Bien le bonjour !

Petite réponse pour mes chères lectrices :

Cheshire - Tu as apprécié la construction du dernier chapitre et cela me ravit ! Je me suis vraiment creusée la tête et cela me semblait le plus pertinent. Pour Sabo je ne peux malheureusement rien de révéler, je te laisse le découvrir en lisant hihi. Ça me fait également plaisir de constater que tu as hâte d'avoir la suite. J'espère que ton voyage s'est bien passé !

Akabane D. Yui - Akira est très attachée à Sabo c'est vrai. J'aime beaucoup les liens qui unissent Akira avec chacun de ses trois frères. Je voulais qu'ils soient différents. Merci pour ton commentaire !

Citation du chapitre : Si l'on n'est pas brûlé par le feu, on est noirci par la fumée (proverbe français)

Bonne lecture, on se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre seize

Si l'on n'est pas brûlé par le feu, on est noirci par la fumée

/

- « Papa ! Dis papa, pourquoi n'as-tu pas aidé cette dame âgée qui est tombée avec ses courses ?

- Tout simplement parce que les cloportes ne méritent pas l'aide de nous autres, amis des Dieux de ce monde. »

/

Je ferme vigoureusement les yeux et les rouvre une dizaine de fois d'affilée. Mais rien n'y fait. Ace, Luffy et moi sommes bien tous les trois face à Bluejam et l'entièreté de son équipage. Je peine à croire que la réalité peut être aussi laide et amère. Je nous croyais tellement sur un petit nuage que je nous pensais invincibles, invulnérables, intouchables. Notre liberté n'était que chimère et Sabo en est la preuve vivante. On la lui a bridée, on l'oblige à replonger dans ce monde infâme qu'est la noblesse. Je n'arrive même pas à envisager ce qu'il peut ressentir en ce moment. Nous en veut-il de ne pas l'avoir sauvé ? Non, ça ne lui ressemble pas. Se sent-il opprimé et seul ? Probablement, oui. Je donnerai cher pour pouvoir être à ses côtés et le sortir de là...

- Ne rêvasse pas.

Ace. Mon regard glisse ensuite sur Luffy qui est à deux doigts de sauter sur Bluejam. La colère se lit clairement sur son visage. Je m'assène une gifle pour redescendre sur Terre. Le moment est mal choisi pour laisser mon esprit divaguer. Je dois absolument rester concentrée. Nous ne sommes pas sortis d'affaire. Alors j'observe. J'observe cet équipage méprisable qui se tient avec arrogance devant nous. Ils sont nombreux. Nos chances de survie sont quasi nulles. Et puis ce bateau pirate... Je n'en ai jamais vu de si près. Il est gigantesque, j'en ai des frissons rien qu'en imaginant le nombre de pirates qu'il doit abriter.

- Il faut que vous piger quelque chose une bonne fois pour toutes, les mouflets.

Bluejam boit une goulée dans la bouteille qu'il tient entre ses mains rugueuses et nous considère à tour de rôle.

- On naît noble, on ne le devient pas. Celui qui décide dans quel milieu social on va apparaître et s'élever, c'est le destin. Y a pas d'autres alternatives.

Je le trouve aussitôt répugnant. Ses dents manquantes ne font qu'accentuer son image de truand malhonnête. C'est donc à cela que ressemble un capitaine pirate ? J'espère que l'océan n'est pas uniquement peuplé de crapules de ce genre.

- Entre nous, je donnerai une bonne partie de ce que je possède rien que pour être à la place de ce merdeux. Faire partie de la haute, ça c'est le pied !

