qu'elle accepte leur choix et leur fasse confiance. Mais si toutefois elle continuait sur cette voie, alors il se montrerait plus ferme. S'il devait choisir, il choisirait Castiel sans hésiter une seule seconde. Et Ellen avait visiblement besoin de comprendre ça.


Castiel avait été un enfant modèle. Il n'avait jamais fait de grosses bêtises durant son enfance. Si Gabriel les multipliait et cherchait toujours à l'entraîner avec lui d'une manière ou d'une autre, Castiel préférait de loin ne rien faire pour énerver ses parents. Il n'avait jamais été puni. Jamais été consigné dans sa chambre.

A l'école, il avait été un élève modèle également. Il n'avait jamais manqué un seul cours. N'avait jamais triché. Il n'avait jamais été en retenue.

Il n'en tirait pas de fierté particulière. Il préférait juste resté aussi loin que possible des ennuis. Il trouvait idiot de prendre le risque d'être puni et de se retrouver privé du peu de temps libre dont on disposait. Gabriel avait tenté de lui expliquer combien il pouvait être excitant d'enfreindre les règles. Mais Castiel n'était pas de son avis. Ils étaient très différents sur ce point.

Et c'était sans doute parce qu'il n'avait jamais enfreint aucune règle qu'il se sentait aussi mal face aux remontrances d'Ellen. Il avait la sensation d'être un enfant qu'on avait pris sur le fait en train de commettre une bêtise. Il avait l'impression d'être grondé par ses parents.

Ca aurait pu être drôle s'il n'avait pas aussi stressé. Ellen n'était pas sa mère. Elle n'était pas de sa famille. Elle n'était que sa patronne et il était adulte aujourd'hui. Il n'aurait pas du avoir autant peur de la voir se mettre en colère contre lui.

Mais Ellen était effrayante. Elle n'était pas intimidante physiquement parlant mais ce qui émanait d'elle la rendait absolument terrifiante. Et Castiel n'avait pas honte de l'avouer. Il pouvait voir dans le comportement de Dean qu'il avait au moins peur d'elle que lui.

Ses reproches n'étaient pourtant pas entièrement justifiés. Elle n'avait pas tort sur le fait que leur histoire risquait fort de mal se finir. Mais elle les traitait comme des adolescents guidés par leurs hormones et non pas comme deux hommes adultes parfaitement capables de prendre leurs propres décisions. Et bien sûr, le fait qu'elle le fasse pour leur bien à tous les deux touchaient Castiel. Mais il aurait préféré qu'elle ne s'en mêle pas.

Il laissa toutefois à Dean le soin de les défendre. Il connaissait Ellen mieux que lui. Il savait comment la calmer. Comment lui parler pour ne pas envenimer les choses. Il préférait rester en retrait et hocher la tête pour appuyer ses propos. C'était nettement plus sûr pour lui.

Il aurait aimé qu'Ellen ne prête pas attention à lui. Il aurait aimé pouvoir disparaître. Car à chaque fois que sa patronne posait les yeux sur lui, il se sentait tout petit. Il se sentait minuscule.

Dean, quant à lui, prit leur défense avec ferveur. Il expliqua avec honnêteté comment ils en étaient arrivés là. Il ne cacha aucun détail. Ne mentit sur aucun point. Il argumenta avec aplomb et Castiel devait reconnaître qu'il admirait son calme apparent.

Bien sûr, Ellen ne pouvait pas en rester là. Elle semblait avoir compris qu'elle n'obtiendrait rien de Dean. Qu'il était temps de s'attaquer au plus faible des deux hommes. A celui qui était sans doute le moins enclin à protester. Castiel n'allait pas pouvoir rester silencieux éternellement. Pas après avoir promis à Dean qu'ils se serreraient les coudes quoi qu'il arrive.

- Et toi Castiel ? Qu'est-ce que tu as à me dire ? Qu'est-ce que tu penses de tout ça ? Dean a fait valoir son point de vue mais je suis curieux de connaître le tien maintenant.

Le jeune chauffeur déglutit avec peine. Il n'avait pas vraiment envie de répondre. Il jeta un coup d'œil à Dean et vit qu'il lui souriait. C'était un encouragement et la seule forme de soutien qu'il pouvait lui apporter dans ces circonstances. Castiel reporta alors son attention sur Ellen. Il ne pouvait pas décevoir Dean. Il comptait sur lui.

