Citation du chapitre : Un petit tremblement de terre, une tempête dans le cœur, une avalanche d'étoiles et de lumière (Tahar Ben Jelloun)
Bonne lecture !
Chapitre sept
Un petit tremblement de terre, une tempête dans le cœur, une avalanche d'étoiles et de lumière
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- Dis maman, pourquoi est-ce que tu pleures ?
- Je ne pleure pas, mon ange.
- Si si, je vois les larmes couler sur tes joues.
- Je t'assure, je ne pleure pas. Je ne peux pas pleurer.
- Tu es triste ? Tu as des regrets ? C'est la première fois que je te vois comme ça et ça me fait mal, tu sais là.
- Au cœur ?
- Oui au cœur. Je t'en prie maman, dis-moi ce que tu as. »
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Mes pieds se balancent dans le vide, machinalement, sans que je me force à le faire. Mes mains sont sagement posées sur mon ventre qui se soulève à chacune de mes longues aspirations. Je me délecte de cet instant où, tapie dans l'ombre, je peux enfin me reposer sans être agressée par le soleil. C'est un caprice de ma part. Au lieu de profiter de ce dernier je le fuis. La neige arrive. Magra me l'a confirmé la semaine dernière. Toutefois ma peau est tellement brûlée par les rayons du soleil que j'ai l'impression d'avoir développé une forme d'allergie. Ainsi je refuse d'en profiter. J'ouvre les yeux et je vois les feuilles voler autour de moi. Cela créé un joli mélange de brun, de rouge et de orange. Et je souris, heureuse d'être là, allongée sur cette branche, en cet instant précis. Heureuse de sentir l'écorce de l'arbre me rentrer dans le dos à travers le fin tissu de ma robe. Heureuse d'entendre des oiseaux me faire part de leurs chants matinaux. Heureuse de vivre, tout bonnement.
Quatre mois.
Quatre mois que je suis sur cette île. L'île de Dawn. J'ai acquis une certaine expérience depuis mon arrivée. Mes jambes sont plus robustes, mes bras sont plus vigoureux, mon mental s'est solidifié. Mes cheveux ont un peu repoussé et mon corps est une œuvre d'art constellée de blessures et de griffures. Mon bras gauche est à présent en parfaite santé et la cicatrice sur mon visage a presque disparu. Durant tout ce temps j'ai tout fait pour m'habituer à cette forêt, à cet environnement hostile qui ne semblait pas vouloir m'accepter dans son décor. Je me suis familiarisée avec l'herbe douce, les végétaux fourbes, les arbres anciens et emplis de sagesse, les animaux agressifs et imprévisibles. J'ai fait de cet environnement mon milieu naturel, de la maison de Dadan mon chez moi. Et même de certains bandits mes amis. Magra est, sans aucun doute, le premier de la liste. Depuis le début il a adopté une forme de sympathie naturelle à mon égard. Ça ne veut peut-être pas dire grand chose mais c'est comme ça que je le perçois. C'est comme ça que je fonctionne, à mettre des mots sur n'importe quoi, sur n'importe quelle situation.
Les mots.
Ou la faculté qui me relit directement à mon passé. J'aime jongler avec, me dire que ce que j'ai appris autrefois pourra toujours me servir. Mais la peur de perdre mon vocabulaire s'est accentuée au fil des mois. Par conséquent j'ai décidé d'entretenir un cahier. Cahier qui m'a été offert par Magra quand je suis parvenue à chasser un renard. Il m'a confié qu'il l'avait volé en ville.
La ville.
Je n'ai qu'un vague souvenir de ce que c'était dans ma vie d'autrefois. Quand je ferme les yeux et que je tente d'en concevoir une, je vois un millier de petites cabanes comme celle de Dadan. Bien sûr je me doute que la réalité est tout autre. C'est pour cela que je meurs d'envie d'en voir une de mes propres yeux. Si ça ne tenait qu'à moi je serais partie à l'aventure depuis longtemps. Cependant Magra m'a déconseillé de le faire, affirmant que je ne connaissais pas encore assez bien la forêt pour pouvoir me repérer et donc pour pouvoir retrouver mon chemin. De ce fait quand je m'ennuie et quand j'attends le retour d'Ace pour essayer de le suivre une fois encore, j'écris. Dans le cahier. J'écris des mots, des phrases, des citations que je pioche directement de la bouche de ce que j'entends à longueur de journée. Je note également tous les mots que je ne connais pas et que les autres disent sans cesse. Par exemple des « putin », des « mairde », des « conarres ». J'ignore toujours leur signification et leur orthographe. Ce qui ne me ressemble pas et m'agace énormément. Après tout les mots sont ma force. C'est ce que m'a confié Dogra un jour où j'étais désespérée d'être incapable de chasser un ourson. Oui oui, Dogra.
