Citation du chapitre : Les relations sont sûrement le miroir dans lequel on se découvre soi-même (Jiddu Krishnamurti)
Bonne lecture !
Chapitre huit
Les relations sont sûrement le miroir dans lequel on se découvre soi-même
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- « Dites professeur, pourquoi ces enfants dans la rue vont à l'école et pas moi ?
- Voyons, c'est une question remarquablement absurde, jeune fille. Reprenons votre leçon du jour, vous voulez bien ? »
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Ce sera un jour très particulier. Je le sais, je le sens. Quelque chose plane dans l'air, comme une ère qui se renouvelle. Les oiseaux chantent, la brise fait bouger délicatement le drapeau hissé en haut de la cabane, les branches des arbres se battent en duel. Je n'ai pas besoin de balayer la pièce du regard pour savoir que personne ne s'est encore levé. La nuit derrière, les bandits ont célébré la meilleure capture du mois. Il s'agit d'un énorme loup et bien évidemment le héros de la soirée fut Ace. Quand j'y pense la situation était un peu grotesque étant donné que l'heureux élu n'était même pas présent. Mais le moindre événement est toujours une bonne excuse pour la troupe à Dadan pour boire des quantités affolantes de boissons alcoolisées. Étant donc l'unique enfant, je me suis mise à l'écart pour observer cette scène qui n'avait rien de banal à mes yeux. C'était très festif, et au lieu de m'effrayer comme je l'avais songé, j'en fus très admirative. Mes yeux, grands ouverts, avaient scruté la pièce de long en large, les visages écarlates des gens et les murs qui menaçaient de s'effondrer face à toute cette pagaille. Mes oreilles enregistraient les discussions les plus cocasses, les bouteilles qui se percutaient en guise d'amitié et les hurlements de rire. Mes doigts, quant à eux, ne cessaient de remuer entre eux tellement l'impatience se faisait sentir.
Qu'est ce que j'aurai aimé faire partir de ce monde fait de détente et d'ivrognes.
Être adulte. Cela m'a semblé essentiel durant cet instant. Je suis sortie dehors et me suis allongée contre un rocher, à une dizaine de mètres de cette fête inaccessible. J'ai attendu sagement que cela passe, puis je suis rentrée sans faire attention au fouillis environnant.
A présent que je suis totalement réveillée, mon intuition me souffle que tout le monde va dormir encore pendant pas mal de temps. Mon intuition me dit également qu'Ace n'est pas revenu entre temps.
Je m'étire en vue de cette journée qui s'annonce, selon moi, unique en son genre et me demande qu'est ce que je pourrai bien faire pour aller à la rencontre de ce qui m'attend. Je réfléchis quelques minutes, mais je renonce bien vite, préférant garder mon énergie pour une activité plus fatigante. Je place mes mains sur ma poitrine, dégage d'un coup de pied la couverture et aligne mes jambes pour qu'elles soient dans le même axe que le tronc de mon corps. Puis je roule sur le côté à toute vitesse, consciente que je vais atteindre la salle de bain si je garde cette position assez longtemps. Seulement, je heurte un homme à moitié nu qui gît par terre, la bave aux lèvres. Je l'ignore et traverse ensuite le drap suspendu qui cache la pièce que je convoite temps.
Une fois déshabillée, je me verse de l'eau sur tout le corps et me frotte avec une petite éponge. Je remplie une petite bassine d'eau dans lequel je jette un fragment de savon, penche ma tête en avant et entreprend de me laver les cheveux. Ensuite je les essore, les peigne avec mes doigts et enfile ma toute nouvelle robe que j'ai confectionnée il y a deux jours. Je prends la bassine dans l'intention de vider son contenu par la fenêtre mais avant cela je prends le temps de m'examiner dans le reflet. J'aime. J'aime la différence qu'il existe entre le rouge de mes cheveux et le bleu de mes yeux. Je ne peux pas m'empêcher de sourire. Finalement cette cicatrice très obstinée a totalement disparu. En même temps, cela fait un an que je suis ici.
