Bien le bonjour !
Réponses aux lecteurs :
Cheshire D. Flo - J'imagine la scène, tu as dû te faire super mal ! J'espère qu'aujourd'hui, soit une semaine après, tu es parfaitement rétablie. En ce qui concerne le chapitre, je suis ravie de constater que tu as apprécié le passage sur la construction de la cabane. En règle générale, je sais que les lecteurs préfèrent les passages d'action à la description du coup je suis soulagée *smile*. Hihi, le Fruit du démon d'Akira réserve encore pas mal de surprises ! Pour répondre à ta question : oui, son Fruit du démon a bel et bien un nom. Et effectivement, je le dévoilerai dans l'histoire *smile*. Ah ! Toi aussi ça te fait mal de voir Ace pleurer ? Je me sens moins seule. C'est sûrement parce que d'habitude c'est un grand garçon qui cache ses émotions. Le passage où Akira serre dans ses bras un Ace recroquevillé m'attendrit, je ne peux m'empêcher de sourire en le relisant. Merci pour ton commentaire constructif et tous ces compliments, ça me fait vraiment plaisir d'être suivie !
Citation du chapitre : Vivre, c'est vieillir, c'est-à-dire changer (Malek Haddad)
Bonne lecture ! On se retrouve pour le petit commentaire de l'auteure à la fin du chapitre.
Chapitre vingt
Vivre, c'est vieillir, c'est-à-dire changer
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- Dis Sabo, depuis quand tu rêves de devenir pirate ?
- Hm... Je crois que c'est depuis que j'ai compris que je serais toujours insignifiant si je restais sur cette île.
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Mes muscles se relâchent les uns après les autres. Je ferme les yeux et laisse la fatigue et les petites angoisses du quotidien s'envoler. Le peigne passe dans mes cheveux amplis de nœuds mais la douceur de Makino est telle que je ne ressens aucune douleur. Habituellement je m'aide de mes doigts pour les démêler. Puisque jusqu'à lors ils étaient relativement courts, je n'éprouvais pas le besoin de dénicher un peigne ou une brosse. Toutefois, mes cheveux ont poussé et je ne peux me résigner à les couper de nouveau. Pourtant Magra a toujours fait du bon travail, il ne m'a jamais déçue. C'est juste que depuis que Makino a glissé une remarque des plus flatteuses sur ma chevelure, j'éprouve le besoin de... Je ne sais pas vraiment comment le définir... La seule chose dont je suis certaine c'est que j'ai décidé de garder les cheveux jusqu'à mes omoplates. Ils deviendraient une contrainte pour me battre si je les laissais pousser davantage.
Je suis assise au pied de mon lit, mes jambes pendent dans le vide. Quoique mes orteils commencent à atteindre le sol. Aurai-je grandi ? Je ne m'en rends pas bien compte. Makino est derrière moi, le dos contre le mur en bois et s'applique à dompter la masse rouge qui me sert de chevelure. Si ce n'était pas elle qui s'était proposée pour réaliser cette périlleuse affaire, je penserais que le silence qui règne actuellement dans ma cabane est inquiétant. Toutefois j'ai appris à connaître Makino lors de ses visites hebdomadaires au Mont Corbo. C'est une femme extrêmement calme et délicate. Tous ses mouvements respirent la grâce. Mais derrière cette élégante image se tapie une personne de caractère qui n'hésite pas à faire savoir son avis sur un quelconque sujet. Si ça la dérangeait de me coiffer elle ne me l'aurait pas proposé. Tandis qu'elle défait nœud après nœud, je laisse vagabonder mes yeux dans ma cabane. Elle n'égalise toujours pas la cabane de mes rêves mais il me semble qu'elle est sur la bonne voie. Une couverture possédant une double épaisseur fait office de porte. Lorsque le vent se lève j'attache les extrémités à des clous que j'ai enfoncés dans le sol. J'ai rajusté les pieds de la table pour que cette dernière puisse être d'une taille