Bonjour,

Voici le chapitre 29. Comme promis, je vais continuer à tenter de publier un chapitre par semaine. Je ne publie qu'aujourd'hui cette semaine parce que j'ai eu une petite frayeur lundi. J'ai commencé à avoir mal à la gorge et comme je suis confiné chez mes parents et qu'il y a eu des cas au travail de mon père et au travail d'une amie que j'avais vu récemment, j'ai du commencer à prendre ma température ... Du coup je n'avais plus la tête à grand chose d'autre. Désolée. Mais je vais bien. J'ai toujours mal à la gorge mais aucun autre symptome donc c'est sans doute juste un rhume.

Bref, j'espère que vous allez tous bien également. Dans tous les cas, prenez soin de vous et de vos proches. Et restez chez vous autant que possible pour sauver des vies !

Merci pour votre fidélité. Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Sydney8201

Musique du chapitre:

Numb de Linkin Park

Chapitre 29 : Dispute

« On ne se dispute qu'avec les gens qu'on aime, les autres on les ignore ou on leur fait la guerre. »

Ruppert Barnes

Dean avait des clients qu'il appréciait et d'autres qu'il supportait uniquement parce qu'ils le payaient une fortune pour ses services. Il ne les détestait pas vraiment. Il refusait de passer deux heures seul à seul avec quelqu'un qu'il haïrait. C'était une de ses limites. Mais il n'avait d'atomes crochus avec tous ces clients. Certains lui étaient indifférents. Il faisait mine de les apprécier pour donner le change et les satisfaire. C'était ce pour quoi on le payait après tout.

Don était l'un de ces clients. Il n'était pas vraiment désagréable. Il n'était ni insultant ni méchant avec lui. Mais Dean pouvait sentir qu'il se fichait pas mal de lui. Qu'il ne le voyait que comme un corps qu'il pouvait utiliser. Comme un objet qu'on jetait facilement après en avoir tiré ce qu'on désirait.

Et Dean l'avait accepté jusque-là. Don avait quelques exigences particulières concernant le sexe. Il aimait avoir la sensation qu'il contrôlait les choses. Peu importait que ce ne soit qu'une illusion et que Dean reste maître de ce qu'il acceptait qu'on lui fasse. Il jouait le jeu. Don avait accepté de payer plus que le prix fixé par Ellen. Il dépensait sans compter. Parce qu'il voulait utiliser Dean. Il voulait l'attacher et le bâillonner. Il aimait également l'aveugler et l'empêcher de jouir pendant toute la durée du rendez-vous. Il n'était pas violent. Il ne blessait jamais le jeune prostitué mais il était brusque et parfois brutal.

Bien sûr, personne n'aurait pu le deviner en le voyant. Dean avait rapidement compris qu'il fallait se méfier de l'image que les gens donnaient d'eux en public. La plupart du temps, c'était un masque qu'ils portaient pour rentrer dans la norme. Don paraissait bien sous tous rapports. Il était avenant et agréable. Il donnait l'image de quelqu'un en qui on pouvait avoir confiance les yeux fermés.

Et il ne se gêna pour jouer ce rôle devant Castiel quand Dean et lui pénétrèrent dans la chambre. Il répondit à ses questions sans ciller. Lui sourit comme s'il était content de le voir là. Comme s'il n'avait pas le moindre problème avec l'idée qu'on puisse douter de lui. Castiel sembla aussitôt rassuré. Il quitta la chambre sans même jeter un coup d'œil à Dean pour s'assurer qu'il faisait bien.

Le jeune homme ne lui en voulait pas. Il avait lui aussi été berné par l'homme que Don prétendait être en public. Ce n'était qu'une fois seul avec lui qu'il avait compris qu'il jouait un rôle. Qu'il n'avait rien du gendre idéal. Mais parce qu'il ne représentait pas un danger pour lui, il avait continué à le voir. Il acceptait ses conditions et ses exigences. Il respectait ses limites et Dean s'en contentait. Il lui suffisait de penser au chèque que Don lui signait pour ne plus vraiment se soucier de quoi que ce soit d'autre.

Du moins c'était ainsi que les choses se déroulaient avant. Avant Castiel. Avant Charles. Avant que Dean ne réalise qu'il avait peut être tort de tout accepter. Qu'il méritait mieux que de se laisser ainsi utiliser. Qu'il méritait le respect au même titre que n'importe qui d'autre. Que son choix de carrière ne faisait pas de lui un être inférieur.

C'était pourtant l'impression que Don lui donnait à cet instant précis. Il regardait son corps avec envie mais ne le regardait jamais dans les yeux. Il se fichait de ce qu'il pouvait avoir à dire. Il ne lui demandait jamais comment il allait. Dean n'y avait jamais prêté attention jusque-là. Mais cela lui sautait aux yeux maintenant.

Don n'avait pas le moindre respect pour lui et le jeune prostitué se demandait pourquoi il s'infligeait tout ça. Pourquoi il ne faisait pas le tri dans sa clientèle. Il gagnait suffisamment bien sa vie pour ne pas avoir besoin d'en voir autant. Il avait le luxe de choisir. Et il continuait pourtant à accepter de voir des types comme Don. Il avait du mal à comprendre pourquoi.