Après avoir rassemblé quelques miches de pain de la veille dans la bassine et m'être servie à l'aide d'un gobelet dans la réserve d'eau de pluie, je sors sur le perron et m'assieds contre la façade de la cabane. Je souris au ciel bleu turquoise qui s'offre à la vue des habitants de cette île. Tout en dégustant mon petit-déjeuner, je contemple les arbres qui entourent l'habitation. Leurs feuillages filtrent la lumière pour englober le plus d'ombres possibles. Si je n'étais pas habituée à cette jungle, je me conseillerais probablement de ne pas m'y enfoncer. Je claque mes pieds l'un contre l'autre, puis contre le sol. Je relève la tête, faisant glisser de cette façon mes mèches de cheveux sur le côté. Une chenille rampe sereinement contre le mur en bois, au dessus de moi. Je jalouse la régularité de son avancée. Je tends la main et l'attrape. Puis je la laisse tracer sa route sur mes doigts. Je m'apprête à lui donner des miettes de pain qui siègent dans la bassine quand un bruit m'interpelle subitement. Des voix. Des personnes approchent. Au début, ce ne sont que des murmures mais au fur et à mesure qu'elles progressent dans ma direction, je peux conclure qu'il y a deux individus. Un adulte et un enfant me semble-t-il.
- Comme si ça ne suffisait pas que tu gobes un fruit du démon, il faut en plus que tu déblatères des conneries, tout comme Ace ! Tous les deux allez me faire le plaisir de devenir de vaillants soldats de la Marine !
- Aïïïïïeuhh ! Lâche-moi ! Pourquoi est-ce que j'ai mal comme ça alors que je suis en caoutchouc ?!
Mes suppositions se révèlent exactes. Je souris et approche la chenille de ma bouche pour lui murmurer :
- Je crois qu'on va avoir de la visite.
Je plisse les yeux pour mieux observer l'avancée des deux individus. Il ne me faut que quelques secondes pour reconnaître Garp. Cet homme n'a jamais passé inaperçu, selon moi. Je ne comprendrai jamais la raison pour laquelle il vient voir Dadan pour savoir comment se porte Ace. Oui, en fait je n'ai jamais saisi le sens de ses visites étant donné qu'à chaque fois il finissait par enguirlander le chef de la cabane. Très grand, les cheveux gris, le teint basané, une cicatrice au visage, le torse bombé. Tout chez lui m'intimide. L'enfant à ses côtés me procure l'effet inverse. En fait, plus je détaille ses faits et gestes, plus j'ai envie de rire. Petit, les cheveux noirs, un chapeau de paille dans le dos, des tongs aux pieds. Mon instinct me dit que, même s'il geint depuis tout à l'heure, ce garçon est en réalité sympathique. Sur ce, je me penche pour entrouvrir la porte. Je repère aussitôt Dadan, allongée par terre. Il faut dire qu'on a vite fait de remarquer sa chevelure rousse. Quelque chose me dit que si je ne la réveille pas elle va passer un mauvais quart d'heure. Peut-être mon sixième sens. Alors, sans réfléchir, je lui lance de toutes mes forces ma bassine et referme la porte. Son rugissement féroce me fait comprendre que je n'ai pas raté ma cible. Je n'ai pas le temps de me satisfaire de mon lancé que Garp frappe déjà à la porte sans faire attention à moi.
- Dadan, sors de là ! hurle-t-il.