convenable lorsque je serai plus grande. Quelques meubles ont fait leur apparition telle qu'une petite commode qui, ironiquement, ne possède pas encore de tiroir. Pour le moment je dispose les quelques habits à ma disposition sur sa surface. Au dessus de cette drôle de commode se trouve un miroir qui fait la taille de mon buste. Je l'ai trouvé il y a deux mois au Grey Terminal. Dans le coin se trouve un garde-manger muni d'un piège pour les animaux affamés – et également pour Luffy. Enfin, mon lit est beaucoup plus confortable que lors de sa conception. Je suis parvenue à débusquer un matelas à la décharge et mes lattes sont fixes. Il peut à présent supporter deux corps. Je n'ai pas le temps de me demander ce que je pourrai améliorer dans mon intérieur que Luffy déboule comme un fou couvert de boue sur ses joues et ses bras. J'en connais un qui a passé sa matinée à creuser un trou dans la terre pour se confectionner, je cite, « un bain personnel ». J'ignore quel fut l'élément déclencheur dans sa tête – si toutefois il y en a un. Je soupçonne d'ailleurs Dogra de lui avoir donné cette idée farfelue. A peine nous a-t-il rejoint que Makino lui lance d'un ton faussement énervé :
- Ce n'est pas très poli de pénétrer dans la demeure d'une jeune fille, Luffy.
Cela a pour effet de le statufier. Je devine à l'expression qu'il arbore qu'il procède à la chasse aux prétextes. Je ris.
- C'est bon Luffy, ne cherche pas d'excuse. J'ai l'habitude que tu fasses irruption dans mon pays sans me demander la permission.
Je lui fais signe d'approcher et il s'assoit à mes pieds, les bras noués sur mes genoux et la tête nichée dedans. La boue se répand sur ma robe mais je feins d'ignorer cette constatation. De toute façon cet habit commence à se faire vieux. Nous restons un instant muets, savourant le chant tardif des oiseaux environnants. Luffy finit par briser le silence :
- Tu peux nous chanter quelque chose, Aki ?
Je le scrute, perplexe. Je me demande l'espace d'une seconde comment s'organisent les pensées de mon frère cadet. Est-ce qu'elles se frayent aléatoirement un chemin jusqu'à sa bouche ?
- Chanter ?
- Ouais.
- Et depuis quand je chante ?
- Aucune idée. Peut-être depuis que je t'ai entendue l'autre jour pendant que tu te lavais chez Dadan.
Le souvenir me revient aussitôt en mémoire. Je rougis, soudain mal à l'aise, ce qui m'arrive rarement en présence de Luffy. Je ne savais pas que j'avais chanté si fort que ça.
- Justement, je chantais parce que j'étais seule.
- Allez, s'il te plaît !
Il me fixe comme s'il me demandait quelque chose de vital. Dieu, ce que je déteste ce regard. Il est difficile de lui refuser quoi que ce soit avec des yeux aussi attendrissants. Je lève la tête au plafond et tente de déjouer son regard démoniaque.
- Je chante faux, Luffy. Il est hors de question que je m'exhibe ici.
- Mais Aki !
Cette fois il mène une offensive d'autant plus redoutable en y ajoutant le ton. Je suis à deux doigts de succomber mais Makino me sort d'affaire :
- Luffy, ne l'oblige pas à faire quelque chose qui la gêne. Mets-toi à sa place. Imagine qu'on te demande de manger des légumes pendant une semaine, que dirais-tu ?
Makino a à peine eu le temps de mettre un point à sa phrase que Luffy tire une grimace et s'enfuit de la cabane en criant qu'il préférerait encore plonger dans la mer. Je souris. Mon petit frère est un spectacle à lui tout seul. Makino sépare mes cheveux en deux et rejette les mèches de gauche sur mon épaule pour avoir plus de visibilité.
- Dis-moi Akira, tu as quel âge ?
- Onze ans, pourquoi ?
- Tu te laves seule à présent ?
- Non, pas vraiment. Presque jamais en vérité.
- Oh.
Je sens qu'elle s'est arrêtée de me peigner. Trouvant cette interruption curieuse, je me tourne vers elle.