Il aurait aimé ne pas avoir tous ces doutes en tête. Il aurait aimé ne pas se poser toutes ces questions inutiles. Il aurait préféré que Castiel ne lui mette pas toutes ces idées en tête. Car cela rendait son travail bien trop compliqué. Il avait du mal à jouer le jeu. A prétendre aimer ce qu'on lui faisait. A donner le change.

Il se força toutefois à bouger pour que Don ne sente pas qu'il se passait quelque chose. Il se déshabilla rapidement sans se donner en spectacle. Il savait que ce n'était pas ce que son client attendait de lui.

Il s'allongea ensuite sur le lit, les bras et les jambes écartées. Don sortit des cordes de son sac et entreprit d'attacher chacun de ses membres aux quatre coins du lit. Dean se laissa faire, l'esprit toujours occupé par les questions qui y tournaient en boucle.

Il jeta un coup d'œil à son client quand ce dernier eut fini de l'attacher. Il semblait satisfait de son travail. Il avait un sourire sur les lèvres.

- Parfait, souffla t-il.

Dean savait qu'il ne parlait pas de lui. Il parlait de la manière dont il était attaché et à sa merci. Il n'avait pas choisi Dean parce qu'il l'appréciait ou qu'il le trouvait plus séduisant qu'un autre. Il l'avait choisi parce qu'il avait la réputation d'être le meilleur et d'accepter la majorité de ce que ses clients voulaient. Il l'avait choisi parce qu'il était le jouet idéal. C'étai humiliant. Dans cette chambre, Dean n'avait plus l'impression d'être une personne. Il se sentait dégradé et Sali. Et il avait de plus en plus de mal à l'ignorer. Don ne faisait rien de plus que ce qu'l faisait à chacun de leurs rendez-vous. Mais cette fois, Dean le vivait comme une insulte. Comme un manque de respect. Comme un affront. Il aurait aimé comprendre pourquoi son client se comportait ainsi. Peut être cela l'aiderait-il à l'accepter et à donner le change.

- Don, je … est-ce que je peux te poser une question ? demanda t-il.

Son client leva les yeux vers lui, visiblement surpris de le voir prendre la parole sans y avoir été invité. Ils ne parlaient jamais durant leurs rendez-vous. Don prononçait quelques mots dans le feu de l'action et donnait parfois quelques ordres au jeune prostitué. Mais Dean savait qu'il ne voulait pas entendre le son de sa voix.

Il resta donc figé, nu contre le rebord du lit, visiblement incapable de réagir.

- Je … je sais que ce n'est pas quelque chose qu'on fait d'ordinaire tous les deux mais … il y a … j'aimerais comprendre. Juste … je me demandais comment tu me voyais … ce que je représente à tes yeux.

Don monta sur le lit et s'installa entre ses jambes. Il semblait toujours perturbé par l'intervention de Dean mais déterminé à passer aux choses sérieuses. Pendant une seconde, le jeune prostitué crut qu'il n'allait pas répondre. Il n'insisterait pas. Il ne voulait pas perdre son client simplement parce qu'il avait quelques doutes depuis plusieurs jours. Il fut surpris quand Don se décida toutefois quand même à répondre.

- Je ne te paye pas pour discuter avec toi … si c'était ce que je voulais, j'irais voir un psy. Maintenant, si tu le veux bien, j'aimerais assez que tu taises et qu'on fasse ce pour quoi je dépense des fortunes.

Ce n'était pas la réponse que Dean attendait. Et s'il aurait pu s'en contenter avant, il ne parvenait pas à en rester là maintenant. Cela le rendait furieux contre lui-même. Il ne se reconnaissait pas.

- Je … d'accord mais réponds juste à cette question et je te promets de me taire ensuite. Est-ce que tu … à tes yeux, est-ce que je ne suis rien de plus qu'un objet ? Un corps ? Est-ce que la personne que je suis t'intéresse un tant soit peu ?

Don ricana une seconde et Dean sut alors qu'il avait vu juste depuis le début. Il se fichait pas mal de lui. Il aurait pu utiliser quelqu'un d'autre sans aucun problème. Il voulait juste un corps dans lequel prendre du plaisir.

- On a signé un contrat et j'ai été parfaitement clair avec toi depuis le début. Je n'ai pas envie d'apprendre à te connaître. Je me fiche de ce que tu aimes faire de ton temps libre. Je veux juste que tu me laisses faire ce que j'ai envie de faire. Que tu suives mes ordres et que tu m'en donnes pour mon argent. Est-ce que cela signifie que je te considère comme un objet ? Sans doute oui. Mais tu le savais avant d'accepter de me prendre comme client.

Dean hocha la tête. Il ne pouvait pas contredire Don sur ce point. Ils en avaient effectivement longuement discuté avant de signer leur contrat. Les conditions étaient parfaitement claires. Don ne s'était pas caché. Il n'avait pas menti. Et Dean avait accepté ses exigences. Il aurait pouvoir continuer à ignorer l'humiliation que cela lui faisait ressentir. La honte qui s'insinuait en lui. Ce n'était pas de la faute de Don après tout. C'était uniquement de la sienne. Il n'avait jamais ressenti ça auparavant. Et il ne voulait plus le ressentir.