Cette fois je ne peux plus rester sans rien faire. Je me sens obligée de coller mon poing dans la figure de cet homme ignoble. Malheureusement – ou plutôt devrais-je dire heureusement pour ma peau – Ace saisit mon poignet pour me retenir. Sûrement a-t-il compris plus vite que la partie susceptible de ma personnalité que si j'ose ne serait-ce que faire un pas, je suis fichue. Plus d'Akira aux mille et une ambitions. Mieux vaut rester tranquille pour le moment. Je prends donc sur moi et me contente de répondre en déployant mon ton le plus cinglant :

- Je ne vois pas ce qu'il y a d'attrayant dans la noblesse. Être noble n'est en rien une partie de plaisir, surtout si c'est pour être bercé d'illusions toute notre vie pour nous couper du monde et subir des lavages de cerveau à longueur de journée.

Le sourire de Bluejam ne disparaît pas pour autant. A l'inverse, il ne cesse de s'élargir ce qui m'horripile encore plus.

- Ça fillette, ça reste ton point de vue. Je suis persuadé que votre « ami » se foutait bien de vous dans votre dos !

Cette fois c'est Ace qui prend la mouche :

- La ferme ! Sabo n'est pas du tout comme ça !

Le monstre fait un geste avec sa main comme pour nous inciter à nous calmer.

- D'accord, d'accord, si vous le dites... Cela dit, il vaudrait mieux que vous l'oubliez et que vous vous fassiez à l'idée que vous ne le reverrez plus jamais.

La douche froide. Une sueur glacée me descend le long du dos et congèle au passage mes os, ma colonne vertébrale, mes poumons. Mon cœur. Je ne suis plus qu'un amas de glace pétrifié dans cette idée qu'on m'oblige à assimiler. On ne reverra plus jamais... Sabo ? Tout mon être le réfute fermement.

- De toute façon, si vous essayez de le retrouver je serai dans l'obligation de vous éliminer. Croyez-moi, ça vaut mieux pour vous, comme pour lui, que vous ne vous revoyez jamais.

Toute forme agressive s'est évaporée. C'est à peine si j'entends Luffy crier sur Bluejam. Mon esprit s'est évadé. Loin de tout ça. Il est retourné dans notre cabane où règnent en maîtres euphorie, joie et réjouissance. Et béatitude. Et sourires. Et des milliers de rayons lumineux. Et des milliers de souvenirs. Mon esprit est retourné dans notre cabane où règne ASLA.

- Allez, on y va.

La voix d'Ace me ramène dans ce cauchemar. Je relève la tête vers lui et je le discerne très bien entrain d'écarquiller les yeux. Puis ma vision devient floue et j'ai beau cligner les paupières rien n'y fait.

- Ne pleure pas Aki, il va revenir Sabo !

Luffy. Je sèche mes larmes d'un revers de la main et m'efforce de lui sourire. J'ai beau ne pas perdre espoir, le visage sombre d'Ace m'incite inconsciemment à me faire une raison.

- J'espère juste qu'il va se dépêcher parce que moi j'préfère quand il est là ! ronchonne Luffy en croisant les bras.

- C'est pareil pour nous trois tu sais, grommèle Ace en s'emparant d'une caisse.

Je le questionne du regard. Il aurait pu me réprimander de ne rien suivre mais il dit simplement :

- Bluejam a décidé d'oublier l'épisode « Porchemy » si nous conduisons toutes ces caisses à des endroits bien précis dans Grey Terminal.

Alors comme ça on va devoir travailler pour ce démon pour ce sortir de là ? J'ai envie de lui répondre que je préfère encore me faire évincer mais je doute que ça lui plaise. De ce fait je hoche la tête sans conviction, persuadée que notre quotidien ne sera plus jamais le même.

/

Je n'arrive pas à fermer les yeux. Le sommeil n'est même pas envisageable. L'horloge que nous avons récupérée affiche minuit quinze. Ca fait trois heures que je fixe le croissant de lune qui illumine la nuit. Nous n'avons même pas pris la peine de tirer les draps pour nous servir de rideau. Je n'ai pas envie de dormir et pourtant je suis exténuée. Bluejam nous a obligés à porter des caisses toute l'après-midi. Mes bras me lancent mais ça n'a absolument aucune importance.