- Qu'est-ce qu'il y a ? C'est mal ?
- Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est mal. C'est juste que tes frères et toi êtes en pleine croissance et que vous allez peu à peu développer votre besoin d'intimité. Et c'est d'autant plus le cas puisque tu es une fille et Ace et Luffy des garçons.
Je reste un moment sans rien dire, prenant pleinement en considération ce qu'elle vient de me conseiller. Jusqu'à aujourd'hui j'avoue n'avoir jamais songé à cela. Grandir signifie... changer ? Et donc se démarquer les uns des autres ? Je ne sais pas si cette idée me fait vraiment plaisir... Makino reprend là où elle s'était arrêtée et ajoute :
- D'ailleurs en parlant d'Ace, est-il venu te voir pour te demander un service particulier ?
- Comment ça ?
- Tu sais, des cours de politesse.
- Euh...
Constatant avec effroi mon peu de réactivité, elle me saisit les épaules et me retourne complètement vers elle.
- Oh non, ne me dis pas que j'ai gaffé ! Tu n'étais pas au courant ?
Je secoue la tête de droite à gauche. Elle soupire et se passe la main sur le visage.
- Pourtant je lui avais dit de venir te voir pour obtenir de l'aide. Maintenant que j'y pense, c'est vrai qu'il n'avait pas l'air décidé. Bravo Makino !
- Pourquoi Ace souhaite-t-il suivre des cours de politesse ?
Elle redresse la tête et m'envoie un regard lourd de reproches.
- Ah non jeune fille, ne compte pas sur moi pour en dire davantage !
/
Je me blottis dans mes couvertures, le corps parcourut de frissons et prie pour que les éclairs arrêtent de marteler le sol de leur fureur. J'enfouis ma tête contre mes genoux qui sont repliés. C'est toujours pareil. Rien n'a jamais disparu. A chaque fois que le tonnerre se met à rugir, je n'emmitoufle et me place en position de fœtus sous mon lit. Moi qui pensais avoir surmonté cette phobie de l'orage, il faut croire que je m'étais bien trompée... La vérité c'est que... Je secoue la tête et place mes mains sur mes oreilles, comme-ci je refusais d'entendre cette petite voix insupportable au fond de moi qui tente de m'éclairer. Un nouveau grondement me fait sursauter et trembler de plus bel. J'ouvre les yeux.
La vérité c'est que ma phobie est réapparue depuis la mort de Sabo.
Je me mords les lèvres, incapable de retenir mes larmes. Cela faisait une éternité que je ne m'étais pas mise dans cet état en songeant à mon frère. Néanmoins...
La peur fait resurgir inévitablement la tristesse.
J'agrippe brutalement ma robe là où je sens battre à tout rompre mon cœur. Il est si douloureux que c'en est insupportable. J'aimerais me glisser entre mes côtes, le saisir et l'arracher juste pour abréger cette souffrance.
La peur fait resurgir inévitablement la lâcheté.
A présent je me ronge les ongles, chose dont je ne suis pas accoutumée mais qui m'est venue à l'esprit à l'instant. Je tente de fermer les yeux et de dormir mais ce sont des horreurs qui apparaissent dans mon esprit. Des horreurs et surtout des voix. Des voix que j'ai entendu et qui me sont déjà revenues sur cette île.
La peur, pour finir, fait resurgir inévitablement la folie.
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- Tes cheveux rouges sont comme ce que tu es ! Le diable ! Le diable !
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Je n'ai rien demandé ! Laissez-moi tranquille !
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- Et je sais qu'un jour je réaliserai mon rêve : celui d'intégrer les Dragons Célestes !
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Jamais ! Jamais je ne deviendrai l'un de ces monstres ! Je ne deviendrai pas le meurtrier qui a tué Sabo ! Plutôt me suicider, oui, plutôt mourir !
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- Sauve-moi... Je t'en prie Akira sauve-moi ! Tu es mon dernier espoir !