Il choisit donc de ne rien ajouter et de laisser son client l'utiliser comme il le souhaitait. Il garda le silence quand ce dernier commença à le préparer rapidement. Il ne protesta pas quand il utilisa un vibromasseur sur lui tout en faisant aller et venir son sexe dans sa bouche. Il gémit quand il pouvait sentir que c'était ce que Don attendait de lui. Il n'était pas excité. Son sexe restait flaccide entre ses jambes mais son client s'en fichait. Et Dean fit comme s'il trouvait cela parfaitement normal. Comme si c'était son rôle. Son devoir.

Il se laissa manipuler. Il suivit les ordres que Don lui donnait. Il souleva les hanches. Il écarta un peu plus les jambes. Il accepta le sexe de son client en lui. Il n'y prenait aucun plaisir. Mais il ne dit rien. Il était évident qu'il n'était pas là pour apprécier ce qui se passait. Il était là pour procurer du plaisir et non pas en recevoir. Il était un objet à la merci d'un homme qui le payait une fortune. Rien de plus. Rien de moins.

C'était différent avec Castiel. Quand il était avec son ami, il redevenait une personne. Il redevenait Dean. Castiel s'intéressait à ce qu'il pouvait avoir à dire. A ce qu'il ressentait. Il se souciait de son plaisir avant tout.

Et il n'était pas le seul. Brian avait agi ainsi avec lui depuis le début. Dean ne se sentait pas utilisé quand il était avec lui. Ou avec quelques-uns de ses autres clients. Il n'avait pas à s'infliger ce genre de choses. Il n'avait pas besoin de l'argent de Don. Ou de l'argent de ceux qui comme lui ne le voyaient pas comme un être humain. Il avait envie de tout arrêter. De faire le tri parmi ses clients. De ne garder que ceux qui avaient du respect pour lui.

Don continuait à aller et venir entre ses jambes en gémissant. Il était évident qu'il prenait son pied. Mais Dean et lui ne partageaient rien. Une poupée gonflable aurait parfaitement pu tenir son rôle. Castiel avait raison. Il méritait bien mieux que ça. Il avait le droit d'aspirer à autre chose. Il avait le droit d'exiger qu'on le respecte. Qu'on le traite correctement. Il ne voulait plus se sentir ainsi humilié par des hommes qui croyaient en avoir le droit juste parce qu'ils le payaient. Cela ne suffisait plus. Dean ne le supportait plus.

Il laissa toutefois Don continuer à l'utiliser. Ce serait leur dernier rendez-vous. Dean allait s'en assurer. Il était presque sûr qu'Ellen serait soulagée. Elle le lui demandait depuis un moment maintenant. Et Dean s'empresserait de lui dire qu'elle le devait avant tout à Castiel. C'était lui qui avait aidé le jeune prostitué à prendre conscience de sa propre valeur.

Il grimaça quand il sentit Don jouir en lui. Il ferma les yeux et ignora ses grognements et ses gémissements. Il s'imagina ailleurs. Avec Castiel. Il pensa à tout ce qu'il pourrait faire ensemble une fois la journée terminée.

Il grimaça à nouveau quand Don se retira. Ce n'était jamais une sensation agréable quand il n'avait pas joui. Il attendit patiemment que son client le détache puis se massa longuement les poignets une fois libéré.

Il quitta ensuite le lit et prit aussitôt la direction de la salle de bains. Il se sentait sal. Pas uniquement physiquement même s'il avait très envie d'effacer l'odeur de Don de sa peau. Il avait également la sensation que ce qu'il venait d'accepter avait laissé des traces plus profondes. Des traces indélébiles qu'il ne pourrait pas faire disparaître avec une simple douche. C'était un peu comme si son âme avait été salie et il ne connaissait aucun remède pour cela. Il réalisa combien se laisser traiter ainsi depuis toutes ces années l'avait marqué. Combien il en avait souffert sans s'en rendre compte. C'était un peu comme avoir des cicatrices à l'intérieur. Des blessures qui se réouvraient à chaque fois qu'il passait un peu de temps avec un client comme Don. Il était grand temps d'arrêter de s'infliger tout ça. S'il continuait, son âme ne pourrait probablement plus être sauvé. Il finirait par croire qu'il ne valait rien. Il finirait par être convaincu qu'il n'était rien de plus qu'un objet. Il se perdrait. Il le refusait. Il pouvait encore se sauver lui-même. Mais il devait prendre les choses en main.

Déterminé, il pénétra dans la douche et entreprit de se laver. Il avait perdu la notion du temps. Il n'avait pas la moindre idée de l'heure qu'il était. Il ne voulait surtout pas inquiéter Castiel. Il devait faire vite.

Il venait seulement de couper l'eau quand il entendit quelqu'un frapper à la porte de la chambre. Il sut aussitôt qu'il s'agissait de Castiel. Il attrapa une serviette et la passa autour de sa taille pour aller lui ouvrir. Mais quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrait. Don n'avait visiblement pas encore quitté la chambre puisque Dean l'entendit demander à Castiel ce qu'il faisait là. Cela ne pouvait que mal se finir. Le jeune prostitué devait absolument intervenir avant que la situation ne dégénère. Il savait parfaitement ce dont Castiel était capable quand il était inquiet pour lui.

Il sortit donc de la salle de bains avec sa serviette autour de la taille, le corps et les cheveux toujours humides. Comme il s'y était attendu, Don et Castiel se faisait face dans la chambre. Ils se défiaient du regard. La tension était palpable.