Je me souviens que j'étais devant la cabane et une pluie ardente s'abattait sur moi. Cela faisait plusieurs semaines qu'il n'avait pas plu et je me languissais de la sensation des gouttelettes agressives sur ma peau. En fait, c'est ce que je répondais quand on me demandait ce que je faisais dehors par ce temps. En réalité je fulminais de ne pas parvenir à chasser l'ourson en question. Et c'est à cet instant que Dogra est sorti pour me dire cette phrase. Cette phrase toute simple mais emplie d'une intention particulière.
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- « Ne te laisse pas abattre car ta force n'est pas au même endroit que celle de toutes ces brutes qui t'entourent. Ta force ne réside pas dans ton physique mais dans ton intelligence. »
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C'était la première fois qu'il me parlait, hormis la fois où nous nous sommes rencontrés. A vrai dire je n'avais absolument rien contre lui jusqu'à ce jour. C'est juste que je ne savais pas comment l'aborder et ce que je pouvais lui dire. En tout cas, j'adore son chapeau.
Justement, pour en revenir à la liste, j'hésite à intégrer Dogra dedans. Je ne sais pas s'il le prendrait bien si je lui annonçais que le considère à présent comme un ami. Dans le fond le comportement des autres est toujours aussi mystérieux pour moi, même après ces quatre mois de cohabitation. Quant à Dadan, elle est tellement exigeante avec moi que je ne sais pas quoi penser d'elle. Puisque que je ne suis pas très douée pour chasser, je compense ma faiblesse en lavant la parquet, faisant la vaisselle quand il y en a, époussetant les recoins de la cabane et en balayant les feuilles devant cette dernière pour libérer un passage.
Quoi qu'il en soit, il y a une personne que je ne suis pas prête à noter dans ma liste.
J'ouvre les yeux. Des bruits de pas se font de plus en plus distincts dans ma direction. Je me retourne doucement sur le ventre et croise les bras sous mon menton. A cette hauteur j'ai une excellente vue sur l'entrée de la cabane et le linge qui pend juste à côté. Ace sort, marchant toujours avec cette démarche si pressée, tout l'inverse des autres bandits. C'est comme-ci il s'était enfermé volontairement dans une bulle qui le démarque considérablement des autres et de moi-même. Une bulle fermée qui plus est. Je penche la tête pour suivre sa course. Il ne semble pas m'apercevoir. La voilà la raison numéro une pour ne pas l'inscrire sur ma liste imaginaire.
Je suis absolument inexistante pour lui.
Je me redresse légèrement, prends appui sur la pointe de mes pieds et saisis fermement la branche. Puis je jette mes jambes dans le vide, me laisse glisser le buste tout en effectuant des balancements et fixe attentivement le sol à quelques mètres en dessous de moi. Je finis par lâcher prise et atterris sans trop de difficulté sur de l'herbe asséchée et jaunie. Je souris. Plutôt satisfaisant pour un sixième essai. Je lève les yeux vers Ace qui s'est arrêté pour me regarder descendre.
- T'as vu ça ? dis-je pleine d'entrain. J'ai enfin réussi à le faire sans me fouler la cheville !
Pour toute réponse il se contente de détourner la tête, faisant mine de n'avoir rien entendu. Je croise les bras derrière mon dos et examine le ciel. Quelques nuages ont fait leur grand retour. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas peuplé le ciel.
- Ne change pas de chemin.
- Quoi ?
- Ne change pas de chemin, je répète en reportant mon attention sur lui. L'autre coup tu as fait un détour et tu n'es pas passé par les crocodiles.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu veux en venir à où au juste ?
- Que le pont que tu as emprunté ne m'intéresse pas.
Il me fusille du regard, ce à quoi je réponds par un sourire. Ça l'agace, il faudrait être aveugle pour ne pas le remarquer mais je ne peux pas m'en empêcher. Il couvre ensuite l'arbre de ses yeux sombres pour ensuite esquisser un sourire mauvais.
- Je n'ai aucun ordre à recevoir d'une fille qui n'est même pas capable de grimper à la cime des arbres.
Mon sourire s'estompe.
- Ça fait seulement quatre mois que je suis ici.
- Et alors ? J'y suis parvenu à l'âge de 4 ans.
- Mais moi je n'ai pas vécu toute ma vie dans cet endroit comme toi.