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L'orage gronde de plus bel. La ferme ! J'ai dit la ferme ! Laissez-moi tous tranquille ! Je m'agrippe les cheveux et reprends difficilement ma respiration, essayant de me rappeler qui je suis, ce que je fais là et pourquoi je suis devenue aussi...monstrueuse. Et c'est à ce point culminant de ma réflexion qu'on me saisit la cheville et qu'on me tire hors de sous mon lit, hors de mon introspection, hors des ténèbres. Par réflexe je me mets à crier mais une main me bâillonne rapidement la bouche.
- Mais t'es malade, tu vas réveiller toute la forêt !
Je suis tellement perdue par ce revirement de situation que je ne parviens pas à comprendre ce qui se passe. Que fait Ace dans ma cabane ? Qu'est-ce qui l'a amené ici en pleine nuit ? Il me fixe et semble, pour une raison inconnue, perturbé. Il finit par s'accroupir et susurre d'une voix plus douce :
- Calme-toi, ce n'est que moi.
Il saisit le pan de ma couverture et essuie mon visage baigné de larmes. Je m'apprête à lui demander les raisons de sa visite mais la foudre me fait une nouvelle fois taire. Heureusement, il n'est pas mon frère pour rien. On se connaît assez pour se comprendre un peu mieux désormais. Bien qu'Ace reste parfois un mystère pour moi.
- Je t'ai entendue hurler à plusieurs reprises, alors... Enfin bref. Si j'avais su que ta phobie était si... grave, je serai venu les autres fois. Pourtant Sabo m'avait mis en garde, j'aurai dû l'écouter au lieu de...
Il ne finit pas sa phrase, visiblement mal à l'aise. Je reste stupéfaite une dizaine de secondes. Sabo... Sabo aurait...
- Il... il t'a...
- Ouais, Sabo m'a tout dit dans sa lettre d'adieu.
Je ne sais plus quoi dire. Le temps s'est figé dans ma tête. Mes neurones ne parviennent plus à s'activer. Pourtant ça ne devrait pas m'étonner : Sabo a toujours cherché à nous protéger, plus que n'importe lequel d'entre nous. C'est juste que... Je ne m'attendais absolument pas à ce que sa bonté se manifeste encore presque deux ans après sa mort. Je reprends subitement mes esprits et me rends compte que, je ne sais par quel miracle, je suis dans mon lit et Ace est allongé à côté de moi. Il nous recouvre de la couverture puis reporte son attention sur moi.
- Dors à présent.
Cette sévérité n'est qu'un leurre mal camouflé. Sa générosité est si grande qu'elle englobe toute la pièce et me berce. Au lieu d'essayer de chercher les bras de Morphée je me mets à le contempler. Comment veut-il que je m'endorme alors que l'un des plus beaux tableaux qu'il m'a été donné de voir dans ma courte vie se dresse devant moi ? Ace... Si tu savais comme tu as changé. Où es passé le garçon si froid, si impassible que j'ai rencontré il y a trois ans ? Ta bienveillance est si éclatante qu'une pensée impertinente me traverse l'esprit : j'aimerais avoir les talents de dessinatrice de ma mère pour pouvoir peindre ce que j'ai sous les yeux. Je déglutis et au même moment l'orage se met à s'époumoner et à faire trembler la terre. La pluie martèle le toit de ma cabane. Je cache mes yeux avec mes paumes et tente de me recroqueviller à nouveau mais deux mains me saisissent les épaules et me secouent. Ace me regarde fixement et déclare d'un ton décidé :
- Tu n'as pas à avoir peur, Akira. Tant que je serai là rien ne t'arrivera jamais.
Ses mots, son emprise sur mes épaules et son regard pulvérisent ma peur. Je vois très bien qu'il ne sera pas tranquille tant que je n'aurai pas fermé les yeux. Sans un mot, j'obtempère, remerciant silencieusement Sabo et Ace, mes deux chers frères qui veillent sur moi quand je suis incapable de le faire moi-même.