- Je ne peux pas prédire l'avenir … pas plus que Dean le peut ou … pas plus que vous d'ailleurs. Personne ne peut savoir avec certitude comment cette histoire se terminera. Mais nous en avons discuté et nous nous sommes mis d'accord. Notre amitié passera toujours avant tout. Elle est notre priorité et si ce que nous partageons maintenant risque de la mettre en péril alors on arrêtera tout. Quant au travail de Dean, je … je suis parfaitement capable de faire la différence entre l'homme qu'il prétend être durant la journée et le vrai lui que j'ai la chance de voir en dehors de nos heures de travail. Ce n'est pas un problème pour moi.

Bien sûr, il avait gardé pour lui le fait qu'il continuait à être jaloux. Mais il savait qu'en entendant cela, Ellen aurait un argument de plus à faire valoir. Et cette conversation avait déjà trop duré. Il était grand temps qu'elle se termine.

- Ecoutez … je suis contente pour vous si ce que vous faites vous rend heureux. Je ne vous souhaite que du bien. Mais je continue à penser que mêler vie privée et vie professionnelle n'est pas une bonne chose. Alors voilà … je vous propose une issue qui devrait vous satisfaire tous les deux.

Castiel était curieux de savoir ce qu'elle envisageait. Il était presque sûr que Dean refuserait. Par principe et parce qu'il était trop fier pour ça. Mais Castiel n'était pas contre un peu d'aide.

- Je ne vais certainement pas te renvoyer Castiel parce que tu fais du très bon travail et que je ne veux pas te punir. Mais j'ai d'autres garçons qui travaillent pour moi et qui pourraient avoir besoin de toi pour veiller sur eux. Tu garderais le même salaire et tu n'aurais plus à voir Dean avec d'autres hommes.

Le jeune prostitué ouvrit la bouche pour protester mais Ellen lui coupa l'herbe sous le pied en levant la main dans sa direction pour le faire taire. Castiel fut surpris de le voir obéir sans problème.

- Laisse moi finir … Dean, je trouverais quelqu'un d'autre pour te servir de chauffeur. Castiel n'est pas le seul à pouvoir remplir ce rôle. J'ai des CV qui s'entassent sur mon bureau de gens expérimentés et avec qui tu n'envisagerais jamais de coucher. Je suis sûre que ce serait l'idéal pour vous deux.

Castiel devait reconnaître que la proposition était tentante. Il n'aimait pas vraiment l'idée de ne plus être celui qui veillerait sur Dean. Mais cela l'aiderait probablement à être un peu moins jaloux. Il pourrait continuer à voir son ami régulièrement. Et il n'aurait pas à s'inquiéter pour sa sécurité. Ellen trouvera quelqu'un pour tenir son rôle à merveille. Il savait toutefois que ce n'était pas à lui de prendre cette décision. Et il connaissait déjà la réponse de Dean.

- Hors de question, jeta le jeune prostitué après quelques secondes. Tu sais que je ne fais confiance qu'à très peu de personne. C'est un miracle que Castiel et moi ayons fini par nous entendre. Tu sais exactement ce que je pensais de sa présence au début. Et je ne veux pas avoir à repartir de zéro avec un inconnu. Il n'y a qu'en Castiel que j'ai confiance pour veiller sur moi. J'ai besoin de lui.

Castiel sourit, touché par ce qu'il entendait. Il était un peu déçu que Dean refuse d'envisager la solution d'Ellen. Mais il aimait l'entendre dire qu'il avait besoin de lui. Qu'il avait confiance en lui. Qu'il était unique.

- Tu sais que je ne plaisante pas Ellen. Et tu sais que si toutefois tu nous forces, je serais parfaitement capable de tout plaquer. Je pourrais démissionner du jour au lendemain. Et je sais que me perdre ne fera pas couler ta petite entreprise mais … je sais aussi que tu veux me garder parce que je suis celui qui te rapporte le plus et parce que tu aimes l'idée de pouvoir garder un œil sur moi. Mais pour ça, tu vas devoir laisser tomber cette idée stupide. Tu vas devoir nous faire confiance. La balle est dans ton camp. C'est Castiel et moi ou personne.

Dean avait clairement choisi son camp. Castiel se sentait important. Il en oublia son hésitation quant à la proposition d'Ellen. Il préférait de loin la réponse que Dean venait de lui apporter.