Cette réponse semble le surprendre. Il tape avec son tuyau sur le sol sec.
- Comment tu sais ça ?
Magra me l'a dit. Et il ne m'a pas confié que cela. Un jour que je dégustais une patte de poulet à ses côtés et qu'Ace était parti je-ne-sais-où, il s'est mis à m'avouer plein de petits détails même si je n'avais rien demandé. D'après ce que j'en ai soutiré, c'est le grand-père d'Ace qui l'a laissé ici à sa naissance. Il l'a confié à Dadan contre son gré. Je me souviens qu'il était tenté de m'en dire plus mais finalement il s'est retenu de le faire, ayant un trop grand respect pour son chef. Je sais juste qu'Ace a toujours été un enfant assez turbulent et solitaire. Et qu'il ne raconte jamais ce qu'il fait de ses journées. Et qu'il irrite particulièrement Dadan. Et qu'il a un an de plus que moi.
- Qui sait ?
Énervé, il tourne les talons et s'enfonce de plus en plus dans la forêt. Je soupire. Je vais enfin pouvoir me remettre à le suivre.
Ce n'est pas trop tôt...
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- Eh ben qu'est ce qu'il t'est arrivé, morveuse ? Je t'interdis de mettre un pied dans cette baraque tant que tu ne t'es pas débarrassée de toute cette crasse !
Très drôle. Dois-je lui faire part de mes dernières expériences ? J'en ignore encore la cause mais j'ai découvert que je ne supporte pas la plupart des sources d'eau de cette jungle. Pourtant, je me souviens que le jour de mon arrivée sur cette île, je m'étais baignée et je n'avais presque rien senti hormis une légère fatigue. Désormais, cette dernière est beaucoup plus intense lorsque que je touche de l'eau. Elle frôle l'épuisement et toute énergie me quitte. De toute façon je suis trop exténuée pour faire quoi que ce soit. Ace a été particulièrement insensible aujourd'hui. Il a chassé tous les crocodiles de telle sorte que je fus obligée de faire un énorme détour. Par chance j'ai réussi à retrouver sa trace par la suite. Seulement il n'a pas cessé de déclencher des avalanches en faisant rouler des troncs d'arbre dans ma direction ou en renversant des rochers. Je suis parvenue à en éviter un très grand nombre, par habitude, mais j'ai fini par trébucher dans un terrain extrêmement boueux et à perdre de vue Ace. Un terrain boueux ? Alors qu'il ne pleut plus depuis des semaines ?! Non mais je rêve !
A bout de force, je m'allonge dans l'herbe pour faire durcir la boue. Une fois totalement sèche il me sera plus facile de l'enlever.
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- Hé ! C'est moi, tu peux descendre !
Je me jette derrière un buisson couvert de neige tout en reprenant mon souffle. Mon bras saigne et me fait mal. Je ne me suis toujours pas familiarisée avec ce type de douleur. Quand je me blesse, cela me rappelle mon combat avec l'ours et toutes les entailles qui y ont suivi. Et ça m'effraye, ça me paralyse. D'autant plus que mon visage me brûle et une migraine épouvantable a fait irruption dans mon crâne il y a une heure au moins. Mais maintenant que j'ai enfin atteint mon but, je n'ai pas le droit d'y penser. Je me relève légèrement et tends la tête pour apercevoir Ace. Il est de dos, à une dizaine de mètres de moi et fait face à un immense arbre. Je m'attendais à tout sauf à ça. Ace connaît quelqu'un dans cette forêt. Quelqu'un qui ne fait pas partie du groupe de Dadan. Quelqu'un que je n'ai probablement jamais vu. Quelqu'un qui éloigne encore plus la réalité de l'image que je me fais d'Ace.
- Salut Ace ! Eh ben, tu es drôlement amoché aujourd'hui. Tu t'es battu avec qui ?
Ce n'est pas la première fois qu'Ace revient avec le nez en sang. Magra m'a expliqué qu'il va quelques fois en ville et réapparaît toujours dans un état grotesque. Après cinq mois de cohabitation avec lui, j'ai constaté qu'il se rend en ville au moins une fois toutes les deux semaines.
- Ça n'a aucune importance. Qu'est-ce que tu nous as ramené de beau aujourd'hui ?
- Hé hé, ça fait plaisir de te voir toujours aussi motivé pour réaliser notre rêve !
