Ah que bien le bonjour !

Répondons d'abord à mes très fidèles lectrices :

Akabane - Merci beaucoup Yui pour tes encouragements, tes commentaires me motivent pour la suite ! *smile*

Cheshire D. Flo - Aha sacré Luffy, il n'y en a pas deux comme lui ! Bien contente que mon histoire te fasse rire par moment héhé. Alors oui, j'ai énormément d'avance (je viens de commencer le chapitre 34, donc c'est pour te dire aha). Pour l'heure je me contente de publier un chapitre par semaine pour rattraper un peu où j'en suis. Plus tard la publication passera à un chapitre par mois, en sachant que les chapitres que j'ai récemment écrits sont également plus longs que ceux que je publie actuellement. Et en ce qui concerne le dernier chapitre, je vois que tu as l'œil ! En effet, je l'ai publié assez rapidement mais ce pour une bonne raison. En fait, je voulais que mes chapitres sortent tous les vendredis car je suis consciente que les lecteurs ont davantage de temps à consacrer à leurs loisirs durant le week-end. En tout cas je suis ravie que tu attendes à chaque fois la suite ! Merci pour ton commentaire et tes questions *smile* !

Citation du chapitre : Les adieux les plus difficiles sont ceux qui n'ont jamais été expliqués (auteur anonyme)

Bonne lecture !


Chapitre quinze

Les adieux les plus difficiles sont ceux qui n'ont jamais été expliqués

- « Papa, maman ? Est-ce que je peux dormir avec vous ? L'orage me fait peur. »

/

La foudre ne cesse de maltraiter le sol. Elle harcèle nos terres sans se soucier des représailles, de notre opinion et de ce qui se passe autour d'elle. La pluie s'abat violemment sur les arbres, arrachant leurs feuillages et leurs fruits. La mer est déchaînée, on peut entendre d'ici le grondement des vagues et leur mécontentement. Et moi, pauvre petite fille qui a certainement été dorlotée durement sa jeunesse, j'assiste à cet effroyable et redoutable spectacle. Le drap suspendu au plafond qui était censé nous protéger du vent nous a trahis et m'offre cette vue terrifiante. Le ciel se pare d'un manteau gris anthracite et arrose copieusement ce qui se trouve sur son passage. Tout à coup un éclair fend le paysage en deux et le tonnerre, telle une détonation, ravage les autres sons de la forêt. Je me mets à ramper à vive allure jusqu'à la petite table que nous avons récupérée au Grey Terminal. Je me roule en boule et me ronge les ongles. Je n'ai jamais aimé les orages mais je n'ai jamais eu à assister à l'un d'entre eux. Même chez Dadan je me contentais de m'emmitoufler dans ma couverture et d'attendre que ça passe. Malheureusement ce soir je suis contrainte de le découvrir et d'y faire face – ou, en l'occurrence, de lui tourner le dos. Mon corps est parsemé de frissons et je ne peux pas l'empêcher de trembler.

- Akira... ?

Je hurle mais une main bâillonne ma bouche pour contenir le son strident qui s'est échappé de mes lèvres. Je tourne la tête et rencontre deux yeux sombres qui me considèrent avec surprise.

- Eh ben, on peut dire que je t'ai fait peur !

- Sabo ?

Le blond sourit pour me rassurer et mes membres se délectent de ce bref moment de répit. Je dis « bref » car un autre éclair surgit de nulle part et me fait frémir de plus belle. J'enfouis ma tête dans le creux de mes bras, ne voulant plus supporter cette tempête. Sabo le constate aussitôt et pose sa main sur mon épaule. La chaleur de sa paume agit comme un électrochoc et réveille mes bras tétanisés.

- Tu as peur de l'orage ?