- Je vous avais prévenu. Si Dean n'est pas revenu au bout des deux heures, je dois venir le chercher et m'assurer qu'il va bien.

- Oh il va bien. Et si vous voulez vous en prendre à quelqu'un pour le regard, alors prenez vous en à lui. Je n'y suis strictement pour rien.

Dean s'approcha d'eux rapidement. Castiel se calmerait forcément quand il le verrait. Il ne serait plus inquiet et tout s'arrangerait. C'était du moins ce qu'il espérait.

- Cas, je … je vais bien. Je suis juste … j'ai perdu la notion du temps. Je suis désolé. Mais Don a raison. C'est de ma faute si je suis en retard.

Castiel tourna alors le visage vers lui et l'observa une seconde. Il dut remarquer les traces des cordes sur ses poignets puisqu'il se tendit presque aussitôt.

- Tu es sûr que ça va ? demanda t-il.

Dean hocha la tête. Ce n'était pas entièrement vrai bien sûr. Physiquement, il allait bien. Il n'avait pas vraiment mal aux poignets ou aux chevilles. Il était un peu courbatu mais il avait l'habitude. Mentalement et émotionnellement en revanche, c'était différent. Les questions et les doutes qui tournaient en boucle dan sa tête l'épuisaient. Il voulait que cette journée se finisse. Il voulait rentrer chez lui et se glisser sous sa couette. Il voulait oublier qu'il vendait son corps contre de l'argent. Il voulait que Don parte. Mais il voulait avant tout empêcher Castiel de faire une bêtise.

- Je vais bien, répéta t-il en le regardant droit dans les yeux.

Cela aurait sans doute pu en rester là si Don n'avait pas eu l'idée stupide de prendre la parole pour se justifier à nouveau.

- Je ne lui ai pas fait de mal. Je ne suis pas un monstre. Juste un client qui paye pour un service. Et honnêtement, je ne suis pas entièrement satisfait de lui aujourd'hui. Je devrais peut être appeler Ellen pour le lui dire. Il n'était pas au meilleur de sa forme. Il s'est permis de me poser des questions … de m'interroger et de me parler quand il sait que ce n'est pas pour ça que je le paye. Il aurait été à l'heure s'il s'était comporté comme la pute qu'il est sensé être.

Dean tourna le visage vers lui aussitôt, choqué de l'entendre parler ainsi de lui. Il n'acceptait pas les insultes. C'était l'une de ses rares limites. Il refusait qu'on lui parle ainsi. C'était cruel et méchant. Pas seulement pour lui mais aussi pour toutes les personnes qui, comme lui, vendaient leurs corps. Il refusait d'être jugé pour son choix de carrière. Il refusait d'être traité ainsi.

Il s'apprêtait à rappeler à Don qu'il dépassait les limites quand Castiel lui coupa l'herbe sous le pieds. Il avait lui aussi reporté son attention sur son client. Mais il ne se contentait pas de le fusiller du regard. Il l'avait également attrapa par le col de sa chemise et l'avait forcé à reculer de quelques pas.

- Je vous interdis de parler de lui en ces termes. Vous ne lui arrivez pas à la cheville.

- Et pourtant c'est lui qu'on baise contre de l'argent. Pas moi. Désolé mon grand mais il me semble que cela fait de moi quelqu'un de meilleur.

Dean sentit son cœur se briser dans sa poitrine. Il avait voulu savoir ce que Don pensait de lui. Il avait sa réponse. Et s'il l'avait su sans doute depuis toujours, c'était atroce de l'entendre ainsi clairement.

Il était toutefois parfaitement capable de se défendre seul. Il savait quoi lui répondre. Il savait quoi lui dire. Il l'aurait fait si Castiel ne s'était pas empressé de prendre sa défense à sa place. Ce qui aurait pu être touchant mais donnait la sensation à Dean qu'il le croyait incapable de le faire par lui-même. C'était tout aussi humiliant de se sentir ainsi infantilisé.

- Vous croyez vraiment que payer un homme qui a la moitié de votre âge pour réaliser vos fantasmes de vieux pervers fait de vous un homme meilleur ?

- Je le crois oui. Non, je le sais. Il n'est rien de plus qu'un trou où fourrer ma …

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Castiel relâcha le col de sa chemise et lui asséna un coup de poing d'une violence qui surprit Dean. Don accusa le coup et recula d'un pas. Il reprit toutefois vite ses esprits. Il était évident qu'il allait riposter. Dean pouvait le sentir. Il devait absolument intervenir. Ils ne pouvaient pas les laisser se battre. Pas pour lui. Il était toutefois trop furieux pour parvenir à bouger. Il était en colère contre Don pour ce qu'il avait osé de dire de lui. Et furieux contre Castiel d'être intervenu ainsi sans laisser à Dean une chance de le faire lui-même. Il avait envie de leur hurler dessus. De leur rappeler qu'il était là. Qu'il était adulte et qu'il en avait assez qu'on se comporte avec lui comme si son avis, son opinion ou ce qu'il avait à dire ne comptait pas.

- Vous allez regretter ça, menaça Don en pointant son indexe en direction de Castiel.

- Vous ne me faites pas peur, répliqua Castiel sans le quitter des yeux.

Dean trouvait cela ridicule. Vexant également. Il approcha d'eux. Il avait rapidement senti que la situation allait dégénérer. Mais il n'avait pas imaginé une seule seconde que cela se terminerait en bagarre. Il avait conscience de ne porter qu'une serviette. Il aurait pu en rire s'il n'avait été aussi furieux.

