Bien le bonjour !
Voici les réponses aux lecteurs et lectrices :
Cheshire - Oui, je respecte au maximum le travail d'Oda. Si Sabo a disparu à ce stade c'est pour une bonne raison. Sans cela, Ace et Luffy ne se seraient pas endurcis. Ils ne se seraient pas entraînés si dur. Et surtout ils n'auraient pas pris la mer à dix-sept ans. Il l'aurait fait avant ou après mais cela aurait tout changé, notamment pour Luffy. L'histoire qu'on lit dans le manga n'aurait pas été la même à une autre époque. Concernant Akira, effectivement elle est très attentive. Cette scène apparaît dans l'anime il me semble. On voit Luffy avec un ou deux scarabées mais il ne dit rien, cela sert juste de scène de transition. Il me semble que c'est cela, mais si ça se trouve c'est moi qui ai tout inventé sans m'en rendre compte *rire*. Merci pour ton commentaire !
Akabane D Yui - J'étais sûre qu'on allait m'en vouloir ! *rire* Merci pour ton commentaire !
Musique qui m'a ENORMEMENT inspirée pour ce chapitre :
Hiroyuki Sawano - Krone
Wouha que de souvenirs avec cette musique ! Je n'avais pas commencé la fic que je savais que je l'utiliserais pour ce chapitre. Si vous voulez vous pouvez l'actionner lorsque Akira se met à courir dans la forêt.
Citations du chapitre (traduit de l'anglais) : Hier je suis morte ; demain est en sang tombant dans ta lumière (Yesterday I died ; tomorrow's bleeding fall into your sunlight, paroles de la chanson "Shattered" de Trading Yesterday)
Bonne lecture et...sortez les mouchoirs !
Chapitre dix-huit
Hier je suis morte ; demain est en sang tombant dans ta lumière
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- « ... »
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C'est une blague. Une blague bien plus cruelle que réaliste qui teste ma naïveté et qui tente de m'avoir. Une blague que même le plus stupide des clowns n'oserait faire de peur de se faire huer. Une blague qui sonne si fausse à mes oreilles que je pourrai devenir sourde dans la seconde. En tout cas une chose est sûre. C'est la blague la plus horrible que je n'ai jamais entendue et je déteste Dogra du plus profond de mon être pour ça.
Je suis statufiée, je ne fais plus qu'un avec les planches de la cabane. Ace ne s'est pas défait de son impulsivité et se rue sur Dogra en le plaquant au sol.
- ESPECE DE SALE MENTEUR ! Comment tu peux dire une chose pareille ?! Ça t'amuse de nous dire ce genre de connerie ?!
Dire qu'il est hors de lui serait un euphémisme.
- Je dis la vérité, je l'ai vu de mes propres yeux ! s'époumone Dogra. Comment peux-tu croire que je pourrais inventer une histoire pareille, bordel ?! Ça s'est passé si rapidement, j'ai à peine eu le temps de réaliser l'horrible spectacle qui s'était joué devant moi !
Dogra repousse Ace. Je ne lis qu'une chose sur tes lèvres : mensonges, mensonges, mensonges. Tu dis ça pour qu'on se casse d'ici, de cette île et qu'on te foute la paix, n'est-ce pas ? Tu as toujours été si égoïste... C'est tellement petit et lâche ce que tu fais, je ne pourrai jamais te le pardonner.
- Le père de Sabo est venu le récupérer, c'est bien ça ? poursuit Dogra en sueur. Si Sabo avait été si heureux vous croyez qu'il aurait décidé de s'enfuir et de prendre la mer ?! Vous croyez qu'il aurait embarqué sur ce minuscule bateau en hissant un pavillon noir ?!
Tais-toi. Arrête, ferme là. Ne parle pas de lui au passé. Je vais te tuer si tu n'arrêtes pas. Ne parle pas de lui comme s'il était véritablement mort. Rien de ce que tu racontes n'est arrivé. Sabo est triste, c'est un fait, mais il est toujours emprisonné dans cette saloperie de ville haute. Et nous allons le sauver. Immédiatement. N'est-ce pas ?
Je me tourne vers Luffy et Ace et constate avec effroi qu'ils commencent à croire les propos de Dogra. Les larmes commencent à pleuvoir sur les joues du premier tandis que notre aîné se prend la tête entre les mains. Non ! Luffy, ne pleure pas je t'en prie, Sabo n'est pas véritablement mort ! Ace, réagis bon sang !
Lorsque Ace se relève et saisit Dogra par le col je reprends soudainement espoir. Mais...
- Qui est le fumier qui a fait ça ?! Je vais lui faire la peau, le tuer de mes mains alors dis-moi qui c'est !
- C'est un... un Dragon Céleste... !