Quelques secondes suffisent au chef de la bande pour sortir de la cabane, muni de Magra et Dogra qui servent probablement de boucliers. Quelle rapidité. On dirait bien qu'elle est aussi dotée d'un sixième sens qui lui a servi à ressentir la présence terrifiante de Garp. A peine le dialogue entamé entre les protagonistes que je m'en défais aussitôt. A quoi bon écouter ? Ce sont toujours les mêmes reproches qui sortent de la bouche de Dadan. « Ace est intenable. », « Il faudra que tu viennes rechercher Ace un de ces quatre. » et j'en passe. Je lève les yeux vers le garçon qui se tient désormais à côté du vieil homme. Il se masse la joue et m'observe également. Ses traits tirés de mécontentement et de douleur finissent par se détendre.
- Ils sont trop chouettes tes cheveux, ils ressemblent à ceux de Shanks !
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- Tes cheveux rouges sont comme ce que tu es ! Le diable ! Le diable !
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Je déglutis. C'est bien le première fois que l'on me fait une telle remarque, si ma mémoire est bonne. « Si ma mémoire est bonne ? » Je devrai en sortir d'autres des comme ça, juste pour rire une peu...
- Je...
- QUOI ?! TU SOUHAITES QUE L'ON S'OCCUPE DE TON PETIT-FILS ?!
La grosse voix de Garp explose dans un rire tonitruant.
- Ecoute Dadan, t'as pas vraiment le choix. Enfin si, t'as deux possibilités. Soit toi et toutes ta bande de larcins allez en taule, soit vous élevez ce gamin. Bien sûr, si tu choisis la seconde solution, je continuerai de fermer les yeux sur vos agissements !
Je ne bouge pas d'un poil mais cela n'empêche pas mes yeux de vagabonder. Je suis du regard le garçon qui s'est éclipsé discrètement pour fuir les négociations. Il examine un moment la forêt puis se met à courir un peu n'importe où. Tandis que je me lève pour m'étirer un peu, le gamin se reçoit une substance bizarre sur le visage.
- C'est... Un mollard ?! Beurk c'est dégueu', qui a fait ça ?! S'égosille-t-il en regardant tout autour de lui.
- Oh ! Mais ça ne serait pas Ace que je vois là-bas ? s'enquit Garp.
Je m'avance de quelques pas. En effet, c'est bien lui. Assit sur un énorme bison. Je me fige. Le regard qu'il lance au garçon me semble plus que familier.
Mépris.
Désintérêt.
Dégoût.
Voilà ce que j'y lis. Voilà ce qui se loge dans ses pupilles quand ces dernières rencontrent leurs jumelles ailleurs. Voilà ce que j'endure également tous les jours depuis un an. Rien n'a changé. Absolument rien. J'ai fait tellement d'efforts que j'en suis venue à me persuader qu'un jour ils porteront leurs fruits. Douce illusion. Bien qu'il ne connaisse pas encore ce garçon, j'ai l'impression d'être au même niveau que lui. « Bonjour je m'appelle Akira, et toi ? ». Dire ces mots à ce moment précis ne me surprendrait même pas. Je suis toujours au point de départ avec lui.
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Je m'assois près du feu en serrant contre moi le morceau de viande que j'ai réussi à attraper. C'est toujours la panique quand Ace ramène du gibier. Ici, la loi du plus fort prime. C'est chacun pour sa peau. Si tu n'as pas de viande, tant pis pour toi. Heureuse d'avoir réussi à m'emparer d'un morceau, je tire la langue au bandit qui s'était battu contre moi pour l'obtenir. Tout en mâchant la viande, je reporte mon attention sur le nouveau venu. Alors comme ça il s'appelle Luffy. Dadan a fini par accepter à contre cœur de le garder de peur que Garp mette en pratique ses menaces. Vraiment terrifiant cet homme... J'espère, à l'avenir, ne jamais avoir affaire à lui pour une quelconque raison. Luffy engloutit son riz en deux bouchées et en quémande de nouveau auprès du chef des lieux. Refusant crûment sa demande, elle lui explique toutes les corvées qu'il devra faire s'il souhaite dormir sous son toit. Ménage, corvée, cuisine... Tout y passe. Luffy en profite également pour clamer haut et fort qu'il déteste les bandits et qu'il deviendra un jour un pirate. N'ayant pas trop de rapport avec ce que lui conte Dadan, elle se met à le réprimander sans retenue. Du coin de l'œil j'observe Ace qui mange en silence à côté de moi. Je soupire et me lève. En même temps que lui. Il semble un peu surpris, mais fait très vite volte-face et marche d'un pas décidé vers la porte.