La voix est enfantine et provient du haut de l'arbre. Je n'arrive pas à distinguer de silhouette d'ici mais si je m'approche davantage je risque de me faire repérer. Par chance, je vois de la neige tomber de l'arbre et je comprends bien vite que le mystérieux individu est en train de descendre du végétal. Enfin je l'aperçois. Je le vois faire un bond en avant à proximité du sol et atteindre une branche suspendue dans les airs. En un instant il réalise l'acrobatie qui m'a valu quatre mois d'entraînement avec une facilité troublante. La jalousie que j'éprouve est remplacée par une forte admiration à la seconde où je découvre le visage du garçon. Un blondinet frisé se dresse devant Ace. Du bleu, du bleu, du bleu me saute aux yeux. Il lui sourit et durant un très bref instant j'ai l'impression que ce sourire est pour moi. Je secoue énergétiquement la tête, m'évitant par la même occasion de me faire davantage de fausses idées. Le garçon fouille dans ses poches de pantalon et en sort quelque chose que je suis bien incapable d'analyser.
- Regarde un peu le joli pactole que j'ai volé à des bandits !
- La vache ! s'écrie Ace, tu n'y as pas été de main morte à ce que je vois.
Et le blond se met à rire. Et là ce rire se met à me transpercer de toute part. Et là je sens mon cœur battre hors de ma poitrine. Et là je perds toute notion de la réalité.
Je vois ma mère. Je la vois très clairement, bien que derrière elle tout soit blanc. Je sens sa main, là, juste là sur mon cœur. Elle me sourit et me susurre :
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- « Un petit tremblement de terre, une tempête dans le cœur, une avalanche d'étoiles et de lumière. »
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Ma joue heurte violemment le sol. Je sens la neige me geler les pommettes et les cailloux s'incruster légèrement dans ma peau. La migraine est si forte, si, si, si, si violente que je me mets à rouler dans tous les sens. Je me tiens la tête, réprimant mon envie de hurler. Ma tête me brûle, c'est du magma en fusion, un volcan en irruption. Je ne peux plus me retenir. Je crie, je crie, je crie. Et puis soudain plus rien. Le feu s'est éteint, remplacé par le néant.
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Une vague me heurte de plein fouet. Je me réveille, trempée de la tête aux pieds. Magra se tient devant moi, un seau à la main. C'est comme un électrochoc. Tous mes membres se raniment après cent ans d'errance. Mes neurones frémissent dans ma tête. Je suis obligée, vraiment obligée de me lever. Je gigote tellement que je me prends les pieds dans la couverture. Dogra apparaît dans mon champ de vision et me retient fermement par les épaules. Il répète un milliard de fois que je dois m'allonger. Immédiatement. Que je suis brûlante. Merci bien, je ne m'en serai pas aperçue toute seule. Ma respiration fait écho dans la pièce et échoue contre les murs. Je fixe Magra. Il semble plus anxieux que jamais.
- Quelle aubaine qu'Ace t'ait ramenée jusqu'ici, susurre-t-il.
- Non mais quelle idée de sortir par ce temps avec uniquement ce simple tissu sur la peau ?! s'écrie Dogra. Tu veux mourir ?
Non. Bien sûr que non. Comment peut-il penser une chose pareille ? Tout ce que je voulais c'était partir à l'aventure pour découvrir un monde nouveau. Tout ce que je voulais c'était comprendre Ace. Cinq mois que je le suis et au moment où j'y suis enfin parvenue je trouve le moyen de m'évanouir. J'ai envie de me frapper.
- Laisse-moi tranquille..., je murmure en le fixant droit dans les yeux.
- Quoi ?! s'emporte l'homme au turban tout en agitant son balai. Comment oses-tu après tout ce qu'on...
- A vous êtes là ! Dogra ! Magra !
Dadan fait irruption dans mon champ de vision. Elle fume une cigarette dont l'odeur m'insupporte au plus haut point.
- La baraque est dégueulasse avec toute cette foutue neige et il manque du bois pour le feu ! Magnez vous de vous mettre au travail ou je vous jure que vous allez m'entendre !
Je suis quasiment certaine d'avoir entendu les deux compères déglutir. Ils n'hésitent pas plus longtemps. De son côté, Dogra, muni de son fidèle balai, se rue sur toutes les flaques qui pullulent la cabane. Du sien, Magra enfile différentes couches d'habits et se précipite dehors. Bientôt, il ne reste plus que Dadan, moi et quelques autres personnes auxquelles je ne fais pas attention. Je bouillonne. Je dois être aussi énervée que lors de ma première confrontation avec la chef des bandits. J'enrage tellement contre une raison qui m'est inconnue que j'ai l'impression que le sol bouge. Là. Juste sous moi. Et nulle part ailleurs. Je lève les yeux vers elle. Alors que je m'apprête à lui dire que je vais me mettre également au travail et qu'il est donc inutile de s'énerver contre moi, quelque chose me frappe. Son regard. Ça doit être la fièvre qui me rend folle et qui m'envoie des hallucinations, mais à cet instant je suis persuadée d'avoir décelé dans les yeux de Dadan quelque chose que je n'aurai jamais pu concevoir. Surtout venant d'elle.