Et mon passé s'effondre après avoir mené sa dernière valse. Il tombe au sol, s'enfonce dans la terre humide et froide et construit son propre cercueil. Les maigres espoirs qu'il me restait concernant les honorables mœurs de mes parents se sont brisés, volatilisés dans l'ouragan de mes pensées. Je ne bouge plus, je suis interdite. Une kyrielle de souvenirs me reviennent soudainement en mémoire.
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- Moi, quand je serai grande, je voudrais devenir aussi forte et intelligente que papa, et aussi belle et gentille que maman !
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- Dis Papa, qui sont ces personnes qui portent un scaphandre ?
- Ce sont de bons amis, mon trésor.
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- Papa ! Dis papa, pourquoi n'as-tu pas aidé cette dame âgée qui est tombée avec ses courses ?
- Tout simplement parce que les cloportes ne méritent pas l'aide de nous autres, amis des Dieux de ce monde.
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- Je suis Akira ! Et je sais qu'un jour je réaliserai mon rêve : celui d'intégrer les Dragons Célestes !
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Je saisis violemment ma tête entre les mains, prise soudainement de migraine. Je balance ma tête de gauche à droite, m'arrachant des cheveux au passage. De l'air ! J'ai besoin d'air ! Je me mets à suffoquer, je n'arrive plus à respirer. Personne ne peut m'entendre. Des taches apparaissent devant mes yeux. Je cligne des paupières pour les chasser mais elles persistent à rester. Je m'écroule au sol, incapable de supporter pareil tourment et le noir absolu m'accueille dans son antre lugubre et terrifiante.
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Je me réveille d'un bon avec le sentiment de m'être débattue durant des heures. Assise, les poings serrant la couverture à m'en couper la circulation sanguine, j'essaye de me remémorer ce qui s'est passé avant ce trou noir soudain. A tous les coups je me suis évanouie mais... pourquoi ? J'observe les gens qui gesticulent autour de moi. Les bandits sont étrangement calmes aujourd'hui. Ils balayent, murmurent de temps à autre des paroles inaudibles et sortent avec des piles de linge à pendre dehors. Magra et Dogra ne sont pas là. Sûrement sont-ils partis chasser. En tout cas Dadan est présente, allongée, et semble vivre un cauchemar dans ses songes. De nombreuses gouttes de transpiration glissent sur son front. Je m'apprête à me lever mais un poids sur mes jambes retient soudainement toute mon attention. Je baisse les yeux. Luffy est endormi contre moi. Je souris, il semble si innocent comme ça. Le contempler lorsqu'il dort est probablement l'une des choses que je préfère faire de bon matin. Je relève les quelques mèches noires qui cachent ses paupières pour mieux l'observer. J'écarquille les yeux. Ses paupières sont rouges, gonflées comme s'il avait pleuré des heures avant de s'endormir, épuisé.
Et en une fraction de seconde je me souviens de ce qui a causé mon évanouissement.
Je relâche ses cheveux, et, ne sachant que regarder, j'examine mes mains. Je ne me suis jamais trop attardée sur elles. Pourtant sans ces dix doigts je n'aurai jamais pu effectuer le quart de ce que j'ai fait depuis que je suis sur cette île. Soit un an et huit mois. Je serre les poings, décale le bras de Luffy et me mets debout. Mon dos me tiraille encore mais la douleur est supportable. Je me déplace en de grandes enjambées jusqu'à me tenir en face d'un bandit qui cire le sol.
- Où est Ace ?
Il se tourne vers moi, visiblement surpris de me voir.
- Ah euh... Il a reçu une lettre de... euh...de...
Mon cœur se sert mais j'ignore cette ineptie.
- De Sabo ?
- Oui euh... Il me semble qu'il est parti en direction de la forêt.
- Je vois.
Je sors de la cabane précipitamment sans pour autant courir. Ce serait bête que ma blessure se rouvre alors que je m'apprête à me battre. Oui, à me battre. Pour sauver Sabo de cette horrible noblesse, pour le sauver de cette prison qui l'empêche de vivre comme les oiseaux. Je ne serai pas seule. J'arriverai à convaincre Ace et nous partirons de ce pas. Je sais où il est. S'il lit la lettre de Sabo il n'y a que deux endroits où il peut se trouver. D'ailleurs, il doit s'agir d'un message où Sabo nous demande notre aide. Je fixe à nouveau mes poings, prise d'une détermination sans faille.
Attends-nous Luffy. Notre fratrie sera bientôt au complet.