- Hé ! Il va où Ace ?
Le garçon se redresse également et se met à lui courir après. Ça me fait sourire. C'est fou ce qu'il peut me ressembler. C'est fou aussi qu'il soit si peu rancunier.
- Hé ! J'en ai pas fini avec toi ! Et c'est quoi cette histoire de pirate ?! s'écrit Dadan qui ne parvient plus à maîtriser la situation.
Magra me glisse un regard qui signifie « Ce serait bien si quelqu'un pouvait garder un œil sur lui... ». Si la demande vient directement de lui je ne vois pas pourquoi je refuserai. Et puis laisser ce garçon seul avec Ace est un peu inquiétant si on creuse un peu le sujet... Ce dernier va très certainement prendre le chemin des crocodiles et ce Luffy n'a pas l'air habitué à un endroit aussi hostile. Je m'empresse donc de suivre les pas du petit nouveau et de sortir. Justement, on dirait bien que j'arrive au bon moment.
- Je m'appelle Luffy ! Je ne t'en veux pas du tout de m'avoir craché dessus !
Ace se trouve déjà au sommet de la colline et Luffy peine à le suivre. Ainsi, je ne m'étais pas trompée. Ce garçon n'est pas blessé par le dédain d'Ace.
- Allez, soyons copains !
Il faut dire que ce garçon a tout de même une façon très particulière d'engager la conversation. Mais j'aime sa franchise. Au moins il ne tourne pas autour du pot. Un craquement me fait sortir de mes songes et alerte mes sens. Je sens le danger approché, j'entends comme le roulement d'une chose lourde, considérable et surtout périlleuse, et enfin je la vois. Ou plutôt devrais-je dire, je le vois. L'arbre. L'arbre fonce droit sur Luffy qui court déjà dans ma direction. Comment esquiver quelque chose d'aussi gros ? Je me mets à réfléchir à une vitesse folle. J'aimerais trouver le moyen de l'éviter mais c'est trop tard.
- NE RESTE PAS LA ! s'époumone-t-il en me rattrapant.
Je ne sais pas où s'est éclipsé mon cerveau mais il doit s'être recroquevillé dans une toute petite partie de ma tête. Ma raison s'est envolée. Je ne suis plus qu'un sentiment ambulant. Un sentiment sérieusement déterminé. En une fraction de seconde j'attrape Luffy et le tire vers moi. Je l'entoure de l'un de mes bras et lui chuchote :
- Ne bouge pas. Ça va aller.
Je n'ai pas le temps de me demander d'où sort cette confiance en moi que je croyais avoir perdu en combattant l'ours. Mon autre bras est tendu à l'extrême vers l'arbre. Qui est là. A quelques centimètres de ma main. L'impacte est imminent. L'écorce effleure ma peau, s'incruste dans cette dernière, l'arrache à certains endroits.
Et puis je la sens.
L'énergie.
La puissance.
Là, dans mon bras, cachée derrière mes muscles, camouflée dans mes veines, courant sur mes os. Puis je me vois venir vers cette source d'énergie. Je lui murmure de m'aider, de ne pas m'abandonner. D'obéir. Elle hésite, puis finit par se décider. Elle se précipite vers mon avant bras, mon poignet, et
enfin
la paume de ma main.