Je relève doucement la tête et le contemple longuement. Face à mon mutisme, il finit par comprendre. En silence, il s'installe complètement à mes côtés. Je réalise qu'il doit sûrement être trois ou quatre heures du matin et que nous sommes là, sous cette table, juste tous les deux. La nuit tourmentée nous a plongés dans l'obscurité et je me rends compte que je n'avais jamais eu de discussion avec quiconque à cette heure tardive. La tête contre mes genoux, je tourne lentement la tête vers le blond qui fixe un point inconnu devant lui. Les ténèbres de la nuit lui ont fait perdre l'éclat de sa chevelure. Il ne porte pas son chapeau, ce qui est plutôt inédit. Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Il me fascine un peu plus chaque jour et j'ai toutes les peines du monde à mettre un nom sur ce que je ressens. Mêlée à toutes ces incertitudes, une chose est sûre pourtant : c'est fort. C'est incroyablement fort. Sentant mon regard posé lourdement sur lui, il se tourne finalement vers moi. Je ne détourne pas les yeux. L'observer m'occupe l'esprit, l'observer m'éloigne temporairement de la foudre et des frayeurs qu'elle éveille en moi.

- Tu sais Akira, c'est normal d'être effrayé. Parfois, le courage est la fabuleuse capacité de faire face à ses craintes.

Faire face... à mes craintes ? C'est vrai... Après tout il y a très peu de chance pour que ces éclairs, aussi violents soient-ils, me frappent de plein fouet. Je reprends peu à peu confiance en moi. Mes tremblements se sont amoindris bien qu'ils n'aient pas totalement disparu.

On ne peut pas terrasser sa phobie en à peine quelques secondes.

- Tu dis que c'est normal d'avoir peur mais j'imagine que toi tu n'as peur de rien.

- C'est faux, répond-il en riant doucement. Tu me surestimes. Moi aussi j'ai peur.

- Ah oui ? Et de quoi ?

Ses yeux doux se posent une nouvelle fois sur moi.

- J'ai peur de vous perdre. Luffy, Ace et toi.

Je suis soudainement exténuée. Sa présence apaise les frémissements qui tentaient de persister. Ma tête roule sur le côté et se pose sur l'épaule rassurante de mon frère. Ses habits sont moelleux et confortables comme semblaient l'être ceux de... de son père. J'ouvre subitement les yeux. La fatigue me fait passer du coq à l'âne. Mais elle m'apporte un lot supplémentaire : de l'audace. Ainsi, je fais glisser ma main sur le sol à la recherche de celle du blond. Une fois trouvée, je m'empresse de serrer ses phalanges, puis sa paume. Ils sont chauds et lisses. Tout son être respire la sympathie. Alors, au bord de l'inconscience je murmure :

- Tu sais Sabo, moi aussi je suis issue d'une famille de nobles.

Je déduis à son corps qui se raidit qu'il est surpris par mon affirmation. Par contre, les secondes s'écoulent et il ne dit toujours rien. Et ça, je ne sais vraiment pas comment l'interpréter. Je fixe mes orteils que je contracte et que je déplie. Je ne pense pas qu'il m'en veuille pour lui avoir caché pareille information. Ce n'est pas son genre. Après avoir repris ma respiration, je poursuis :

- Je ne te l'ai jamais dit parce que... parce que j'avais honte. Honte de vouloir partager cette chose en commune que nous avons alors que je ne m'en souviens pas vraiment. Quand je suis arrivée sur l'île Dawn, je pensais qu'être noble était permis aux familles unies et heureuses. Mais ce type de noblesse n'était qu'une illusion et la réalité m'est apparue quand nous sommes allés en ville pour la première fois. Là-bas tu m'as dit d'ouvrir les yeux et je me suis rendue compte de mon interprétation faussée. Et quand tu as commencé à nous parler de ton passé, certains souvenirs ont refait surface. Malgré tout je ne pense pas avoir été malheureuse étant petite. Du moins jusqu'à... jusqu'à...

Je me masse la tempe et tente de percer le mystère qui plane sur mon passé.

- Je ne sais plus...

- Akira...

- Ce que je veux dire par là c'est qu'à présent j'ai honte de mon ancien moi, honte d'avoir apprécié la noblesse alors qu'elle réunit à elle seule souffrance, cruauté et injustice !

Je me mords la lèvre inférieure, profondément dégoûtée des images de notre virée en ville qui se sont gravées en moi. Et alors que je suis plongée dans ces pénibles souvenirs, je sens que Sabo lâche ma main pour poser la sienne sur ma tête.