/
Mon instinct ne s'était vraisemblablement pas trompé. Les pas d'Ace ont dû le mener là-bas tandis que les miens m'ont poussée spontanément dans sa direction. La terre fraiche est retournée à divers endroits, principalement à l'ombre, là où le soleil ne fait plus la loi depuis une bonne dizaine de jours. Pourtant il n'a pas plu depuis un moment. Je suis toujours aussi stupéfaite par le fait que certains endroits soient aussi bien cachés des rayons de l'astre de lumière. Je marche sans ralentir, sans faillir, sans trop réfléchir non plus. Je n'ai qu'une chose en tête : trouver Ace le plus rapidement possible. Et j'essaye de faire le vide autour de cette idée. J'observe ce qui se situe autour de moi pour éviter de penser. Des nuages s'amoncellent au loin et se dirigent vers l'île de Dawn. Une averse se prépare. Je le ressens. L'air n'a plus été aussi frais depuis des lustres. Sur mon chemin je croise une biche et son petit. Ils ne semblent pas effrayé par ma présence. Peut-être parce que aucune pensée négative ne se dégage de mon corps.
Au bout d'une heure de marche j'arrive à cet endroit. La falaise. Notre falaise. C'est ici que nous avons chacun conté au ciel et à l'océan nos objectifs respectifs. Tous nos rêves, nos désirs... J'ai l'impression que le vent les transporte encore avec lui. Il me faut moins d'une demi-seconde pour reconnaître Ace. Il se tient face à l'immensité bleue et ne bouge pas d'un cil. La lettre est dépliée dans sa main et suit le rythme de la bourrasque qui tente de la dérober. Je m'extrais des arbres et m'approche à pas de loup. Tout à coup, mon aîné lève la tête vers le ciel. Un sourire se dessine sur mes lèvres. Sûrement a-t-il compris que Sabo n'est pas mort. Qu'il s'agit justement d'une lettre où il quémande notre aide à tous. Je m'apprête à lui faire part de ma présence quand soudain j'entends ce que je n'aurais jamais cru entendre dans toute ma vie.
Ace pleure.
Il pleure si fort d'où il est que j'ai l'impression qu'il est juste en face de moi. Un hurlement, des torrents de larmes. La combinaison est fatale. Elle me détruit, me fait réaliser l'impossible ou du moins ce qui m'a semblé impossible jusqu'à présent. Ça me retourne l'esprit, le remet à la place où il devrait être depuis le début. Alors que j'étais dans le déni le plus total. Alors que je commençais à détester tous les bandits de la cabane – notamment Dogra. Alors que je me voilais la face, que j'avançais peu à peu dans mon propre délire. Alors que mon espoir utopique m'animait comme un pantin. Tout s'écroule.
Ace pleure si fort et ça me transperce tellement de toute part que je suis sur le point de tomber à terre. Mais mon corps ne meut pas. Pas d'un millimètre. Il ne cille même pas. Alors que tout s'effondre à l'intérieur de moi. Alors que ma conscience s'effondre, vaincue. Alors que mes espoirs absurdes et chimériques s'effondrent pour de bon. Non, mon corps ne l'entend pas de cette oreille. Mes pieds font demi-tour et je me mets à courir sans raison dans la forêt. Je cours, je cours, je cours. Avec la pensée la plus horrible en tête : la phrase que Dogra a sortie dans la cabane tout à l'heure. Tout à l'heure ? Peut-être était-ce hier ? Ou avant-hier ? Je ne sais plus. Je ne sais plus et je m'en fiche totalement. Car il y a ces mots. Ces cinq mots que Dogra a sortis qui dansent devant mes yeux et que j'ai envie de chasser, de bannir de ce monde. J'ai envie que ces mots disparaissent, qu'ils ne soient jamais prononcés, qu'ils n'apportent pas une vérité, une réalité, un fait certain qu'on ne peut plus modifier, qu'on ne peut plus éviter.
Sabo s'est fait tuer.
Des fougères me fouettent les jambes. Des toiles d'araignée se collent à mon visage et à mes cheveux comme pour me forcer à arrêter ma course. « Arrête-toi, chuchotent les artisans de ces fils gluants, ta blessure va se rouvrir. » Taisez-vous, je me fiche qu'elle se rouvre. Ça n'a pas d'importance. Plus rien ne semble avoir d'importance hormis le fait de courir. « Tu as l'air si triste, chantent sournoisement les serpents qui pendent des branches, qu'est-ce qui t'arrive ? ». Vous ne pouvez pas comprendre, personne ne peut comprendre !
Sabo s'est fait tuer.