Et l'écorce éclate. L'arbre s'arrête immédiatement dans sa course. Un cratère se forme sous ma main. Le végétal est courbé. Et je suis au centre de cet arc, de ce spectacle. Je n'en reviens pas. Je retire doucement ma main et la contemple. Elle est en sang mais je m'en fiche. J'ai réussi. A canaliser cette force qui est mienne. Je souris.. non que dis-je, je ris comme une folle. Je tourne la tête vers Luffy, fière de mon exploit. Il paraît...
- Tr... Trop cool !
...ravi. Il n'a même pas l'air effrayé de voir du sang dégouliné de ma main. Je le lâche et arrache à contre cœur l'une des manche de ma robe. J'enlèverai l'autre ce soir. Quand je lève les yeux, Luffy est déjà en haut de la colline à crier après Ace. Il ne perd pas une seconde pour se remettre à le suivre. Je bande rapidement ma main et suis à mon tour sa trace. C'est étrange, Ace n'a pas pris le chemin des crocodiles mais celui du pont. Peut-être souhaite-t-il se montrer plus sympathique avec Luffy parce qu'il est plus jeune que nous.
Mais ce que je découvre une fois arrivée au sommet me coupe le souffle et balaye tout ce que je m'étais empressée de fonder. Luffy vole. Luffy vole dans les airs. La bouche et le nez en sang. Sang que l'on retrouve sur le tuyau d'attaque d'Ace. Luffy vole puis tombe, tombe, tombe, tombe en hurlant dans le vide. En le regardant faire je me souviens de ce que c'est de chuter dans un espace sans matière, sans accroche. Je sais quel genre de peur on ressent quand on n'a plus de prise sur quoi que ce soit. Et même si cela fait une année que j'ai subi cette expérience, je n'oublie en rien les émotions qui ont naquit en moi à cet instant.
La certitude de mourir est vraiment quelque chose d'atroce.
Et je plains tellement Luffy, j'ai tellement peur pour lui qu'une colère immense s'infiltre dans mon être et me fait frémir de toute part. Je fixe Ace. Je ne sais pas ce que c'est de détester quelqu'un, quel effet ça fait, comment on se ressent face à cette personne exécrée. Mais je suis persuadée d'une chose : à ce moment précis je déteste Ace. De toutes mes forces. Et alors je prends la voix d'une personne que je ne connais pas.
- Ace !
Il se tourne vers moi. C'est tout ce que je hurle. Je ne sais absolument pas quoi dire d'autre. Les mots restent bloqués dans ma bouche et je ne parviens pas à les sortir de là. Je serre tellement les poings que je saigne de nouveau. La douleur me calme quelque peu. J'observe mes mains, contracte et décontracte mes doigts. Puis je prends une profonde inspiration et lâche sans crier mais en me voulant la plus odieuse possible.
- Tu devrais avoir honte.
Je n'attends aucune réaction particulière de sa part. Je tourne les talons aussitôt et montre mon dos à Ace mais aussi à Luffy qui est probablement déjà arrivé au fond du ravin. Je souris, sachant tout au fond de moi qu'il ne risque pas de mourir. Après tout, j'en suis la preuve vivante.
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- Désolé boss, on l'a pas trouvé..., balbutie Magra en se tortillant.
Dadan avale une autre gorgée de la boisson qu'elle a entre les mains.
- Bon sang mais qu'est-ce qu'il fout ce gamin ?! s'égosille le chef des bandits en se balançant d'avant en arrière. Garp va nous tuer !
Je soupire. Je ne sais pas pourquoi Magra et Dogra s'entêtent à discuter avec elle ce soir. Dadan est complètement soûle. Je ne sais pas ce qui la pousse à boire autant. Magra m'a expliqué un jour que les gens s'enivrent parce qu'ils sont tristes ou stressés. Ils boivent pour oublier.
- Oh et puis merde ! poursuit le chef des lieux en levant sa bouteille. Tant pis s'il est mort ce môme ! On s'en fout ! Pourquoi faut-il qu'on s'occupe de ces garnements, bordel ?
Elle esquisse un geste vague dans ma direction. Je fronce les sourcils.