A travers la façade qui affiche de la colère, il y a...
...de l'inquiétude.
Pour moi ? Ça me paraît irréaliste. Mais ça suffit à me couper le souffle et à chambouler les mots qui ne parviennent plus à sortir de ma bouche. Je la vois soupirer puis faire demi-tour.
- T'as intérêt à vite guérir si tu veux pas que je te foute à la porte. Compris morveuse ?
Cette fois je repose ma tête complètement sur l'oreiller et m'allonge entièrement. Je bloque ma respiration et ferme les yeux. Je permets à mes muscles de se décontracter et à prendre quelques minutes de répit. De cette façon je peux sentir mon cœur battre à tout rompre sous ma cage thoracique, mon sang circuler et mes veines palpiter. Dès fois je rêve de pouvoir être un minuscule moucheron pour s'infiltrer dans mon corps et pour en découvrir son fonctionnement. Un fonctionnement qui, soit dit en passant, doit être extrêmement complexe. Avec tous ces neurones , ces cellules et ces...
Secousse. Mon ventre trépide. Quelque chose le perturbe. J'ouvre les yeux et me remets à respirer normalement.
- Ne fais pas comme-ci je n'étais pas là. Ça m'énerve, surtout venant de toi.
Ace. Non, bien sûr, je savais très bien qu'il était là, adossé à un mur dans un coin de la pièce. J'avais juste envie de reporter le plus longtemps possible cette confrontation.
- Pourquoi « surtout venant de moi » ?
- Parce que tu sais très bien où je veux en venir.
Je le fixe et me remémore les événements qui ont précédé mon évanouissement. Il neigeait. Des flocons dansaient sous mes yeux émerveillés. Le sol, les arbres, les rochers... Tout était recouvert d'une couverture immaculée. L'air me brûlait mes poumons mais je ne pouvais en vouloir à une telle pureté. C'est comme-ci toutes les couleurs n'avaient jamais existé. C'est comme-ci j'appartenais à un autre monde. C'est comme-ci j'étais...
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- Au paradis ?
- Oui papa. Mon professeur de ce matin m'a dit que tout le monde y allait une fois que... euh... l'âme quitte le corps de son propriétaire, c'est ça ?
- Je vois que tu es toujours à l'écoute de ce qu'on te dit, mon trésor, mais ton professeur s'est malencontreusement fourvoyé cette fois-ci.
- Ah oui ?
- C'est exact. Tout le monde ne va pas au paradis. Tu sais, il paraît que seuls ceux qui ont une âme purifiée vont dans cet endroit féerique et éblouissant. Et je suis persuadé que tu feras partie de ces élus, Akira.
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...Oui, au paradis. Puis Ace est sorti de la cabane et j'ai dû mettre de côté ma fascination pour ce monde nouveau. Je l'ai suivi, poussée par une frénésie que je ne saurais décrire. J'eus l'impression de n'avoir jamais eu autant d'énergie dans mes pieds, dans mes jambes et dans mes bras. Finalement, j'y suis parvenue. Et j'ai vu ce jeune garçon blond. Je suis certaine de n'avoir pas rêvé. Ensuite... Ensuite le froid est apparu si soudainement que j'ai aussitôt compris que je ne faisais que le relayer au second plan depuis le début. Et au final... Au final quoi ? Je ne m'en souviens plus.
- Alors c'est vrai ? Tu m'as ramenée ?
- Je sais que tu as tout vu, ne fais pas l'innocente. Quand on t'a retrouvée tu étais tout près de notre cachette.
… « On » ?
- T'es contente ? T'as failli tout faire foirer. Sache qu'à partir d'aujourd'hui je ne serai plus aussi sympa qu'avant. Je ne te laisserai plus jamais me suivre !
Le petit commentaire de l'auteure : Cela fait quatre mois que Akira se trouve sur l'île de Dawn. Elle est devenue un peu plus habile et agile. Par contre sa relation avec Ace n'a pas avancé d'un iota. Dans ce chapitre, un certain personnage fait également son apparition, et pas des moindres ! J'imagine que vous l'avez reconnu sans difficulté *smile*.
Ciaossu !