Je sens que ma blessure tempête dans mon dos, elle se plaint, se transforme en lave en fusion qui dégouline le long de ma colonne vertébrale pour me faire regretter. Et c'est cette déchirure qui fait douter mon corps l'espace de quelques secondes et qui me ramène brusquement à la réalité. Et je comprends tout. Tout avait un sens depuis le début. Dogra qui s'approche plus pâle que jamais vers Luffy et moi. Dogra qui n'ose pas nous avouer l'horrible nouvelle. Dogra qui sait qu'elle va nous anéantir. Luffy qui a les paupières rouges et gonflées au point de ne plus apercevoir sa cicatrice sous son œil gauche. Ace qui lit cette lettre. Une lettre d'adieu. Oui, une lettre d'adieu et non une lettre qui demande de l'aide. Ace qui lit cette lettre d'adieu et qui pleure, qui pleure, qui pleure. Et c'est à mon tour de pleurer. C'est à mon tour de réaliser, de prendre conscience de ce que signifie réellement le terme « se faire tuer » et d'apprendre par cœur tous ses synonymes qui risquent de s'ancrer profondément dans mon âme. « Mourir », « S'éteindre », « Disparaître », « Nous dire adieu ». Mais quel adieu ? Il n'y en a pas eu, il n'y en aura jamais. Que nous reste-t-il de Sabo ? Des souvenirs, uniquement des images et des sons. Que nous verrons plus, que nous n'entendrons plus.
Cette nouvelle constatation me fait brailler de plus belle. Cela signifie tellement. Tellement que pour l'une des premières fois de ma vie je n'arrive pas à mettre un mot sur ce que je ressens. Je ne verrai plus jamais Sabo sourire avec sa dent manquante. Je ne le verrai plus jamais sermonner gentiment Luffy – sermons qui ne servaient qu'à le motiver. Je ne le verrai plus jamais me tendre sa main pour m'aider à me relever. Je ne sentirai plus jamais son dos lorsqu'il me portait suite à un entraînement trop intensif pour moi. Je ne recoudrai plus jamais ses tenues déchirées. Je ne partagerai plus jamais sa nourriture lorsque Luffy piquera la mienne. Je ne l'écouterai plus jamais entrain de me montrer les différentes constellations qui peuplent le ciel nocturne. Je ne le verrai plus jamais s'entraîner avec Ace tandis que je les admirai tous les deux de loin. Je ne sentirai plus jamais sa main dans la mienne. Je ne me blottirai plus jamais contre lui lorsqu'un orage éclatera à l'horizon. Je n'entendrai plus jamais son rire franc, éclatant et communicatif. Je ne verrai plus jamais ASLA de la même manière sans sa présence à nos côtés. Je ne le verrai plus jamais, tout simplement. Jamais.
Jamais.
Je m'arrête dans ma course en prenant conscience pleinement de ce terme. « Jamais ». Je ne connais pas de mot plus ignoble, plus injuste, plus blessant que celui-là. Il vous empoigne le cœur, vous l'arrache sans prévenir et le piétine en sachant très bien que vous allez souffrir le martyre, que vous n'allez jamais vous en remettre. Mon souffle est court, je n'arrive plus à inspirer et expirer correctement. Je suis en sueur et pourtant je meurs de froid. Je suis trempée au point de ne plus savoir si je pleure encore ou pas. Mes membres tremblent, du sang dégouline de mon dos pour finir sa chute dans l'herbe. Je relève la tête et tombe nez à nez avec une stèle. Stella.
- Stella ? C'est un si joli prénom.
Encore ce souvenir ? Et pourtant cette fois ce n'est pas qu'une voix. Non. Des images, des décors s'installent dans ma tête. Elles s'imposent alors que je n'ai qu'une envie : être en tête à tête avec mon tourment, l'étreindre et lui demander pourquoi j'ai si mal. Je préférais nettement me reprendre dix coups d'épée dans le dos plutôt que de souffrir de la sorte. Et c'est précisément cette torture et les gémissements qui sortent involontairement de ma bouche qui ont invoqué ce souvenir.
- Stella ? C'est un si joli prénom.
Je vois deux femmes devant moi. Elles sont de taille moyenne mais paraissent si élancées à mes yeux, si gracieuses. Je les admire beaucoup. Surtout celle qui me tient la main et qui se met à glousser doucement de ce rire gêné qu'on laisse échapper de notre bouche pour se donner une contenance. Et puis soudain le décor change. Il fait sombre, l'ambiance est lourde, mon cœur bat à tout rompre. J'ai peur. De quoi ? Je n'en sais rien. La femme qui me tenait la main se retrouve à genoux devant moi et me serre rigoureusement les épaules. Ses cheveux roses lisses et fins sont plus emmêlés qu'à l'ordinaire. Et c'est au moment où je croise ses yeux que je sais que c'est elle. C'est ma mère. J'aurais pu le deviner puisque je savais qu'elle avait une telle chevelure mais c'est à l'instant où j'ai croisé son regard que j'ai eu la confirmation que c'était elle. Jusqu'à présent son visage avait été flou et à présent que je le vois nettement je suis prise de malaise.
Elle a exactement les mêmes yeux que moi.