- La noblesse a une sale définition pour moi aussi. L'idéal serait de penser que la véritable noblesse vient de l'âme du cœur.

Je me redresse légèrement pour le regarder. Il semble si sérieux quand il déclare ce genre de propos. Je souris.

- Il y a des moments où j'ai l'impression que tu es déjà adulte.

Il se met à rire. La tension s'est échappée, notre raideur s'est envolée. L'orage est terminé.

/

- Mets ton pied là-dedans et tu verras !

Je roule des yeux puis finis par les poser sur Luffy. Ce qu'il peut être rassurant quand il s'y met celui-là... Je fixe les vaguelettes qui se jettent avec avidité sur le sable. Les parties touchées par ces dernières deviennent molles et fragiles. Je déglutis. Si je mets un pied là-dedans et que la théorie de Luffy est exacte je vais perdre toute mon énergie.

- Allez vas-y !

Mon petit frère me pousse gaiement vers la mer et je me mets à hurler comme une malade. Je me dresse sur mes orteils et tente de trouver un certain équilibre en agitant mes bras vers l'arrière. Je me rattrape de justesse.

- Mais tu es fou !

- Shishishi !

Je le gronde d'un regard ce qui suffit à le calmer. Mais la culpabilité n'a même pas le temps de peindre complètement son visage qu'il tape déjà du pied.

- Je faisais ça pour t'aider, moi ! T'as pas l'air décidé, on va pas y passer la journée !

Je ris. C'est vrai que plus indécise que moi il n'y a pas sur cette île. Je me tourne de nouveau vers la mer et admire un instant cet infini azur. Puis je serre les poings et me décide enfin. Je bondis en avant

et mon corps se statufie.

Un épuisement et une lassitude démesurés me gagnent soudainement. C'est violent, déroutant et très désagréable. Je fixe mes mains qui sont devenues si lourdes que je ne peux plus les bouger. Mes membres pèsent, sans exagération, dix tonnes. Alors que mes genoux allaient flancher, Luffy me tire vers lui, vers la plage, vers la sûreté. Je m'écroule dans le sable et je reprends ma respiration qui était comme saturée. Je n'ai pas le temps de récupérer que Luffy me saute dessus.

- C'est trop coooool ! Toi aussi tu as mangé un Fruit du démon !

Je manque d'avaler ma langue. Ce garçon va me tuer un jour, j'en suis certaine... Je me frotte le front et ferme les yeux.

- Oui... Je crois qu'il n'y a plus de doute à avoir...

Je me redresse pour me retrouver assise. Luffy s'est accoudé à mes genoux. Sa tête n'est qu'à quelques centimètres de la mienne et il rit toujours comme... comme Luffy, quoi. Je tends la main et l'enfouis dans sa tignasse ébène.

- Alors dis-moi, ça consiste à quoi un Fruit du démon ?

- Eh ben c'est un fruit dégueulasse qui t'a donné un pouvoir de fou pour le restant de ta vie. Par contre selon Shanks c'est de la daube si tu ne le maitrises pas. Et puis à cause de lui tu ne pourras plus jamais nager !

Super, ça a l'air fantastique... Un souvenir me revient tout à coup en mémoire.

- Mais tu sais à mon arrivée sur cette île je me suis baignée dans la rivière et cette sensation de fatigue n'était pas aussi étouffante. Et puis nous nous lavons bien avec de l'eau de pluie sans être vraiment exténué pour autant.

Il s'arrête de rire et me regarde avec étonnement. On dirait qu'il n'y avait pas songé lui-même. En fin de compte peut-être que notre corps devient une enclume uniquement si l'eau est de l'eau de mer. Peut-être que les autres sources d'eau ne nous affaiblissent pas autant...

/

Le coucher de soleil est moins éblouissant depuis ce point. Et puis ces nuages gris n'annoncent rien de bon. Toutefois pour le moment l'air est doux, le vent chaud, et cette fin de journée est apaisante, parfaite. Je balance mes jambes l'une après l'autre au dessus du vide et les laisse prendre le rythme du courant d'air qui soulève prudemment ma robe. Stella, la stèle, n'a jamais été aussi resplendissante. Je viens de la frotter énergiquement et elle est de nouveau comme neuve. J'appuie ma tête contre cette dernière et savoure ce calme et cette tranquillité. Mais cette sérénité n'est que de courte durée puisque mes pensées vagabondent une fois de plus vers la soirée d'hier et la nouvelle qu'elle a apportée avec elle. Alors comme ça...