- D'abord Ace et Dieu sait qu'il est casse-pied ce gosse ! Puis toi qui sais à peine chasser et maintenant cette andouille qui n'est même pas fichue de survivre un jour !
Mes poings me démangent. Je me mords nerveusement la lèvre inférieure. Magra me lance un regard désolé mais je fais mine de l'ignorer. Je me lève et vocifère :
- Tu t'occupes de nous ? Ne me fais pas rire ! Nous sommes tout aussi autonome que toi ! Un toit : voilà tout ce que tu nous offres !
Je fais volte face et m'éloigne en de grandes enjambées. Je suis tellement rongée par la colère que je n'écoute pas ses réprimandes. Je passe à travers le drap suspendu et placé à quelques mètres de la porte de la salle de bain. Pratique ce drap. Je peux rester ici sans que personne ne me voit. Je lève les yeux et me rends compte que j'ai parlé trop vite. Ace est là, une serviette autour du cou, les cheveux mouillés. Le souvenir de ce qu'il a fait subir à Luffy cet après-midi me revient et ma fureur décuple. Je fixe mes poings qui tremblent de rage. Qu'est-ce qu'il m'arrive ? Ça ne me ressemble pas de réagir de cette façon. Je tiens l'un de mes poignets pour tenter de contenir mon agitation, mon énergie.
… Mon énergie ?
Tout me semble logique à présent. Je sens mon cœur palpiter dans ma poitrine. J'ai envie de... me déchaîner. De laisser cette énergie s'échapper.
De tout détruire.
Je m'apprête à crier d'horreur en constatant ce fait mais Ace est plus rapide et plaque sa main sur ma bouche. Il me regarde droit dans les yeux et je comprends ce qu'il souhaite que je fasse : me taire, tout simplement. J'essaye de recouvrer mon calme et de prêter attention à la situation.
- ...et puis pourquoi doit-on s'occuper d'Ace ?
C'est la voix de Dadan. Je tends l'oreille et me concentre sur ce qu'elle dit.
- C'est l'enfant du diable après tout ! Le gouvernement nous tuerait s'il apprenait que le fils du diable est chez nous !
- Chef ne dites pas des choses aussi injustes ! fait remarquer Dogra d'une voix mal assurée. Vous avez trop bu !
Mon cœur s'effrite. Je suis scandalisée. Les yeux écarquillés, je dévisage Ace. Je ne l'ai jamais vu avec cet air là. Pour la première fois depuis que je le connais il semble perdu. Durant une fraction de seconde j'aperçois un garçon de dix ans. Il fait enfin son âge. Cependant il se rattrape bien vite et fronce les sourcils comme à son habitude. Il me lâche et traverse le drap pour rentrer dans la pièce. Silence de mort. On entend juste une porte se claquer. Il doit être probablement sorti. Je suis toujours paralysée. Comment Dadan peut-elle dire ça de lui ? J'ai envie de vomir. Alcool ou pas, je m'en fiche. Rien n'excuse ses paroles déplacées. Je titube en avant et m'appuie contre la porte de la salle de bain. C'est la troisième fois aujourd'hui que je sens la colère monter en moi. Je sers et dessers mes doigts, discerne clairement la tempête qui ravage mes muscles. Je n'en peux plus, il faut que j'évacue tout ça. Je frappe contre le mur en pensant faire un simple trou.
Mais c'est toute la salle de bain qui est ravagée.
Le petit commentaire de l'auteure : Luffy ! Luffy ! Luffy ! J'adore ce garçon, vraiment. Contente qu'il apparaisse dans ma fic. L'étrange énergie d'Akira réagit à sa colère et elle ne parvient pas du tout à la maîtriser. J'ai beaucoup apprécié écrire le passage où la jeune fille protège Luffy. De même pour celui où Ace et Akira sont cachés derrière le drap.
Ciaossu !