Un bleu profond, qui pioche des teintes à la fois claires et foncées. Une couleur indéfinissable. Sa bouche s'ouvre, se referme en tremblant puis un éclair traverse ses pupilles et je sens qu'un élan de courage s'empare d'elle.
- Sauve-moi... Je t'en prie Akira sauve-moi ! Tu es mon dernier espoir !
Je me sens interloquée. C'est bien la première fois qu'elle m'appelle par mon prénom. Où est passé le traditionnel « mon ange » ? Une porte s'ouvre violemment, et une ombre se dessine dans l'encadrement de la porte. Le contre-jour m'empêche de divulguer son identité. La silhouette se passe la main dans les cheveux et murmure d'une voix brisée, comme si elle avait tout perdu.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? Mais... Mais qu'as-tu fait Stella ? ...Qu'as-tu fait ?
Et tout se passe si vite. Il manque des passages, certains souvenirs ont été ôtés comme si j'avais tout fait pour oublier. Je n'entends plus que des cris, des hurlements, qui vous déchirent l'esprit.
- Comment as-tu pu... Comment as-tu pu la laisser faire ?! Idiote, bougre d'imbécile, tu me fais honte ! Disparais ! »
Et puis plus rien. Juste un corps. Un corps à terre, en sang, le visage encore tourné vers moi. Ses cheveux incarnadins lui retombent sur les yeux. Ma mère. Ma mère baigne dans du rouge qui s'étale sous moi et imprègne ma tenue. Ma mère qui, je le sens, était si douce et attentionnée depuis ma naissance. Ma mère qui portait un si joli prénom.
La vision se brise. Je reviens à la réalité en un battement de cils. Ma bouche remue toute seule, comme-ci elle s'empressait de révéler un secret trop longtemps gardé :
Stella...
Ma mère.
Ma mère qui m'appelait « mon ange ».
Ma mère qui est morte sous mes yeux impuissants.
Ma mère qui portait le nom de Stella.
Ma mère qui porte le nom de cette stèle.
Cette stèle que j'ai baptisé moi-même.
Et je lui ai donné inconsciemment le nom de ma mère. Ma défunte mère.
Je me mets à m'époumoner, des hurlements insensés s'extraient en masse de ma bouche et je sens que je suis à deux doigts de perdre le contrôle. Mon énergie bouillonne comme jamais dans mes veines, prête à être employée. Je n'y tiens plus, la souffrance est trop grande. La rage et l'incompréhension embrument ma raison. Je déferle sur la stèle, les bras en avant, parée à lancer l'assaut. Et je pousse. Je propulse la stèle – Stella – en priant pour qu'elle emmène avec elle mon agonie. Et je l'observe tomber, tomber, tomber, pour finir par être engloutie par le sable.
Ça y est.
Elle n'est plus là.
C'est fini.
...Alors pourquoi ai-je encore si mal ?
/
- Alors tu étais là.
J'ouvre difficilement les paupières et peine à m'habituer à la clarté envahissante. L'océan et le vide me font face. Un vertige me saisit soudain le ventre et je tente de reculer du bord de la falaise. Mais mes membres sont ankylosés. Je n'avais pas réalisé que je m'étais assoupie en serrant mes genoux contre mon buste. Je sers et dessers mes mains et fais craquer mes os en m'étirant. Mon dos me pique et me gratte. J'imagine que la blessure s'est rouverte et qu'elle est peut-être infectée. Une main se pose sur mon épaule. Je sursaute, ayant presque oublié qu'une voix venait de me tirer de mon sommeil.
- Je t'ai cherchée partout.
Ace. Ses prunelles sombres inspectent attentivement mon visage. Je suis tentée de lui dire qu'un mélange de soulagement et de tristesse se bat en duel dans ses yeux mais je me retiens, ne pouvant pas parler pour le moment. Il s'agenouille pour être en face de moi et se sent obligé d'ajouter :
- Tu as vraiment une mine épouvantable.
Je fronce les sourcils. Il lève son bras et passe le dos de sa main sur ma joue. De la boue ? Son autre main s'affaire dans mes cheveux probablement en pagaille et extirpe quelques branches d'arbres, de l'herbe et des toiles d'araignée. Je me sens d'attaque pour l'aider quand soudain une horrible et étouffante impression de froid me saisit tout le corps. Je grelotte si fort que mes mains s'activent d'elles-mêmes et essayent de réchauffer mes bras frigorifiés. Je constate aussitôt que je suis trempée de la tête aux pieds. Une migraine épouvantable tambourine dans mon crâne et ma gorge est si sèche que je n'arrive pas à tousser. Une image me revient en mémoire. Celle des nuages au loin qui annonçaient une pluie imminente. J'ai dû me prendre de plein fouet l'averse sans m'en rendre compte et voilà le résultat : je suis malade. Combien de temps suis-je restée ici ?