- Ca suffit tous les deux ! Vous êtes ridicules. Arrêtez ça immédiatement. Don, je te conseille de partir avant que je ne te force à le faire. Castiel, tu vas le laisser quitter cette chambre sans t'interposer.

Les deux hommes tournèrent leur regard vers lui. Ils semblaient surpris de le voir intervenir de la sorte. Dean les défiait du regard l'un après l'autre. Il se tenait droit, le menton haut et les poings serrés. Il n'avait pas peur. Il était prêt à les séparer physiquement si c'était nécessaire. Il allait leur prouver à tous les deux qu'il valait mieux que ce qu'ils semblaient penser. Il en avait assez de se laisser marcher dessus. Cela devait prendre fin maintenant.


Castiel avait l'espoir fou que Dean finisse un jour par choisir d'arrêter son travail. Il voulait le voir cesser de se prostituer, de laisser des hommes abuser de lui et user de son corps comme ils le faisaient. Il espérait que Dean finirait par prendre conscience qu'il méritait mieux que tout ça. Pas seulement mieux que les clients qui lui manquaient ouvertement de respect. Mieux que tous. Parce qu'il était extraordinaire. Il était intelligent et drôle. Il était fascinant. Il avait d'autres talents qu'il refusait d'exploiter. Il avait des choses à dire. Des choses à apprendre aux autres. Il était bien plus qu'un physique. Bien sûr, il était séduisant, sexy et sans nul doute l'un des hommes les plus beaux que Castiel ait rencontré dans sa vie. Mais cela ne suffisait pas à le définir. Et ses clients ne s'intéressaient qu'à ça. Il ne voyait que le corps parfait. Les muscles finement dessinés. Le visage aux contours comme dessinés de la main d'un artiste. Rares étaient ceux qui acceptait de s'intéressait à ce qui se cachait à l'intérieur. A ce que le jeune homme pouvait avoir à dire. A ce qu'il pensait ou ressentait. Il y avait Brian sans doute. Mais il était le seul.

Castiel voulait que Dean comprenne qu'il avait le droit de ne plus s'entourer que de gens qui voulaient apprendre à connaître le vrai lui. Celui qui se cachait derrière ce physique parfait. Derrière le rôle qu'il jouait la journée. Derrière les défenses qu'il avait érigées autour de lui parce qu'il avait peur de souffrir.

Il savait bien que cela risquait de prendre du temps. Mais il voulait croire que leur conversation dans la baignoire avait été un déclic pour Dean. Que cela avait enclenché la machine et que le jeune prostitué finirait par comprendre qu'il pouvait aspirer à beaucoup mieux.

En attendant, Castiel devait accepter qu'il continue à travailler. Il devait continuer à veiller sur lui et à le conduire dans des chambres d'hôtel auprès d'hommes qui utiliseraient son corps pendant deux heures. Il avait tenté de se construire un personnage pour ne pas ressentir de jalousie. Mais il devait se rendre à l'évidence. C'était un échec. Il ne parvenait pas à être quelqu'un d'autre que l'homme qui aimait Dean comme un fou. Il espérait vraiment que cela cesserait bientôt.

Le client du jour semblait plutôt sympathique. Il accueillit Castiel sans aucun problème. Il souriait et paraissait réellement content de voir Dean. Le jeune chauffeur les laissa donc seuls sans s'inquiéter. Il était presque sûr que son ami ne risquait rien avec Don.

Il commença à en douter très rapidement quand Dean ne revint pas à l'heure convenue. Il était parfaitement plausible que ce retard ne soit du qu'à une douche un peu plus longue que d'ordinaire ou une conversation qui s'éternisait entre Don et Dean.

Mais il refusait de prendre le risque. Il remonta donc aussitôt et frappa à la porte. Il voulait laisser une chance aux deux hommes à l'intérieur de terminer ce qu'ils faisaient avant d'entrer. Il ne voulait surtout pas les surprendre en plein acte.

Ce fut finalement Don qui ouvrit la porte. Il était rhabillé et buvait un verre de ce qui semblait être du whisky. Castiel jeta un coup d'œil dans la chambre avant de demander où Dean se trouvait.

- Sous la douche. On a un peu de retard, répondit Don sans le regarder.

Il n'aimait pas du tout l'attitude de Don à cet instant précis. Il n'avait plus rien à voir avec l'homme charmant qu'il avait rencontré deux heurs plus tôt. Et cela commençait à l'inquiéter.

Il rappela donc au client qu'il connaissait les règles. Qu'il était là pour venir chercher Dean si toutefois il avait du retard. Don haussa les épaules avant de lui expliquer que ce retard était uniquement du au jeune prostitué.

Tout s'accéléra rapidement après ça. Dean sortit de la salle de bains vêtu uniquement d'une serviette autour de la taille mais visiblement en parfaite santé. Il tenta de s'interposer entre Castiel et Don. Il semblait sentir que la situation risquait de dégénérer.

Castiel ne le comprit pas immédiatement. Il ne voyait pas pourquoi il s'emporterait. Dean allait vient et Don n'avait visiblement rien à se reprocher. Il comprit rapidement qu'il se trompait.