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Je me cache derrière un arbre et observe la cabane de Dadan ainsi que nos « pays » qui se dressent fièrement à côté de leur « maison mère ». Bien sûr j'aurai dû me douter que Luffy serait entrain de s'amuser avec des insectes près de chez lui... Il ne peut pas rester dans sa cabane à aiguiser soigneusement un bâton ? Ou bien partir chasser pendant des heures ? Deux choses auxquelles est habitué Ace. Mais non, notre petit frère préfère s'amuser toute la journée, s'entraîner, manger et dormir. Je contemple un instant l'imposant bout de tissu rouge que j'ai déniché au Grey Terminal il y a quelques heures de cela. Comment rentrer dans mon « pays » en évitant que Luffy me voit ? Pour couronner le tout, le tissu est rouge. Niveau discrétion on repassera... Je soupire et décide de me contenter de la première option qui m'a traversé l'esprit. Je plie plusieurs fois le tissu et le glisse sous ma robe au niveau de mon ventre. Les coutures de mon habit sont tellement tendues que je n'ai pas besoin de placer mes mains sur mon abdomen. Je souffle un bon coup et sors de ma cachette pour marcher d'un pas pressé vers ma cabane. Comme je l'envisageais, j'ai à peine le temps de faire trois pas que Luffy me localise et se rue sur moi. J'en suis sûre à présent : ce garçon cache un radar dans sa cervelle ! Il n'est pas encore à mon niveau qu'il se statufie et me dévisage.
- Aki, qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- Euh... Comment dire...
- Tu es énorme !
J'analyse la situation quelques instants puis gonfle mes joues pour donner de la crédibilité à mon mensonge.
- Oui, j'ai dû mal digérer le sanglier d'hier ! Ça doit être un effet secondaire, voilà tout !
Il hoche simplement la tête, sans pour autant détourner ses yeux exorbités de mon bide. Je tente de lui sourire mais avec mes joues gonflées cela doit plus se rapprocher d'une grimace que de quoi que ce soit d'autre. Je fais volte-face et m'engouffre dans ma cabane. Heureusement que mon petit frère est crédule, je ne m'en serais pas aussi bien sortie avec Ace... Je retire le tissu de sa « sublime » cachette et m'assieds sur mon lit. Allez Akira, tu vas confectionner le meilleur habit du monde pour les dix ans de ton frère. Un habit qu'il ne sera autorisé à porter seulement lorsqu'il quittera cette île, c'est-à-dire à ses dix sept ans.
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Le soleil s'est levé depuis environ une heure et englobe délicatement nos visages dont les expressions mélangent appréhension et hâte. Mes frères ne disent rien et contemplent ce spectacle que nous pouvons observer avec aise puisque le Mont Corbo se situe au sommet de la montagne. D'ici nous n'apercevons pas la mer et le soleil doit se frayer un chemin entre les arbres pour parvenir jusqu'à nous. Toutefois la présence des deux êtres qui comptent le plus pour moi rend ce tableau merveilleux. Une boule me compresse les entrailles en songeant qu'il faudra que j'attende une année entière avoir de pouvoir de nouveau assister à l'aube avec eux. Ace finit par inspirer un grand coup et se tourner vers nous.
- C'est le jour J.
Luffy et moi hochons la tête machinalement.
- Comme convenu nous allons nous séparer pendant une année entière à compter d'aujourd'hui. J'espère que vous êtes parés.
Si nous sommes parés ? Physiquement : évidemment. Nous avons élaboré cette idée depuis des lustres et nous avons consacré le mois dernier à arpenter l'île pour savoir quel territoire nous allons chacun occuper durant cette année. Le Mont Corbo se situe au centre-est du Royaume de Goa. Luffy ira au sud de la montagne, là où la forêt se mélange à la plage ou au récif. J'irai au nord, dans la grande forêt peuplée d'animaux que nous avons déjà aperçus au moins une fois. Quant à Ace, il ira tout à l'ouest, c'est-à-dire au-delà du Grey Terminal et du centre-ville. La forêt de l'ouest est de loin la plus hostile et nous n'avons séjourné là-bas que quelques jours car l'endroit était trop dangereux. Il n'y a qu'un fou dans sa tête tel que Ace qui puisse y survivre un an... De plus, nos sacs ont été préparés soigneusement hier et vérifiés des milliers de fois. Donc oui, physiquement nous sommes parés. Mais mentalement c'est une toute autre affaire. J'ai beau être excitée comme une puce à l'idée de vivre cette nouvelle aventure qui a des allures de défi, je n'en reste pas moins anxieuse pour autant.