- Aki...Tu dors ?

Ce n'est qu'un murmure et pourtant je reconnais Luffy. Je me roule sur le côté et lève la tête vers lui pour lui faire comprendre que non, je ne dors pas. Nous sommes installés en cercle – comme d'habitude. A ma droite le sol est inoccupé, la couverture attend sagement un corps à réchauffer.

- En fait... Je me demande ce que fait Sabo en ce moment...

Je n'ose pas lui répondre que ça fait trois heures que je n'arrête pas d'y songer.

- Tu crois qu'il pense à nous ?

Je sers mes mains contre mon cœur et reprends ma position initiale. C'est-à-dire allongée face à la lune.

- Oui.

- Fermez là, tous les deux, ronchonne notre ainé. On a dit qu'on ne devait plus penser à lui pour l'instant.

C'est vrai. On s'est dit ça. Toutefois est-ce que c'est ce qu'il y a de mieux pour nous ? Est-ce mieux de trop y penser ou de ne pas y penser du tout ? La question reste en suspend dans ma tête.

- Et puis... C'est peut-être ce qu'il veut...

Je me lève d'un bond sans ménager aucunement mes jambes endolories par la marche de la journée. Je regarde Ace, estomaquée. Qu'est-ce qui lui prend de dire une telle ignominie ? Il sait aussi bien que nous que Sabo déteste la ville haute et sa famille. C'est évident qu'il préférerait être avec nous !

- Comment peux-tu dire une chose pareille ?

Et je m'enfuis. Je sors de la cabane, dévale l'arbre à toute vitesse et me mets à courir, à courir, à courir à m'en faire mal aux poumons. Pourquoi est-ce que je cours ? Pourquoi est-ce que j'ai pris la fuite aussi subitement ? Pourquoi j'essaye de me convaincre que, oui, c'est absolument évident que Sabo préférerait être avec nous.

Je m'arrête tout à coup, au milieu de nulle part. Mes yeux s'emplissent de larmes.

…Mais alors pourquoi est-ce qu'il ne revient pas ?

/

Nous sommes pris au piège.

Les flammes sont partout. Absolument partout. Elles dansent, se dandinent et nous narguent de ne pas pouvoir être aussi libres qu'elles. Elles engloutissent toutes les teintes pour colorer les alentours d'un rouge corail. La chaleur est insoutenable, elle me fait perdre peu à peu la raison en remplaçant ce que je vois par des hallucinations. Personne ne devrait jamais endurer pareil tourment. Personne. Je tente de bouger mais il n'y a rien à faire. Cette brute de Bluejam nous a solidement ligotés à cet arbre. Je me jure que si je le revois un jour je lui ferai tâter de mon poing. Cet... enfoiré nous a demandé de le rejoindre au Grey Terminal. Il nous a ensuite expliqué que son équipage comptait mettre le feu à la décharge sous l'ordre d'on-ne-sait-qui. Rien que d'imaginer tous les clochards et autres personnes brûler me coupe l'appétit pour une éternité, si ce n'est plus. Mes deux frères se sont mis à lui hurler dessus que c'était inhumain de faire une chose pareille et Bluejam leur a rétorqué que, de toute manière, il ne comptait pas nous laisser la vie sauve puisque nous étions au courant de son ignoble projet. Et voilà où nous en sommes. Nous ne sommes que des rats piégés, démunis, privés de tout.

- On va mourir ! On va vraiment mourir ! beugle Luffy en s'étranglant avec ses pleurs.

Je baisse la tête sur mon corps recouvert de cordes. Je ne peux même pas le contredire pour lui certifier le contraire.

- Bordel, il doit bien y avoir un moyen de sortir de ce merdier !

Je me mords les lèvres. Ace n'a pas abandonné, je ne dois pas baisser les bras. Je tourne la tête et constate qu'il essaye de gigoter pour desserrer nos liens. Soudain il se fige et ses yeux rencontrent les miens.