- Tu me fais du chantage ? demanda Ellen en dévisageant Dean.

Castiel aurait probablement pris la fuite s'il avait été la cible de ce regard. Mais son ami le soutenait sans ciller.

- Je ne fais que t'avertir. Comme tu l'as fait au début, quand je refusais de travailler avec Castiel. Tu n'as pas hésité à me dire que tu cesserais de me faire travailler si toutefois je refusais qu'il m'accompagne. Et tu as eu raison de le faire. Parce que je sais aujourd'hui qu'accepter a été la meilleure décision à prendre.

- Je le faisais avant tout pour ton bien et pour ta sécurité. La situation n'est pas comparable.

- Tu avais tes raisons et je les ai accepté. J'ai les miennes et maintenant c'est à toi de voir si tu es prêt à les accepter ou non. Je n'ai pas envie de démissionner. Je n'ai pas envie d'avoir à trouver quelqu'un d'autre pour me faire travailler. Mais je suis prêt à le faire. Pour Castiel, je suis prêt à tout.

Castiel sentit sa gorge se nouer. Dean semblait totalement sincère. Et il savait que le choix n'était pas simple pour lui. Il aimait son travail. Il aimait Ellen. Il n'avait pas envie de partir. Mais il était prêt à sacrifier tout ce qu'il avait pour Castiel. Il était prêt à tout perdre pour un homme qu'il ne connaissait finalement que depuis peu de temps. C'était la preuve de l'importance que leur relation avait pour lui. Et cela donnait un peu d'espoir au jeune chauffeur. Il voulait croire qu'un jour Dean finirait par ressentir plus que de l'amitié pour lui.

- Tu es un idiot. Tu sais que je ne te laisserais jamais partir. Je me fiche de l'argent que je pourrais perdre. Tu te trompes sur ce point. Tu représentes bien plus qu'une source de revenus pour moi. Mais je refuse de te voir travailler pour quelqu'un qui se ficherait de ta sécurité. Ou pire encore … de te revoir retourner dans la rue.

- Alors tu sais quelle décision tu dois prendre.

Castiel eut la sensation que le temps suspendait son cours pendant quelques secondes. Il regarda Ellen qui continuait de regarder Dean. Elle était probablement en train de peser le pour et le contre. De chercher à savoir si le jeune prostitué était réellement prêt à tout plaquer pour Castiel. Ils se défièrent ainsi du regard pendant quelques secondes. Castiel pouvait sentir la balance pencher en leur faveur. Il était presque sûr que Dean avait trouvé le bon argument pour qu'elle cède. Et s'il n'aimait pas forcément le voir menacer ainsi Ellen, il pouvait comprendre pourquoi il l'avait fait. De toute façon, il était de son côté. Il lui avait promis de le soutenir et il le ferait quoi qu'il arrive. Quoiqu'il puisse penser de sa façon de faire.

Ellen soutint son regard une seconde de plus avant de secouer la tête et de soupirer longuement.

- Parfait. A vous de voir. Vous êtes adultes après tout. Mais quand tout s'effondrera, je ne veux pas vous entendre vous plaindre. Je vous aurais prévenu.

- C'est compris, assura Dean en se levant.

Castiel en fit de même, content d'être enfin libéré. Il voulait être enfin seul avec Dean. Il voulait quitter cet endroit et ne plus jamais repenser à ce qu'Ellen venait de leur dire. Car dans un petit coin de son esprit, il savait qu'elle avait raison. Et cela le terrifiait.

Ellen leur fit alors signe de partir sans les regarder. Ils ne se firent pas prier pour quitter son bureau. Ils saluèrent à nouveau Kevin en sortant puis rejoignirent la voiture en silence. Castiel choisit de le rompre quand ils furent à l'abri des oreilles indiscrètes.

- Quelque chose me dit qu'elle n'est pas vraiment prête à lâcher le morceau. J'ai peur que ce qui vient de se passer ne complique sérieusement les choses entre … entre nous et elle.

Il ne voulait pas que sa relation avec Dean en pâtisse. Elle restait sa priorité. Mais il ne voulait pas non plus décevoir Ellen. Ou se brouiller avec elle. Elle lui avait donné sa chance et il avait à cœur de lui prouver qu'elle avait eu raison.