Castiel n'était pas stupide. Il savait combien certains hommes pouvaient être cruels, insultants et méchants avec ceux qu'ils considéraient inférieurs à eux. Il savait que beaucoup tenaient ce genre de propos. Il n'aurait pas du réagir ainsi. Mais il ne supportait pas d'entendre cet homme insulter ainsi Dean. Le traiter comme s'il n'était rien de plus qu'un objet quand il était celui qui ne valait rien.

Le frapper était sans doute une erreur. Mais cela lui fit un bien fou. Il finirait très certainement par le regretter. Ellen serait avertie et furieuse. Elle le renverrait sans doute. Castiel ne parvenait toutefois pas à s'en soucier. Pas quand il avait enfin eu l'occasion de faire payer à quelqu'un tout ce que Dean avait pu subir et endurer depuis qu'il avait commencé à travailler.

Il aurait accepté de se battre avec lui sans aucun problème. Il en avait même envie. Il voulait que Don riposte et lui donne une bonne raison de lui donner un nouveau coup de poing.

Dean intervint toutefois avant qu'il n'en ait le temps. Il semblait furieux. Castiel pouvait comprendre qu'il le soit contre Don. Mais il était presque sûr qu'il l'était également contre lui. Et cela n'avait aucun sens. Castiel avait voulu prendre sa défense. Il ne faisait que ce pour quoi Ellen l'avait engagé.

- Je peux vous promettre que vous allez le payer très cher. Ellen sera mise au courant. Et je le forcerais à vous renvoyer.

Castiel ricana aussitôt. Il n'avait pas peur. Il ne laisserait pas ce type le déstabiliser. Il avait fait ce qu'il estimait avoir à faire. Si Ellen choisissait de le renvoyer pour ça, alors tant pis. Il trouverait un autre travail. Le salaire qu'il touchait ne justifierait jamais qu'il laisse quiconque parler ainsi à l'homme qu'il aimait.

- Si tu veux me revoir, tu ne diras rien. Maintenant quitte cette chambre, jeta Dean.

Don secoua la tête avant de prendre sa veste et de quitter finalement la chambre sans rien ajouter. Castiel le suivit des yeux avant de reporter son attention sur Dean. Il était toujours furieux. Cela confirmait ce qu'il avait pensé. Le jeune prostitué était également fou de rage contre lui.

- J'espère que tu as conscience de la stupidité de ce que tu viens de faire ! Parce que crois-moi … je suis passé pro dans l'art de prendre les mauvaises décisions et pourtant … je crois que tu m'as battu à plate couture sur ce coup-là !

Castiel choisit de ne pas protester pour le moment. Il préférait laisser à Dean le temps de lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur plutôt que de l'interrompre et de le mettre plus en colère encore.

- Tu n'avais pas le droit de le frapper et tu … je n'ai pas besoin de toi pour défendre mon honneur comme tu as essayé de le faire à l'instant. Je suis … je suis adulte et je suis parfaitement capable de me défendre tout seul. Tu crois qu'il est le premier à me parler comme ça ? Tu crois que je n'avais jamais entendu ce genre d'insultes avant ? Tu crois que j'ai attendu toutes ces années qu'on vole à mon secours ?

Castiel secoua la tête mais resta silencieux. Il était évident que Dean n'avait pas encore fini.

- Je sais gérer ce genre de situations et … même si je ne cautionne pas ce qu'il m'a dit … même si je ne pourrais jamais accepté qu'on me traite comment ça … il avait au moins raison sur un point. C'était de ma faute si on était en retard. De ma faute s'il n'en a pas eu pour son argent parce que j'avais la tête ailleurs. Je n'ai pas été à la hauteur.

- Tes poignets … souffla alors Castiel en reportant ses yeux sur les marques de cordes qui s'y trouvaient.

- Mes poignets vont bien Castiel. Il … il paye pour ce genre de prestation. C'est dans le contrat qu'on a signé ensemble. Il aime m'attacher et il aime que je fasse mine de me débattre. Si tu avais pris la peine de me demander avant de le frapper, tu le saurais.

Castiel savait que Dean acceptait ce genre de choses du moment que son client en discutait avec lui avant le premier rendez-vous. Il aurait du se douter que ses marques ne signifiaient pas que Don avait fait quoi que ce soit de répréhensible. Mais il n'avait pas réussi à se montrer raisonnable après entendu ce type insulter Dean devant lui.

- Et peu importe en fin de compte … parce que ce n'est pas là le problème. Je ne t'en veux pas parce que tu étais inquiet pour moi en voyant ces marques … je suis furieux parce que tu as pensé que je serais incapable de me défendre et que tu as cru avoir le devoir de voler à mon secours comme … comme on le ferait avec un enfant ou une personne faible. Ce que je ne peux pas accepter et tu le sais.

Castiel comprenait mieux pourquoi Dean était en colère maintenant. Il savait combien le jeune homme tenait à ne surtout jamais se montrer vulnérable devant ses clients. Combien il tenait à leur prouver qu'il n'était pas faible et qu'il pouvait se défendre lui-même. Il avait sa fierté et son orgueil. Et Castiel venait de les piétiner en frappant Don. Il avait volé à Dean la chance de se défendre seul. De prouver à son client que ses propos ne le touchaient pas. Qu'il valait mieux que ça. Il avait commis une erreur qu'il regrettait amèrement. Mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il ne savait pas comment se défendre. Qu'il n'avait aucun argument pour justifier son comportement.