- Akira...

Il avale difficilement sa salive. La fumée dessèche notre gorge.

- Toi tu peux sûrement le faire..., poursuit-il sur le même ton. Tu nous as dit que tu pouvais détruire plein de choses.

Je vois tout de suite où il veut en venir. Je ne le laisse pas surenchérir. Je balance vivement ma tête de gauche à droite.

- Non... Non je ne peux pas...

- Mais si tu peux le faire ! Désintègre ces cordes !

- Non, je n'en suis pas capable !

Je fais tout pour éviter son regard pesant.

- Tu peux le faire, tu en as le pouvoir !

- Je t'ai dit que je...

- Bon sang, Akira !

Je relève alertement la tête vers lui. Ses yeux sont empreints de sévérité mais aussi d'espoir et de confiance. Il reprend sur un ton plus doux :

- Je te dis que tu peux le faire. Tu es la seule qui peut nous sortir de là.

Il croit en moi. Ses pupilles ne mentent pas. Lui qui disait « qu'il n'avait aucun ordre à recevoir d'une fille qui n'est même pas capable de grimper à la cime des arbres ». Lui qui disait que « j'étais une mauviette » (cf. respectivement : chapitre 7 & 9). A présent il croit en moi. Je pourrais fondre en larmes tellement je suis émue. Mais le moment est mal choisi pour pleurnicher. Je hoche simplement la tête.

- Je vais essayer.

Les cordages sont épais et nombreux. Si mon compte est exact, il y en a exactement dix. Je ne peux ni me servir de mes mains, ni de mes pieds. Je ne me suis jamais efforcée de dégager mon énergie sans l'aide de mes membres. Aujourd'hui est une première. Je prends une profonde inspiration qui me scie les poumons en deux puis ferme les yeux et baisse la tête. Il faut que j'arrive à la fois à visualiser mon pouvoir et les cordes. Il faut que je les sente se désagréger, s'effriter pour finir par disparaître. Il faut... il faut... J'ouvre un œil et découvre avec effroi qu'une seule des dix cordes a à peu près disparu. Je remarque également que le feu a progressé à une vitesse hallucinante et qu'il se situe tout près de nous. Je me mords l'intérieur des joues et referme les yeux.

Concentres-toi...

Une autre corde s'est décomposée.

Concentres-toi... Plus que ça... Bien plus que ça !

La troisième et quatrième cordes se sont évaporées.

Plus vite, fais les disparaître, réduits-les en poussière !

Cinq, six, sept. Du sang dégouline.

Encore ! Encore ! Encore !

Huit, neuf. Le sang coule. Il coule si vite et me calcine le visage.

Détruits-les !

Dix !

J'ouvre les yeux. Ace est le premier à se lever. Il tire Luffy et l'oblige à se tenir debout. Puis il s'agenouille devant moi et me dévisage, épouvanté.

- Merde..., souffle-t-il.

Il passe ses mains en dessous de mon nez et sur ma bouche. En une fraction de seconde elles sont recouvertes de mon sang. Je constate avec effroi que ma robe est parsemée d'énormes taches rouges. J'entends mon cœur battre dans mes oreilles. Je ne sais que dire et ignore comment me redresser. Alors Ace se penche davantage et me saisit par la taille. Il me soulève et me place derrière lui, sur son dos.

- Accroches-toi. Il faut que l'on parte d'ici le plus vite possible. On est complètement cernés par les flammes.

- Je...je peux courir toute seule...

- T'es têtue ma parole ! Pourquoi tu veux toujours tout faire toute seule ?

- Mais...

Une main se pose sur ma cuisse. Luffy...

- Tu nous as sauvé la vie. Maintenant c'est à nous de te rendre la pareille, dit-il en séchant ses pleurs.

/

- C'est chaud ! Ca brûle ! … Euh même pas... Chaque bouffée d'air me crame les poumons... mais j'ai même pas mal !