- Ça fait plus d'un jour que les bandits et moi te cherchons, idiote, répond Ace comme s'il avait eu accès à mes pensées. Luffy est fou d'inquiétude, il n'arrête pas de chialer.
Luffy... En venant ici je n'ai pas réfléchi une seconde aux conséquences de mes actes. J'ai agi par impulsion et donc de manière totalement irréfléchie et irresponsable. Luffy, les bandits et même Ace ont dû envisager que je m'étais suici... Je déglutis, balayant cette terrible possibilité. Le garçon aux taches de rousseur soupire, estimant qu'il n'a pas la force suffisante pour me faire d'autres sermons. Il se penche, saisit d'un bras mon dos – en évitant au mieux la blessure, de l'autre mes jambes et me soulève. Ma mâchoire claque des dents contre son torse maigrichon mais ô combien réconfortant. La chaleur humaine qui se dégage de lui enveloppe le glaçon que je suis. Je relève légèrement la tête et l'observe jeter un coup d'œil à l'endroit où se situait la stèle. Toutefois il juge bon de ne faire aucun commentaire sur sa soudaine disparition et je le remercie du fond du cœur pour cette attention.
/
Les vagues sont apaisantes. Au lieu de s'écraser violemment contre les rochers, elles les caressent comme-ci elles avaient signé un traité de paix avec eux. Elles ondulent légèrement et ne font presque aucun bruit. Seule une agréable odeur d'eau salée se propage autour de Luffy et moi. Un vent tiède venu du fin fond de l'océan s'est levé, soulevant délicatement le pan de ma robe. Assise, les bras entourant mes jambes, je me laisse guider par cette drôle de mélodie qu'est le vent. Mes cheveux sont rejetés en arrière et ondulent sur mes épaules nues. Seules quelques mèches s'obstinent à s'accrocher à mon front. Je tourne la tête vers Luffy qui est allongé à plat ventre. Ses mains sont crispées sur son chapeau, l'empêchant de faire des folies. C'est étrange... Nous avons beau avoir vécu bon nombre d'aventures ensemble, nous avons tous les deux notre manière de faire notre deuil. Enfin, si on peut appeler ça « faire son deuil ». Cela fait une semaine que Sabo est... Un mur surgit et bloque le cours de mes pensées. Impossible de le songer et encore moins de le prononcer. De son côté Luffy rejoue le même refrain jour après jour, heure après heure. Il pleure bruyamment, finit par se calmer de fatigue et reprend de plus belle une fois qu'il a récupéré des forces. Du mien, j'ai cessé toute communication avec les autres. Je n'arrive plus à participer à une conversation ou à en déclencher une. C'est plus fort que moi. Je suis terrée dans un mutisme involontaire mais tenace.
Une douleur inattendue s'éveille à l'arrière de mon crâne. Je me retourne et découvre Ace qui abat cette fois son poing sur la tête de Luffy. Ce dernier émet une plainte mais ne bouge pas pour autant. Ace soupire et nous regarde à tour de rôle.
- Sérieusement, vous allez encore vous morfondre pendant combien de temps ?
Les pleurs de Luffy reprennent de plus belle même si je sens qu'il fait un effort pour se retenir du mieux qu'il peut. Ace croise les bras et fixe un point invisible au large.
- Le magot qu'on a amassé avec Sabo a disparu sans qu'on ait pu s'en servir.
Un silence s'installe mais notre aîné le rompt aussitôt de sa voix pleine d'assurance :
- C'est terminé pour moi ce genre de truc. Je ne vois pas ce que ça peut m'apporter de récolter quelque chose que je ne peux même pas protéger.
Je hoche lourdement la tête puis contemple à nouveau l'océan. Une minute ou deux s'écoulent sans que l'un d'entre nous n'esquisse le moindre geste.
- Je veux... JE VEUX DEVENIR PLUS FORT ! hurle tout à coup Luffy en tirant encore plus fort sur son chapeau.
Sa voix s'est imprégnée d'une hardiesse inédite chez lui. Même le vent s'est arrêté de souffler pour prêter attention à sa déclaration.
- Beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus fort ! Comme ça je... je pourrai protéger tout le monde et plus personne ne mourra !
Il renifle bruyamment, et son corps s'agite, saisi par des spasmes irréguliers.
- Alors s'il vous plaît, ne mourrez surtout pas... ! s'étrangle-t-il tandis que sa voix s'éteint dans un murmure.