- Alors comme ça c'est ici que tu t'éclipses de temps en temps ?

Mon cœur fait un bon si grand qu'il percute ma cage thoracique et sort de ma poitrine. Je me retourne, sur le qui vive. Mais... Qu'est-ce que...

- Ace ?!

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? A ta tête on dirait que tu fais face à un revenant.

J'imagine très bien la tête que je dois faire. En même temps je ne m'attendais pas à avoir de la visite...ici. Tandis qu'il prend place à côté de moi au bord de la falaise, je reste sur mes gardes. Il doit sans doute le remarquer puisqu'il me lance un regard mauvais.

- T'as un problème ? Si ce lieu est si important pour madame, je peux toujours partir !

Mes membres se détendent et je lui souris.

- Non, c'est bon, tu peux rester. Après tout on ne doit pas avoir de secret entre frères et sœurs.

Mes propres paroles ont l'effet d'une bombe et nous plongent involontairement dans nos pensées. J'ai envie de me gifler. Pourquoi est-ce que j'ai sorti une chose pareille ?! Cette histoire de secret nous rappelle que trop bien celui qui a éclaté hier. Dans un sens c'était plutôt culloté de sa part. Qui c'est qui disait « qu'il ne doit pas y avoir de cachotteries entre nous » ? Monsieur aux taches de rousseur en personne ! Quand je pense qu'il a sermonné Sabo parce qu'il nous avait caché qu'il était le fils de nobles...

- Gold Roger... Alors comme ça c'est ton père ?

Et me voilà de nouveau immergée dans notre soirée d'hier. Je nous revois tous les quatre autour d'un feu que nous avons nous-mêmes allumé. La discussion avait pris un virage étrange et se concentrait principalement sur notre passé – et plus précisément sur nos parents. Et puis, sans prévenir personne, Ace s'était levé brutalement et s'était retiré aussitôt. Je voyais bien que Sabo hésitait à nous expliquer pourquoi notre frère avait eu tout à coup ce comportement si distant. Et puis la vérité a explosé.

Gold Roger. Seigneur des pirates. Etait. Le. Père. D'Ace.

Personnellement, cela ne voulait pas dire grand-chose à mes yeux. J'allais répondre « Et alors ? » mais Luffy m'a coupée dans mon élan en sautillant partout et en criant comme un fou que c'était absolument « Trop cool ! ». Après tout, lui aussi rêve de devenir le Seigneur des pirates. Bien évidemment nous étions censés garder le secret mais c'était sans compter Luffy, champion en titre de l'honnêteté mais aussi de la maladresse. Sitôt avait-on retrouvé Ace dans notre cabane qu'il lui a déballé la nouvelle sans une once de précaution. « Il est trop cool Gold Roger ! T'as de la chance qu'il soit ton père ! ». Le visage qu'arborait Sabo était si livide que j'ai tout de suite compris qu'il aurait voulu, à cet instant précis, sauter du haut de notre cabane. Et je ne peux que le comprendre car, désormais, c'est moi qui ai cet étrange besoin. Après tout cette falaise est suffisamment haute pour que je... Enfin bref, je ne voulais pas aborder le sujet avec Ace. Mon esprit était déchiré avec lui-même. Il se griffait au sang, il se roulait par terre, il se mordait la peau. Et puis finalement il s'est avoué vaincu. Tout simplement parce que je ne supporte pas de voir Ace aussi tiraillé, aussi ballotté par ce poids qui pesait sur ses petites épaules. Face à ma curiosité mal placée qui égale celle de Luffy, j'ai bien cru qu'il allait partir. Néanmoins, contre toute attente, il reste là, assis, coincé dans son mutisme. Certaines étoiles ont fini par faire leur apparition dans le ciel. D'autres sont bloquées de force par les nuages.

- Oui.