Ace a sermonné notre cadet en lui contraignant d'arrêter de pleurer. De ce fait ce dernier ne cesse d'être contradictoire dans ses propos. Ayant repris un tant soit peu de force, j'essaye de prêter un peu d'attention à ce qui se passe autour de moi. Des flammes, des débris, de la fumée, des ruines, des vagues de chaleur envahissent mes yeux. Mais des gens à terre, des larmes, des hurlements, des cadavres, du sang me les poignardent et je suis forcée de me détourner de cette scène atroce et insupportable.

- On va s'en sortir ! s'exclame Ace en reprenant difficilement son souffle. Faites-moi confiance !

Respirer proprement devient un tâche ardue. L'air est de plus en plus contaminé par le gaz que dégage l'incendie.

- ...Et Luffy ?

- C'est bon, il tient le coup, me certifie mon aîné.

- Où croyez-vous partir comme ça, bande de sales moutards !

Tout mon être se fige excepté mes poils qui se hérissent. Cette voix... Ne me dîtes pas que...

- Je ne me souviens pas vous avoir autorisés à vous carapater !

Bluejam... Et tout son équipage.

- Oh non..., je murmure plus pour nous trois que pour eux.

- Bluejam ! s'écrie Luffy sur ses gardes.

- Mais qu'est-ce que vous foutez là ?! réplique Ace. C'est vous qui avez provoqué cet incendie alors vous devrez...

- Fermez là, microbes !

Sa rage est telle que l'espace d'une seconde j'ai eu l'impression que la terre s'était mise à trembler. Je resserre légèrement mon étreinte autour du cou d'Ace. Cet homme est réellement terrifiant...

- On n'est pas d'humeur là, vous voyez ? poursuit Bluejam sans pour autant se défaire de son animosité. Ça devait pas se passer comme ça... Non... On ne devait pas se retrouver dans cette merde comme tous ces déchets du Grey Terminal.

Il se frotte le visage à l'aide de sa main velue et secoue la tête, comme-ci il ne pouvait décidément pas croire à ce piège qui vient de se refermer sur lui. Dans un sens si nous analysons décemment la situation, nous pourrons en conclure que nous ne sommes pas si différents. Nous ne sommes que des êtres humains oppressés par des flammes. Nous ne sommes que des rats en cage. Soudain il se met à glousser, à ricaner d'un rire pétri de jaune.

- Mais vous savez, se prendre une culbute pareille eh ben... Ca nous fait bien marrer. Comme on dit chez nous les pirates « mieux vaut rire de rien que de pleurer de tout ».

Puis-je lui dire que le proverbe original certifie l'inverse ? Probablement pas. Sans plus attendre, Ace et Luffy tournent les talons et filent vers une échappatoire. Malheureusement les hommes de Bluejam ont anticipé notre réaction et bloquent une sortie plausible.

- Si ma mémoire est bonne, vous ne nous avez toujours pas révélé où se cache votre trésor, lâche le chef des pirates en arborant son ton le plus ironique. Aller, cracher le morceau, ce serait du gâchis de le laisser à la merci de ce feu !

J'écarquille les yeux. Comment peuvent-ils penser à une chose pareille en cet instant critique ? Leur cupidité n'a donc pas de limite ? Je sens Ace se tendre et contracter ses phalanges autour de mes cuisses. Ce trésor... Cet argent... Tout ce que Sabo et lui ont amassé jusqu'à maintenant. Pendant cinq longues années, ils ont volé, dépouillé et berné des gens, fouillé de fond en comble les ruines de Grey Terminal. Cet argent représente la clé de l'avenir qu'ils ont conçu. Je le perçois à présent. Moi qui avais attribué à leur trésor l'étiquette de « stupide ». Je sais que je me suis trompée sur toute la ligne, que mes mots ont dépassé ma pensée. Je sais que j'ai parlé sans réfléchir. Je sais que la plus stupide dans l'histoire, c'était moi.