L'inconnu est toujours aussi terrifiant, même après avoir vécu cinq ans sur cette île.
- Vous vous souvenez de ce qu'on a dit, n'est-ce pas ? poursuit Ace d'un ton solennel. Nous ne devons pas nous voir pendant un an donc nous devons minimiser les risques que cela se produise. De ce fait, interdiction d'aller dans le territoire de l'un ou de l'autre, interdiction d'aller au centre-ville et surtout interdiction d'aller au Grey Terminal. Cependant nous sommes libres d'abandonner et de retourner au Mont Corbo si cet entraînement nous semble insurmontable.
Ace nous toise quelques secondes puis se met à rire doucement.
- A en juger vos têtes le verbe « abandonner » ne fait même pas partie de votre vocabulaire.
Je souris. C'est vrai que notre fratrie n'est pas du genre à reculer face aux obstacles. Elle est plutôt du genre à les franchir difficilement mais fièrement. Constatant notre étrange et persistant mutisme, Ace croise les bras et ajoute avec un sourire narquois :
- A moins que vous souhaitez jeter l'éponge immédiatement...
- Ah ça jamais ! s'écrit Luffy. Je compte bien profiter de cette année pour apprendre de nouvelles techniques et vous en mettre plein la vue !
- Pour ça tu vas déjà devoir passer par la phase « apprendre à viser correctement avec mon poing », réplique Ace sans se défaire de son sourire. Car j'ai au regret de te dire que ça fait des années que tu stagnes avec tes soi-disant « techniques ».
J'explose de rire, incapable de me maîtriser face à la grimace que tire Luffy. Mon anxiété est probablement imbibée de tristesse. Mes deux frères vont me manquer. Nous avons beau posséder nos propres chez nous, nous passons encore énormément de temps ensemble. Se détacher les uns des autres va être une épreuve difficilement surmontable. Cette dernière va nous apprendre à être totalement autonome et nous faire grandir. Il s'agit d'une aventure inédite dans laquelle on va plonger sans prendre de respiration au préalable. Une aventure qui est synonyme d'inconnu.
Comme d'un seul homme, nous brandissons nos tuyaux et les plantons ensemble dans le sol. Bien que je ne me serve plus du mien – qui est mon deuxième tuyau puisque j'ai explosé le premier (cf. chapitre quatorze) - il symbolise le début de notre fratrie. Je ne pourrai jamais m'en défaire. Toutefois il va falloir nous en séparer durant une année entière. Cela signifie en quelque sorte se défaire de nos liens physiques pendant un an. Mais, quoi qu'il arrive, nous savons qu'il nous reste nos liens du cœur.
Eux, par contre, ne s'essouffleront jamais.
Le petit commentaire de l'auteure : Comme vous pouvez le constater, nos trois comparses grandissent. Je ne voulais pas faire de grosses ellipses entre la mort de Sabo et leurs dix-sept ans. Du coup je prends mon temps (pour changer!) pour les faire évoluer. Ainsi on voit tous leurs progrès. De mémoire, dans ce chapitre Akira prend presque deux années (au début elle a onze ans puis treize à la fin). Dans ce chapitre, Akira fait tout d'abord le point sur leurs situations. Puis, nous la retrouvons dans une situation pour le moins épineuse. Heureusement pour elle, Ace prend en quelque sorte le flambeau de Sabo et est présent pour sa sœur. J'aime beaucoup cette histoire de "transmission de volonté" dans One Piece, ce sera également un thème récurent dans cette fic. Enfin, notre fratrie se rassemble pour mieux se séparer. Une séparation qui va durer une année entière. Pour le prochain chapitre, préparez-vous pour un chapitre focalisé sur la Nature avec un grand N ! *smile*
Ciaossu !