Mon cœur accélère. C'est une réponse des plus simples, mais une réponse quand même. Il soupire et courbe son dos en arrière pour pouvoir admirer ce ciel mitigé.

- J'imagine que ça ne veut pas dire grand-chose pour toi de toute façon. La dernière fois que je t'ai demandé ce que tu pensais de lui tu m'as dit « que c'était sûrement une personne qui m'interpellait. Et que si c'était un de mes proches, c'était une bonne personne ». (cf. chapitre huit) J'ai tout de suite compris que tu ne le connaissais pas et ça n'a pas vraiment changé aujourd'hui, n'est-ce pas ?

Je ne dis rien. Je n'ose pas lui dire que Sabo m'a briefée sur son père.

- Au moins ça change des « Si Gold Roger était devant moi, je l'étriperais ! Et s'il avait un fils, je lui ferai subir le double ! » que me balancent ces salopards de la ville.

Son ton a beau être posé je conçois que ce sujet l'irrite au plus profond de lui et qu'il doit bouillonner de l'intérieur rien qu'en songeant à son père. Les paroles de Dadan me reviennent en mémoire. « Ace est l'enfant du diable après tout ! » (cf. chapitre dix). Je fronce le nez et cherche son regard. Il fait mine de ne pas me voir mais finit tout de même par se tourner vers moi.

- Quoi ?

- Je ne le connais pas, c'est vrai, mais ces « salopards » n'ont plus ne te connaissent pas. Ils te jugent sans raison valable et se reposent lâchement sur les faits accomplis par ton père. Je ne sais pas qui ils sont et pourtant je les hais déjà. Je les hais du plus profond de mon cœur, et tu sais pourquoi ? Parce que moi je sais qui tu es. Je sais quelle valeur tu défends, quel homme tu tentes par tous les moyens de devenir et je sais, plus que tout, que tu ne ressembles en rien au garçon qu'ils ont forgé pour toi, ou plutôt contre toi. N'oublie jamais que tu n'es pas n'importe qui aux yeux de Sabo, aux yeux de Luffy. A mes yeux. Ace, tu es celui qui m'a donné inconsciemment un rêve. Sache que tu es sûrement la personne la plus importante de ma vie.

Je reprends subitement ma respiration, à bout de souffle. J'ai parlé si vite que je n'ai pas eu le temps de saisir pleinement la profondeur de mes propos. Je repousse les quelques mèches qui me gênent et guette attentivement sa réaction. Il semble abasourdi et met un certain temps à se remettre de l'armée de mots qui lui tombent dessus. Enfin il cligne des yeux et se détourne vers l'océan. Je ne vois plus son visage. Est-il en colère ? Scandalisé ? Emu ?

- T'es vraiment bizarre...

Mon corps vibre, le rythme de mon cœur accélère imperceptiblement. Sa voix était très douce, presque chevrotante. Je souris de toutes mes dents, à la Luffy.

- C'est parce que je suis une fille.

/

J'ai toujours voulu changé.

Depuis mon arrivée sur cette île jusqu'à l'union de notre fratrie et donc jusqu'à l'échange des coupes de saké. Le changement était pour moi une preuve de renouvellement, un besoin permanent, le moyen d'aller de l'avant. J'ai d'abord cherché à comprendre mon passé pour finir par le fuir et le laisser de côté. J'ai toujours désiré devenir un Dragon Céleste et désormais je souhaite être un pirate. J'ai voulu, plus que tout au monde, « devenir aussi forte et intelligente que mon père, et aussi belle et gentille que ma mère. » et maintenant je me demande si ce souhait est raisonnable.

Seulement...

Le changement n'est pas seulement création et progrès. Il est d'abord et toujours décomposition, crise et

souffrance...

Je fais un cauchemar et je vais me réveiller.

Je fais un cauchemar et je vais me réveiller.

Je fais un cauchemar et je vais me réveiller.

Alors qu'est-ce que t'attends pour te réveiller ?! Aller, bon sang !

Ce n'est juste pas possible. C'est absurde, inconcevable, invraisemblable.

C'est impossible.

Nous qui nous pensions invincibles. Nous qui pensions être hors du temps, loins des autres. Nous qui pensions être dans une bulle infranchissable.