- J'ai sans doute eu tort d'intervenir sans te laisser une chance de le faire mais … je ne regrette pas de l'avoir frappé. Il me méritait. Et … je pensais que tu … que tu avais décidé d'en finir avec ces types qui te manquent de respect. Que tu avais enfin compris que tu mérites mille fois mieux qu'eux.

Dean soupira longuement. Castiel réalisa alors combien il pouvait sembler ridicule de continuer à se disputer avec le jeune homme quand il ne portait qu'une serviette autour de la taille. Il devait probablement se sentir plus vulnérable encore ainsi dévêtu.

- C'est justement parce que tu m'as mis ses idées en tête que je … que j'ai été incapable de me concentrer sur ce que je devais faire pour Don. Je ne dis pas que c'est faux et oui … oui je n'ai plus envie d'avoir des clients qui se fichent totalement de moi mais … je n'aurais jamais du laisser ces idées me perturber autant … je n'ai pas été à la hauteur et pourtant … je le suis toujours … même avec quarante de fièvre.

- Tu m'en veux parce que je t'ai ouvert les yeux sur ta propre valeur ?

- Non, je t'en veux parce que même après que je t'ai assuré que j'avais compris, tu … tu as jugé bon de m'empêcher de le mettre en application avec Don. Parce que tu as douté que je le ferais. Je t'en veux parce que tu aurais du me laisser le remettre à sa place. Tu aurais du avoir confiance en moi … confiance dans le fait que j'aurais su le faire.

Castiel n'avait pas réfléchi avant d'agir. Il n'avait pas pris le temps de se demander si Dean voulait le faire lui-même. Ce n'était pas une question de manque de confiance en lui. Il avait juste pensé – à tort visiblement – qu'il était de son devoir de le défendre. Il n'avait pas voulu le vexer. Il n'avait pas pensé une seule seconde que cela le blesserait.

- J'ai commis une erreur et je suis désolé. Mais je peux te jurer que je n'ai pas pensé que cela risquerait de te blesser, assura t-il.

Dean croisa ses bras sur son torse en le fusillant du regard.

- C'est bien là tout le problème Cas. Tu n'as pas songé à moi une seule seconde avant de le frapper. Tu n'as pas réfléchi à ce que je pourrais vouloir … à ce que je pourrais ressentir. Tu as voulu jouer aux héros mais ce n'est pas ce dont j'ai besoin. Ce n'est pas ce que je veux. Et peut être … peut être cherches tu à te convaincre que tu as voulu prendre ma défense quand la seule chose qui te motive est … que tu ne supportes pas l'idée que je puisse coucher avec d'autres hommes que toi.

Castiel reçut cette accusation comme une claque en plein visage. Il ne l'avait pas vu sous cet angle mais Dean marquait des points. Il avait effectivement pensé défendre le jeune homme. Mais ce n'était pas la seule raison. Il était également jaloux. Il détestait tous ces hommes qui couchaient avec le jeune prostitué.

- Est-ce que je dois te rappeler que c'est mon métier Cas ? Que tu le savais avant qu'on commence à coucher ensemble ? Que j'ai toujours été clair avec toi sur ce point ? Parce que j'ai l'impression que tu as plus agi comme un petit ami jaloux que comme mon chauffeur et garde du corps. Je n'étais pas en danger. Don est peut être un abruti de première mais il ne représentait pas un risque pour ma sécurité. Tu … tu n'avais pas le droit de le frapper.

Castiel était complètement perdu. Il n'était plus vraiment sûr de savoir ce que Dean lui rapprochait. Et il avait besoin d'y voir plus clair pour savoir comment se défendre.

- Désolé mais tu m'as perdu là. Tu es en colère contre moi parce que je ne t'ai pas laissé une chance de te défendre, parce que tu as trouvé ma réaction excessive ou parce que tu penses que j'étais uniquement jaloux ?

Dean soupira longuement.

- Pour tout ça à la fois. Cas … on ne peut pas … je ne pense pas qu'on puisse continuer comme ça. C'est trop … je sais que ça se reproduira si on ferme les yeux et qu'on fait comme si de rien n'était.

Castiel avait la sensation que son ami était en train de lui dire qu'ils devaient tout arrêter entre eux. Il refusait de le perdre. Il avait commis une erreur. Il s'était excusé. Il était prêt à le faire encore et encore jusqu'à ce que Dean l'accepte. Mais il refusait de le perdre pour si peu.

- Tu m'as promis que tu ne serais pas jaloux, rappela le jeune prostitué après quelques secondes.

- Je ne l'étais pas. Je ne le suis pas. Je sais que tu ne fais que ton métier avec ces types. Je sais que c'est différent avec moi et … je peux te promettre que ma réaction n'est due qu'à ce qu'il t'a dit … qu'aux insultes qu'il a proféré. Je refuse de laisser qui que ce soit te parler ainsi devant moi. Et oui … j'aurais sans doute du te laisser te défendre toi-même mais ça a été plus fort que moi. Après Charles, je …

- Cas, non. Ne me mens pas s'il te plait.

Castiel fronça les sourcils. Dean semblait lire clair dans son jeu. Et cela compliquait grandement les choses. Car il était évident que le jeune prostitué avait mieux compris que lui le pourquoi de sa réaction.