- Tu n'as aucune raison de t'en faire. Elle est peut être têtue mais elle n'est pas stupide. Elle ne va pas chercher à te faire payer. Elle sait que si elle tente quoi que ce soit, je mettrais mes menaces à exécution.

Castiel se retint de lui rappeler qu'il avait certifié à Ellen qu'il ne l'avait pas menacé. Ce n'était pas le bon moment pour plaisanter sur le sujet. Ils étaient trop tendus tous les deux pour réellement trouver cela drôle.

- Je ne la laisserais pas nous séparer. Pas si ce n'est pas ce qu'on veut. Bien sûr, si tu préfères ne plus travailler avec moi alors je l'accepterais. Je ne t'en tiendrais pas rigueur. Je ne mettrais pas un terme à notre relation. Si je dois choisir entre t'avoir comme chauffeur et t'avoir comme … disons partenaire alors je choisirais la seconde option sans hésiter une seconde. Je veux que tu sois heureux dans cette histoire Cas. Tu as le droit de ne plus avoir envie de me voir avec tous ces hommes. Je te jure que je pourrais le comprendre.

Dean lui offrait une issue. Il lui proposait une porte de sortie. Et à chaque fois que Castiel avait imaginé cette situation, il avait cru qu'il accepterait sans hésiter une seconde. Pour s'épargner des souffrances inutiles. Mais quand il fut confronté à la réalité, il réalisa qu'il n'en avait pas autant envie qu'il le pensait.

- Non, je … je ne dis pas que je n'ai pas confiance en Ellen pour trouver une personne qui saurait veiller sur toi mais je … je n'ai pas envie de passer moins de temps avec toi. J'aime l'idée qu'on soit ensemble aussi souvent. Ce n'est pas toujours facile pour moi mais je sais que ça finirait par le devenir avec un peu de patience. Et … tu avais raison tout à l'heure. Il n'a pas été facile pour moi de gagner ta confiance. Je n'ai pas envie d'avoir à me battre à nouveau avec quelqu'un d'autre.

Dean sourit alors et Castiel sut qu'il avait pris la bonne décision. Même si le jeune prostitué aurait accepté qu'il souhaite ne plus travailler avec lui, il n'en avait clairement pas envie. Ce n'était pas idéal mais c'était mieux ainsi.

- Parfait alors. Si on est sur la même longueur d'ondes, je ne vois pas comment ça pourrait mal se finir. Je te l'ai dit et je te le redis Cas … tant qu'on verra les choses du même œil et tant qu'on sera soudé, rien ni personne ne pourra se mettre entre nous. On doit juste se promettre de toujours être honnête l'un envers l'autre. Si l'un de nous a le moindre doute ou souffre d'une quelconque manière de la situation, alors on doit se le dire. C'est le silence … les mensonges qui pourraient nous faire du mal.

Castiel aimait l'idée. Il était évident que Dean avait confiance en lui pour se montrer totalement honnête. Pour ne rien lui cacher. Et s'il aimait constater le chemin parcouru depuis leurs débuts, il se sentait un peu coupable. Car même s'il ne mentait pas ouvertement à Dean, il lui cachait certaines choses. Il ne lui avait pas parlé de ses vrais sentiments. Il ne lui avait pas dit qu'il avait envie de plus. Qu'il espérait pouvoir un jour former un vrai couple avec lui. Il avait choisi de le garder pour lui parce qu'il avait trop peur que Dean décide de tout arrêter en l'apprenant. C'était égoïste. Et il était presque sûr que le jeune prostitué serait furieux en l'apprenant. Il n'était toutefois pas prêt à se montrer honnête.

- Il nous suffit de tracer une frontière entre ce qui relève de notre vie professionnelle et ce qui relève de notre vie personnelle. J'ai appris à le faire dès que j'ai commencé à travailler. C'est un peu comme être schizophrène au début et ça peut paraître déroutant mais … crois-moi, ce n'est aussi compliqué qu'on pourrait le penser. La journée, je suis Dean le prostitué. Je suis celui qui aime se sentir désiré. Celui qui a totalement confiance en lui et que rien ne peut réellement atteindre. Je n'ai pas de frère, pas de famille, pas de proches. Je suis juste un homme qui vend son corps contre des sommes d'argent astronomiques. Et quand la journée s'achève, alors je redeviens le vrai Dean. Celui qui aime son frère plus que tout au monde. Celui qui n'a pas toujours confiance en lui même s'il aime dire le contraire. Celui qui a une passion inavouée pour les romans Harry Potter. Celui qui écrit pour se vider la tête. Qui chante faux. Celui qui est ton ami.