Mon cœur se soulève tout comme mon corps, porté par deux jambes vigoureuses. L'idée qu'Ace puisse mourir me traverse l'esprit et l'envie de me révolter s'incruste dans mon esprit. Cette nouvelle injustice me met hors de moi. Je m'écrie aussitôt, retrouvant par miracle l'usage de la parole :
- Jamais ! Jamais ça n'arrivera !
Je serre les poings et me tourne vers un Ace stupéfait.
- Jamais je ne le permettrai. Je ne te laisserai jamais mourir. Tu as beau être notre aîné, si tu es en danger je te protégerai quoi qu'il arrive. Je ne te laisserai plus jamais seul sur le champ de bataille. Jusqu'à maintenant tu étais celui qui prenait le plus de risque, qui restais constamment en avant. Je ne dis pas qu'à présent je me jetterai la tête la première dans la gueule du loup. Non. Je veux juste que nos dos soient à égalité, que nous nous battons côte à côte. Ta peine sera la mienne, tes angoisses aussi. Nous ne perdrons pas pour autant nos idéaux, nos opinions qui nous définissent. Nous ferons juste en sorte de s'accepter comme on est, d'accepter ce que l'on souhaite pour pouvoir à jamais marcher à l'unisson. Et qu'importe si le futur nous sépare, si nos routes diffèrent à un tournant de notre aventure. Je garderai toujours un œil sur toi, Ace, même si je suis à l'autre bout de l'océan. Sache que même si tu ne me vois pas, même si tu ignores où je suis, je serai toujours là pour toi.
Ma voix se perd dans un sanglot étouffé. Je suis émue par ce que j'annonce et par la réaction d'Ace. En fait, nous ne pouvons pas parler d'une réaction à proprement parler. Je constate que sa raison oscille perceptiblement. D'un côté, il voudrait préserver sa fierté et envoyer valdinguer mon discours au moyen d'une phrase cinglante dont lui seul à le secret. De l'autre, il voudrait acquiescer simplement, touché qu'on lui porte autant d'attention. Du coup il ne fait rien, pas le moindre geste. Il ne dit rien non plus. Ne voulant pas le torturer, je m'agenouille et relève le chapeau de Luffy pour le regarder droit dans les yeux.
- Toi non plus, Luffy, je te laisserai jamais mourir. Le simple fait d'imaginer que tu pourrais souffrir à l'avenir me donne envie d'exterminer l'auteur de ce crime. Peut-être qu'un jour te deviendras plus grand que moi mais tu n'en resteras pas moins mon cadet. Tu seras à jamais mon petit frère et ton bonheur est ce qui compte le plus pour moi.
Je ris paisiblement. Luffy s'est arrêté de pleurer et me fixe avec de grands yeux ébahis. Je poursuis d'une voix douce.
- Si tu savais Luffy, tu mérites tellement. Ta joie de vivre est contagieuse, tout comme tes rêves. Je te dois énormément pour être celle que je suis aujourd'hui. Je te suis redevable à vie, un millier de mercis ne serait pas suffisant.
A peine ai-je mis un point final à ma déclaration que les larmes de Luffy recoulent en doublant l'allure.
- A...Akira... Ne meurs jamais, d'accord ?
Je lui souris affectueusement mais je n'ai pas le temps de lui répondre. Pour sur, Ace s'est de nouveau retrouvé maître de son corps et nous a asséné à chacun un coup de poing sur le sommet du crâne. Deux bosses dans la même journée, cela me semble un peu exagéré...
- Vraiment, y en a pas un pour rattraper l'autre ! Au lieu de vous occuper de moi, essayer avant tout de vous protéger vous-mêmes ! De nous trois ce n'est pas moi le faiblard ! Alors, fourrez-vous bien ça dans la tête...
Tout en nous massant la tête nous nous tournons vers Ace. Ses yeux ont un éclat différent, comme s'il s'apprêtait à faire une annonce sans précédent. Ses pupilles naviguent entre moi et Luffy jusqu'à finir par se figer sur l'océan.
- Jamais je ne mourrai !
Comme à son habitude, il croise les bras et clame pour que chaque mot, chaque syllabe prononcés s'enracine dans nos cerveaux.
- Sabo m'a confié une mission, je n'ai pas le droit de mourir. D'ailleurs, je ne peux pas laisser un frère aussi pleurnicheur et une sœur aussi maladroite derrière moi.
Nous nous contentons d'acquiescer. Je me rassois, cette fois en tailleur, les mains sagement posées sur mes genoux. Luffy renifle de temps en temps et se retient de pleurer à nouveau. Nous restons silencieux une dizaine de minutes, absorbés par nos pensées. Un groupe de mouettes battent des ailes au-dessus de nous puis finissent par disparaître de notre champ de vision. Ace reprend finalement la parole.
- Écoutez, pour vous dire la vérité je ne comprends absolument pas pourquoi Sabo s'est fait tuer par ce... type.