- Je … Dean, je suis désolé. Je peux te garantir que sur le moment je n'ai pas songé une seule seconde à autre chose qu'au fait qu'il était en train de t'insulter … qu'il manquait de respect à mon ami et je … je n'ai pas réfléchi. J'ai agi pour le faire cesser. Ce n'est pas … peut être que la jalousie a quelque chose à voir avec tout ça mais ce n'est pas ce que j'ai ressenti sur le moment. Tu dois me croire.

- Peut être que tu n'en as pas eu conscience sur le moment mais … ça ne change rien au fait que tu … tu n'avais pas le droit de faire ça.

Castiel commençait à être en colère lui aussi. Il n'aimait pas entendre le jeune homme lui faire tous ces reproches quand il avait seulement commis une petite erreur. Et quand celle-ci avait été en grande partie motivée par l'affection qu'il avait pour Dean. Il voulait bien admettre qu'il avait eu tort mais il ne laisserait pas son ami l'enfoncer ainsi sans réagir.

- Tu crois que c'est aussi simple que ça Dean. Je n'avais pas le droit … point final. Ca te suffit à me condamner comme tu le fais. Parce que crois-moi, c'est bien plus compliqué que ce que tu as l'air de penser. Je dois voir ces hommes tous les jours et te laisser avec eux en sachant ce qu'ils vont te faire … en sachant qu'aucun d'entre eux n'a conscience de la chance qu'il a de t'avoir … qu'aucun d'entre eux n'a le moindre respect pour l'homme que tu es vraiment. Tu crois que c'est facile pour moi de laisser un type comme Don t'insulter devant moi sans rien dire et sans rien faire. J'ai eu tort … je le sais et je l'admets mais … je ne pense pas mériter que tu me hurles dessus après que je me suis excusé. J'avais de bonne intentions. Je ne l'ai pas fait pour te blesser. Je l'ai fait pour toi.

Dean sembla touché par ce qu'il entendait et pendant une courte seconde, Castiel eut la sensation qu'il avait marqué des points. Il fut toutefois rapidement déçu quand Dean reprit la parole.

- On dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions Cas et c'est … c'est vrai. Peu importe ta motivation, ce que tu as fait … ça m'a blessé et si je ne dis rien maintenant, on sait tous les deux que cela se reproduira. Peut être est-il temps pour nous de nous rendre à l'évidence et … accepter la proposition d'Ellen. Ce sera plus facile pour nous si tu n'as plus à être mon chauffeur.

Castiel avait songé à accepter cette proposition dès le début. C'était Dean lui-même qu'il l'avait rejeté sans même prendre le temps de lui demander son avis. Il l'avait fait ensuite bien sûr mais Castiel avait pu sentir que lui dire qu'il en avait envie lui aurait fait du mal. Il était resté pour l'épargner. Uniquement pour lui. Et cela lui retombait dessus à nouveau. Il était fatigué.

- C'est toi qui refusais d'envisager cette hypothèse. Tu lui as dit non dès qu'elle l'a évoquée.

- Et peut-être que j'ai eu tort de ne pas prendre le temps d'y réfléchir. Je n'en ai pas envie Cas. Je ne t'ai pas menti ce jour-là. Je ne veux pas de quelqu'un d'autre. Mais si c'est dont on a besoin pour sortir de cette situation alors … je suis prêt à l'envisager.

Castiel secoua la tête. Lui n'était pas prêt à le faire. Il y avait songé un instant quand Ellen en avait parlé. Il avait même hésité à accepter quand Dean lui en avait reparlé. Mais c'était inconcevable pour lui maintenant. Pas après avoir vu comment Charles et Don le traitaient. Il avait besoin d'être là. Besoin de savoir qu'il y aurait toujours quelqu'un pour veiller sur lui. Il ne pourrait jamais supporter de ne pas être cette personne.

- Je n'en ai pas envie, déclara t-il le plus sérieusement du monde.

- Sauf que ce n'est peut être plus à toi d'en décider. Don appellera Ellen. Peu importe que je le lui ai interdit. Il a été vexé et il se vengera. Quelque chose me dit que convaincre Ellen de ne pas nous séparer après ça risque d'être impossible.

Castiel soupira longuement. Il savait bien que cela risquait effectivement de compliquer un peu plus les choses. Il doutait de parvenir à convaincre sa patronne qu'il ne s'agissait que d'un incident isolé. Elle avait vu juste depuis le début et elle ne se priverait pas de le leur rappeler.

- Je vais aller m'habiller. Tu … je préfèrerais que tu ailles m'attendre en bas souffla Dean.

Castiel avait envie de protester. Envie de dire à Dean qu'il était injuste. Qu'il ne méritait pas d'être ainsi chassé de sa chambre d'hôtel. Mais il pouvait sentir que le faire ne ferait qu'aggraver un peu plus encore les choses. Leur dispute allait laisser des traces. Il n'était pas sûr que leur relation puisse lui survivre. Il ne voulait pas en rajouter plus. Il tourna donc les talon et quitta la chambre sans dire un mot. Dean n'avait pas parlé de tout cesser entre eux. Juste de mettre un terme à leur collaboration dans le cadre de son travail. Mais Castiel ne pouvait s'empêcher de penser qu'il ne s'arrêterait pas là. Qu'il allait le perdre malgré tout. Et cela le terrifiait.