/

S'il te plaît maman, redis-le-moi.

La vie est comme une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité.

/

Notre bulle vient d'éclater. Les épines de la réalité ont pris un malin plaisir à la percer, à la traîner de force vers elle et à saccager tout ce que nous avons construit ensemble. Tout ce que nous avons prévu.

- Relâchez Sabo ! s'époumone vainement Ace.

- Ouais, relâchez-le ! s'égosille Luffy.

Pour toute réponse, mes deux frères aux cheveux noirs et moi nous prenons une floppée de coups de pied et de poing. Ces brutes à la solde de Bluejam nous obligent à rester à terre, la tête encastrée dans les cailloux pointus, les détritus du Grey terminal et les ruines. Nous sommes impuissants face à cette brute monstrueuse qu'est Bluejam. Mais surtout impuissants face à la noblesse qu'incarne le père de Sabo et à son statut social supérieur au nôtre. Si je pouvais ramper sans me retrouver rouer de coups la seconde qui suit, je lui mordrais le tibia jusqu'au sang. Cet immonde personnage se tourne vers le capitaine pirate qui détient Sabo entre ses bras poilus et musclés.

- Bon, je ne vais pas m'éterniser davantage dans cet endroit souillé. Vous savez ce qu'il vous reste à faire ?

Le rire gras de Bluejam résonne dans mes oreilles.

- Et comment ! Ces trois vermines m'ont ridiculisé en s'en prenant à cette merde de Porchemy. Vous pouvez être sûr qu'ils ne reverront plus jamais votre bambin puisqu'ils ne vivront pas un jour de plus !

Ses intentions meurtrières palpent mon corps pour lui certifier que ce n'est pas une plaisanterie. Nous allons...

- Non Bluejam, je ne te laisserai pas faire ça ! s'écrie Sabo en se débattant. Père, père écoutez-moi ! C'est bon je... j'ai compris.

Oh non... Tout mais pas ça...

- Sabo ne fais pas ça ! je hurle en essayant de me relever.

Cette fois c'est mon visage qui joue le rôle du martyr de leur agressivité. Mon nez est un sang. Et alors que des larmes me brûlent les yeux à cause de la douleur, je le vois. Je le discerne même très bien.

Le regard implorant de Sabo.

Ce même regard qui me supplie de ne plus rien faire. Ca suffit. C'est fini. Nous avons perdu.

- Père, je ferai tout ce que tu me diras, enchaîne Sabo en se détournant de nous. Je t'obéirai et te laisserai guider ma vie. Mais, je t'en prie, ne leur fais pas de mal ! Je t'en conjure ! Ils sont... mes précieux frères et sœurs !

Et ils s'en vont. Sabo et son père nous laissent derrière. Je suis paralysée. Je n'ai plus la volonté de faire ne serait-ce qu'un mouvement. Nous sommes contraints d'observer son dos. Du moins ce n'est pas comme ça qu'Ace l'entend puisqu'il s'est relevé et qu'il hurle comme un aliéné :

- Mais qu'est-ce que tu fous, Sabo ?! Ne t'occupe pas de nous et barres-toi ! Sème-les, ne les autorise pas à te priver de ta liberté ! Et qu'est-ce que tu fais de ton rêve ?! De notre rêve ?! Bordel réponds-moi !

J'enfouis ma tête contre les résidus de la décharge et laisse mes larmes se mélanger avec mon sang. Je pleure sans émettre le moindre son. Arrête Ace, c'est trop tard. Nous ne pouvons plus rien faire. Nous sommes trop faibles. Trop faibles pour venir en aide à notre frère...


Le petit commentaire de l'auteure : Les plus observateurs d'entre vous ont peut-être remarqué que ce chapitre possède une construction plus ou moins particulière. En effet, je voulais que Akira aie un tête à tête avec chacun de ces frères. Ces trois passages n'apparaissent évidemment pas dans le manga, ils sont le pur fruit de mon imagination. Ensuite, on bascule dans un tout autre registre : la séparation avec Sabo. J'espère que vous avez aimé ce chapitre *smile*

Ciaossu !