Mon cœur rate un battement.
- Un Dragon Céleste, je lâche aussitôt.
- Ouais, par ce Dragon Céleste. Par contre, je suis persuadé que cet acte impardonnable est aux antipodes de la liberté qu'il recherchait tant.
Des larmes silencieuses s'échappent de mes yeux, glissent sur mes joues et viennent finir leur course sur mon menton. Sabo s'est fait tuer par un Dragon Céleste. Il s'est fait tuer par un être que j'admirais, que j'idolâtrais au point de vouloir leur ressembler. Jadis, je voulais devenir un Dragon Céleste. Je voulais incarner un être qui n'a aucun scrupule à tuer un garçon rempli d'ambitions, de promesses et de rêves. Je ne pourrai jamais oublier une telle chose.
- A présent je vais vous dire ce qu'on va faire, tous les trois.
Cette fois le bruit lui-même a perdu tout son sens et a disparu totalement des dictionnaires. Il s'est fait dévorer par le silence. Et ce calme n'a rien de terrifiant. Bien au contraire. Il nous incite à mémoriser cet instant, à saisir pleinement les paroles de notre frère, de notre aîné qui nous montre la voie à suivre.
- On va mener notre existence de manière à ne jamais avoir de regret. On prendra la mer et on partira vivre de façon à prendre énormément de plaisir. On ne laissera personne nous entraver. On fera ce qu'on veut quand on veut, même si cela signifie que l'on va s'attirer une quantité phénoménale d'ennemis – à commencer par le vieux.
Je frémis. De quoi ? D'appréhension ? De peur ? De désaccord ? Non, certainement pas. Je tremble simplement d'excitation. Je palpite de désirs.
- On partira d'ici à dix-sept ans et on fera tout pour se faire un nom dans la piraterie !
Dix-sept ans... Cet âge évoque tellement de choses pour moi. Il s'agit avant tout de l'âge qu'était censé atteindre Sabo pour mettre les voiles. Dans la noblesse, les jeunes hommes investissent leur titre de noble à dix-huit ans. Quitter l'île avant la maturité semblait être le choix le plus judicieux. Pourtant, bien qu'il en ait eu l'idée, Sabo n'a pas pu mettre en pratique son plan. Il a détruit les chaînes qui le reliaient à cette île, à sa famille inhumaine, et a tenté de décamper en arborant hâtivement un pavillon noir – la couleur emblématique de la piraterie. Seulement rien, absolument rien ne s'est passé comme prévu...
Sabo n'était qu'à l'aube de sa vie. Un garçon aussi talentueux, aussi attentionné avec autrui et aussi ambitieux ne devrait pas perdre la vie ainsi. Pas de cette façon, et surtout pas maintenant. Il n'a rien vu, rien pu découvrir de plus que ce qui se trouve sur cette fichue île. La noblesse lui a gâché son passé mais lui a également volé son avenir. J'espère juste du fond du cœur qu'il a été sincèrement heureux de vivre avec nous.
Je ferme les yeux et je sens mes larmes s'envoler, obéissant docilement au rythme du vent qui s'est remis à souffler. Sabo était plus qu'un simple garçon audacieux pour moi. Il était un guide, un modèle, une source inépuisable de connaissances en tous genres. Il était à la fois honnête et rassurant, téméraire et tendre. Il était un précieux frère, tellement précieux à mes yeux que mon cœur battait d'une manière unique. Pour lui. Juste pour lui. Et je ne le comprends que maintenant. Alors qu'il est trop tard, alors qu'il est parti, alors que je l'ai perdu. A jamais.
Désormais nous ne sommes plus que trois. Nous sommes abattus, rongés par le chagrin, affaiblis. Toutefois nous sommes vivants. Des milliers de rêves font bouillir nos cellules, alimentent nos neurones et font bondir notre cœur. Nous sommes trois et il est de notre devoir de brandir les ambitions de Sabo et de les véhiculer dans notre futur parcours. Comme l'a dit Ace, il ne tient qu'à nous de nous ressaisir et d'avancer vers l'avenir.
Tu n'as pas à être inquiet, Sabo. Sois tranquille. Nous vivrons comme nous le souhaitons et comme tu l'as toujours voulu. Nous arracherons notre liberté, sois-en certain.
Le petit commentaire de l'auteure : ...Ce chapitre me brise le cœur. J'ai adoré l'écrire mais c'était vraiment éprouvant. J'ai mal pour Ace, pour Luffy, pour Akira, pour Sabo. Je n'imagine même pas la douleur éprouvée par nos trois compères. Perdre un frère doit être terrible, surtout lorsqu'on ne s'y attend pas. J'espère que ce chapitre vous a plu. J'y ai mis toute mon âme, tout mon cœur.
Ciaossu !