- Hors de question ! crie Luffy. C'est pas à toi que revient ce trésor ! Il appartient à Sabo et Ace qui ont...

- C'est bon Bluejam, c'est d'accord. Je vais te dire où il est planqué.

Mon cœur rate un battement. Je suis atterrée. J'ai envie de hurler qu'il est fou, qu'il n'a pas à sacrifier son trésor, cette partie de sa vie qui a duré cinq ans.

- Non Ace...

- Tu peux pas faire ça !

- Si, je peux. Sabo comprendra forcément. Vos vies et la mienne passent avant tout le reste.

Mes mains tremblent tellement elles ont envie de bâillonner cette bouche qui en révèle trop. C'est un réel supplice de l'entendre parler sans pouvoir faire quoi que ce soit pour nous sortir de cette impasse. Les flammes dansent de plus en plus rapidement. Elles battent un rythme insoutenable, prises de folie et fièvre dont elles seules connaissent le secret. Elles tendent les bras vers le ciel, comme si elles quémandaient plus de chaleur, d'intensité, de pouvoir à un Dieu imaginaire.

Tout à coup on m'ôte à ma rêverie - dans laquelle je m'étais perdue – mais surtout on me sépare d'Ace. Une brute me tire sauvagement par les cheveux et me suspend dans les airs. Je remue dans tous les sens pour tenter de me libérer.

- Lâchez-moi !

- Mais qu'est-ce que vous faites ?! Je vous ai révélé où est la planque !

Je cesse de bouger et constate que deux pirates incarcèrent Luffy et Ace entre leurs puissants bras. Bluejam pointe un pistolet et le braque sur notre aîné. La scène paraît invraisemblable et je meurs d'envie de me réveiller.

- Qui dit que tu ne nous as pas bernés, avorton ?

- Comme-ci j'avais pensé à vous mentir ! On n'a pas envie de crever nous, alors laisse-nous partir !

- Boucle-là, je t'ai pourtant dit que j'étais pas d'humeur après m'être fait couillonner par ces sales nobles !

La noblesse ? Pourquoi ça ne m'étonne qu'à moitié ?

- Votre soi-disant frère est l'un d'eux d'ailleurs. Il doit probablement vous mépriser dans votre dos et vous traiter comme de la daube.

- Sabo n'est pas du tout comme tu le dis ! riposte Ace sans se démonter face à cette arme pointée sur lui.

- Bien sûr que si, fais-toi une raison bordel ! Il est comme tous ces enfoirés de la haute, à ne penser qu'à leur fric ! Il passait du temps avec vous juste pour vous rabaisser auprès des autres ! Il n'a aucune estime pour vous !

- ARRETE DE DIRE DU MAL DE SABO ! s'époumone le garçon aux taches de rousseur.

Subitement, les secondes sont des heures et les minutes des années. Je vois Luffy mordre furieusement le bras du pirate qui le détient. Je le vois s'écrouler au sol et reprendre difficilement sa respiration dans cette mise en scène grotesque où l'oxygène se fait rare. Je le vois se retourner vers le rustre dont la colère est montée en flèche. Je vois ce dernier grommeler et tendre son épée juste au-dessus de la tête de notre frère.

Et

je vois

le pire

se produire.

La lame s'abat violemment sur le visage de Luffy qui hurle de douleur. Un cri, une clameur, une plainte, une lamentation, un hurlement qui pulvérise mes derniers espoirs que tout cela ne soit qu'un cauchemar. Que je vais me réveiller et que je serais entourée de mes trois précieux frères. Mes pensées sont saccagées. Même si, je ne sais par quel miracle nous parvenons à nous en sortir, je suis persuadée que je ne pourrais jamais effacer cette scène de ma mémoire. Les larmes ruissellent sur mes joues abimées et noircies par la fumée. Luffy... J'aimerais tellement te dire que tu es hors de danger, que nous sommes là pour toi, que tu n'as pas à t'en faire mais... Mais non... Non c'est faux... Les mots restent bloqués dans ma gorge et refusent de sortir de leur terrier.