Castiel espérait en être capable lui aussi. Il aimait l'idée de se construire un personnage. Jouer un rôle. S'il devenait quelqu'un d'autre la journée alors peut être parviendrait-il à ne pas trop souffrir de sa jalousie maladive. Peut être parviendrait-il à oublier qu'il était amoureux de Dean. Il avait vraiment envie de croire que c'était possible.

- Je ne sais pas si ce sera aussi facile pour moi que ça l'a été pour toi mais … tu as raison. C'est la meilleur solution. Je vais essayer.

- Je sais que tu en es capable Cas. Et si tu as besoin de conseils sur comment procéder, tu sais que tu peux toujours me demander. Je suis passé expert dans l'art subtil de la compartimentation. C'est devenu naturel chez moi. Quand j'ai commencé, je laissais tout ce qui m'arrivait m'atteindre. Chaque insulte … chaque … humiliation me touchait. Parce que je n'avais pas encore appris à me détacher de ce qui m'arrivait. Quand j'y suis parvenu, tout était devenu beaucoup plus simple. On pouvait dire ce qu'on voulait à Dean le prostitué parce que Dean l'homme n'était tout simplement pas la même personne. Ca peut paraître fou présenté comme ça mais je peux te garantir que ça ne l'est pas tant que ça. C'est un peu comme être acteur en fin de compte.

Castiel devait reconnaître que cette solution paraissait effectivement parfaite dans sa situation. Il était déterminé à travailler dessus. A faire en sorte que cela fonctionne pour lui aussi bien que cela avait fonctionné pour Dean.

- Si tu veux, on pourrait construire ton personnage ensemble. Lui trouver un passé … quelque chose d'un peu mystérieux. Ca pourrait être amusant. J'ai toute la journée de libre et personne avec qui je ne souhaite la passer plus que toi alors … si tu veux …

- J'en ai très envie, assura Castiel.

Il ne refuserait jamais une opportunité de passer du temps avec Dean. Il voulait saisir chaque opportunité. Il se fichait de ce qu'ils faisaient du moment qu'ils étaient ensemble. Cela suffisait à le rendre heureux. Il espérait qu'il en allait de même pour Dean.

- Et si toutefois on a fini rapidement, on pourrait redevenir nous même et nous exercer à d'autres choses … si tu vois ce que je veux dire.

Dean ponctua ses derniers mots par un clin d'œil exagéré qui arracha un petit rire à Castiel. Il était ridicule. Il était complètement fou. Il était également hilarant. Castiel ne pouvait pas l'aimer plus encore qu'à cet instant précis. Dean avait un don pour détendre l'atmosphère. Il semblait toujours savoir comment faire pour arracher un sourire à Castiel. Pour lui faire oublier ses doutes et ses peurs. Il semblait avoir été créé pour lui. Castiel aimait assez cette idée.

- Je ne suis pas sûr de savoir mais … peut être que tu pourrais me l'expliquer quand on sera chez moi. Gabriel n'est pas là.

Il n'était pas aussi à l'aise que Dean pour faire ce genre de plaisanteries. Mais il essayait. Et quand il vit Dean sourire, il sut aussitôt qu'il avait réussi. Il sourit à son tour avant de mettre le moteur en route. Il avait hâte d'être arrivés chez lui. Il avait hâte que la porte de l'appartement soit fermée à clefs pour qu'il puisse enfin profiter de Dean. Il pouvait déjà sentir l'excitation monter en lui.

Il sut que Dean était dans le même état que lui quand il lui saisit la main et la serra dans la sienne. Castiel accepta ce geste sans hésiter. Il avait la sensation que leur relation évoluait petit à petit dans le bon sens. Peut être qu'Ellen avait raison. Peut être que tout finirait mal entre eux. Mais pour le moment, ils étaient heureux. Et Castiel refusait de laisser les doutes de sa patronne les empêcher d'en profiter pleinement. L'avenir leur dirait s'ils avaient raison ou tort. S'ils étaient aveugles ou naïfs. Mais pour le moment, ils vivaient dans l'instant présent. Et c'était une décision qu'ils avaient prises ensemble.