Et j'entends alors

le rire infâme de Bluejam qui me fusille les tympans. J'ai envie de le massacrer. Mais c'est cette rage partagée qui fait réagir Ace le premier. Il ramasse une barre de fer et tape dans le pistolet du chef des pirates pour le faire valser plus loin. Je ferme les yeux.

Allez ma grande, ce n'est pas quelques cordes qui t'ont vidée de ton pouvoir, quand même ?

Je lève un bras et saisie la main du pirate qui m'agrippe par les cheveux. L'énergie se déploie dans mes phalanges. Je n'ai pas besoin d'alourdir ma poigne. Je sens l'os du poignet du pirate se briser sous mes doigts. Un nouvel hurlement déchire le ciel mais cette fois il ne me fait ni chaud ni froid. Il me lâche. Je fonds sur le rustre qui a blessé Luffy, tous bras dehors, prête à lui asséner ce qu'il mérite. La souffrance qui fait gémir son acolyte le fait hésiter dans un premier temps. Néanmoins dans le second, il reprend les rênes de son corps et balaye les doutes qui ont séjourné cinq secondes dans sa tête. Ses mains se referment sur son épée, il la lève et fend l'air dans ma direction. Je l'esquive sans trop de difficulté.

Après tout les animaux de la forêt sont plus vifs que ce balourd.

Je me redresse et décharge un vilain coup de coude dans son bide. Un creux se forme dans ce dernier puis je l'observe valser à une dizaine de mètres de là. Mes jambes flageolent et quémandent du répit mais je suis contrainte de refuser leur supplice. La bataille n'est pas terminée.

- Akira, derrière toi !

Mes oreilles n'ont pas encaissé assez vite l'information donnée par Ace. Je n'ai même pas le temps de me retourner pour parer l'attaque.

Mon corps est coupé en deux.

Je sens le métal me rentrer distinctement dans la peau et me lacérer le dos à la diagonal. A ce stade on ne peut plus parler de douleur. On ne peut plus parler de tourment, ni de calvaire. Il n'existe aucun mot dans mon carnet qui puisse me venir en aide. Ce type de souffrance n'a pas de nom. Je n'ai jamais connu ça auparavant. J'ai le temps de mourir une fois avant que mon corps ne heurte le sol. Je ne peux plus faire le moindre geste. Même mon esprit a été cisaillé. Mes yeux constituent mon unique point de repère dans cet enfer qui me gagne. Je m'accroche à ce qui me reste de vivant c'est-à-dire ma vue. Impossible de bouger, impossible de parler, impossible de me relever, impossible de me battre. Alors regarde, Akira, observe.

Je vois le pirate qui m'a blessée me porter le coup de grâce.

Je vois Bluejam se marrer comme une hyène.

Mais surtout

Je vois tout le monde tomber un à un au sol. Mon esprit amputé prend cela pour une farce. Jusqu'à ce que je me rende compte que s'ils sont à terre c'est parce qu'ils sont tous évanouis grâce à une force invisible. Tous évanouis grâce à Ace.


Le petit commentaire de l'auteure : Vous avez pu le constater, nous rentrons avec ce chapitre dans une toute nouvelle phase de l'histoire qui est plus sombre. Nos fratrie se retrouve amputée de l'un de ses membres et en est déstabilisée. J'ai adoré écrire tout le passage avec l'incendie, soit plus de la moitié du chapitre. Ça change de tous les passages de béatitude et de joie que j'ai rédigés précédemment ! De plus, j'aime ce contraste entre la maturité de Bluejam et le point de vue plus enfantin de nos trois compères. J'espère que vous avez aimé ce chapitre, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques.

Ciaossu !